Syrie: le régime et l’opposition changent de dirigeants


1|507 08.07 La totalité de l'ex-direction du parti Baas syrien a été écartée à l'exception du président Bachar al-Assad
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08.07 La totalité de l’ex-direction du parti Baas syrien a été écartée à l’exception du président Bachar al-Assad

MONDE | lundi 8 juillet 2013 à 23h07

  • Le président syrien Bachar al-Assad a écarté lundi tous les dirigeants de son parti, le Baas, dont le vice-président critique Farouk al-Chareh, tandis que l’opposition, en situation critique à Homs, a décidé de se séparer de son éphémère Premier ministre.

    « Les membres du commandement national ont été renouvelés« , affirme le parti sur son site, donnant les noms des 16 membres de la nouvelle direction, dont Bachar al-Assad. En revanche, le comité central a écarté le vétéran Farouk al-Chareh, très hostile à l’égard de la politique du chef de l’Etat.

    Le Premier ministre syrien Waël al-Halaqi ainsi que le président du Parlement Jihad Lahham ont fait leur entrée dans ce commandement du parti.

    Farouk al-Chareh, qui s’était prononcé fin 2012 pour une solution négociée de la crise en Syrie, reste vice-président. Il détient ce poste depuis 2006 après avoir été pendant 22 ans le chef de la diplomatie syrienne. Il avait été évoqué pour remplacer Bachar al-Assad en cas de transition négociée.

    « Ce coup de balai s’explique par les nombreuses critiques venues de la base du parti Baas sur les mauvais résultats de la direction avant et durant » le conflit, a affirmé Bassam Abou Abdallah, directeur du Centre de Damas pour les études stratégiques.

    « Elle avait de mauvais résultats et un discours trop rigide. Ce changement complet montre le niveau de mécontentement« , a-t-il ajouté.

    Le Baas, au pouvoir en Syrie depuis le 8 mars 1963, n’est plus officiellement depuis 2012 le parti qui « dirige la société« , mais il reste de fait la formation la plus influente du pays.

    Il s’agit du premier renouvellement de sa direction depuis 2005. A l’époque, la plupart des vétérans avait quitté le commandement, qui comptait 14 membres.

    Dans le même temps, le Premier ministre rebelle syrien Ghassan Hitto a annoncé lundi qu’il démissionnait, sans avoir pu former de gouvernement d’opposition, près de quatre mois après sa nomination lors d’une réunion à Istanbul.

    « Je ne continue pas dans ma tâche de Premier ministre chargé de former un gouvernement intérimaire. Je vais continuer à travailler dans l’intérêt de la révolution pour qu’elle mène à bien tous ses objectifs par tous les moyens possibles« , a-t-il indiqué.

    Dans un communiqué, la Coalition nationale de l’opposition syrienne, principale formation de l’opposition, a accepté la démission de Ghassan Hitto et annoncé qu’elle recevrait « les candidatures pour le poste de Premier ministre dans un délai de dix jours« .

    La démission de Hitto intervient deux jours après la nomination de l’opposant de longue date Ahmad Assi Jarba à la tête de Coalition.

    Jarba est considéré comme proche de l’Arabie saoudite, qui s’était opposée à la candidature de Hitto, soutenu par le Qatar, lors des laborieux débats précédant sa nomination en mars.

    Cette démission survient à un moment critique pour les rebelles. Les troupes syriennes ont gagné du terrain dans le centre de Homs, sous une pluie d’obus au dixième jour de leur offensive pour prendre le contrôle du dernier carré de la ville encore aux mains des insurgés, selon une ONG et des militants.

    Homs, ville symbolique pour la rébellion, est également stratégique car elle contrôle les principales routes d’approvisionnement entre le nord et le sud du pays.

    Akrama, un quartier de Homs tenu par le régime, a lui été touché par un attentat suicide à la voiture piégée faisant cinq morts, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Le quartier d’Akrama est à majorité alaouite, communauté dont est issue Bachar al-Assad.

    Les forces du régime ont pénétré dans plusieurs secteurs de Khaldiyé, quartier du centre de Homs « après de violents bombardements et en utilisant la tactique de la terre brûlée« , selon Abou Hilal, un militant anti-régime résidant dans la Vieille ville aux mains des rebelles, joint par l’AFP via Skype.

    Pour éviter de perdre trop d’hommes, l’armée détruit systématiquement les immeubles à l’artillerie, obligeant les rebelles à reculer.
    AFP source

Où sont les felouls ?


4 juillet 2013

Rentrée en France depuis un an maintenant, j’avais laissé ce blog en jachère. Je lis comme tout un chacun la presse internationale, la presse égyptienne en ligne, ou les courriers de mes amis, sans m’autoriser à publier un avis qui n’est pas très éclairé. Mais en ce lendemain de « 2ème révolution », les analyses de l’événement que j’ai pu lire ou entendre m’ont fait l’effet d’une décharge électrique qui m’a précipitée vers mon clavier. Souvenez-vous ! Les commentateurs qui, en janvier 2011, ne voyaient dans les événements d’Egypte que le spectre de l’islamisme, ceux-là même qui, au lendemain de l’élection de Morsy ne se privaient pas de « on vous l’avait bien dit », ceux qui ont fait recette en vendant des essais plus ou moins fouillés discutant doctement du label de révolution (minoré si on lui ajoute arabe), tous ces commentateurs-là aujourd’hui saluent la deuxième révolution d’Egypte et la destitution de Morsy (sans d’ailleurs se confondre en excuses pour avoir annoncé, il y a deux ans, un long hiver islamiste).

