En Terre Sainte, in memoriam



Michael Moore

26 décembre, 2024

Il y a tant d’émotions aujourd’hui — amour, famille, communauté, gentillesse, etc. J’espère que vous allez tous bien et que vous êtes bien où vous êtes. Mes meilleurs vœux pour l’année qui s’annonce.

Je ne voulais pas non plus laisser cette journée s’achever sans me rappeler ce qui s’est passé l’année dernière à Noël. Nahida Khalil Anton, une Palestinienne catholique de 70 ans, mère de sept enfants et grand-mère de vingt petits-enfants, ainsi que sa fille de 50 ans, Samar Kamal Anton, ont été exécutées par l’armée israélienne alors qu’elles assistaient à la messe à l’église catholique de la Sainte Famille dans la ville de Gaza. Nahida s’était levée pour aller aux toilettes, situées de l’autre côté de la cour sur le terrain de l’église. Un sniper israélien posté sur un bâtiment voisin l’a suivie à travers son viseur haute puissance alors qu’elle se rendait aux toilettes et a tiré trois balles dans son corps, dont une qui a traversé son abdomen alors qu’elle s’effondrait au sol.

La fille de Nahida, Samar, qui travaillait comme cuisinière pour les sœurs au couvent de Mère Teresa attenant à l’église, a couru vers le corps sans vie de sa mère et a commencé à le traîner pour le mettre en sécurité. Alors qu’elle faisait cela, le sniper a pointé son viseur sur elle, visant directement sa tête avec son puissant fusil d’assaut militaire et l’a assassinée sur-le-champ en lui explosant la tête. Un char israélien dans la rue a tiré trois gros obus sur l’église et le couvent, détruisant une grande partie des bâtiments, et a ensuite tiré et blessé au moins sept autres catholiques, dont le frère de Samar, Edward, qui travaille pour Médecins Sans Frontières. « Ils ont été abattus de sang-froid à l’intérieur des locaux de la paroisse », ont rapporté des témoins, y compris des prêtres, des religieuses et des paroissiens.

Le pape François a condamné les meurtres perpétrés par les forces israéliennes comme un « acte de terrorisme ». Bien sûr, toute l’agression contre la population civile de Gaza n’a été qu’une succession d’actes de terrorisme — nettoyage ethnique, génocide, famine de masse forcée, destruction de presque tous les hôpitaux, écoles et immeubles d’habitation. Tuer des catholiques ? Bien sûr ! À votre avis, qui est le régime qui gouverne — avec le consentement de la population — l’État d’Israël ?

Un an plus tard, je pense qu’il ne faut pas les oublier. Nous devons leur offrir, à leur mémoire et à leurs âmes, notre promesse que non seulement elles ne seront pas oubliées, mais que nous ne renoncerons pas à notre lutte pour leur liberté et celle de leurs familles. Prononcez leurs noms. Placez cette photo d’elles dans un endroit spécial. Et ne faites aucune erreur sur ce que vous et moi finançons. C’est pour notre compte.
Nahida Khalil Anton
Samar Kamal Anton

Je sais que c’est une journée où nous préférerions nous concentrer sur des choses plus joyeuses.

Ou peut-être que le but de ce jour est précisément cela : la paix sur Terre, la bonne volonté envers ceux qui sont opprimés et vivent sous occupation.

Merci à vous tous pour ce que vous faites pour rendre ce monde meilleur.

— Michael Moore

P.S. Il y a un an jour pour jour, le 25 décembre 2023, Netanyahu s’est rendu à Gaza pour féliciter ses troupes de l’armée israélienne d’avoir tué 250 personnes en 24 heures — y compris lors d’attaques sur des camps de réfugiés — déclarant : « Nous ne nous arrêtons pas. »”

Bethléem, Cisjordanie occupée : la crèche de Noël de l’Église luthérienne où ils ont placé la petite statue de l’Enfant Jésus enveloppée dans un keffieh, enterrée parmi de véritables débris provenant de Gaza, Noël 2023.

Une dernière demande à ceux qui soutiennent Netanyahu : le nombre d’innocents assassinés à Gaza et en Cisjordanie approche désormais les 50 000 — dont l’immense, immense majorité sont des bébés, des enfants, des femmes et des personnes âgées. Pouvez-vous, s’il vous plaît, simplement me donner un chiffre pour savoir à quel moment votre soif de vengeance/sang sera étanchée ? Parmi les 1 200 tués par les combattants du Hamas le 7 octobre 2023, combien de civils palestiniens doivent encore être exécutés ? Je sais qu’il doit y avoir un chiffre. 100 000 de plus suffiraient-ils ? Un million ? Donnez-nous juste un chiffre pour que nous sachions quand cela pourra se terminer.

Et combien d’habitants pouvons-nous, nous les Américains, aller tuer ce soir au Guatemala pour venger la mort de cette femme dans le métro de New York la semaine dernière, morte après qu’un migrant guatémaltèque l’a immolée par le feu ? Ne serait-il pas juste que nous larguions une bombe atomique sur le Guatemala pour tous les exterminer ? Je veux du sang ! Je veux du sang de Guatémaltèques qui dégouline de ma bouche ! Justice ! Vengeance ! Encore plus de meurtres ! Oui !!!! Oh, comme cela fait du bien pendant les fêtes !

Photo : Marcus Yam / LA Times

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Traduction ChatGPT

Marc Bloch et les enfants de Gaza


En cette période festive dans le reste du monde, à Gaza, chaque jour et chaque nuit, sous des bombardements qui continuent de faire des dizaines de victimes, la terreur obscurcit le visage des enfants palestiniens vivant au milieu des ruines de leur environnement dévasté. Par son indifférence à leur sort tragique et par son déni du droit international, la France, qui honore l’auteur de L’étrange défaite, en trahit les valeurs et les engagements.

Didier Fassin (avatar)

Didier Fassin

Anthropologue et médecin, professeur au Collège de France et à l’Institute for Advanced Study de Princeton.Imprimer

« Il est un de ces tableaux auquel je sens bien que je ne m’habituerai jamais : celui de la terreur sur des visages d’enfants fuyant la chute des bombes, dans un village survolé. Cette vision-là, je prie le ciel de ne jamais me la remettre sous les yeux, dans la réalité, et le moins souvent possible dans mes rêves. Il est atroce que les guerres puissent ne pas épargner l’enfance, non seulement parce qu’elle est l’avenir mais surtout parce que sa tendre faiblesse et son irresponsabilité adressent à notre protection un si confiant appel. »

Ces phrases sont de Marc Bloch dans L’étrange défaite, son essai célébré sur la déroute de l’armée française en 1940. 

Difficile, en lisant ces lignes, de ne pas penser aux enfants de Gaza eux aussi sous les bombes, à ceci près qu’ils n’ont nulle part où fuir, puisque les zones où l’armée israélienne demande à leurs parents de se rassembler sont elles aussi bombardées. Ils sont écrasés sous les décombres des écoles où ils s’abritent, brûlés vifs dans les campements où ils se réfugient, tués dans les hôpitaux où ils sont soignés. Avant de mourir, ils ont connu la terreur dont l’historien prie le ciel qu’il n’ait jamais plus à en revoir les traces sur les visages des enfants. 

Les autres, qui ont, jusqu’à présent, survécu, ont également connue cette terreur, et de manière presque permanente pendant les longs mois de bombardements bien plus intenses que ceux dont avaient l’expérience les petits villageois français. Parmi eux, beaucoup garderont les stigmates physiques de leurs blessures, des amputations sans anesthésie et des privations alimentaires, et la plupart conserveront la trace psychique de cette violence, un traumatisme sans fin, accompagné d’angoissantes reviviscences, de pensées intrusives, de cauchemars répétés, de peurs incontrôlables dans certaines situations et de comportements d’évitement de tout ce qui peut les provoquer, de dépression, d’anxiété et d’impulsivité, tous éléments qui bouleverseront longtemps leur quotidien. Une enquête récente de l’association War Child auprès de 500 familles révèle que 96% des enfants pensent que leur mort est proche et que 49% d’entre eux la souhaitent, proportion qui atteint 72% parmi les garçons. Rendre Gaza invivable a été une formule souvent utilisée dans les sphères politique et militaire israéliennes. Pour ce qui est des enfants palestiniens, c’est bien plus que cela : rendre leur vie même invivable.

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© Photo illustration Justine Vernier / Mediapart via AFP

Du 7 octobre 2023 au 10 décembre 2024, selon les données officielles des Nations unies d’après le ministère de la Santé de Gaza, 13 319 enfants palestiniens sont morts dans ce territoire. Encore ces chiffres sont-ils fortement sous-estimés, et pas seulement du fait de l’existence de milliers de corps ensevelis sous les décombres. Les enquêtes réalisées par l’Institut Watson de l’université Brown après les guerres d’Irak et d’Afghanistan ont montré que le nombre réel estimé de décès était environ cinq fois supérieur au nombre enregistré au moment du conflit, en raison des morts indirectes dues à la dégradation des conditions de vie, d’hygiène et de soins qui représentent environ le quadruple des morts directes. 

Extrapoler ce ratio aux enfants de Gaza est toutefois insuffisant, car les réalités y sont bien plus mortifères que dans ces autres conflits, en raison de la famine provoquée par le blocus de l’aide humanitaire, des maladies non traitées à cause de la destruction systématique des structures sanitaires et des infections provoquées par l’interruption des programmes de vaccination et la contamination de l’eau potable due à la dévastation des égouts, tous éléments auxquels les plus jeunes sont très vulnérables. À la fin du mois d’octobre 2023, l’Unicef déclarait que Gaza était devenu un cimetière pour des milliers d’enfants et Save the Children affirmait qu’y étaient morts en trois semaines plus qu’en un an dans la totalité des conflits de chacune des années récentes. Depuis, le nombre officiel des jeunes victimes palestiniennes a quadruplé et, sur la base des enquêtes citées, il faudrait le multiplier au moins par vingt.

