Bachar al Assad condamne la tuerie de Houla


dimanche 3 juin 2012, par La Rédaction

Le président syrien Bachar al Assad a énergiquement condamné dimanche le massacre de Houla qui a fait plus de 100 morts il y a dix jours et a appelé les Syriens à s’unir pour mettre fin à la crise qui secoue le pays depuis 15 mois.

Le chef d’Etat syrien, qui s’est rarement montré ou exprimé en public depuis le début de l’insurrection dans son pays, à la mi-mars 2011, a prononcé un discours d’une heure devant le Parlement, dans lequel il a redit qu’il continuerait à réprimer ses opposants décrits comme des terroristes chargés de mettre en oeuvre un complot étranger.

Il a parallèlement offert le dialogue aux opposants n’ayant pas pris les armes ou qui ne sont pas appuyés par l’étranger.

La veille, l’émissaire de la communauté internationale Kofi Annan avait estimé que la Syrie, en proie à une escalade de la violence qui menace de déstabiliser son voisin libanais, était en train de basculer dans un « conflit généralisé avec une dimension confessionnelle alarmante ». Le monde doit agir et ne pas se contenter de mots, a dit Kofi Annan.

« Cette crise n’est pas une crise interne. C’est une guerre extérieure menée par des éléments internes », a déclaré le président syrien, qui semblait détendu. « Si nous travaillons ensemble, je confirme que la fin de cette situation est proche. »

Le 25 mai, le massacre de 108 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, dans la bourgade de Houla, dans le centre du pays, a suscité un tollé international et fait craindre un embrasement de la région.

« Ce qui s’est passé à Houla (…) et ce que nous décrivons comme des massacres horribles et abominables, ou de véritables monstruosités, même des monstres ne commettent pas ce que nous avons vu », a déclaré Bachar al Assad.

Les puissances occidentales estiment que les forces armées syriennes et les milices pro-Assad sont responsables de la tuerie.

Pour Bachar al Assad, la Syrie subit une escalade du terrorisme en dépit des réformes politiques, comme la tenue d’élections législatives le mois dernier, et affronte une guerre venue de l’étranger.

« Nous n’affrontons pas un problème politique parce que, si c’était le cas, ce parti proposerait un programme politique. Ce que nous affrontons est une (tentative de) semer le conflit intercommunautaire et l’instrument en est le terrorisme », a dit Assad.

« Le problème auquel nous faisons face est le terrorisme. Nous avons devant nous une vraie guerre venue de l’étranger ».

Les pays musulmans sunnites, notamment les monarchies du Golfe, soutiennent le soulèvement contre Bachar al Assad, un alaouite proche de l’Iran chiite et du Hezbollah.

Le chef de l’Etat syrien s’est dit prêt à renouer le dialogue avec les opposants, « s’ils ne se sont pas livrés à des actes de terrorisme » et s’ils ne sont pas soutenus par des puissances étrangères, a-t-il précisé.

« Nous allons continuer avec fermeté à faire face au terrorisme, laissant la porte ouverte pour tous ceux qui veulent y renoncer », a-t-il ajouté. « J’exhorte tous ceux qui hésitent toujours à y renoncer, à prendre cette décision. L’Etat ne se vengera pas ».

Dans l’opposition, Abdelbaset Sida du Conseil national syrien, a estimé que le discours du président n’était que des paroles en l’air.

« Assad veut rester à tout prix le chef d’un système répressif. Il ne veut pas reconnaître qu’il a fait son temps et que le peuple syrien ne le veut pas », a-t-il déclaré.

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Bachar al-Assad dénonce une « guerre menée de l’étranger »

Le président syrien Bachar al-Assad, confronté à une insurrection populaire depuis plus de 15 mois, a affirmé dimanche sa détermination à en finir avec la révolte, en affirmant que son pays faisait face à un « plan de destruction » et à une « guerre menée de l’étranger ».

M. Assad a aussi écarté tout dialogue avec les opposants liés à l’étranger, en allusion notamment au Conseil national syrien basé à l’étranger.

La Syrie fait face à un « plan de destruction », a-t-il martelé, dans un discours devant le nouveau Parlement retransmis par la télévision, dans lequel il s’est posé en rempart contre le « terrorisme qui augmente ».

Il a dit que son régime avait « essayé tous les moyens politiques » mais ajouté que ces efforts étaient vains « car nous faisons face à une véritable guerre menée de l’étranger et les moyens de l’affronter sont différents ».

M. Assad a souligné que les responsables selon lui du « terrorisme ne sont pas intéressés par le dialogue ou les réformes. Ils sont chargés d’une mission et ne s’arrêteront que s’ils accomplissent cette mission ou si nous arrivons à les arrêter ».

« La Syrie est ouverte à tous les Syriens quelles que soient leurs opinions mais le terrorisme ne peut faire partie du processus politique et nous devons lutter contre le terrorisme pour guérir la nation. Nous allons continuer à faire face avec vigueur au terrorisme », a-t-il ajouté.

« Il n’y aura pas de compromis dans la lutte contre le terrorisme et ceux qui le soutiennent », a dit le président syrien, qui ne reconnaît pas le mouvement de contestation, assimilé au « terrorisme ». « La sécurité de la nation est une une ligne rouge », a-t-il poursuivi.

« Nous allons continuer à faire front au terrorisme tout en ouvrant la porte à ceux qui n’ont pas porté les armes », a poursuivi le président syrien.

M. Assad a au début de son discours rendu hommage à « tous les martyrs, civils ou militaires », en soulignant que leur « sang n’aura pas coulé en vain ».

