La Jordanie face à la crise syrienne


La Jordanie face à la crise syrienne (extrait de Pas de Printemps pour la Syrie, à paraître)

12 novembre 2013

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Couverture du livre Pas de Printemps pour la Syrie

Couverture du livre Pas de Printemps pour la Syrie

À l’occasion de la sortie prochaine (début décembre 2013) de l’ouvrage dirigé par François Burgat et Bruno Paoli, Pas de printemps pour la Syrie. Les clés pour comprendre les acteurs et les défis de la crise (2011-2013), aux Éditions La Découverte, les Carnets de l’Ifpo publient un extrait de l’article de Jalal al-Husseini consacré à « la Jordanie face à la crise ». D’autres extraits de l’ouvrage sont disponibles sur les Carnets de l’Iremam et sur Orient XXI.

Des impacts politiques internes contrastés

La crise syrienne a affecté la stabilité politique de la Jordanie de différentes manières, en premier lieu avec l’évolution des rapports entre Jordaniens et réfugiés syriens. À partir de l’été 2012, l’élan initial d’entraide en leur faveur, fondé sur un sentiment de solidarité mêlé à une hostilité au régime de Damas, a fait peu à peu place à une exaspération grandissante due au caractère permanent de leur présence et ses impacts négatifs sur les conditions de vie des Jordaniens (selon un sondage national effectué en septembre 2012, 65 % des Jordaniens se prononçaient contre la poursuite de l’accueil des réfugiés syriens). À Mafraq, cette proportion s’élevait à 88 % (Center for Strategic Studies, 2012). Jusqu’à l’été 2013, les heurts entre ces derniers et les réfugiés sont restés circonscrits à des escarmouches dans les villes de Mafraq et Ramtha principalement. Mais au printemps, les autorités ont tiré la sonnette d’alarme devant l’afflux de nouveaux réfugiés et il était désormais question de rendre plus difficile l’installation des réfugiés dans les villes, voire de fermer la frontière ; en juin, un camp, financé par les Émirats arabes unis, a d’ailleurs été installé à Mreijib al-Fhoud (gouvernorat de Zarka) afin de désengorger celui de Zaatari. En outre, c’est aussi la politisation des réfugiés, en particulier leur adhésion à un islamisme radical, qui inquiète. La perspective du retour au pays des quelques centaines de Jordaniens engagés auprès de groupes rebelles djihadistes en Syrie, tels Jabhat al-Nosra, n’a fait qu’accroître ces inquiétudes : les Jordaniens gardent en mémoire les attentats perpétrés à Amman en 2005 par Al-Qaida en Irak, une organisation alors dirigée par le Jordanien Moussab al-Zarkawi, et qui avaient fait une soixantaine de morts.

En revanche, les débats parfois virulents entre partisans du régime baasiste, dont certains partis de gauche, et sympathisants des rebelles, au premier rang desquels les Frères musulmans, n’ont pas dégénéré en violence armée, comme cela a été le cas au Liban. Cela peut s’expliquer par l’homogénéité des Jordaniens, sunnites en grande majorité, face à un conflit devenu en partie confessionnel (alaouites/chiites contre sunnites). Par ailleurs, de nombreux soutiens de la rébellion ont été échaudés par la montée en puissance des djihadistes en son sein. Ce reflux et, de manière plus générale, l’essoufflement du printemps arabe au Moyen-Orient ont contribué à asseoir le pouvoir de la monarchie jordanienne, elle aussi mise en cause en 2011.

Réfugiés syriens du camp de Zaatari se préparant pour l'hiver. Crédits: B. Sokol. UNHCR

Réfugiés syriens du camp de Zaatari se préparant pour l’hiver. Crédits: B. Sokol. UNHCR

Une diplomatie « équilibrée » face à la crise syrienne ?

Les menaces de déstabilisation économique et politique induites par la crise syrienne ont conduit la Jordanie à tenter de la désamorcer diplomatiquement, tout en évitant de s’y impliquer militairement. Ce choix, qualifié de « position équilibrée » par la presse locale, ne signifie pas pour autant neutralité. En novembre 2011, le roi Abdallah fut le premier chef d’État arabe à demander à Bachar al-Assad de quitter le pouvoir afin que le pays puisse accomplir sa transition démocratique ; une prise de position peut-être opportunément inspirée par la vague « réformiste » qui traversait le Moyen-Orient, mais qui traduisait aussi sûrement de sérieuses divergences au sujet du « processus de paix » israélo-arabe, cautionné par la Jordanie et dénoncé par la Syrie, et de l’influence régionale de l’Iran, recherchée par la Syrie et condamnée par la Jordanie. Avec l’amplification du conflit, la diplomatie « équilibrée » d’Amman s’est articulée autour de deux axes : promouvoir un changement négocié de régime en Syrie, tout en tentant de résister aux pressions de l’Arabie saoudite et du Qatar – principaux soutiens de la rébellion et importants bailleurs de fonds – en faveur d’une implication militaire risquée.

La Jordanie a longtemps réussi à tenir sa position d’équilibre : terre d’accueil de nombreux dignitaires du régime al-Assad ayant fait défection, son armée s’est maintes fois accrochée avec des troupes syriennes s’en prenant à des réfugiés qui venaient de passer la frontière ; et son monarque a réitéré, en mars 2013 encore, que les jours d’al-Assad étaient « comptés ». Mais, dans le même temps, la Jordanie a su imposer le principe de sa neutralité militaire, ce qui lui a sans doute valu la suspension par l’Arabie saoudite d’aides nécessaires à la subvention du prix des carburants et, in fine, des émeutes dans de nombreuses villes en novembre 2012.

À partir d’avril 2013, ce principe de neutralité a toutefois été battu en brèche. L’utilisation présumée d’armes chimiques par l’armée syrienne, l’engagement actif du Hezbollah auprès de cette dernière, des pressions de la part des États-Unis et l’échec d’une énième tentative jordanienne de négociation ont conduit Amman à s’engager de façon plus décisive auprès de la rébellion – moyennant aussi le versement d’un milliard de dollars par les Saoudiens (Chulov et Black, 2013). Le royaume a ainsi accepté d’acheminer des armes à la rébellion « non djihadiste » et d’entraîner certains de ses membres. Il a également autorisé le survol de son territoire par des drones israéliens et a accueilli en mai une réunion des « Amis de la Syrie », qui a rassemblé les principaux États arabes et occidentaux opposés au régime syrien ; enfin, il a accepté le déploiement sur son territoire de forces armées américaines qui comprenaient, fin juin 2013, une batterie de missiles Patriot, des avions de combat F-16 et quelque 900 hommes pour prévenir des attaques à l’arme chimique, voire préparer l’installation d’une zone de sécurité dans le sud de la Syrie (The Washington Post, juin 2013). Autant de gestes qui ont tendu les relations jordano-syriennes. En avril, Bachar al-Assad a menacé son voisin à mots à peine voilés en déclarant que « la Jordanie est tout aussi exposée au conflit que l’est la Syrie ». Puis son ambassadeur a pris la relève, ne cessant de critiquer l’engagement d’Amman auprès des « ennemis » de la Syrie (en particulier le groupe des « Amis de la Syrie » appuyant la rébellion non djihadiste, c’est-à-dire les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie et les Émirats arabes unis, al-Arabiya, juin 2013).