Mais la terreur dans les yeux des enfants, qu’ils soient morts sous les bombes ou qu’ils aient survécu aux attaques, le public occidental ne l’aura pas vue – ni d’ailleurs entendue être rapportée. Les grands médias audiovisuels lui ont épargné l’épreuve émotionnelle du spectacle de cette souffrance. Ils ont invoqué l’interdiction effectivement faite aux journalistes étrangers de se rendre à Gaza, en ignorant cependant les centaines d’autres qui produisaient au péril de leur vie – 137 ont été tués, plus que dans aucune autre guerre contemporaine – des images et des récits quotidiennement repris par d’autres médias. En fait, comme le suggèrent certains dans les rédactions, les raisons de cet évitement sont plutôt à rechercher dans la volonté de ne pas s’exposer à l’accusation d’antisémitisme en montrant une cruauté que pourtant les soldats n’hésitent pas à exalter dans leurs nombreuses vidéos. Peut-être aussi dévoiler la terreur provoquée par les assassinats de masse, dont une enquête israélienne révélait qu’elle était un effet recherché par les chefs militaires, risquerait de faire entrer cette politique dans le cadre de la définition que la loi française donne du terrorisme. Quoi qu’il en soit, au fil des mois, le sort des habitants de Gaza, déjà peu présent dans les médias, en a presque disparu.

Au moment où le président de la République annonce la prochaine entrée de Marc Bloch au Panthéon, on aurait pu attendre des autorités françaises un peu de l’empathie et du courage de celui auquel elles entendent rendre hommage. Car il n’aurait certainement pas gardé le silence devant ce massacre des innocents. Confronté aux centaines de milliers d’enfants palestiniens tués, mutilés, affamés, traumatisés, privés d’école et de maison, pleurant la mort de leurs parents ou de leurs frères et sœurs, il ne serait certainement pas resté insensible et aurait dit, cette fois encore, le caractère « atroce » de la guerre qui en était responsable. 

Tel n’est cependant pas le choix fait par la diplomatie française. Tandis que les Nations unies ont placé Israël sur sa « liste de la honte » des pays qui ne respectent pas les droits des enfants lors des conflits et que le Premier ministre israélien, qui a par deux fois invoqué l’ennemi biblique Amalek dont les enfants doivent être détruits, fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crime contre l’humanité, le gouvernement français, déjà discrédité par les maladresses et les palinodies du Président depuis le 7 octobre, refuse d’appliquer la décision de la haute juridiction, arguant d’une immunité jamais invoquée lors de précédents et jugée fallacieuse par la Fédération internationale des droits humains. Et ceci au moment où le parlement israélien vient de voter une loi pour interdire l’accès des Territoires palestiniens à l’unrwa, l’agence des Nations unies en charge des secours et du développement pour ces populations, privant ainsi des centaines de milliers de filles et de garçons de l’assistance humanitaire et des programmes éducatifs dont ils ont un besoin urgent.

En cette période festive dans le reste du monde, à Gaza, chaque jour et chaque nuit, sous des bombardements qui continuent de faire des dizaines de victimes, la terreur obscurcit le visage des enfants palestiniens vivant au milieu des ruines de leur environnement dévasté. Par son indifférence à leur sort tragique et par son déni du droit international, la France, qui honore justement l’auteur de L’étrange défaite, en trahit les valeurs et les engagements.

Didier Fassin est anthropologue et médecin, professeur au Collège de France et à l’Institute for Advanced Study de Princeton. Il est l’auteur du livre Une étrange défaite. Sur le consentement à l’écrasement de Gaza (La Découverte).Recommandé (142)Recommandé (142)

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La judaïsation d’Israël, de 1949 à nos jours


30 septembre , 2024   |   Listen Online

PALESTINE NEXUS
 

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Donner un sens à la folie 
 
Zachary Foster

En mars 1949, la guerre pour la Palestine avait pris fin, mais le processus de judaïsation du pays ne faisait que commencer. Israël a continué à expulser les Palestiniens de leurs maisons, à s’emparer de terres palestiniennes et à confiner les Palestiniens dans des zones de plus en plus réduites, et ces tactiques se poursuivent encore aujourd’hui. Hélas, le sionisme continue de faire ce que fait le sionisme. Voici une brève histoire de la judaïsation d’Israël, de 1949 à aujourd’hui.

Entre 1948 et 1953, l’État nouvellement établi, dirigé par le parti « de gauche » Mapai, a créé 370 nouvelles localités juives, dont 350 ont été construites sur des propriétés palestiniennes confisquées. Les terres volées comprenaient à la fois les biens des réfugiés palestiniens à l’étranger ainsi que 40 à 60 % des biens des Palestiniens déplacés à l’intérieur des frontières de l’État après 1948. Par exemple, 6 000 Palestiniens d’Umm al-Fahm ont perdu 80 % de leurs terres en raison d’expropriations gouvernementales immédiatement après la guerre.

L’objectif d’Israël était de judaïser le pays tout en rendant impossible le retour des réfugiés et des personnes déplacées dans leurs foyers.

Entre-temps, entre 1949 et 1952, Israël a expulsé 17 000 Arabes supplémentaires du pays, selon un rapport du ministère israélien des Affaires étrangères de 1953. En novembre 1949 et en mai 1950, par exemple, Israël a expulsé des milliers de Bédouins vivant dans le désert du sud vers la Jordanie. En septembre 1950, la tribu ‘Azazme a été violemment nettoyée ethniquement du désert du sud vers le Sinaï. En septembre 1952, Israël a également forcé la tribu Sanna à quitter le nord du Néguev pour les collines d’Hébron Sud, en Cisjordanie.

Les Arabes qui ont échappé à l’expulsion hors du pays ont été déplacés à l’intérieur du pays. Entre 1948 et 1953, Israël a forcé les 11 000 Bédouins restants du Naqab à se regrouper dans des réserves représentant 10 % de leurs terres ancestrales, tandis que les 90 % restants du désert du sud étaient pris pour le développement juif.

Au milieu des années 1950, les efforts de judaïsation d’Israël se sont déplacés vers le nord, où les Arabes palestiniens constituaient entre 70 et 80 % de la population dans certaines régions. Une majorité juive était apparemment nécessaire en Galilée pour minimiser « la menace arabe » et empêcher la formation d’un « noyau de nationalisme arabe au sein de l’État juif », comme l’ont écrit Yosef Nahmani et Yosef Weitz. Le sionisme à la rescousse !

En 1955, le gouvernement israélien, toujours dirigé par le Mapai, a confisqué 74 000 dunams de terres en Galilée centrale et, en 1959, a pris le contrôle d’une zone près de Baqa al-Gharbiya dans le Triangle pour des manœuvres militaires. Les terres palestiniennes ont longtemps été idéales pour entraîner des soldats, car les tribunaux israéliens contestent rarement les vols de terres lorsque le gouvernement invoque des raisons de « sécurité ».

En 1976, le gouvernement travailliste israélien « de gauche » a annoncé des plans pour confisquer 20 000 dunams de terres appartenant à des Arabes entre Sakhnin et Arraba afin de judaïser la Galilée. Les Palestiniens ont protesté pacifiquement partout en Israël, de la Galilée au désert du sud. En réponse, l’armée et la police israéliennes ont tué 6 Palestiniens et en ont blessé plus de 100.

En 1977, le parti de droite Likoud est arrivé au pouvoir, et les politiques de judaïsation se sont poursuivies sans interruption. Le ministre israélien de l’Agriculture, Ariel Sharon, s’inquiétait de voir que les terres de Galilée sans colonies juives pourraient « tomber » entre les mains des Arabes palestiniens. Le sionisme à la rescousse !

Sharon a donc ordonné la construction d’une nouvelle série de colonies juives dans le nord, relançant les efforts de judaïsation. Environ 30 communautés « Mitzpe » (signifiant « poste d’observation ») ont été établies pour « séparer la capacité de sécuriser les terres du rythme de construction des colonies permanentes ».

Israël voulait s’emparer des terres, mais ne pouvait convaincre aucun Juif d’y vivre. Apparemment, pas assez de Juifs étaient intéressés à sécuriser le territoire juif en construisant des clôtures et en plantant des arbres. Le sionisme a longtemps exigé des sacrifices personnels, et il n’y avait pas toujours suffisamment de volontaires prêts à se sacrifier pour l’équipe sioniste.

Ainsi, à la place, ces communautés ont été habitées par des soldats de la brigade Nahal. Pour utiliser une expression chère aux dirigeants israéliens, ils ont servi de boucliers humains, agissant à la fois comme civils établissant des colonies et comme soldats les défendant par la force des armes.
En 1991, en tant que ministre du Logement et de la Construction, Sharon a introduit son initiative des « Sept étoiles », implantant des colonies juives le long de la Ligne verte pour créer une barrière démographique juive séparant les Palestiniens des deux côtés de la ligne verte.

En 1967, Israël a annexé environ 70 kilomètres carrés de la Cisjordanie dans la municipalité de Jérusalem. Israël a annexé les terres, mais bien sûr pas les habitants qui y vivaient, lesquels n’ont pas reçu la citoyenneté israélienne. À la place, ils ont reçu des permis de résidence qui peuvent être révoqués si les Palestiniens ne prouvent pas que Jérusalem est leur « centre de vie ». Depuis 1967, environ 15 000 natifs palestiniens de Jérusalem ont été dépouillés de leur droit de vivre à Jérusalem. Israël rejette également l’immense majorité des demandes de permis de construire à Jérusalem-Est afin de garantir une supermajorité juive dans la capitale du pays.

Pendant ce temps, le projet de judaïsation se poursuit dans le sud. En 2012, des propositions ont été soumises au bureau du Premier ministre pour pousser à l’établissement de 10 nouveaux villages dans une zone de 180 kilomètres carrés à cheval sur la Ligne verte entre Arad et Meitar. L’objectif est d’« empêcher les Bédouins de s’emparer de la zone ».

