Emmanuel Todd : « Le 11 janvier a été une imposture »


 

Aude Lancelin

Quatre mois après les manifestations post-attentats, l’historien et démographe Emmanuel Todd publie un livre réquisitoire contre une France pétrie de bonne conscience, qui a fait sécession de son monde populaire. Entretien coup de poing.

L'historien et démographe porte un jugement sur la réaction de masse qui a suivi les attentats de janvier. (MATHIEU ZAZZO / L'OBS)L’historien et démographe porte un jugement sur la réaction de masse qui a suivi les attentats de janvier. (MATHIEU ZAZZO / L’OBS)

Le 7 mai prochain, l’historien et démographe Emmanuel Todd publiera  «Qui est Charlie ?» (Seuil), charge terrible contre la France de François Hollande. Un texte écrit dans la fièvre, au sujet duquel il a accordé à «L’Obs» un entretien exclusif. Son angle d’attaque, particulièrement original, consiste à observer l’origine régionale et socio-politique des manifestants du 11 janvier.

Sous les bons sentiments brandis, Todd fait parler les cartes et les statistiques pour comprendre la signification profonde de ce qui restera comme le plus important rassemblement de l’histoire moderne du pays. Et ce qu’il voit n’est pas destiné à plaire. Ce qu’il voit c’est un épisode de«fausse conscience» (Marx) d’une ampleur inouïe. Ce qu’il voit ce sont des millions de somnambules se précipiter derrière un Président escorté par tous les représentants de l’oligarchie mondiale, pour la défense du droit inconditionnel à piétiner Mahomet, «personnage central d’un groupe faible et discriminé». Ce qu’il voit c’est un mensonge d’unanimisme aussi, car ce jour-là, les milieux populaires n’étaient pas Charlie, les jeunes de banlieue, qu’ils fussent musulmans ou non, n’étaient pas Charlie, les ouvriers de province n’étaient pas Charlie.

Le grand entretien avec Emmanuel Todd est à retrouver en son intégralité dans « L’Obs » du 30 avril, ou dès aujourd’hui dans la zone abonnés. En voici des extraits.

« Lorsqu’on se réunit à 4 millions pour dire que caricaturer la religion des autres est un droit absolu – et même un devoir ! -, et lorsque ces autres sont les gens les plus faibles de la société, on est parfaitement libre de penser qu’on est dans le bien, dans le droit, qu’on est un grand pays formidable. Mais ce n’est pas le cas. (…) Un simple coup d’œil à de tels niveaux de mobilisation évoque une pure et simple imposture.»

«Ce sont les régions les moins républicaines par le passé qui ont le plus manifesté pour la laïcité, avouez qu’il y a là quelque chose d’étrange.»

«La « néo-République » est cet objet sociopolitique étrange qui continue à agiter les hochets grandioses de la liberté, de l’égalité, de la fraternité qui ont rendu la France célèbre dans le monde, alors qu’en fait notre pays est devenu inégalitaire, ultraconservateur et fermé.»

«Il y a eu une subversion de ce qu’était la gauche française. Cette dernière, aujourd’hui dominée par le PS, est en vérité tout à fait autre chose que ce qu’elle prétend être. C’est une gauche qui n’adhère pas aux valeurs égalitaires. (…) L’agent le plus actif et le plus stable des politiques économiques qui nous ont mené au chômage de masse actuel, c’est tout de même le PS. Le franc fort, la marche forcée à l’euro, toute cette création idéologique extrêmement originale s’est faite sous Mitterrand, traînant Giscard derrière lui comme un bateleur.»

«Hollande aura eu un rôle historique : celui de révéler que la gauche pouvait se concilier avec les structures les plus inégalitaires, prouvant par là même que le système politique français est totalement détraqué.»

«Ce qui m’inquiète n’est pas tant la poignée de déséquilibrés mentaux qui se réclament de l’Islam pour commettre des crimes, que les raisons pour lesquelles, en janvier dernier, une société est devenue totalement hystérique jusqu’à aller convoquer des gamins de 8 ans dans des commissariats de police.»