Le président syrien a toujours accusé l’étranger, notamment les Occidentaux, de fomenter un complot contre son pays.

Ce discours, le premier de M. Assad depuis janvier, intervient alors que le plan de sortie de crise du médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe Kofi Annan est resté lettre morte et que le pays est désormais au bord de la guerre civile, selon de nombreux dirigeants internationaux.

A son arrivée dans le Parlement, M. Assad a été applaudi par les députés réunis en première session depuis les élections du 7 mai. Une minute de silence a été observée à la mémoire des « martyrs ».

Plus de 13.400 personnes, en majorité des civils, ont été tuées depuis le début, en mars 2011, de la révolte populaire, qui s’est militarisée au fil des mois, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

(03 juin 2012 – Avec les agences de presse)

Il est absurde de dire que le régime d’Assad ne peut pas avoir commis le massacre de Houla


Quand les nouvelles du massacre de Houla sont arrivées, elles ont été accueillies avec le scepticisme réservé uniquement à la révolution syrienne. Beaucoup ont affirmé qu’ils voulaient attendre,  « attendre que les faits soient avérés », parce que, comme vous le savez, l’opposition syrienne est souvent accusée de «truquer» les massacres afin de recueillir la sympathie du public.

Alors que les nouvelles continuaient à déferler, nous avons finalement appris que les observateurs de l’ONU étaient arrivés sur place à Houla, et qu’ils avaient confirmé qu’un massacre avait bien eu lieu. Les nouvelles ont été confirmées par des militants sur le terrain, des médias étrangers, et les observateurs de l’ONU, et nous attendions tous les communiqués du régime pour voir ce qu’ils allaient dire sur la question.

Lorsque les organes de presse du régime ont finalement mentionné le massacre, ils ont repris  ce qu’ils avaient dit au sujet d’un autre massacre, celui d’al-Shumariyeh, que de nombreux partisans du régime avaient qualifié de «contre-massacre».

Pourtant, lorsque toutes les parties ont finalement confirmé le massacre de Houla, nous sommes passés à  la deuxième étape du scepticisme radical: qui  avait fait ça ? Le régime a parlé de «bandes armées terroristes», et l’opposition a accusé des agents du régime.

Depuis lors, pour tenter d’innocenter le régime, on utilise de plus en plus l’ argument de l’intérêt. Selon cet argument « fonctionnaliste », illustré par cet article, le régime ne pouvait pas avoir commis le massacre de Houla parce que les États fonctionnent généralement en fonction de leurs intérêts, et le régime d’Assad ne profitant pas du tout du massacre de Houla, il ne pouvait pas l’avoir perpétré .

Tout d’abord, avancer un tel argument signifie que l’on ferme complètement les yeux sur les milliers de Syriens déjà tués par le régime. Le régime avait-il intérêt à ouvrir le feu contre les manifestants; à emprisonner des milliers de personnes? Était-ce dans l’intérêt du régime d’arrêter et de déporter Salameh Kaileh (ce que beaucoup de gens, même ceux qui défendent normalement le régime syrien, ont critiqué)? Était-ce dans l’intérêt du régime de détruire Baba Amr?

Pour avancer l’argument fonctionnaliste en ce qui concerne Houla,  il faut procéder comme si le régime syrien avait été innocent jusqu’ici. Après tout, pour poser la question: «Pourquoi le régime d’ Assad commettrait-il des massacres? », il faut avoir fermé les yeux pendant plus d’un an. Il faut aussi ignorer le massacre de Hama en 1982. Comment le régime a-t-il bénéficié de ce massacre? Eh bien, il a écrasé un soulèvement. Cette fois-ci, il a essayé de faire la même chose, sauf qu’il a foiré parce que les gens ont su.

Deuxièmement, l’argument fonctionnaliste affirme à juste titre que les Etats opèrent généralement en fonction de leurs propres intérêts. Cependant, avancer cet argument en ce qui concerne l’Etat syrien prouve bien que l’on ne connaît pas la constitution de l’Etat syrien. L’Etat syrien a deux composantes: l’une est formelle, l’autre est informelle. La composante formelle est l’appareil «officiel» de l’État composé des institutions normales de l’Etat, c’es-à-dire, l’armée, la police etc. La composante informelle de l’Etat syrien est l ‘«état chabiha. » Les chabiha sont des groupes de bandits et de mercenaires qui sont loyaux au régime mais qui ne relèvent pas de l’appareil officiel de l’État.

Pourquoi il y a-t-il des chabiha en premier lieu? Parce que, contrairement à l’appareil officiel de l’Etat, qui est (au moins, en théorie) inspiré par des objectifs logiques, rationnels et définis  (par exemple, écraser le mouvement de protestation), les chabihas sont l’élément  irrationnel, brutal, vindicatif, régressif, et tribal du régime Assad. Ils ressemblent à une mafia plus qu’à un appareil de l’Etat, et ils sont donc une partie informelle de l’Etat. Le fait que les chabiha ne fonctionnent pas selon la logique de l’Etat est illustré dans cet article du dissident syrien Yassin Al Saleh Haj. Dans l’article, Saleh raconte une anecdote des années 1980 qui nous donne un aperçu de la façon dont fonctionnent les  chabihas syriens: « Quand arrivèrent les années 1980, les chabiha étaient intouchables et opéraient en toute impunité dans la ville côtière de Lattaquié. Feu l’intellectuel syrien respecté Elias Marcos, rappelait qu’il avait vu des chabiha entrer dans un café de Lattaquié et s’amuser à forcer les clients à se coucher par terre sous leurs tables. Ils ont tué un jeune homme qui se rebiffait devant leurs insultes; sous la menace, ils ont obtenu des effets et des articles à prix réduit ou gratuitement ; leurs chefs  ont violé de jolies jeunes femmes, et ils ont proposé de résoudre des différents en échange d’une commission confortable à verser par les deux parties, tranchant en faveur de celle qui avait versé la plus grosse somme ».