Certes la joie des égyptiens de s’être débarrassés de ce régime est immense. Elle explose sur toutes les videos et dans tous les reportages. Les messages de mes amis sont enthousiastes. Mais tout de même, de ce côté de la Méditerranée, ceux qui sont toujours prompts à donner des leçons de démocratie, comment peuvent-ils nous expliquer qu’il y a de bons coups d’Etat ?

armee

Sur le pont de l’Université hier

Alors que 1500 jeunes en 2011 ont perdu la vie pour arracher un début de démocratie aux griffes d’un pouvoir militaire en place depuis 60 ans, alors que l’armée en a torturé des milliers (souvenez-vous des caves du Musée, des tests de virginité), qu’elle a essayé d’étouffer dans l’oeuf  les organisations telle « Asker kazaboun » (militaires menteurs) qui dénonçaient leurs pratiques, il a fallu une mobilisation sans faille et des centaines de manifestations pour faire accepter le processus démocratique des élections présidentielles et législatives.

Souvenez-vous de la femme au soutien-gorge bleu, des massacres de la rue Mohamed Mahmoud, souvenez-vous du massacre des coptes devant Maspero et des autres épisodes racontés sur ce blog.

L’autre avancée a été de permettre à l’Egypte de faire l’expérience d’un gouvernement par les Frères. Ces derniers, auréolés par plus d’un demi-siècle de résistance, durant lequel bon nombre d’entre eux ont connu la torture et la prison, étaient la seule force organisée. Leur participation à l’avenir du pays était incontournable. Pour faire tomber le masque de leur discours religieux il n’y avait rien de mieux que l’épreuve de la conduite du pays. Et ils ont été d’une incompétence au-delà de toute espérance (peut-être l’armée, propriétaire d’une bonne part de la distribution des carburants a-t-elle légèrement savonné la planche). Le pays a rapidement plongé dans une crise économique terrible, et, cerise sur le gâteau, les Frères ont renoué avec la politique autoritaire dont ils avaient souffert, mettant de plus en plus en cause les libertés individuelles, enfermant des journalistes, poursuivant la pratique de la torture (qui n’a jamais vraiment cessé) et menaçant gravement la liberté d’expression. Des coupures d’eau et d’électricité ont achevé de détériorer la vie des égyptiens qui passaient déjà de longues heures à chercher du diesel pour leur voiture… enfin ceux qui avaient encore un travail et une voiture.

C’est alors que s’est lancé le mouvement « tamarod » (rebellion) au printemps dernier. Qui participe à ce mouvement ? Des jeunes, des milliers de jeunes de toute évidence, ceux qui étaient dans les premiers réseaux de la révolution, ceux du « 6 avril », ceux de « al-Ikhouan kazanoun » (les Frères menteurs) et de tas d’autres mouvements généreux et dynamiques. Du Nord au Sud la pétition demandant le départ de Morsy a circulé comme une traînée de poudre, tant la colère était grande.

Mais qui a fait imprimer la pétition ? Qui a fait le choix que la revendication-phare ne soit plus celle d’élections législatives anticipées, ou d’une autre « constituante »  ? On ne mobilise pas 22 millions de personnes sans qu’il y ait débat sur la stratégie, au moins au niveau des responsables politiques existants. D’ailleurs où sont-t-ils ces responsables et comment se fait-il que, dans une situation économique et sociale aussi désastreuse, ils n’aient aucun programme alternatif à faire entendre ?

Tout se passe comme si on avait soigneusement guidé la colère égyptienne vers cette seule revendication, totalement contradictoire avec la conquête d’un processus démocratique et qui va, au bout du compte, redonner aux Frères de quoi lustrer leur couronne de martyrs alors qu’elle allait tomber aux oubliettes de l’histoire (la chasse aux sorcières a déjà commencé).

Une autre information est absente des analyses éclairées d’aujourd’hui. Des centaines de journées de grève ont eu lieu depuis l’hiver dernier, dans l’industrie textile, dans le delta, dans les faubourgs du Caire pour exiger un salaire minimum, et une loi sur la liberté syndicale qui n’existe toujours pas. L’OIT a classé en juin 2013 l’Egypte sur la liste noire des pays où le droit du travail est bafoué. Jamais l’Egypte n’avaient connu autant de conflits sociaux, et les Frères ont tout fait pour faire taire ce mouvement qui clame toujours le slogan du 25 janvier : « pain, liberté, justice sociale ! ». Mais sont-ils les seuls à vouloir faire taire un mouvement ouvrier qui porte des revendications précises posant de véritables questions politiques ?

Au fait, ils sont où les felouls ? Dans les manifestations anti-Morsy bien sûr.

source

*voir cet article sur les feloul

Quand la peur change de camp


samedi 6 juillet 2013

Lettre aux intellectuels en occident – par Yassin Al Haj Saleh

Lettre parue aujourd’hui dans le quotidien Le Monde

Chers amis

Il y a trois mois, je suis parti en direction de la Ghouta orientale libérée (banlieues et faubourgs de la capitale syrienne) quittant un Damas où la vie était devenue étouffante. Mon départ vers la Ghouta a nécessité plusieurs semaines de préparations afin d’assurer la sécurité de mon déplacement clandestin de la capitale que Bachar Al Assad souhaite préserver comme centre de son règne hérité de son père il y a 13 ans et découpée par des centaines de barrages et de check-points militaires.

