Russie: Edward Snowden apparaît pour la première fois dans une vidéo


 

WikiLeaks a diffusé ce qu’il présente comme la première vidéo d’Edward Snowden depuis qu’il est exilé en Russie, dans laquelle l’ex-consultant du renseignement américain apparaît de bonne humeur et met en garde contre les dangers visant la démocratie.

« Si nous ne pouvons comprendre les politiques et les programmes de nos gouvernements, nous ne pouvons les approuver« , a dit Snowden dans une courte vidéo diffusée dans la nuit de vendredi à samedi sur WikiLeaks, le site qui a publié des centaines de milliers de câbles diplomatiques confidentiels.

Il s’adressait à un groupe de quatre anciens membres du renseignement américain lors d’une cérémonie à Moscou.

Ces quatre anciens agents ont remis jeudi à Snowden un prix pour « son intégrité dans le travail de renseignement« .

Un ancien analyste de la CIA Ray McGovern a souligné que son association était « fière d’honorer la décision de M. Snowden de suivre sa conscience et de donner la priorité au bien commun plutôt que de se préoccuper de son avenir« , selon WikiLeaks.

« Nous avons bon espoir que d’autres, avec la même droiture morale, suivront son exemple en éclairant les zones d’ombre et en révélant les crimes qui menacent nos droits civiques de citoyens libres« , a-t-il dit.

La vidéo montre Snowden en costume noir et chemise bleue, mais sans cravate, et paraissant à l’aise, lors d’un dîner avec les quatre ex-agents américains dans un lieu non précisé.

On y voit Snowden affirmant que l’espionnage tous azimuts était « très éloigné » de programmes légitimes.

« Il s’agit d’une sorte de vaste filet qui place sous surveillance des populations entières« .

« Dans le monde entier, les gens réalisent que ces programmes ne nous donnent pas plus de sécurité, ils affaiblissent nos économie, nos pays, ils limitent notre liberté d’expression, de penser, de vivre et d’être créatif, d’avoir des relations, de nous associer librement« , a-t-il dit à ses compagnons.

Snowden, 30 ans, a obtenu le 1er août un asile provisoire d’un an en Russie après avoir passé plus d’un mois dans la zone de transit de l’aéroport de Moscou Cheremetievo.
AFP

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WikiLeaks a traqué les vendeurs d’armes de surveillance


Cliquez sur les pays en rouge pour connaître leur rang au classement RSF de la liberté de la presse, et découvrir quels marchands d’armes les ont visités.
Jean-Marc Manach | journaliste
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Selon les révélations de l’unité de contre-espionnage de WikiLeaks, auxquelles Rue89 a eu accès avec 18 médias étrangers, les marchands de surveillance numérique privilégient les pays peu regardants sur les droits de l’homme.

Les marchands d’armes n’aiment guère la publicité. Problème : les télécommunications, ça laisse des traces, opportunément exploitées par la NSA (entre autres), comme Edward Snowden l’a amplement démontré.

WikiLeaks a décidé de rendre publique la liste des pays visités par les principaux marchands d’armes de surveillance numérique, dont trois « sociétés ennemies d’Internet » – pointées du doigt par Reporters sans frontières pour avoir vendu des logiciels espions à des pays eux aussi considérés par RSF comme des « ennemis d’Internet ».

En 2011, WikiLeaks avait rendu publics, avec ses « SpyFiles », des centaines de documents internes révélant l’ampleur du business des logiciels et systèmes d’espionnage et de surveillance des télécommunications.

Dans une nouvelle série de révélations, intitulée « SpyFiles 3 », à laquelle Rue89 a eu accès en partenariat avec dix-huit autres médias étrangers, WikiLeaks révèle que la WLCIU (pour WikiLeaks Counter Intelligence Unit), son « unité de contre-espionnage » (sic), a recensé les pays d’où se sont connectés les téléphones portables de dix-neuf employés ou responsables de onze marchands d’armes de surveillance numérique.

Surveillés depuis des mois par WikiLeaks

Du 4 au 6 juin derniers, le gotha de la surveillance des télécommunications se réunissait au Clarion Congress Hotel de Prague, à l’invitation d’ISS World. L’entrée de ce salon itinérant, interdit aux journalistes mais organisé sur les cinq continents, facturée entre 995 et 2 295 dollars (entre 755 et 1 742 euros), est réservée aux représentants de services de renseignement, forces de l’ordre et gouvernements.


ISS World, le supermarché des marchands d’armes de surveillance numérique

Les participants viennent y découvrir les dernières nouveautés en matière de surveillance et d’interception des télécommunications, assister à des démonstrations « live » de logiciels espions, et à des dizaines de conférences où les marchands d’armes expliquent comment leurs systèmes et logiciels peuvent aider les autorités à surveiller et combattre « les activités criminelles conduites sur les réseaux de télécommunication, l’Internet et les réseaux sociaux ».

Du 7 au 9 juillet, plusieurs de ces marchands d’armes se retrouvaient à Lyon, au forum Technology Against Crime, qui se targue de vouloir devenir le « Davos de la sécurité » puis, du 22 au 25, au Brésil, pour l’édition sud-américaine du salon ISS.

Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que plusieurs d’entre eux étaient surveillés, depuis des mois et pour certains des années, par l’unité de contre-espionnage de WikiLeaks.

Et force est de constater que, lorsqu’ils sont en voyage d’affaires, ces mercenaires du numérique ont une furieuse tendance à privilégier les pays peu regardants en matière de droits de l’homme. (Dans la carte ci-dessus, cliquez sur les pays en rouge pour connaître leur rang au classement RSF de la liberté de la presse, et découvrir quels marchands d’armes les ont visités.)

Droits de l’homme et bord de mer

L’allemand Trovicor, ex-Nokia Siemens Networks, est l’un des plus gros fournisseurs de solutions légales d’interception dans le monde. Plus de 100 pays utiliseraient ses technologies, et c’est le principal sponsor du salon ISS. Son code de bonne conduite précise, au chapitre « business ethics » que l’objectif de l’entreprise est de faire partie des industries leaders en matière de responsabilité sociale et de respect des droits de l’homme.

Elle n’en a pas moins fourni des systèmes d’interception à l’Iran, au Bahreïn et en Syrie, ce qui en a fait l’un des principaux « ennemis d’Internet » pour RSF. Sur ses 170 employés, un seul était surveillé par la WLCIU, qui avance que, depuis janvier, il a été deux fois aux Emirats arabes unis (où Trovicor a une filiale), ainsi qu’en Bulgarie, Serbie, et en Thaïlande, l’un des quatorze pays placés « sous surveillance » par RSF en 2012, en raison de ses velléités de contrôle, de filtrage et de censure d’Internet.

Contactée, la responsable communication de Trovicor à répondu à Rue89 que la liste de ces pays lui fait penser à l’itinéraire de quelqu’un qui apprécierait particulièrement les pays en bord de mer, et que son employeur s’interdit par ailleurs de vendre ses solutions à tout pays en guerre civile…

Mr Q. au Turkménistan

Elaman, elle aussi allemande, se présente comme spécialiste des « solutions de sécurité gouvernementale ». Son catalogue, que WikiLeaks avait rendu public à l’occasion des Spy Files, est un inventaire de tout ce dont aurait rêvé le Mr Q. de James Bond.

Sur la page d’accueil de son site web, Elaman avance que « la confidentialité est essentielle dans le business de la sécurité ». Elle aurait donc probablement préféré que l’on ne sache pas que, du 21 au 24 janvier dernier, puis les 12 et 13 juin, son responsable commercial, Holger Rumscheidt, était au Turkménistan, 177e (sur 179) au classement RSF de la liberté de la presse, un des douze pays considérés par l’ONG, en 2012, comme faisant partie des « ennemis d’Internet ».

Décrit par RSF comme « l’un des plus fermés au monde », le Turkménistan est aussi l’« un des pays les plus hostiles à la liberté d’expression ». Facebook, Twitter, YouTube et Gmail y sont bloqués et « les possesseurs d’antennes paraboliques ou de téléphones portables sont considérés comme des ennemis en puissance ».

