La crise syrienne menace la sécurité de l’Europe


AFP

Mis en ligne le 07/09/2012

« Si nous échouions en Syrie, la stabilité du Moyen-Orient serait compromise et la sécurité de l’Europe serait gravement menacée ».

Un échec de la communauté internationale à résoudre la crise syrienne menacerait gravement la sécurité de l’Europe, préviennent Paris et Rome dans une lettre qui propose une réunion extraordinaire des ministres européens sur la Syrie en septembre à New York.

« Si nous échouions en Syrie, la stabilité du Moyen-Orient serait compromise et la sécurité de l’Europe, sous tous ses aspects, du terrorisme à la prolifération des armes en passant par l’immigration illégale et la sécurité énergétique, serait gravement menacée », préviennent les ministres italien et français des Affaires étrangères, Giulio Terzi et Laurent Fabius.

Les ministres européens des Affaires étrangères ont entamé vendredi et samedi à Paphos, sur l’île de Chypre, une réunion informelle dominée par la crise syrienne.

Dans leur lettre, MM. Terzi et Fabius proposent de profiter de l’occasion pour avoir une discussion « stratégique substantielle sur le rôle et l’action de l’UE en Syrie », dont les résultats pourraient constituer « la base d’une éventuelle réunion extraordinaire » des ministres européens sur la Syrie courant septembre, par exemple en marge de l’assemblée générale de l’ONU à New York.

Dans une autre lettre, leur homologue britannique William Hague se dit « particulièrement impressionné par l’escalade de la crise des réfugiés humanitaires » et estime qu’il faut augmenter l’aide.

« Nous avons besoin de toute urgence de contributions supplémentaires aux efforts humanitaires », a-t-il souligné à son arrivée à Paphos.

La Commission européenne a à cet égard annoncé vendredi qu’elle allait débloquer une aide humanitaire supplémentaire de 50 millions d’euros pour aider les civils syriens.

Le versement de cette aide doit encore recevoir l’aval du Parlement européen et des 27 gouvernements de l’UE. Cela devrait porter la contribution totale de la Commission européenne à 119 millions d’euros, a précisé l’exécutif européen dans un communiqué.

Si on ajoute l’aide directe des Etats, l’aide fournie par l’UE à la population syrienne devrait atteindre, avec le versement de cette nouvelle aide, 200 millions d’euros, soit la moitié environ de l’ensemble de l’aide humanitaire internationale en faveur des victimes de la crise.

L’UE est en tête des efforts visant à répondre à l’appel à des fonds supplémentaires lancé par les Nations unies.

Sur le même sujet:

source

« Bachar est englouti jusqu’au cou dans le sang »


LOOS,BAUDOUIN

Jeudi 6 septembre 2012

SYRIE Le Premier ministre turc Erdogan parle aussi d’« Etat terroriste » et de « massacres de masse »

La Syrie fait de moins en moins la une des médias et pourtant le sang y coule toujours tous les jours. Ce mercredi, les dépêches d’agence de presse signalaient le décès de 19 personnes dans des quartiers tenus par les rebelles à Alep, dans le nord, parmi lesquels 7 enfants avaient été dénombrés. Non loin de là, des combats avaient lieu pour le contrôle de l’aéroport militaire. Des bombardements et des violences étaient également annoncés dans la capitale Damas, à Idleb (nord-ouest) ou à Deraa (sud).

Lakhdar Brahimi, le diplomate algérien qui a repris le rôle de Kofi Annan comme médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe, s’est adressé à l’Assemblée générale à New York pour lancer un cri d’alarme : « Le bilan des pertes humaines en Syrie est ahurissant, les destructions atteignent des proportions catastrophiques et la souffrance de la population est immense », a-t-il dit, précisant qu’il se rendrait « dans quelques jours » à Damas et « dans tous les pays à même d’aider à la réalisation d’un processus politique mené par les Syriens eux-mêmes ».

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a tenté d’insuffler un peu d’espoir en s’adressant à Lakhdar Brahimi : « Pour réussir, il faut le soutien uni et efficace des membres de l’ONU, afin d’aider les belligérants à comprendre que la solution ne viendra pas des armes mais du dialogue », a-t-il lancé, non sans ajouter une critique aux pays fournisseurs d’armes : « Ceux qui fournissent des armes à l’un ou l’autre camp ne font qu’aggraver les souffrances ».

Mais, fait inhabituel, Ban Ki-moon s’est aussi permis de fustiger sa propre maison : « La paralysie du Conseil fait du tort à la population syrienne et elle nuit aussi à sa propre crédibilité »… On sait que, depuis le début des événements qui déchirent la Syrie en mars 2011, la Russie et la Chine protègent la Syrie avec leur droit de veto à l’ONU.