En quoi l’État syrien profite-t-il de telles actions de la part des chabihas ? Si on prend chaque incident isolément, il n’en tire aucun profit. En quoi forcer tous les clients d’un café à se coucher par terre profite-t-il à l’État syrien ? À court terme certainement pas. Mais avec le recul, des incidents de ce genre suscitent la peur des chabihas qui savent qu’en fin de compte l’État les soutient. L’État ne profite pas de tels incidents, mais il a intérêt à faire règner la peur des chabihas, et donc la peur de l’État.

Revenons à Houla. Les Chabiha sont des mercenaires qui ne sont pas guidés par l’habituelle logique d’un État. Leur but est de susciter la terreur sans avoir à craindre les conséquences. L’histoire est que l’armée a bombardé les quartiers résidentiels de Houla, et que les chabihas ont suivi et ont perpétré le massacre . Il se peut que le régime n’ait pas donné directement l’ordre au chabihas de massacrer les enfants de Houla. Il a peut-être donné l’ordre d’attaquer et  a envoyé ses troupes ainsi que les chabihas sans savoir exactement jusqu’où ils iraient. Mais les chabihas ne fonctionnent pas conformément à la logique de survie du régime, ils ont une logique primaire. Ils ne font pas de calculs. Leur but est de terroriser un maximum. C’est pourquoi le régime dispose des chabihas, c’est parce qu’ils terrorisent la population. Étant donné que les chabihas font un usage irrationnel de la force pour effrayer l’ennemi, ou tout ennemi de potentiel, l’argument selon lequel le régime ne pourrait pas avoir perpétré le massacre de Houla  parce qu’il n’a aucun intérêt à le faire tombe de lui-même.

Et même si le régime n’a pas ordonné directement le massacre de Houla, il porte l’entière responsabilité des actions de ses chabihas à Houla. Le régime utilise ses chabihas parce qu’il sait qu’ils peuvent être excessivement brutaux et sauvages dans leur violence. Par conséquent envoyer des chabihas dans un quartier résidentiel était une garantie de désastre même si ce n’est pas ce que le régime avait l’intention de faire. Mais que personne ne dise que le régime ne pourrait pas avoir commis le massacre parce que ce n’était pas dans son intérêt.

Un état de chabihas fonctionne avec impunité et sans crainte des conséquences. Ce n’est pas parce que cette fois-ci (pour une fois) il y a des conséquences sous forme d’indignation internationale que le régime était incapable de commettre ce forfait.

Article publié en anglais ici

Traduction : anniebannie

Syrie. Le romancier Khaled Khalifa remis en liberté… la main cassée


 

Les services syriens de sécurité ont remis en liberté, le 26 mai, l’écrivain et romancier Khaled Khalifa. Ils l’avaient arrêté la veille alors qu’il participait, en compagnie d’intellectuels et d’artistes, aux funérailles du jeune musicien Rabi’ Al Ghazi. Mais, pour conserver leur standing et ne pas décevoir ceux qui attendaient d’eux une fermeté conforme à leur réputation, ils avaient pris soin, avant de le relâcher, de lui briser la main.

Khaled Khalifa

C’est du moins ce que suggère le site All4Syria, de l’opposant Ayman Abdel-Nour. En revanche, pour le journal libanais Al Akhbar, proche de la Syrie, l’accident serait moins délibéré puisqu’il serait le simple résultat d’un coup porté par un des agents de la sécurité chargés de disperser – on aurait aimé savoir pourquoi, mais Al Akhbar ne le dit pas… – les amis du défunt. Si tout cela apparaît effectivement « normal »,puisqu’on est en Syrie, on rappellera néanmoins que Rabi’ Al Ghazi avait été tué d’une balle dans la nuque alors qu’il conduisait la voiture de sa sœur, l’activiste Rim Al Ghazi. Diplomée d’études théâtrales et cinématographiques, en partie formée en France à Avignon, elle avait été emprisonnée le 27 novembre 2011 et libérée sous caution le 8 janvier 2012, dans l’attente de répondre devant la Justice du crime de « participation à des protestations ». La dépouille du jeune homme avait été dissimulée par ses meurtriers dans le coffre du véhicule qu’ils avaient abandonné à proximité de l’Hôpital du Croissant rouge, près de la place Tahrir et de la rue de Bagdad où avait été commis le crime.

Rabi’ Al Ghazi

Parmi ceux qui s’étaient donné rendez-vous pour assister à sa mise en terre, figuraient en particulier deux artistes de renom, le graphiste Youssef ‘Abdelké et le peintre Fadi Yaziji. Ils n’ont été ni arrêtés, ni estropiés, mais, avec un autre intellectuel, le critique littéraire Hassan Abbas, ils ont subi les coups qui sont la sanction minimum appliquée par les moukhabarat à ceux qui prennent le risque de manifester leur solidarité avec le mouvement populaire, en assistant pacifiquement aux obsèques de victimes de la répression.

