Bonne année au bon peuple de Syrie


31/12/2012

Par Ronald BARAKAT

Bonne année au bon peuple
Que le Malin dépeuple ;

Bonne année sous un ciel
Débarrassé du fiel
Des vautours rugissants,
Attirés par le sang
Qui a dépeint tant d’ombres
Enfouies sous les décombres.
Bonne année à l’enfant
Que plus rien ne défend ;
Bonne année à sa mère
Perdue dans un cratère
À bêcher de ses mains,
En quête d’une main,
D’une voix, d’une alliance,
D’une chance en partance…
Bonne année, bonnes sœurs
Des braves déserteurs,
Aux vertus dévoilées,
Détenues et violées.
Bonne année à vos frères
Qui bonifient leur terre
En trempant les lueurs
D’espoir, de leur sueur.
À vous aussi, les pères
Des tout nouveaux repères,
Du tout nouveau drapeau,
Bonne année de repos,
De paix, sous une stèle,
Et de joie éternelle,
Ou de rires fériés
En nouveaux mariés,
Allant, au pas de danse,
Avec ou sans cadence,
Étreindre avec fierté
Madame Liberté.
Bonne année à vos villes
Brûlées par les mains viles,
À vos champs, à vos bourgs
Rajeunis de labours ;
À la chère hirondelle
Venant à tire-d’aile
D’un Occident défunt
Pour se mettre au parfum.
Bonne année aux rebelles,
À leurs chansons si belles,
À leur foi dans les yeux
Qui entrouvre les cieux ;
Bonne année aux martyrs
Qui se font bien sentir
Aux bouffées printanières
Depuis l’année dernière…
Et merveilleuse année
Sans les âmes damnées,
Sans suppôts, sans pourceaux,
Et surtout sans lionceaux.
Bonne année, ô Syrie,
Toi nouvelle patrie,
Après un âge errant
Sous le knout des tyrans ;
Après tant d’années sombres,
D’horreurs dans la pénombre,
Tant de fers, de barreaux,
Tant d’ignobles bourreaux,
Un souhait resplendit,
Se transforme et prédit :
Bonne année, ô bon peuple
Que la grandeur repeuple.

Ronald BARAKAT
« Meurtrière d’espoir »
(à paraître)

Le cauchemar de Mark Zayyad


LE MONDE | 29.12.2012 à 20h36 Par Cécile Hennion (Lettre du Proche-Orient)

isaa

Le quartier d’Isaa, à Alep, le 23 décembre.

Comme beaucoup d’activistes syriens, il ne donnera pas sa véritable identité : “Vous pouvez m’appeler Mark Zayyad. Ma famille est originaire de Lattaquié, je suis né à Damas et j’ai grandi à Alep.” Mark est alaouite, tout comme la famille de Bachar Al-Assad et quelques gros bonnets du régime, ainsi que 10 % de la population. Mark est un activiste alaouite opposé au régime de Damas et, contrairement à un cliché largement répandu, ce n’est pas un cas isolé.

Dès 2004, alors étudiant en arts plastiques, il s’engage dans une association de jeunesse visant à promouvoir le développement culturel. Le jeune homme (il a 20 ans à peine) crée aussi son blog. Entre deux articles sur la peinture, il y commente la vie en Syrie et notamment les mouvements de la société civile du “printemps de Damas”. Pour lui et beaucoup d’autres, le printemps vire à l’hiver. Entre 2004 et 2009, plus d’une centaine de “cyberactivistes” sont emprisonnés.

Une voiture des services de sécurité attendait Mark devant son université, en juin 2007. Il est incarcéré et interrogé durant 23 jours. “Je n’ai pas eu les ongles arrachés, mais j’ai été torturé à l’électricité, raconte-il sans ciller. On m’accusait de collusion avec des forces étrangères, d’affaiblir le moral de la nation, d’avoir insulté le président… autant de clichés qui résument bien la paranoïa du régime.”