Pourtant, ce tournant militaire a ses limites : en septembre 2013, la frontière avec la Syrie restait ouverte et il n’était toujours pas question d’un engagement jordanien en territoire syrien ; la négociation restait encore, aux yeux d’Amman, la seule voie possible de sortie de crise. Par ailleurs, ses liens diplomatiques avec Damas n’étaient pas rompus. D’autant que, à terme, les deux capitales pourraient se retrouver autour du combat contre un ennemi commun : l’islamisme radical. Il n’est pas anodin, à cet égard, que le seul militaire jordanien tué dans le cadre du conflit syrien, en octobre 2012, l’ait été lors d’un échange de tirs avec des djihadistes tentant d’entrer illégalement en Syrie – arrêtés, ils ont été condamnés à des peines de prison relativement lourdes. Et au niveau international, la Jordanie a maintenu des relations suivies avec la Russie, principal soutien de Damas et acteur obligé de toute négociation : pour Amman, celle-ci était aussi une grande puissance en guerre contre le « terrorisme islamique » et un possible partenaire militaire et économique susceptible d’atténuer l’influence parfois pesante de ses alliés traditionnels.

La crise syrienne a donc frappé de plein fouet l’économie jordanienne, tout en intensifiant différentes lignes de fracture sociales et politiques : Jordaniens contre réfugiés syriens ; partis de gauche contre islamistes ; services de sécurité, soutenus depuis les attentats de 2005 par une large majorité de Jordaniens, contre djihadistes (la cote de popularité d’Al-Qaida en Jordanie s’est largement effritée au cours des années 2000, passant de 61 % en 2005, avant les attentats de novembre, à 24 % en 2006, puis à 13 % en 2011, Pew Research Global Attitudes Project, 2011). À l’automne 2013, l’avenir était sombre : les vagues incessantes de réfugiés aggravaient une crise humanitaire déjà aiguë, tandis qu’Amman craignait d’être attaquée à la fois par les forces armées syriennes et par les djihadistes qui les combattaient. Malgré cela, l’assise du pouvoir hachémite semblait renforcée : la gravité de la situation et la fragmentation de l’opposition face à la question syrienne, comme plus généralement face aux « printemps arabes », ont renforcé le statut du roi comme seul rempart contre la désintégration du pays.

Au niveau international, la Jordanie n’a certes pas réussi à préserver sa neutralité militaire face aux pressions de ses protecteurs arabes et occidentaux. Mais elle a tenté d’obtenir d’eux certains avantages, comme le financement de l’assistance humanitaire aux réfugiés, la relance des investissements étrangers et la protection de son territoire. Cette interdépendance complexe s’est enrichie avec le retour dans le concert moyen-oriental de la Russie, acteur incontournable de la crise syrienne, dont la Jordanie pourrait jouer pour rehausser son profil régional.

Sources


Pour citer ce billet : Jalal Al Husseini, « La Jordanie face à la crise syrienne », Les Carnets de l’Ifpo. La recherche en train de se faire à l’Institut français du Proche-Orient (Hypotheses.org), 12 novembre 2013. [En ligne] http://ifpo.hypotheses.org/5419


Ifpo-identite-jalal-al-husseini_0 Jalal Al Husseini est chercheur associé à l’Institut Français du Proche-Orient (Ifpo – Amman). Titulaire d’un doctorat obtenu à l’Institut de Hautes Études Internationales (Genève) avec une thèse portant sur les dimensions politiques de l’assistance humanitaire apportée aux réfugiés palestiniens, il a également travaillé sur l’évolution politique et économique de la Jordanie et de la Palestine, ainsi que sur l’impact humanitaire des crises régionales. Il a récemment publié, en collaboration avec Aude Signoles (IREMAM), l’ouvrage collectif Les Palestiniens entre État et Diaspora, publié par Karthala en 2012.Page web : http://www.ifporient.org/jalal-al-husseiniTous les billets de Jalal Al Husseini

VIDÉO. Philippines : désolation et pillage après le passage d’Haiyan


Le Point.fr – Publié le 10/11/2013 à 08:56 – Modifié le 10/11/2013 à 16:40

Le typhon le plus violent de l’histoire aurait fait au moins 10 000 victimes. Sur place, les survivants manquent de tout et sont réduits au pillage.

Le typhon Haiyan a ravagé le centre des Philippines.
Le typhon Haiyan a ravagé le centre des Philippines. © Noël Celis / AFP

Le bilan d’un des plus violents typhons à avoir touché la terre s’est brusquement aggravé dimanche, les autorités philippines évoquant désormais plus de 10 000 morts et 2 000 disparus, faisant de Haiyan la catastrophe naturelle la plus meurtrière de l’histoire récente du pays. Deux îles du centre de l’archipel, qui se trouvaient exactement dans la trajectoire de Haiyan quand il a frappé vendredi à l’aube, sont particulièrement affectées : les autorités craignent 10 000 morts sur Leyte. Elmer Sorai, un haut responsable de la police à Tacloban, une des villes les plus touchées, a déclaré à la presse : « Nous avons eu une réunion avec le gouverneur la nuit dernière, et en nous basant sur les estimations du gouvernement, il y a 10 000 victimes (décès). »

Sur Samar, 300 personnes sont confirmées mortes à Basey, une petite ville, et 2 000 sont portées disparues dans toute l’île, a indiqué Leo Dacaynos, membre du conseil de gestion des catastrophes, à la radio DZBB. Des dizaines de morts ont également été annoncées dans d’autres villes et provinces ravagées par le typhon, qui s’avançait sur un front de 600 kilomètres. De nombreuses localités restaient coupées du monde alors que les autorités semblaient dépassées par l’ampleur de la catastrophe et le nombre de survivants à secourir.

Destruction et pillage

À Tacloban, une ville côtière de Leyte, Edward Gualberto titube sur des cadavres pour récupérer dans les décombres d’une maison effondrée des boîtes de conserve. Plus loin, une boucherie miraculeusement épargnée par la tempête est attaquée par la foule, devant son propriétaire impuissant. Et un convoi d’aide de la Croix-Rouge a été pillé, à proximité de la ville. Les forces de l’ordre sont presque absentes. Dans un décor de fin du monde, des files d’hommes, de femmes et d’enfants avancent le long des routes, le nez recouvert d’un tissu pour masquer l’odeur pestilentielle des cadavres.

© Sipa

Maisons rasées, pylônes électriques arrachés, voitures renversées et survivants hébétés dans les rues : après le passage de Haiyan aux Philippines, accompagné par des vagues de plusieurs mètres et des vents atteignant des pointes à 315 km/h, le paysage évoquait pour certains les destructions causées par le tsunami en Asie en décembre 2004. « Ce sont des destructions massives. (…) La dernière fois que j’ai vu quelque chose de cette ampleur, c’était à la suite du tsunami dans l’océan Indien » qui avait fait 220 000 morts, a déclaré à Tacloban Sebastian Rhodes Stampa, chef de l’équipe de l’ONU chargée de la gestion des désastres.