L’Union européenne a également voulu soutenir la mission de l’Algérien. Le chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a téléphoné à M. Brahimi mardi pour lui dire qu’il pouvait « compter sur l’aide de l’UE dans sa tâche consistant à œuvrer à une solution politique pacifique à la crise ». « Une coordination étroite et une action diplomatique unie de la part de la communauté internationale sont des préalables au succès », a encore dit la Britannique.

De son côté, le Premier ministre turc, naguère grand allié du régime syrien, n’a pas pris les mêmes gants pour évoquer le drame syrien ce mercredi. « Le régime syrien est devenu un Etat terroriste », a déclaré Recep Tayyip Erdogan lors d’une réunion publique de son parti, le Parti de la justice et du développement (AKP), dénonçant les « massacres en masse » commis par le régime contre sa population. Et de lancer une formule accusatrice : « Bachar est englouti jusqu’au cou dans le sang de ses concitoyens ».

Enfin, pour sa part, le nouveau président égyptien Mohamed Morsi a maintenu mercredi la ligne qu’il avait tracée à Téhéran le 30 août au grand dam des officiels iraniens alliés à Damas : « Le temps du changement est arrivé », a déclaré le « raïs » islamiste égyptien à l’adresse du régime du président Bachar el-Assad, dans le cadre d’une réunion ministérielle de la Ligue arabe au Caire. « Il ne faut pas perdre de temps à parler de réforme. Le peuple syrien a fait entendre clairement sa voix ; le régime doit tirer les leçons de l’histoire récente. Je veux dire au régime syrien qu’il y a encore une chance d’arrêter l’effusion de sang ».

Dans la foulée, Mohamed Morsi n’a pas hésité à mettre les pays arabes en cause. « Le sang syrien coule jour et nuit, et nous sommes responsables. Nous ne pouvons pas dormir tandis que le sang syrien est versé. J’en appelle à vous ministres des Affaires étrangères arabes, pour travailler dur afin que soit trouvée une solution urgente à la tragédie de la Syrie. Si nous n’agissons pas, le reste du monde n’agira pas sérieusement » (avec afp, ap)

source

Augmentation des demandes d’asile en provenance de Syrie


Belga

D’autres Etats de l’Union européenne constatent également une augmentation du nombre de demandeurs d’asile syriens.

Le nombre de demandes d’asile émises par des Syriens a augmenté au mois d’août, constate mercredi le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA).

Au total, 1.627 demandes d’asile ont été introduites en Belgique en août 2012, ce qui constitue une baisse de 12,8% par rapport au mois précédent et de 24,3% sur base annuelle. En août, l’Afghanistan – avec 10,3% du nombre total de demandes – est resté le principal pays d’origine des demandeurs d’asile en Belgique. La Russie (8,4%) et la Guinée (8,1%) complètent le podium des pays d’origine les plus représentés.

Par ailleurs, le nombre total de demandes introduites par des personnes provenant de Syrie a légèrement augmenté, avec 77 demandes, soit 4,7% du total.

Pour l’année 2012, le total des demandes introduites en Belgique par des ressortissants syriens s’élève à 395. Vu l’évolution du conflit en Syrie, le CGRA accordera le statut de réfugié ou le statut de protection subsidiaire dans la majorité des cas, assure-t-il.

D’autres Etats de l’Union européenne constatent également une augmentation du nombre de demandeurs d’asile syriens. Les instances d’asile européennes ont ainsi enregistré environ 15.000 demandes émises par des Syriens en 2012.

Le CGRA a pris 1.537 décisions d’asile en août. Durant ces derniers mois, le CGRA a pu prendre une décision dans 2.511 dossiers d’asile issus de l’arriéré. Il s’agit d’un « renversement de tendance », estime le Commissariat. Fin août, 8.332 dossiers attendaient encore d’être examinés.

source

« Si vous ne nous aidez pas, nous serons tous tués »:vielle ville de Homs, 94ème jour de siège.


2012/09/07

Tous les jours les pages Facebook syriennes publient des rapports détaillés sur la situation des villes assiégées. Hier 6 septembre la page We are all Hamza Alkhateeb publiait un appel a l’aide internationale, au 93eme jour de siège de la vieille ville de Homs. Traduction:

HOMS LE PAYS DE LA DIGNITE APPELLE A L’AIDE
Sept jours de plus et Homs comptera 100 jours en état de siège.
93eme Journée de Siège – Nombre de zones bombardées jusqu’à cette heure: 17

Vieux Homs: appel urgent à mettre fin au siège
Jour 93: Bombardements barbares et un siège étouffant continuent à tuer lentement les habitants des anciens quartiers de Homs (district du Vieux Homs). Les bombardements barbares se poursuivent sur les quartiers assiégés des environs du Vieux Homs pour la 93eme journée consécutive, alors que les forces du Régime visent à droite, à gauche et au centre tout en sachant que 800 à 1000 familles sont piégées dans ces quartiers [encerclés].