Hassan Abbas

Khaled Khalifa, qui est né à Alep en 1964 et qui appartient donc à la génération des années 1980, a fait des études de Droit avant de se consacrer à l’écriture. Il est l’auteur des scénarios de plusieurs films et séries télévisées. Il a fondé la revue littéraire Aleph. C’est l’un des romanciers syriens contemporains les plus connus. L’une ses œuvres, parue en 2007, a été traduite en plusieurs langues, dont le français aux Editions Actes Sud, sous le titre Eloge de la haine.

Le personnage principal de ce roman est une jeune femme née dans une famille traditionnelle d’Alep, qui a passé toute son enfance et son adolescence auprès de ses trois tantes, dans un quartier de la vieille ville, et qui, devenue lycéenne, se lie à des militantes islamistes et finit par adhérer à leur organisation. Elle entre alors de plain-pied dans une autre réalité, où la haine marque chaque geste de la vie quotidienne. Elle rompt avec ses anciennes amies, déteste son corps et tout ce qui lui rappelle sa féminité, et voue aux gémonies “l’autre” communauté, celle à laquelle appartiennent les principaux dirigeants du pays. Des attentats jihadistes frappent à l’aveugle militaires et civils alaouites, ce qui entraîne une répression d’une brutalité inouïe, menée par les milices du régime, qui fait des dizaines de milliers de victimes innocentes. Dans ce récit imprégné d’une poignante amertume, la narratrice ne raconte pas seulement sa chute mais aussi sa rédemption, amorcée au contact d’autres femmes de différentes origines confessionnelles ou ethniques qu’elle a rencontrées après son arrestation. En restituant ainsi l’affrontement entre les deux forces qui ont ravagé la Syrie tout au long des années 1980, l’islamisme et le despotisme, Khaled Khalifa met fin à l’amnésie que les Syriens se sont longtemps imposés, que ce soit par peur ou par souci de restaurer la paix civile, mais qui est loin de les avoir guéris de leurs traumatismes.

Au début du mois de février, le site rue89.com avait publié une lettre ouverte de Khaled Khalifa, dans laquelle le romancier attirait l’attention de ses amis, écrivains et journalistes du monde entier, sur le redoublement des massacres dans les villes syriennes entrées en rébellion. Longtemps avant, en mai 2011, il avait livré au site grotius.fr son analyse sur le mouvement en cours dans son pays, qui, « différent de celui des années 1980, s’est véritablement transformé en révolution au cours du mois d’avril » 2011.

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Il est possible que le hasard seul ait voulu que Khaled Khalifa et Hassan Abbas soient membres d’une nouvelle association, créée au début de janvier 2012 sous le nom de Ligue des Ecrivains Syriens. Considérée comme « le premier rejeton de la révolution syrienne », elle s’est fixée pour objectif de réunir, dans un cadre délivré de l’omniprésence du Parti Baath et du carcan de la très officielle Union des Ecrivains Arabes que celui-ci chapeaute et contrôle, les poètes, les philosophes et les écrivains désireux d’apporter un soutien apolitique au mouvement de contestation déclenché à Daraa en mars 2011.

Certes, la Ligue a veillé, depuis le début, à répartir ses critiques entre le régime et l’opposition, auxquels elle reproche également de monopoliser l’action nationale. Elle se veut une sorte de conscience critique du peuple syrien. Evidemment non reconnue, elle se pose par le fait même en concurrente de l’Union, une attitude d’autant plus insupportable pour le régime en place que l’initiative des écrivains est susceptible de donner des idées d’émancipation à d’autres secteurs professionnels, les médecins, les ingénieurs, les avocats.., dont les ordres et les syndicats, uniques et obligatoires, sont tous placés, depuis les évènement du début des années 1980, sous la tutelle du parti au pouvoir.

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Pour éclairer la stratégie d’émiettement de la société en Syrie sous Hafez et Bachar Al Assad, « Un Oeil sur la Syrie » proposera très prochainement à ses lecteurs un texte qui aurait dû trouver place dans l’article « Syrie, 2011. D’une société atomisée à une révolution organisée et citoyenne » (à paraître dans  Mondes Emergents/Afrique du Nord Moyen-Orient 2012-2013, La Documentation Française, Paris 2012), mais qui en a été retiré en raison des contraintes éditoriales.

Source

Syrie : le massacre de Houla raconté par des enfants rescapés


Le Monde.fr | 30.05.2012 à 18h35 • Mis à jour le 30.05.2012 à 18h35Par Christophe Ayad

Les Nations unies désignent de plus en plus ouvertement le rôle des milices du régime syrien dans le drame de Houla, théâtre, vendredi 25 mai, d’un massacre ayant causé au moins 108 morts dont 49 enfants et 34 femmes.

Plus que dans les bombardements d’artillerie de l’armée syrienne, la plus grande partie des victimes, toutes civiles, sont mortes lors d’une véritable opération punitive planifiée par un groupe de tueurs, agissant méthodiquement, progressant de maison en maison à travers le hameau de Taldaou, tuant à l’arme automatique, voire à l’arme blanche. Damas attribue ce massacre à des  » bandes terroristes armées «  sans plus de précisions.

Dans l’impossibilité d’être présente sur place, la presse internationale est réduite à consulter les témoignages mis en ligne par des activistes antirégime sur le site YouTube. Nous en publions ici quelques extraits, sans garantir pour autant l’authenticité ni la véracité de ces témoignages. Parallèlement aux exactions en cours en Syrie se livre une véritable guerre de l’information. Il demeure que ces témoignages corroborent les récits recueillis par les enquêteurs de l’ONU.