En fait, au cours de la dernière décennie, les villes du sud d’Israël ont vu une prise de contrôle par des responsables identifiés au camp sioniste religieux israélien. Leur objectif est de judaïser toute la région en construisant de nouvelles communautés pour « freiner la croissance des localités bédouines non reconnues à proximité ». Le sionisme à la rescousse !

De plus, Israël ne reconnaît pas des dizaines de communautés bédouines palestiniennes dans le Naqab. Elles font face à une menace constante de transfert forcé et ne reçoivent ni électricité, ni eau, ni service de bus. En mai 2024, par exemple, les autorités israéliennes ont démoli 47 maisons à Wadi al-Khalil, un village bédouin palestinien non reconnu dans le désert du sud, après que ses habitants ont commis le crime grave de naître de parents de la « mauvaise » religion.

Depuis 2008, un effort parallèle a lieu à Jaffa, où des sionistes religieux construisent « systématiquement » des séminaires religieux et des académies prémilitaires exclusivement pour eux. Ils marchaient dans les rues de Jaffa en scandant : « Jaffa pour les Juifs. » Un universitaire a même décrit tout cela comme « l’Hébronisation de Jaffa », car les Juifs prétendent avoir besoin de protection policière, exacerbant les tensions, menant à plus de protestations, donc plus de police, et donc plus de violence contre les manifestants, et ainsi de suite.

Les sionistes libéraux essaieront de vous convaincre que le problème est l’occupation. Mais ce sont les partis « de gauche » Mapai et travailliste israéliens qui ont dirigé les efforts de judaïsation pendant près de trois décennies. Le problème est plus profond que l’occupation de Gaza et de la Cisjordanie, car les efforts de judaïsation d’Israël ont lieu partout, de Jaffa à Jérusalem, et de la Galilée au désert du sud. Le problème, en une phrase, est la tentative d’Israël de judaïser Israël par des expulsions violentes, des confiscations de terres et des colonies. Le problème, en un mot, est le sionisme.

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Love,
-Zach
  (traduction avec ChatGPT)

« Les Européens ont préféré collaborer avec Al Assad que soutenir la rébellion syrienne »


Tribune pour La Croix

Firas Kontar

Le militant des droits humains franco-syrien Firas Kontar (1) juge durement l’attitude des Européens face au régime de Bachar Al Assad, qu’ils ont selon lui longtemps soutenu par leur inaction. Alors que les Syriens ont besoin d’une urgente aide humanitaire, la passivité des démocraties occidentales constituerait un nouvel « affront ».

Treize années de lutte acharnée ont été nécessaires aux Syriens pour mettre fin à la tyrannie des Assad. L’enracinement du régime dans la société syrienne et ses alliances internationales ont permis à ce dernier de se maintenir au prix de bombes, d’armes chimiques et de massacres

Il y a encore quelques semaines, Assad proclamait sa victoire, et la diplomatie européenne cédait aux sirènes de la « realpolitik » en nommant un représentant de l’Union européenne en Syrie. Plusieurs pays européens s’apprêtaient à suivre cette voie ; l’Italie, pionnière en la matière, avait déjà nommé un ambassadeur dès la fin juillet.

On aurait pu espérer que, après l’humiliation de collaborer avec l’un des plus grands criminels de l’histoire récente, la chute d’Assad offrirait l’occasion de faire amende honorable. Il n’en est rien. Alors que les besoins humanitaires sont immenses et que des milliers de prisonniers agonisant dans les abattoirs du régime sont libérés, aucun des pays européens n’a annoncé une aide massive et urgente en faveur des Syriens.

Les libérateurs de la Syrie

Si les préoccupations concernant l’avenir de la Syrie, en particulier du fait de la présence de groupes islamistes au sein de la coalition rebelle, sont légitimes, la réaction de nombreux décideurs européens a quelque chose de honteux.

Les crimes contre la majorité arabe sunnite ont été ignorés depuis 2011, souvent justifiés par la prétendue nécessité de protéger les minorités. Et beaucoup en Europe ont repris le récit du régime syrien sur la protection des minorités que prétendait offrir Assad tout en s’accommodant du massacre de la majorité.

Les radicalisations observées chez certains combattants syriens sont les conséquences directes de cet abandon. En 2011, ce sont les étudiants, intellectuels et cadres de la société civile qui ont mené les premières manifestations pacifiques. Beaucoup sont morts sous la torture dans les prisons du régime. Faute d’aide occidentale, les premières formations rebelles de 2012, sous l’égide de l’Armée syrienne libre, n’avaient aucune chance contre un régime soutenu militairement par la Russie et l’Iran. En ne leur fournissant aucune aviation, ni couverture aérienne, ni ressource, les démocraties occidentales ont organisé leur défaite, laissant le champ libre aux factions islamistes.

Le renoncement d’Obama

Le renoncement d’Obama après le massacre chimique de la Ghouta en août 2013 est l’un des nombreux symboles de l’abandon des Syriens face à la barbarie. En 2015, Obama a également signalé à Poutine qu’il ne soutiendrait pas les rebelles en cas d’intervention militaire russe, offrant ainsi les garanties nécessaires à une intervention russe sans risque majeur. Cette inaction occidentale a non seulement condamné des millions de Syriens à l’exil forcé, soit plus de la moitié de la population du pays, mais a également envoyé un signal favorable à Poutine pour envahir l’Ukraine, avec les conséquences que l’on connaît

Ce vendredi 13 décembre, des millions de Syriens ont célébré la chute d’Assad dans toutes les grandes villes du pays. La coalition rebelle a été accueillie en libératrice. Le chef du groupe HTC, Al Joulani, connu pour son passé djihadiste, a opéré une mutation depuis plusieurs années. Abandonnant l’idéologie du djihadisme international, il semble porter aujourd’hui un projet national conservateur qu’il a commencé à développer depuis 2017 dans la province d’Idlib.

Si le nord de la Syrie est en grande partie débarrassé du djihadisme international, c’est surtout grâce à l’action de HTC, qui a mené la lutte en coordination avec les services de renseignements occidentaux. Il montre des signes d’ouverture, les universités à Idlib sont ouvertes aux femmes, les communautés druzes et chrétiennes dans la province exercent leur culte librement. Il a adressé des messages rassurants à toutes les minorités, reconnaissant leur appartenance pleine et entière à la Syrie.

Célébrer la chute d’Assad

Il faut souligner que la libération des villes n’a donné lieu à aucune exaction contre les civils et que toutes les composantes ethniques et religieuses de la société syrienne célèbrent la chute d’Assad. Cependant, la méfiance persiste vis-à-vis d’Al Joulani, en particulier chez les jeunes Syriens, toutes confessions confondues, qui aspirent à une société libre, loin de toute forme d’autoritarisme, qu’il soit religieux ou politique.

Laissons les Syriens, qui ont fait preuve d’une résilience et d’un courage incroyables, juger et agir pour leurs droits et leur liberté. Ils n’ont pas besoin de paternalisme. Ce qu’ils attendent, c’est la réouverture des ambassades, la levée des sanctions, des aides concrètes et la reconnaissance de leur combat. Ils ne veulent plus de leçons de morale de la part d’États qui les ont abandonnés.

L’abandon des démocraties occidentales est un affront pour les Syriens qui restera dans l’histoire, témoignant de la faillite morale et stratégique des puissances libérales face à l’autoritarisme. Cet échec devrait pousser l’Europe à redéfinir une politique claire de soutien aux populations en lutte pour leur liberté.

Firas KONTAR

Syrie : Interview d’al-Jolani


– de son vrai nom Ahmed al-Charaa – sur France 24 :

France 24 : Que répondez-vous aux inquiétudes de la communauté internationale sur votre arrivée au pouvoir ?

Ahmed al-Charaa : Sous Bachar al-Assad, la persécution des Syriens était immense, les détenus étaient assassinés, broyés, brûlés, gazés avec des armes chimiques, ensevelis avec des barils explosifs ou noyés sur les routes de l’exil. Où était l’inquiétude de la communauté internationale pendant cette période ?

Nous avons libéré le pays en faisant un minimum de dégâts pour les civils. Nous avons libéré Alep, Hama, Homs, sans provoquer le moindre exode des communautés. Voilà ce qui doit rassurer. En onze jours, nous avons mis fin à cinquante-quatre ans de dictature.

Notre projet est pour la Syrie. On récupère un pays en miettes dans tous les secteurs : l’industrie, le commerce, l’armée, l’administration, alors qu’avant Assad, c’était une référence dans tous les domaines. Notre opération n’était pas juste militaire, on a tout de suite investi les zones libérées avec une administration, des services et une police, en nous aidant des institutions que nous avons mises en place à Idleb.

Pour autant, il est prématuré de définir quelle sera la forme exacte du nouveau régime que nous sommes en train de mettre en place. L’écriture d’une nouvelle constitution va prendre du temps. Des élections pourraient se tenir, mais en l’état, on ne sait même pas combien d’électeurs il y a en Syrie. Par exemple, beaucoup de mineurs ont atteint l’âge de voter dans les camps ou à l’étranger et n’ont pas de pièce d’identité. Un immense travail de recensement doit être fait pour recréer un registre.

Notre première préoccupation, c’est de faire rentrer les gens chez eux, que ce soit de l’étranger ou les déplacés en Syrie. Il faut donc sécuriser cette période transitoire, tout en s’assurant que l’aide nécessaire sera fournie à tous les Syriens qui reviennent chez eux, avec de la nourriture, des infrastructures, des services et une sécurité.

Quant à notre politique, un congrès national doit avoir lieu et en fonction des conclusions qui en sortiront, nous mettrons en place des mécanismes d’application.

Pourquoi avoir échangé le treillis militaire avec le costume civil ? Quel avenir voyez-vous pour la résolution 2 254 du Conseil de sécurité de l’ONU [adoptée en 2015 et qui établit une feuille de route pour un règlement politique en Syrien] ?

Le militaire c’était pour la guerre. Désormais, nous sommes dans une autre phase. Tout simplement.