Ces vieux quartiers abritaient d’anciennes mosquées et églises qui ont été déchiquetées. Les maisons ont été détruites, des maisons anciennes datant de plusieurs siècles déchirées, l’histoire de la province de Homs est anéantie.

Il n’y a ni eau ni électricité dans la zone [assiégée] et les civils vivent sur ce qu’ils ont accumulé plus tôt et recueillent des précipitations qui sont miraculeusement tombées sur Homs en Septembre et Août de cette année, pour le premier été depuis des décennies.

Un blessé est condamné à mourir.

Le feu se propage à travers les maisons, quotidiennement les civils courent d’une zone à l’autre pour se protéger et protéger leurs enfants.

L’Armée syrienne libre [FSA] est présente dans ces quartiers et contrôle les quartiers sur le terrain mais ils sont également pris au piège, ils ne peuvent pas quitter les zones et ne peuvent par compter sur une aide extérieure. L’ASL a bien mis en place un réseau pour exciter des blesses et faire parvenir un peu d’aide aux assiégés. Mais c’est insuffisant, et beaucoup ont été tués pendant ces opérations.

Sous prétexte que l’ASL ”contrôle” ces quartiers, le régime a eu recours à plusieurs reprises à d’intenses bombardements: non seulement des attaques de chars, canons, l’artillerie lourde, des obus de mortier et des lance-missiles, mais aussi en utilisant des hélicoptères de combat et des avions qui lancent des roquettes, et des barils explosifs, de TNT capables de détruire des bâtiments entiers.

– Un enfant blessé par les bombardements du Homs Vieux

http://www.youtube.com/watch?v=XhTKSm18S9o&feature=guu

– Violent bombardement visant les maisons, les églises et les routes, les attaques barbares sur les quartiers:

http://www.youtube.com/watch?v=I5TsoRPIjoA&feature=plcp

http://www.youtube.com/watch?v=2T2UAS6uKlw&feature=plcp

.

We are all Hamza Alkhateeb

HOMS THE LAND OF DIGNITY IS CALLING OUT FOR HELP Seven more days and Homs will complete 100 days under siege. Siege Day: 93

– Number of shelled areas till this hour: 17

Old Homs: Urgent call to end the siege Day 93: Barbaric shelling and a suffocating siege continues to slowly kill the Old Homs districts Barbaric shelling continues on the besieged neighborhoods of Old Homs for day 93 as regime forces pound left right and centre with the knowledge there are 800-1000 families still trapped inside these neighborhoods.

These old neighborhoods consist of ancient mosques and churches that have been blown apart. Homes have been destroyed with ancient homes dating back centuries ripped apart as the history of Homs province is wiped out. There is no water or electricity to the area as civilians live on what they have saved earlier and collect rainfall that miraculously has fallen onto Homs in September and August this year, for the first summer in decades.

An injury is left to die.

Fires spread through the homes as civilians run daily from one part to another to protect themselves and their young. The Free Syrian Army [FSA] are present in these districts and are controlling the neighborhoods on the ground however they are also trapped, cannot leave the areas and cannot help bring anything in. The FSA created ways to smuggle injuries out and bring some aid in to relieve the suffering of people inside, however it is not enough and many die in the process. Due to the FSA control of these neighborhoods, the regime has resorted to repeated intense shelling attacks not only from tanks, cannons, heavy artillery, mortar shells and missile launchers but also using helicopter gunships and warplanes which fire missiles, TNT and explosive barrels that bring down entire buildings.

–A child injured by shelling on Old Homs

http://www.youtube.com/watch?v=XhTKSm18S9o&feature=g-u-u

–Violent shelling targeting homes, churches and roads, barbaric attacks on the districts:

http://www.youtube.com/watch?v=I5TsoRPIjoA&feature=plcp

http://www.youtube.com/watch?v=2T2UAS6uKlw&feature=plcp

source

Alep sous les bombes


Voir la video ici

Les bombardements de l’armée syrienne continuent à Alep. Dans le même temps, au moins trois attentats ont secoué vendredi Damas où de violents combats ont éclaté entre rebelles et troupes régulières, tandis que des « centaines » de soldats ont pris d’assaut une localité près de la capitale, selon une ONG.

S’accoutume-t-on à la déchirure syrienne ?