«Je ne fais pas dans l’angélisme : l’antisémitisme des banlieues doit être accepté comme un fait nouveau et indiscutable. Ce que je ne peux pas accepter cependant, c’est l’idée qui est en train de s’installer selon laquelle l’islam, par nature, serait particulièrement dangereux pour les juifs. Il n’existe qu’un continent où les juifs aient été massacrés en masse : c’est l’Europe.»

«Qu’on les laisse tranquilles, les musulmans de France. Qu’on ne leur fasse pas le coup qu’on a fait aux juifs dans les années 30 en les mettant tous dans le même sac, quel que soit leur degré d’assimilation, quel que soit ce qu’ils étaient vraiment en tant qu’êtres humains. Qu’on arrête de forcer les musulmans à se penser musulmans.»

source


g00ndy‏@g00ndy L'équivalent de 8 fois le crash de la Germanwings s'est noyé en méditerranée en 3 jours. Et ça n'émeut personne..
g00ndy‏@g00ndy
L’équivalent de 8 fois le crash de la Germanwings s’est noyé en méditerranée en 3 jours. Et ça n’émeut personne..

CDExXycVEAA5ShX

 Dying to Get Here; @mattfrei in Sicily speaks to migrants; @jrug in Luxembourg on the EU response
Dying to Get Here; @mattfrei in Sicily speaks to migrants; @jrug in Luxembourg on the EU response

Una ofensa más


Un contestataire cubain

Avatar de Fernando Damaso FernandezMermelada

La entrega de banderas cubanas a una veintena de artistas e intelectuales cubanos, pertenecientes al “parque jurásico gubernamental”, por el titular de Cultura, como reconocimiento a su vergonzoso comportamiento en el Foro Social de la VII Cumbre de las Américas, criticado y repudiado en el mundo entero, resulta deplorable.

Es verdad que la enseña nacional, ultrajada bastante a menudo por su uso indebido y festinado, con el tiempo ha ido perdiendo, entre muchos cubanos de a pie, el respeto que siempre mereció, principalmente en los momentos más complejos de nuestra historia.

Prohibida su utilización como prenda de vestir (algo normal en la de algunos países), resulta una ironía utilizarla ahora como “colcha de trapear”.

La actitud marginal y de “guapos de barrio” de estos artistas e intelectuales, en lugar de un reconocimiento, bien merece una reprimenda, por lo mal que han dejado parados a todos los cubanos.

Verdaderos representantes de…

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Document exclusif : la bombe à retardement de Jérusalem


|  PAR RENÉ BACKMANN

Selon un rapport confidentiel rédigé par les diplomates de l’Union européenne à Jérusalem, que Mediapart s’est procuré, la tension dans la ville n’a jamais été aussi forte depuis 1967. Si la politique de discrimination et de colonisation menée par Israël se poursuit, ce sont les bases mêmes d’une solution pacifique qui seront détruites. Il est peut-être encore temps d’agir, mais l’Europe doit faire preuve de courage.

La situation à Jérusalem a atteint, en 2014, un degré de « polarisation et de violence »que la ville n’avait plus connu depuis 1967 ou la fin de la seconde intifada en 2005.« Si l’on ne s’attaque pas aux causes profondes de cette violence, le résultat probable sera une poursuite de l’escalade, et une aggravation de la division extrême dont la ville a souffert au cours des six derniers mois de l’année dernière. » C’est sur ce constat alarmant que s’ouvre le dernier rapport des chefs de mission diplomatique de l’Union européenne à Jérusalem et à Ramallah, récemment transmis à Bruxelles.

