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La Syrie au jour le jour. 2 / L’âge stalinien


20 décembre 2012

Aurélien PIALOU

La première partie de cet article,
« La Syrie au jour le jour. 1 / L’âge colonial« 
a été mis en ligne le 24 novembre 2012

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Les batailles de Damas et d’Alep ont montré que, conformément à sa nature « coloniale », le régime syrien n’hésitait ni à recourir au contrôle minutieux des villes et de sa capitale, ni à l’emploi indiscriminé de l’aviation pour écraser des populations jugées indésirables. Mais, pour autant, ses agissements et ses pratiques de violence ne se réduisent pas à une vulgaire reproduction des pratiques coloniales.

Quelques traits spécifiques sautent immédiatement aux yeux. Dans la capitale, c’est la Garde Républicaine qui assure la surveillance. Dans la périphérie, la 4ème Division dirigée par Maher al-Assad. Mais ces forces ne sont pas seules à intervenir. Les quartiers se dotent de « Comités Populaires », des groupes de volontaires que le régime incite à se défendre et auxquels il distribue des armes pour assurer leur protection… et la sienne. Trouvent place à leur côté des contingents de chabbiha et d’autres sortes de milices, dont l’origine et les contours se caractérisent par un grand flou. Chaque espace est quadrillé par des unités indifférenciées, dont la juxtaposition et la coexistence interdisent aux populations de savoir précisément à quels types de groupes elles ont à faire. Il ne s’agit pas d’une milice ou d’une armée divisée en plusieurs sous-groupes. Les failles de la coordination, la présence ou l’absence d’uniformes, l’affirmation des appartenances… ne permettent pas de le penser. Retenons donc pour le moment l’existence de groupes et cherchons à en préciser la nature.

« Tiens, il faudra vérifier pourquoi la voiture blanche stationnée d’ordinaire devant le bureau de … n’était pas là lundi et mardi », remarque soudain un enquêteur de la police politique, la Sureté générale. Cette phrase n’est pas tirée d’un récit ancien. Elle ne remonte pas à une époque abolie où une dictature aussi ordinaire que féroce régnait en Syrie. Elle figure dans un témoignage enregistré au mois d’octobre 2012. Elle reflète une dimension essentielle du fonctionnement de l’Etat… si l’on peut appeler ainsi le système en place en Syrie. Dans un pays désormais en proie au chaos et à la désolation, les moukhabarat, répartis entre au moins six services principaux, poursuivent inlassablement leur travail, comme si de rien n’était. Ils collectent des renseignements, surveillent les populations, torturent les suspects et les détenus, répriment tout mouvement de contestation, dans des centres sans cesse plus nombreux et agrandis où croupissent des hommes et des femmes arrêtés sans distinction. Le fonctionnement du régime n’a absolument pas été modifié par la révolution : les organes de sécurité continuent de s’octroyer tous les pouvoirs et toutes les prérogatives, et s’emploient à faire régner leur autorité. Cette dernière repose sur la suspicion et la peur.

Il peut être utile de se référer, pour comprendre l’articulation des multiples services de sécurité et la redondance des unités armées, semblables dans leur accoutrement et apparentées par leurs agissements à de vulgaires bandes armées terrorisant les civils qu’elles devraient protéger, à l’expérience de certains pays européens. La Russie et l’Allemagne des années 1930, sous Staline et Hitler, ont présenté deux caractéristiques que les études historiques ont mis longtemps à percevoir. D’une part, un chef charismatique et omnipotent, exerçant ou paraissant exercer seul la décision. De l’autre, une prolifération des centres de répression, ici la SS ou la Wehrmacht pendant la guerre, là le GPU, l’armée rouge ou les brigades d’enrôlement des citoyens. Les historiens ont proposé un mode de conciliation de ces deux extrêmes. Les régimes sont polycentriques, au sens où des institutions concurrentes existent et prennent des décisions, qui, tout en travaillant « dans le sens du chef », contribuent souvent au « dérapage de la situation ». Le chef ne peut que cautionner ce qu’ont décidé et fait ses subordonnés, quitte, dans un second temps, à réprimer par une purge l’organe déviant.

En reprenant ce schéma, deux traits apparaissent : d’une part, la proximité qu’entretient le régime syrien avec les régimes totalitaires, et, d’autre part, la spécificité du système mis en place par Hafez al-Assad. Des centres de pouvoir et des unités de police politique ont été dotés de tous les pouvoirs leur permettant de « gouverner » – entendons « terroriser » – le pays. Ils ne sont pas, entre eux, des alliés objectifs, même s’ils s’entendent globalement. Ils se concurrencent. Ils s’affrontent. Ils disposent de la latitude de sanctionner à leur guise la population et les partenaires affaiblis ou discrédités du régime. Ainsi, au cours du mois d’avril 2012, des rafales de kalachnikov tirées contre les entrées de la caserne du stade des Abbassides ont signalé à ses occupants, des moukhabarat, que leurs homologues d’autres services étaient prêts à profiter de leur faiblesse passagère, qui ne leur avait pas échappé.

Cette guerre des services s’exerce en premier lieu au détriment du peuple. Pour démontrer ses capacités, chaque service se doit de procéder à davantage d’arrestations d’ennemis du régime, à la mise hors d’état de nuire d’un nombre supérieur de terroristes. La loi de juillet 2012, qui a élargi le champ conceptuel du terme « terrorisme » pour y inclure la fourniture de soins aux blessés et la distribution de nourriture aux populations réfugiées dans les zones libres, a naturellement avivé la concurrence entre services. Ils sont dorénavant assurés de pouvoir réaliser de véritables scores, qu’il s’agisse de débusquer d’infâmes « comploteurs » ou de réduire au silence les jeunes enfants « soudoyés par le Qatar pour crier famine devant les caméras d’al Jazira ». Dans le monde des Al-Assad, comme dans celui de Staline dont Rifa’at al-Assad, frère de Hafez al-Assad se réclamait, la caractéristique dominante est bien la paranoïa institutionnalisée.