BAUDOUIN LOOS

jeudi 06 septembre 2012, 06:34

De l’accoutumance à l’indifférence, il n’y a qu’un pas. Les décideurs et les opinions publiques l’auraient-ils franchi en Occident s’agissant du drame qui se déroule en Syrie depuis bientôt un an et demi ?

La Syrie ne fait en effet plus la une de l’actualité, alors même que le conflit reste, sur le terrain, de la plus haute intensité, comme en attestent les bilans des victimes toujours lourds chaque jour même si la précision des chiffres ne peut être vérifiée.

Les responsabilités du régime de Bachar el-Assad sont écrasantes. Il ne se conteste plus guère que sa réaction aux mouvements de contestation qui se sont développés en 2011 de manière presque toujours pacifique a consisté, dès le départ, à considérer que seule une répression féroce en viendrait à bout. Les quelques promesses de réformes, fussent-elles superficielles, n’ont même pas été suivies d’effet.

La militarisation d’une partie de plus en plus importante des opposants s’est ensuite imposée de manière inexorable en réponse à la torture, aux emprisonnements, aux assassinats puis, dans la dernière période, aux bombardements de quartiers entiers et aux massacres de civils…

La plupart des insurgés, désormais, font comprendre à qui veut les entendre que toute idée de négociations avec ce régime-là, avec ce monstrueux dictateur et assassin-là, n’a plus aucun sens. Du reste, Bachar el-Assad n’a pas non plus la moindre intention de négocier avec ceux qu’il désigne depuis avril 2011 comme des « terroristes ». C’est assez dire si la tâche de Lakhdar Brahimi, le diplomate algérien qui a succédé à Kofi Annan comme médiateur, s’apparente à une mission d’ores et déjà impossible.

Depuis un an au moins, les Occidentaux sont tétanisés par la perspective de prodiguer aux insurgés une aide qui pourrait tomber aux mains d’extrémistes, façon

Al-Qaïda. Depuis lors, ceux-ci sont bien arrivés en Syrie !

Et chaque semaine qui passe, avec l’amplification graduelle de la frustration des rebelles envers l’inertie de l’Occident, il est à craindre que cette mouvance – pour le moment toujours ultraminoritaire, selon les journalistes et observateurs revenus de là – accroisse son influence de manière drastique en Syrie.

De récents reportages du sobre hebdomadaire américain The Nation et du quotidien Le Monde l’ont encore montré : les insurgés manquent cruellement d’armes (pendant que la Russie continue d’aider le régime). La posture immobile adoptée par l’Occident est-elle encore tenable ?

source

Le conditionnement des chabbiha en Syrie… selon Ali Farzat


Comme des milliers de ses concitoyens, le caricaturiste Ali Farzat a eu affaire, dans un passé qui n’est pas si lointain, à des chabbiha. Tout le monde parle aujourd’hui de ces wouhouch, ces « bêtes »… comme ils aiment à se définir eux-mêmes. Mais rares sont ceux qui les connaissent aussi bien que lui et sont capables, d’un simple trait de crayon ou de plume, d’en dévoiler la réalité.

Dans un dessin récemment publié, il montre le conditionnement auquel ils sont soumis afin d’être en mesure de mener à bien les « missions » – les massacres – que le régime leur confie sous la supervision occulte des moukhabarat, ou qu’il les laisse mener à leur convenance.

Sur le dos du combattant abondamment barbu : chabbiha…

Précédemment, il avait consacré à ceux que ses concitoyens engagés dans la « révolution contre Bachar Al Assad » qualifient plutôt de mourtaziqa (mercenaires) à la solde du régime, plusieurs dessins aussi cruels, qui donnaient à voir quelques unes de leurs autres qualités…

Il ne nous en voudra pas d’en réunir ici un florilège. Ils disent mieux que de longs discours l’aversion que ces créatures inspirent. Ils expliquent surtout le refus obstiné des Syriens descendus dans les rues pour renverser le système en place de regagner leurs maisons… ou ce qu’il en reste, avant d’être parvenus à leur fin.

=====

Il est étrange mais sans doute aussi significatif qu’Ali Farzat, dont personne ne peut mettre en doute l’adhésion sans réserve à la démocratie, qui a chèrement payé – dans tous les sens du terme… – son désir de liberté, et qui puise son inspiration davantage dans les écrits d’Abou Nouwas que ceux d’Ibn Taymiyya, n’ait pas encore trouvé dans les « terroristes », « jihadistes » et autres « salafistes », aussi utiles que les vétos russe et chinois pour justifier la paralysie internationale, une source équivalente d’inspiration. Il leur a toutefois consacré quelques caricatures qui montrent comment il les considére : comme des hommes dangereusement enfermés dans leurs certitudes…

et sur lesquels il ne compte pas pour instaurer la démocratie…

En noir « Démocratie », en rouge « Dimacratie » (dimâ’ : le sang)

Mais, pressé d’indiquer qui, à son avis, est le premier responsable du « terrorisme » actuel en Syrie, il renvoie à ce dessin qui exprime sans détour le fond de sa pensée.