Depuis qu’un diplomate britannique en a eu l’idée il y a une quinzaine d’années, les consuls et consuls généraux représentant les pays de l’UE (aujourd’hui au nombre de 28) en Israël et dans les territoires occupés palestiniens, rédigent chaque année pour le comité politique et de sécurité du Service européen d’action extérieure – le ministère des affaires étrangères de l’Europe – une sorte « d’état des lieux », qui fait le point sur la situation à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Celui de ce printemps, qui couvre l’année 2014, est particulièrement épais. Mediapart s’est procuré ce document européen à diffusion restreinte, traditionnellement rédigé en anglais : il peut être consulté en cliquant ici.

Il comporte 32 pages, dont trois pages de recommandations, et cinq pages de statistiques (nombre de morts et blessés dus aux actes de violence, état des démolitions par Israël de maisons palestiniennes, nombre de personnes affectées, évolution des conditions d’accès pour les Palestiniens à la mosquée Al-Aqsa, nombre d’accrochages avec les colons, répartition des incidents par localité). Il est aussi particulièrement alarmant.

« Jérusalem demeure, dans le cadre du processus de paix au Proche-Orient, l’une des questions les plus passionnelles et les plus problématiques, écrivent les diplomates européens. Aussi longtemps que le statut de la ville ne sera pas résolu, un accord global entre Israéliens et Palestiniens ne sera pas possible. Ce point n’a jamais été aussi pertinent que cette année. […] Au cours de l’année 2014, la situation s’est gravement détériorée à Jérusalem dans pratiquement tous les domaines couverts par les rapports précédents.

L’expansion de la colonisation s’est poursuivie, y compris dans les zones très sensibles ; des politiques très restrictives sur les constructions palestiniennes à Jérusalem ont été maintenues avec force et ont été suivies par des vagues de démolitions et d’expulsions ; l’éducation pour les Palestiniens reste inéquitable ; les Palestiniens continuent d’affronter des difficultés pour bénéficier des soins de santé ; l’économie de Jérusalem-Est ne montre aucun signe d’amélioration. De surcroît, Israël a remis en vigueur des mesures punitives, comme la révocation des droits de résidence et la démolition des habitations des Palestiniens impliqués dans des attentats. »

Après avoir rappelé que pour l’UE les colonies sont, de longue date, considérées comme illégales au regard du droit international et constituent un obstacle à la paix, les auteurs du rapport constatent que sur les 540 000 colons recensés en 2014, près de 200 000 vivent à Jérusalem-Est, aux côtés de 300 000 Palestiniens, et que près de 3 000 bâtiments destinés à accueillir des colons ont été mis en chantier. La même politique a été poursuivie à la périphérie de la ville, parfois à l’abri d’un prétexte touristique, écologique ou archéologique.

Pour développer la zone E1, qui doit devenir une vaste colonie stratégique, à l’est de Jérusalem, le gouvernement israélien s’apprête même à chasser les communautés de bédouins qui vivent traditionnellement sur ces terres, et à les installer au nord de Jéricho, ce qui pourrait être considéré comme un « transfert forcé », en contravention avec la quatrième convention de Genève. Ce déplacement pourrait aussi ouvrir la voie à d’autres expansions de colonies israéliennes, compromettant un peu plus encore la viabilité de la solution à deux États.

« Si ce projet était réalisé, estiment les diplomates, il couperait Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie, et la diviserait en une partie nord et une partie sud, portant un coup sévère à la contiguïté d’un futur État de Palestine et au potentiel de Jérusalem comme future capitale de deux États. »

Après avoir recensé et analysé les principaux attentats et incidents intervenus en 2014, et leur perception par la population de Jérusalem-Est, les auteurs du rapport constatent que « l’une des plus évidentes conséquences de ce très haut niveau de tension et de violence est la polarisation croissante de la ville, qui a récemment été décrite par divers observateurs et médias comme « plus divisée » qu’elle ne l’a jamais été depuis 1967 ». La situation autour de l’Esplanade des mosquées, où deux lieux saints de l’islam surplombent le Mur des lamentations, est décrite comme particulièrement explosive.