NOURA A SURVÉCU EN FAISANT LA MORTE

Dans cette vidéo mise en ligne lundi, Noura, une petite fille de Taldaou, attribue ce massacre à l’armée et aux milices du régime, les chabiha, composées de civils armés, issus pour la plupart de la communauté alaouite tout comme la famille Assad au pouvoir. Comme plusieurs autres enfants rescapés du massacre, dont un garçon de 11 ans cité par le quotidien britannique The Guardian, Noura, elle-même blessée d’une balle dans le dos, a survécu en faisant la morte, parmi les cadavres de ses proches assassinés. Tous sa famille, ainsi que celle de son oncle a été massacrée. Les miliciens, vêtus d’uniformes selon la jeune fille, ont pris le temps de piller les maisons, emportant l’or et les bijoux trouvés sur les cadavres, ainsi que l’argent liquide.

Dans un autre témoignage, Ali Adel Al-Sayed raconte que des soldats et des civils arrivés en blindés se sont arrêtés devant la maison de ses parents, en sont descendus, puis ont enfermé toute sa famille dans la pièce principale de la maison, avant de tirer. L’enfant, blessé, aurait vu les hommes emporter trois télévisions, une machine à coudre et un ordinateur. Sa mère et son frère, enlevés par les miliciens, auraient été tués plus tard. Enfin, dans un dernier témoignage, un enfant décrit d’un geste éloquent comment certaines victimes ont été égorgées.

Christophe Ayad

Syrie : Pierre Piccinin, l’homme qui en savait trop


anniebannie a du mal à croire que lors de ses séjours précédents, il ne se soit rendu compte de rien. Quand on a des lunettes roses, on voit tout dans cette couleur. Je connais ça.

Le Point.fr – Publié le 29/05/2012 à 20:23 – Modifié le 30/05/2012 à 10:17

Le chercheur belge, dont les écrits servaient le régime, a finalement été emprisonné par les hommes d’Assad. Récit.

Pierre Piccinin (à droite) a été accueilli à Talviseh par les soldats de l’Armée syrienne libre. © Pierre Piccinin / –

Il est rare d’être apprécié par le régime syrien. C’est pourtant l’étrange aubaine dont a bénéficié Pierre Piccinin. Ce jeune chercheur belge, enseignant l’histoire et les sciences politiques à l’École européenne de Bruxelles, a pu se rendre à trois reprises en Syrie en moins d’un an. Son ticket d’entrée, il l’a obtenu en juillet dernier, grâce à un visa touristique. À bord d’une voiture de location, le politologue sillonne durant dix jours les quatre coins du pays, en proie depuis quatre mois à une révolution populaire sans précédent.

Il dit avoir découvert, à sa grande surprise, une situation à des lustres de celle présentée par les médias occidentaux. « On nous décrivait un pays à feu et à sang. Or, à vrai dire, je me suis même plutôt ennuyé », raconte-t-il au Point.fr. À Deraa, le berceau de la contestation, Pierre Piccinin décrit une ville totalement contrôlée par l’armée, où les manifestations sont minoritaires. « Contrairement aux images en gros plan qu’on nous montrait sur les chaînes de télévision, qui donnaient l’impression d’une masse, il n’y avait là que quelques centaines de personnes. »

Surtout, le politologue belge se dit surpris par la teneur radicale des slogans, bien loin de l’unité affichée dans les vidéos de l’opposition. « Les chrétiens à Beyrouth, les Alaouites dans la tombe », pouvait-on entendre fréquemment, se souvient Pierre Piccinin. Ainsi, les coordinateurs locaux que le chercheur a rencontrés se sont révélés être essentiellement des membres de mouvements islamistes, rassemblant des populations défavorisées à la sortie des mosquées. Des propos qui tranchent avec les nombreux témoignages vidéo recueillis durant un an par les militants ou les journalistes clandestins sur place qui montrent des manifestants, femmes et enfants, scandant « Unie, unie unie, la Syrie est unie », quelle que soit leur confession.

« Rien du tout à Homs »

« Ces images datent du début de la contestation », répond le chercheur. « Dès fin juin, le mouvement s’est radicalisé », se justifie-t-il. Après Deraa, l’enseignant se rend à Homs, un des bastions de l’opposition, avant d’être rasé six mois plus tard. « Il ne s’y passait rien du tout », se souvient Pierre Piccinin. En soirée, le jeune homme assiste à la seule altercation de son voyage : un groupe de jeunes tirant sur un poste de police. À son retour en Belgique, Pierre Piccinin évoque dans ses écrits un pays très calme, avec une opposition minoritaire, « presque anecdotique ». Ce dernier mot lui attire la foudre de ses confrères, mais l’admiration des sites complotistes. Pourtant, le chercheur, qui se dit « ni partisan ni hostile au régime de Damas », répète à l’envi qu’il n’écrit que ce qu’il voit.

Des écrits qui plaisent manifestement à Damas. Le chercheur, qui s’est entre-temps rendu en Libye, est invité cette fois par le ministère syrien de l’Information. Après avoir dans un premier temps décliné l’offre, il décide tout de même de se rendre sur place à la faveur des congés d’hiver. « J’avais un programme à suivre avec des journalistes russes, chinois, et aussi sud-américains », c’est-à-dire originaires de pays alliés à Bachar el-Assad. À ceux qui l’accusent de servir la propagande du régime syrien, le politologue répond qu’il a clairement signifié aux autorités qu’il souhaitait être libre de ses mouvements, ce à quoi elles auraient répondu positivement.