REGARDEZ ICI  la violence du typhon le 9 novembre

L’aide tarde à arriver. À Tacloban, Emma Bermejo, propriétaire d’une petite pâtisserie, évoque des scènes d' »anarchie ». « Il n’y a aucun membre des forces de l’ordre, l’aide met trop de temps à arriver. Les gens sont sales, affamés et assoiffés. Encore quelques jours, et ils vont commencer à s’entretuer », assure-t-elle.

L’aide internationale s’organise

Devant l’ampleur de la catastrophe, plusieurs pays ont proposé leur aide. Les États-Unis vont fournir des hélicoptères, des avions, des navires et des équipements destinés à la recherche et au sauvetage, après une demande de Manille, a annoncé le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel. L’Australie et la Nouvelle-Zélande ont accordé dimanche une aide de près d’un demi-million de dollars US (370 000 euros), alloués à la Croix-Rouge de l’archipel. De son côté, le PAM (Programme alimentaire mondial), une agence de l’ONU, est en train d’organiser le transfert de 40 tonnes d’aide alimentaire. L’Unicef, l’agence onusienne pour l’enfance, a déjà préparé 60 tonnes de matériels de santé et de survie qui partiront d’un de ses centres de logistique à Copenhague et devraient arriver aux Philippines mardi.

La Commission européenne « a déjà envoyé une équipe pour assister les autorités, et nous sommes prêts à contribuer (aux secours) par une aide d’urgence si cela est requis », a fait savoir son président, José Manuel Barroso. Le pape François a appelé dans un tweet les catholiques à prier pour les victimes et à apporter « une aide concrète », et le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, s’est dit « profondément attristé par l’ampleur des pertes humaines ».

Chaque année, les Philippines sont frappées par une vingtaine de grosses tempêtes ou de typhons, entre juin et octobre. L’archipel est la première terre sur la trajectoire de ces phénomènes météorologiques qui se forment au-dessus du Pacifique. Typhons, séismes, éruptions volcaniques…, le pays subit régulièrement les foudres de la nature, avec presque à chaque fois un bilan d’autant plus meurtrier que la nation est pauvre et gangrénée par la corruption. Si le bilan de plus de 10 000 morts se vérifie, Haiyan sera la catastrophe naturelle la plus grave de l’histoire récente des Philippines. La précédente date de 1976, lorsqu’un séisme et un tsunami avaient causé la mort de 5 000 à 8 000 personnes sur Mindanao, une île du Sud.

Le Vietnam en alerte

Après avoir semé la désolation aux Philippines, Haiyan volait vers le Vietnam, qu’il devrait atteindre lundi matin. Mais le typhon s’est affaibli au-dessus de la mer de Chine du Sud et pourrait être rétrogradé en niveau 1 avant son arrivée. Le Vietnam n’en a pas moins évacué plusieurs centaines de milliers de personnes, dans le centre du pays, puis plus au nord dimanche après un changement de trajectoire de la tempête qui pourrait aussi provoquer pluies diluviennes et inondations dans la capitale.


Cet après-midi : Palestine : comprendre et agir !


 

Diffusion immédiate

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

 

Le Mouvement Citoyen Palestine et l’ Association Marocaine des Droits Humain organisent

une rencontre exceptionnelle avec Lynn Gottlieb, femme rabbin américaine,
ce Dimanche 03 novembre à 16h00,
dans la salle de la Rue du Miroir 5/7 à 1000 Bruxelles.

 

 

Lynn Gottlieb, l’une des premières femmes rabbin, qui se consacre à la cause palestinienne et à une paix juste entre Palestiniens et Israéliens, viendra de Californie à Bruxelles, pour soutenir la campagne Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS).

 

Elle interviendra sur le chantage à l’antisémitisme et la solidarité avec le peuple palestinien.

 

« Comme toutes les luttes pour la liberté, la lutte pour les droits humains des Palestiniens est un combat universel ». 

 

Amir HASSAN, écrivain et poète de Gaza (francophone) et Olivia ZEMOR, présidente d’Europalestine, interviendront également durant cette soirée.
Ils parleront de la situation à Gaza et le renforcement du blocus par l’armée égyptienne ainsi que de la campagne BDS (Boycott,

Désinvestissement et Sanctions).

Dimanche 03 novembre 2013 à 16h

Au 5/7 Rue du Miroir

1000 Bruxelles

A l’initiative du Mouvement Citoyen Palestine, de l’ Association Marocaine des Droits Humains et d’EuroPalestine

Mondial 2022 : les damnés de Doha


LE MONDE SPORT ET FORME | 18.10.2013 à 10h28 • Mis à jour le 20.10.2013 à 08h26 | Par Benjamin Barthe (Doha, envoyé spécial)

Des travailleurs sur un chantier de Doha, le 18 juin.

Ses anciens compagnons de chambrée ne se souviennent plus de son nom de famille. Tout juste se rappellent-ils qu’il se prénommait Perumal, qu’il avait la quarantaine et qu’il venait du sud de l’Inde. L’homme avait débarqué au mois de juin dans la pièce insalubre qui leur sert de dortoir, à Al-Khor, une localité du Qatar, balayée par le vent du désert. Tout l’été, il avait trimé à leurs côtés, onze heures par jour et six jours par semaine, sur l’un des chantiers qui prolifèrent dans cet émirat depuis qu’il s’est vu confier l’organisation de la Coupe du monde 2022. « Notre employeur avait refusé de nous accorder la pause qui est prévue par la loi entre 11 h 30 et 15 heures, durant les deux mois les plus chauds de l’année », où la température peut monter jusqu’à 50 °C, témoigne un ex-collègue.

Lire : Au Qatar, les chantiers de Vinci interdits aux syndicalistes trop curieux

L’aurait-il voulu, le charpentier du Kerala n’aurait pas pu changer d’emploi ou rentrer chez lui. Pilier de la vie économique du Qatar, le pays doté du PIB par habitant le plus élevé au monde (110 000 dollars par an), la règle du sponsor (kafala en arabe) interdit à tous les employés étrangers, y compris les Occidentaux, de rompre leur contrat sans l’aval d’un tuteur qui est souvent leur patron. En dépit de ces contraintes, qui confinent au travail forcé, Perumal se cramponnait aux rêves ordinaires des petites mains de la péninsule Arabique : faire vivre la famille restée au pays, revenir dans trois ou quatre ans avec un pécule suffisant pour marier une fille ou construire une maison.