La Ghouta orientale est une région habitée aujourd’hui par un million de personnes, sur les deux millions qu’elle comptait avant la révolution. Après avoir été la base de la révolution armée et le point de départ des combattants vers Damas, la Ghouta est complètement encerclée depuis quelques mois. Ce renversement de la situation est dû à l’important soutien militaire et logistique fourni au régime par la Russie, l’Iran et les milices libanaises et iraquiennes fidèles à Téhéran. En outre, je suis témoin du manque cruel d’armes et de munitions du côté des combattants de la révolution, de même que du manque de nourriture. Beaucoup de combattants ne prennent que deux repas par jour. La situation serait pire s’ils n’étaient pas les enfants de la région, défendant leurs maisons et familles.

Les villes et les villages de la Ghouta que j’ai visités durant ces trois derniers mois subissent un bombardement quotidien aveugle, de l’aviation comme de l’artillerie lourde, et chaque jour des personnes sont tuées, dont une majorité de civils. J’ai résidé pendant un mois dans un centre médical de la « protection civile » et j’ai vu tous ceux qui sont morts sous les bombes. Certains étaient déchiquetés, dont des enfants, et parmi les victimes un fœtus de six mois, issu d’une fausse couche de la mère effrayée par les obus qui s’abattaient autour de sa maison. Pas un seul jour durant ce mois, sans que 2 ou 3 personnes ne soient tuées. Un jour le nombre s’éleva à 9, un autre à 28, et puis un troisième à 11. Les chiffres grimpent depuis, et il est rare qu’un jour se passe sans qu’il y ait au moins 6 victimes (dont des enfants). De plus, plusieurs jeunes combattants périssent chaque jour sous la puissance de feu du régime nourrie par le grand soutien de ses alliés…

Toute la Ghouta vit depuis 8 mois sans électricité. Cela a poussé les gens à utiliser des générateurs qui tombent régulièrement en panne et qui consomment de l’essence devenant de plus en plus rare vu le siège imposé par le régime. La conservation par le froid n’est plus possible et les produits de consommation ne sont plus à l’abri de la chaleur suffocante de l’été. Les communications cellulaires comme terrestres sont coupées à leur tour, et ces dernières semaines c’est la farine qui se fait rare. Quatorze jours déjà que nous ne recevons plus de pain. Nous mangeons du bourghol et du riz ou nous achetons parfois des repas chez les quelques restaurants toujours ouverts. Je prends de mon côté deux repas par jour. Ce n’est pas grave pour le moment puisque cela m’a permis de perdre les 10 kg que j’avais pris durant les deux années de sédentarité dans la clandestinité de Damas!

Pour ce qui est de la communication, elle se passe via satellite à l’aide d’équipement internet difficilement acheminé dans la région. Nous communiquons des nouvelles et des informations aux autres syriens et au monde. Cette possibilité est donnée à une proportion infime de la population.

Il y a de cela quelques jours, une roquette est tombée près d’ici, ce qui a interrompu momentanément notre connexion internet. Mais le pire aurait pu arriver si la roquette avait touché notre toit car elle aurait anéanti deux mois de travail pour parachever l’installation du matériel. Or ce pire arrive dans l’absolu à un nombre croissant d’habitants. Ils sont instantanément enterrés par les leurs qui viennent à la hâte par crainte d’un autre bombardement. J’ai été témoin de l’enterrement d’un martyr une heure à peine après son décès sans même que sa femme et ses enfants n’aient pu lui faire leurs adieux. Son corps était mutilé, il en manquait des parties entières, il a donc été décidé par les doyens de la famille que sa femme et ses enfants ne devaient pas garder du défunt cette dernière image.

Nous, moi et certains amis et amies, sommes encore en vie. A damas nous étions menacés d’arrestation et de torture dont l’issue aurait été fatale. Ici nous sommes loin de cette menace, mais pas à l’abri d’une roquette susceptible de nous déchiqueter à tout moment.

Nous partageons ce sort avec tous les habitants Ghouta. Notre sort nous échappe totalement et le pire scénario est toujours possible. A chaque fois que je foule le seuil du lieu où je vis en rentrant de l’extérieur, j’ai le sentiment d’avoir une fois de plus échappé à la mort. Il reste que cette dernière peut brusquement s’inviter par la porte ou la fenêtre.

Aujourd’hui, vendredi 28 juin, trois roquettes se sont abattues près d’ici entre 12H et 12h30 peu avant l’heure de la prière du vendredi pour les musulmans pratiquants. Durant les premiers jours de mon séjour, j’ai été intrigué par le fait que l’appel à la prière du vendredi commençait dès 9h du matin et passait toutes les demi-heures d’une mosquée à l’autre. On m’expliqua plus tard les raisons de cet acte étrange : l’objectif était d’éviter une trop grande concentration de prieurs dans un même lieu, à la même heure, pour ne pas donner au régime une opportunité de faire un grand nombre de victimes. Ce qu’il a fait par le passé, cinq mosquées ont déjà été bombardées et détruites.

Encore plus douloureux à vivre est de voir plus de deux tiers des enfants s’abstenir d’aller à l’école à cause de la peur de leurs parents ou d’absence d’école à proximité. Le peu d’écoles qui fonctionne encore se situe en sous-sol, ce qui prive les enfants de jouer et courir à l’air libre. Sous terre se trouvent aussi tous les hôpitaux clandestins.

Les gens frémissent et je frémis de tout mon être à l’idée que ce même régime nous gouverne à nouveau.