Pierre Piccinin se voit confier une voiture… avec chauffeur. On l’emmène voir les hôpitaux où les soldats blessés du régime sont soignés. Très vite, il demande à rencontrer les rebelles syriens. Des « terroristes », le reprend-on immédiatement. « Il n’y a pas de rebelles dans le pays », lui assène-t-on. Profitant d’un instant de relâchement, il s’éclipse du groupe et prend son véhicule en direction de Homs. Une évasion trop facile pour ne pas être suspecte ? « Il faut arrêter avec les fantasmes sur l’efficacité des services secrets syriens », s’insurge-t-il.

« Pas de violence »

Une fois entré à Homs, Pierre Piccinin s’approche des quartiers bombardés. Mais il est très vite pris à partie par des hommes en civil. Le Belge est emmené dans un appartement où se trouvent une douzaine de personnes. Parmi elles figure la comédienne alaouite Fadwa Suleimane, véritable icône de son pays, en fuite depuis qu’elle a dénoncé les exactions du régime. Le chercheur leur demande alors s’ils sont des membres de l’Armée syrienne libre (armée de dissidents protégeant l’opposition, NDLR). Ceux-ci lui répondent qu’ils sont des membres de la révolte citoyenne de Homs. Des citoyens armés au sein de la population qui se battent pour tenir leur quartier, en somme.

Très vite, l’homme est frappé par la gentillesse et l’amabilité des résistants, qui se proposent de l’héberger. Après avoir passé la nuit à leurs côtés, Pierre Piccinin se met en route pour Hama, où il arrive le surlendemain. « La police avait repris le contrôle des grandes places, repoussant les manifestants qui étaient cantonnés aux petites rues », raconte-t-il. À la fin du rassemblement, l’armée tire trois coups de plomb de chasse pour disperser les manifestants. S’il y a une chose qui frappe le politologue, c’est bien l’effervescence au centre de Hama. « La contestation était là. Elle était entièrement pacifique », insiste-t-il.

De retour à Bruxelles, Pierre Piccinin est heureux d’avoir rencontré deux nouveaux types d’opposition, à Hama et à Homs. Cette dernière ville est d’ailleurs la seule à poser problème au régime syrien. Pour le reste, c’est le calme absolu. Mais le chercheur ne va pas s’arrêter là. Il va s’en prendre à la principale source fiable d’information sur la Syrie : l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Dans un article, il accuse notamment l’ONG de désinformation, de quoi apporter de l’eau au moulin de la propagande syrienne.

Désinformation

« L’OSDH et Al Jazeera intoxent le monde journalistique avec des faux », lance-t-il. Le politologue en veut pour preuve le bilan chiffré d’une manifestation observée en juillet à Hama. Selon lui, elle ne comptait à vue d’oeil que 5 000 à 10 000 participants. Or, l’OSDH en a relevé 500 000, une information reprise par l’ensemble des médias occidentaux. L’organisation a pourtant fait preuve, depuis le début de la crise syrienne, d’un grand professionnalisme, apportant des chiffres soignés sur le nombre de morts prouvés, et se refusant à commenter toute information dont elle ne possédait pas les preuves. « Personne n’a les moyens de vérifier le nombre exact de morts », se contente de répondre le chercheur.

Bien évidemment, ses articles continuent à plaire au régime. Si bien que certains d’entre eux sont même traduits dans le journal officiel du parti Baas. La crise s’aggravant, Pierre Piccinin se lance dans une mission autrement plus délicate : cartographier l’état de la rébellion. Sans réponse de l’ambassade de Syrie à Bruxelles, à qui il avait pourtant fait une demande de visa, l’enseignant décide de passer par un poste-frontière au Liban. Le 15 mai, il arrive enfin à Damas, toujours aussi calme. Mais un détail le frappe : « Il y avait beaucoup plus de services de sécurité armés dans la rue », remarque-t-il. Autre nouveauté, le portrait géant de Bachar el-Assad, qui trône en plein centre-ville, a été arraché.

« Dessin animé de Walt Disney« 

Toujours au volant de sa voiture de location, le politologue repart dès le lendemain pour Homs, devenue ville martyre après avoir été pilonnée sans relâche par les chars. « Les destructions étaient extrêmement importantes, la ville quasiment vide », note-t-il. « On pouvait encore entendre quelques tirs d’obus, qui surgissaient derrière la fumée. » Après avoir pris de nombreuses photos, le chercheur se rend à Talbiseh, petite ville située en bordure de l’autoroute. Il y est rapidement interpellé par des soldats en uniforme. Il s’agit, cette fois, de soldats de l’Armée syrienne libre.

Après qu’on lui a offert à boire et à manger, l’homme est conduit dans un bâtiment de trois étages. « Il s’agissait d’un véritable centre informatique opérationnel », souligne-t-il, impressionné. « Ces gens, que je considérais comme une bande de guérilléros, étaient devenus des officiers sérieux et organisés, portant des uniformes marqués du drapeau syrien à trois étoiles. » Le jeune Belge est tout aussi surpris par l’hôpital souterrain clandestin où il est amené, dont les équipements modernes sont très loin du dispensaire de fortune.

Puis, il part pour Hama, théâtre de la plus grande surprise de son voyage. Les manifestants ont disparu, tout comme les forces de sécurité. « La ville avait complètement changé », se rappelle-t-il. « Tout était repeint en neuf. Tous les gravats, les marques de pneus brûlés, avaient été nettoyés. On aurait dit une petite ville modèle tout droit sortie d’un dessin animé de Walt Disney. » Il faut dire que les inspecteurs de l’ONU venaient à l’époque de pénétrer dans la ville… « Quant à la population, elle se promenait et faisait même ses courses dans la rue. » Conscient de la manipulation, le politologue écrit alors à l’un de ses contacts, qui coordonnait les manifestations en décembre. Ce dernier ne lui a jamais répondu.

