Des gardes-côtes grecs ont-ils voulu tuer des migrants en mer ? Une vidéo sème le trouble


[youtube https://youtu.be/-5MCBw1pFL4?]

La vidéo, est en train de faire le tour du monde. C’est le quotidien turc « Hürriyet » qui l’a relayé. Elle date d’il y a quelques jours. Elle a été tournée par des pêcheurs turcs, depuis leur bateau.

Les deux marins observent, entre la côte turque et l’archipel grec du Dodécanèse, un navire des garde-côtes grecs. Ce navire serait entré dans l’espace maritime turc. Les garde-côtes grecs s’approchent doucement d’une embarcation de migrants. Tous sont équipés de gilets de sauvetage. Les deux témoins turcs parlent, mais sans jamais le filmer, d’un objet comme une perche, longue, qui dépasserait du navire grec. Mais la vidéo ne montre pas l’objet. Les grecs auraient transpercé le canot gonflable des migrants. Il se dégonfle effectivement en quelques secondes. Le bateau est filmé ensuite en train de s’en aller.

Ce sont les deux témoins qui ont ensuite appelé les gardes-côtes turcs pour sauver tous les migrants.

Sur la vidéo, aucune trace de l’action en elle-même : on ne voit que le bateau grec arriver, puis repartir, et le canot gonflable des migrants couler. C’est le dialogue entre les deux pêcheurs qui accuse. Le voici dans son intégralité, retranscrit et traduit en français. Ce sont les deux pêcheurs qui parlent entre eux.

– “Il y a beaucoup d’ immigrants sur le bateau”

– “Le bateau grec ne peut pas entrer là. Ce territoire nous appartient, ce sont nos eaux territoriales.”

– “Ils ont crevé le bateau.”

– “Ils ont crevé le bateau, maintenant les gens sont dans l’eau.”

– “Il avait comme une lance à la main, ils ont fait couler le bateau.”

– “Ils s’échappent.”

– “Ismail, est-ce que tu as vu des enfants? Est-ce qu’il y a des enfants?”

– “Oui, il y a des enfants.”

– “On va en sauver autant qu’on peut.”

– “Prends cet enfant, prends-le.”

– “Les garde-côtes turcs arrivent.”

L’accusation est grave. Pour l’instant, les garde-côtes grecs n’ont fait aucun commentaire. Leur version est pourtant essentielle pour établir l’ensemble des faits.

Autour de ces îles de la mer Egée, chaque nuit, des dizaines de canots pneumatiques arrivent après une traversée de quelques heures depuis la Turquie. Depuis le début de l’année, 124.000 migrants sont arrivés enGrèce, autant qu’en Italie. La semaine dernière, ils étaient 1 900 nouveaux arrivant selon le Haut Commissariat aux Réfugiés.

La route pour gagner l’Europe par la Grèce est beaucoup plus courte que celle par l’Italie, et les embarcations employées généralement moins dangereuses. Selon l’Office international des migrations, 1.930 personnes sont mortes cette année en essayant de gagner l’Europe par l’Italie, contre 60 qui ont choisi d’entrer par la Grèce.

source

«Tel-Aviv sur Seine» : une opération éminemment politique


En Cisjordanie, les exactions commises par les colons israéliens se multiplient, jusqu’à avoir, récemment, entraîné la mort d’un bébé et de son père dans l’incendie criminel de leur maison. À Gaza, un an après l’offensive meurtrière de l’été 2014, le blocus se poursuit, et l’on vient d’apprendre dans un rapport de l’ONU que pour la première fois depuis 50 ans, la mortalité infantile était en hausse. À Paris, pour dénoncer ces crimes, on organise une grande fête sur les bords de Seine, en l’honneur de Tel-Aviv. Vous avez dit indécence ?

TEL-AVIV, C’EST ISRAËL

«Mais il ne faut pas confondre Tel-Aviv, une ville, et Israël, un État !», disent-ils. L’argument pourrait faire sourire si la situation n’était pas aussi grave. Doit-on rappeler aux organisateurs de l’initiative que Tel-Aviv est la seule capitale internationalement reconnue d’Israël, siège de la quasi-totalité des ambassades ? Doit-on préciser que l’agglomération de Tel-Aviv (le «Gush Dan») est de loin la plus peuplée du pays, avec près de 3.5 millions d’habitants, soit près de la moitié de la population du pays ? Doit-on enfin rappeler que Tel-Aviv est la capitale économique et financière d’Israël, et aussi sa capitale technologique, où sont élaborées nombre de petites merveilles à destination de l’armée israélienne ? Non, Anne Hidalgo, Tel-Aviv n’est pas une république autonome.