Comment une telle architecture peut-elle tenir ? Il lui faut une figure, un chef, qui dise ce qui est, ou plutôt ce qui doit être. Loin d’être un simple chef d’Etat, Bachar al-Assad assume à présent ce rôle. Son père, de haute lutte, avait réussi à s’imposer comme l’arbitre suprême, celui qui décidait et celui qui arbitrait les conflits. Son héritier a fièrement pris le relai. C’est lui qui porte désormais le flambeau de la tyrannie. Il dit ce qui est : que « la Syrie est en guerre », comme lors du discours de juin 2012 ; ou que « la guerre est totale », au cours du mois de septembre 2012. Il ne s’agit pas là de simple rhétorique. La différence entre ces deux formes de conflit est simple, et il faut en être conscient. Dans le cas d’une guerre, l’ennemi est extérieur. Il faut donc porter ses troupes contre lui, sur les frontières. Lorsque le conflit devient total, l’ennemi est tout à la fois interne et externe. Relisons les discours d’Hitler et de Staline : le premier, en 1941, ne déclare-t-il pas que les juifs qui l’agressent de l’extérieur (Moscou et Washington) ne pourront vaincre à l’intérieur ? Or tout le monde sait ce qu’il est ensuite advenu.

La fracture provoquée par le déclenchement des batailles d’Alep et de Damas précipite la fin du régime. Ce dernier n’a plus de protection. Il est à la merci de ses composantes essentielles : les forces qui, disposant de tous les pouvoirs, peuvent faire montre d’une agressivité sans limite à l’encontre de tout le monde. La paranoïa institutionnelle, dans laquelle vivent ceux qui en Syrie dirigent et exécutent, est telle qu’elle peut conduire au franchissement de toutes les lignes rouges.

Faudra-t-il que la répression en Syrie soit qualifiée de « premier génocide du XXIe siècle » pour voir enfin les consciences se réveiller ?

source

La bataille d’Alep – Chroniques de la révolution syrienne


  • Madame, Monsieur,
    Chers Amis,
    J’ai l’honneur de vous annoncer la sortie aux Editions L’Harmattan et L’Harmattan Vidéo du livre « La bataille d’Alep – Chroniques de la révolution syrienne » et du documentaire en DVD, édité sous le même titre.Acheter le livre :
    http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=391512jnsfillesAcheter le documentaire :
    http://www.harmattantv.com/videos/film-(vod-dvd)-2527-Syrie-la-bataille-d-Alep-DOCUMENTAIRES.html

    • Film de Pierre Piccinin da Prata et Eduardo Ramos Chalen
    • Durée : 50 min – 2012 – Syrie
    • En mars 2011, à la faveur du « Printemps arabe », le peuple syrien a réclamé la fin du régime et la démocratisation des institutions. Le gouvernement a répondu aux manifestations par la répression et la violence, tout en promettant des élections libres. Le 7 mai 2012, ces élections ont eu lieu. Tous les mouvements d’opposition au pouvoir en étaient exclus, qualifiés de « terroristes ». Dans les semaines qui ont suivi, la plupart des villes et villages de Syrie se sont insurgés. La révolution commençait. En juillet 2012, les révolutionnaires, organisés en « Armée syrienne libre », ont ouvert deux fronts : à Damas, la capitale, au sud, le 17 juillet, et l’autre à Alep, le poumon économique de la Syrie, au nord, le 20 juillet. Le documentaire, tourné au cœur des combats, montre, au plus près des événements, la souffrance d’un peuple qui se débat, seul, face à la machine de guerre d’un des régimes dictatoriaux les plus féroces encore en exercice : les bombardements sur les populations civiles et les hôpitaux tenus par la rébellion, les lignes de front, où les combattants de la liberté luttent avec des armes dérisoires contre les avions et les tanks du régime, les réfugiés, abandonnés par la Communauté internationale. Pour ce faire, démarche journalistique exceptionnelle, les auteurs ont pris le risque de vivre jour et nuit à l’intérieur d’Alep, avec la population, sous les bombardements. Pour Pierre Piccinin da Prata et Eduardo Ramos Chalen, il s’agit, avant tout, de faire écho à un cri d’angoisse et de désespoir, celui de tout un peuple qui meurt dans l’indifférence générale des opinions publiques occidentales.
      www.pierrepiccinin.eu

    Toutes les informations sur le livre et le documentaire :
    http://0z.fr/lltf8

    « Si j’ai écrit ce livre, c’est pour tous ceux que j’ai laissés là-bas et qui souffrent quotidiennement, et pour lesquels je témoigne, après m’être rendu à six reprises sur le terrain syrien, depuis le début du Printemps arabe.

    Pour ces deux jeunes filles que j’ai photographiées à Alep, et pour leur famille, du quartier de Bab al-Hadid.

    C’est un quartier pauvre, un des plus pauvres d’Alep. Je le traversais en août, pour gagner la ligne de front à Jdédié, lorsqu’un hélicoptère de combat a tiré plusieurs roquettes au hasard, sur les maisons. C’est là que j’ai pris la photographie de couverture.

    Je l’ai choisie car elle me semble résumer le drame qui se joue en Syrie : le désarroi des malheureux et le cri de colère d’un peuple qui se bat seul, abandonné par les démocraties occidentales, contre une féroce dictature, prête à tout pour garder le pouvoir.

    J’espère que le témoignage que j’ai produit dans ce livre amènera l’opinion publique à s’intéresser un peu plus à cette révolution, qui se passe pour le moment comme dans une boîte dont personne ne veut soulever le couvercle.

    C’est pour cette raison que j’ai décrit les événements à la manière d’un roman, qui donne des visages à la révolution. Le livre se lira comme un récit d’aventures. Mais c’est bien la terrible réalité de la guerre qu’il relate, celle d’un pays de la Méditerranée, pas très éloigné de nous.