Mais un jour de la mi-septembre, de retour du travail, ses camarades l’ont découvert prostré sur son lit, le corps roide. « Il s’était plaint de fièvre le matin et il avait renoncé à prendre le bus, raconte le chauffeur, responsable du transport des ouvriers jusqu’au site de construction. Je l’ai emmené à l’hôpital où on lui a administré un cachet, puis je l’ai ramené au camp et je suis reparti. Quand nous sommes revenus le soir, il était mort, foudroyé par une crise cardiaque. Une ambulance est venue le chercher et nous n’avons plus entendu parler de lui. »

Une mort presque anonyme, presque anodine. Chaque année, les travailleurs originaires d’Asie du Sud-Est, qui constituent 80 % des 2 millions d’habitants du Qatar, sont plusieurs centaines à le quitter dans un cercueil. Ils finissent leur vie dans le pays où ils croyaient en commencer une nouvelle, fauchés dans la force de l’âge par des conditions de travail harassantes. Les experts de la Confédération syndicale internationale (CSI), venus au début du mois à Doha, dans la foulée d’une enquête du quotidien britannique The Guardian présentant le Qatar comme un Etat esclavagiste, ont fait leurs calculs.

Lire : La FIFA joue la montre avec le Mondial au Qatar

En supposant que le taux de mortalité ne faiblira pas d’ici à 2022 et en tenant compte des 1,5 million de travailleurs attendus en renfort dans le pays, ils ont conclu qu’au moins 4 000 immigrés paieront de leur vie le Mondial qatari. « Davantage d’ouvriers périront durant la construction des infrastructures que de joueurs ne fouleront les terrains », a prédit Sharan Burrow, la secrétaire générale de la CSI.

« UN EMPLOYÉ HEUREUX EST UN EMPLOYÉ PRODUCTIF »

La construction des neuf mégastades de la Coupe du monde n’a pas encore commencé. Mais la forêt de grues plantées dans les rues de Doha prépare déjà ce rendez-vous planétaire. Une ligne de métro est en travaux, ainsi que trois gigantesques quartiers d’habitations : Msheireb, qui pousse sur les ruines du vieux centre ; Lusail, prévu en périphérie de la capitale, et The Pearl, une marina cinq étoiles où se presse le gratin de la presqu’île. Un nouvel aéroport devrait aussi entrer en service dans les prochains mois, qui promet de rivaliser avec celui de Dubaï, l’un des hubs les plus fréquentés au monde.

Réputation oblige, les géants du BTP chargés de ces mégaprojets exhibent leur souci du bien-être au travail. Impossible de pénétrer sans un casque, un gilet fluorescent et des chaussures de chantier sur le site de Msheireb, une ville dans la ville, où près de 13 000 ouvriers s’activent. La délégation de la CSI qui l’a inspecté n’y a d’ailleurs relevé aucune violation flagrante des règles de sécurité. A leurs visiteurs étrangers, les managers de ces multinationales, telle la française Vinci construction, l’australienne Brookfield ou l’américaine CH2M Hill, vantent leurs « millions d’heures travaillées sans le moindre accident ». Ils ouvrent les portes de campements modèles, où tout est fait pour divertir le col bleu de retour du turbin : matchs de foot, parties de billard, concours de body-building, soirées karaoké… « Un employé heureux est un employé productif », clame le slogan de l’un de ces camps, qui dispose même d’un psy, pour soigner le manoeuvre ou le contremaître « qui a le mal du pays ».

Lire : Le Qatar peut-il perdre la Coupe du monde ?

Mais dès que l’on descend la chaîne de sous-traitance qui forme le tissu économique qatari, les abus apparaissent. Salaheddin, un quinquagénaire indien qui travaille comme carreleur sur le chantier de The Pearl, le sait mieux que quiconque. Après cinq mois dans le pays, la PME indienne avec laquelle il est sous contrat ne lui a toujours pas délivré de permis de résidence. « Sans ce document, il est impossible d’expédier de l’argent à l’étranger et de se faire soigner dans un hôpital public, explique-t-il, dans la turne de 15 m2 qu’il occupe avec sept autres compatriotes. Tous les mois, la compagnie nous envoie à Dubaï pour renouveler notre visa. C’est illégal. On risque de se faire arrêter à tout moment par la police. » Comme l’immense majorité des employeurs au Qatar, son entreprise viole la loi, qui impose un maximum de quatre ouvriers par chambre et interdit les lits superposés. « Elle nous a forcés à acheter nos matelas et ne nous fournit même pas l’eau courante, soupire Salaheddin. Un jour que l’on se plaignait, notre patron nous a suggéré de boire l’eau des toilettes. »

Une cascade d’humiliations pour une paie misérable en fin de mois : 900 riyals (180 euros) de base et au maximum 1 200 riyals (243 euros) avec les heures supplémentaires. « Ce sont des pratiques malheureusement classiques, dit Rajiv Sharma, un syndicaliste indien, membre de l’équipe de la CSI. J’ai rencontré des ouvriers qui s’entassaient à dix dans une même chambre, d’autres qui avaient signé un contrat avec un salaire de 200 riyals et qui ne touchaient même pas cette somme. Mis à part le système de la kafala, le code du travail est correct. Le problème vient de sa mise en application. Le nombre insuffisant d’inspecteurs et la lenteur de la justice encouragent toutes les violations. »

Des travailleurs sur un chantier à Doha, le 18 juin 2012.

Même inertie vis-à-vis des morts au travail. Le gouvernement, qui ne tient aucune comptabilité officielle, tend à minimiser le problème. Mais les chiffres fournis par les ambassades font frémir. Celle de l’Inde, qui représente la communauté immigrée la plus importante du Qatar, a dénombré 237 morts en 2012. Pour les neuf premiers mois de 2013, le compteur des décès marquait 159, avec un pic à 27 pour le mois d’août. Chez les Népalais, le deuxième plus gros contingent immigré (400 000 ressortissants) et le plus représenté dans le secteur de la construction, le bilan n’est pas moins macabre : 200 morts chaque année, selon une source très bien informée, qui a requis l’anonymat. « Les accidents cardio-vasculaires constituent 50 % à 60 % des cas, suivis par les accidents de la route et les accidents du travail qui représentent environ 15 % des cas », détaille cet informateur.

En l’absence d’autopsie, il est impossible d’affirmer que tous les cas de défaillance cardiaque – ou du moins les morts classés comme tels – sont le produit de la vie de forçat que mènent les ouvriers du BTP. La consommation d’alcool, endémique dans ce milieu, peut jouer aussi un rôle. Mais les bons connaisseurs du sujet s’accordent à penser qu’une grande partie de ces ouvriers succombent à un mélange d’épuisement, d’hyperthermie et de déshydratation, le principal fléau des chantiers. « Comment expliquer que tous les trois jours un Népalais meure d’une crise cardiaque alors que la plupart d’entre eux sont âgés d’une vingtaine d’années ? », s’interroge Sagar Nepal, l’un des chefs de cette communauté, sur un ton faussement candide.

Lire : Un Français « piégé » au Qatar entame une grève de la faim

Voilà les autorités qataries prises à leur propre jeu. Sur le fond, les conditions de vie et de travail qu’elles réservent à leur main-d’oeuvre ne diffèrent guère de celles en vigueur chez leurs voisins. Les cadences infernales, les logements sordides et le garrot de la kafala sont le lot commun des galériens du golfe Arabo-Persique, aussi bien à Doha qu’à Riyad ou à Abou Dhabi. Le cynisme des agences qui les recrutent dans les villages reculés du Népal, de l’Inde, du Bangladesh ou du Sri Lanka, ces négriers modernes qui leur font miroiter un salaire souvent raboté de 30 % à leur atterrissage et qui les obligent à s’endetter pour payer leurs visas et leurs billets, mériterait aussi d’être épinglé. Mais en décrochant la timbale du Mondial, la dynastie Al-Thani s’est placée toute seule sous les projecteurs des médias et des organisations de défense des droits de l’homme.

L’ancien émir, le cheikh Hamad, entendait faire de la grand-messe du ballon rond le point d’orgue de la stratégie d’influence qu’il avait développée ces dix dernières années. Le couronnement d’une politique de rayonnement tous azimuts qui avait fait de cette gazo-monarchie méconnue l’un des acteurs les plus en vue de la scène économique et diplomatique internationale. Mais pour son fils Tamim, parvenu au pouvoir en juin, l’événement est une source permanente de migraines. Comme si le charme qatari avait soudainement cessé d’opérer. L’auteur de ces lignes a d’ailleurs pu mesurer combien cette affaire met les autorités à cran : avec deux autres journalistes, il a payé sa curiosité de quelques heures de prison et d’interrogatoire au parquet de Doha.

Déjà soupçonné d’avoir acheté le vote de la Fédération internationale de football (FIFA), et malmené par les grands argentiers du sport parce que son Mondial, canicule estivale oblige, risque de se jouer pendant l’hiver et de bousculer le calendrier des compétitions internationales, l’émirat est aujourd’hui confronté au scandale le plus retentissant de sa courte histoire. Au nom du dieu Football, le pays le plus riche de la planète risque de devenir le tombeau des prolétaires du désert.

Les tout petits pas de l’émirat

Des abus, oui, de l’esclavage, non. C’est la ligne que suivent les autorités qataries depuis qu’a éclaté le scandale des conditions de travail réservées aux immigrés dans leur pays. Pétrifié à l’idée que cette affaire aboutisse à le priver du Mondial 2022, le petit émirat dénonce une « politisation », tout en esquissant quelques réformes : un doublement du nombre des inspecteurs du travail, la création d’un embryon de syndicat et une amorce de réflexion sur une éventuelle abolition de la kafala, le système qui enchaîne l’ouvrier à son employeur. Cette politique des (tout) petits pas est le reflet des tensions que la crise génère en interne entre conservateurs, hostiles à tout déverrouillage du système, et progressistes, désireux d’ouvrir davantage le royaume. « Il suffirait d’abolir la kafala pour que la plupart des problèmes soient levés, dit un entrepreneur français installé à Doha. Les boîtes seraient obligées de mieux traiter leurs employés pour éviter qu’ils passent à la concurrence. La pression va vite croître sur les épaules de l’émir. Il ne pourra pas se dérober longtemps. »

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Et si on parlait des stocks d’armes chimiques en Israël ?


mardi 24 septembre 2013 – 16h:12

Jonathan Cook

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Le plan d’inspection et de destruction des armes chimiques de la Syrie attire l’attention sur les armes de destruction massive (ADM) non déclarées d’Israël.

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Attaque aux armes chimiques (phosphore blanc) sur une école des Nations Unies à Gaza, hiver 2008-2009. La barbarie sioniste a tous les droits, ne connait pas de freins, et bénéficie d’une complicité internationale coupable.

Les responsables israéliens semblent de plus en plus nerveux, craignant que les efforts internationaux pour détruire les armes chimiques syriennes ne servent de prélude à des exigences pour qu’Israël élimine ses propres ADM non déclarées.

Israël maintient ce qu’il appelle « une posture de l’ambiguïté » sur la question de savoir s’il dispose d’armes nucléaire ou chimiques. Mais ce État est très fortement soupçonné de disposer d’un grand arsenal de bombes nucléaires, soustrait à toute surveillance internationale, et il existe de forts soupçons qu’il ait secrètement développé un programme d’armes chimiques.

Ces préoccupations se sont renforcées après la divulgation ce mois-ci d’un rapport confidentiel de la CIA suggérant qu’Israël avait constitué un stock important d’armes chimiques dans les années 1980. Israël a refusé à la fois de signer le Traité de non-prolifération de 1968, portant sur la réglementation des armes nucléaires, et de ratifier la Convention sur les armes chimiques de 1993, laquelle oblige les États à soumettre à une surveillance internationale et à détruire les agents chimiques en leur possession.

Au cours des derniers jours, d’autres pays du Moyen-Orient ont pris une série d’initiatives pour attirer l’attention internationale sur les ADM d’Israël.

Ces efforts ont suivi la ratification de la Convention sur les armes chimiques par Damas la semaine dernière, et l’annonce ce week-end d’un calendrier convenu entre la Russie et les États-Unis pour débarrasser la Syrie de ses stocks de substances chimiques d’ici le milieu de l’année prochaine.

Israël est aujourd’hui l’un des seuls six États qui refusent d’appliquer la Convention, avec dans la liste l’Égypte, le Myanmar, l’Angola, la Corée du Nord et le Sud Soudan. Cela a suscité des inquiétudes qu’Israël ne devienne rapidement un État paria sur la question.

Le journal quotidien Haaretz a rapporté cette semaine que la perspective que des pressions internationales ne s’exercent sur Israël pour connaître la vérité sur ses stocks d’ADM « tenait éveillés toute la nuit pas mal de hauts responsables de la défense israélienne ».

Shlomo Brom , un ancien général israélien et maintenant chercheur à l’Institut d’études de sécurité nationale à l’Université de Tel Aviv, a qualifié « d’imprudente » la politique actuelle d’Israël sur les armes chimiques.

« La réalité au Moyen-Orient a changé depuis qu’Israël a refusé de ratifier la convention. Il n’y a plus aucune bonne raison pour Israël de rester avec la poignée de régimes qui s’opposent à lui. »

Cette semaine, les États arabes ont présenté une résolution devant l’organisme de surveillance nucléaire des Nations Unies, l’Agence internationale de l’énergie atomique, demandant à Israël de placer ses installations nucléaires sous le régime d’inspection de l’AIEA dans le cadre du projet d’instaurer une zone sans armes nucléaires dans la région.

Le Traité de non- prolifération des armes nucléaires, qu’Israël a refusé de signer, a été élaboré en 1968, un an après Israël ait très certainement produit sa première ogive nucléaire.

« Mesures graves »

Un rapport publié ce dimanche par deux experts en prolifération a évalué qu’Israël avait construit un total de 80 bombes nucléaires jusqu’à 2004, année où il a semble-t-il avoir interrompu la production. Le même rapport conclut qu’Israël avait des stocks de matières fissiles suffisamment importants pour doubler le nombre de bombes à court terme.

Les responsables américains se sont cependant opposés aux États arabes à l’AIEA. Joseph Macmanus, le représentant américain à l’agence, a déclaré que la résolution « ne fait pas avancer notre objectif partagé de progrès vers une zone exempte d’ADM au Moyen-Orient. Au lieu de cela, elle sape les efforts d’un dialogue constructif vers cet objectif commun. »

Un plan égyptien préparant le terrain pour l’établissement d’une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient avait été parrainée par les États-Unis en 2010, malgré l’opposition d’Israël. Cependant, Washington a annoncé l’an dernier qu’il reportait toute action à un date ultérieure. Dans le même temps, dimanche dernier, le ministère iranien des Affaires étrangères a exhorté la communauté internationale à « prendre des mesures sérieuses » pour forcer Israël à ratifier la Convention sur les armes chimiques.

Suite à la ratification de la convention par la Syrie, son ambassadeur à l’ONU, Bachar Jaafari, a déclaré : « le principal danger des armes de destruction massive, c’est l’ arsenal nucléaire israélien », ajoutant qu’Israël possédait des armes chimiques, mais que la plupart des autres États ne sont pas prêts à en parler.

Cela peut encore changer. Les représentants du gouvernement israélien se sont dits inquiets que le secrétaire d’État américain, John Kerry, puisse exiger d’Israël la ratification du traité de non prolifération dans le cadre des efforts américains pour effacer les armes chimiques du Moyen-Orient. « Maintenant, Kerry peut expliquer que les USA ont besoin de l’aide d’Israël avec une ratification du traité interdisant l’utilisation d’armes chimiques », a rapporté le journal Haaretz .

Selon des informations parues dans les médias israéliens, les ambassades israéliennes à l’étranger ont reçu des instructions pour éluder les questions posées par les journalistes et les diplomates et liées aux armes chimiques israéliennes.

Le ministère israélien de la Défense a refusé de faire des commentaires pour Al-Jazeera, renvoyant les questions au bureau du Premier ministre. David Baker, un porte-parole de Netanyahu, a également refusé de répondre, traitant de « spéculations » toutes les interrogations. Il n’a pas voulu dire si le gouvernement israélien avait donné des directives aux responsables politiques.

Dans une déclaration publique inhabituelle, Amir Peretz, ancien ministre de la Défense, a déclaré à Radio Israël cette semaine : « J’espère beaucoup, et je suis certain, que la communauté internationale ne va pas en faire une question centrale et que nous allons maintenir le statu quo ». Contrairement à la Syrie, a-t-il prétendu, Israël était un « régime démocratique et responsable ».

Uri Avnery , un journaliste israélien et ancien homme politique, a déclaré que les Israéliens sont persuadés que leur pays possède secrètement de telles armes. « Le gouvernement israélien a toujours maintenu que Israël était une exception, qu’il s’agissait d’un gouvernement responsable et qu’il n’avait donc pas besoin de se soumettre aux conventions internationales, qu’elles soient nucléaires, biologiques ou chimiques. Les Israéliens croient qu’en raison de l’Holocauste, ils ont droit à une protection supplémentaire, ce qui signifie en pratique l’accès à tout type d’arme. »

Le secret d’Israël est, en partie, motivée par la promesse d’éviter d’embarrasser les États-Unis en déclarant posséder des armes de destruction massive. Washington en effet viole la législation américaine en continuant à verser à Israël des milliards de dollars chaque année, alors qu’Israël possède des armes nucléaires hors de tout traité de non- prolifération.

Une position à courte vue

Le refus d’Israël de ratifier la Convention sur les armes chimiques aux côtés de la Syrie « est une position à courte vue et d’utilité douteuse » , dit un éditorial du Haaretz, ajoutant qu’un changement de politique montrerait qu’Israël était prêt « à faire sa part dans l’effort général pour débarrasser la région des armes de destruction massive ».

Les soupçons qu’Israël puisse dissimuler un programme d’armes chimiques se sont renforcés à la suite d’un récent rapport du magazine américain Foreign Policy, révélant que des satellites espions américains avaient découvert une zone de stockage d’armes chimiques dans le désert du Néguev en Israël pour la première fois en 1982.

Un rapport confidentiel de la CIA de 1983 et divulgué par le même magazine, avait identifié « une probable installation de production et stockage d’agent innervant », près de la ville israélienne de Dimona, elle-même proche du réacteur nucléaire israélien. Le magazine ajoute que les industries chimiques d’Israël sont également soupçonnées d’être impliquées dans la production d’armes.

Selon des communications militaires israéliennes captées et divulguées par l’Agence de sécurité nationale américaine à cette époque, les bombardiers israéliens ont mené des missions simulant des bombardements par armes chimiques dans le Néguev .

Le rapport suggère que « plusieurs indicateurs nous amènent à croire [que les Israéliens] ont à leur disposition au moins des agents neurotoxiques persistants et non persistants, du gaz moutarde et plusieurs agents toxiques de lutte antiémeute, insérés dans des systèmes appropriés de diffusion ».

Bien qu’il ne soit pas possible de savoir si fonctionne encore le site de stockage d’armes chimiques identifié par la CIA au début des années 1980, il y a des indications sérieuses qu’Israël a continué à travailler sur des agents neurotoxiques dans les années qui ont suivi.

Israël est connu pour avoir un institut de recherche biologique à Ness Ziona, à environ 20km au sud de Tel Aviv, qui se présente comme un centre de recherche du gouvernement. Officiellement, l’institut effectue de la recherche pour la médecine et pour la défense, notamment en aidant Israël à se prémunir contre les effets d’une attaque au moyen d’ armes chimiques ou biologiques.

L’institut est cependant soupçonné d’avoir également et secrètement développé des capacités offensives, le plus célèbre de ses agents toxiques ayant été utilisé dans une tentative d’assassinat du dirigeant du Hamas, Khaled Mechaal, en Jordanie en 1997.

Mechaal, à qui des agents du Mossad avait injecté un produit toxique dans une oreille, ne fut sauvé que parce que les deux agents impliqués ont été capturés alors qu’ils étaient encore en Jordanie. Binyamin Netanyahu, le premier ministre israélien de l’époque, avait décidé de remettre un antidote en échange de la libération des deux espions.

Des armes expérimentales

Israël est fortement soupçonné d’avoir utilisé une toxine très difficile à détecter dans la mort encore inexpliquée du dirigeant palestinien Yasser Arafat en 2004.

La connexion entre Israël et les armes chimiques a également fait surface suite à un crash d’un avion israélien près d’Amsterdam en 1992.

Les médias néerlandais avaient rapporté que l’avion d’El Al transportait des quantités importantes d’un composant chimique majeur du gaz sarin, le gaz neurotoxique utilisé près de Damas le dernier mois, le gouvernement syrien ayant été largement accusé d’être responsable de l’attaque. La société américaine qui avait fourni [en 1992] le produit chimique en question, avait déclaré que la livraison devait se faire à l’Institut de recherche biologique à Ness Ziona.

Une série de rapports, dont un de la BBC au début de la deuxième Intifada palestinienne il y a dix ans, a également accusé Israël d’utiliser ce qui semblait être une forme expérimentale de gaz lacrymogène produisant des convulsions graves pour beaucoup de ceux qui l’ont inhalé.

Plus récemment, les attaques répétées d’Israël sur Gaza ont été l’occasion d’utiliser des munitions Dense Inert Metal Explosive ( DIME), un type d’arme expérimentale qui n’est pas encore couvert par les traités internationaux. Son explosion provoque de graves dommages internes aux victimes et laisse des traces de métaux cancérigènes, tels que le tungstène, dans les corps de ceux qui survivent.

En hiver 2008-09 , Israël a été largement condamné pour avoir utilisé du phosphore blanc sur des zones habitées de Gaza. Même si ce gaz est autorisé à être utilisé sur un champ de bataille pour créer un écran de fumée, le phosphore blanc est considéré comme une arme chimique lorsqu’il est utilisé dans des zones où des civils sont présents. Les éléments de cette substance chimique brûlent à travers la chair et les poumons et ils sont particulièrement difficiles à éteindre.

Sous la pression internationale, l’armée israélienne s’est engagée plus tôt cette année à mettre fin à l’utilisation de ce type de produit toxique.

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* Jonathan Cook a remporté le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Ses derniers livres sont Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jkcook.net.

Du même auteur :

- Israël cherche à mettre en opposition Arabes chrétiens et musulmans dans une confrontation cruelle – 29 août 2011
- Des discussions inutiles, mais aussi lourdes de danger – 2 août 2013
- Gros racistes contre petits racistes : comment l’apartheid israélien se joue la comédie – 26 juin 2013
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- Le voyage d’Obama en Israël, c’est 4 nouvelles années de colonisation – 28 février 2013
- Israël a déclaré la guerre aux enfants de Jérusalem : 1200 arrestations en un an – 30 janvier 2012
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- Une carte du ministère du Tourisme israélien annexe plus de 60 % de la Cisjordanie – 1er janvier 2013
- Les sapins de Noël terrorisent les Israéliens – 5 décembre 2012
- Pourquoi Obama ne va pas s’en prendre à Israël – 16 novembre 2012
- Israël éradique l’Histoire : disparition de mosquées – 14 juillet 2012
- La bunkérisation d’Israël en voie d’achèvement, sur fond de nettoyage ethnique permanent – 25 janvier 2012
- Il y a de la méthode dans la folie de Nétanyahou : Israël exclut la non-violence – 21 juillet 2011

Démenti: la brigade Al-Farouk n’a pas kidnappé Pierre Piccinin et le journaliste Domenico Quirico


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2013/09/21

AlFaroukPiccininQuirico

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux,
Communiqué de presse donnant des éclaircissements sur la question de l’enlèvement des journalistes dans la ville de Homs, Brigades al-Farouq.

Al- Farouq dénonce et condamne l’action inhumaine que représente l’enlèvement des journalistes italien (Domenico Quirico ) et belge (Pierre Piccinin da Prata), qui nuit à la Syrie et porte atteinte au code éthique de notre révolution noble et bénie. Nous nous félicitons du retour des journalistes en toute sécurité auprès de leurs proches, et nous voulons inviter à la prudence dans les déclarations publiques.

Nous leur recommandons de vérifier toute information avant de la diffuser dans les médias, en conformité avec leur noble mission qui est de révéler la vérité, et ce au nom même de leur professionnalisme, de leurs sacrifices et des risques qu’ils ont pris pour montrer au monde les crimes indicibles contre l’humanité commis dans notre pays blessé, la Syrie.

Afin de démontrer la vérité au monde entier et à ceux qui aiment les Brigades al-Farouq, connues pour leur fidélité et leurs exploits et le fait qu’elles aient été les premières à faire face à la tyrannie du régime en Syrie, et de rectifier les informations erronées que l’ex-otage belge Pierre Piccinin da Prata a lancées dans un communiqué de presse a propos de l’enlèvement des journalistes en question, selon lesquelles l’enlèvement aurait été commis par l’une des Brigades al-Farouq dans la région de Qousseir il y a un bon moment.

Nous déclarons formellement que nous n’avions pas eu connaissance de cet enlèvement et que nous n’y avons nullement contribué, ce genre de pratiques étant incompatible avec les enseignements de l’Islam et ses principes éthiques. Nos relations passées avec les journalistes témoignent comment nous les avons aidés en facilitant leur entrée sur le territoire syrien, en les accompagnant depuis le début de la révolution jusqu’à ce jour, dans la région de Homs en général et le quartier de Baba Amr en particulier.

Ce serait pour nous le comble de l’illogisme d’enlever ceux qui nous aident à montrer à l’ensemble du monde libre ce qui se passe dans notre pays … Au contraire, pour des raisons purement humanitaires et à la demande des représentants diplomatiques des pays des journalistes enlevés, et sous la supervision directe de l’état-major de l’armée libre de la Révolution syrienne, nous avons joué le rôle de médiateurs, prenant contact avec le groupe responsable de l’enlèvement et contribuant efficacement et directement à la réussite du processus de négociation qui a permis de libérer les otages et de les amener dans un premier temps vers une destination sûre avant qu’ils ne retournent dans leur pays d’origine en toute sécurité.

Nous précisions que la confusion vient du fait que le groupe qui les a enlevés porte le nom d’« al-Farouq al-Moustaqilla fi madinat al-Qousseir» (« al-Farouq indépendante dans la ville de Qousseir»), similaire à une partie du nom de nos Brigades. Comme l’indique le nom al-Moustaqilla qui signifie « indépendante », ce groupe est indépendant de nos brigades et n’a aucune relation avec notre direction centrale. De plus, la personne citée dans un communiqué de presse par le journaliste belge Pierre Piccinin, Abou Omar, nous est inconnue ; nous n’avons ni brigade ni chef qui porteraient ce nom.

Enfin, nous espérons que les diplomates des deux pays des ex-otages fassent la vérité en clarifiant notre position dans un communiqué de presse.

Nous remercions tous les journalistes lucides qui n’ont pas hésité à défendre nos positions et qui contribueront à faire la vérité en publiant notre déclaration.

Vive la Syrie libre !

L’Office exécutif des Brigades al-Farouq en Syrie.

Le communiqué d’Al-Farouk en français, est sur Facebook [01].

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piccinin-01

Le 9 septembre, l’enseignant Belge Pierre Piccinin et le journaliste italien Domenico Quirico ont été libérés après cinq mois de disparition en Syrie. Ils étaient otages d’une brigade sadique qu’ils nomment Al-Farouk. Le premier affirme à sa libération que « ce n’est pas le gouvernement Al-Assad qui a utilisé le gaz » sarin contre la population de Ghouta le matin du 21 août 2013.

La dernière histoire belge de Pierre Piccinin au secours d’Assad le chimique, un « témoignage » au service médiatique d’Assad, diffusé à la presse quelques heures avant le vote du congrès américain.