Les gens ici luttent avec la conscience d’être potentiellement massacrés si jamais le régime reprenait le contrôle de la région. Celui qui ne sera pas tué sur le coup, périra sous une torture dont la cruauté n’a pas d’égal. Le choix des habitants revient donc soit à mourir en combattant un régime fasciste et criminel soit de mourir entre les mains barbares de ce même régime s’ils arrêtent la résistance.

Durant cette longue période écoulée de la révolution, avec à son actif une demi année de protestations pacifiques, les politiques permissives des puissances mondiales ont laissé les syriens se faire tuer et ont laissé le régime agir en toute impunité. Cela rappelle l’attitude des démocraties occidentales vis-à-vis d’Hitler à la veille de la seconde guerre mondiale. La situation actuelle est la conséquence directe du refus de ces démocraties à soutenir les révolutionnaires syriens, tandis que d’autres forces continuent d’alimenter ouvertement le régime et d’acheminer du renfort militaire, humain et financier.

Finalement, après que l’utilisation de l’arme chimique par Al Assad ait été un fait connu du monde entier (je l’avais publié il y a deux mois ainsi que des amis qui ont personnellement subi cette arme), les occidentaux ont décidé de soutenir militairement les révolutionnaires syriens afin que tout au plus il y ait un équilibrage du rapport de force qu’ils avaient auparavant laissé pencher en faveur du régime. Tout cela après que ce dernier n’ait pas lésiné sur l’utilisation intensive de moyens de destruction tels que l’aviation et les missiles balistiques de longue portée sur les quartiers résidentiels.

La restauration de l’équilibre du rapport de force signifie ramener le conflit à un stade qui ferait à terme perdants les deux camps, ce qui n’est pas une situation méconnue dans l’histoire des démocraties occidentales. Or, ce qui est demandé c’est ce qui garantirait la chute du régime ou du moins une pression qui forcerait ses alliés à renoncer à le soutenir dans sa guerre ouverte.

Cette politique (de soutien minimum) a non seulement une portée de court terme et contribue à prolonger le conflit, mais elle est également extraordinairement inhumaine. Il n’y a pas en Syrie deux « méchants » sur un pied d’égalité comme l’insinuent hélas de nombreux médias et contrairement à ce que prétendent certains rapports d’organisations internationales. Cela ne se réduit pas non plus à un conflit entre des anges et des démons.

Nous sommes en présence d’un régime dictatorial fasciste qui a tué près de 100 mille citoyens. Ceux qui lui résistent sont de pers bords. La durée du conflit ainsi que sa violence a mené certains groupes à se radicaliser et a affaibli le rejet de la société syrienne de la radicalisation. Aussi longtemps que les syriens seront abandonnés à leur sort, il est à craindre une montée encore plus importante des groupes extrémistes au détriment de la logique modérée et rationnelle de bon nombre de syriens. Mon expérience de terrain me l’a prouvé. En effet, à chaque fois que de nouveaux martyrs tombaient, surtout les enfants, je subissais au centre de « protection civile » les regards dubitatifs et furieux de ceux qui mettent de plus en plus en question la pertinence de l’attitude « rationnelle » et modérée que je préconise.

La seule chose qui vaut aujourd’hui du point de vue de l’intérêt général de la Syrie et d’un point de vue humain c’est d’aider les syriens à en venir à bout de la dynastie Assadienne qui considère le pays comme sa propriété privée et les syriens comme ses serfs. Bien sûr tout sera difficile dans la Syrie post Al Assad. Mais se débarrasser du dictateur permettrait d’aller vers la modération dans la société et aux syriens de faire face aux plus radicaux d’entre-eux.

Il n’y a rien de pire que de laisser perdurer le conflit car le cout humain et matériel est exorbitant. Comment peut-on regarder les Syriens se faire tuer avec des armes russes, par des criminels locaux, libanais, iraniens et autres ? Mais le pire encore est de se voir imposer une normalisation qui ne sanctionne pas les criminels et qui n’apporte aucune solution véritable.

On entend parfois des politiques américains et occidentaux que la solution au conflit syrien ne peut être militaire. Mais où est donc la solution politique ? A quel moment Bashar Al Assad a-t-il décrété après 28 mois de révolution et 100 mille morts qu’il était disposé à négocier sérieusement avec l’opposition et partager le pouvoir ? A-t-il au moins cessé de tuer ne serait-ce qu’un jour depuis 850 jours ? La vérité c’est qu’il n’y aura pas de solution politique sans forcer le boucher à quitter le pouvoir sans délai et avec lui les assassins du régime. C’est ce que la révolution syrienne depuis ses débuts pacifiques avait revendiqué. Cela ne ferait que renforcer les rangs des modérés et marginaliser par conséquent les extrémistes, permettant une solution juste dont le monde et la région ont besoin, et dont les syriens avant tout ont besoin.

Chers amis,

Nous ne nous serions pas adressés à vous si la cause syrienne n’avait pas été une des plus grandes et graves causes de ces dernières décennies.

Elle a engendré le déracinement du tiers de la population à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Il y a des centaines de milliers de blessés et handicapés. Un quart de million sont emprisonnés et subissent d’atroces tortures. Les femmes et les enfants sont impunément violés selon les rapports d’Amnesty International, Human Rights Watch et plusieurs comités syriens très bien documentés. Les forces d’Al Assad ont commis des massacres rapportés par les Nations Unies. Tout cela pour que Bashar Al Assad reste héritier d’un pouvoir pour lequel il n’a ni mérite ni courage. Un héritage issu d’un père qui a pris le pouvoir par la force et qui a régné par le sang et la terreur.