Concernant la résolution 2 254, nous avons ramené les déplacés chez eux, nous avons chassé les milices étrangères, nous avons fait une transition pacifique avec les organes de l’État, donc nous avons déjà appliqué des recommandations de cette résolution. Cette résolution vieille de neuf ans doit donc être adaptée à la nouvelle réalité.

Comment éviter les vendettas et les conflits internes après treize ans de guerre ?

Il faut juger Bachar al-Assad, sa famille et ses aides de camp et mettre en place des processus de confiscation de leurs biens mal acquis. Pour le reste, on a donné la priorité à l’amnistie. Tous ceux qui ne respectent pas cette décision, qu’ils soient civils ou issus de nos rangs, seront poursuivis.

Quelles dispositions prendrez-vous vis-à-vis des combattants étrangers qui ont combattu à vos côtés en Syrie ?

Des gens du monde entier sont venus se battre en Syrie par empathie avec les Syriens. Tous ceux qui sont à nos côtés ont accepté de suivre nos directives et d’accepter notre gouvernance. Ils ne constituent pas un danger pour les autres pays et méritent d’être récompensés pour leurs efforts. Leur situation sera donc traitée et régularisée de manière légale à travers une loi.

Quelle est votre réaction face aux dernières incursions et frappes israéliennes en Syrie ?

Les Israéliens avaient l’alibi – ou l’excuse – des milices iraniennes pour frapper en Syrie. Mais ces milices ne sont plus là.

Nous ne voulons pas de conflit, ni avec Israël ni avec d’autres pays. La Syrie ne sera pas utilisée pour cibler d’autres pays : les Syriens sont fatigués et ont juste besoin de vivre en paix.

Alors que des délégations britanniques et françaises arrivent à Damas, que demandez-vous à la communauté internationale ?

Nous avons des contacts, et nous avons créé des liens avec plusieurs pays du monde ces cinq dernières années. La compréhension de notre projet et ce que nous avons accompli à Idleb a permis de diminuer leur méfiance à notre égard.

Nous demandons l’aide de la communauté internationale pour poursuivre les criminels du régime d’Assad et récupérer l’argent volé aux Syriens. Nous demandons aussi de faire pression sur Israël pour mettre un terme à ses opérations en Syrie.

Appelez-vous à ce que le HTC soit sorti de la liste des organisations terroristes des Nations unies ?

Notre inscription sur liste terroriste émane d’une volonté politique. En tant que HTC, nous avons mené des opérations militaires, mais nous n’avons pas ciblé de civils. Or le terrorisme consiste à cibler les civils.

Mais la mise sous sanctions et sur liste terroriste, à la vue de ce qu’il se passe, importe peu. L’important est de lever les sanctions qui pèsent sur la Syrie.

On ne doit même pas négocier cette levée des sanctions : c’est notre droit de nous en libérer, nous les Syriens, les victimes, sommes punis pour les actes de notre bourreau, qui lui n’est plus là.

Chris RoyrseoStndpo2il8ft4 t1a3620024702411m48034cacn960858h0mimlmfmt  · 

« Laissez aux Syriens ces quelques heures de légèreté et de bonheur après tant de sang et de larmes »


 

Pendant 13 ans, les Syriens ont été invisibilisés au profit des discours sur la géopolitique. Maintenant qu’Assad est tombé, on commence à les écouter un peu. J’en profite, tribune pour Le Nouvel Observateur.

Firas Kontar

Militant franco-syrien de 46 ans, l’essayiste Firas Kontar se réjouit de la chute du tyran Bachar al-Assad. Il sait l’avenir incertain et le chemin long avant de voir son pays libre. Il appelle à laisser les Syriens rêver à des lendemains qui chantent.

Le contraste est saisissant en ce dimanche 8 décembre entre l’explosion de joie des Syriens, en exil ou dans le pays, et le ton des commentateurs politiques français. Une des pires tyrannies, qui a tant fait souffrir les Syriens pendant plus de cinq décennies, s’effondre face à l’avancée spectaculaire d’une coalition de combattants rebelles, dont des islamistes. Pourtant, les premiers commentaires entendus portent sur le profil de certains de ces combattants.

Laissez aux Syriens ces quelques heures de légèreté et de bonheur après tant de sang et de larmes. Laissez-les rêver d’un quotidien qui ne sera plus marqué par la terreur, laissez-les imaginer une vie sans la peur d’être enlevé ou de disparaître sous les ordres des services d’Assad, qui se sont arrogé le droit de vie ou de mort sur chaque Syrien. Laissez-les célébrer le départ de celui qui a tué des centaines de milliers de nos compatriotes, transformé notre beau pays en une fosse commune et forcé à l’exil plus de douze millions d’entre nous. Laissez-les respirer un air pur, sans sarin ni soufre. Laissez-les crier, dans les rues et sur les places, « Bachar, casse-toi, la Syrie n’est pas à toi », sans craindre les balles du régime.

Ce jour tant rêvé par des millions de Syriens est enfin arrivé. Et cela, sans l’aide de personne. Après treize années durant lesquelles le monde nous a regardés mourir, observant les portes de l’enfer s’ouvrir en Syrie, sans intervenir. Treize années pendant lesquelles les démocraties n’ont offert que de vains discours face à l’immensité des crimes d’Assad et de ses alliés, qui eux ne comprennent que la force. Aujourd’hui, ceux-là mêmes qui nous ont abandonnés s’inquiètent de l’idéologie de certains combattants. Pourtant, l’extrémisme prospère dans un terreau de désespoir. On peut comprendre les Syriens, abandonnés de tous, trouver du réconfort dans la religion, et imaginer que pour beaucoup, seul l’espoir d’une justice divine les aide à surmonter le quotidien.

En finir avec la tyrannie des Assad

La première motivation des combattants qui ont pris Alep, Hama, Homs, puis Damas, est de retourner sur leur terre, dans leurs villages d’où ils ont été chassés depuis treize ans, et d’en finir avec la tyrannie des Assad. Dès l’été 2012, lorsque la révolte a atteint Alep, deuxième ville du pays, Assad a compris qu’il ne pourrait plus contrôler un pays de plus de 21 millions d’habitants. Il a alors orchestré un changement démographique en ciblant la majorité arabe sunnite, qu’il considérait comme la moins loyale. C’est à cette époque qu’il a intensifié les bombardements aériens et commencé à utiliser des missiles Scud sur la région d’Alep, détruisant des quartiers entiers. En tout, 82 000 barils d’explosifs ont été largués sur les civils durant le conflit. Ces crimes contre l’humanité ont poussé plus de 12 millions de Syriens à l’exil.

Il y a encore un mois, ces millions de Syriens réfugiés au nord du pays ou ailleurs dans le monde n’osaient plus espérer un retour. Aujourd’hui, ils reprennent massivement la route, rassurés par la fin de la dictature des Assad qu’ils redoutaient tant. Ils trouvent de l’espoir dans les messages apaisants envoyés par la coalition hétéroclite qui a libéré le pays, appelant à l’unité de toutes les composantes de la société syrienne.

Le chemin sera long

La chute du régime Assad est la continuation naturelle du processus révolutionnaire entamé en 2011. Il n’est pas surprenant qu’une dictature enracinée depuis 1970 ait résisté plus de treize ans aux vents du changement. Les alliances qu’elle avait nouées ont contribué à sa survie, mais ses parrains, la Russie et l’Iran, affaiblis eux-mêmes, ne pouvaient plus la soutenir.

L’avenir sera semé d’embûches. Assad a laissé derrière lui un pays détruit, avec des centaines de milliers d’orphelins et des infrastructures essentielles – santé, éducation, énergie – en ruines. Pourtant, l’espoir réside dans une société résiliente, traversée par une multitude de courants idéologiques et un activisme fort. Les jeunes de 2011, bien qu’épuisés, restent engagés pour construire un pays libre. Le chemin sera long, car Assad a exploité les divisions confessionnelles et ethniques pour asseoir son pouvoir. Mais l’obstacle le plus impitoyable a été surmonté : la tyrannie des Assad appartient désormais au passé.

BIO EXPRESS

Firas Kontar, est un militant des droits de l’homme et essayiste franco-syrien. Il est l’auteur de « Syrie, la révolution impossible », ed. Aldeia, 2023

Syrie : au-delà du secret


Que s’est-il agi de cacher à Saidnaya et dans les souterrains des palais des Assad ? Comme les casques blancs syriens confrontés à la l’impossibilité de poursuivre leurs fouilles, nous butons sur un impossible. Comme les prisonniers libérés qui ont oublié leurs propres noms et jusqu’à l’usage de la parole, nous sommes là aux prises avec des mots manquants.

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Racha Abazied (avatar)

Racha Abazied

Franco-syrienne, éditrice au CAREP Paris – Fondatrice et présidente de l’association culturelle Syrie MDL de 2011 à 2018.

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Pendant deux jours, les recherches ont continué dans les profondeurs de la prison, à la recherche de couloirs secrets et de cellules murées. Sur les images de vidéosurveillance qui quadrillaient l’enfer carcéral de Saidnaya, des prisonniers bougeaient encore, dans des cellules introuvables. On ne les atteindra jamais. Le 10 décembre au matin, les unités des casques blancs déclarent les fouilles terminées : il n’y a plus de prisonniers à Saidnaya[1] et s’excusent auprès des familles attendant encore des nouvelles de leurs proches. La vérité est cruelle : ils sont parvenus à 4 lieux de détentions secrets mais n’ont trouvé aucun prisonnier vivant, les disparus sont probablement décédés. On estime leur nombre en Syrie à une centaine de milliers.

La dictature des Assad, tombée, une gigantesque opération de reconnaissance a fait s’engouffrer le peuple syrien dans les couloirs des palais et les souterrains des prisons du régime Assad. Et le monde découvre avec eux, incrédule, l’étendue de l’horreur tapie dans les sous-sols, les profondeurs souterraines de la « zone rouge » de la prison de Saidnaya et dans les couloirs tentaculaires des bunkers des Assad. On en soupçonnait plus ou moins l’existence, on avait des témoignages, des croquis, des documents avaient filtré, mais la réalité dépasse l’imagination.