«Mais Tel-Aviv est de gauche, et elle est opposée au gouvernement et aux colons, qui la détestent !», disent-ils encore. Si certains considèrent qu’un maire membre du Parti travailliste – partie prenante, au cours des dernières années, de diverses coalitions avec la droite et l’extrême-droite – est de gauche, c’est leur problème. Mais si Tel-Aviv était à ce point en rupture avec le gouvernement Netanyahou et les colons, et si «Tel-Aviv ce n’est pas Israël», comment comprendre le soutien apporté à Tel-Aviv sur Seine par le Ministère du tourisme israélien et l’ambassade d’Israël en France, et par des officines aussi amoureuses de la paix que le CRIF ou, pire encore, la Ligue de Défense Juive ? Non, Bruno Julliard, Tel-Aviv n’est pas la Commune de Paris.

BLANCHIR ISRAËL DE SES CRIMES

Il faut être naïf, aveugle ou de mauvaise foi pour ne pas comprendre que, pour l’État d’Israël et ses soutiens, l’initiative Tel-Aviv sur Seine est une opération éminemment politique, qui vise à blanchir Israël de ses crimes quotidiens, en donnant à voir le visage «ouvert» et «festif» d’un État dont l’image est de plus en plus dégradée sur la scène internationale. Et on pourra conseiller, à ceux qui nous expliqueraient que le tourisme n’a rien à voir avec la politique, de méditer ces propos d’Hila Oren, responsable du Tel-Aviv Global & Tourism, organisme public en charge du développement de la ville : «La marque Tel-Aviv est un outil de contournement du conflit [car] Israël est un label difficile à vendre».

Notre opposition à l’initiative de la Mairie de Paris est donc une opposition politique à une initiative politique. Il s’agit de refuser qu’à l’heure où le blocus de Gaza et la colonisation de la Cisjordanie se poursuivent, on célèbre Tel-Aviv et Israël sur les bords de Seine dans une ambiance chaleureuse et festive. Il s’agit de rejeter toute tentative de blanchiment d’un État qui, tout en piétinant quotidiennement les résolutions de l’ONU et le droit international, essaie par tous les moyens de séduire les opinions publiques occidentales par des opérations de communication bien huilées. Il s’agit de s’opposer à la banalisation des invitations lancées à des institutions dont les plus hauts responsables devraient être traduits devant les tribunaux internationaux.

QUI EST «IRRESPONSABLE» ?

L’un des aspects les plus scandaleux de la polémique est que ce sont ceux qui dénoncent l’initiative qui sont traités d’ «irresponsables». Alors qu’être irresponsable, c’est justement participer à une opération de blanchiment d’Israël un an pile après la meurtrière opération contre Gaza, qui avait soulevé l’indignation aux quatre coins du monde. Être irresponsable, c’est déclarer, comme Patrick Klugman, adjoint d’Anne Hidalgo à qui on fait remarquer qu’il y a un an, l’armée israélienne tuait quatre enfants sur une plage de Gaza, qu’il «récuse» toute dimension symbolique car «la mort de ces quatre enfants a eu lieu en juillet et pas en août». Être irresponsable c’est refuser d’entendre les légitimes protestations contre l’événement et vouloir le maintenir à tout prix, au risque de transformer les bords de Seine en camp militaire.

Mais les pires des irresponsables sont, une fois de plus, ceux qui amalgament la critique d’Israël à l’antisémitisme. Répétons-le : nous ne tolérons aucun antisémitisme dans nos rangs et luttons farouchement contre tous ceux qui tentent d’instrumentaliser la question palestinienne à des fins antisémites. Mais répétons-le aussi : ceux qui laissent entendre que critiquer Israël, c’est critiquer les Juifs, jouent exactement la même partition que ceux qui veulent rendre les Juifs responsables de la politique des dirigeants israéliens, en opérant une identification entre les uns et les autres. Alors non, nous ne nous laisserons pas intimider par ces irresponsables. Oui, nous exigeons de la Mairie de Paris qu’elle fasse marche arrière. Et oui, nous continuerons de critiquer Israël, État hors-la-loi, y compris en défendant le boycott des institutions israéliennes, à défaut de sanctions adoptées par les États censément garants du droit international.