Nous vous interpellons aujourd’hui en tant que leaders de l’opinion publique dans vos pays pour que vous fassiez pression sur vos gouvernements afin qu’ils prennent clairement position contre l’assassin et pour tourner la page de la dynastie Assadienne.

C’est la seule voie du progrès et de l’humanisme. Il n’y a pas plus réactionnaire et fasciste qu’un Etat qui massacre son peuple, qui invite sur son sol des assassins de pays et d’organisations alliés et qui provoque une guerre confessionnelle. S’il est facile de mettre le feu à une telle guerre, il sera peut-être impossible d’y mettre fin avant de broyer les vies de centaines de milliers de personnes.

Nous attendons plus que jamais votre soutien aujourd’hui car demain il sera peut-être trop tard…

Yassine Al Haj saleh, La Ghouta de Damas, Juillet 2013

Texte traduit de l’arabe par Nadia Aissaoui et Ziad Majed

et publié dans Le Monde

Yassin Al Haj Saleh est médecin et écrivain syrien. Ancien prisonnier politique (il a passé 16 ans dans les geôles d’Al Assad, de 1980 à 1996, pour son appartenance à une des formations de gauche opposées au régime), il vit depuis mars 2011 en clandestinité à l’intérieur de son pays et publie régulièrement des analyses et des témoignages dans la presse arabe.

Publié par à 14:38

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Lettres de Syrie (23)


Après quelques semaines d’interruption qu’elle a passées hors de Damas,
Joumana Maarouf
livre de nouvelles pages de sa vie quotidienne,
poursuivant son témoignage sur la manière
dont les Syriens vivent et survivent dans la révolution
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Pour accéder à ses lettres précédentes :
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21 et 22

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11 juin 2013

Je vais te rapporter aujourd’hui quelques récits venus de Jdaydeh Fadl, une ville des environs de Damas.

Oum Yahya est une femme d’une soixantaine d’années. Elle a deux fils dans l’Armée libre. Elle est sans nouvelles d’eux jusqu’à ce jour.

Lorsque je l’ai rencontrée pour la première fois, j’ai eu du mal à la regarder en raison de la brûlure qui couvre son visage, et qui a complètement déformé sa lèvre inférieure. Mais dès qu’elle s’est-elle mise à parler, je n’y ai plus du tout pensé. Son éloquence est exceptionnelle, ses phrases habiles, et elle sait convaincre ses interlocuteurs. Quant à la brûlure, on dit qu’elle s’est produite quand ses deux fils aujourd’hui disparus étaient petits. Une poêle d’huile bouillante allait se renverser sur l’un d’eux, elle l’a écartée brusquement, une grande quantité d’huile en a jailli, lui brûlant le bras, le cou, et le bas du visage.

« Les garçons ont fait une erreur en entrant à Jdaydeh », dit-elle. « Je leur disais : mes fils, vous êtes peu nombreux, vous ne pourrez pas affronter l’armée et toutes ses armes. On est entouré de tous côtés par des casernes militaires et des zones loyalistes ! Mais voilà, ils sont jeunes, et ils ont la tête dure. « Si vous entrez, ils vont démolir la ville sur ses habitants », leur ai-je dit… Mais que peut-on y faire, c’est notre destin… »

Sa fille prend la parole : « Nous, on n’a pas du tout quitté la maison.. Ma mère allait d’une rue à l’autre pour prendre des nouvelles des gens.. L’armée est entrée par le nord. Les révolutionnaires avaient miné toutes les entrées, mais un espions marchait devant les soldats et les informait précisément de l’emplacement de chaque mine. Le chien ! Il marchait sans même se cacher le visage ! Pendant de longs mois, il a prétendu être un révolutionnaire comme eux. Il a eu connaissance de tous les plans, et il en a informé les services de sécurité. Ils n’étaient que trois cent jeunes avec des armes légères ! Comment auraient-ils pu tenir ? »

Je regarde la mère qui s’apprête à interrompre sa fille, et je vois des traits harmonieux, un visage débordant d’amour. « C’est la volonté qui compte, ma fille. Leur volonté était forte. Et ils auraient pu tenir si l’Armée libre à Quneïtra et Khan al-Cheikh les avait soutenus. On dit qu’ils sont venus, mais que des agents de sécurité se sont déguisés en membres de l’Armée libre, les ont attendus au sud de la ville, et les ont exécutés quand ils sont entrés ».

– « Ce sont des mensonges, personne n’est venu », répond la fille.

La mère reprend : « Le mari de notre voisine est dans l’Armée libre. Quand l’armée régulière a attaqué le quartier, il s’est enfui avec ceux qui l’ont pu. Mais ils sont entrés chez lui et ont emmené sa jeune épouse. Elle est revenue quelques jours après. L’expression de son visage était méconnaissable. Impossible de savoir ce qu’elle avait enduré. Elle nous a raconté qu’ils l’avaient emmenée à la caserne toute proche. « Tourne la tête vers le mur ». En tournant la tête, elle avait vu des lambeaux de chair humaine accrochés à la paroi, reste de fusillés. Elle avait eu envie de vomir, mais elle ne pensait qu’à la balle qui allait l’atteindre. Elle n’a pas dit dans quelles circonstances ils l’avaient libérée, mais elle est complètement brisée. On raconte qu’ils l’ont violée tour à tour une semaine entière ».