Libéré, Mark poursuit ses activités “d’une façon plus prudente, dans le secret”. En mars 2011, la révolution éclate. “Selon moi, le moment n’était pas propice, dit-il. Les Syriens sont restés dans l’ignorance de la vraie nature de ce régime. Nous étions face à un ensemble de groupes mafieux concurrents aux ramifications complexes, déterminés à s’allier pour garder le pouvoir. Personne en Syrie n’était prêt à affronter un tel monstre. Il était évident que ce régime réagirait de manière féroce.”

“A Alep, avec des camarades d’université, nous avons essayé de créer des mouvements, des débats, mais nous avons échoué. Les Aleppins avaient la ferme volonté de vivre tranquillement, ce que l’on peut comprendre. Les pouvoirs financiers de la ville se sont rangés aux côtés du régime par crainte du chaos. Avant 2012, la plus grosse manifestation n’a jamais rassemblé plus de cent personnes.”

“Comme de nombreux activistes syriens, je me suis ensuite opposé à la lutte armée. Nous pensions sincèrement qu’en poursuivant la lutte pacifique, nous aurions pu gagner notre liberté, alors que la confrontation militaire allait ruiner le pays. Ce qui s’est produit est plus dramatique encore. Les armes ont fait taire les voix modérées. La stratégie adoptée par l’Armée libre syrienne (ASL) s’est révélée destructrice et a contribué malgré elle à réaliser les desseins de division sectaire du régime.”

Il y a à Wadi Khaled, au nord du Liban, une famille de réfugiés syriens originaire de Tell Kalakh. La mère porte le deuil sur son visage quand elle évoque son mari, mort au combat. “Heureusement, dit-elle, qu’avant de tomber en martyr il a pu tuer plusieurs de ces salauds d’alaouites. Attendez ! Je vais vous montrer la vidéo.” Des images atroces de massacres visant l’une ou l’autre des communautés syriennes comme celle-là, il en existe plein dans les téléphones portables des réfugiés.

“Quelle que soit la religion des victimes, ou celle des tueurs, c’est le régime qui est coupable, assène Mark. A Homs, le régime a arrêté une dizaine d’activistes alaouites dès les premières manifestations. Ils ont réapparu sous forme de cadavres – un chaque vendredi -, avec dans la poche un papier proclamant : “Nous sommes sunnites et nous allons tuer les alaouites.” La manipulation était grossière mais elle a suffi, ici comme ailleurs, à semer la terreur et l’esprit de vengeance.”

“Les médias aussi sont responsables. Les statistiques montrent qu’au départ les chabbiha [à la solde du régime] n’étaient pas majoritairement alaouites. Dans les villes de Raqa, Idlib, Alep et quelques zones autour de Deir Ez-Zohr, ce sont les tribus qui ont participé aux tueries. Le visage des chabbiha a été alaouite parce que les médias en ont décidé ainsi. Aujourd’hui, oui, on peut dire que les chabbiha sont tous issus des minorités.”

Mark a fui Alep. “Mon père, fonctionnaire, est assigné à résidence par le régime, tenu dans l’ignorance de tout ce qui se trame. Mon frère de 14 ans a été enlevé, il y a deux mois, par une brigade islamiste. Il est probablement mort. Je n’ai emporté avec moi que le souvenir de nos petites manifestations : elles rassemblaient des Aleppins de tous horizons – Arabes, Kurdes, Arméniens, chrétiens, sunnites, alaouites, druzes… Elles représentaient ce que nous étions vraiment, nous les Syriens.”

“Tout ça n’est plus. La campagne d’Alep s’est vidée de ses minorités. Le même phénomène se produit à Damas. Les chiites et les alaouites d’Idlib ou de Homs se sont réfugiés sur la bande côtière autour de Lattaquié et dans le Wadi Nasara, formant aujourd’hui le bastion prorégime. Ailleurs, le drapeau noir des salafistes règne. Ces répartitions démographiques en disent long sur la mentalité qui dirigera l’avenir de ce pays. Comment ne pas voir que la violence se poursuivra après la chute d’Assad ? Il y aura peut-être une solution, mais elle sera longue et douloureuse. Quelque chose qui ressemblera au fédéralisme…”