Cris assourdissants

Au troisième jour de son voyage, Pierre Piccinin atteint le village frontalier de Talkhalah, où les combats font rage. Mais il se heurte au refus ferme de l’armée syrienne, qui encercle la cité. Un jeune chrétien de Damas lui promet alors de lui faciliter l’entrée. Pendant l’attente, le chercheur accorde une interview à la Radio suisse romande, dans laquelle il annonce son entrée prochaine dans le fief des rebelles. Finalement, les forces de sécurité l’autorisent à traverser la ville, mais uniquement à bord de leur propre véhicule. À l’intérieur, deux agents de sécurité lui passent les menottes. La voiture bifurque et entre dans une cour dont les deux portes se referment derrière eux.

Après s’être vu confisquer tout ce qu’il avait sur lui, le Belge est transféré à Homs. Le jeune homme a beau supplier ses geôliers de contacter le ministère syrien de l’Information, rien n’y fait. Soudain, il entend les claquements de coups de pied, ainsi que des cris. Le chercheur est alors transféré dans un bureau, de l’autre côté d’une cour. « L’endroit était sordide, le bureau était vide », se souvient-il avec effroi. On le fait alors asseoir sur une chaise. Face à lui, des épingles, du sang, et des morceaux d’ongles. Après avoir passé une demi-heure, tout seul, dans cet enfer, l’homme est conduit dans un autre bureau.

Horreur, en face de lui se dresse désormais un PC portable sur lequel sont affichées les photos prises en compagnie des rebelles à Talbisseh. L’homme est ensuite jeté dans un bureau identique au premier. « On m’a frappé, ils ont utilisé l’électricité. Mais il serait indécent de dire que j’ai été torturé, vu ce qu’ont subi les autres », confie-t-il. Pierre Piccinin est accusé d’être un espion français qui organise la logistique de la rébellion en se déplaçant de ville en ville. Après avoir été de nouveau tabassé, il est ramené dans une couchette, où il est menotté. La porte se referme, les cris résonnent de nouveau. Il en sera ainsi toute la nuit.

Tortures psychologiques

« C’en était fini pour moi », glisse-t-il. « Le scénario était clair, ils allaient m’achever et accuser la rébellion de m’avoir supprimé. » Le lendemain matin, les cris cessent. Pierre Piccinin est conduit hors de sa cellule. « La porte s’est entrouverte. J’ai alors pu voir deux corps, décédés », glisse-t-il avec stupeur. Le chercheur belge est ensuite transféré à Damas. Emprisonné au centre de détention de l’aviation syrienne, Pierre Piccinin n’est plus victime de tortures physiques. Mais il doit subir tout l’après-midi, au sein même de sa propre cellule, les cris de douleur d’un vieil homme que l’on torture.

Après avoir été placé à l’isolement, il est transféré dans la prison civile de Baba Musala. Les prisonniers ne sont plus des révolutionnaires syriens, mais des réfugiés soudanais, palestiniens ou afghans, certains emprisonnés depuis deux ans. « Tous ces gars ont fait preuve d’une solidarité extraordinaire à mon égard », se rappelle, ému, Pierre Piccinin. « Ils m’ont pris en charge, soigné, et ils m’ont donné un matelas. » Les codétenus d’infortune rassemblent alors un peu d’argent pour acheter un portable à l’un des gardiens. Profitant d’un moment inattention, Pierre Piccinin appelle le seul numéro dont il se souvient encore…, celui de son ami d’enfance, en Belgique.

Deux jours plus tard, le consul belge à Amman arrive sur place. Après d’âpres négociations, Arnt Kennis obtient finalement sa libération, à la suite de six jours de détention. Avant de partir pour Londres, Pierre Piccinin demande au représentant belge une dernière faveur : voir auprès des autorités si ses affaires peuvent lui être restituées. Au départ de l’aéroport de Damas, Pierre Piccinin retrouvera dans son sac l’ensemble de ses effets personnels. Rien ne manquera, pas même les photos prises en compagnie des rebelles syriens.

« L’Occident ne bougera pas »

S’il n’est pas près de retourner en Syrie, le politologue belge paraît aujourd’hui satisfait d’avoir pu se forger sa propre opinion. Et son analyse a changé. « Je pensais jusqu’ici que la nature du régime baasiste était en train de changer. Que Bachar el-Assad était animé d’un souhait réel d’amender le régime à travers plusieurs réformes. Je m’étais trompé. » Surtout, le chercheur ne se dit « plus sûr que la majorité de la population soutienne le régime ». « Certes, confie-t-il, celui-ci peut compter sur les chrétiens, les Alaouites, les Druzes, et maintenant une partie des Kurdes, et de la bourgeoisie sunnite, qui s’inquiètent de la rébellion. Mais le reste se tait, car il a peur. »

Ainsi, d’après Pierre Piccinin, ce ne seraient pas les tueries qui dissuadent les gens, mais les sévices commis en prison. « Les gens en ressortent dans un tel état que leurs familles ne sont plus jamais prêtes à bouger le petit doigt. » Face à l’immobilisme de l’Occident qui ne « bougera pas », « la Syrie, au contraire de la Libye, ne possédant que peu de pétrole », le chercheur considère, lui, que la seule solution demeure une intervention étrangère ciblée. « Seules des attaques ciblées sur le matériel lourd de l’armée syrienne permettraient d’éviter un massacre », estime-t-il. « À ce moment-là, on pourra réellement parler d’intervention à but humanitaire. Mais elle ne verra jamais le jour. »