« Comme tu vois, nos maisons sont construites sans permis, collées les unes aux autres, et la plupart d’entre nous sont des déplacés venus du plateau du Golan. Quand nous avons quitté le Golan, j’étais petite. Je me souviens que ma mère avait dit qu’il ne fallait pas trop s’éloigner, que nous reviendrions vite à notre village. Il y avait ici dans notre quartier des alaouites de la côte, mais ils se sont tous enfuis quand l’Armée libre a annoncé qu’elle allait libérer la région. Les jeunes de l’Armée libre ont fait des trous dans les murs pour faciliter la fuite de maison en maison en cas d’attaque de l’armée. Quand les agents de sécurité ont vu ça, ils se sont mis dans une colère folle. Ils ont entrepris de casser les murs de toutes les maisons qui ne l’avaient pas déjà été… »

« Regarde la cuisine.. Quand ils ont voulu y entrer, il n’ont pas utilisé la porte, mais ils ont fait un trou dans le mur ! » En riant, Oum Yahya me montre le trou dans le mur de la cuisine, qu’elle a recouvert d’un tissu.

« Mais ils ne sont pas tous mauvais dans l’armée. Une fois je marchais, j’allais chez les voisins, et je suis passée à côté d’un soldat. Il m’a dit : « Hajjti, marche plus près du mur, faudrait pas qu’ils te tirent dessus… » Imagine-toi ! Il vient avec l’armée pour tuer mes enfants, et malgré cela, quand personne ne le voit, il me montre qu’il s’inquiète pour moi ».

« Il y aussi l’histoire de mon voisin. Ils sont entrés chez lui pour fouiller la maison. Un soldat lui a demandé : « S’il te plait, est-ce que je peux appeler ma femme de ton portable, juste deux minutes ? Elle devait accoucher il y a deux jours, et je voudrais prendre de ses nouvelles ». Notre voisin lui a donné son téléphone. Le jeune homme s’est mis dans un coin pour appeler en cachette, puis il est revenu en souriant : « J’ai eu un garçon ». « S’il te plaît, ne dis pas aux autres que j’ai appelé de ton téléphone ! » « Eh bien, prends le portable et parle autant que tu veux ! » a dit le voisin. « Non ! Reprends-le ! S’ils apprennent ça ils vont me pendre ! »

Les histoires d’Oum Yahya n’ont pas de fin. Mais je n’ai pas le temps d’en dire plus aujourd’hui. Je te raconterai d’autres histoires venues de la même ville dans une prochaine lettre.

« Mère du martyr, nous sommes tes enfants »

===source

Gaza: première visite de famille en prison


En mai Fatma Abu Khatlah a emmené ses deux fils voir leur père dans une prison israélienne. Pour le petit Mohanned c’était la première fois qu’il allait voir son père, détenu depuis 2008 et condamné à une peine de 9 ans et demie de prison.
Le programme de visites familiales organisé par le CICR pour les détenus palestiniens depuis 1967, a été suspendu pour les habitants de Gaza en 2007 et a repris en juillet 2012. Au début, seuls les conjoints et les parents avaient le droit de rendre visite à leurs proches, mais depuis mai 2013 les enfants de moins de 8 ans sont aussi autorisés à rendre visite à leurs pères.

Les visites des familles sont émotionnellement essentielles pour les détenus et leurs familles. En 2012, le CICR a facilité la visite à des proches détenus dans des établissements israéliens de plus de 110 000 membres de leurs familles.

GRÂCE : une lettre d’Ali Aarrass


Posted on juillet 4, 2013 | No comments

Farida Aarrass at Belgian embassy LondonGRÂCE !

 

La libération des détenus serait une décision plein de sagesse, dont les plus heureux seraient les épouses et les enfants. Heureux de voir leur père enfin rentrer à la maison, ce serait une bonne nouvelle. Espérons la libération des détenus politiques.

 

Un Etat digne et vraiment démocratique ne devrait avoir aucun détenu d’opinion derrière les barreaux. Il faudrait qu’ils libèrent ceux qui sont encore en prison afin d’engager les réformes en toute sérénité.

 

Pour ce qui me concerne, je refuse la grâce vu que celle-ci n’intervient qu’après l’accomplissement d’un crime, hors je n’en ai commis aucun !

 

La libération de ces détenus montrerait, que le plat de résistance de la réforme promise par le roi, est justement la réforme de la justice.

 

Au Maroc, il y a des gens en prison qui ne devraient pas y être, et d’autres en liberté qui devraient être en prison.

Je ne me suis jamais intéressé à la politique, mais il m’arrive de lire des choses qui me font sauter au plafond !

 

Aujourd’hui les faits ont prouvé que les vrais obscurantistes sont quelques responsables des services secrets et sécurité de l’Etat, qui commettent des crimes odieux indicibles. S’il y a des réels extrémistes qui constituent un danger pour la sécurité et la transition démocratique, ce sont justement ces sécuritaires hors la loi. Ceux qui commettent ces crimes barbares et dégradants, pour la dignité de l’homme et contraire à toute éthique, méritent d’être trainés en justice !

 

En ce qui concerne la presse et sa fonction, en tant que quatrième pouvoir, et celle des associations civiles, c’est de défendre la dignité humaine, les libertés et la vérité. Par conséquent, la société civile et la presse devraient défendre sans condition les victimes de ce terrible bagne et réclamer ensemble justice, contre ceux qui m’ont enlevé, torturé et injustement condamné.

Le meilleur moyen d’éviter de tomber dans le déni de la transition démocratique est bien sur de rompre avec les comportements inquisiteurs et les méthodes barbares.