Des sous-sols de Saidnaya…

À mesure que les rebelles libèrent une à une les prisons syriennes, un peuple martyrisé durant des années renaît à la vie, tel un Jonas sortant du ventre de la baleine, et d’un régime qui ne devait son salut que grâce à la terreur qu’il infligeait à son peuple.  Une terreur avec laquelle il devait vivre chaque jour. Après Homs, où 3 500 détenus ont recouvré la liberté : Saidnaya, à 30 km au nord de Damas. Cet énorme centre de détention où l’« on disparaît », qualifié par Amnesty International d’ « abattoir humain », a remplacé dans l’esprit des Syriens la fameuse prison de Tadmor (Palmyre), emblème de la torture sous le règne d’Assad-père, comme symbole des atrocités.

Dans la nuit du 8 décembre, des centaines de familles se sont amassées à l’extérieur de Saidnaya tandis que les rebelles forçaient les verrous et libéraient les prisonniers des trois étages supérieurs. De 4h à 7h du matin, des files ininterrompues de prisonniers sortaient des cellules. Des milliers d’êtres humains retrouvent l’air libre, qu’ils n’ont pas respiré depuis des années. Des fantômes hagards, des corps amaigris, blessés, des êtres brisés, parfois incapables de marcher ou de décliner leur identité, comme ce jeune homme dont les images ont fait le tour des réseaux sociaux, incapable de parler ou de dire son nom.

Des familles désespérées se rendent alors dans les hôpitaux pour identifier les corps que l’on aurait transférés depuis les centres de détention. Des équipes découvrent les morgues de l’hôpital militaire de Harasta (nord-est de Damas), où la torture des détenus par les forces de sécurité et de renseignement du régime est « généralisée et systématique ». C’est ici que les prisonniers de Saidnaya sont amenés quand ils ne sont pas « achevés » à Saidnaya-même, avec cet autre instrument d’horreur qu’est la « presse humaine »,

Illustration 1

une invention que l’autrice Samar Yazbek, commente dans un tweet : « Je ne peux pas quitter des yeux la presse métallique de la prison de Saydnaya ! J’ai documenté de nombreuses atrocités à partir de 2011, des massacres au couteau, chimique, bombardement, viols… mais cette invention qui consiste à écraser le corps humain et à créer un mécanisme de drainage sanguin pour récupérer le liquide : quelle imagination criminelle ! Quand les muscles de nos cœurs s’arrêteront de battre [d’effroi], notre priorité devra être de traduire Bachar al-Assad en justice. »

Dans les morgues de Harasta, les corps sont encore ensanglantés, révélant des traces de tortures récentes. Ils sont entreposés dans les morgues avant d’être incinérés, soit dans l’enceinte de l’hôpital, soit dans un incinérateur dans la banlieue damascène d’Al-Tall.

Les découvertes macabres se multiplient. Les corps, les traces de torture et les preuves de crimes s’amoncellent, laissant entrevoir l’ampleur des exactions. Fouiller le dédale interminable de Saidnaya et d’autres centres de détention prendra des années, un travail réservé aux experts de la justice et des archives. Saidnaya n’a malheureusement pas fini de nous dévoiler tous ses secrets.

… aux forteresses souterraines de la dynastie Assad

Alors que les horreurs de Saidnaya émergent, les rebelles explorent les palais présidentiels. Les résidences impénétrables de Bachar el-Assad sont ouvertes à qui veut venir se servir dans l’opulence indécente du dictateur. Sous l’un des palais présidentiels des galeries de tunnels relient les différents lieux de résidence de Bachar, avec des panneaux indicatifs, des cuisines, salles de bains en sous-sol.

Mais la découverte la plus spectaculaire est celle de la maison de Maher el-Assad, frère de Bachar el-Assad. Un escalier en spirale à l’intérieur mène à un Bunker gigantesque, un labyrinthe de couloirs interminables dans les profondeurs des sous-sols décrit par les rebelles comme un « immense complexe de tunnels, suffisamment larges pour que des camions chargés de captagon et d’or puissent y passer », un commerce que Maher el-Assad était chargé de sécuriser avec la quatrième division de l’armée syrienne.

Le dédale de tunnels se poursuit encore plus bas, des portes blindées séparent les différents espaces. Le rebelle qui film les tunnels dit un moment dans la vidéo : « On se croirait dans Half live » (jeu vidéo de science-fiction qui se déroule dans un gigantesque complexe scientifique top secret installé dans une base militaire désaffectée totalement enterrée sous la surface). Des chambres, un bureau et même une cuisine suréquipée, remplie de vivres. On imagine aisément le temps et toute l’ingénierie qu’une telle construction a demandés.

Quelle ironie du destin : construire des bunkers anti-atomiques et amasser des fortunes pour fuir comme des rats ! Ce régime, qui a bâti un des appareils sécuritaires les plus cruels et les plus sophistiqués du monde (voirMichel Seurat L’État de Barbarie, Le Seuil, 1989), avec quatre services de renseignements différents, concurrentiels et poussés continuellement à la performance, craignait donc à ce point la colère populaire que ce dédale antiatomique ne pouvait l’en protéger ? Ou bien,  malgré tous ses efforts de propagande, ses alliés protecteurs (Russie, Iran, Hezbollah…), la corruption et le clientélisme qui le perfusaient, le poids de ses crimes pesait-il plus lourdement sur sa « conscience » que toutes les tonnes de béton armé qui auraient pu saturer le sous-sol de la Syrie ?

Au regard du caractère monumental et psychédélique de ces constructions souterraines, on parlerait d’ailleurs plus volontiers d’« inconscient » du régime syrien, Minotaure se nourrissant de chair humaine qui se terrait dans un labyrinthe de tunnels fortifiés interminables et dont la peur et la terreur sont le seul sentiment qu’il était décidément capable d’inspirer et de ressentir encore.

Les souterrains du pouvoir nous révèlent les secrets d’un régime tortionnaire, mais aussi la nature et le visage d’un monstre hanté par la peur. Une peur qu’il a lui-même érigée en système et dont il ne put se dépêtrer car elle l’accompagna jusqu’à sa dernière heure.

Nouvelle langue

Que s’est-il agi de cacher à Saidnaya et dans les souterrains des palais des Assad ? Comme les casques blancs syriens confrontés à la l’impossibilité de poursuivre leurs fouilles, nous butons sur un impossible. Comme les prisonniers libérés qui ont oublié leurs propres noms et jusqu’à l’usage de la parole, nous sommes là aux prises avec des mots manquants. Car ce que nous découvrons à Saidnaya c’est que l’humanité n’en a jamais fini avec l’horreur et le pire. Qu’après les camps de concentration et d’extermination, les Khmers rouges ou encore les dictatures de Pinochet ou de Corée du Nord, il y a encore la presse à cadavres.

Formons le vœu qu’ici s’achève le calvaire syrien. Que les coupables de crimes contre l’humanité syriens soient, dans un futur proche ou lointain, traduits en justice. Qu’un jour, Saidnaya devienne un musée, un lieu de mémoire, à l’instar de l’École de mécanique de la Marine (Esma) à Buenos Aires, le tristement célèbre centre de détention et de torture de la dictature argentine (1976-1983). Un autre enfer transformé l’année dernière en lieu interdisant l’oubli. Et que tous ceux qui se sont murés dans un silence complice, brandissant inlassablement le duel de la peste et du choléra, fassent enfin l’effort de reconnaître la dictature pour ce qu’elle est.

Car pour avancer sur le chemin de la justice, il nous faudra désormais apprendre à écouter la nouvelle langue que les Syriens vont inventer pour dire l’au-delà de l’horreur, l’au-delà du secret de l’architecture souterraine du régime des Assad.Recommander (60)Recommander (60)

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Les premiers jours de la Syrie libre: le positif, le négatif et la laideur


Qunfuz

Robin Yassin-Kassab

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Nous redoutions que la fin du régime ne soit accompagnée d’un bain de sang. Dieu merci, cela ne s’est pas produit. Au final, le régime s’est effondré sans combat, même dans son supposé bastion sur la côte.

Il y a eu quelques pillages à Damas, qui a été quelque peu plus chaotique que les villes du nord, peut-être parce que la présence rebelle y était plus réduite. Sinon, les nouvelles provenant de la Syrie libérée sont étonnamment bonnes.

Sur le plan social, les Syriens parlent le langage de la réconciliation. Une vidéo typique montre un rebelle barbu admonestant des combattants du régime ayant capitulé pour avoir soutenu le camp qui a massacré des femmes et des enfants. Puis il leur dit : « Partez ! Vous êtes libres ! » Les rebelles ont annoncé une amnistie générale pour le personnel militaire. Cela ne s’étend toutefois pas à ceux coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. L’intention est de demander des comptes à ces derniers.

Pendant ce temps, Muhammad al-Bashir, qui était le Premier ministre du Gouvernement de Salut à Idlib, a été nommé pour former un gouvernement de transition à Damas. Le Gouvernement de Salut dirigeait le territoire de HTS, mais était civil, largement technocratique et relativement indépendant. Il semble qu’une logique similaire s’appliquera au Gouvernement de Transition.

Ayant abandonné son nom de guerre, Abou Muhammad al-Jolani est désormais connu sous son vrai nom, Ahmad al-Sharaa. Au lieu de « chef du HTS », il a été rebaptisé « commandant des opérations militaires ». Il souhaite être perçu comme une figure nationale plutôt qu’un jihadiste sunnite. Certains craignent qu’il ne change de direction dès que les États occidentaux cesseront de le qualifier de terroriste, mais pour l’instant, son orientation semble tolérante et démocratique. Par exemple, il a été demandé aux rebelles de ne pas interférer dans le choix vestimentaire des femmes. Et des figures éminentes de l’opposition affirment que la Résolution 2254 de l’ONU sera mise en œuvre. Cela inclura la rédaction d’une nouvelle constitution et la tenue d’élections libres et équitables sous supervision de l’ONU.