“Tout ça n’est plus, répète le jeune homme avec amertume. Ce n’est pas seulement le peuple syrien qui a été massacré, mais son identité, son âme.”

hennion@lemonde.fr

Cécile Hennion (Lettre du Proche-Orient)

source

Des journalistes syriens refusent de «tuer par la parole» pour Bachar el Assad


Publié le 28.12.2012, 19h05 | Mise à jour : 29.12.2012, 00h33

Lama al Khadra, Kamal Jamal Beck et Baddour Abdel Karim travaillaient tous pour une radio syrienne publique avant de fuir le pays. Aujourd'hui réfugiés à Paris, ils dénoncent les manipulations médiatiques du régime de Bachar el Assad.

Lama al Khadra, Kamal Jamal Beck et Baddour Abdel Karim travaillaient tous pour une radio syrienne publique avant de fuir le pays. Aujourd’hui réfugiés à Paris, ils dénoncent les manipulations médiatiques du régime de Bachar el Assad. | AFP / Pierre Verdy

Zoom

Plusieurs journalistes ont fui la Syrie pour Paris. Ils affirment avoir été forcés de manipuler l’information pour le compte du régime de Bachar el Assad.

Lama al-Khadra résume son travail à Radio Damas d’une phrase : «Notre mission était de tuer par la parole». Avec deux autres responsables de cette radio officielle syrienne, elle a fait défection  pour rejoindre le camp de l’opposition au président Bachar el-Assad.

«C’est difficile de toujours porter un masque, ne rien montrer, penser, parler, comme eux, les hommes du régime», confie-t-elle après la lecture solennelle d’une déclaration de défection dans l’arrière-boutique d’une librairie du centre de Paris.

Pendant des mois, cette responsable des programmes politiques et culturels de Radio Damas, la radio publique historique en Syrie, a dû «mettre des mots» sur les opposants au régime. «Il fallait se cantonner aux dépêches de Sana (l’agence officielle de presse syrienne), et dénigrer les opposants, ce n’est pas facile», assure-t-elle. Lama écrit alors «groupes armés» pour «manifestants», «complot» pour «contestation».

«Beaucoup de journalistes vivent la souffrance du peuple»

La journaliste décrit un climat de paranoïa générale dans la rédaction, où on n’ose regarder que les télévisions officielles : «Il était dangereux de regarder al-Jazeera sans passer pour un révolutionnaire. Au sein des rédactions des médias officiels, beaucoup de journalistes vivent la souffrance du peuple», assure-t-elle.

Kamal Jamal Beck, directeur des programmes de la radio et également patron du site internet de la radio et de la télévision, affirme avoir été «interrogé à trois reprises par les services secrets».

«Travailler pour un média d’Etat en Syrie, c’est comme être dans une prison invisible», confesse Baddour Abdel Karim, ancienne patronne du service culture de la radio. «Nous n’étions plus journalistes», regrette-t-elle, décrivant une rédaction où «certains soutiennent le régime et ne s’en cachent pas, d’autres restent en place parce qu’ils n’ont pas le choix».

17 journalistes tués dans le pays depuis le début du conflit

Avec l’aide des autorités françaises, les trois journalistes ont quitté la Syrie pour le Liban, avant de rejoindre cette semaine Paris. «Pour nous, assoiffés de liberté, le départ est amer», disent-ils. Mais ils ne veulent plus rester en Syrie, «avec des balles dans la bouche». Ils vivent désormais dans la banlieue sud de Paris et rêvent de lancer une nouvelle radio, «embryon d’une future radio publique de l’après-Assad»
Tous trois veulent, avec la Coalition nationale syrienne, la principale instance de l’opposition, créer une radio qui «prenne le pouls de la révolution syrienne pour renforcer l’union nationale entre les Syriens».