La liste des pays d’où Rumscheidt s’est connecté au réseau téléphonique indique qu’il a aussi visité l’Azerbaïdjan (156e du classement RSF) en février 2012, la Jordanie (134e) en avril dernier, et multiplié les déplacements au Liban (101e), au sultanat d’Oman (141e) et aux Emirats arabes unis (114e), par ailleurs placés « sous surveillance » par RSF en 2012, suite aux « arrestations arbitraires » de plusieurs blogueurs qui avaient osé demander aux autorités de procéder à des réformes, ce qui leur avait valu des condamnations de deux à trois années de prison.

Les logiciels espions des Printemps arabes

Le groupe britannique Gamma, une des cinq sociétés classées « ennemies d’Internet » par RSF, n’est pas en reste : entre les 2 et 10 mars 2013, pas moins de quatre de ses principaux responsables se rendaient ainsi aux Emirats arabes unis, en compagnie d’Holger Rumscheidt (Gamma a noué une alliance de sécurité avec Elaman). Au total, huit des onze entreprises surveillées par la WLCIU ont visité les Emirats l’an passé.

La liste de WikiLeaks révèle que les employés de Gamma placés sous surveillance auraient par ailleurs visité le sultanat d’Oman, le Liban, l’Ouganda (104e au classement RSF), le Qatar (110e), le Nigéria (115e), Brunei (122e), l’Ethiopie (137e), l’Indonésie (139e) et la Guinée Equatoriale (166e), ainsi que deux des douze pays placés « sous surveillance » par RSF à l’occasion de son rapport sur les « ennemis d’Internet » : la Malaisie (145e) et le Kazakhstan (160e).

L’employé de Gamma dont le téléphone portable était, du 9 au 12 juin dernier, localisé au Kazakhstan, est un « usual suspect » : Martin Münch, né en 1981, est le responsable de FinFisher, une suite de logiciels espions (ou « chevaux de Troie ») qui ont beaucoup fait parler d’eux depuis que, Printemps arabes aidant, on a découvert qu’ils avaient été utilisés en Egypte, pour espionner des dissidents au Bahrein, ainsi que, comme l’ont révélé des chercheurs américains au printemps dernier, dans au moins 35 pays, dont quinze des pays visités par les employés de Gamma et de ses filiales l’an passé (Brunei, Nigeria, Afrique du Sud, République tchèque, Ethiopie, Indonésie, Malaisie, Mexique, Qatar, Serbie, Singapour, Turkménistan, Royaume-Uni, Etats-Unis, Emirats arabes unis).

Finfisher Spying & Monitoring Tools

Par Guillaume Dasquié

25 200 euros le « kit d’intrusion »

WikiLeaks publie par ailleurs une dizaine de documents révélant comment FinFisher et une entreprise suisse, DreamLab, ont vendu un « proxy d’infection » afin de pouvoir infecter les ordinateurs des citoyens ou résidents d’Oman et du Turkménistan (à la demande de leur gouvernement), ainsi qu’une fiche confidentielle révélant combien sont facturés ces logiciels espion.

Comptez 25 200 euros le « kit d’intrusion », ou bien 100 000 euros la licence de FinSpy, sa solution complète d’intrusion à distance, si vous voulez espionner de une à dix cibles, mais 250 000 euros si vous voulez en surveiller plusieurs centaines, plus 9 500 euros de licence (par client). Le support technique, et les mises à jour, sont facturés 255 338 euros la première année, ou 308 960 euros pour trois ans. Les formations, elles, sont facturées 22 500 euros, les cinq jours. Un juteux business qui a d’ailleurs conduit Gamma à ouvrir un compte « offshore » aux Iles vierges britanniques…

Interviewé par un journaliste de Bloomberg, Martin Münch déplorait l’an passé la publicité faite par les nombreux articles expliquant comment les logiciels espions de FinFisher étaient utilisés pour espionner des défenseurs des droits de l’homme et cyberdissidents, et expliquait avoir abandonné toute forme de vie sociale : « Si je rencontre une fille et qu’elle tape mon nom dans Google, je suis sûr qu’elle ne me rappelera jamais »…

Le blog du « voyageur au Moyen-Orient »

D’autres employés n’ont pas ces pudeurs de jeunes filles : Nelson Brydon, qui se présente sur son compte Twitter (@Brydon_N, désormais indisponible) comme « voyageur au Moyen-Orient » a ouvert un blog (désormais indisponible aussi) où il narre ses nombreux voyages en avion entre le Qatar et Dubaï, l’Ouganda, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Munich – siège social d’Elaman, révélant incidemment la liste des pays où sont donc probablement installés des logiciels ou systèmes espions de Gamma, son employeur.

Sur ce blog, Nelson Brydon ne parle pas de son métier mais, une fois par an, il rédige un (très) long billet où il explique ce que cela fait de prendre l’avion, et compare les compagnies aériennes, les stewards, hôtels…

Le dernier billet se conclut par un « rendez-vous en 2013 ». Sans trahir de secret professionnel, la liste de WikiLeaks indique que, rien qu’entre février et août, il a déjà été cette année sept fois au Qatar, ainsi qu’aux Emirats arabes unis, à Oman, en Malaisie, qu’il était à Chypre du 8 au 29 juillet (en vacances ?), et qu’il était de nouveau au Qatar du 18 au 22 août derniers.

Les petits secrets d’Hacking Team

L’unité de contre-espionnage de WikiLeaks s’est également intéressée au principal concurrent de FinFisher, Hacking Team, une entreprise italienne elle aussi placée dans la liste des « ennemis d’Internet » de RSF. Elle s’était en effet fait connaître après que des journalistes marocains, et un blogueur des Emirats arabes unis, ont reçu des e-mails infectés par « Da Vinci », son logiciel espion.

En avril dernier, une étude de Kaspersky Lab avait révélé que le cheval de Troie d’Hacking Team était particulièrement utilisé au Mexique, en Italie, au Vietnam, aux Emirats arabes unis, en Irak, au Liban et au Maroc. La WLCIU révèle aujourd’hui que les deux employés de Hacking Team qu’elle a surveillé ont multiplié les courts séjours (de deux jours) au Maroc en 2011, 2012 et 2013, ainsi qu’aux Emirats arabes unis, à Singapour, en Serbie, en Espagne, Egypte, Arabie saoudite, au Qatar, Liban, en Malaisie et à Oman.

Eric Rabe, conseiller juridique de Hacking Team, a refusé de commenter la liste des pays visités, mais a tenu à préciser que son employeur avait constitué un panel d’experts indépendants habilité à opposer un veto à tout contrat, qu’il vérifie systématiquement si leurs nouveaux clients pourraient se servir de leurs logiciels espions pour commettre des violations des droits de l’homme, et qu’Hacking Team se réserve le droit de refuser ou suspendre tout contrat en pareil cas, ce qui serait déjà arrivé.

Interrogé sur les soupçons d’utilisation de leur cheval de troie pour espionner des opposants marocains et émiratis, Eric Rabe refuse de rendre publiques les conclusions de leur contre-enquête, ni d’éventuelles mesures prises depuis. Il refuse également de révéler l’identité des experts indépendants, non plus que de leur permettre de répondre aux questions des journalistes, afin d’éviter qu’ils ne fassent l’objet de « pressions pouvant influencer leurs décisions »…

Julian Assange : « Surveiller les surveillants »

Et c’est précisément, explique le fondateur Julian Assange, pour « mettre en lumière cette industrie secrète de la surveillance, qui travaille main dans la main avec les gouvernements de par le monde pour autoriser l’espionnage illégitime de citoyens » que WikiLeaks a lancé ces « SpyFiles 3 », qui permet de doubler le nombre de documents, brochures, plaquettes et autres portfolios émanant des marchands d’armes de surveillance numérique contenus dans la base de données de l’ONG.