    Si je réussis à toucher l’opinion, j’aurai apporté ma contribution, modeste, à l’aide dont le peuple syrien à besoin et qu’il réclame aujourd’hui, d’une manière désespérée. »

    Pierre PICCININ da PRATA

«Les islamistes syriens sont connus pour leur modération»


anniebannie : Réactions typiques de lecteurs du Figaro; je peux m »en passer; quant à Riad Seif j’ai confiance en lui

Par Georges Malbrunot Publié le 14/12/2012 à 18:10 Réactions (71)

«Les Syriens ne veulent plus d’une intervention étrangère», explique Riad Seif, Crédits photo : Michael Gottschalk/dapd

INTERVIEW – Riad Seif, l’inspirateur de la Coalition nationale, met en garde contre la tentation d’un pouvoir affaibli de recourir «aux armes de plus en plus sophistiquées».

Ancien député, détenu à quatre reprises par le régime de Damas, Riad Seif est l’inspirateur de la Coalition nationale, qui vient d’être reconnue comme «le représentant légitime» du peuple syrien par plus de cent pays, réunis à Marrakech. Le dirigeant de l’opposition met en garde contre la tentation d’un pouvoir affaibli de recourir «aux armes de plus en plus sophistiquées», et assure que l’islamisme syrien est «modéré».

LE FIGARO.- Comment convertir les acquis de Marrakech en victoire contre le régime de Bachar el-Assad?

Riad SEIF. – Cette large reconnaissance internationale ajoutée à la récente unification des groupes armés sur le terrain nous donnent beaucoup d’espoir. En se regroupant, nos forces sont plus puissantes. Cette unification nous permettra de recevoir des armes de qualité contre les tanks et contre les avions. Les craintes des Occidentaux que ces armes tombent entre de soi-disant mauvaises mains ne sont plus justifiées. D’autre part, en recourant aux missiles Scud, Bachar el-Assad avoue sa faiblesse. Il est possible que le régime ne puisse plus utiliser ses avions. Il s’affaiblit de plus en plus. Et plus il s’affaiblira, plus il sera contraint d’utiliser des armes sophistiquées.

Y compris à Damas?

Oui, il a dû retirer des militaires du nord, et surtout des régions est du pays pour défendre la capitale. Mais une attaque contre le pouvoir peut aussi venir du sud. L’heure de la victoire approche. Et même ses alliés russes semblent faire le même constat.

C’est pourquoi vous ne réclamez plus une intervention militaire extérieure?

Les Syriens ne veulent plus d’une intervention étrangère. Ils pensent que les conditions d’une victoire sont sur le point d’être réunies. Ce que nous demandons, c’est une zone de protection aérienne et des armes de qualité contre les tanks et les avions.

L’opposition refuse de clarifier ses relations avec Jabhat al-Nosra, que les Américains viennent d’inscrire sur la liste des organisations terroristes. N’est-ce pas jouer avec le feu?

La Coalition nationale est opposée à toute action terroriste, mais nous ne devons pas oublier que le régime dès le début de la révolution a fabulé en créant des films dans lesquels il accusait ses opposants d’être responsables de ses crimes. J’ai rencontré moi-même en prison des détenus qui m’ont dit avoir dû jouer dans des vidéos bidons. S’il y a de l’extrémisme aujourd’hui dans nos rangs, il est très limité. Il ne faut pas oublier que la répression a tué plus de 50.000 personnes et que des massacres ont été commis. Malgré toutes ces atrocités, rien ne prouve que Jabhat al-Nosra est un mouvement terroriste. La majorité de ses éléments respectent les ordres qui leur sont donnés. Ils ne font de mal à personne. D’une manière générale, les islamistes syriens sont connus pour leur modération. Mais dès le départ, le régime a utilisé les alaouites pour se protéger, ce qui a contribué à créer des ressentiments chez les sunnites contre les alaouites.

À Marrakech, Moaz al-Khatib, le président de la Coalition, a tendu la main aux alaouites, mais il n’a eu aucun mot de compassion à l’égard de la centaine d’alaouites qui venait d’être tués à Aqrab. Est-ce ainsi que l’on prône la réconciliation?

Il n’y a jamais eu de massacres commis par les sunnites contre les alaouites. Et il est très probable que ce sont les chabihas (miliciens pro-régime, NDLR) eux-mêmes qui aient commis ce massacre à Aqrab. Je connais Moaz al-Khatib depuis des années, et sa philosophie c’est la paix entre les communautés.

Croyez-vous à une désagrégation du pouvoir, qui se replierait ensuite sur son fief alaouite?

Il y a un consensus international pour ne jamais accepter la division de la région en mini états. La division de la Syrie est une ligne rouge très claire à ne jamais dépasser. Le peuple, et même la majorité des alaouites, n’accepteront jamais ces scénarios.

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» Syrie: Moscou et Washington depêchent Brahimi à Damas

» Des missiles Patriot pour protéger la Turquie

Risque de crise humanitaire en Syrie


LE MONDE | 19.12.2012 à 14h02 Par Fuat Keyman, Hany El Banna, Anthony Giddens

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La Turquie a maintenu ses frontières ouvertes depuis le jour où les premiers Syriens ont commencé à fuir les violences et les attaques du régime syrien dans leur pays, en mai 2011.

Elle fournit maintenant des abris et une aide humanitaire à plus de 120 000 réfugiés syriens, dépensant plus de 300 millions de dollars (227,6 millions d’euros).

Les Syriens, traumatisés par la perte de leurs proches, la destruction de leurs maisons et le terrible carnage de la guerre civile, ont été accueillis et hébergés dans d’excellentes conditions.

Cependant, dix-huit mois plus tard, il ne semble pas y avoir de fin au conflit en Syrie, et l’ONU signale maintenant que le nombre de personnes en Syrie nécessitant une aide humanitaire pourrait passer de 2,5 millions à 4 millions d’ici au début de l’année 2013.