Au programme de GAZA PARIS PLAGE jeudi


Nous avons le plaisir d’annoncer la présence à notre rassemblement de jeudi sur GAZA PLAGE, entre le pont de Notre Dame et celui du Pont au Change, la présence de diverses personnalités qui militent pour le respect du droit international et des Droits de l’Homme, ainsi que la présentation de spécialités palestiniennes.

Merci entre autres à :

  • Me Gilles Devers, qui viendra de Lyon pour expliquer la situation à la Cour Pénale Internationale (avec notamment la victoire remportée récemment contre le classement sans suite du dossier MAVI MARMARA)
  • Monseigneur Jacques Gaillot qui nous fera le plaisir d’être des nôtres
  • Docteur Mohamed Salem de PALMED France qui parlera de la situation médicale à Gaza
  • Me Dominique Cochain, qui fera un point sur l’état du droit en France par rapport aux crimes de guerre et à la torture et à la situation des prisonniers palestiniens.

Des expositions photos, banderoles et distribution de tracts, permettront au public de voir le vrai visage de l’occupation israélienne.

Dans le domaine culturel, seront présentées de vraies spécialités palestiniennes, produits que les Palestiniens sont dans la quasi impossibilité d’exporter, quand ils parviennent encore à les fabriquer. C’est pourquoi notamment il n’est pas question d’acheter les produits de l’occupant israélien !

Parmi diverses animations, un vrai défilé de mode palestinien clôturera la soirée !

Nous vous attendons très nombreux et nombreuses. Les enfants sont les bienvenus.

CAPJPO-EuroPalestine

Palestine : Histoire d’une Terre 1880-1950


[youtube https://youtu.be/6JM4I_mt8oA?]

De la fin du XIXe siecle jusqu’a nos jours, l’histoire d’une terre, la Palestine, une terre ou s’est etablie, en 1948, l’Etat d’Israel, une terre revendiquée par Israeliens & Palestiniens, une terre devenue un enjeu pour la paix du monde.

Maintenir la revue de presse européenne


Dimanche 28 Juin 2015, le journaliste Alex Taylor a appris qu’il était poussé à la porte de France Inter, maison dans laquelle il officiait depuis 31 ans. Sa revue de presse a tout simplement été remplacée par une chronique sur la télé. Nous sommes des millions de contribuables à écouter cette émission

Au moment où l’Europe joue un rôle central dans nos vies, nous refusons la disparition de la seule revue de presse européenne dans une radio française. Signez, diffusez et envoyez la lettre ouverte d’Alex Taylor à Mathieu Gallet et à Fleur Pellerin.

« Lettre ouverte à Mathieu Gallet

Cher Monsieur. On ne se connaît pas. On ne s’est jamais vus. Vous dirigez depuis quelque temps une radio où j’ai travaillé pendant 31 ans.

Vous le savez sans doute, je suis britannique. Mon accent le trahit. N’empêche cette formidable radio m’a laissé m’exprimer librement pendant tout ce temps. J’y ai vécu d’incroyables aventures – de l’Oreille en coin, Telescopages, tout un été arpentant les quais des gares sncf les plus reculées de la France la plus profonde, et depuis 20 ans et quelque la revue de presse européenne.

Si je suis resté depuis 1984 c’est qu’il y a un ton, une liberté que l’on ne trouve pas ailleurs, eh oui même à la sacro-sainte BBC. – et là en tant que britannique je suis bien placé pour en parler.

J’ai aimé tant cette radio que depuis quelques années je fais une croix sur ma vie sociale, mon sommeil même, me levant à 3h du mat, jour de Noël et Nouvel An compris, pour venir non pas pour les cacahuètes qu’on me payait (mes piges France Inter ne couvraient même pas mon loyer) mais parce que j’adorais la bonne humeur et cette extraordinaire qualité que j’aime tant dans votre pays – l’insolence et la liberté de ton.