Interrogé sur ce qui lui avait permis de mener l’opération de « location tracking » (sic), Julian Assange oppose un « no comment » ferme et définitif. Tout juste consent-il à expliquer que « le rôle de la WLCIU est de protéger les actifs, personnels et sources de WikiLeaks de toute opération d’espionnage hostile, et de révéler la nature des menaces en terme d’espionnage qui pèsent sur les journalistes et leurs sources » :

« Cela comprend des mesures de contre-espionnage incluant, par exemple, la détection de mesures de surveillance mais également le fait de recevoir des informations émanant de sources internes aux organisations susceptibles de menacer la sécurité des journalistes.

Les données collectées par la WLCIU et révélées dans ces SpyFiles 3 permettent aux journalistes et citoyens d’aller plus loin dans leurs recherches portant sur l’industrie de la surveillance, et de surveiller les surveillants. »

Les révélations de la WLCIU ont permis au magazine espagnol Publico de découvrir que la Guardia Civil et l’armée espagnole avaient passé un contrat avec Gamma. En février dernier, plusieurs ONG, dont Reporters sans frontières et Privacy International, portaient plainte contre Gamma et Trovicor, qui auraient violé onze des principes directeurs de l’OCDE, censés garantir la responsabilité sociale des multinationales, en fournissant des armes de surveillance numérique au Bahreïn.

Les nouvelles révélations de WikiLeaks, et la liste des pays, pourraient donner de nouveaux arguments à ceux qui plaident pour un contrôle à l’exportation des systèmes et outils de surveillance et d’interception des télécommunications qui, à ce jour, ne sont pas considérés comme des « armes », et peuvent donc être vendus à des pays connus pour bafouer les droits de l’homme, en toute légalité.

Aller plus loin

WikiLeaks : 2 millions de courriels de personnalités syriennes


Le site WikiLeaks a annoncé, jeudi 5 juillet, la publication de plus de 2 millions de courriels de personnalités politiques et de responsables officiels syriens, datant d’août 2006 jusqu’à mars 2012. « WikiLeaks a commencé à publier les ‘Syria files’ (dossiers syriens), plus de 2 millions de mails de personnalités politiques syriennes, de ministères et d’entreprises datant d’août 2006 à mars 2012 », a déclaré une porte-parole du site, Sarah Harrison, lors d’une conférence de presse à Londres.

Les courriels n’ont cependant pas été rendus accessibles au grand public. Ils ont été transmis en avant-première à des partenaires média de WikiLeaks : Al Akhbar (Liban), Al Masry Al Youm (Égypte), ARD (Allemagne), Associated Press (USA), L’Espresso (Italie), Owni (France) et Publico.es (Espagne). D’autres partenaires devraient être annoncés dans les prochains jours.

Seule une poignée de messages a pour l’instant été rendue publique – au moins théoriquement, le site de WikiLeaks connaissant des difficultés ce 5 juillet – en illustration d’articles publiés par ces partenaires. Publico a notamment publié un article s’appuyant sur l’un des emails syriens pour montrer qu’une société italienne avait vendu du matériel de surveillance à l’Iran en 2007.

LE SORT D’ASSANGE EN QUESTION

La conférence de presse de WikiLeaks s’est déroulée, comme d’habitude, au Frontline Club de Londres. Mais contrairement aux conférences de presse précédentes, ce n’est pas Julian Assange qui a pris place sur le podium, mais une porte-parole de l’organisation, et pour cause : M. Assange est toujours réfugié à l’ambassade de l’Equateur à Londres. Le cofondateur de WikiLeaks, qui a épuisé tous les recours pour éviter une extradition vers la Suède, où il doit être entendu comme témoin dans deux affaires de viol et d’agression sexuelle, affirme que les autorités suédoises cherchent en réalité à l’extrader vers les Etats-Unis.

En une semaine, la situation est devenue ubuesque : la Grande-Bretagne a annoncé que M. Assange serait arrêté s’il sortait de l’ambassade, pour infraction à sa liberté surveillée – le contrôle judiciaire strict auquel il est soumis lui interdit de dormir à une adresse autre que celle de sa résidence habituelle. Dans le même temps, il a été convoqué par la police, pour la préparation de son extradition, mais a refusé d’obtempérer. Le tout sans que l’Equateur n’ait encore accepté ou refusé sa demande d’asile, alors que le gouvernement équatorien multiplie les déclarations provocatrices de soutien dans la presse…

Conséquence directe, la conférence de presse de WikiLeaks, qui n’a duré qu’une petite demi-heure, s’est donc déroulée dans des conditions un peu particulières. « Je sais que le sort de Julian Assange fait de meilleurs gros titres, mais pourriez-vous concentrer vos questions sur les révélations que nous présentons aujourd’hui ? », avaient tenté de demander les animateurs de la conférence de presse.

Peine perdue : la deuxième question portait sur le sort du médiatique cofondateur du site… Le timing de ces nouvelles révélations semble cependant avoir été minutieusement calculé par l’organisation et par M. Assange. La dernière publication majeure de WikiLeaks, en décembre dernier, avait également coïncidé avec un moment-clef dans la bataille juridique contre son extradition. WikiLeaks, qui affirme toujours être dans une situation financière difficile, a également multiplié ces derniers jours les appels aux dons

Internet massivement surveillé


WikiLeaks rend public aujourd’hui près de 1 100 documents internes, plaquettes commerciales et modes d’emploi des produits commercialisés par les industriels des systèmes de surveillance et d’interception des télécommunications.

Ces nouvelles fuites montrent un marché de la surveillance de masse représentant désormais cinq milliards de dollars, avec des technologies capables d’espionner la totalité des flux Internet et téléphoniques à l’échelle d’une nation. Les fleurons de ce marché s’appellent Nokia-Siemens, Qosmos, Nice, Verint, Hacking Team, Bluecoat ou Amesys. Les documents détaillant leurs capacités d’interception, contenant une multitude de détails technologiques, seront progressivement mis en ligne par WikiLeaks.

OWNI, partenaire de cette opération baptisée SpyFiles avec le Washington Post, The Hindu, L’Espresso, la chaîne allemande ARD et l’ONG britannique The Bureau of Investigative Journalism a tenté de visualiser cette industrie d’un genre nouveau, en créant une cartographie interactive sur un site dédié, SpyFiles.org. Et Andy Mueller-Maguhn, ancien porte-parole du Chaos Computer Club allemand (le plus influent des groupes de hackers au monde), également associé à cette enquête, y consacre un site, BuggedPlanet.info – traduisez “planète sur écoute”.

Marchand d’armes de surveillance

À ce jour, nous avons répertorié 124 de ces marchands d’armes de surveillance, utilisant des technologies d’interception, dont 32 aux États-Unis, 17 au Royaume-Uni, 15 en Allemagne, dix en Israël, huit en France et sept en Italie… À l’instar des marchands d’armes “traditionnels“, la majeure partie d’entre eux sont situés dans des pays riches, et démocratiques. 12 des 26 pays recensés font ainsi partie de l’Union européenne qui, au total, totalise 62 de ces entreprises.

87 vendent des outils, systèmes et logiciels de surveillance de l’Internet, 62 de surveillance du téléphone, 20 des SMS, 23 font de la reconnaissance vocale, et 14 de la géolocalisation GPS. Sept d’entre elles font également dans la “lutte informatique offensive“, et commercialisent donc des chevaux de Troie,rootkits et autres backdoors (portes dérobées) permettant de prendre le contrôle d’ordinateurs, à distance, et à l’insu de leurs utilisateurs. Ces systèmes espions ont ceci de particulier par rapport à ceux utilisés par les pirates informatiques qu’ils ne seraient pas repérés par la “majeure partie” des éditeurs d’antivirus et autres solutions de sécurité informatique.

Dans nos démocraties, la commercialisation, et l’utilisation, de ces systèmes de surveillance et d’interception des télécommunications est strictement encadrée. Mais rien n’interdit, en revanche, de les vendre à des pays moins regardants, même et y compris à des dictatures : bien que conçus à des fins d’espionnage, ils ne font pas partie de ces armes dont l’exportation est encadrée par les lois nationales, européennes ou internationales. Ce n’est donc peut-être pas moral, mais tout à fait légal, en l’état.