LA TURQUIE NE DOIT PLUS ASSUMER SEULE CETTE CHARGE

Dans ce contexte de crise humanitaire aiguë et alors que chacun d’entre nous a sa propre perspective de la crise syrienne, nous croyons à l’unisson que l’on doit faire davantage pour aider les Syriens qui n’ont pas d’autre choix que de fuir.

Face à l’afflux croissant de civils, on comprend que la Turquie commence à ressentir le poids certain de cette aide humanitaire essentielle dispensée sur son territoire. Répondre à cette crise implique des efforts d’une ampleur sans précédent.

La Croix-Rouge estime que la Turquie aurait besoin de plusieurs millions de dollars d’aide étrangère pour faire face. La Turquie ne doit plus assumer seule cette charge.

Nous croyons que la communauté internationale et les pays donateurs, particulièrement les pays du Golfe, doivent de toute urgence augmenter leur aide à la Turquie ainsi qu’à tous les pays voisins qui accueillent des réfugiés syriens.

A l’approche de l’hiver rigoureux, cet impératif est plus important que jamais.

488 MILLIONS DE DOLLARS

Il est inacceptable que le plan d’action régional des Nations unies en faveur des réfugiés syriens de 488 millions de dollars ne soit financé qu’à hauteur d’un tiers.

La communauté internationale doit maintenant financer les opérations de prise en charge les réfugiés syriens. Tous les pays d’accueil de réfugiés doivent autoriser les ONG humanitaires internationales à opérer à l’intérieur de leurs frontières.

Nous appelons la Turquie à se joindre à la Jordanie et au Liban en permettant à ces ONG de soutenir l’effort turc et de déployer leurs compétences et ressources techniques.

L’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO), les agences onusiennes, le Comité international de la Croix-Rouge et les ONG des pays possédant une expertise dans l’assistance aux réfugiés sont prêts à répondre aux besoins.

Cependant, des obstacles politiques, légaux et bureaucratiques entravent la pleine coopération entre la Turquie et les ONG humanitaires.

Sauf exception, les ONG turques et internationales n’ont pas accès aux camps de réfugiés en Turquie !

Autoriser les agences humanitaires de l’ONU et les ONG internationales à opérer en Turquie pourrait atténuer l’impact que le nombre croissant de réfugiés a sur les communautés d’accueil.

Cela permettrait aussi de débloquer des fonds européens supplémentaires. Enfin, cela apporterait des expertises techniques pour aider à surmonter les traumatismes.

La Turquie craint peut-être que des acteurs extérieurs suivent des agendas politiques ou qu’ils constituent une menace pour la souveraineté turque.

PRINCIPES INTERNATIONAUX DES CONVENTIONS DE GENÈVE

Cependant, ces organisations humanitaires professionnelles ont une longue expérience d’actions menées en toute impartialité et neutralité dans de nombreuses crises de réfugiés telles que celle des réfugiés somaliens au Kenya ou bien encore celle des réfugiés libyens en Tunisie.

Ces organisations sont guidées par les valeurs universelles et les principes internationaux des Conventions de Genève.

Il est temps que le monde soutienne la Turquie et qu’elle reçoive l’aide de ses amis de la société civile internationale et des bailleurs de fonds, afin de fournir l’asile aux milliers d’autres Syriens qui attendent encore avant de fuir la guerre civile dans leur pays.

C’est notre espoir et notre souhait qu’ils puissent continuer à trouver un lieu sûr en Turquie.

Fuat Keyman, professeur à l’université de Sabanci; Hany El Banna, fondateur de l’ONG Islamic Relief ; Anthony Giddens, ex-directeur de la London School of Economics

Fuat Keyman, Hany El Banna, Anthony Giddens

Syrie : Jabhat al-Nusra, l’erreur américaine


12 décembre 2012 Par Thomas Pierret

La décision annoncée hier par le gouvernement américain d’inscrire le groupe syrien Jabhat al-Nusra (le Front du Soutien) sur la liste des organisations terroristes internationales est une erreur aux conséquences potentiellement désastreuses.

Les Etats-Unis n’ont pas nécessairement tort d’affirmer que Jabhat al-Nusra est liée à al-Qaeda : cette dernière n’a pas formellement adoubé al-Nusra mais l’organisation syrienne a néanmoins reçu l’approbation du site Shumukh al-Islam, considéré comme une référence dans les milieux salafistes-jihadistes. Par ailleurs, Jabhat al-Nusra s’est distingué des autres groupes armés syriens en revendiquant des attentats qui, visant des cibles militaires et sécuritaires en zone urbaine, témoignaient d’une totale indifférence à l’égard des civils qui pouvaient se trouver dans les environs. Enfin, la rhétorique anti-alaouite adoptée par le groupe est indéniablement inquiétante. Mon propos n’est toutefois pas ici d’évaluer le caractère plus ou moins « terroriste » de Jabhat al-Nusra mais plutôt de souligner le caractère politiquement inopportun de la décision américaine.

Premièrement, l’inscription de Jabhat al-Nusra sur la liste des organisations terroristes internationales est un merveilleux cadeau fait à Assad, qui a qualifié ses opposants de terroristes islamistes dès les premiers jours de la révolution. Souhaitant ardemment affronter des jihadistes plutôt qu’un mouvement démocratique, le régime syrien a, dans les premières semaines du soulèvement, libéré des islamistes radicaux dont certains ont ultérieurement participé à la création de groupes tels que Jabhat al-Nusra. La genèse de ce dernier mouvement est d’ailleurs obscure, de lourds soupçons existant quant à une possible manipulation de la part des services secrets d’Assad (voir à ce propos l’article de François Burgat et Romain Caillet).