Le 19 septembre, Pierre Piccinin publiait sur Facebook une « Mise au point«  [02] pour contrer le démenti de la brigade Al-Farouq publié ce même jour:

[…] Il me semble de plus que, suite à cette action criminelle, les Brigades al-Farouk doivent désormais être inscrites sur la liste des organisations terroristes

Quant à la conversation [sur Skype] qu’une indiscrétion nous a permis de surprendre, elle n’est nullement le fait d’infiltrés du régime qui auraient mis cela en scène […]

Et les rebelles eux-mêmes n’avaient bien évidemment aucun intérêt à nous faire croire qu’ils étaient responsables du massacre d’al-Guhta.

Quant à l’usage de l’anglais, je crois pouvoir en conclure que le troisième intervenant dans cette conversation n’était pas arabe et ne parlait pas arabe. A chacun, à partir de cet élément, de conjecturer sur son identité et son rôle ; quant à moi, je m’en garderai bien, pour l’instant en tout cas.

Piccinin accuse la brigade de mentir, et termine par des « arguments » conspirationnistes censés faire échos à la propagande de l’axe Assad: à savoir que le terrorisme international serait une créature des USA et de l’occident depuis 20 ans. Pour ceux qui veulent bien se laisser séduire par la propagande de guerre pro-Assad: la trentaine d’attaques chimiques d’Assad recensées depuis décembre 2012, devraient s’interpréter selon ce mythe.

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sources

contresubversion

Pressions sur l’OMS : (Uranium appauvri et cancers en Irak)*



 

 

(Uranium appauvri et cancers en Irak)*

 

Par Denis Halliday

 

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) refuse catégoriquement de publier le rapport sur l’utilisation par l’armée US de l’uranium appauvri et autres armes de même type qui ont tué de nombreux Irakiens et dont les conséquences sont la naissance d’enfants malformés. C’est en violation de son mandat de porter les preuves de cette utilisation à la connaissance de tous.


Cette  question a été abordée en 2004 dans un rapport d’un expert de l’OMS sur «  la santé à long terme de la population irakienne résultant des armes à l’uranium appauvri (UA) ».  Ce premier rapport avait été considéré « comme secret » et comme tel enterré par l’OMS.

 

L’étude conduite par trois scientifiques de la radiation lançait un avertissement aux enfants et adultes qui pouvaient être atteints de cancer après avoir inhalé des poussières d’UA, toxique et radioactif. Mais l’Organisation a bloqué sa publication selon son principal auteur, le Dr. Keith Baverstock, conseiller principal en radiation de l’OMS ce que dément cette organisation.  (The Sunday Herald, 24 février 2004, Sir Rob Edwards).

 

Quelque neuf ans plus tard, un rapport conjoint de l’OMS et du  Ministère de la Santé irakien sur les cancers et les malformations  infantiles en Irak devait voir le jour en novembre 2012 mais « a été retardé à plusieurs reprises et maintenant n’a aucune date de publication ». Car jusqu’à ce jour, il reste un document «  classé ».

 

Selon Hans von Sponeck, ancien secrétaire-général adjoint des Nations unies : « le gouvernement américain cherche à empêcher les Nations unies d’inspecter les régions du sud de l’Irak  où l’uranium appauvri a été utilisé  et a causé de graves problèmes de santé et pour l’environnement ». (cité dans Mozhgan Savabiesfahani ‘Rise of Cancers and Birth Defects in Iraq : WHO refuses to releases Data, Global Research, july 31, 2013).

 

Cette tragédie rappelle celle de l’utilisation au Vietnam d’armes chimiques américaines pour laquelle les Etats-Unis n’ont pas voulu reconnaitre leur utilisation, ni n’ont payé de compensation ou fourni une assistance médicale à des milliers d’enfants nés, jusqu’à présent avec des déformations, en raison de la dispersion de l’agent Orange à travers le pays. Des millions de litres de ce produit chimique ont été vendus au Pentagone par les Monsantos, Dupont et autres sociétés pour des profits faramineux.

 

Etant donné la faculté des Etats-Unis à refouler les atrocités dont ils sont les auteurs en temps de guerre, je crains que les mères de Najaf et autres villes irakiennes ne reçoivent , en cas de naissance, aucune aide ou confort des coupables

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Ce qu’il nous faut, ce sont des Nations unies qui ne seraient plus corrompues par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

 

Denis Hallyday, ancien Secrétaire général adjoint a été le Coordinateur Humanitaire des Nations Unies en Irak du 1er septembre 1997 jusqu’en 1998. Il est Irlandais, titulaire d’un Master en Economie, Géographie et Administration Publique de Trinity College à Dublin.

Source: Information Clearing House (13/9/13)

Titre de la version originale: WHO Refuses to Publish Report on Cancers and Birth Defects in Iraq Caused by Depleted Uranium Ammunition

http://www.informationclearinghouse.info/article36220.htm

 

SYRIE. Damas disséminerait ses armes chimiques


Publié le 13-09-2013 à 06h50 – Mis à jour à 07h50

Par Le Nouvel Observateur avec AFP

Le régime chercherait à compliquer le travail des enquêteurs chargés de contrôler et de mettre en place le plan de démantèlement de l’arsenal chimique.

La Syrie a commencé à disséminer son arsenal chimique sur une cinquantaine de sites différents, dans le but de compliquer la tâche de ceux appelés à les contrôler, affirme vendredi 13 septembre le « Wall Street Journal ».

Le journal, qui cite des responsables américains anonymes, affirme qu’une unité militaire spécialisée, l’unité 450, déplace depuis des mois, y compris la semaine dernière, ces stocks d’armes chimiques, qui dépassent le millier de tonnes, selon des experts.

Ces armes chimiques ont commencé il y a environ un an à être déplacées depuis l’ouest de la Syrie où elles sont normalement stockées, vers deux douzaines de sites importants à travers le pays.

L’unité 450 a également commencé à avoir recours à des dizaines de sites plus petits, pour un total de quelque 50 sites disséminés à travers tout le pays, selon le journal.

En dépit de cette stratégie, les services de renseignement américain et israélien pensent toujours savoir où se trouvent l’essentiel de ces stocks d’armes chimiques, ajoute le quotidien américain des affaires.

Nous en savons nettement moins qu’il y a six mois quant à la localisation de ces armes chimiques », a toutefois reconnu l’un de ces responsables, cité par le journal.

Le président syrien Bachar al-Assad s’est engagé à envoyer aux Nations unies les documents nécessaires pour signer l’accord sur l’interdiction de l’utilisation des armes chimiques, tout en réclamant en échange des concessions importantes à Washington.

Américains et Russes ont entamé jeudi à Genève des discussions, prévues pour au moins deux jours, et auxquelles participent des experts en désarmement, qui portent sur la façon de placer l’arsenal chimique syrien sous contrôle international, une initiative lancée lundi par Moscou qui a éloigné la menace de frappes aériennes occidentales sur le régime de Damas.

source

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