Forces de sécurité israéliennes sur l'Esplanade des mosquées.Forces de sécurité israéliennes sur l’Esplanade des mosquées. © Reuters

« Toute menace ou perception de menace contre l’intégrité de ce site ou contre le statu quo ne risque pas seulement de saper la reprise du processus de paix, mais possède le potentiel de déstabiliser la région et de provoquer des réactions de grande ampleur à travers le monde », estiment les diplomates.

Ils déplorent « l’escalade brutale, durant l’année 2014, des tensions sur l’Esplanade alimentée par les constantes provocations et incitations des représentants du gouvernement israélien, des colons et des extrémistes. […] Une source particulière d’inquiétude a été le nombre de visites spectaculaires et provocatrices de membres du monde politique israélien. Le 25 novembre, le chef de la police israélienne a sévèrement critiqué ces visites ».

Discrimination à grande échelle

Cette tolérance, voire complicité de l’État israélien, face à ces intrusions provocatrices sur l’Esplanade, est d’autant plus mal perçue par la majorité de la population musulmane que les Palestiniens sont victimes d’une réglementation qui limite considérablement leur droit d’accès aux lieux saints. « Les vendredis du Ramadan, notent les auteurs du rapport, l’accès de l’Esplanade a été interdit aux musulmans de moins de 50 ans et le nombre de Palestiniens de Cisjordanie qui franchissaient les checkpoints autour de Jérusalem a spectaculairement diminué. Il est passé de 466 466 en 2013 à 45 291 en 2014, car seuls les hommes de plus de 50 ans et les femmes de plus de 40 étaient autorisés à entrer à Jérusalem sans permis spéciaux, tandis que l’accès était totalement interdit aux habitants de Hébron et de Gaza. »

Autre source de préoccupation pour les diplomates européens : le régime de planification urbaine de la municipalité de Jérusalem, « qui soumet à de très sévères restrictions les activités de construction des Palestiniens, ce qui crée une grave pénurie de logements et d’infrastructures pour les résidents palestiniens et paralyse le développement. Près de 52 % de la superficie municipale de Jérusalem-Est, telle qu’elle a été définie par Israël, ne sont pas ouverts à la construction, et 35 % sont affectés aux colonies. Conséquence : moins de 13 % de la superficie peuvent être utilisés par des constructions. Or la majeure partie de cette terre est déjà construite et la réglementation sur la densité rend l’obtention d’un permis très difficile et très coûteuse. Au moins 33 % des habitations palestiniennes à Jérusalem-Est ont donc été construites sans permis, ce qui expose plus de 93 000 Palestiniens au risque de voir leur maison détruite et d’être déplacés ».

Destruction de maisons palestiniennes à Jérusalem-Est sous protection de l'armée.Destruction de maisons palestiniennes à Jérusalem-Est sous protection de l’armée. © Reuters

Très critiques des réglementations municipales (parfois contraires au droit international) qui encadrent de plus en plus étroitement le statut de « résident » des Palestiniens de Jérusalem-Est – mesures officiellement destinées à limiter à 40 % la population palestinienne de cette partie de la ville –, les diplomates européens condamnent aussi énergiquement, arguments à l’appui, les nombreux obstacles à la liberté de mouvement des Palestiniens.

« La barrière [de séparation], rappellent-ils, déconnecte Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie et sépare, physiquement, les communautés palestiniennes au sein de Jérusalem-Est : 30 % de la population de Jérusalem-Est vivent à l’intérieur des limites municipales, mais au-delà de la barrière de séparation, et sont ainsi coupés de tous les services urbains. »

Aggravant encore les conditions de vie créées par cet enchevêtrement de réglementations restrictives, les choix politiques du gouvernement israélien à Jérusalem-Est entravent l’accès des habitants à l’éducation, à la santé et nuisent au développement économique. Alors que les 300 000 Palestiniens de Jérusalem représentent 38 % de la population totale de la ville et sont soumis au même régime fiscal que les résidents israéliens, la part du budget municipal qui leur est consacrée ne dépasse pas 12 %. Et ils ne disposent que de trois bureaux d’aide sociale, bien qu’ils constituent plus du tiers de la population municipale, tandis que la partie occidentale de la ville dispose de 18 bureaux.