Depuis le début de la contestation qui a tourné à la guerre civile, des dizaines de journalistes ont fait défection. La plupart ont quitté leur poste en toute discrétion et ont pris la route de l’exil, en Turquie, en Jordanie ou au Liban comme des centaines de milliers de Syriens. D’autres, telle l’ancienne présentatrice Ola Abbas partie en juillet de la chaîne officielle d’informations télévisées en continu Al-Ikhbariya, ont déserté le micro et l’ont fait savoir. Pour tous ceux qui continuent de se rendre au siège de la radiotélévision d’Etat, place des Omeyyades, dans le centre de Damas, l’enlèvement ou l’assassinat par les rebelles sont des menaces de plus en plus fortes.

17 journalistes professionnels, étrangers et Syriens, et 44 citoyens-journalistes ont été tués depuis le début du conflit en mars 2011 en Syrie, «cimetière des acteurs de l’information».

La Russie prône un dialogue entre Bachar el Assad et l’opposition

Seule grande puissance aux relations étroites avec le régime syrien, la Russie a pressé vendredi le président Bachar el-Assad de dialoguer avec l’opposition en vue de résoudre le conflit et multiplie les contacts avec tous les acteurs de ce dossier. «Nous avons activement incité, comme nous le faisons depuis des mois, le régime syrien à faire le maximum pour concrétiser ses intentions de dialoguer avec l’opposition», a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lors d’une conférence de presse à l’issue d’une rencontre avec son homologue égyptien, Mohamed Amr.

Le chef de la diplomatie russe a également déclaré que Moscou refusait toujours de soutenir les appels de certains pays à la démission du président Assad, réaffirmant que cette question revenait au peuple syrien. La Russie, de facto l’un des derniers soutiens du régime de Damas auquel elle vend des armes, multiplie les contacts ces derniers jours à propos du dossier syrien. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, a indiqué à l’agence Ria Novosti que Moscou avait envoyé une invitation au chef de la Coalition de l’opposition syrienne, Moaz El-Khatib, afin de participer à des négociations en vue d’un règlement du conflit. Mais l’opposition syrienne a toujours exigé, comme préalable à tout dialogue, le départ de Bachar el-Assad.

VIDEO. Moscou presse Assad de dialoguer avec l’opposition
vidéo ici à la fin du texte 

Syrie : offensive diplomatique pour une médiation, la Russie se rapproche de l’opposition


28 décembre 2012 | Par Pierre Puchot

Le salut des Syriens viendra-t-il de Moscou ? Pour la première fois de manière officielle depuis le début d’un conflit qui dure depuis près de deux ans maintenant, le principal allié du régime de Bachar al-Assad tend la main à l’opposition syrienne. Le vice-ministre russe des affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, a affirmé jeudi 27 décembre à l’agence Ria Novosti que la diplomatie russe avait envoyé une invitation au chef de la coalition de l’opposition syrienne, Moaz El-Khatib, afin qu’il participe à des négociations en vue d’un règlement du conflit syrien.

La Russie incite par ailleurs le régime syrien de Bachar al-Assad à faire le « maximum » pour concrétiser ses intentions de dialoguer avec l’opposition en vue de résoudre le conflit, a déclaré vendredi le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Un premier pas qui marque un tournant : jusqu’à ce jour, la Russie – qui maintient une base militaire en Syrie et contribue au réarmement de l’armée régulière – et la Chine ont toujours bloqué les projets de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies condamnant le président Bachar al-Assad et ouvrant la porte à des sanctions voire au recours à la force.

En Syrie, le conflit se poursuit et du côté du régime d’al-Assad, les défections se succèdent. Mercredi 26 décembre, c’était au tour du chef de la police militaire, le général Abdelaziz Jassim al Challal, d’annoncer son ralliement à l’opposition, dans une vidéo diffusée sur You Tube.

« L’armée a détruit des villes et des villages et commis des massacres contre une population sans arme qui manifestait pour réclamer la liberté », explique celui qui, selon une source officielle syrienne citée par le site de la chaîne France 24, devait de toute façon partir en retraite le mois prochain.