 

« Mon emprisonnement, est le prix que je paie pour que la Belgique devienne un état de droit »

 

Ali Aarrass

Égypte : L’armée suspend la Constitution, démet Mohamed Morsi


LE CAIRE (Reuters) – L’armée a repris mercredi la place qu’elle a longtemps occupée au centre du jeu politique en Egypte, annonçant la mise à l’écart du président Mohamed Morsi et la suspension temporaire de la Constitution afin de trouver une solution à la crise que traverse le pays.

 

L’annonce de ces mesures d’exception a été faite à la télévision nationale par le général Abdel Fatah al Sissi, chef de l’état-major, à l’issue d’une rencontre avec les dirigeants de l’opposition et des communautés religieuses ainsi qu’avec les représentants des mouvements de jeunesse.

 

Ces décisions mettent fin à une année d’exercice du pouvoir par les Frères musulmans et ouvrent une période de transition politique qui doit conduire à de nouvelles élections présidentielle et parlementaires dans un délai restreint.

 

L’armée, qui se tenait en retrait des coulisses du pouvoir depuis quelques mois, a démontré qu’elle demeurait un acteur institutionnel majeur lors de cette journée à rebondissements.

 

Les militaires avaient donné au chef de l’Etat jusqu’à 17h00 pour répondre aux attentes des centaines de milliers de manifestants réclamant son départ depuis plusieurs jours.

 

A l’expiration de ce délai, et alors qu’aucun accord n’avait été trouvé, les choses se sont accélérées.

 

L’armée a d’abord pris position dans plusieurs lieux stratégiques du Caire, près du palais présidentiel et devant le siège de la télévision nationale.

 

Elle a ensuite apporté son soutien à la « feuille de route » mise au point par l’opposition, les dignitaires religieux et les organisations de la jeunesse.

 

Enfin, forte de l’appui d’une large partie de la population, elle a informé Mohamed Morsi qu’il n’était plus président de l’Egypte, un an après avoir été démocratiquement élu.

RÉVISER LA CONSTITUTION

Dans son allocution télévisée, Abdel Fatah al Sissi a précisé que le président de la Haute cour constitutionnelle allait devenir chef de l’Etat par intérim en remplacement de Mohamed Morsi. La prestation de serment est attendue jeudi.

Il reviendra au nouveau président, doté du pouvoir de gouverner par décrets, de désigner un gouvernement de technocrates pendant la période de transition.

Au cours de cette période, une commission sera chargée de réviser la Constitution, a ajouté le général Al Sissi.

Par ailleurs, le militaire a annoncé la création d’un comité de réconciliation nationale incluant les mouvements de la jeunesse, en pointe dans la contestation contre Mohamed Morsi.

Ces dispositions ont été approuvées par les dirigeants religieux, le grand cheikh de la mosquée Al Azhar et le patriarche de l’Eglise copte, Théodore II, ainsi que par le chef de file de l’opposition Mohamed ElBaradeï.

Ce dernier est lui aussi intervenu à la télévision pour appeler de ses voeux une élection présidentielle anticipée. Selon lui, la révolution du Nil qui avait été confisquée par les Frères musulmans dont était issu Mohamed Morsi a été relancée par les militaires.

Le calendrier des prochaines échéances électorales sera déterminé par le gouvernement intérimaire, a indiqué un porte-parole de l’armée.

Le parti Nour, deuxième formation islamiste d’Egypte, a annoncé qu’il soutenait la feuille de route afin d’éviter un conflit au pays.

LIESSE SUR LA PLACE TAHRIR

L’annonce d’Abdel Fatah al Sissi a été accueillie par des cris de joie et des scènes de liesse sur la place Tahrir au Caire où se rassemblaient les anti-Morsi. « Le peuple et l’armée sont unis comme les doigts de la main », chantaient les manifestants.

« Nous avions chassé un dictateur, nous en avons chassé un deuxième. Nous recommencerons si cela est nécessaire. Nous avons de l’expérience maintenant », expliquait un manifestant installé dans un café près de la place Tahrir.

De son côté, Mohamed Morsi a dénoncé sur son compte Facebook un « coup d’Etat militaire » et ses partisans, réunis dans la banlieue du Caire, ont réagi avec colère, certains arrachant des pavés et dénonçant les annonces d’Al Sissi comme « nulles ».

Pro et anti-Morsi se sont affrontés à Alexandrie dans la soirée où des coups de feu ont été entendus, selon des témoins.

Un responsable de la police locale a indiqué que des renforts avaient été appelés et que les forces de l’ordre contrôlaient la situation.

Des heurts entre les deux camps auraient fait quatre morts à Marsa Matrouh dans le nord du pays où se sont déployées des forces de sécurité, a indiqué le gouverneur de la région.

Par ailleurs, la chaîne de télévision Egypt25 des Frères musulmans a été suspendue de diffusion et ses dirigeants ont été arrêtés, a rapporté l’agence de presse Mena.

Mohamed Morsi se trouvait, lui, dans une caserne de la Garde républicaine sans que l’on sache s’il était détenu ou restait libre de ses mouvements.

Selon des témoins, les soldats ont dressé des barrières et ont installé des fils de fer barbelés autour de la caserne.

Dans la journée, Mohamed Morsi et de hauts responsables des Frères musulmans s’étaient vu interdire tout déplacement hors d’Egypte.

Dans un message adressé à ses partisans, le chef de l’Etat a appelé à résister pacifiquement « au coup d’Etat militaire » et à ne pas avoir recours à la violence contre les soldats.