« Le régime syrien » (sur la feuille de papier : « Cherche le terroriste »)

source

Les Héroïnes de roman


La situation actuelle en Syrie a conduit une ancienne détenue politique,
contrainte par les circonstances à taire sa véritable identité,

à exhumer un texte, une brève nouvelle
jadis rédigée en prison.

Elle souhaite le faire partager

=====

La porte de ma cellule s’ouvrit dans un fracas assourdissant.

« Lève-toi ! Viens tout de suite ! »

J’étais nez à nez avec le responsable des interrogatoires.

« Et alors ? Ca fait six mois que tu es là, et, vrai ou faux, on n’a rien obtenu de toi. Tu crois que si tu ne dis rien, on va te libérer ? Je te le jure, la prison t’avalera morceau par morceau… Tu es une militante. Tu es sensée. Tu es cultivée. Mais il te manque un truc ! Il te manque la culture des maquerelles…! Et puisque c’est ainsi, je vais t’envoyer chez les « droits communs », à Qatana, pour compléter ta formation ! Qu’est-ce que tu en dis ? Je te le jure, je vais te jeter comme une chienne. Je vais te briser les os. Je vais te laisser croupir jusqu’à ce que tes copains, les mecs, sortent de Palmyre, et alors tu sortiras avec eux ! Va entre-temps te cultiver à Qatana ! Va te battre aux côtés de ton prolétariat : prostitution, hachich, meurtre… Je te le jure, même les démons ne sauront plus où te chercher ! Allez dégage ! Emmenez-la… »

Je suis retournée à la cellule. Je riais sous cape. J’en avais enfin fini avec les interrogatoires et la torture. Et surtout, avec les cris arrachés aux autres détenus qu’on torture. Je ne pensai pas un moment à ce qu’il m’avait dit. A Qatana ? Impossible. Il n’y avait jamais eu de précédent. Certes, il y avait bien là-bas quelques prisonnières politiques, mais c’était des sœurs musulmanes. Nous, en revanche, c’était impossible ! Ses propos, certainement, n’étaient qu’une menace. Le flot de ses paroles m’avait cassé la tête. En fait, c’est sûr, ils allaient me libérer. Et pourquoi pas après tout ? Ils n’avaient aucune preuve contre moi.

J’ai respiré profondément et je me suis allongée. Mais à peine étais-je sur le sol que le geôlier a fait intrusion dans mon royaume.

« Allez. Debout ! Prépare tes affaires ! »

Ils m’ont mis les menottes. Ils m’ont bandé les yeux. Ils m’ont embarquée dans un fourgon. Et ils m’ont emmenée à Qatana…

J’imaginais que j’allais de nouveau dévorer des yeux le monde des vivants : le soleil, le ciel, les arbres, le visage des passants, les enfants en tenue d’école… Mais rien de tout cela ne m’intéressait. Une seule chose me préoccupait et absorbait entièrement mes pensées : allais-je vraiment rencontrer ces femmes, que je ne connaissais que par les livres ? Non… Je n’y croyais pas. Le monde des romans est une chose. La réalité en est une autre…

J’avais la chair de poule. Allais-je vraiment me retrouver face à face avec ces femmes-là et plonger dans leur monde ? Elles et moi dans un seul lieu ? Dans un même temps ?

Une voix m’extirpa du tourbillon de mes pensées.

« Ça y est. On est arrivé. Allez, hop, descends ! »

Quoi ? Déjà arrivés ? Quelle vitesse ! Ça n’avait duré que quelques secondes… Impossible…

La voix revint à la charge, plus forte :

« Eh bien ? Tu n’as pas entendu ? Allez, descends ! »

Je suis descendue.

Un policier bedonnant m’attendait.

« Alors ? Tu crois que c’est le foutoir dans le pays ? »

Il a tamponné mon acte d’esclavage. Et il m’a livrée aux couloirs de la prison de Qatana.

Combien de portes en fer ? Combien de grilles ? Je ne sais comment je me suis retrouvée soudain dans une cour. Je reculai, terrorisée, et mon dos heurta la porte.

Des femmes accoururent à ma rencontre. J’étais figée, comme une idiote. Je serrais contre moi le sac où j’avais placé mes affaires, le malaxant de toutes mes forces, comme pour me protéger de je-ne-sais-quoi.