Tout ça pour qu’un dimanche matin, expres juste apres ma derniere chronique mon producteur m’appelle pour m’annoncer que la revue de presse sera remplacée par une chronique télé mais si je veux je peux encore la faire mais beaucoup plus tôt quand personne n’ecoute et en version light. Alors j’ai dit non…..

Du coup apparemment je suis viré parce que, ému, j’ai commis l’énormité de Tweeter que j’étais triste. Vous ne l’auriez pas été, vous aussi après tout ça, après toutes ces années de piges et de passion?

Ne vous inquietez pas, après 31 ans je ne demanderai même pas d’indemnités – de toute façon je n’y ai pas droit sans doute parce que techniquement vous m’avez proposé autre chose, en espérant que je refuserai ? C’est fait. Pourtant en audimat cela marchait bien….

Juste pour vous dire que vous auriez pu vous y prendre autrement et que j’aurais pu en septembre continuer à m’éclater comme je fais depuis si longtemps dans les murs de cette maison qui décidément ne tourne pas rond. Elle va drôlement me manquer. J’aurais tant aimé y rester.

Alex Taylor, ancien pigiste de chez vous et qui le restera toujours un peu dans son âme.

alextaylor.biz

#AlexTaylorNews »

Les Grecs se battent pour nous, manifestons pour eux… et pour nous !


 

RDV le dimanche 21 juin à 13h30 à Bruxelles, gare Centrale, pour une grande manifestation de soutien au peuple grec !

En résistant au chantage de leurs créanciers, en refusant de se plier plus longtemps à l’austérité qu’on leur impose depuis cinq ans, en tenant tête à l’Union européenne, au FMI et à la BCE, les Grecs et leurs représentants ne se battent pas seulement pour la Grèce : ils se battent pour chacun de nous, citoyens européens.
Ils se battent, d’abord, pour une autre politique économique en Europe, dont nous bénéficierions tous. Il n’y a pas de solution simple à la crise dans laquelle l’UE — la zone euro en particulier — est embourbée depuis 2009. Mais une chose est désormais claire : l’austérité est un échec. Elle casse la demande, fait exploser le chômage, tire les salaires vers le bas, détruit les services publics, défait la protection sociale, sans réduire l’endettement des États, qu’elle maintient au contraire dans la terreur des marchés financiers. On nous dit : il n’y a pas d’alternative. Celle que propose les Grecs est pourtant simple et raisonnable : non pas la réduction des dépenses publiques mais une fiscalité juste et efficace, le désendettement par la croissance plutôt que par l’austérité, la finance au service de l’économie et celle-ci au service de la société, plutôt que l’inverse.
Ce faisant, les Grecs se battent pour démocratiser l’Union européenne. En refusant de négocier avec la Troïka, en exigeant des interlocuteurs et une négociation politiques, ils rappellent une évidence : il n’est pas acceptable qu’une politique soit imposée à des citoyens européens par des institutions dans lesquelles ils ne sont pas représentés ; exit, donc, le FMI et la BCE.
Au passage, les Grecs réactivent une conception et une pratique du gouvernement que nous avions presque oubliées, nous qui avons été habitués par nos représentants à des engagements qui ne tiennent que le temps d’une campagne électorale, aux promesses trahies, pire : au renoncement avant même d’essayer.
Leur bataille ouvre à d’autres enjeux qui ne sont sans doute pas des moindres. À l’heure où l’extrême droite, suivie par des gouvernements lessivés, mime la guerre des civilisations au sein de l’UE et à ses frontières, les Grecs nous rappellent au seul vrai clivage : celui du partage des richesses. Ils forcent l’UE à choisir entre les intérêts des détenteurs de capitaux et ceux des retraités pauvres, entre les créanciers du nord et les chômeurs du sud, entre une Europe barricadée et l’ouverture aux migrants, qu’elle laisse mourir en Méditerranée. Il y a là une leçon pour ceux qui croient qu’on fait pièce au nationalisme et à la xénophobie en leur emboîtant le pas.
Il ne s’agit donc pas d’apporter aux Grecs notre solidarité, comme à une victime ou à une cause qu’on soutiendrait avec sympathie, mais de l’extérieur et de loin. Il s’agit d’en être solidaires comme on le dit des pièces d’une même machine, des éléments d’un ensemble, de coéquipiers. Il s’agit désormais de se battre avec eux, pour eux et pour nous, pour tous. Il s’agit d’exiger de ceux qui parlent en notre nom dans les instances européennes qu’ils soutiennent le gouvernement d’Alexis Tsipras, et qu’ils comprennent enfin que leur sort, et le nôtre, lui sont liés. Il s’agit d’exiger de l’UE une autre politique, puisque celle dans laquelle elle s’entête nous mène à la catastrophe. L’issue de cette bataille se joue dans les jours qui viennent. Si les Grecs échouent, nous sombrons avec eux.
par la revue Vacarme