Jusqu’ici tout va bien. Tout cela inspire confiance aux Syriens dans le pays, ainsi qu’aux millions qui ont été chassés de leurs foyers. De gigantesques flux de personnes quittent les camps de tentes à la frontière du pays, et reviennent de Turquie et du Liban, où elles étaient si souvent victimes de violences et de racisme. Le résultat, ce sont des milliers de retrouvailles émouvantes entre frères et sœurs, ou entre parents et enfants, qui, dans de nombreux cas, ne s’étaient pas vus depuis plus d’une décennie. C’est une bénédiction à laquelle personne ne s’attendait il y a deux semaines, et qui marque l’apogée d’un drame qui dure depuis près de 14 ans. En 2011, des millions de Syriens criaient Irhal ! – Pars ! – à Assad. Sa réponse fut de les chasser à la place. Mais aujourd’hui, enfin, la famille Assad est devenue réfugiée.

Il est également très positif que des dizaines de milliers de prisonniers aient été libérés des geôles d’Assad. Mais il est extrêmement déprimant de constater que beaucoup d’entre eux sont dans un état déplorable. De nombreuses femmes et enfants ont été trouvés derrière les barreaux. Les enfants avaient été arrêtés par le régime avec leurs parents, ou sont nés dans ces prisons de mères violées.

Certaines personnes qu’on croyait mortes ont été retrouvées vivantes. De nombreux Libanais, Jordaniens et Palestiniens, y compris des membres du Hamas, ont été libérés. Certains prisonniers avaient disparu dans ce que les Syriens appellent « derrière le soleil » depuis plus de quatre décennies. Certains des libérés pensaient encore que Hafez al-Assad était président (il est mort en 2000). Beaucoup de ceux qui retrouvent la lumière sont émaciés ou handicapés par la torture. Certains semblent avoir perdu la mémoire ou la raison.

Les images les plus terribles proviennent de la prison de Sednaya. Amnesty International avait qualifié Sednaya de « boucherie humaine » et estimé qu’entre 5 000 et 13 000 personnes y avaient été exécutées sommairement entre septembre 2011 et décembre 2015 seulement. Il semble maintenant que le nombre total de meurtres soit bien plus élevé.

On estime qu’au moins 130 000 personnes avaient disparu dans le goulag assadiste. Fadel Abdul Ghany, directeur du Réseau syrien pour les droits de l’homme, a déclaré hier (le 9 décembre) qu’il pense que la grande majorité des prisonniers ont été assassinés.

L’activiste bien connu Mazen Hamada a été retrouvé mort à Sednaya. Des salles remplies de vêtements et de chaussures abandonnés, vraisemblablement appartenant aux victimes, ont été découvertes. Une salle contenait des sacs de cordes à nœuds pour les pendaisons. Une « presse d’exécution » pour écraser les corps a été trouvée, ainsi qu’une fosse commune remplie de corps partiellement dissous dans de l’acide. Des piles de cadavres ont également été découvertes à l’hôpital militaire de Harasta. On pense que ces personnes ont été tuées à Sednaya, puis que leurs corps ont été déplacés. Il semble que beaucoup aient été assassinées très récemment, alors même que le régime s’effondrait.

Après plus d’un demi-siècle, les Syriens émergent enfin de l’horreur de l’un des pires États de torture de l’histoire. L’héritage des camps de la mort comme Sednaya s’ajoute – avec l’économie en ruine et les infrastructures ravagées par la guerre – à la liste des défis traumatisants auxquels le pays est confronté. Les Syriens ont besoin d’aide, de solidarité et de compréhension de la part du reste du monde.

Zionists advancing into Syria.

Mais qu’offre donc la prétendue « communauté internationale » aux Syriens à la place ?

Israël – armé par les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et d’autres – leur offre des bombardements insensés. L’État sioniste a frappé des centaines de cibles, non seulement des sites d’armement – afin qu’une Syrie libre et indépendante soit sans défense – mais aussi des bâtiments contenant des documents. On peut supposer qu’il vise à détruire des preuves de ses collaborations avec le régime, et peut-être aussi celles de son allié américain.

Israël pénètre également plus loin dans le plateau du Golan, créant une « zone tampon » pour protéger ce territoire occupé illégalement, dont Hafez al-Assad, le père de Bachar, s’était retiré sans combat en 1967 (il était ministre de la Défense à l’époque). Le régime Assad, tant sous le père que le fils, a protégé la sécurité d’Israël à la frontière mieux que ne l’ont fait les États ayant signé des accords de paix avec Israël. Le régime a également emprisonné tout Syrien qui s’organisait de quelque manière que ce soit contre le sionisme. Parmi les prisonniers libérés hier se trouvait Tal al-Mallouhi. Tal avait été arrêtée en 2009, à l’âge de 19 ans, simplement pour avoir écrit des poèmes et des billets de blog appelant à la solidarité avec la Palestine. C’est pour cela que la chute d’Assad a enragé Israël.

Aucune puissance occidentale n’a condamné l’attaque non provoquée d’Israël contre la Syrie libre. Elles ont manifesté leur hostilité envers les Syriens dès les premières minutes de la libération. Et cela pourrait potentiellement rendre nos avenirs non seulement mauvais, mais très sombres. Que le peuple syrien l’emporte.

Traduction : ChatGPT

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Israël a transformé la bande de Gaza en couloir de la mort


Depuis plus d’un an, l’armée israélienne mène dans la bande de Gaza une lutte sans merci contre le Hamas qui ressemble à une guerre contre les civils. Le misérable territoire a subi des destructions immenses et les morts s’enchaînent au gré des bombardements quotidiens sans que le monde ne réagisse. 

La population de Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza n’a d’autre choix que de fuir l’opération militaire israélienne actuelle.

– AFP.Par Baudouin Loos

Journaliste au pôle International

Publié le 13/11/2024 à 18:51 Temps de lecture: 3 min

Bande de Gaza, novembre 2024. Les journalistes étrangers y sont toujours interdits par l’occupant israélien, mais les informations sortent du petit territoire. Tous les jours. Grâce aux journalistes gazaouis, pourtant décimés (plus de 130 tués en un an), grâce aux vidéos envoyées par la population, grâce aux agences de l’ONU ou grâce aux quelques ONG présentes sur le terrain. Et ces informations se révèlent effarantes. À la tête du Norwegian Refugee Council, Jan Egeland, ancien ministre et ex-diplomate, a pu se rendre sur place, et tweetait le 6 novembre : « J’ai vu une destruction défiant l’imaginable, de Rafah jusqu’à Gaza-ville. La destruction d’une société entière de plus de 2 millions de personnes, dans un territoire restreint, densément peuplé. Il ne s’agit en aucun cas de légitime défense. »

On peut accumuler indéfiniment les témoignages. Comme celui de Philippa Greer, cheffe du département juridique de l’Unrwa à Gaza, commentant des images terribles qu’elle envoyait sur X ce 9 novembre : « Aujourd’hui, en entrant dans la ville de Gaza. Les ruines de la vie. Un âne gisant mort attaché à une charrette avec les biens de quelqu’un. Des groupes de personnes traversant vers le sud, avec trop de choses vu la longueur du voyage, à marcher sous le soleil. Un homme portant un drapeau blanc devant sa famille. Des femmes sur le point de s’effondrer, traînant des sacs sur le sol, marchant à reculons, s’arrêtant et fermant les yeux. Un homme par terre en sous-vêtements, avec des soldats près du poste de contrôle. Une femme traversant probablement avec lui, désemparée, désespérée. »

Les chiens errants mangent des cadavres

Le journal israélien Haaretz a interrogé Georgios Petropoulos, chef du bureau de Gaza de l’Ocha (coordination des affaires humanitaires à l’ONU). Ses propos sont plus que dérangeants. Extrait : « Petropoulos affirme que l’odeur des cadavres en décomposition imprègne toute la bande de Gaza. Elle émane des décombres, sous lesquels des personnes ont été enterrées, et des chiens courent avec des restes humains dans la gueule. “Les chiens sauvages sont partout. Lorsque vous voyez une meute de chiens, il y a de fortes chances qu’ils se tiennent autour d’un cadavre. Un de mes collègues a poursuivi un chien qui tenait dans sa gueule le pied d’un enfant mort. Parfois, lorsque nous passons devant des postes de contrôle militaires, nous ramassons les corps des personnes qui y ont été abattues et nous les remettons à la Croix-Rouge”. »

Le Grec a accumulé les expériences traumatisantes. « Il y a six mois, M. Petropoulos a assisté à une frappe contre un haut responsable du Hamas à Khan Yunès. “Cela ressemblait à Nagasaki”, se souvient-il. “Ils ont compté les corps et 70 personnes se sont évaporées. Lorsqu’ils ont bombardé Mawasi le 10 septembre, je suis tombé de mon lit et les dix ou vingt personnes qui se trouvaient dans des tentes avant l’attaque ont disparu. J’étais aussi à l’hôpital après le bombardement, et cela ressemblait à un abattoir. Il y avait du sang partout”. »

Sur le réseau X le 7 novembre, Jonathan Witthall, chef ad interim de l’Ocha pour les territoires occupés, fait ce constat lugubre : « Tous les habitants de Gaza ont l’impression d’être dans le couloir de la mort. S’ils ne sont pas tués par des bombes ou des balles, ils suffoquent lentement par manque de moyens de survie. La seule différence est la vitesse à laquelle on meurt. Le monde a échoué à Gaza. »

« Notre travail consiste à aplatir Gaza »

Le gouvernement israélien souligne qu’il ne fait que se défendre, qu’il combat et veut annihiler le Hamas à Gaza, l’organisation palestinienne islamiste qui avait commis les atroces attaques terroristes en Israël le 7 octobre 2023. Mais l’ampleur des pertes civiles (évaluées à plus de 43.000 et sans doute bien plus encore) et des destructions dans la bande de Gaza donne à penser que d’autres desseins se cachent derrière les buts officiels.