Leurs voix se collaient à moi :

« Elle a l’air d’une « politique » ! Regardez comme elle est habillée ! Sûr que c’est une « politique » ! »

Vous avez raison… Comment le nier ? J’étais arrivée en août, habillée d’un pantalon d’hiver en feutre. J’étais blême et hirsute. Et je m’accrochais au petit sac qui contenait tout mon avoir : un verre, une assiette, des cigarettes et une serviette.

Les femmes s’agglutinaient autour de moi. Je ne distinguais plus les mains, les visages et les voix :

« Moi je suis hachich ! »

« Moi, c’est vol ! »

« Elle, c’est prostitution ! »

« Moi, je suis meurtre ! »

« N’aie pas peur ! On ne va pas te manger… Tiens, prends une chaise, mets-toi à l’aise ».

« Tu veux un café ? Ou plutôt un thé ? Tu préfères un verre d’eau ? Ça fait combien de temps que t’es en prison ? »

« Il n’y a personne avec toi ? »

Les questions se succédaient comme des rafales de mitraillette. Et moi, terrifiée, je me balançais d’un pied sur l’autre. Je ne voulais ni les toucher, ni leur parler. Je ne voulais même pas de leur hospitalité !

J’essayais de m’éloigner d’elles. J’aurais voulu crier : « Foutez-moi la paix ! » Mais les mots me restaient dans la gorge. Ils m’étranglaient. Je pétrissais mon sac avec tout ce qui me restait de force. Je le broyais. Je m’accrochais à lui comme un noyé à un fétu de paille.

Les « héroïnes de roman » allaient et venaient autour de moi dans un brouhaha assourdissant. Leur déluge de mots me submergeait. Leurs paroles résonnaient dans ma tête et dans mon corps. Quand, soudain, antipathique et tonitruante, une voix me fit reprendre mes esprits :

« Allez, ouste ! On ne veut pas de ça chez nous ! Il ne nous manquait plus qu’une mécréante ! Foutez-la dans une autre cellule ! »

Ma peur de ces femmes, les héroïnes de roman, s’est immédiatement évanouie. Le sac m’est tombé des mains. Je me suis tournée dans la direction d’où provenait la voix. J’ai alors tout compris.

La voix était celle de sœurs musulmanes. Leur cellule était fermée. La promenade n’était pas mixte. La moitié de la journée était réservée aux sœurs musulmanes, l’autre moitié aux femmes de droit commun. Mais, à travers le grillage de leur porte en fer, les sœurs voyaient tout.

Elles appelèrent le policier. Il se dirigea vers elles, précédé par une autre voix, peut-être plus forte et plus odieuse encore :

« Mets-la avec les droits communs ! Sa place n’est pas avec nous ! »

Les héroïnes de roman continuaient à tourner autour de moi. J’entendais leurs chuchotements :

« La pauvre… Elle est toute seule. Si seulement il y avait quelqu’un avec elle… Elles vont la rendre folle, la pauvre… »

Je vacillais, ne saisissant au vol que des bribes de mots, observant le spectacle.

Le policier n’en menait pas large, hésitant entre le pouvoir de l’argent et celui de la politique, entre les héroïnes de roman, autour de moi, et les sœurs musulmanes, qui depuis leur cellule lui dictaient ce qu’il devait faire.

Et moi, où étais-je là-dedans ? Dans quel monde étais-je tombée ?

Le soir, quand on m’eut installée de force dans l’une des cellules des sœurs musulmanes, je me recroquevillai sur mon lit. Mon pauvre sac m’accompagnait comme un ami, il me conseillait, me soutenait, me protégeait.

Dans l’obscurité de la nuit, le sommeil m’a fui. J’ai entrepris de compter les secondes, attendant impatiemment les premières lueurs de l’aube, pour me précipiter vers les héroïnes de roman. Oui, les héroïnes de roman. Pour me serrer contre elles. Pour leur faire mes excuses. Evidemment, pour leur faire mes excuses. Et peut-être, peut-être, pleurer sur la poitrine de l’une d’entre elles…