Moins rapide qu’annoncée cet été, la lente déliquescence du régime se poursuit néanmoins, comme l’expliquait Mediapart fin novembre (lire ici l’enquête de Caroline Donati). Reste le principal obstacle à une solution diplomatique : le départ de Bachar al-Assad, tabou pour le régime, condition sine qua non du dialogue pour l’opposition. Les Syriens réclament « un changement réel et tout le monde comprend ce que cela veut dire », a d’ailleurs affirmé Lakhdar Brahimi, l’émissaire international de l’ONU pour la Syrie qui, après avoir patienté plusieurs mois, a finalement rencontré le président syrien cette semaine. « Le changement réclamé ne doit pas être cosmétique, le peuple syrien a besoin et réclame un changement réel, et cela tout le monde l’a compris », a déclaré l’envoyé spécial de l’ONU et de la Ligue arabe lors d’une conférence de presse à Damas, au cours de laquelle il s’est en revanche bien gardé d’évoquer un possible départ de Bachar al-Assad. « Il faut former un gouvernement ayant tous les pouvoirs (…), qui assumera le pouvoir pendant la période de transition. Cette période transitoire prendra fin avec des élections », a-t-il cependant conclu.

Un gouvernement de transition, solution idoine pour un arrêt des combats en Syrie ? Le porte-parole de la diplomatie russe a déja démenti jeudi l’existence d’un accord entre Moscou et Washington sur la constitution d’un tel gouvernement de transition, avec maintien du président syrien Bachar al-Assad jusqu’au terme de son mandat en 2014, sans possibilité de se représenter, comme cela été envisagé un temps. De son côté, le ministère français des affaires étrangères a de nouveau faire savoir, jeudi 27 décembre lors d’un point presse, que le président syrien, « qui porte la responsabilité des 45 000 victimes de ce conflit, ne peut faire partie de la transition politique » en Syrie.

mediapart

Des Syriens réduits à manger des racines


MINOUI,DELPHINE

Le Soir Page 10

Mercredi 26 décembre 2012

LE CAIRE

DE NOTRE CORRESPONDANTE

A Kafranbel, il n’y a plus d’écoles – elles servent d’abris aux milliers de Syriens des villages alentours qui fuient les bombardements du régime. D’ailleurs, il n’y a même plus de bancs ni de pupitres pour étudier. « On s’est mis à les brûler pour survivre au froid de l’hiver », raconte Raed Fares, un activiste, par le biais d’une connexion skype aussi fébrile que sa voix.

Près de deux ans après le début de l’insurrection contre Bachar el-Assad, sa ville est au bord de l’agonie. « Nous manquons de tout : d’essence, de lait en poudre pour les enfants, de pain », dit-il. Vendu au marché noir, et en quantités limitées, le fioul est inabordable pour la plupart des familles : en l’espace de quelques mois, il est passé de 0,6 dollar à plus de 3 dollars le litre. « Alors, pour pouvoir se réchauffer, les gens en sont réduits à couper les oliviers et les figuiers, dont ils brûlent le bois », raconte-t-il. Faute d’électricité, le feu garantit également un minimum de lumière à la nuit tombée, avant que la ville, située au Nord du pays, ne plonge dans l’obscurité la plus totale.

La journée, c’est la course aux denrées entre deux averses. « Trouver de quoi se nourrir est un combat quotidien. La grande boulangerie de la ville avait l’habitude d’approvisionner 22 villages. Aujourd’hui, elle est au point mort faute de fioul, de farine et d’argent pour payer ses employés. Du coup, vous pouvez passer votre journée à faire la tournée des quartiers et à faire la queue pendant des heures dans l’espoir de décrocher un morceau de pain », poursuit Raed Fares. Et bien souvent, ajoute-t-il, « les parents se contentent de quelques racines d’herbes bouillies, ramassées au fond des vergers, pour laisser le pain aux plus jeunes ».

Les nouveau-nés, eux, sont nourris à l’eau de riz selon l’ONG Avaaz, qui évalue à 2,5 millions le nombre de déplacés qui ont fui leur logement à cause de la guerre. Dans son nouveau rapport, le Programme alimentaire mondial estime à un million le nombre de Syriens qui vont être victimes de la faim cet hiver. L’organisation onusienne, qui avoue souffrir d’un manque de financement, se dit également dans l’impossibilité d’approvisionner certaines zones à cause de la violence des combats et des bombardements.