En atteste entre autres le comportement de l’armée israélienne à Gaza. Car, en dépit des affirmations de l’armée qui dit traquer les éventuels excès des soldats, ces derniers envoient toujours fièrement – et cela depuis un an – des vidéos de leurs « exploits » à Gaza. Le site dropsitenews.com a collecté les histoires diffusées sur Instagram et les messages quotidiens partagés par les soldats d’une unité, le bataillon de génie de combat israélien 749. Cet extrait en dit long : « notre travail consiste à aplatir Gaza », lit-on dans la légende d’une vidéo publiée par un soldat de la compagnie D9 en septembre. « Dans la vidéo, l’unité est en train de raser plusieurs maisons du quartier de Zaitoun (à Gaza). Le commentaire de la compagnie sur le billet dit : “Personne ne nous arrêtera.” »

La volonté d’oblitération de la bande de Gaza exprimée par nombre de soldats ne semble pas aller à l’encontre des ordres donnés. Dès début janvier, l’historien français Vincent Lemire faisait ce constat dans Le Monde : « Ce n’est plus une guerre pour “éradiquer” le Hamas, c’est une dévastation volontaire, systématique et délibérée, pour extirper les civils de la bande de Gaza, par la mort ou par l’exode, par la famine ou par l’épidémie. » Tout se passe comme si l’armée israélienne s’était acharnée à lui donner raison.

Les plus enthousiastes pour cette solution radicale en Israël vont plus loin. Ce que constatait récemment pour le dénoncer l’ancien ministre et ex-membre du cabinet de guerre Gadi Eizenkot à la chaîne 12 israélienne : « Une partie centrale de la coalition [gouvernementale] travaille à la réalisation des objectifs cachés, à savoir l’arrivée d’un gouvernement militaire dans la bande de Gaza et le retour des colonies à Gaza. »

« Nettoyage ethnique » dans le Nord

Le gouvernement a en tout cas décidé qu’un nettoyage ethnique – l’expression est sur bien des lèvres et figure d’ailleurs dans le dernier rapport de l’ONG américaine Human Rights Watch consacré aux déplacements forcés qui concernent 90 % de la population du territoire de Gaza – serait mené dans le Nord, où les agglomérations Jabalia, Beit Hanoun et Beit Lahia sont soumises à un traitement de choc pour en chasser toute la population qui y réside encore.

Les trois derniers hôpitaux qui fonctionnaient encore tant bien que mal dans le Nord ont subi des assauts en règle. L’agence de presse américaine Associated Press (AP) a récemment publié une enquête à ce propos. « Certains patients craignent maintenant les hôpitaux, refusant d’y aller ou partant avant que le traitement ne soit terminé », conclut l’article. «“Ce sont des lieux de mort”, a déclaré Ahmed al-Qamar, un économiste de 35 ans du camp de réfugiés de Jabalia, au sujet de sa peur d’emmener ses enfants à l’hôpital. » L’AP évoque « une guerre dans laquelle les hôpitaux ont été ciblés avec une intensité et une transparence rarement vues dans les conflits modernes ».

L’enquête contredit les assertions israéliennes selon lesquelles les hôpitaux servent de bases opérationnelles au Hamas, fondées sur « peu ou pas de preuves ». Il relaie aussi des témoignages glaçants, comme à propos de l’hôpital El-Awda : « Les survivants et les administrateurs de l’hôpital racontent qu’au moins quatre fois, des drones israéliens ou des snipers ont tué ou grièvement blessé des Palestiniens essayant d’entrer. Deux femmes sur le point d’accoucher ont été abattues et sont mortes en saignant dans la rue, selon le personnel. Salha, l’administrateur, a vu des tirs tuer sa cousine, Souma, et son fils de 6 ans alors qu’elle amenait le garçon pour traiter ses blessures. »

Haaretz : « Une tache morale pour le pays »

Malgré une approbation assez générale des actions de leur armée à Gaza au sein de la population israélienne, des voix s’élèvent contre ce consensus. Ainsi en est-il du journal Haaretz, dans son éditorial du 6 novembre : « La guerre est menée sans considération pour le droit international. C’est comme s’il n’y avait pas de civils à Gaza, pas d’enfants et pas de conséquences pour nos actions. Le désir de se venger de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 s’est transformé en une guerre brutale et débridée constituant une violation flagrante des lois de la guerre et, pire encore, qui sera retenue comme une tache morale pour le pays. »

Le mot génocide est encore quasi tabou en Israël. Pas à Gaza ni à l’ONU. En tout cas pour Francesca Albanese, rapporteure spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés, par exemple dans son constat le 5 novembre : « Israël détruit les Palestiniens de Gaza de bien des manières. La plus complexe et la plus cruelle est de créer des conditions de vie intenables et inhumaines. Il ne faut pas appeler cela une “guerre”. C’est un génocide. Les motifs n’ont aucune importance. L’intention (c’est-à-dire la détermination) de détruire est évidente et sans équivoque. La complicité d’autres Etats est tout aussi évidente. »

En effet, face à l’accumulation des crimes de guerre et contre l’humanité, les Etats-Unis et les Européens restent comme tétanisés, incapables de dire les choses. A une rarissime exception près, unique par sa franchise et qui ne sera sans doute pas répétée, celle d’Emmanuel Macron, qui évoquait l’action d’Israël au Liban, mais a fortiori aussi dans la bande de Gaza puisqu’elle y est encore plus dramatique : « On parle beaucoup, ces derniers jours, de guerre, de civilisation ou de civilisation qu’il faut défendre », a dit le président français le 24 octobre, avant d’ajouter : « Je ne suis pas sûr qu’on défende une civilisation en semant soi-même la barbarie. »

SAMSON ET CASSANDRE


(16 avril 2024)

10 novembre 2024

Norman Finkelstein

19 avril 2024

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Ma mère m’a raconté un jour l’histoire d’une femme émaciée du ghetto de Varsovie qui hurlait depuis le rebord de sa fenêtre que tous les Juifs du ghetto seraient tués. On l’a appelée Cassandre, d’après la prophétesse de malheur de la mythologie grecque. Tout le monde pensait qu’elle était folle. Rétrospectivement, ma mère a supposé qu’elle avait en quelque sorte découvert la vérité : les Juifs n’étaient pas « déplacés » à l’Est ; ils étaient transportés vers la mort.

J’ai hésité jusqu’à présent à tirer la sonnette d’alarme. Mais au risque de passer pour un fou, il faut, en tant qu’acte de responsabilité politique, le dire haut et fort : Israël se précipite vers le précipice et entraîne le reste du monde avec lui.

Une analyse rationnelle de la situation actuelle doit commencer par ce constat fondamental : Israël est un État fou. Pas un « mauvais acteur », pas un régime « voyou ». Un État fou. L’éventail complet de l’opinion de l’élite israélienne, qui reflète elle-même l’ensemble de la société israélienne (qui soutient massivement la guerre génocidaire à Gaza ; seule une poignée d’Israéliens ont refusé de servir), s’étend sur un petit pas de puce :

A UN POLE se trouvent des « réalistes cinglés », dont le sociologue C. Wright Mills a écrit dans le contexte américain : « Ils en sont venus à croire qu’il n’y a pas d’autre solution que la guerre, même s’ils sentent que la guerre peut être une solution à rien… ils continuent à croire que « gagner » signifie quelque chose, même s’ils ne nous disent jamais quoi. » (1) Le professeur Benny Morris est carrément coupé de ce moule. Il est urbain, éduqué, laïc – et cinglé. Il a même un jour « prouvé » que les Juifs israéliens ne pouvaient pas coexister avec les barbares palestiniens en rassemblant, entre autres, des statistiques sur le nombre d’accidents de la route supplémentaires dans lesquels les Palestiniens se trouvaient ! (2) Morris exhorte les États-Unis à se joindre à une attaque contre l’Iran, puis agite la menace que si Washington ne se montre pas à la hauteur, Israël fera cavalier seul en bombardant l’Iran. Il doit être conscient de la situation lorsqu’il avance avec désinvolture qu’une attaque non seulement incinérerait des dizaines de millions d’Iraniens – il estime qu’ils l’ont bien mérité – mais déclencherait également des représailles mortelles. Le Hezbollah à lui seul posséderait 150 000 missiles. C’est un autodafé tortueux. Cette perspective ne semble toutefois pas inquiéter Morris le moins du monde.

À L’AUTRE PÔLE se trouvent des fous purs et durs – ou ceux qui sont à deux doigts de ce seuil. « Le plus grand danger auquel Israël est actuellement confronté », observait avec prévoyance Noam Chomsky il y a déjà quatre décennies, « est la « version collective » de la vengeance de Samson contre les Philistins – « Laissez-moi périr avec les Philistins » – lorsqu’il a fait tomber le Temple en ruines. » Les clones de Samson retranchés à Jérusalem sont soit déjà devenus fous – « nous tuerons et enterrerons les Gentils autour de nous tandis que nous mourrons avec eux » – soit font semblant de « devenir fous » afin de terrifier ennemis et alliés et de les soumettre. Il faut noter que la folie feinte se transforme facilement en réalité lorsque les fantômes imaginaires que l’on évoque à répétition s’infiltrent dans les chambres intérieures de la psyché. Le résultat est que cette folie, réelle ou artificielle, « rend les calculs rationnels… discutables » car Israël « peut se comporter à la manière de ce que l’on a parfois appelé des « États fous » » (3). Un article paru dans le journal d’hier illustre en temps réel cette propension israélienne aux accès de colère : lorsqu’un haut responsable israélien a conseillé la prudence, ne serait-ce que dans l’immédiat, après les représailles symboliques de l’Iran, un ministre d’extrême droite a exigé au contraire qu’Israël devienne « fou » (4).