Paradoxalement, la criminalisation de Jabhat al-Nusra par les USA est aussi un cadeau fait au groupe lui-même puisqu’elle lui confère un surcroît de crédibilité en raison de la haine croissante de l’Occident observée parmi les Syriens. Depuis deux ans, ces derniers ont été abandonnés à une répression effroyable par les acteurs internationaux, qui ont assisté sans broncher à la destruction de villes entières par des bombardements terrestres et aériens. Sur le plan diplomatique, les Etats-Unis ont donné et continuent de donner du temps au régime syrien en soutenant qu’il est possible d’arriver à une « solution politique » en discutant avec les Russes et cela en dépit du fait que leurs échecs répétés ont démontré le caractère totalement vain de cette démarche. Qui plus est, les USA ont entravé les livraisons d’armes aux insurgés syriens, posant en particulier leur veto à l’acquisition par ces derniers de missiles antiaériens dont ils ont cruellement besoin pour se défendre face aux bombardiers du régime.

Dans un tel contexte, l’inscription de Jabhat al-Nusra sur la liste des organisations terroristes est perçue comme une ultime trahison par une grande partie des Syriens. Il faut bien comprendre que ces derniers ne perçoivent pas le groupe jihadiste du point de vue de la guerre américaine contre le terrorisme, dont ils n’ont que faire dans les circonstances actuelles, mais plutôt sur la base de leurs réalités quotidiennes. Dans cette perspective, Jabhat al-Nusra est perçue comme un groupe défendant la population contre les forces d’Assad et cela en raison de son efficacité redoutable sur le plan militaire. Certes, le groupe a d’abord suscité la réprobation, en raison des soupçons de manipulation par le régime et des nombreuses victimes civiles de ses attentats. Toutefois, les choses ont changé au cours des derniers mois en raison de l’implication croissante de Jabhat al-Nusra dans des opérations de guérilla classiques, en particulier dans la région d’Alep. Le groupe y a ainsi participé au siège de nombreuses positions de l’armée d’Assad en collaboration avec d’autres bataillons rebelles. Déterminés à mourrir en martyrs, les combattants d’al-Nusra montent systématiquement en première ligne et y font preuve d’un courage qui impressionne leurs compagnons d’armes. Ajoutons que les jihadistes suscitent également la sympathie en raison de leur discipline, qui contraste avec les pillages et enlèvements crapuleux pratiqués par certains éléments de la rébellion. L’autorité morale acquise par les membres de Jabhat al-Nusra dans certaines régions a parfois conduit d’autres groupes armés à solliciter leur arbitrage dans les conflits qui les opposent. En résumé, le profond désespoir qui s’est emparé des Syriens après deux ans de massacres a fait de Jabhat al-Nusra un acteur légitime aux yeux d’un grand nombre de gens qui ne sont nullement des extrémistes : tout ce qui les préoccupe est que les jihadistes se battent dans leur camp à l’heure où le reste du monde les a abandonnés. C’est de ce point de vue qu’il faut comprendre la dénonciation de la décision américaine par de larges segments de l’opposition syrienne qui rejettent pourtant les idées et méthodes de Jabhat al-Nusra.

L’idée selon laquelle l’inscription de Jabhat al-Nusra sur la liste américaine des organisations terroristes risque de renforcer la popularité du groupe n’est pas un simple hypothèse mais s’appuie déjà sur des faits. J’étais hier soir en compagnie d’un opposant syrien, coordinateur d’une coalition politico-militaire rassemblant bataillons rebelles et activistes de la société civile dans la région d’Alep. Pendant notre discussion, mon interlocuteur reçut un message lui annonçant que quatre bataillons de sa coalition quittaient cette dernière pour rejoindre Jabhat al-Nusra …

Un dernier problème est que la criminalisation de Jabhat al-Nusra par les Etats-Unis risque de rendre impossible la réintégration future de certains de ses éléments dans le mainstream de l’opposition syrienne. La montée en puissance du groupe au cours des derniers mois et sa popularité croissante se sont traduites par le recrutement d’un nombre croissante de (très) jeunes syriens qui ne sont pas forcément des partisans déterminés du jihad global ou de l’extermination des alaouites. Il aurait été préférable de laisser la porte ouverte à ces éléments plutôt que de les conforter dans l’idée que le monde entier fait le jeu du régime.

Pour conclure : si les Etats-Unis souhaitaient sincèrement limiter l’importance du courant salafiste-jihadiste au sein de l’opposition syrienne, ils auraient dû soutenir sérieusement les autres composantes de cette dernière, option qu’ils ont constamment rejetée au profit de palabres diplomatiques dont ils savent pertinemment bien qu’ils sont voués à l’échec.

"Le Front du Soutien aux Gens de Syrie"« Le Front du Soutien aux Gens de Syrie »

Tous avec Bachar !


Une fête secrète devant la tour Eiffel avec les derniers partisans du régime

Par Julien Morel


Le jeune Florent affiche son soutien à Bachar al-Assad. C’est la deuxième fois qu’il manifeste en faveur du régime.

Samedi 20 octobre, sur le parvis du Trocadéro à Paris, une quarantaine de personnes sont réunies avec des pancartes, des sifflets et ce qui ressemble à un gigantesque drapeau syrien. Postés devant la tour Eiffel, ces militants sont venus pour revendiquer la souveraineté de la Syrie et célébrer leur soutien à la dynastie al-Assad. En me rapprochant du groupe, entre les touristes et deux autres manifestations prenant place sur ce même parvis – des militants pour l’indépendance du Sud marocain et une dizaine d’Ivoiriens réunis autour d’une table –, j’aperçois plusieurs panneaux à l’effigie du dictateur le plus détesté sur Terre, responsable de plus de 20 000 morts en 20 mois de guerre civile: Bachar al-Assad.