Syrie : riposte diplomatique à la terreur


29 mai 2012 à 22:06
 Paris a expulsé hier son ambassadrice syrienne, suivi par les autres grands pays occidentaux. Bachar al-Assad maintient le cap de la répression.
Par Luc Mathieu

Lamia Chakkour, l’ambassadrice syrienne à Paris, a appris hier qu’elle était désormais persona non grata en France. Le président François Hollande a précisé qu’elle serait expulsée en réponse au massacre survenu vendredi à Houla (108 morts, dont 45 enfants). Hier soir, lors de son intervention télévisée, il a par ailleurs déclaré qu’une «intervention armée en Syrie n’est pas exclue à condition qu’elle se fasse dans le respect du droit international, c’est-à-dire dans une délibération du Conseil de sécurité» de l’ONU.

Quelques minutes après la décision française de renvoyer la diplomate de Bachar al-Assad, son homologue en Allemagne était averti qu’il serait expulsé dans les 72 heures. Puis ce fut le tour des représentants diplomatiques syriens en Italie, en Espagne, au Royaume-Uni, en Belgique, aux Pays-Bas et en Suisse. Le Canada, l’Australie et les Etats-Unis participent à cette vague d’expulsions coordonnées. «J’ai eu une conversation hier avec David Cameron, le Premier ministre britannique. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, a eu une discussion avec le secrétaire général des Nations unies, et nous sommes convenus d’un certain nombre de pressions à exercer sur la Syrie», a expliquéHollande.

déserteurs. Ces renvois d’ambassadeurs ont été salués par le Conseil national syrien, la principale force d’opposition, qui a appelé le Conseil de sécurité de l’ONU à adopter une résolution autorisant le recours à la force pour mettre fin à la répression en Syrie. Une telle démarche n’a pour l’instant aucune chance d’aboutir, la Russie continuant à soutenir et à livrer des armes au régime Al-Assad. Lundi, le Conseil de sécurité avait dû se contenter d’une déclaration demandant que «le gouvernement syrien cesse immédiatement de recourir aux armes lourdes dans les centres urbains».

En visite hier à Damas, Kofi Annan, médiateur de l’ONU, a fait part à Bachar al-Assad des «graves préoccupations de la communauté internationale». Annan tente toujours de sauver son plan en six points, qui impose notamment le retrait des blindés de l’armée syrienne des villes et une trêve des combats entre les soldats du régime et les membres de l’Armée syrienne libre (ASL), en grande partie composée de déserteurs. Malgré la présence de 300 observateurs dans le pays, le cessez-le-feu est violé quotidiennement. Au moins 19 personnes, dont 12 civils, ont été tuées hier, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Sans surprise, Al-Assad a rétorqué à Annan que le succès de son plan dépendait de la «fin du terrorisme». Depuis le début du soulèvement, en février 2011, le gouvernement syrien assimile les opposantsà des «bandes armées» et à des «terroristes». Il a en outre rejeté toute implication dans la tuerie de Houla.

S’il reste impossible de savoir exactement ce qui s’est passé dans cette ville proche de Homs, les circonstances du massacre commencent à s’éclaircir. D’après une enquête de l’ONU, rendue publique hier, moins de 20 des 108 victimes ont été tuées par des tirs d’artillerie et de tanks de l’armée syrienne. Selon des témoignages d’habitants, les autres ont été exécutées à l’arme légère et à coups de couteau par des dizaines de chabiha, des miliciens pro-régime, qui ont déferlé dans les rues de la ville après avoir été visés par des tirs d’opposants. Un récit accrédité hier par Hervé Ladsous, chef des opérations de maintien de la paix à l’ONU. «Une partie des victimes a été tuée par des tirs d’obus, ce qui implique clairement la responsabilité du gouvernement. Le cas des autres victimes, tuées par des armes individuelles […], est moins clair, mais est probablement le fait des chabiha», a-t-il affirmé.

Cette tuerie a-t-elle été ordonnée par l’état-major syrien ? A-t-elle été, à l’inverse, décidée sur le terrain par des commandants qui n’en ont pas référé à leurs supérieurs ? Rien ne permet encore de le dire. Mais ce qui restera comme le «massacre de Houla» est intervenu alors que le régime ne parvient pas à «nettoyer» les villes de ses opposants, malgré des bombardements massifs. Les combats se poursuivent aussi bien dans le centre du pays, à Rastane, que dans le nord-ouest, à Idlib, et dans l’est, à Deir ez-Zor. «L’armée syrienne est épuisée car elle a subi beaucoup de pertes ces derniers jours», a estimé le président de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Verrou. Tout aussi inquiétant pour le gouvernement, ses forces ont dû se retirer hier d’Atareb, selon l’OSDH. Cette ville fait figure de verrou entre Idlib et Alep, la grande cité du Nord. Longtemps considérée comme favorable au régime, Alep est depuis quelques jours le théâtre de manifestations massives. Si le régime en perdait le contrôle, les opposants seraient en mesure de s’appuyer sur une zone «libre» qui frôlerait la frontière turque. Ils pourraient alors se ravitailler plus facilement en armes et mieux se coordonner avec les dirigeants de l’ASL réfugiés à Antioche, en Turquie. Un scénario que ne peut accepter Damas : Atareb était hier la cible d’obus et de tirs à la mitrailleuse lourde.

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