Et les marchands d’armes se font fort d’exploiter ce vide juridique, comme le reconnaissait récemment Jerry Lucas, l’organisateur d’ISS1, le salon international qui rassemble tous les deux ou trois mois les professionnels de l’interception des communications :

Les systèmes de surveillance que nous exposons dans nos conférences sont disponibles dans le monde entier. Certains pays les utilisent-ils pour supprimer certaines déclarations politiques ? Oui, probablement. Mais ce n’est pas mon job de faire le tri entre les bons et les mauvais pays. Ce n’est pas notre métier, nous ne sommes pas des hommes politiques.

Notre business est de mettre en relation ceux qui veulent acheter ces technologies avec ceux qui les vendent. Vous pouvez bien vendre des voitures aux rebelles libyens, et ces voitures sont utilisées comme armes. General Motors et Nissan devraient-ils se demander comment leurs véhicules seront utilisés ? Pourquoi n’allez-vous pas également interroger les vendeurs de voiture ? C’est un marché ouvert. Vous ne pouvez pas enrayer la circulation de matériels de surveillance.

Interrogé par le Wall Street Journal, Klaus Mochalski, co-fondateur d’Ipoque, une société leader dans ce secteur, répondait de son côté que “c’est un dilemme, moral et éthique, auquel nous sommes constamment confrontés : c’est comme un couteau. Vous pouvez vous en servir pour trancher des légumes, mais vous pouvez également tuer votre voisin“… à ceci près que ces outils ne sont pas en vente libre dans n’importe quel magasin, et que les sociétés qui les commercialisent n’en font pas la promotion dans des foires commerciales ou marchés du coin, mais uniquement dans les salons réunissant marchands d’armes, et clients habilités à en acheter.

Silence radio

ISS interdit ainsi aux journalistes d’assister à ses conférences, et même d’entrer dans son salon. Et il était étonnant de constater, à visiter les nombreux stands spécialisés dans les technologies de surveillance présents au récent salon Milipol, qui s’est tenu à Paris en octobre dernier, que les représentants de ces derniers étaient bien plus frileux que les marchands d’armes traditionnels pour ce qui est de répondre aux questions des journalistes…

Contactée par OWNI, Amesys, la société française qui a vendu un système d’interception massive de l’Internet à la Libye de Kadhafi, se défausse ainsi auprès de son “client” :

Amesys est un industriel, fabricant de matériel. L’utilisation du matériel vendu (sic) est assurée exclusivement par ses clients.

A contrario, Thibaut Bechetoille, le PDG de Qosmos, une autre société française qui, à l’instar d’Ipoque, équipait ce même Big Brother libyen, et qui équipe également celui utilisé, actuellement, par les Syriens, a piteusement expliqué à l’agence Bloomberg que son conseil d’administration avait bien décidé de cesser ses activités en Syrie, mais que c’était “techniquement et contractuellement” compliqué…

A ce jour, quatre autres entreprises occidentales ont été identifiées comme prestataires de services des “grandes oreilles” syriennes : Area, une entreprise italienne qui a dépêché, en urgence, des équipes afin d’aider les services de renseignements syriens à identifier les (cyber) dissidents, Utimaco, filiale allemande de l’éditeur d’antivirus britannique Sophos – qui n’était pas au courant qu’Area utilisait ces systèmes en Syrie -, l’allemand Nokia Siemens, dont les équipements de surveillance de l’Internet auraient été transmis à la Syrie par son voisin iranien, et Bluecoat, une société américaine auquel le site reflets.info a consacré de nombreux articles.

On savait, depuis quelques années, que ces armes de surveillance étaient utilisées en Chine ou en Iran notamment, mais il a fallu attendre le printemps arabe, et les traces ou preuves laissées par ces marchands de surveillance (essentiellement occidentaux) en Tunisie, en Egypte, en Libye, à Bahrein ou en Syrie, pour en prendre toute la mesure.

La quasi-totalité de ces marchands d’armes de surveillance se targuent certes d’oeuvrer en matière de “lawful interception” (interceptions légales en français) et se vantent de travailler avec des ministères de la défense, de l’intérieur ou des services de renseignement. L’allemand Elaman, lui, va jusqu’à écrire, noir sur blanc, que cela permet aussi d’identifier les “opposants politiques” :

En matière de télécommunications, la notion de “rétention des données” porte généralement sur le stockage de toute information (numéros, date, heure, position, etc.) en matière de trafic téléphonique ou Internet. Les données stockées sont généralement les appels téléphoniques émis ou reçus, les e-mails envoyés ou reçus, les sites web visités et les données de géolocalisation.

Le premier objectif de la rétention des données est l’analyse de trafic et la surveillance de masse. En analysant les données, les gouvernements peuvent identifier la position d’un individu, de ses relations et des membres d’un groupe, tels que des opposants politiques.

Initialement développés afin de permettre aux services de renseignements d’espionner en toute illégalité, ces systèmes, outils, logiciels et autres “gadgets” conçus pour écouter, surveiller, espionner, traçabiliser ou géolocaliser quelqu’un “à l’insu de son plein gré“, sont aujourd’hui devenus un véritable marché. Interrogé par le WSJ, Jerry Lucas, l’organisateur d’ISS, expliquait ainsi que, parti de quasiment zéro en 2001, il avoisinerait aujourd’hui les 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires, par an.

Les Spy Files sont publiés par WikiLeaks à cette adresse.


Retrouvez notre dossier sur les Spy Files :

Mouchard sans frontière

La carte d’un monde espionné

Retrouvez nos articles sur Amesys.

Retrouvez tous nos articles sur WikiLeaks et La véritable histoire de WikiLeaks, un ebook d’Olivier Tesquet paru chez OWNI Editions.


@manhack (sur Twitter), jean.marc.manach (sur Facebook & Google+ aussi) .Vous pouvez également me contacter de façon sécurisée via ma clef GPG/PGP (ce qui, pour les non-initiés, n’est pas très compliqué). A défaut, et pour me contacter, de façon anonyme, et en toute confidentialité, vous pouvez aussi passer par privacybox.de (n’oubliez pas de me laisser une adresse email valide –mais anonyme– pour que je puisse vous répondre).

Pour plus d’explications sur ces questions de confidentialité et donc de sécurité informatique, voir notamment « Gorge profonde: le mode d’emploi » et « Petit manuel de contre-espionnage informatique ».

  1. pour Intelligence Support Systems for Lawful Interception, Criminal Investigations and Intelligence Gathering, à savoir, et en français, systèmes de soutien au renseignement en matière d’interceptions légales, d’enquêtes criminelles et de collecte de renseignement. []

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48 commentaires Sur cet article

  1. BOXSONS le 1 décembre 2011 – 2:04 Signaler un abusPermalink

    Beau travail et belles trouvailles en forme de polémiques.

    J’ai toutefois une légère préférence pour la conclusion de votre article : “Vous pouvez également me contacter de façon sécurisée via ma clef GPG/PGP”. Sinon, je serais dimanche au Nord Sud, Mairie du XVIII avec un Stetson et un journal de droite….mais lequel ???

    B.

  2. Les indignés Marseille le 1 décembre 2011 – 2:54 Signaler un abusPermalink

    Bravo, bravo et encore bravo !

    Ça c’est du journalisme, du vrai. De l’enquête, de l’investigation.


    PROVENCE DÉMOCRATIE
    MARSEILLE Mouvement des indignés

    Site : http://www.provencedemocratie.com
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    Twitter : https://twitter.com/#!/Provencracie
    email : provencedemocratie@gmail.com

  3. […] fait exceptionnel car il offre un instantané de l’état de l’art de la …Wikileaks, épaulé par OWNI, vient de publier aujourd’hui même les Spy Files, une liste de 1100 documents relatifs aux […]

  4. LittleSister le 1 décembre 2011 – 3:16 Signaler un abusPermalink

    Et vous pensez vraiment que ces technologies développées en occident ne sont pas utilisées à la maison?
    Avant de les vendre à prix d’or, ils les testent comment leurs “logiels d’interception à l’échelle d’un pays” à votre avis?