Les Etats-Unis se montrent pour l’instant discrets face aux événements en Egypte, ni la Maison blanche, ni le département d’Etat n’ayant fait de commentaire sur le rôle des militaires dans ce basculement politique.

Amr Dalsh et Asma Alshari, Jean-Philippe Lefief et Pierre Sérisier pour le service français

source

« CE QUE M’ONT DIT LES AGENTS DE LA NSA » PAR JEAN-PAUL NEY


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« NOUS SOMMES EN GUERRE MÊME CONTRE VOUS, ET ÇA, VOUS AVEZ DU MAL À COMPRENDRE »

 

Bien avant les révélations de Snowden sur PRISM, il y a plus de treize ans, notre rédacteur en chef, Jean-Paul Ney, effectuait un voyage d’études sur le renseignement aux États-Unis. Des entretiens et et des visites prolifiques: Agents fédéraux, militaires et surtout des ingénieurs de la NSA, l’agence de sécurité nationale américaine, des entretiens officiels, d’autres plus officieux. Fin février 2000, il rentre à Paris avec une documentation conséquente, un premier article est publié par VSD, puis il s’attaque à un ouvrage qui sera publié en 2005 aux éditions du Cherche Midi: Souriez on vous espionne. Cette semaine, dans une série d’articles publiés sur InfosDéfense, il reprend ses notes qu’il n’a jamais publié, le « OFF » devient « ON », treize ans après, Jean-Paul Ney fait partie de ceux qui n’accusent pas, mais qui analysent avec une pertinence géopolitique et non-partisane. 

Nous sommes en 1994 et la France vient de conclure un accord de vente de quarante quatre Airbus. Un avion affrété par le gouvernement français file droit vers l’Arabie Saoudite, à l’intérieur, des hommes clefs du gouvernement ainsi que quelques pontes de la firme Airbus, mais surtout Edouard Balladur, très confiant de signer un juteux contrat. Quelques personnes triées sur le volet sont au courant d’une telle transaction, et pour cause : La commande que doit signer l’Arabie Saoudite se monte à 30 milliards de francs, un contrat historique… Le secret est donc bien gardé et il ne reste que quelques poignées de mains et de visites et des signatures pour que la vente soit validée.

“En Dieu nous croyons, tous les autres nous écoutons” Mot d’ordre des opérateurs d’interception de la NSA dans les années 1970

Un contrat qui ne sera jamais signé, un contrat qui repartira dans cet avion et ce, aussi vierge de signature qu’il en est venu. En effet, au dernier moment les autorités de Riyad ont décliné l’offre de la France, sans aucune autre explication. Edouard Balladur est prié de remonter dans l’avion. Quelques temps après, la raison de cette annulation devient officielle : Le contrat vient de passer chez Boeing qui a révisé son offre à la baisse au dernier moment . Comment Boeing aurait eu connaissance d’un tel accord ? Qui aurait fait bénéficier Boeing de cette information ? Qui aurait eu accès au secret et comment ? Mais surtout quelle en est la raison principale ? Chez Airbus deux personnes étaient au courant de cet accord, aucune fuite possible.

C’est alors le branle-bas de combat à Matignon et à l’Elysée. La DST est convoquée pour une réunion de crise. L’affaire éclate au grand jour et la presse -tout en pointant le doigt sur la très puissance NSA- avance un seul mon : Echelon. Ce fait bien « réel » n’a pas eu cependant l’effet qu’il aurait du produire. Bien au contraire, il reste à ce jour l’un des nombreux dossiers mystérieux classés dans le dossier Echelon, le système d’interception de données à l’échelle du globe que pilote en silence depuis plus de vingt ans l’agence nationale de sécurité américaine. Au milieu des années 2000, les États-Unis on timidement reconnu l’existence d’un tel système, ses partenaires anglo-saxons (la Grande-Bretagne, la Nouvelle-Zélande et l’Australie) suivent le pas et le puzzle se reconstitue passivement depuis une dizaine d’années maintenant.

La cité du silence
Février 2000, Fort Meade, siège de la NSA, État du Maryland. 26 degrés, un temps magnifique, du jamais vu pour un mois de février dans le Maryland. Fredrick Thomas Martin roule au ralenti. Notre véhicule file le long de la route 32. Une route emplie de mystère qui a été surnommée « la route du silence » (silent road) par les quelques habitants des environs. Et pour cause : Elle longe le gigantesque complexe de l’Agence Nationale de Sécurité américaine, la surpuissante NSA. Une bifurcation à droite se présente à nous, un panneau indique – NSA EMPLOYEES ONLY -. Fredrick prend la bretelle de droite. Les arbres cachent le paysage. Une barrière se présente à nous, des gardes ornés du brassard ‘MP’, la police militaire, contrôlent nos identités : « ce n’est pas le moment de sortir ton appareil photo, ils sont de la police militaire de la NSA. Un jour un gars a voulu faire des photos à quelques mètres de là, il n’a pas eu le temps d’en prendre une seule… » ajoute avec humour Fredrick, notre guide. Fredrick Thomas Martin – ingénieur et ex-numéro 2 d’une cellule informatique de la NSA – affiche un grand sourire: « Tu dois être le seul français, le seul européen, jusqu’ici aucun journaliste étranger n’a pénétré cette enceinte ».

Notre rédacteur en chef Jean-Paul Ney et Fredrick Martin au siège de la NSA (février 2000). Photo (c)R.Clough/NSA

Notre rédacteur en chef Jean-Paul Ney et Fredrick Martin au siège de la NSA (février 2000). