Et soudain, le joli petit port de pêche est plein de réfugiés syriens


Dans les sites de photos cartes postales s’intercalent des images de réfugiés. Des plaisanciers et des voisins découvrent des tragédies et certains passent des vacances au geste humanitaire.

Vous venez d’arriver en Grèce pour un court séjour, sur une de ces petites îles prometteuses : criques désertes, collines pelées, ciel bleu… Même hors saison, le paysage est idyllique et si vous êtes courageux, la mer pas trop froide.

Tout frais débarqué du ferry, vous prenez la mesure de cette maison que vous ont prêtée des amis. Le jardin en terrasse sur le chemin de la plage. Les oliviers et la vue imprenable sur la baie. Une bonne provision de bois à brûler parce que, tout de même, on est en hiver.

Soudain, une voix, venue du chemin de la plage, vous demande où se trouve le poste de police le plus proche. Tout un groupe de touristes se tient là, qui se repose.

Mais à mieux y regarder, ils n’ont pas vraiment l’air de touristes : des sacs plastiques comme baluchons, quelques petits sacs à dos, habits du dimanche un peu fatigués, des femmes portant un foulard sur leur cheveux, des enfants…

Des réfugiés sur une plage, à Bodrum (Turkeyfile)

Non. En fait de touristes, ce sont des réfugiés syriens et afghans fraîchement débarqués comme vous, pas du ferry mais sur la plage voisine par leurs passeurs turcs. Vous vous trouvez un peu bête à leur indiquer le village voisin à 7 km, ce qui ne semble pas les effrayer outre mesure.

La scène se passe à Tilos, une île du Dodécanèse à une cinquantaine de kilomètres des côtes turques. Tilos est loin d’être la plus proche de la Turquie mais elle est une des moins protégées. Le seul policier de l’île n’a pas de bateau et les gardes-côtes grecs et turcs sont bien incapables de prémunir le Dodécanèse, un archipel qui s’étire sur des centaines de kilomètres, contre les débarquements.

Depuis l’été dernier, une vague de réfugiés sans précédent essaie de quitter la Turquie, qui abrite plus d’un million de réfugiés syriens dans des conditions précaires. Toutes les îles proches de ses côtes ont vu exploser les arrivées, principalement de Syriens, mélangés avec les filières « traditionnelles » venues d’Afghanistan, d’Iran et d’Irak. Ils débarquent sur les îles de l’est de la Grèce, paradis des touristes et plaisanciers.

Alors, dans les blogs et sites habituellement légers, dédiés aux photos cartes postales s’intercalent comme des images subliminales, celles de réfugiés autrement réservés aux news des journaux. La réalité du monde vient court-circuiter la parenthèse des vacances.

Groupe Facebook

Les groupes Facebook de fans des îles grecques, habituellement dédiés aux photos de chats et de plages désertes, voient aussi se multiplier les posts sur le débarquement des réfugiés ou la mobilisation pour leur accueil, parfois publiés par les réfugiés eux-mêmes.

Blog de James Collins

James Collins, un auteur anglais vivant sur Symi, raconte sur son blog ses dernières vacances à Kos, une île voisine, et la rencontre à son hôtel avec tout un groupe de Syriens débarqués à la nage mais attendant leur ferry pour Athènes, presque comme n’importe quels touristes ordinaires en transit.

Entre deux photos de colonnes et de mosaïques et une note sur le prix des consommations dans un café, s’intercale une photo de groupe avec les réfugiés dans l’entrée de l’hôtel. Le récit de James Collins explique aussi comment ceux qui n’ont pas les moyens de se payer l’hôtel sont hébergés sous une tente sur le port.

Blog de Chris et Sue

Sur le blog de Chris et Sue, un couple de plaisanciers qui parcourent les îles à bord de leur voilier, on découvre la photo vue du large du petit port de l’île d’Agathinisi, à quelques kilomètres seulement des côtes turques. Un groupe de touristes s’apprêtent probablement à embarquer sur un ferry. Mais non, détrompe la légende. Ce sont encore des réfugiés qui se sont invités sur ce blog de vacances.

Entre une église orthodoxe et des flots bleus, le couple a glissé la photo de cette scène qui les a choqués. Les réfugiés sont bien sur le point de prendre le ferry mais pour Athènes, Samos ou Lesbos, lieux des plus proches centres de rétention. Là encore, la réalité s’est invitée dans la carte postale.

Une tragédie sous les yeux

Pour Sofiane Ait Chet et Chris Jones, qui tiennent un blog engagé depuis quelques années sur leur île de Samos, la situation est un peu différente. Ils n’ont pas attendu de voir un naufrage devant la fenêtre de leur bureau pour prendre conscience de la terrible situation des migrants.

Un matin de mai, visiblement choqués, ils décrivent dans un billet la tragédie qui se déroule sous leurs yeux. La situation leur paraît irréelle :

« Depuis notre bureau, nous regardons une mer calme où, en ce moment même, des réfugiés luttent pour leur vie. »

Deux petites embarcations ont sombré à un ou deux kilomètres des côtes de l’île. Un bateau de croisière tourne autour du lieu du naufrage sans s’arrêter. Plus tard, ils apprendront que les réfugiés sont restés plus de trois heures dans l’eau, jamais secourus par ce bateau. Certains d’entre eux se sont noyés avant que la police n’arrive enfin. Depuis, les deux blogueurs multiplient les posts sur les réfugiés, ont dénoncé les conditions d’accueil du centre de détention de l’île et suivi l’occupation de la place Syntagma par les grévistes de la faim en décembre.

L’histoire des Catrambone commence à être connue. Ce couple d’entrepreneurs américains, Regina et Christopher Catrambone, a créé sa propre mission humanitaire après avoir été confronté à des réfugiés en naviguant au large de l’Italie. Ils ont investi plus d’un million d’euros pour leur mission de sauvetage de deux mois mais ont dû la stopper faute de fonds, malgré les appels à contribution. Le couple avait pourtant bien fait les choses en embarquant surleur bateau (Migrant Offshore Aid Station), une équipe médicale, deux drones, des kits de sauvetage et un système de détection.

Héroïsme ordinaire

Mais loin du niveau et des moyens de cet engagement, la rencontre avec les réfugiés donne aussi lieu à de petits actes d’héroïsme ordinaire. C’est le cas de Stephanie Kersaw-Marsh et de son mari Andy, réveillés sur leur bateau par des cris dans la nuit. Ils mouillaient au large d’une côte de l’île de Symi. A la lampe torche, ils découvrent tout un groupe jeté à l’eau par ses passeurs.

« Les passeurs les ont jetés à l’eau à près d’un kilomètre de la côte », a expliqué à la BBC Stephanie. « Lorsque Andy les a récupérés, cela faisait plus d’une heure qu’ils étaient dans l’eau, de part et d’autre de la baie. »

Avec leur canot, ils les aident à rejoindre la côte, alertent les gardes-côtes qui une fois sur place ne peuvent secourir les réfugiés à terre. Leur bateau est trop gros pour accoster. Alors le couple de plaisanciers fait la navette avec son canot pour faire embarquer les réfugiés sur le patrouilleur des gardes. Andy va jusqu’à plonger pour récupérer les sacs d’affaires personnels perdus contenant papiers, argent, médicaments et vêtements pris pour le voyage.

Arrivée d’immigrants dans le port de Chania en Crète, 1er avril 2014 (AFP photo/Stringer)

En effet, comme le note Anne Zouroudi, une auteure anglaise (les îles grecques sont truffées d’auteurs anglais, on l’aura compris), sur son blog « tous ceux qui arrivent à Symi ne viennent pas sur des super-yachts. » Le commentaire est placé sous une photo de l’Eclipse, yacht de luxe de plus de 800 millions d’euros qui mouillait dans le port de Symi. « Malheureusement, un nombre croissant de réfugiés, principalement de Syrie et d’Afghanistan, arrivent chaque semaine », ajoute-t-elle.