  5. yt75 le 1 décembre 2011 – 3:30 Signaler un abusPermalink

    Et quand les gentils geeks hurlent à la censure au simple fait que le blocage des sites de piratage est évoqué, ne laissant de fait que la surveillance flux utilisateurs comme voie légale, il ne faut pas non plus trop s’étonner que tout cela se développe …
    http://iiscn.wordpress.com/2011/05/15/piratage-hadopi-etc/
    Et j’espère que tout le monde est conscient du fait que les “darknets” et compagnie, ne sont que des overlays n’ayant pas à priori vocation à poser des cables transatlantiques non ?
    (On sait jamais aujourd’hui, quasi plus personne ne sachant lire …)
    Voir par exemple :
    http://www.pcinpact.com/news/67215-sabam-cour-justice-filtrage-blocage.htm?vc=1&_page=2
    “la terreur n’est pas française” écrivait Rimbaud dans la saison, mais à l’époque de la terreur imposée par la bêtise il est franchement possible d’en douter.

  6. […] planète sur écoute Le Salon Beige , le 1 décembre 2011   Dossier intéressant sur le marché ouvert de la surveillance de masse. Pour quelle raison y échapperions-nous? On […]

  7. nemo le 1 décembre 2011 – 5:24 Signaler un abusPermalink

    Bon, maintenant vous savez que nous savons, et nous savons que vous le savez.
    Tout va bien, vous pouvez reprendre votre travail.

  8. alain le 1 décembre 2011 – 6:33 Signaler un abusPermalink

    Et qui croyez vous ont participé au développement de tous ces outils de surveillance? D’anciens hackers bien de chez nous aujourd’hui devenus de bons pères de famille et qui ne font que gagner leur vie honnêtement… en aidant les dictatures à éliminer les opposants. C’est évident que ces systèmes sont utilisés chez nous. La liberté de communication n’existe plus sur internet, ça fait au moins dix ans que je le sais. Je n’avais pas besoin de votre dossier pour le savoir mais au moins je peux maintenant vous citez dans mes conversations avec mes proches et ne plus me faire traiter de conspirationniste paranoïaque. Beau travail tout de même.

  9. […] du dossier du site OWNI fortement conseillée! – Internet massivement surveillé – Des réfugiés sur écoute – La carte d’un monde […]

  10. […] de système de surveillance ont été dévoilés jeudi, en collaboration avec le site français Owni, le Washington Post, The Hindu, L’Espresso, la chaîne allemande ARD et l’ONG […]

  11. […] une fois en partenariat avec plusieurs médias comme le Washington Post aux Etats-Unis, ou le site Owni.fr. Mais cette fois-ci, les médias ont eux aussi contribué à enrichir la base documentaire. Owni a […]

  12. JEROME le 1 décembre 2011 – 11:54 Signaler un abusPermalink

    Belle enquête sur les Grandes Oreilles et les Gros Espions.
    Je suis informaticien et je sais bien que la tentation de l’espionnage des masses est grande chez tous les pouvoirs, y compris les plus démocratiques. Ne parlons même pas des dictatures (enfin surtout celles qui ont les moyens de se payer la technologie et les compétences nécessaires à sa mise en œuvre…).
    Un petit bémol cependant : la Lybie s’était payée ce genre de joujou numérique et on peut supposer la même chose en Egypte (avec des dollars US of course !), en Tunisie ou en Syrie. Pourtant, à coup de SMS ou de Tweets, les populations se sont soulevées et 3 de ces dictatures ont été renversées. Même si les nouvelles technologies ne sont pas responsables, loin de là, à 100 pour 100 de ces chutes, elles ont quand même leur part de responsabilité.
    Il faut quand même croire que les gens chargés de l’espionnage et de l’analyse des flux sont plus efficaces pour analyser nos habitudes de consommation et nous gaver de pub sur Internet que pour anticiper une révolution menaçant de renverser ceux-là même qui les payent. Etrange. A rapprocher avec le cas Américain du 11 Septembre 2001 où la NSA, la CIA, Echelon et toutes les agences suréquipées n’avaient pas vraiment su analyser les indices et les prémices des attentats à venir. Je suis certain qu’en grattant un peu on trouverait d’autres exemples de la toute relative efficacité de ces agences. Derrière tout ça, et vous le dites dans l’article, il y a surtout un gros marché très juteux qui se chiffre en milliards de dollars.
    Et puis, pour éviter de se faire espionner par Big Brother, on devra peut-être à l’avenir retourner aux bonnes vieilles méthodes. Vous savez les trucs de vieux du XXème siècle : les réunions secrètes sans téléphone ni ordinateur, le courrier, l’écriture, la rencontre réelle avec des vrais gens qui parlent vraiment. Je sais, cela n’est pas très moderne mais c’est totalement “analogique”, non numérique et sans intérêt pour les grandes oreilles de l’informatique et de la communication.
    En fait, il est possible que toutes ces agences soient omniprésentes, qu’elles cherchent à nous dominer. Il est même possible qu’il soit trop tard et qu’elles y parviennent. Mais elles ne sont certainement pas omniscientes. Elles peuvent bien contrôler tous les flux numériques du monde, mais comprendre un homme, ou un groupe d’hommes et leurs véritables motivations à travers ces seuls éléments, c’est comme regarder à travers un prisme : on n’y voit au fond qu’une représentation déformée de la réalité…

    J.

  13. […] d’un marché mondial de la surveillance et de l’espionnage étatique. Owni note : « Ce marché de la surveillance de masse représentent désormais cinq milliards de […]

  14. […] de système de surveillance ont été dévoilés jeudi, en collaboration avec le site français Owni, le Washington Post, The Hindu, L’Espresso, la chaîne allemande ARD et l’ONG […]

  15. […] éléments publiés sur Owni.fr montrent qu’Amesys ne s’est pas contentée de vendre du matériel de surveillance à la […]

  16. […] A ce jour, ces ventes n’entrent pas dans le spook des réglementations internationales note Owni. L’exemple de la Libye est, enLire la suite sur l’article source: […]

  17. cloy le 2 décembre 2011 – 4:14 Signaler un abusPermalink

    Si autant de sociétés font du business avec ce genre d’arme c’est qu’il n’y a pas que les quelques pays cités qui les utilisent! De la même façon qu’est utilisé Echelon depuis des décennies par les usa. Tout le monde utilise le même matériel, il n’y a que les mots qui changent. Dans nos pays “démocratiques” quand on espionne c’est pour notre sécurité tandis que dans les autres pays c’est pour surveiller. Mais l’action et le résultat sont les mêmes sauf dans les médias qui nous citent toujours les pays qui surveillent car chez nous cela semble normal et admis, c’est pour notre sécurité.

  18. Cany0n le 2 décembre 2011 – 9:55 Signaler un abusPermalink

    Un peu de détails techniques serait bienvenu. Bon, pour le reste, on s’en doutait un peu … Quand à ceux qui vendent des solutions matérielles ou logicielles à des dictateurs, j’espère qu’ils comprennent que ce qu’ils voient dans leurs miroirs, le matin, est moche … très moche …

  19. gggrrreee le 2 décembre 2011 – 10:01 Signaler un abusPermalink

    Bien , ce que je retiens surtout c’est : “Ces systèmes espions ont ceci de particulier par rapport à ceux utilisés par les pirates informatiques qu’ils ne seraient pas repérés par la “majeure partie” des éditeurs d’antivirus et autres solutions de sécurité informatique.”

    Ce serait une bonne idée si nos hackers anti Big brothers pouvaient nous concocter un vrai antivirus en open qui trackerait tous ces trucs indésirables.

    Possible d’après vous ?

  20. Bardamor le 2 décembre 2011 – 10:04 Signaler un abusPermalink

    – Pourquoi continuer de dire “démocratiques” des Etats dont vous démontrez qu’ils ne le sont pas, dont les institutions contrôlent lesdits citoyens bien plus qu’elles ne sont contrôlées par eux ?

  21. an391 le 2 décembre 2011 – 10:33 Signaler un abusPermalink

    @Bardamor

    Oui enfin, il y a aussi la mouvance “le système c’est l’ennemi” il faut tout hacker ! vive le chaos et tout et tout; internet c’est virtuel ! immatériel même !! Tout doit être gratuit même l’énergie !! Aucune loi on en a pas besoin !!