Sur les pancartes (montrant des photos si retouchées qu’on a l’impression de regarder une peinture), celui-ci est en costume gris, arborant un sourire gêné qui semble indiquer sa situation à l’heure actuelle: celle d’un mec dont les autorités mondiales souhaitent le départ. Saïd, un Franco-Syrien d’une trentaine d’années, insiste sur le look impeccable du chef d’État syrien : « Regarde un peu le costume. Y’a rien à dire, il est élégant. » Alors que je discute avec lui, essayant de discerner ses arguments au milieu des coups de sifflet et des applaudissements, il me précise que lui et sa famille soutiennent Assad depuis le début des révoltes. Il est musulman sunnite par son père, chrétien par sa mère, et est convaincu que le régime d’Assad est le seul qui puisse faire régner la laïcité dans son pays d’origine : « Avec Bachar, les différentes religions pouvaient vivre ensemble. Si les États-Unis le font partir, c’est foutu. Les salafistes vont s’emparer du pouvoir et tuer tout le monde. »

Tout le monde signifie en fait la majorité des personnes présentes aujourd’hui sur le parvis: familles de hauts dignitaires du régime, chrétiens de Syrie et membres de la frange musulmane chiite la plus implantée au nord du Proche-Orient, les alaouites. Al-Assad étant lui-même de confession alaouite, on comprend facilement que ceux-ci soient inquiets pour leur avenir si jamais le dirigeant venait à s’exiler. C’est ce que me confirme Nordine, pilote de chasse français d’origine syrienne, venu ici en costume militaire et casquette ornée du drapeau syrien. De loin, il a l’air d’un gros con. De près, c’est pire. « J’ai étudié et appris mon travail aux États-Unis; protéger et servir mon pays. En tant qu’alaouite syrien, je ferai de mon mieux pour protéger les miens des barbares. » Lorsque je demande ce qu’il entend par « barbares », sa réponse est immédiate – comme apprise par cœur : « Ceux qui tuent femmes et enfants. Les salafistes, les Saoudiens, les Qataris. » Il marque une pause, remarquant mon air circonspect. « Les juifs. »

Derrière lui s’amassent des gens qui ne cessent d’applaudir et de chanter. Nordine s’approche d’eux et confirme son rôle de meneur. Il entreprend un nouveau chant, viril, comme une menace à destination du président français : Hollande, casse-toi, la Syrie n’est pas à toi ! Réunis autour du grand drapeau syrien, tous côte à côte autour de l’immense morceau de tissu vert, blanc et rouge (dans la pure tradition des photos illustrant la libération des peuples), ils se mettent à entonner un nouveau slogan, cryptique : Fabius [ministre français des Affaires étrangères], Hollande, ONU en Syrie? Pas de place pour les fascistes dans le pays! Ce refrain laisse plusieurs manifestants dubitatifs, qui préfèrent taper dans leurs mains en souriant.


Ces trois Syriennes vivant à Paris sourient pour leur dictateur préféré.

Ce n’est pas le cas de Florent, 17 ans, qui chante si fort qu’il a l’air de torpiller les tympans de la mère de famille syrienne à côté de lui. Il est Français de souche, porte un appareil dentaire et est venu au Trocadéro pour défendre ses convictions politiques – pour autant qu’on puisse en avoir à cet âge. « Mes parents pensent comme moi mais ne sont pas là aujourd’hui. C’est la deuxième fois que je viens défendre l’armée nationale de Syrie. »

Il était présent lors de la première manifestation pro-Assad à Paris qui se tenait entre Saint-Michel et le Panthéon le 16 septembre 2012. Il affirme être venu après avoir vu l’annonce du rassemblement sur le site jeuxvideo.com. Alors que je lui demande si sa vision politique correspond à celle des autres adolescents présents sur le forum, il semble décontenancé et bafouille une réponse, visiblement trop excité. « Jeuxvideo.com brasse plein de sujets : musique, cinéma, politique… Tous les gens n’ont pas le même avis. Je suis l’un des seuls à être impliqué politiquement, me dit-il. Quand j’aurai l’âge de voter, je ne donnerai pas mon bulletin aux gauchos! »

Outre les manifestants d’origine arabe qui constituent environ 90 % de la population présente – et de deux, trois pères de famille communistes égarés là, opposés au droit d’ingérence de l’ONU – le reste est composé de militants de droite dure disposant d’une connexion Internet. On les reconnaît puisqu’ils sont les seuls à être mal à l’aise; malgré leur enthousiasme de façade (illustré par leurs « Allez la Syrie ! » répétés en tapant des mains), ils ont conscience de ne pas être acceptés par la communauté syrienne, qui ne leur adressera pas la parole de l’après-midi.

Alors que la fête bat son plein, j’en oublie presque que les gens devant moi sont en train de soutenir gaiement un régime indéfendable. Étant le seul journaliste présent, on me considère désormais comme un « ami » ; plein de gens tiennent à me serrer la main. Parmi eux, j’ai retenu : un gamin de 20 ans (il pourrait en avoir 30) qui lançait les chants autour du drapeau quelques minutes plus tôt, deux vieux Syriens chiites en djellaba et une meuf d’une quinzaine d’années en tenue camouflage. Celle-ci porte une pancarte à l’effigie de Mouammar Kadhafi. « Il représente la liberté des peuples arabes, précise-t-elle. Il ne s’est jamais rendu devant l’empire américano-sioniste. Comme moi. »

Ça fait bientôt deux heures que je suis sous la pluie. Alors que la fête laisse place à des discussions agitées entre manifestants (j’entends un « ONU, trous du cul ! » pas loin de moi), je décide de me tirer. Tandis que je marche en direction du métro, une femme d’un certain âge m’aborde; douce et amicale, elle me raconte les raisons qui l’ont poussée à venir manifester. Sa famille vit toujours sous les bombes à Damas. « J’y suis allée quatre fois depuis le début de la guerre. C’est terrible. J’ai vu des gens mourir sous mes yeux. En revenant en avion, j’ai pleuré tout le long du trajet. Les rebelles tuent n’importe qui. » Chrétienne, elle est terrifiée à l’idée du sort réservé à ses proches si la rébellion venait à l’emporter. Alors qu’elle passe en revue toutes les nations impliquées dans le conflit syrien, elle termine, épuisée : « Vous savez bien qui est derrière tout ça, hein ? » Pour signifier mon ignorance, je réponds par une grimace. « Eux, comme toujours. Les juifs. »

Photos par Hugo Denis-Queinec.