C’est ce à quoi à été confrontée Caroline Phillips, journaliste au Times en débarquant sur l’île pour ses vacances.

« Quand nous avons débarqué du ferry. Il y avait ce groupe. Près de 50 personnes recroquevillées sous l’horloge du port, avec des sacs à dos et portant des vêtements un peu sales. Ils n’avaient pas l’air de touristes. »

La réalité a pris le pas

En une semaine, leur nombre augmente à plus de deux cents. « J’ai été touchée par leur détresse », dit-elle à Rue89.

« Il y avait là des jeunes enfants déshydratés au soleil sans possibilité d’accès à une salle de bain ou à de la nourriture. Un vieil homme qui aurait pu facilement être mon père, avec une entaille à la tête, était laissé sans soin. Avec ma fille de 16 ans, nous leur avons acheté des glaces et de l’eau. Quand nous les avons salués, ils ont perdu la réserve qu’ils avaient vis-à-vis des Grecs qui les traitaient comme des animaux. Après cela, ils nous ont emmenées là où on les logeait. Ils dormaient à même le sol de béton, dans un coin un bébé se tenait au milieu des cafards. Il me semblait important de voir cela. »

La journaliste pensait écrire un article sur « les poissons grillés des restaurants, les criques cachées et les cafés en terrasse ». Avec sa fille, elle passe finalement le reste de ses vacances à aider les réfugiés.

« Nous avons simplement établi une relation avec des gens qui dans d’autres circonstances auraient pu être des amis ou de la famille. Il est vrai que c’était assez étrange de laisser tomber la plage et les excursions en bateau pour aider des étrangers. Mais, les cacher pour qu’ils puissent prendre une douche dans notre chambre, leur amener de la nourriture, des médicaments et des vêtements, a été bien plus gratifiant que n’importe quelles vacances que j’ai jamais eues… Je pense souvent à eux et me demande s’ils ont réussi ou s’ils sont toujours coincés à Athènes. Quelle histoire tragique. »

A son retour en Angleterre, c’est l’histoire des réfugiés que Caroline Phillips racontera au Sunday Times plutôt que les criques désertes prouvant que cette année, la réalité a vraiment pris le pas sur la carte postale.

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Turquie. Les violences aux frontières et le dénuement aggravent le sort des réfugiés syriens


La passivité de la communauté internationale face au nombre croissant de réfugiés syriens gagnant la Turquie est à l’origine d’une crise sans précédent, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public jeudi 20 novembre. Certains réfugiés sont refoulés et visés par des tirs à balles réelles à la frontière, tandis que plusieurs centaines de milliers d’autres vivent dans la misère.

La passivité de la communauté internationale face au nombre croissant de réfugiés syriens gagnant la Turquie est à l’origine d’une crise sans précédent, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public jeudi 20 novembre. Certains réfugiés sont refoulés et visés par des tirs à balles réelles à la frontière, tandis que plusieurs centaines de milliers d’autres vivent dans la misère.

Dans son rapport, intitulé Struggling to Survive: Refugees from Syria in Turkey, Amnesty International met en évidence les risques graves en matière de droits humains que courent 1,6 million de personnes venues trouver refuge dans le pays au cours des trois dernières années et demi. L’organisation insiste également sur la réticence de la communauté internationale à assumer une responsabilité financière face à cette crise des réfugiés syriens.

« La Turquie éprouve beaucoup de difficultés pour répondre aux besoins élémentaires de plusieurs centaines de milliers de réfugiés syriens. En conséquence, nombre de ceux qui ont réussi à passer la frontière vivent aujourd’hui dans le dénuement le plus total. L’aide humanitaire internationale est très faible, mais la Turquie doit elle aussi se mobiliser davantage pour se voir octroyer cette aide,a déclaré Andrew Gardner, chercheur d’Amnesty International sur la Turquie.