Cette politique de discrimination, constatent les rédacteurs du rapport, s’étend aussi aux transports, aux infrastructures, aux institutions palestiniennes de Jérusalem-Est – pour la plupart fermées depuis 2001, à l’exception des hôpitaux – et à l’exercice des religions.« Le droit d’accès, la liberté de culte et le droit de pèlerinage dans la Ville sainte demeurent des domaines de grave préoccupation pour les musulmans et les chrétiens, constate le rapport. La barrière de séparation, qui divise les congrégations, fait aussi obstacle au travail des organisations religieuses qui participent à l’éducation, la santé, l’assistance humanitaire et l’aide sociale aux Palestiniens à Jérusalem-Est, et autour. Degraves entraves à la liberté de circulation et de culte continuent d’affecter les Palestiniens musulmans et chrétiens de Cisjordanie, qui ne peuvent se rendre à Jérusalem sans permis délivré par Israël. Ces permis ont une durée limitée et sont attribués de manière très sélective. »

Ce véritable réquisitoire contre la politique israélienne à Jérusalem-Est est d’autant plus accablant qu’il n’émane pas de militants politiques ou de défenseurs des droits de l’homme, mais de diplomates habitués à peser leurs mots. Ils représentent une entité – l’Union européenne – dont l’audace, en politique étrangère, n’est pas la qualité première. Si elles étaient – même partiellement – suivies d’effet, les 40 recommandations que formulent les auteurs du rapport provoqueraient un bouleversement politique international majeur.

« Élaborées avec, pour objectif, la préservation de la viabilité de la solution à deux États, telle qu’elle est exposée dans de nombreuses déclarations de l’UE, y compris les conclusions adoptées par le Conseil le 22 juillet et le 17 novembre 2014, ces recommandations, précisent les diplomates, ont aussi pour but de préserver la présence palestinienne à Jérusalem aux niveaux politique, culturel et économique. La situation, qui s’est très rapidement détériorée à Jérusalem au cours de l’année 2014, rend la mise en œuvre de ces recommandations des plus pressantes. »

Les 40 recommandations

Les 40 recommandations de l’UE obéissent à quatre axes prioritaires de l’action diplomatique européenne au Proche-Orient : préserver la viabilité de Jérusalem comme futur capitale de deux États ; consolider l’identité religieuse et culturelle de la ville ; mettre fin à l’isolement socio-économique de Jérusalem ; renforcer le rôle, la visibilité et la politique de l’Union européenne.

Pour atteindre ces objectifs, les représentants de l’UE proposent des mesures déjà citées dans les rapports précédents – rouvrir des institutions palestiniennes de Jérusalem-Est, soutenir la société civile, héberger les événements organisés par la société civile palestinienne dans les centres culturels, les consulats, les résidences diplomatiques européennes, encourager le dialogue interreligieux, assurer une présence européenne lorsque des familles palestiniennes sont exposées au risque d’expulsion, ou de démolition de leur maison.

Netanyahou sort grand vainqueur des élections législatives de la mi-mars.Netanyahou sort grand vainqueur des élections législatives de la mi-mars. © Pierre Puchot

Ils avancent aussi des recommandations plus musclées, manifestement dictées par l’urgence de la situation, qui révèlent leur irritation face à la stratégie d’occupation-colonisation-annexion impunie d’Israël. Sans utiliser le mot « boycott », diplomatiquement incorrect, ils suggèrent de prendre « de nouvelles mesures coordonnées pour garantir que les consommateurs européens soient capables d’exercer leur droit à un choix informé, pour ce qui concerne les produits des colonies, en conformité avec les règles en cours dans l’UE ».