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Syrie: progression rebelle dans le camp Yarmouk, l’armée prépare une riposte


18 décembre 2012 à 15:39
Capture d'écran d'une vidéo diffusée sur YouTube disant montrer des victimes après un bombardement des forces syriennes sur le camp palestinien de Yarmouk, près de Damas, le 16 décembre 2012

Capture d’écran d’une vidéo diffusée sur YouTube disant montrer des victimes après un bombardement des forces syriennes sur le camp palestinien de Yarmouk, près de Damas, le 16 décembre 2012 (Photo AFP)

Les rebelles ont pris le contrôle d’une importante partie de Yarmouk, grand camp palestinien du sud de Damas, mais l’armée se préparait mardi à une contre-attaque d’envergure, poussant les habitants à un exode massif.

Alors que le nord du pays est devenu dangereux en raison de la présence de jihadistes, un journaliste américain de la chaîne NBC News, Richard Engel, libéré en Syrie après y avoir été capturé il y a cinq jours, a affirmé avoir été enlevé par des chabbiha, milices favorables au régime du président Bachar al-Assad.

A Ankara, le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a appelé l’Iran, allié de Damas, à « envoyer des messages clairs » au régime syrien en vue de le pousser à mettre fin aux violences.

Dans le sud de la capitale, les rebelles ont réussi à chasser d’une grande partie du camp de Yarmouk les milices palestiniennes favorables au régime, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui s’appuie sur un large réseau de militants et médecins en Syrie.

Selon un habitant de Yarmouk venu récupérer des affaires chez lui, « des centaines d’insurgés de l’Armée syrienne libre (ASL) se trouvent mardi à l’intérieur » du camp. Il a assuré que l’armée syrienne a donné jusqu’à 12H00 (10H00 GMT) aux 150.000 habitants pour prendre leurs affaires et partir.

« Des habitants ont décidé d’obtempérer mais d’autres de rester », a affirmé à l’AFP un autre habitant.

Le quotidien al-Watan, proche du pouvoir, a affirmé que « l’armée se préparait à une opération militaire dans le camp ».

la moitié de la population a fui

Des soldats interdisaient l’entrée nord du camp et une centaine d’hommes et d’enfants, chargés de valises, se préparaient à quitter les lieux à bord de camionnettes, a constaté une journaliste de l’AFP.

« L’armée n’attaque pas d’en bas avec les chars mais d’en haut avec les avions », a lancé un habitant, en référence à un raid aérien meurtrier mené dimanche par le régime.

Par ailleurs, de nombreux Palestiniens, entassés dans des bus et voitures, attendent d’entrer au Liban au poste-frontière de Masnaa, a constaté le photographe de l’AFP. Selon la Sureté générale et l’UNRWA (agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens), 2.000 Palestiniens ont traversé la frontière dimanche et lundi, mais mardi l’affluence était encore plus grande.

Le porte-parole de l’UNRWA à Jérusalem, Sami Mhasha, a indiqué que « selon des estimations prudentes, au moins 50% ont quitté ou quittent le camp pour trouver refuge dans d’autres quartiers de la capitale ».

La Syrie compte 490.000 Palestiniens, en majorité venus du nord de la Palestine lors de la première guerre israélo-arabe de 1948, rejoints par d’autres au fil des conflits.

Beaucoup pensaient revenir rapidement chez eux et ont vécu d’abord dans des camps de tentes. Quand l’espoir du retour s’est évanoui, les tentes ont cedé la place à des maisons en dur puis à des immeubles. Les « camps » sont devenus des quartiers de Damas ou d’autres villes, entourés par des constructions informelles nées de l’exode rural. Ainsi, à Yarmouk vivent des Palestiniens mais aussi des Syriens pauvres.

« Nous ne pouvons pas dire pour le moment que quelqu’un a pris totalement le contrôle du camp » a indiqué via Skype à l’AFP Abou al-Soukan, un militant habitant le camp, soulignant que l’armée du régime, toujours déployée dans le quartier mitoyen de Tadamoun, pouvait revenir à tout moment.

Dans la région de Hama, au centre de la Syrie, l’armée s’est retirée de plusieurs positions et localités du nord de la province à la suite d’attaques menées par les rebelles ces dernières 48 heures, a affirmé l’OSDH, précisant que des soldats ont été tués et des véhicules saisis.

Par ailleurs, la Russie, principale allié avec l’Iran du régime syrien, a envoyé une nouvelle flottille de navires de guerre en Méditerranée vers les côtes syriennes, a indiqué le ministère de la Défense russe.

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Syrie: aucun des belligérants ne peut l’emporter selon le vice-président


anniebannie:les rebelles ne veulent pas négocier avec ce régime assassin

Le vice-président syrien Farouk al-Chareh a affirmé au quotidien libanais pro-syrien al-Akhbar qu'aucun des belligérants n'était en mesure de l'emporter après 21 mois de violences en Syrie, selon les premiers extraits d'un entretien qui doit être publié lundi.<br /> (c) Afp

Le vice-président syrien Farouk al-Chareh a affirmé au quotidien libanais pro-syrien al-Akhbar qu’aucun des belligérants n’était en mesure de l’emporter après 21 mois de violences en Syrie, selon les premiers extraits d’un entretien qui doit être publié lundi. (c) Afp

DAMAS (AFP) – Le vice-président syrien Farouk al-Chareh a affirmé qu’aucun des belligérants n’était en mesure de l’emporter après 21 mois de conflit en Syrie où les violences ont franchi dimanche un nouveau cap avec des raids aériens menés pour la première fois sur un camp palestinien à Damas.

« Aucune rébellion ne peut mettre un terme à la bataille militairement. Tout comme (les opérations) des forces de sécurité et des unités de l’armée ne mettront pas un terme à la bataille » non plus, a affirmé M. Chareh au quotidien libanais pro-syrien al-Akhbar.

Le vice-président sunnite, un temps évoqué pour remplacer le président Bachar al-Assad, de confession alaouite (une banche du chiisme), en cas de transition négociée, a appelé de ses voeux un accord « historique » entre les parties. M. Chareh serait en résidence surveillée à Damas selon certains opposants.

« Nous devons défendre l’existence de la Syrie et pas mener une bataille pour un homme ou pour un régime », a-t-il ajouté selon les premiers extraits d’un entretien mené à Damas il y a deux jours selon le quotidien.

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a jugé de son côté que « la fin se rapprochait » pour M. Assad.

Une série de déclarations convergentes récentes sur la chute imminente du régime, émanant des Occidentaux et, plus surprenant, d’un responsable russe, sont le signe que l’opposition se renforce, mais des experts estiment que le régime semble néanmoins tenir bon autour de M. Assad.

Preuve que Damas n’est pas prêt à lâcher, l’aviation a bombardé pour la première fois le camp palestinien de Yarmouk à Damas, franchissant une nouvelle étape dans sa guerre pour chasser les rebelles de la capitale.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), au moins huit civils ont été tués dans cette opération qui a visé, d’après des habitants, une mosquée où étaient réfugiés 600 déplacés.

Le président palestinien Mahmoud Abbas et le Hamas ont appelé à l’arrêt immédiat des bombardements sur les camps, le premier exhortant « toutes les parties belligérantes à épargner les Palestiniens ».

« C’est vraiment la guerre »

L’aviation a également bombardé plusieurs quartiers du sud de Damas, où le régime mène une vaste campagne militaire pour chasser les rebelles de la capitale et écraser leurs bases arrière dans la périphérie de la métropole.

A Yarmouk, le plus grand camp palestinien de Syrie, longtemps considéré comme une zone sûre pour les déplacés, « c’est vraiment la guerre maintenant », a affirmé un militant joint par l’AFP via internet.

Il a estimé que « le raid aérien (avait) eu lieu parce que l’Armée syrienne libre (ASL, rebelles) progressait dans le camp », faisant état de violents affrontements entre rebelles et combattants palestiniens du Front populaire de Libération de la Palestine d’Ahmad Jibril (FPLP-CG, pro-régime syrien).

Le FPLP-CG a affirmé pour sa part, dans un communiqué diffusé par la télévision d’Etat, avoir repoussé des offensives « terroristes ».

Les 500.000 Palestiniens de Syrie, restés un temps en dehors des affrontements qui déchirent le pays depuis mi-mars 2011, sont désormais entrés dans le conflit, mais ils sont divisés sur la question. Certains ont même pris les armes dans les camps opposés.

Au total, 127 personnes ont péri à travers le pays dimanche, selon un bilan provisoire de l’OSDH, qui a recensé plus de 43.000 morts depuis mars 2011.

Le régime assimile rebelles et opposants à des « terroristes » et appelle régulièrement au dialogue, une option rejetée par l’opposition qui réclame au préalable le départ du président Assad.

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Syrie: pour les manifestants, le « terroriste » c’est Assad et pas Al-Nosra


Dépêches
14 décembre 2012 à 17:51
Un combattant rebelle syrien à l'arrière d'un camion, le 14 décembre 2012, dans la ville du nord de Darkush

Un combattant rebelle syrien à l’arrière d’un camion, le 14 décembre 2012, dans la ville du nord de Darkush (Photo Odd Andersen. AFP)

Pour les Syriens, qui manifestent chaque vendredi depuis mars 2011, le seul « terroriste » en Syrie est le président Bachar al-Assad et non les jihadistes du Front al-Nosra, que les Etats-Unis ont inscrit sur leur liste noire.

« Merci à tous les +terroristes+ en Syrie qui combattent Assad. Nous appartenons tous au Front al-Nosra », proclamait une pancarte dans la Ghouta orientale, autour de Damas, devenue un champ de bataille entre les rebelles et l’armée.

Arborant des drapeaux de la révolution, des files d’hommes et d’enfants ont ainsi défilé dans les rues de Haza en appelant à la chute du régime, sous le regard des commerçant.

Sur leur page Facebook « Syrian Revolution 2011 », des militants ont publié une rétrospective des scènes les plus fortes des 22 mois d’insurrection, évoquant par exemple les premières manifestations à Deraa (sud) et les victimes du massacre de Houla (centre).

« Depuis le vendredi de la dignité (le 18 mars 2011 à Deraa), nous manifestons dans les villes et les localités afin que le liberté ne soit plus un rêve mais une réalité », assure un sous-titre accompagné par une musique.

Dans ce montage réalisé sur le modèle d’une bande-annonce de film, les militants affirment: « L’Occident se sent menacé et essaye de minimiser notre grande révolution en dépeignant les révolutionnaires comme des terroristes (…). Nous ne laisserons personne interférer dans nos affaires intérieures ».

La décision américaine contre le Front al-Nosra a déclenché une vague de critiques en Syrie et a provoqué un élan de sympathie à l’égard de ce mouvement radical parmi les militants et les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL, rebelles).

Al-Nosra, qui a revendiqué la plupart des attentats suicide et est désormais présent sur la quasi-totalité des fronts en Syrie, a affirmé que deux de ses kamikazes avaient mené l’attentat qui a visé mercredi le ministère de l’Intérieur à Damas, blessant le ministre Mohammad Ibrahim al-Chaar.

Les manifestants ont également commenté la récente déclaration d’un responsable russe affirmant ne pas exclure une victoire de l’opposition en Syrie.

A Kfar Nabal (nord-ouest), une pancarte proclamait « Autant en emporte le vent » à côté d’une caricature montrant M. Assad s’écroulant dans les bras du président russe Vladimir Poutine.

Dans le même temps, une pancarte à Damas lançait: « Le quartier de Assali réclame à la Coalition syrienne (opposition) du pain, des médicaments et des balles ».

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