Des raisons que Raed Fares refuse d’accepter. « Kafranbel est à 10 kilomètres de la Turquie. La frontière est ouverte et la route est relativement sûre. Pourtant, aucune aide ne nous parvient. Je connais une famille de déplacés qui a trouvé refuge dans une des 13 écoles de Kafranbel. Les gamines passent leur temps à faire des bonds sur place pour ne pas mourir de froid : est-ce une façon de vivre ? Où est la communauté internationale avec ses belles promesses ? Si les étrangers ont peur de venir en Syrie pour nous aider, qu’ils nous approvisionnent à la frontière et on se chargera de faire la distribution dans les villages », s’emporte-t-il.

Dans la ville de Kafrnabod, au centre du pays, l’hiver est encore plus rude. « C’est une prison à ciel ouvert », lâche Adnan, un de ses habitants. Contacté lui aussi grâce à une connexion Internet bricolée clandestinement – le pouvoir de Damas ayant bloqué la téléphonie mobile dans la région de Hama depuis plus d’un an –, cet instituteur anti-Bachar raconte que les rebelles ont fini par libérer la ville du régime il y a quatre jours. Mais les habitants, recroquevillés entre la vie et la mort, ont à peine de quoi se nourrir. « L’armée s’est retirée mais elle nous assaille de bombes au quotidien. Impossible de sortir de Kafrnabod pour s’approvisionner dans les autres villes : les tanks sont postés à 5 kilomètres. Et quand bien même nous voudrions prendre la voiture pour nous réfugier ailleurs, il n’y a plus d’essence pour remplir les réservoirs », ajoute Adnan.

A Kafrnabod, où la température frôle le zéro degré, la population se réchauffe avec des branches d’arbre et du vieux plastic brûlé. « C’est très toxique, mais on n’a pas d’autre solution », avance-t-il. Le pain, aliment de base des Syriens, est désormais rationné à la miette près et les médicaments font cruellement défaut. « Je connais une femme dont le nouveau-né, âgé de 22 jours, a fait une terrible poussée de fièvre. Quand elle a voulu l’emmener à l’hôpital de la ville la plus proche, l’armée lui a bloqué la route. Alors, elle est rentrée chez elle et son enfant est mort à 4 heures du matin. Des exemples comme celui-ci, j’en ai à profusion. Vous pensez peut-être qu’on exagère, qu’on invente des histoires. Mais dans notre pays, la réalité a dépassé la fiction. Toutes ces images d’horreur que vous voyez à la télévision, c’est un dixième de ce que nous vivons au quotidien », murmure Adnan.

Soirée artistique en soutien au peuple Syrien !


Public · Par Mohamed Ouachen
  • Soirée artistique en soutien au peuple syrien !
    Appel aux artistes pour une action de solidarité !
    Faites vivre votre créativité pour cet évenement !Pour info :La Syrie a donné vie à plus de 30 civilisations différentes. Elle possède plus de 2000 sites archéologiques.La Syrie subit le caprice de nombreux envahisseurs à cause de sa situation géographique entre trois continents: l’Asie, l’Afrique et l’Europe. De son histoire la plus ancienne jusqu’à aujourd’hui, la Syrie a été connue pour sa grande tolérance religieuse. A Doura-Europos, on trouve un document relatant, qu’au début de notre ère, il y avait dans cette ville 14 temples, une synagogue et une église.Des centaines d’églises et couvents ont été bâtis en Syrie.
    A la conquête islamique, on bâtit de nombreuses mosquées ainsi que d’innombrables écoles coraniques.
    La Syrie a toujours offert une harmonie de vie inter communautaire qui devrait être citée en exemple.Tant de voyageurs, d’artistes, de poètes ou d’archéologues ont traversé la terre de Syrie et l’ont aimée. Sur la terre de Syrie et de Mésopotamie, le royaume Amorrite est considéré comme le premier état dans l’histoire de l’humanité.La Syrie est le berceau des arts, des sciences et des religions. Dès les origines, on y trouve d’anciennes fresques, des sculptures de cultes ou de décoration, un grand savoir dans le domaine des mathématiques, de la philosophie ainsi qu’une mythologie élaborée. Tout ceci contribua à l’éveil des civilisations.

    Malheureusement la Syrie est aujourd’hui est en pleine révolution et cela depuis presque deux ans. Les bombardements intensifs, les tueries, meurtres successifs,….
    Les populations fuient un peu partout où cela est possible….
    Pour ceux qui restent et pour les blessés, les besoins sont énormes, en médicaments, appareils médicaux, etc…

    Au cours de cette soirée, nous n’allons pas débattre de cette révolution car ce n’est pas le but de cette rencontre. Non, nous allons tenter de passer une agréable soirée en compagnie de nos chers artistes qui se sont mobilisés pour offrir au peuple Syrien, leur soutien.

    Je vous remercie de partager cet évènement en solidarité avec ce peuple oublié de tous. Notre objectif principal étant de leur apporter une aide humanitaire.

    Rendez vous donc le 11 janvier 2013
    au VK
    rue de l’école 76
    1080 Bruxelles
    Info & Resa. :
    02 414 29 07
    0486 70 32 15

    Ouverture des portes à 19h
    Avec restauration et exposition

    Soirée artistique à partir de 20h15 !
    avec ceux qui ont déjà répondu à l’appel :
    . Mohamed Mesbahi
    . Luisa Gherdaoui
    . Anouar Taoutaou
    . Loubna Kaya
    . Bx Stand Up

    Soirée animé par Issam Akel !!

    ——————
    – Récolte sera suivi et cheminé par Aide Sans Frontières –
    http://www.facebook.com/events/142787822531784/?ref=ts&fref=ts

Bachar Al-Assad, le tyran


M le magazine du Monde | 21.12.2012 à 13h02 • Mis à jour le 23.12.2012 à 19h40 Par Christophe Ayad

Le président syrien n'est pas seulement le plus grand meurtrier de masse du début du XXIe siècle, il a aussi inventé un style inédit de dictature. Alessio Romenzi/Corbis

C’est l’homme de l’année 2012. Du moins si l’on retient comme critères le cynisme et la cruauté. Et même s’il ne survivra probablement pas à 2013, on se souviendra de lui longtemps. Au moins jusqu’à ce qu’un autre dépasse ce record insensé : plus de 40 000 morts en dix-neuf mois de soulèvement et c’est loin d’être fini. On se demandait il y a encore un an s’il serait capable d’égaler son père Hafez, qui avait fait tuer 10 000 à 20 000 habitants de Hama en 1982 pour avoir osé se soulever. Bachar, l’ophtalmologue au long cou et au léger zézaiement, a fait assurément plus et mieux, sans éteindre pour autant l’incendie qui vient désormais lécher les pieds de la colline qui domine Damas, où se trouve son palais.

Le président syrien n’est pas seulement le plus grand meurtrier de masse du début du XXIe siècle, il a aussi inventé un style inédit de dictature. Rarement on aura vu un tel détachement dans la cruauté, un tel déni dans la férocité. Même s’il a espacé ses apparitions publiques et télévisées, déjà rares, Bachar Al-Assad ne s’est jamais départi de son calme un peu sentencieux de premier de la classe. Il continue de parler de son pays comme s’il s’agissait d’une contrée exotique. Et de l’exercice du pouvoir, comme si c’était une dissertation. Comme s’il n’était pas impliqué, comme s’il s’agissait d’un autre.

Le pouvoir, il n’y était pas destiné. C’est son frère aîné Bassel qui devait en hériter, n’était un fatal accident de voiture sur la route de l’aéroport en janvier 1994. Il en avait l’appétit et le goût. Rappelé de Londres, où il effectuait sa spécialisation médicale, Bachar a obéi à l’injonction paternelle. Tiraillé constamment entre le désir d’être aimé pour ce qu’il croit être et la peur de passer pour un faible, il a toujours soufflé le chaud puis le froid. A son arrivée à la présidence en juin 2000, il lance un appel à l’ouverture et à la modernisation. Le « printemps de Damas » prend un tour inquiétant, les conseillers de son père menacent de revenir aux affaires prétextant son inexpérience. Exit l’ouverture, reste la modernisation. Il démocratise Internet et le téléphone mobile, deux outils qui lui seront fatals. Son cousin et ses proches s’enrichissent outrageusement en s’octroyant le monopole commercial de ces lucarnes de liberté dont les Syriens sont friands.

VICTOIRES EN TROMPE-L’ŒIL

Aujourd'hui si la chute du dictateur semble proche, son cynisme a tué plus de 40 000 syriens.

Autant il réussit à s’affranchir de la vieille garde héritée de son père, autant la famille continue d’exercer une tutelle pesante. Malgré l’arrivée d’Asma Al-Akhras, sa charmante épouse issue d’une grande famille de Homs, Bachar Al-Assad reste l’otage d’un clan familial et confessionnel. Dès le début de la crise, en mars 2011, il a compris que si la famille venait à se déliter, c’en était fini de son pouvoir. Il a donc couvert les excès de son cousin Atef Najib à Deraa et confié les rênes de l’armée à son frère Maher. Début 2012, Bachar n’a toujours pas réussi à éteindre la contestation qui prend un tour de plus en plus armé. Mais il a bon espoir de remporter la victoire finale. La Russie et la Chine le protègent de toute intervention extérieure aux Nations unies, brandissant à trois reprises l’arme du veto. L’Iran ne lui ménage ni son pétrole, ni ses armements, ni ses conseillers. Et la Ligue arabe mène une mission sans lendemain d’observation d’un cessez-le-feu qui n’a existé que sur le papier. L’opposition a beau être omniprésente, elle est sous-équipée, fragmentée et minée par les rivalités. Il choisit de passer à la vitesse supérieure en février en écrasant le symbole de la contestation armée, le quartier de Baba Amro, à Homs, et en organisant un simulacre d’élections et de réforme constitutionnelle.

Mais rien n’arrête l’insurrection. Elle est partout, jusque dans son palais. Défections et désertions se multiplient. La correspondance du président est révélée au grand jour. Il apparaît entouré de collaboratrices aussi jeunes qu’incompétentes, Sheherazad Jaafari et Hadeel Al-Ali, qui rivalisent de minauderies. Pendant ce temps, sa femme, qui le surnomme « mon canard », continue de passer d’extravagantes commandes de mobilier et de décoration à l’étranger, malgré les sanctions commerciales qui visent le pays et la famille régnante. Pendant ce temps, les attentats se multiplient : nul ne sait à qui les attribuer dans le théâtre d’ombres qu’est la Syrie. Le 18 juillet 2012, ils touchent une partie de l’appareil sécuritaire, tuant le beau-frère de Bachar, Assef Chawqat. Sa sœur Bouchra part en exil aux Emirats. La peur a changé de camp.

Fini de rire. Au début de l’été, le régime, bercé par ses victoires en trompe-l’œil (il n’a jamais réussi à reprendre la ville de Homs), ne voit pas venir le soulèvement armé des grandes villes, Damas, Alep, Deir ez-Zor. Les rebelles, alimentés en armes légères prises à l’armée ou données par les pays les soutenant (Turquie, Qatar, Arabie saoudite), se lancent dans une guérilla urbaine qui fait vaciller le pouvoir. Cette fois-ci, c’est la guerre totale, sans gants ni plan de com’. Les faubourgs de Damas sont provisoirement repris, le régime se livre à des massacres, des exécutions de masse. Mais l’armée n’a plus les moyens de reprendre Alep, la capitale économique du pays. Les campagnes du nord du pays se libèrent et les rebelles, mal équipés mais plus nombreux et renforcés par l’arrivée de jihadistes, inversent le rapport de force : ce sont eux qui désormais assiègent le régime auquel il ne reste plus que l’aviation pour maintenir son avantage. Même la Russie ne croit plus en la victoire de son poulain. Bachar Al-Assad mourra-t-il dans son pays ou s’enfuira-t-il ? C’est désormais la seule question qui se pose à lui.

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