Ils conseillent également que soient « examinées et adoptées » des mesures réglementant l’entrée dans les pays de l’UE des colons connus pour leur violence et de ceux qui appellent à commettre des actes de violence. Ils souhaitent que soient poursuivis les efforts visant à attirer l’attention des citoyens européens et des entreprises de l’Union européenne sur les risques liés aux activités économiques et financières dans les colonies. Ils proposent aussi que des « conseils » soient donnés aux organisateurs de voyages européens, pour qu’ils évitent de soutenir les entreprises installées dans les colonies de Jérusalem-Est.

Pour enrayer le naufrage économique de Jérusalem-Est, les diplomates proposent que l’UE demande à Israël de lever les restrictions de mouvement sur les biens et les services entre Jérusalem et le reste des territoires occupés, de mettre un terme aux pratiques qui limitent la liberté de circulation des citoyens européens, de rouvrir la chambre de commerce arabe de Jérusalem-Est, d’améliorer les infrastructures et les services publics à Jérusalem-Est, d’associer les Palestiniens à la planification urbaine à Jérusalem-Est, et d’apporter une aide spécifique aux communautés affectées par la barrière de séparation.

En d’autres termes, compte tenu de la majorité de droite et d’extrême droite qui a émergé des dernières élections législatives et de la coalition sur laquelle Benjamin Netanyahou entend s’appuyer pour constituer son gouvernement, c’est une véritable collision diplomatique qui se dessine entre Israël et l’Europe si Bruxelles s’avise de suivre ces recommandations et, comme Barack Obama, de « réévaluer ses options ».

Le destin réservé aux rapports précédents – un archivage discret, sans suites concrètes, faute de consensus – n’incite pas à l’optimisme. Mais si, comme il l’a annoncé vendredi, Laurent Fabius s’apprête à « relancer les efforts de la France » pour faire voter au Conseil de sécurité de l’ONU une résolution fixant les grandes lignes d’un règlement au Proche-Orient entre Israël et Palestiniens, le contenu de ce rapport pourrait utilement éclairer les rédacteurs de cette résolution…

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Charlie Hebdo, Russell Brand et la journaliste qui ne sait pas reconnaître le langage de l’oppression


Il y a longtemps que je ne fréquente plus Mounadil (becoz position sur la Syrie) mais je partage son appréciation pour Russell Brand

Avatar de DziriMounadil al Djazaïri

Un humoriste français a été placé en garde à vue et fait l’objet de poursuites judiciaires parce qu’il a dit quelque chose comme « Je me sens Charlie Coulibaly ».

On pensait que le gouvernement français avait touché le fond en matière de discrédit, mais apparemment quand on continue à creuser, la progression vers le bas continue.

Jusqu’à l’abîme ?

En tout cas, il est un pays où une personnalité du monde de la culture (ou du show-business si vous voulez) peut se permettre de dire les choses avec une grande netteté.

Ce pays, c’est la Grande Bretagne, un pays qui n’est ni républicain, ni laïque.

Outre Manche, un certain Russell Brand, un de ces énergumènes multi-talents qu’on peut trouver en Angleterre, s’est fendu d’une vidéo YouTube dans laquelle il attaque une présentatrice de la chaîne télévisée américaine Fox News dont le discours est un appel à la haine et à…

Voir l’article original 595 mots de plus

2014 Bilan


Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2014 de ce blog.

En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2 700 personnes. Ce blog a été vu 35 000 fois en 2014. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 13 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Qu’est-ce que la Palestine?


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Publié le par Baudouin Loos

 

Evoquer la Palestine en maximum 2.000 signes, pas évident… Voici l’essai, publié dans ”Le Soir” du 4 décembre 2014.

De quoi la Palestine est-elle le nom? De la dépossession, d’abord. Entre les deux guerres mondiales, on a «vendu» aux Juifs de la diaspora en proie à l’antisémitisme et en quête d’un Etat «une terre sans peuple pour un peuple sans terre». Sauf qu’il y avait un peuple, les Palestiniens. Dont l’identité nationale n’était certes pas affirmée à 100%. Le mandat britannique (1920-1948) et l’immigration juive vont ancrer, galvaniser cette identité, que seuls quelques extrémistes osent encore nier.