  22. arzw le 2 décembre 2011 – 10:59 Signaler un abusPermalink

    Très bon article.

    J’ai parcouru le site SpyFiles.org, et chose étrange parmi tous les pays industrialisés, le Japon n’est jamais mentionné dans aucunes catégories.

  23. lateo le 2 décembre 2011 – 11:25 Signaler un abusPermalink

    @gggrrreee:

    la faiblesse de l’écrasante majorité des antivirus, c’est qu’ils sont basés sur des signatures de virus.
    et donc ils ne connaissent que ce qu’on leur a appris.

    il existait à une époque 2 ou 3 antivirus utilisant une logique différente ; pas du tout infaillible, mais capable de détecter des trucs inconnus.

  24. […] et étrangères, dont faisait partie Amesys, ont noué des liens commerciaux avec la Libye“.Owni.fr précise qu’il existe 124 marchands de tels systèmes d’espionnage à travers le monde. […]

  25. Fab Zio le 2 décembre 2011 – 2:10 Signaler un abusPermalink

    Je crois que plus que jamais ce t-shirt est d’actualité !

    http://www.kdbzclothing.com/bigbrotheriswatchingyou.html

  26. Graou le 2 décembre 2011 – 3:20 Signaler un abusPermalink

    @ fab :
    Est-il réellement nécessaire de payer 20€ le t-shirt fabriqué en chine pour autant ?

  27. […] Des courriels internes publiés par WikiLeaks montreraient que la filiale sécurité de Bull a activement aidé le gouvernement libyen dirigé par le colonel Kadhafi à surveiller les communications électroniques des opposants du régime, situés en Lybie mais aussi en Europe, souligne OWNI. […]

  28. luc le 3 décembre 2011 – 1:44 Signaler un abusPermalink

    @JEROME (1 décembre à 11:54)

    “… Et puis, pour éviter de se faire espionner par Big Brother, on devra peut-être à l’avenir retourner aux bonnes vieilles méthodes. Vous savez les trucs de vieux du XXème siècle : les réunions secrètes sans téléphone ni ordinateur, le courrier, /…”

    D’accord sur l’essentiel, mais avec tout de même une réserve : en fait la pratique de l’interception et de l’ouverture du courrier à une large échelle était déjà parfaitement rôdée et instituée, dans le cas des Etats-Unis, à la date de 1925. Les historiens de type universitaire se moquent du monde, lorsque confrontés à cette réalité, ils tentent de la minimiser et de botter en touche du côté de quelques chantages datant des années… 1960 (ce qui en plus leur permet de refiler le bébé au parti démocrate, avec la mise en avant des Kennedy brothers, et d’ajouter une image subliminaire croustillante avec Marilyn Monroe).

    @BARDAMOR (2 décembre 2011 à 10:04)

    “- Pourquoi continuer de dire “démocratiques” des Etats dont vous démontrez qu’ils ne le sont pas, dont les institutions contrôlent lesdits citoyens bien plus qu’elles ne sont contrôlées par eux ?”

    La question présente aussi un intérêt tactique. En effet, dans un pays comme la France, beaucoup acceptent sans trop broncher, de la part de soi-disant démocraties, ce qu’à juste titre ils combattraient, venant de dictatures. La tentation dès lors est grande, de simplement changer les étiquettes. Mais à ce petit jeu : “ça passe, ou ça casse”. Et le risque n’est pas négligeable, si on n’est pas cru, d’alimenter le dispositif qui permet alors à ceux-qui-nous gouvernent de se poser en… victimes d’accusations ridicules, et à leurs spameurs-de-service sur Internet de crier à la “diabolisation” etc. etc.

  29. […] ce vide juridique, comme le reconnaissait récemment Jerry Lucas, l’organisateur d’ISS1, le salon international qui rassemble tous les deux ou trois mois les professionnels de […]

  30. […] La surveillance massive d’Internet révélée » OWNI, News, Augmented Dans nos démocraties, la commercialisation, et l’utilisation, de ces systèmes de surveillance et d’interception des télécommunications est strictement encadrée. Mais rien n’interdit, en revanche, de les vendre à des pays moins regardants, même et y compris à des dictatures : bien que conçus à des fins d’espionnage, ils ne font pas partie de ces armes dont l’exportation est encadrée par les lois nationales, européennes ou internationales. Ce n’est donc peut-être pas moral, mais tout à fait légal, en l’état. Et les marchands d’armes se font fort d’exploiter ce vide juridique, comme le reconnaissait récemment Jerry Lucas, l’organisateur d’ISS, le salon international qui rassemble tous les deux ou trois mois les professionnels de l’interception des communications : 87 vendent des outils, systèmes et logiciels de surveillance de l’Internet, 62 de surveillance du téléphone, 20 des SMS, 23 font de la reconnaissance vocale, et 14 de la géolocalisation GPS. […]

  31. Yalon le 4 décembre 2011 – 9:36 Signaler un abusPermalink

    Japan, Yes. Le Japon C kan même pas 1 Tsunami réel (this is may be n

  32. Yalon le 4 décembre 2011 – 10:13 Signaler un abusPermalink

    Japan, Yes. Le Japon C quand même pas 1 Tsunami réel (this is may be not the place nor the time but I wanted to share with all JAPANESE AND ABOVE ALL WITH THE FAMILLIES WHO SUFFERED AND WILL CONTINUE TO SUFFER UNLESS WE HELP YOU WITH
    MONEY, MEDICAL EXPERTS . JAPAN HAD MORE THAN ENOUGH I PTRSUME TO BE ALONE IN RADIOACTIVITIES DISASTERS) I AM ISRAELI AND SWISS AND I HAVE A LOT OF PAIN 4 ALL JAPANESE PEOPLE . LA QUESTION SUBSISTE … pourquoi le Japon n ‘ est pas dan la course
    l’armement numérique?! ou bien ils ont de bonnes raisons de cacher
    leurs web non éthique – morale oui il fevraii

    VICTIMS OF THIS HORRIBLE

  33. Yalon le 4 décembre 2011 – 10:14 Signaler un abusPermalink

    saloppes

  34. Yalon le 4 décembre 2011 – 10:22 Signaler un abusPermalink

    japan u suffered from radioactivities disasters alone u should react !!!? b the leaders of watching those who watch 4 Bad Reasons and sell arms : real or wide & wild use of the net…

  35. Regards le 5 décembre 2011 – 9:47 Signaler un abusPermalink

    Tout ceci accrédite que DSK était bel et bien surveillé et que l’espionnage tous azimuts est devenu la norme;)

  36. carado le 5 décembre 2011 – 12:13 Signaler un abusPermalink

    Et bien il ne nous reste qu’une chose à faire ( tous et toutes ) Porter plainte devant les tibunaux lorsque nous nous apercevrons que nous sommes ( effectivement ) surveillé.

  37. […] En fait, tout est de la faute du capitalisme. En effet, c’est un réseau de firmes spécialisées dans la surveillance de masse qui vendraient à certains gouvernements des solutions pour mieux contrôler les foules. Parmi ces entreprises, on trouverait Qosmos, Nice, Amesys ou… Nokia-Siemens. Mieux, leurs technologies permettrait d’espionner la totalité des flux du web mais aussi l’intégralité des échanges téléphoniques (SMS et MMS inclus, forcément). Alors bien sûr, dans les pays démocratiques, nos dirigeants ne peuvent pas faire n’importe quoi (enfin c’est ce qu’on dit, en tout cas), mais il n’en va évidemment pas de même pour les dictatures de ce monde et ces dernières seraient d’ailleurs de très bons clients de toutes les sociétés spécialisées dans ce secteur. Pour en savoir un peu plus sur le sujet, je vous invite d’ailleurs à lire l’article publié chez Owni.fr. […]

  38. […] y a donc une demande forte. Je ne peux que vous conseiller la lecture ce ces articles d’Owni:http://owni.fr/2011/12/01/spy-files-interceptions-ecoutes-wikilleaks-qosmos-amesys-libye-syrie/Le dossier: http://owni.fr/navigation-temporelle/?jour=2&mois=12&annee=2011Et bien sûr […]