RDV le dimanche 21 juin à 13h30 à Bruxelles, gare Centrale, pour une grande manifestation de soutien au peuple grec !

source FB

source article sur Vacarme

USA : 29 ans d’isolement carcéral, finalement innocent


ABONNÉSSABINE VERHEST Publié le mercredi 25 juin 2014 à 12h23 – Mis à jour le mercredi 25 juin 2014 à 12h23

INTERNATIONALÉtats-Unis Robert King a vécu vingt-neuf ans en cellule de confinement solitaire pour un crime qu’il n’avait pas commis. Aujourd’hui, il milite pour la fin de ce type de détention : de la torture. Témoignage. 

Robert H. King embrasse la pièce mansardée du regard. Il affiche un air las, soupire. On ne sait trop s’il est juste fatigué d’avoir enfilé septante marches d’escalier, pour arriver sous le toit de la maison bruxelloise d’Amnesty International, ou s’il est usé d’être sans cesse renvoyé dans la petite cellule où il a passé vingt-neuf ans en confinement solitaire pour un crime qu’il n’avait pas commis. Sa vie d’homme libre, à Austin (Texas), avec son chien Kenya, le jeune septuagénaire ne la consacre pas qu’à la confection de bonbons. Il se force à retourner mentalement au pénitencier d’Angola, en Louisiane, pour témoigner de son expérience, sensibiliser le public et les autorités aux effets destructeurs et déshumanisants de l’isolement carcéral de longue durée. « Si ce n’est pas de la torture, qu’est-ce que c’est ? »

« Je suis né aux Etats-Unis, né noir, né pauvre. Est-il étonnant que j’aie passé la majorité de ma vie en prison ? » La perspective de revenir aux sources, celles de son enfance, ne l’enchante guère. « Oh God… J’ai tout dit dans mon autobiographie. Vous ne l’avez pas lue ? » (*) Mais plus que parcourir des mots qu’il a commencé à coucher sur papier en prison pour rétablir sa vérité – « on m’a fait passer pour quelqu’un d’incorrigible, mais c’est le système qui est incorrigible ! » -, on aimerait entendre sa voix, le voir s’animer, soutenir un regard qui n’a pu s’évader à plus de trois mètres durant si longtemps.

Un témoin de la ségrégation

« Je suis un enfant d’après-guerre. » La vie de Robert King est imprégnée d’une époque, celle de la ségrégation qui sévissait encore à sa naissance, à Gonzales, le 30 mai 1942. Le gamin ne se sent « pas bien » dans ce monde-là, mais ne se pose pas vraiment de questions. « C’était comme cela. Vous vous acclimatez à votre environnement. Ce n’est que vers sept ou huit ans que j’ai compris qu’il y avait un problème, mais j’étais incapable de l’exprimer clairement. »

Ses premières années, il les passe sous l’aile de sa grand-mère maternelle, Alice, à La Nouvelle-Orléans. « Elle m’a adopté en quelque sorte. J’avais six ans quand j’ai réalisé qu’elle n’était pas ma mère biologique. » Un beau jour, Robert se met en tête de retrouver son père. « Je voulais partager ma vie avec lui. » Alice ne voit pas d’inconvénient à ce que son petit-fils, de treize ans maintenant, soit mieux encadré, mais les deux années qu’il passe à Donaldsonville sont en fin de compte pénibles – papa se révèle violent – et l’adolescent retourne chez sa chère « maman ».