« Le pays a officiellement ouvert ses postes-frontières aux réfugiés syriens, mais la réalité est tout autre pour ceux qui tentent d’échapper aux ravages de la guerre. Nombre d’entre eux sont refoulés vers la zone de conflit, et certains sont même la cible de tirs à balles réelles. »

La Turquie accueille la moitié des 3,2 millions de femmes, d’hommes et d’enfants qui ont fui les violences, les persécutions et d’autres violations des droits humains en Syrie. À ce jour, le pays a dépensé quatre milliards de dollars pour faire face à cet afflux massif de réfugiés. Et, parallèlement, seuls 28 % des 497 millions de dollars assignés à la Turquie dans le cadre de l’appel de fonds régional 2014 des Nations unies en faveur des Syriens avaient été versés par les donateurs internationaux à la fin du mois d’octobre.

La Turquie et les États voisins (Égypte, Irak, Jordanie et Liban) abritent 97 % des réfugiés en provenance de Syrie.

« La Turquie a pris à sa charge une partie substantielle du poids financier de la crise. Le manque d’empressement des pays riches à assumer une plus grande responsabilité financière dans cette crise et à offrir un nombre décent de places de réinstallation est déplorable », a déclaré Andrew Gardner.

Des réfugiés visés par des tirs à la frontière
Aux postes-frontières officiels, la Turquie applique une politique d’ouverture des frontières pour les Syriens, mais seuls deux postes sont entièrement ouverts sur une bande frontalière de 900 kilomètres. Or, même à ces deux postes, les personnes qui n’ont pas de passeport se voient régulièrement refuser le passage, à moins qu’elles n’aient besoin d’une aide médicale ou humanitaire d’urgence.

En outre, rejoindre ces postes-frontières représente un périple long et risqué pour la plupart des réfugiés. Nombre d’entre eux n’ont d’autre choix que de tenter de franchir la frontière à des points de passage non officiels, d’accès difficile et souvent dangereux, situés dans des zones de conflit, avec l’appui de passeurs dans bien des cas. Ils se heurtent alors fréquemment à des violences.

Selon les informations recueillies par Amnesty International, au moins 17 personnes ont été abattues par des gardes-frontières, qui ont tiré à balles réelles, à des points de passage non reconnus entre décembre 2013 et août 2014. Beaucoup ont été rouées de coups ou ont subi d’autres mauvais traitements avant d’être refoulées vers la Syrie, en proie au conflit.

Ali Özdemir (14 ans) a reçu une balle dans la tête dans la nuit du 18 au 19 mai alors qu’il se dirigeait vers la frontière turque. Son père a raconté à Amnesty International qu’Ali se trouvait avec neuf autres réfugiés. À une dizaine de mètres de la frontière, ils ont entendu parler turc. Ali a eu peur et, alors qu’il avait décidé de faire demi-tour, il a reçu une balle sur un côté de la tête. Aucun avertissement, ni oral, ni par le biais de tirs en l’air, n’avait été donné. Ali est maintenant aveugle.

« Tirer sur des gens qui fuient un conflit et cherchent un refuge est ignoble. C’est une violation manifeste du droit international qui ne doit pas rester impunie, a déclaré Andrew Gardner.

« Les États ont pour obligation fondamentale d’ouvrir leurs portes aux personnes qui fuient des persécutions ou une guerre. Les autorités turques doivent prendre toutes les mesures qui s’imposent pour garantir la sécurité de celles et ceux qui fuient le conflit syrien et leur permettre de rejoindre la Turquie. »

La situation sur le territoire turc
Sur les 1,6 million de Syriens réfugiés en Turquie, seuls 220 000 personnes vivent dans les 22 camps bien équipés, qui ont atteint les limites de leur capacité d’accueil. Plus de 1,3 million de réfugiés sont livrés à eux-mêmes. D’après des sources gouvernementales turques, seuls 15 % des réfugiés syriens vivant en dehors des camps officiels reçoivent une aide de la part d’organismes humanitaires.

Pour se nourrir et se loger, les familles prennent des mesures désespérées, faisant même parfois travailler leurs enfants.

« Ibrahim » (10 ans) et sa famille ont fui Alep il y a deux ans. Ils se sont installés à Kilis, ville frontalière turque, où ils vivent dans une casemate de béton. Pour survivre, le jeune Ibrahim récupère avec son père le plastique dans les poubelles, gagnant 1 livre turque (0,40 dollar) pour 500 g de plastique. Il a raconté à Amnesty International qu’il se levait tous les jours à 6 heures et terminait sa journée de travail vers 16 heures. Certains jours, il a le temps d’apprendre à lire et à écrire auprès d’un imam local. Les neuf autres enfants de la famille ne vont pas à l’école.

« La situation de la plupart des réfugiés syriens après qu’ils ont échappé aux ravages de la guerre est sombre. Ils sont abandonnés par la communauté internationale. Les États les plus riches renâclent à apporter une aide financière et à offrir des places de réinstallation, a déclaré Andrew Gardner.

« La Turquie n’a précisé le statut juridique et les droits des réfugiés syriens qu’en octobre, avec l’adoption par le Parlement d’une directive relative à l’octroi d’une protection temporaire. Ce texte doit être pleinement mis en œuvre et porté à la connaissance des réfugiés syriens comme des fonctionnaires de l’État. »

20 novembre 2014

Un attentat fait 40 morts au sud de la Turquie


Déja frappée en milieu de journée par un double attentat, la ville de Reyhanli, située au sud de la Turquie, à proximité de la frontière syrienne, a été secouée par une troisième explosion en début de soirée. La troisième déflagration est survenue dans un quartier de logements collectifs à plusieurs centaines de mètres du centre-ville, a affirmé la chaîne d’information NTV.

Les deux premières explosions, vraisemblablement dues à deux voitures piégées, ont fait 40 morts et une centaine de blessés, selon le ministre turc de l’intérieur, Muammer Güler, interro       é par la chaîne NTV.

Le double attentat se serait produit à un quart d’heure d’intervalle, vers 13 h 45 puis 14 heures, près de la mairie et de la poste de Reyhanli, une localité de la province de Hatay, située à quelques kilomètres d’un important poste-frontière avec la Syrie. La mairie et plusieurs bâtiments ont été fortement endommagés.

Reyhanli, 60 000 habitants, se trouve à proximité du poste-frontière de Cilvegözü, qui était la principale voie de passage entre la Turquie et la Syrie avant le déclenchement du conflit syrien, en 2011. Le 11 février dernier, un attentat à la voiture piégée, imputé par la Turquie aux services de renseignement syriens, a fait 17 morts et 30 blessés à Cilvegözü. En face, le poste-frontière syrien de Bab al-Hawa est aux mains de la rébellion syrienne depuis l’été 2012.

Des milliers de Syriens fuyant les combats dans leur pays séjournent à Reyhanli et dans le camp de réfugiés jouxtant la ville. Le pays accueille au total quelque 400 000 réfugiés.

Dans un communiqué, la Coalition nationale de l’opposition syrienne a condamné l’attaque et dénoncé une tentative par le régime de Damas de « se venger de la population turque et de la punir pour son honorable soutien au peuple syrien, dont son accueil des réfugiés syriens ».

« Nous allons mener l’enquête sur tout cela, nous allons tout éclaircir », a assuré Muammer Güler, le ministre turc de l’intérieur, interrogé sur un lien entre ces attentats et le conflit. Le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a souligné la « coïncidence » entre ces attaques et une « accélération » des efforts pour résoudre la crise syrienne, avec notamment une visite prévue de d’Erdogan à Washington le 16 mai : « Que ceci (les attentats) se produise à une période où dans le monde entier il y a une accélération des efforts sur la Syrie, une accélération concernant une résolution (du conflit), n’est pas une coïncidence », a-t-il déclaré aux journalistes lors d’un déplacement à Berlin.

Le vice-Premier ministre et porte-parole du gouvernement turc, Bülent Arinç, a également mis en cause le régime syrien et le président Bachar al-Assad : « Avec leurs services de renseignement et leurs groupes armés, ils font certainement figure de suspects habituels pour la mise en œuvre et davantage encore pour l’instigation d’un plan aussi démoniaque », a-t-il déclaré sur la chaîne NTV, soulignant toutefois que l’enquête n’en était qu’à son début.

Soirée culturelle anatolienne et concert de saz le 15 février à Bruxelles


soiree_anatolienne
Le vendredi 15 février,« Soirée culturelle anatolienne » organisée par Beltud, l’Association pour le dialogue et l’amitié belgo-turc

Dans une salle authentiquement décorée, nous vous proposons de l’ambiance, de la musique, de la dégustation…

1.        Au programme :

–          Présentation de la culture anatolienne

–          Dégustation de mets traditionnels d’Anatolie

–          Concert de saz de l’artiste Cumali BULDUK.

Baigné dès son plus jeune âge dans la musique traditionnelle turque, Cumali chante et à joue du saz depuis l’âge de 9 ans. Aujourd’hui, Cumali est sans aucun doute l’un des musiciens les plus actifs dans la scène bruxelloise des musiques du monde. Ce musicien turc dont la famille est originaire de la région montagneuse Emirdag, a appris le saz (luth à long manche d’une importance capitale dans la musicologie orientale) de manière autodidacte. L’intérêt naturel et la curiosité abondante de Cumali pour les cultures musicales voisinantes l’ont amené à développer un jeu ouvert qui débouche aujourd’hui sur un projet interculturel nommé Saz Ground.

 2.       Date, heure et adresse :

–          Le vendredi 15 février 2013

–          Accueil à partir de 19h et début du programme à 19h30

–          A l’asbl Golden Rose : Boulevard Général Wahis 224, 1030 Bruxelles

3.       Prix : 15 €

4.      Réservation obligatoire par mail à info@beltud.be

Au plaisir de vous y accueillir,

L’équipe de Beltud

Le retour de l’empire


vendredi 5 octobre 2012, par Al Faraby

« Les Turcs lancent des opérations militaires en Syrie »
« peut-être qu’ils veulent reconquérir le terrain perdu »
« quel terrain ? »
« celui perdu à l’issue de la Première guerre »
« tu confonds avec les Ottomans »
« … !? »

Al Faraby
Vendredi, 05 octobre 2012

L’Empire ottoman est un empire qui a duré de 1299 à 1923 (soit 624 ans). Il a laissé la place, entre autres, à la République de Turquie. Fondé par un clan turcique oghouze en Anatolie occidentale, l’Empire ottoman s’étendait au faîte de sa puissance sur trois continents : toute l’Anatolie, le haut-plateau arménien, les Balkans, le pourtour de la mer Noire, la Syrie, la Palestine, la Mésopotamie, la péninsule Arabique et l’Afrique du Nord (à l’exception du Maroc).

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A propos de la proposition de loi sur le massacre des Arméniens


28 décembre 2011
La France, la Turquie, ou la paille et la poutre.

Philippe ARNAUD

Il a beaucoup été question, dans la semaine qui vient de s’écouler, de la proposition de loi votée par l’Assemblée nationale et visant à réprimer la négation du massacre des Arméniens en 1915. Ce vote a déclenché la colère des Turcs et une incompréhension consécutive des Français, répercutée par les médias, avec de petits relents démagogiques  : pourquoi les Turcs s’indignent-ils ?

N’avons-nous pas, nous Français, reconnu la rafle du Vel d’Hiv ? Les Allemands n’ont-ils pas reconnu le génocide des juifs ? Pourquoi les Turcs n’en font-ils pas autant pour les Arméniens ? Qu’est-ce que cela leur coûterait ? [Sous-entendu – mais si fort que cela s’entend : décidément, ces musulmans sont indécrottables…].

On se gardera, ici, d’évoquer les préoccupations électoralistes des députés, notamment le fait que la proposition de loi a été déposée par Valérie Boyer, députée UMP de Marseille, ville où la communauté arménienne est particulièrement nombreuse et influente, pour rappeler quelques faits.

1. On fait grief aux Turcs de ne pas reconnaître le massacre des Arméniens en 1915. Mais l’Assemblée nationale a-t-elle voté un texte pour stigmatiser le massacre de 200 000 habitants de Nankin par les Japonais – plus tous les autres massacres commis en Chine, en Corée et dans le reste de l’Asie de 1900 à 1945, par ces mêmes Japonais ? Les députés français ont-ils reproché aux Japonais les « femmes de réconfort » (femmes raflées destinées aux bordels militaires) de toute l’Asie et les expériences bactériologiques sur les prisonniers de guerre, qui ne le cédaient en rien aux expériences des docteurs Mengele allemands ?

2. L’Assemblée nationale française a-t-elle voté une loi pour réprimer la négation du massacre de plusieurs centaines de milliers (voire davantage) de Congolais dans le Congo propriété privée du roi belge Léopold II ? A-t-elle voté une loi réprimant la négation du massacre des Herreros par les Allemands dans le Sud-Ouest africain avant 1914 ? A-t-elle voté une loi pour réprimer la négation des massacres des Amérindiens par les colons anglais, espagnols et portugais du Nouveau monde ? A-t-elle voté une loi pour réprimer la négation des mauvais traitements infligés par les Australiens aux Aborigènes ? A-t-elle voté une loi pour condamner la déportation des habitants de l’île de Diego Garcia, dans l’océan Indien, évacués par la force de leur île pour construire une base américaine géante ? [Base d’où les bombardiers américains partent pilonner les pays du tiers monde].

3. L’Assemblée nationale française a-t-elle reconnu les quelques 875 000 morts de la conquête de l’Algérie de 1830 à 1872 ? A-t-elle reconnu les 80 000 morts de la répression de Madagascar de 1947 ? A-t-elle reconnu les morts des massacres de Yen Bay, au Vietnam, en 1930, les morts de Sétif et Guelma en 1945, les morts du camp de Thiaroye, au Sénégal, en 1944 ? A-t-elle reconnu les morts algériens de la nuit du 17 octobre 1961 à Paris ?

4. L’Assemblée nationale a-t-elle considéré qu’entre le milieu du XVIIIe siècle et 1914, l’empire ottoman fut sans cesse en butte aux empiètements, agressions, mises sous tutelle et autres humiliations de la part des Russes, Britanniques, Français, Italiens et autres Autrichiens ? A-t-elle considéré que ces mêmes Occidentaux, durant plus de trois quarts de siècle, ont appelé l’empire ottoman, avec mépris, « l’homme malade de l’Europe » ? A-t-elle considéré que, durant la Grande Guerre, les Européens se sont partagé son empire au lieu de le rendre aux colonisés, en contradiction flagrante avec le principe des nationalités dont ils se réclamaient, en même temps, en Europe centrale, à l’encontre des empire austro-hongrois, allemand et russe ? L’Assemblée nationale s’est-elle souvenu que les alliés avaient, au début, soutenu la guerre d’agression de la Grèce contre la Turquie, dans les années 1919-1923 ?

5. L’Assemblée nationale française a-t-elle considéré que, si, près de 70 ans plus tard, nous sommes toujours traumatisés par 4 ans d’occupation allemande, au point d’en faire des films, des livres, des expositions et des colloques, les Turcs ne devraient pas être, eux, profondément humiliés par un siècle d’empiètements occidentaux ? Ne pourrait-elle penser que, sur la question des ingérences dans leurs affaires intérieures, les Turcs ont les nerfs à vif ? [Et, plus encore, lorsque ces ingérences viennent des Européens].

6. L’Assemblée nationale a-t-elle considéré que, durant plus de 40 ans, c’est-à-dire toute la guerre froide, les Occidentaux ont été bien contents de compter les Turcs dans l’OTAN, d’abord pour se battre en Corée contre les Nord-Coréens et les Chinois, puis pour faire face aux divisions du pacte de Varsovie dans le Caucase et les Balkans ?