  39. […] Internet massivement surveillé » OWNI, News, Augmented WikiLeaks rend public aujourd’hui près de 1 100 documents internes, plaquettes commerciales et modes d’emploi des produits commercialisés par les industriels des systèmes de surveillance et d’interception des télécommunications. […]

  40. […] Ces nouvelles fuites montrent un marché de la surveillance de masse représentant désormais cinq milliards de dollars, avec des technologies capables d’espionner la totalité des flux Internet et téléphoniques à l’échelle d’une nation. Les fleurons de ce marché s’appellent Nokia-Siemens, Qosmos, Nice, Verint, Hacking Team, Bluecoat ou Amesys. Les documents détaillant leurs capacités d’interception, contenant une multitude de détails technologiques, seront progressivement mis en ligne par WikiLeaks. OWNI, partenaire de cette opération baptisée SpyFiles avec le Washington Post, The Hindu, L’Espresso, la chaîne allemande ARD et l’ONG britannique The Bureau of Investigative Journalism a tenté de visualiser cette industrie d’un genre nouveau, en créant une cartographie interactive sur un site dédié, SpyFiles.org. Internet massivement surveillé » OWNI, News, Augmented […]

  41. luchont emilie le 5 décembre 2011 – 6:47 Signaler un abusPermalink

    je félicite toute l’équipe de et je voudrais savoirs concernant cet article qu’elle sont les logiciels précis utiliser pour l espionnage concernant internet quelle logiciel utilise t’ils pour infiltrer des ordi sans ce faire prendre et donc pouvoirs obtenir les mots de passe de certain adresse électronique. je précise que je suis moi aussi étudiante un communication option journalisme j’aimerai bien faire un article concernant ce sujet .
    merci d’avance

  42. Luca le 5 décembre 2011 – 9:26 Signaler un abusPermalink

    Petition de Access contre la vente des armes informatiques:
    https://www.accessnow.org/page/s/stop-the-sale

    Et Merci pour l’enquête.

  43. […] Le marché de la surveillance globale du web est en explosion, et la France est un des bons fournisseurs mondiaux de systèmes logiciels de traque via internet. On comprend rapidement dans cet excellent article à quel point l’hypocrisie est grande et simple entre se targuer d’un réseau qui libère les opprimés, tout en commercialisant les outils pour réprimer encore plus. L’exact parallèle avec le commerce des armes est permis évidemment. #armes #trackingsystems #internet #liberté #hypocrisie […]

  44. Nigsen le 6 décembre 2011 – 12:50 Signaler un abusPermalink

    En clair,cet espionnage qui se légalise,enfin officieusement,pour un début,ne vise ni plus ni moins qu’à museler certaines organisations comme AVAAZ,Amnesty International et bien d’autres encore!Et alors,tout contenu susceptible de contrecarrer des mesures impopulaires seront purement et simplement…censurés avant d’êtres portées à la connaissance du public.Et on continuera de vanter les mérites de la démocratie!Vive la démocratie!!!
    Je félicite les auteurs de cet article qui doit rendre bien mal à l’aise beaucoup de gouvernements…

  45. […] 2.0. {lang: ‘fr’}ShareLa récente publication par WikiLeaks, reprise en France par le site Owni.fr, de 287 documents baptisés SpyFiles, jette une lumière drue sur un monde parallèle, le plus […]

  46. […] vous recommande la lecture d’Owni qui consacre un excellent article à ce […]

  47. […] Internet massivement surveillé » OWNI, News, Augmented Dans nos démocraties, la commercialisation, et l’utilisation, de ces systèmes de surveillance et d’interception des télécommunications est strictement encadrée. Mais rien n’interdit, en revanche, de les vendre à des pays moins regardants, même et y compris à des dictatures : bien que conçus à des fins d’espionnage, ils ne font pas partie de ces armes dont l’exportation est encadrée par les lois nationales, européennes ou internationales. Ce n’est donc peut-être pas moral, mais tout à fait légal, en l’état. Et les marchands d’armes se font fort d’exploiter ce vide juridique, comme le reconnaissait récemment Jerry Lucas, l’organisateur d’ISS, le salon international qui rassemble tous les deux ou trois mois les professionnels de l’interception des communications : […]

  48. […] بریتانیایی Bureau of Investigative Journalism و سازمان فرانسوی  OWNI اسناد تمام شرکت هایی که تجیزات نرم افزاری و مخابراتی […]

Wikileaks divulguera les noms des politiciens arabes collaborant avec les USA



Al Manar

Wikileaks divulguera les noms des politiciens arabes collaborant avec les USA


Julian Assange

Samedi 1er janvier 2011

Le fondateur du site «Wikileaks« Julian Assange a promis de divulguer les noms des collaborateurs de divers pays arabes qui ont travaillé pour le compte des États-Unis.

Sauf qu’il a posé comme condition, la  garantie par  leur pays d’origine d’être juger de façon équitable et de ne pas être subir la peine de mort !

Assange a précisé au cours d’une interview avec la chaîne satellitaire qatarie al-Jazira,  qu’il existe « de nombreux traîtres dans le monde qui appellent les ambassades des États-Unis pour  leur fournir des informations sur ce qui se passe dans leur pays, ceux –là sont soient des responsables arabes ou des politiciens qui appellent volontairement l’ambassade américaine pour lui donner des informations sur leurs collègues ou sur les fonctionnaires qui travaillent dans les institutions étatiques ».

Il a ajouté qu’ «il n’y a pas de doute que ce sont des traîtres et qu’il faut les dénoncer ! »

Il a justifié la condition qu’il a posé  par le fait que les employés dans le site Wikileaks ne croient pas en la peine de mort !
Il a indiqué que «  les noms qui seront publiés, sont ceux à qui on a garanti  des procès équitable sans peine de mort ».

A bord du beau vaisseau Cablegate


Israel Shamir – Counterpunch 

Assange dans les entrailles de l’Empire.

(JPG) 

Julian Assange

Notre Neo dans la vraie vie a recommencé ! Dans son nouvel épisode de Wiki-Matrix, l’intrépide Julian Assange attaque l’Empire tout en étant pourchassé par des généraux voraces du Pentagone, des agents secrets de la CIA et des féministes suédoises enragées.

Pardonnez-moi si ça a l’air d’une bande dessinée pour teenager, mais cette histoire a tellement de détours et de rebondissements que ça me fait tourner la tête. La dernière fois que j’ai ressenti ça, c’est quand j’ai commencé à publier des textes anti-sionistes, seul et traqué. Un jour un vénérable Hassidique s’est approché de moi ; je me suis instinctivement recroquevillé, m’attendant à une scène terrible. Au lieu de me condamner, il m’a submergé de bienveillance et au même moment un orchestre s’est mis à jouer une veille mélodie de noces dans la maison voisine. Cet ancien chant de bénédiction a eu pour effet de m’envoyer loin, très loin du culte de la force brutale des nationalistes modernes, tout là-bas, dans un lieu où les vieilles traditions avaient encore de la valeur et du sens. Ou bien est-ce que je devais cela aussi à Clark Kent (Identité secrète de Superman NdT) ?

La génération digitale préfère le Neo de Matrix à Superman, mais la dynamique est la même. En se baladant dans le vaisseau de Moebius , Neo tombe sur un groupe de gamins adorables, impétueux et pragmatiques qui se sont consacrés à la destruction de Matrix. Durs comme du fer et cependant très humains, ces jeunes gens jouissent des relations privilégiées d’une troupe d’élite en attendant le signal de l’attaque. Ils suivent leur leader simplement parce qu’il est le meilleur et le plus intelligent. J’ai ressenti le même esprit de corps lors d’une récente visite dans une des lieux d’hébergement ultra-secrets et ultra-protégés de Wikileaks quelque part en Europe. Tous ces pirates informatiques et ces journalistes étaient réunis pour se préparer à lancer une opération qui sera connue dans l’histoire par le nom de Cablegate ou peut-être Megaleaks.