La maison de correction le fiche à vie

À cet âge-là, des rêves, Robert en avait. « Je voulais terminer mes études et devenir professeur », raconte-t-il doucement. « Je pense que j’étais excellent à l’école.Mais je m’y ennuyais. » Il a quinze ans, prend la tangente, lâche les amarres. Avec le recul d’une vie tragique, plus d’un demi-siècle plus tard, il ne regrette aucunement ce choix de teenager, au contraire; qu’on puisse le remettre en cause l’agace. « D’ailleurs, ce que je sais, je l’ai appris hors de l’école. Je pense avoir pris le seul chemin possible dans le contexte dans lequel je vivais. Je n’avais pas le choix. Je devais survivre. »

Alice n’aura pas eu le temps de le voir dériver, son cœur s’arrêtera avant. L’adolescent effectue des petits jobs à gauche à droite, mais commet aussi des larcins. Et vole en maison de correction pour jeunes de couleur à Scotlandville. C’est entre ces murs qu’il se tatoue la main gauche. Les lettres L-O-V-E sur les phalanges et H-A-T-E sur les phalangettes : « l’amour au-dessus, la haine en-dessous ». Une sorte d’insecte sur le dos de la main : « je ne sais pas ce que c’est, cela ne ressemble à rien qui existe ! Certains y ont vu un signe d’appartenance à un gang », s’esclaffe-t-il, alors que « c’était juste pour moi une façon d’être à la mode« . « Ma mère, enfin ma grand-mère, était très croyante, j’ai aussi une croix sur mon bras. »

La prison d’Angola, une « zone de guerre »

Le nom de Robert King gonfle la liste des petits délinquants noirs, fichés par « un système raciste qui a défini ma vie ». Le début de la fin en quelque sorte. Il ne bénéficiera plus jamais, désormais, de la présomption d’innocence : il sera d’office présumé coupable. « Si j’avais eu un rêve, il avait disparu. »

Il a 18 ans à peine lorsqu’il est une première fois envoyé à la prison d’Angola pour une attaque à main armée qu’il assure ne pas avoir commise. « Elle avait été perpétrée par deux personnes, mais nous sommes quatre à avoir été condamnés. Je faisais partie des jeunes Noirs qu’on voulait éloigner des rues. Je n’étais pas une exception dans ma génération, vous savez. » Il est condamné à dix ans de travaux forcés.

Pour les Afro-Américains du sud des Etats-Unis, la prison a remplacé l’esclavage. À Angola, les détenus sont contraints de travailler dans les champs pour 2,5 cents de l’heure. Robert, lui, est affecté en cuisine – c’est là qu’il apprendra à faire des bonbons – et se tourne vers la religion pour survivre dans ce pénitencier réputé pour sa violence extrême. « C’est une zone de guerre », où l’on bat, on viole « le poisson frais », on tue. En sortir sans trop de dommages est « une réalisation en soi ».

Le jeune homme est libéré sur parole en 1965. Il a la vingtaine, la vie devant lui. Il s’installe à La Nouvelle-Orléans, se marie avec Clara – « c’est comme si l’on s’était toujours connu » -, se lance dans la boxe, en semi-pro, sous le nom de « Speedy King ». « Les gens disaient que j’étais bon », dit-il, l’œil fier. Mais l’aventure ne dure pas. Il se fait à nouveau arrêter, alors que sa femme est enceinte de huit mois et demi. « Ma libération conditionnelle a été révoquée et j’ai purgé ma peine jusqu’en 1969 », rapporte-t-il. Le jeune papa n’aura guère eu le temps de voir grandir son fils. Lil’Robert « est mort à cinq ans d’une tumeur »…

Sa conscience politique s’affirme

Ses ennuis avec la police et la justice n’en finiront plus. Robert King est arrêté en février 1970 pour un vol à main armée « que je n’avais pas commis », assure-t-il encore. Peu importe l’absence de preuves, son alibi ou le fait que la victime ne reconnaisse pas, dans ce jeune homme, son agresseur de 40 ans. « Le système légal se soucie peu de culpabilité ou d’innocence, surtout pour les Noirs. Il veut obtenir une condamnation et clore l’affaire. Dans ce processus, on peut être moralement innocent et légalement coupable. » Le voilà condamné à 35 ans de travaux forcés. Un énorme sentiment d’injustice l’envahit. Il tente une évasion, ratée, et prend quelques années supplémentaires.