D’exil forcé en défaites militaires arabes, les Palestiniens sous l’égide de l’Organisation de libération de la Palestine ont finalement accepté en 1988 de ne réclamer pour bâtir leur Etat que 22% de la Palestine historique, à savoir les territoires conquis par Israël en 1967 (Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la bande de Gaza).

Mais face à la toute-puissance militaire et économique d’Israël, Etat conforté par l’aide des Etats-Unis et la bienveillance de l’Europe, les Palestiniens en sont réduits, depuis 1991, à négocier ce qu’ils pourraient sauver de ces 22%. Car Israël, pour des raisons dites de sécurité mais souvent aussi religieuses, n’entend céder que le minimum dans tous les dossiers comme le retour des réfugiés (c’est un «niet» israélien total, mais le droit international dit autre chose), le partage de Jérusalem (idem) ou les colonies (illégales, elles grignotent et rongent les territoires occupés, rendant l’émergence d’un Etat palestinien quasiment impossible).

Malgré la radicalisation d’une partie non négligeable du public palestinien frustré qui entend les sirènes islamistes parfois extrémistes, l’ensemble de la planète Terre s’est résolu au XXIe siècle à soutenir la création d’un Etat palestinien. Avec l’injustice fondamentale du sort des Palestiniens de plus en plus difficile à cacher, les excès israéliens sont largement responsables de cette prise de conscience: des interventions armées aux moyens disproportionnés ont choqué le monde au Liban (1982), face aux intifadas (révoltes) des populations occupées (celle de 1987 et celle de 2000), à Gaza en 2008 et 2014.

En l’absence de pressions dignes de ce nom sur l’occupant israélien, la question palestinienne continuera longtemps encore à hanter les esprits.

BAUDOUIN LOOS

 

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Assad reçoit Paris Match: comment en sommes-nous arrivés là?


Par , publié le 04/12/2014 à 09:00, mis à jour à 12:07

Indignée par l’interview « exclusive » du dictateur syrien publiée dans Paris Match, la chercheuse et militante Marie Peltier publie une lettre ouverte au magazine. « Assad tue en toute liberté, en toute impunité, parce que nous continuons à lui donner la parole, parce que nous avons démissionné », dénonce-t-elle.

Assad reçoit Paris Match: comment en sommes-nous arrivés là?

Bachar el-Assad.  » il n’y a aujourd’hui, sauf à entrer dans une logique de négationnisme et de déni, plus matière à remettre en doute l’étendue des crimes du régime baathiste’

Reuters/Syrian TV/Reuters TV

 

 

 

Dans son numéro de cette semaine, Paris Match annonce fièrement en « exclusivité mondiale » un entretien avec Bachar el-Assad, accompagnée d’une vidéo des « coulisses de l’entretien » et d’un lien vers la page Facebook de la présidence syrienne. Ce qui ressemble à s’y méprendre à une opération de communication parfaitement rôdée. Ainsi, un criminel de guerre, responsable direct et indirect de la mort de 200 000 de ses concitoyens, est affiché en « guest-star » dans un media français, au même moment où il bombarde massivement, et impunément, une population civile sans défense. Et il n’y aura sans doute pas grand monde pour s’en indigner.

>>>Lire aussi Le régime syrien cent fois plus meurtrier que les djihadistes de l’EI

Parce que rassurez-vous, chère rédaction de Paris Match, votre démarche ne paraîtra pas incongrue aux yeux de la plupart de vos lecteurs. Dans une époque où la « liberté d’expression » – la nôtre évidemment – est devenue un dogme inquestionnable, beaucoup réagiront en disant qu’il faut « écouter toutes les parties », qu’il ne faut pas « être binaire », qu’après tout, lui aussi à droit à la parole. Les mêmes qui fustigent la plupart du temps « l’unilatéralisme » des media, applaudiront ou consentiront au fait d’entendre celui qui a aussi « le droit de se défendre ».