Il y avait là Malena du Brésil, Joseph de Suède, Sara de Nouvelle Zélande, James de Grande Bretagne, et des quantités d’autres personnes pas moins importantes ni précieuses, toutes bien installées sur des matelas ou des sofas avec leurs ordinateurs portables sur les genoux et leurs regards droit au coeur de Matrix. Un quart de millions de dépêches secrètes et confidentielles de la diplomatie américaine attendaient, comme autant de guêpes digitales, d’être lâchées dans l’espace cybernétique. Elles attaqueront le tendre bas-ventre de l’Empire, les illusions flatteuses qu’il entretient sur lui-même et qui sont le ciment des armées impériales. Cela pourrait peut-être suffire à faire tourner la marée et nous rendre un peu de notre liberté qui va s’évaporant.

Les sordides petits messages jettent une lumière crue sur les stratégies douteuses de l’Empire Américain et sur sa manière de se procurer des renseignements, de donner des ordres, de circonvenir les politiciens et de déposséder les pays. Mais évitons de tomber dans un anti-américanisme confortable et sans nuances, en nous rappelant que ces révélations, qui sont parmi les plus importantes révélations de méfaits criminels dans l’histoire, n’ont été rendues possibles que par le courage et l’honnêteté d’Etasuniens prêts à risquer leur vie pour faire éclater la vérité.

La tension monte quand vous osez vous opposer au terrible pouvoir de Matrix. Ces cyber-guerriers jeunes et intelligents, acceptent de mettre leur vie en jeu pour nous. Vont-ils survivre à l’opération ou les clones malfaisants vont-ils les attaquer et les détruire ? Quoiqu’il en soit, l’enthousiasme est grand et le temps est propice à cette entreprise audacieuse : un magnifique ciel dégagé, un soleil éclatant et des étoiles scintillantes pour nous guider à travers les nuits sans sommeil. Quoiqu’il advienne je serai toujours reconnaissant d’avoir vécu cela, d’avoir bénéficié de la compagnie de ces charmants jeunes gens ainsi que de l’inspiration de leur leader charismatique. Il est impossible de ne pas admirer Julian Assange. Il est toujours aimable, calme, gentil et même doux ; comme le Tao, il guide sans guider, il dirige sans commander. Il n’élève jamais la voix ; il dit un mot et tout devient clair. Notre Neo est guidé par l’idéal de la transparence sociale. La lumière vive est la meilleure arme contre les conspirations.

A bord du vaisseau Megaleaks, je feuillette les derniers nouvelles du front. Les médias semblent développer trois thèmes principaux qui tous les trois ont pour centre notre courageux héro Julian Assange. Il y a le thème du « traître » (qui permet à un empire mondialiste de revêtir des couleurs patriotiques), le thème du « violeur » (dans lequel une amante délaissée se venge de notre héro qui ne lui a pas fourni de moyen contraceptif au moment critique) et enfin le thème du « complot sioniste » (qui bizarrement est en lien avec le thème du viol puisqu’une de ses accusatrices s’est enfuie en Israël). Comme dans toute campagne de désinformation qui se respecte il y en a pour tout le monde : Les conservateurs peuvent rejoindre la meute en enfourchant le thème du traître, les libéraux adorent le thème du viol, et les fous peuvent s’exciter sur un complot sioniste de plus. Faisons de notre mieux pour libérer le nom de « Sion » phagocyté par cet Etat d’Apartheid et ramenons-le chez lui : sur le beau vaisseau Megaleaks et sous les projecteurs de la vérité. C’est un trop beau nom pour le laisser aux sionistes.

Le contenu de Megaleaks

La collection complète comprend 251 288 documents qui vont de décembre 1966 au 28 février 2010 en provenance de 274 ambassades. Chacun de ces documents est soit un télégramme diplomatique secret qui a été envoyé aux USA, soit un communiqué des Secrétaire d’Etat à des bases étasuniennes. Ils révèlent les ordres qui sont donnés partout dans le monde, les renseignements que veut obtenir le gouvernement des USA et les informations à répercuter ; ce que les diplomates découvrent dans les endroits où ils travaillent, des notes détaillées de réunions avec des membres d’autres gouvernements et les opinions de celui qui envoie la dépêche sur ceux qu’il a rencontrés. Les 261 276 536 mots qui constituent ces dépêches rempliraient 3 000 livres si on les imprimait. Ces dépêches illustrent le réseau de tentacules de contrôle et de commandement que les USA ont déployé sur le monde entier.

Les analyses préliminaires font apparaître de bonnes et de mauvaises nouvelles. Les mauvaises nouvelles : Les USA sont insidieux. Les fichiers montrent que les USA ont infiltré quasiment tous les pays du globe, même des états supposément neutres comme la Suède et la Suisse. Les ambassades étasuniennes surveillent de près leurs hôtes. Ils ont infiltré les médias, le commerce des armes, le pétrole, les services secrets et ils intriguent pour placer leurs entreprises à la première place. Les dépêches montrent que les USA règnent déjà sur un empire global.

Et maintenant les bonnes nouvelles : Ils ne sont pas tout puissants. Les dépêches prouvent qu’ils rencontrent de la résistance à tous les niveaux. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour s’imposer mais ils n’y arrivent pas toujours. La Russie est relativement libre, et l’Iran et la Turquie aussi ; même les états européens les plus dociles ne se soumettent pas toujours servilement. Les dépêches confirment notre connaissance personnelle de la résistance de la base en Angleterre et aux USA ; des magazines comme Counterpunch sont des phares dans une mer de brouillard.

Les fichiers révèlent quelques cas d’ingérence flagrante. Beaucoup des plus récents ont un rapport avec l’Iran qui est devenu une obsession chez les dirigeants étasuniens. Par exemple, juste avant le discours du Président Ahmadinejad à l’Assemblée Générale de l’ONU, le Département d’Etat a ordonné aux européens de quitter la salle à un moment précis. Et en effet les pouvoirs européens ont obéi au coup de sifflet étasunien tout comme les satellites obéissants de l’Union Soviétique dansaient sur l’air que jouait Staline. Il n’y a qu’un pays qui n’a pas obéi aux ordres, la Suède. Son représentant terrifié avait laissé passer le moment crucial par inadvertance et il a envoyé de frénétiques signaux de détresse aux Etasuniens pour savoir ce qu’il devait faire.

Voyez le pauvre petit état du Tadjikistan qui n’a fait que changer de maître. Il a supposément « accédé à l’indépendance » en 1991 mais que s’est-il réellement passé ? Ils obéissent désormais aux ordres des USA comme ils obéissaient aux ordres des soviétiques. Une dépêche d’un ambassadeur dit brutalement : « Les USA ont demandé au président Rahmonov de renvoyer [le responsable de la drogue] Mirzoev et il l’a fait. » Qui sauvera les pauvre petit Tadjikistan des griffes de Matrix ? L’ambassadeur nous donne un élément de réponse : « Nous pensons que la Russie exerce une forte pression régulière sur le Tadjikistan pour réduire le rôle et la présence des USA et de l’Occident. Les pressions de Moscou commencent à avoir de l’effet. »

Ou voyez l’Azerbaïdjan, où l’influence étasunienne a diminué et le pouvoir d’Israël a augmenté dans une telle mesure qu’une dépêche de l’ambassade de Bakou compare les relations entre Israël et l’Azerbaïdjan à un iceberg dont on ne voit que les neuf dixièmes.

Il semble que le pouvoir des USA ait atteint son apogée dans les années 1990 et qu’il commence maintenant à décliner lentement. Megaleaks n’est pas tant la cause que le symptôme de son déclin. Avec un peu de chance les gens de bonne volonté de par le monde vont s’unir pour détériorer avec élégance la machine de domination étrangère. Le peuple étasunien a bénéficié encore moins que les autres de la violence et de l’ingérence des stratégies politiques mondialistes. Des personnages héroïques comme Julian Assange nous guide vers un honnête système de contrôle décentralisé et loin de ces réseaux de conspirations qui nous rappellent Matrix.

On peut joindre Israel Shamir à : adam@israelshamir.net

source

29 novembre 2010 – Counterpunch – Pour consulter l’original :
http://www.counterpunch.org/shamir1…
Traduction : D. Muselet