Prison de Qatana
17 août 1984

source

Syrie : un vétéran de l’humanitaire réclame une zone d’exclusion aérienne


lundi 3 septembre 2012, par La Rédaction

Pour Jacques Bérès, chirurgien de guerre et cofondateur de Médecins sans frontières, en mission à Alep, la mise en place d’une zone d’interdiction aérienne en Syrie est d’une urgence absolue face au nombre croissant de victimes de bombardements aériens.
« Il y a au moins 50.000 morts, plus tous les disparus. C’est honteux ! », s’insurge le médecin français, rencontré par l’AFP dans un hôpital près de la ligne de front à Alep, la grande métropole du nord de la Syrie, théâtre depuis plus d’un mois d’une bataille cruciale pour le régime comme les rebelles.
Selon lui, le bilan de plus de 26.000 morts depuis mars 2011 établi par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), installé en Angleterre et s’appuyant sur un réseau de militants et de témoins, est nettement sous-évalué.
« Je suis sûr que les morts que j’ai ici ne sont pas comptabilisés à Londres », insiste ce septuagénaire à la barbe blanche. Au cours des deux dernières semaines, le Pr Bérès estime avoir soigné entre 20 et 45 combattants rebelles par jour, et enregistré deux à six décès quotidiens.
Et ces chiffres ne concernent qu’un hôpital relativement petit dans une immense métropole où la situation évolue très vite, avec des commerces ouverts et des piétons dans les rues dans certains quartiers tandis que d’autres zones sont sous les bombes.
« C’est un massacre incroyable. Même si maintenant, c’est devenu une guerre civile. Mais c’est quand même très très asymétrique comme conflit. Des armes légères contre des chars et des bombardements aériens », dénonce le médecin, qui a arpenté la plupart des champs de bataille depuis le Vietnam dans les années 1960 jusqu’à la Libye l’année dernière.
Et pourtant, les rebelles « vont gagner. Ils méritent de gagner. Ce sont des hommes braves, ils sont très courageux. Ils souffrent beaucoup et il y a beaucoup de pertes », déclare-t-il en posant sa tasse de thé pour examiner des radios et conseiller un collègue syrien sur le meilleur moyen de retirer une balle de la jambe d’un blessé.
Face à ce drame, l’inaction de la communauté internationale met le vétéran de l’aide humanitaire hors de lui : « C’est honteux qu’on n’ait pas fait une zone d’exclusion aérienne ».
Le régime de Damas est « un gouvernement assassin de son propre peuple.
C’est assez rare, un gouvernement qui tue son peuple. (Le dirigeant libyen Mouammar) Kadhafi a essayé, mais heureusement, il a eu l’intervention » militaire internationale en soutien à la rébellion libyenne, souligne-t-il. « En une seconde, un bombardement fait plus de blessés que ce qu’un chirurgien peut réparer en une journée », rappelle-t-il.
Dans les zones contrôlées au sol par les rebelles, l’armée multiplie en effet les attaques aériennes. Lundi matin, un raid mené par un avion de combat a fait au moins 18 morts, dont des femmes et des enfants, à Al-Bab, à 30 km au nord-est d’Alep, selon l’OSDH.
C’est la troisième fois que Jacques Bérès est en mission clandestine en Syrie cette année, avec le soutien de petites associations françaises.
En mai, il a sillonné la région d’Idleb (nord-ouest), où il assure que des soldats ont détruit des pharmacies et incendié des centres de soins. Et auparavant, il était à Homs (centre) en février, quand l’armée pilonnait le quartier de Baba Amr.
« C’est beaucoup de souffrance, beaucoup de malheur, des familles détruites… Des orphelins… Tout ça parce qu’ils ont demandé un peu de liberté, qu’ils ont dit qu’ils en avaient un peu marre » du président Bachar al-Assad, s’indigne-t-il.