Mais seulement, voilà. Nous sommes fin 2014. La guerre syriennedure depuis 3 ans et demi. Et là où certains doutes étaient encore permis en 2011, il n’y a aujourd’hui, sauf à entrer dans une logique de négationnisme et de déni, plus matière à remettre en doute l’étendue des crimes du régime baathiste. L’arrestation, l’emprisonnement, la torture (parfois jusqu’à la mort) des militants pacifistes syriens ont été systématiques, documentés, dénoncés sans relâche par les ONG de défense des droits humains (voir notamment les nombreux rapports de Human Rights Watch et de Amnesty International). Les bombardements aux barils de TNT visant les immeubles d’habitation sont désormais quotidiens – des dizaines de civils ont encore perdu la vie la semaine dernière à Raqqa, dans le Nord du pays. L’utilisation d’armes chimiques – prétendue  » ligne rouge  » de la communauté internationale – a été régulière, jusqu’à aujourd’hui. Le viol comme arme de guerre a fait l’objet de nombreux témoignages et reportages de terrain. Lesréfugiés se comptent par millions.

Comment donc en sommes-nous arrivés là ? Comment pouvez-vous « tranquillement » annoncer un entretien « exclusif » avec un criminel de guerre, comme on proposerait les dernières révélations sur l’affaire Nabilla ou le dernier scoop sur les relations douteuses de Sarkozy ? Comment cela peut-il se produire « normalement », sans faire (trop) scandale ?

« Un régime tortionnaire a réussi à nous convaincre que la victime, c’était lui »

Parce que la narration mise en place par le régime Assad et véhiculée, nourrie par ses nombreux soutiens à travers le monde a remporté la bataille médiatique. Parce qu’aujourd’hui, celui qui mène la danse, qui désigne les cibles à combattre, c’est lui, le tyran de Damas.

Cette propagande, qui aujourd’hui est partagée autant par l’extrême droite que par une partie de la gauche radicale, en passant par une large partie de l’opinion publique « mainstream », s’est construite – avec notre large contribution – sur un objet narratif central : nier la dynamique populaire syrienne, effacer des préoccupations les aspirations de la société civile syrienne qui se sont levées en mars 2011, son combat pour la liberté et la dignité après 40 ans d’autoritarisme et de terreur. Substituer cette dynamique à la désignation d’ennemis qui font « sens » dans nos contrées : l’Islam radical pour les uns, l’empire américano-sioniste pour les autres. Et cela a permis de ratisser large. L’essoufflement des printemps arabes, puis la montée en puissance du groupe terroriste Daech ont semblé donner raison à l’entreprise. La boucle était bouclée.

« Assad tue en toute liberté. En toute impunité »

Il n’est plus question aujourd’hui de respect des droits humains, de lutte pour faire tomber la tyrannie, de soutien aux revendications démocratiques. Un régime tortionnaire a réussi à nous convaincre que la victime, c’était lui. Que le soutenir, c’était aussi nous sauver. Des barbares. Et de l’Empire. Les Syriens, au milieu, ont été assassinés.

Chère rédaction de Paris Match, je ne sais pas quelles ont été vos motivations exactes à la publication de cet entretien. Je peux juste vous dire une chose: chaque nuit, des enfants syriens gisent sous les décombres. Chaque nuit, des hélicoptères larguent du ciel des tonneaux d’explosifs qui ne tuent guère d’islamistes et qui ne gênent guère les américains – ni personne d’autre d’ailleurs. Assad tue en toute liberté. En toute impunité. Parce que nous avons choisi de continuer à lui donner la parole, parce que nous avons démissionné. Nous avons refusé la solidarité au peuple syrien, nous avons refusé que nos valeurs sacro-saintes de liberté s’appliquent aussi à eux. Nous avons cru en nos peurs, à nos fantômes. Et que dire encore quand, telle une prophétie auto-réalisatrice, les évènements récents semblent même nous donner raison ?

Que peut-être l’histoire, elle, ne nous oubliera pas.

 

>> lire aussi La dynastie Assad ou l’art de la survie

source

voici l’interview du journaliste

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