Syrie : riposte diplomatique à la terreur


29 mai 2012 à 22:06
 Paris a expulsé hier son ambassadrice syrienne, suivi par les autres grands pays occidentaux. Bachar al-Assad maintient le cap de la répression.
Par Luc Mathieu

Lamia Chakkour, l’ambassadrice syrienne à Paris, a appris hier qu’elle était désormais persona non grata en France. Le président François Hollande a précisé qu’elle serait expulsée en réponse au massacre survenu vendredi à Houla (108 morts, dont 45 enfants). Hier soir, lors de son intervention télévisée, il a par ailleurs déclaré qu’une «intervention armée en Syrie n’est pas exclue à condition qu’elle se fasse dans le respect du droit international, c’est-à-dire dans une délibération du Conseil de sécurité» de l’ONU.

Quelques minutes après la décision française de renvoyer la diplomate de Bachar al-Assad, son homologue en Allemagne était averti qu’il serait expulsé dans les 72 heures. Puis ce fut le tour des représentants diplomatiques syriens en Italie, en Espagne, au Royaume-Uni, en Belgique, aux Pays-Bas et en Suisse. Le Canada, l’Australie et les Etats-Unis participent à cette vague d’expulsions coordonnées. «J’ai eu une conversation hier avec David Cameron, le Premier ministre britannique. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, a eu une discussion avec le secrétaire général des Nations unies, et nous sommes convenus d’un certain nombre de pressions à exercer sur la Syrie», a expliquéHollande.

déserteurs. Ces renvois d’ambassadeurs ont été salués par le Conseil national syrien, la principale force d’opposition, qui a appelé le Conseil de sécurité de l’ONU à adopter une résolution autorisant le recours à la force pour mettre fin à la répression en Syrie. Une telle démarche n’a pour l’instant aucune chance d’aboutir, la Russie continuant à soutenir et à livrer des armes au régime Al-Assad. Lundi, le Conseil de sécurité avait dû se contenter d’une déclaration demandant que «le gouvernement syrien cesse immédiatement de recourir aux armes lourdes dans les centres urbains».

En visite hier à Damas, Kofi Annan, médiateur de l’ONU, a fait part à Bachar al-Assad des «graves préoccupations de la communauté internationale». Annan tente toujours de sauver son plan en six points, qui impose notamment le retrait des blindés de l’armée syrienne des villes et une trêve des combats entre les soldats du régime et les membres de l’Armée syrienne libre (ASL), en grande partie composée de déserteurs. Malgré la présence de 300 observateurs dans le pays, le cessez-le-feu est violé quotidiennement. Au moins 19 personnes, dont 12 civils, ont été tuées hier, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Sans surprise, Al-Assad a rétorqué à Annan que le succès de son plan dépendait de la «fin du terrorisme». Depuis le début du soulèvement, en février 2011, le gouvernement syrien assimile les opposantsà des «bandes armées» et à des «terroristes». Il a en outre rejeté toute implication dans la tuerie de Houla.

S’il reste impossible de savoir exactement ce qui s’est passé dans cette ville proche de Homs, les circonstances du massacre commencent à s’éclaircir. D’après une enquête de l’ONU, rendue publique hier, moins de 20 des 108 victimes ont été tuées par des tirs d’artillerie et de tanks de l’armée syrienne. Selon des témoignages d’habitants, les autres ont été exécutées à l’arme légère et à coups de couteau par des dizaines de chabiha, des miliciens pro-régime, qui ont déferlé dans les rues de la ville après avoir été visés par des tirs d’opposants. Un récit accrédité hier par Hervé Ladsous, chef des opérations de maintien de la paix à l’ONU. «Une partie des victimes a été tuée par des tirs d’obus, ce qui implique clairement la responsabilité du gouvernement. Le cas des autres victimes, tuées par des armes individuelles […], est moins clair, mais est probablement le fait des chabiha», a-t-il affirmé.

Cette tuerie a-t-elle été ordonnée par l’état-major syrien ? A-t-elle été, à l’inverse, décidée sur le terrain par des commandants qui n’en ont pas référé à leurs supérieurs ? Rien ne permet encore de le dire. Mais ce qui restera comme le «massacre de Houla» est intervenu alors que le régime ne parvient pas à «nettoyer» les villes de ses opposants, malgré des bombardements massifs. Les combats se poursuivent aussi bien dans le centre du pays, à Rastane, que dans le nord-ouest, à Idlib, et dans l’est, à Deir ez-Zor. «L’armée syrienne est épuisée car elle a subi beaucoup de pertes ces derniers jours», a estimé le président de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Verrou. Tout aussi inquiétant pour le gouvernement, ses forces ont dû se retirer hier d’Atareb, selon l’OSDH. Cette ville fait figure de verrou entre Idlib et Alep, la grande cité du Nord. Longtemps considérée comme favorable au régime, Alep est depuis quelques jours le théâtre de manifestations massives. Si le régime en perdait le contrôle, les opposants seraient en mesure de s’appuyer sur une zone «libre» qui frôlerait la frontière turque. Ils pourraient alors se ravitailler plus facilement en armes et mieux se coordonner avec les dirigeants de l’ASL réfugiés à Antioche, en Turquie. Un scénario que ne peut accepter Damas : Atareb était hier la cible d’obus et de tirs à la mitrailleuse lourde.

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