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Le discours prononcé le 14 avril lors de la session d’urgence du Conseil de sécurité par le représentant d’Israël, Gilad Erdan, a montré à quel point Israël était devenu fou. Présentant un cours magistral sur – à tout le moins – la projection proche, Erdan semblait persuadé jusqu’au plus profond de lui-même que « le régime islamique d’aujourd’hui n’est pas différent du Troisième Reich d’Adolf Hitler. Tout comme le régime nazi, le régime des ayatollahs sème la mort et la destruction partout. Pendant des années, le monde a assisté à la montée de ce Reich islamiste de merde, mais tout comme lors de la montée du nazisme, le monde est resté silencieux » ; que « les ambitions hégémoniques de domination mondiale de l’Iran doivent être stoppées avant qu’elles ne conduisent le monde à un point de non-retour, à une guerre régionale qui pourrait dégénérer en guerre mondiale » ; que l’Iran « se dirigeait vers des capacités nucléaires… son temps de percée pour produire un arsenal d’armes nucléaires est maintenant de quelques semaines, quelques semaines seulement ». Si le monde ne contrôlait pas l’Iran, Israël n’aurait d’autre recours que de porter seul le fardeau écrasant de stopper le Troisième Reich d’Hitler : « Nous sommes bombardés de tous les fronts, de toutes les frontières. Nous sommes encerclés par les mandataires terroristes de l’Iran… Tous les groupes terroristes qui attaquent Israël sont les tentacules de la même pieuvre chiite, la pieuvre iranienne. Alors, je vous le demande, et soyez honnêtes avec vous-mêmes, que feriez-vous ?

Que feriez-vous si vous étiez à la place d’Israël ? Comment réagiriez-vous si votre existence était menacée chaque jour ? Israël ne peut pas se contenter de l’inaction. Nous défendrons notre avenir. » Tenant son iPad pour afficher une image d’Israël qui intercepte soi-disant un drone iranien au-dessus de la mosquée al-Aqsa, Erdan a même revendiqué pour Israël le rôle de véritable gardien des lieux saints de l’islam – « regardez cette vidéo qui montre comment Israël intercepte des drones iraniens au-dessus du Mont du Temple et de la mosquée al-Aqsa » – contre ceux qui les profanent à Téhéran. Le ton de sa rhétorique était celui d’une accusation provocatrice : « Qui ose douter de moi ? » « Dans chacun de mes discours et dans d’innombrables lettres », a encore rappelé Erdan, « j’ai sonné l’alarme concernant l’Iran. » Il avait raison de dire qu’il fallait sonner l’alarme, mais il s’était trompé sur l’origine de cette folie. Medice, cura te ipsum. Si Erdan représente ne serait-ce que la moitié de l’État et de la société israéliens – la fraction est sans doute bien plus élevée – une catastrophe se profile. Il est vrai que les dirigeants israéliens ont par le passé prononcé des folies certifiées.

Il suffit de se rappeler le Premier ministre Netanyahou brandissant un dessin animé de la bombe iranienne à la manière des Loony Tunes à l’ONU et sa déclaration selon laquelle ce n’était pas Hitler mais le mufti palestinien de Jérusalem qui avait orchestré la solution finale. En effet, déjà lors des négociations de Camp David en 1978, le président Carter méditait à propos du chef de l’État israélien : « Il devient de plus en plus clair que la rationalité de [Menahem] Begin est mise en doute. » (5)

Pourtant, un bond en arrière civilisationnel sépare l’Israël d’autrefois de ce qu’il est devenu. Le représentant d’Israël à l’ONU au moment de la guerre de 1967 (« des Six Jours »), Abba Eban,Il pouvait tergiverser à répétition, même avec une éloquence consommée, comme il convenait à un triple diplômé de Cambridge, sans sourciller. Mais il était néanmoins possible d’analyser rationnellement ses propositions (comme je m’y suis efforcé une fois) pour prouver qu’elles étaient fausses. (6) Il n’est pas plus possible d’analyser le discours d’Erdan que la diatribe d’un psychopathe.

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On pourrait demander à l’Iran de faire preuve de prudence pour ne pas agiter les fous dans la salle. Mais hélas, ce n’est pas, à mon avis, une option viable. Les documents montrent qu’une fois qu’Israël a fixé un pays dans sa ligne de mire, rien de moins qu’une soumission abjecte ne l’amènera à renoncer. Si la puissance « ennemie » résiste à la provocation initiale, Israël poursuivra l’escalade avec une provocation encore et encore jusqu’à ce qu’il s’avère politiquement intenable pour l’entité ciblée d’encaisser passivement de nouveaux coups.

C’est ce qui s’est passé quand Israël a ciblé le président égyptien Gamel Abdel Nasser au début des années 1950. (7) (Le Premier ministre israélien Ben Gourion craignait que le président égyptien « nationaliste radical » ne puisse un jour présider un État moderne capable de freiner les ambitions régionales d’Israël.)

C’est ce qui s’est passé quand Israël a ciblé l’Organisation de libération de la Palestine au Liban au début des années 1980. (8) (Le Premier ministre israélien Begin craignait que « l’offensive de paix » de l’OLP – les Palestiniens soutenaient mais les Israéliens s’opposaient à un règlement à deux États – n’exerce une pression internationale sur Israël pour qu’il se retire de la Cisjordanie.)

C’est ce qui s’est passé en 2002 pendant la deuxième Intifada, quand Israël a procédé à des assassinats ciblés de dirigeants palestiniens. (9) (Le Premier ministre Sharon craignait que les Palestiniens cessent leurs attaques armées en échange d’un cessez-le-feu négocié.)

C’est ce qui s’est passé en 2008 quand Israël a rompu un cessez-le-feu avec le Hamas afin de lancer l’opération Plomb durci. (10) (Le Premier ministre israélien Olmert craignait que le Hamas ne gagne en légitimité internationale en modérant son programme politique.) La triste vérité est que, à moins d’un suicide national, l’Iran ne peut pas exercer l’option de l’inaction : Israël continuera presque certainement à intensifier les provocations jusqu’à ce que Téhéran n’ait d’autre choix que de répondre. Il ne serait pas surprenant qu’Israël assassine l’ayatollah Khamenei puis (clin d’œil, clin d’œil) le nie.

*

Le gouvernement israélien a toujours été en alerte pour exploiter les opportunités afin de mettre en œuvre ses plans préconçus. En 1989, lors du massacre de la place Tiananmen, Benjamin Netanyahou a exhorté son gouvernement à exploiter cette diversion médiatique en procédant à une expulsion massive des Palestiniens de Cisjordanie.

Le 4 novembre 2008, lorsque les États-Unis ont élu leur premier président noir, le Premier ministre Olmert a exploité cette diversion médiatique en rompant le cessez-le-feu avec le Hamas.

Le 17 juillet 2014, lorsqu’un avion de ligne malaisien survolant l’Ukraine a été abattu, le Premier ministre Netanyahou a exploité cette diversion médiatique en lançant l’invasion terrestre meurtrière de Gaza dans le cadre de l’opération Bordure protectrice. Les prétextes du 7 octobre et maintenant des « représailles » de l’Iran offrent aux fous de Jérusalem une occasion sans précédent de débarrasser Israël du triple défi à sa domination régionale : en détruisant Gaza, le Hezbollah et l’Iran ; le « brouillard » d’une telle explosion permettrait également à Israël de procéder au nettoyage ethnique de la Cisjordanie.

Si l’on espère qu’une cabale sensée se formera au sein des dirigeants israéliens pour stopper cette embardée, il faut reconnaître que les chances sont contre. Le biographe d’Hitler, Ian Kershaw, a observé que s’il a fallu si longtemps pour que les plans de coup d’État contre le Führer se concrétisent, c’est à cause d’un « profond sentiment d’obéissance à l’autorité et de service à l’État », de la conviction qu’il était « non seulement mal, mais méprisable et traître de saper son propre pays par la guerre », et que « même si les désastres militaires se multipliaient et que la catastrophe ultime se profilait, le soutien fanatique à Hitler ne s’était en aucun cas évaporé et continuait, même si c’était un goût minoritaire, à faire preuve d’une résilience et d’une force remarquables » (11).

Il est difficile de ne pas remarquer des facteurs apparentés en jeu dans les cercles d’élite israéliens. Sur ce dernier point, alors que les critiques de Netanyahou écrivent sa nécrologie politique depuis des années, lui aussi continue de rebondir malgré ses faux pas. Pourquoi ? Parce que les Israéliens se voient en lui. En effet, Netanyahou EST Israël : un suprémaciste juif odieux et narcissique pour qui seuls les juifs comptent dans le grand dessein de Dieu. Il faut enfin reconnaître que toutes les craintes israéliennes ne sont pas infondées : le souhait est désormais largement répandu de voir Israël disparaître de la carte alors que sa capacité à terroriser ses voisins a diminué.

Mais, pour l’essentiel, c’est un coin dans lequel Israël s’est enfermé. Avant le 7 octobre, le Hamas avait fait un geste en faveur d’un règlement à deux États, tandis que l’Iran avait systématiquement voté avec la majorité de l’Assemblée générale de l’ONU en faveur du consensus à deux États. Israël a repoussé cette proposition.

Le Premier ministre Netanyahou résistera-t-il à la tentation irrésistible de trancher le nœud gordien de la région ou, comme Samson, entraînera-t-il le Temple – et nous tous – avec lui ? Cassandre dirait probablement : « Tout est ouvert ! »

Références

1. Mills, Causes de la Troisième Guerre mondiale.

2. Morris, Un État, deux États.

3. Chomsky, Le triangle fatidique. Le journaliste d’investigation Seymour Hersh a développé plus tard les idées de Chomsky dans L’option Samson.

4. New York Times, 15 avril 2024.

5. Carter, Journal de la Maison Blanche.

6. Finkelstein, Image et réalité du conflit israélo-palestinien.

7. Benny Morris, Guerres frontalières.

8. Robert Fisk, Ayez pitié de la nation.

9. Norman Finkelstein, Au-delà du culot.

10. Norman Finkelstein, Gaza.

11. Kershaw, Hitler, 1936-1945 : Nemesi

Source Traduction par Google Translate

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