**

L’armée syrienne sort l’arme du bulldozer
Des bulldozers de l’armée syrienne ont rasé des habitations lundi dans l’ouest de Damas, poursuivant une stratégie de punition collective dans les quartiers sunnites hostiles au président Bachar al Assad, rapporte l’opposition.
Dans le nord de la Syrie, 18 cadavres ont été découverts dans les décombres d’une maison bombardée par un avion de chasse gouvernemental dans la ville d’Al Bab, contrôlée par la rébellion dans la province d’Alep, et 13 personnes sont portées disparues, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).
A Taouahine, un quartier pauvre de la capitale syrienne proche de l’autoroute Damas-Beyrouth, les bulldozers sont entrés en action lundi matin, détruisant des boutiques et des maisons, ont déclaré habitants et militants d’opposition.
« Ils ont commencé il y a trois heures. Les habitants sont dans la rue », a déclaré une femme habitant un immeuble dominant le secteur.
Ces informations restent invérifiables en raison des restrictions imposées par les autorités syriennes aux médias indépendants.
Selon des opposants, l’armée a obligé des riverains à effacer des graffiti anti-Assad ou à écrire des slogans à la gloire du président syrien, contesté par la rue depuis mars 2011.
« C’est un acte de punition collective sans justification. Les rebelles sont partis, il n’y a même plus de manifestations dans le quartier », a déclaré un militant, Mouaz al Chami, dans une vidéo montrant les démolitions.
« Le régime ne peut s’empêcher de se montrer aussi brutal que dans les années 1980 », a-t-il ajouté, faisant allusion aux massacres et aux destructions commis à Hama en 1982 contre un soulèvement islamiste sur ordre du père de Bachar, Hafez el Assad.
Alors que les sunnites sont largement majoritaires en Syrie, le clan Assad et la plupart des membres de l’élite au pouvoir appartiennent à la minorité alaouite, issue du chiisme.
Selon des militants, l’armée a également rasé ou incendié au moins 200 maisons et boutiques dans la vieille ville de Deraa, dans le sud du pays, au cours des derniers jours. Les bombardements des forces gouvernementales ont pratiquement vidé le secteur, forçant 40.000 habitants à se réfugier en Jordanie.
Cette dernière vague de démolitions fait suite à la destruction de plusieurs dizaines de bâtiments dans une zone proche de Taouahine dimanche et dans le quartier sunnite de Kaboun le mois dernier à Damas.
« Je me suis rendu hier à Kaboun. Ce n’est plus un quartier dense. On peut voir d’un bout à l’autre du quartier car de nombreux bâtiments ont été rasés », explique une militante.
L’armée syrienne, qui a repris le contrôle de Damas que les insurgés avaient attaquée à la mi-juillet, a bombardé la nuit dernière des quartiers périphériques à l’ouest et au sud de la capitale pour tenter d’en chasser des rebelles, rapportent des opposants. Au moins deux personnes ont été tuées dans le quartier sud de Kadam, ajoutent-ils.
Selon l’OSDH, cinq personnes ont par ailleurs péri dans l’explosion lundi d’une voiture piégée dans la commune de Jaramanah, au sud-est de la capitale. Vingt-sept autres ont été blessées, ajoute le groupe basé en Grande-Bretagne.
Une bombe avait fait 12 morts dans le même quartier la semaine dernière. Gouvernement et opposition s’étaient renvoyé la responsabilité de l’attentat. Plus de 20.000 personnes ont été tuées dans les violences en Syrie depuis les premières manifestations pacifiques de mars 2011.
Quelque 10.000 réfugiés syriens fuyant les combats sont bloqués depuis une semaine à la frontière turque, un afflux qui pourrait s’accélérer en raison des bombardements de l’aviation et de l’artillerie syriennes sur Azaz, située à trois km de la frontière, ont rapporté des militants anti-Assad.
Azaz, qui serait aux mains de l’insurrection, est souvent la cible de tirs nocturnes d’artillerie émanant d’un aérodrome militaire proche. La moitié de ses quelque 70.000 habitants se sont déjà enfuis.
La Turquie, qui abrite déjà plus de 80.000 Syriens, pousse à l’instauration de « zones de sécurité » dans le nord de la Syrie, sans succès jusqu’ici auprès de la communauté internationale.
Le « Quotidien du Peuple », organe du PC chinois, a jugé que la proposition d’Ankara, qui nécessiterait la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne, n’était pas « une bonne mesure » car elle ne permettrait pas une véritable protection des réfugiés.
Les tentatives diplomatiques visant à sortir du conflit en Syrie sont « quasi impossibles » et insuffisantes pour mettre un terme aux combats, a de son côté reconnu le nouvel émissaire international sur la Syrie, l’Algérien Lakhdar Brahimi.

(03 Septembre 2012 – Avec les agences de presse)

source

Caricatures, sketches : l’art syrien suit le rythme de la révolution


Marie Kostrz | Journaliste Rue89

La révolution syrienne, c’est beaucoup de violence, de sang versé et d’inquiétudes quant à l’avenir du pays, mais pas seulement. Le soulèvement populaire s’accompagne aussi de transformations positives de la société : en témoigne le renouveau de l’art depuis mars 2011.

Ce constat est partagé par nombre d’artistes du pays. Plus libre, l’art y est aussi devenu plus accessible. Internet, vecteur majeur de la révolution, en est en grande partie responsable. Grâce à lui, chansons, photographies, sketches et petits films peuvent être partagés avec le plus grand nombre.

Mohamad Omran est plasticien et utilise sa production artistique pour exprimer son engagement dans la révolution. Il explique qu’avec le soulèvement populaire, les supports artistiques utilisés ont changé, afin que l’art soit visible par tous :

« L’important est de partager ce que je créée, c’est ma manière de m’engager. Avant, je faisais essentiellement des sculptures, mais aujourd’hui, je publie régulièrement des dessins sur Facebook. Il est évident que cela est plus facile de toucher davantage de personnes avec un dessin qu’une statue. »

article complet ici

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