Au fil des épreuves, « graduellement », il se forge une conscience politique, alors que « je n’étais pas attiré au début ». Les discours de Martin Luther King ne le séduisent pas plus que cela; il se montre plus sensible aux Black Panthers qu’il découvre derrière les barreaux. « C’est le rejet qui nous a mis en contact. » Le parti« articule » sa pensée et lui « permet de tenir le coup ». Lui et ses coreligionnaires organiseront des grèves de la faim et manifesteront pour améliorer les conditions de vie des prisonniers, faire cesser les humiliations quotidiennes – la nourriture jetée sous les barreaux, les fouilles anales systématiques. « D’autant que plusieurs d’entre nous n’avaient rien à faire en prison ! »

Au souvenir de cette lutte, il hausse la voix, s’anime, mitraille ses mots et arguments pour défendre la justesse du combat des panthères noires. « Eh, on était à l’époque du Klu Klux Klan ! » , rappelle-t-il. « Les Black Panthers se battaient pour tout le monde. Je vais vous surprendre, mais j’ai connu des Blancs qui étaient membres du parti ! »

Vingt-neuf années dans 5 m2

Dans son engagement politique les autorités ont tout de suite vu une raison de plus pour le casser. Il est envoyé en cellule de confinement solitaire pour une raison fallacieuse. Le meurtre d’un détenu donnera l’occasion de lui tomber à nouveau dessus. Il est condamné à perpétuité en 1975, sur base d’un faux témoignage.

Robert King devra attendre 1987 pour que l’homme qui l’avait chargé se rétracte; et 2001 pour se retrouver une nouvelle fois face à la justice. « Ils voulaient que je plaide coupable », pour justifier les trente et un ans de prison, dont vingt-neuf en confinement solitaire, qu’il avait dû subir. « J’ai refusé. Ils m’ont alors proposé de plaider coupable de « complot en vue de commettre un assassinat ». Je ne voulais qu’une chose : sortir, rentrer chez moi, c’est-à-dire hors de cette prison. Alors je leur ai dit ce qu’ils voulaient entendre. » Au moment où Robert King doit jurer de dire toute la vérité, il lève la main gauche à la place de la droite. Personne ne le remarque, à part le procureur de district. Leurs regards se croisent, l’homme de loi ne dit rien. Personne n’est dupe.

Robert King est libéré le 8 février 2001 à 16h12. À ce jour, selon Amnesty International, près de 80 000 prisonniers sont incarcérés à l’isolement aux Etats-Unis. Parmi eux, Albert Woodford, Black Panther lui aussi, croupit depuis 40 ans.

« Je n’ai pas l’air fou »

Finalement, Robert King se sera peu épanché sur ses journées seul entre quatre murs. Il concède à se lever de sa chaise pour donner une idée de la taille de sa cellule : « six pieds sur neuf ». Il tend les bras sur le côté, fait trois pas devant lui : 5 m2. « Enfermez-vous quelques jours dans votre salle de bain, vous verrez… » Il n’en est sorti que peu, pour prendre une douche, et enchaîné. Il a lu des livres, commencé à écrire son autobiographie, fait de l’exercice. « Des gens pensent que si l’on peut fumer une cigarette, avoir un stylo et recevoir de la visite, c’est déjà bon… Mais ce n’est pas humain ! », tempête-t-il. « Ce sont les quakers qui avaient inventé le confinement solitaire au XIXe siècle. Mais ils le limitaient à six mois, parce qu’ils pensaient qu’on ne pouvait pas supporter cela plus longtemps sans devenir dingue… » , explique-t-il.

« Moi, on me dit souvent que je n’ai pas l’air fou. » On lui demande aussi régulièrement s’il est possible vivre normalement après une telle épreuve. Robert King prend un air malicieux, joue avec les mots. « Il n’est pas très difficile de retrouver une vie normale, mais on ne peut pas redevenir complètement normal. Quand les gens me posent cette question, je les laisse sans réponse. Je ne vous ai pas dit que je n’étais pas fou. Ni que j’étais sain d’esprit. » Il prend un regard amusé, redevient vite sérieux. « Mais comment voulez-vous vivre une telle épreuve et en sortir sans être affecté ? Quand on passe tant de temps dans une poubelle, on n’en sort pas sans en garder l’odeur. »

(*) « From the Bottom of the Heap. The Autobiography of Black Panther », PM Press, 2008.

source

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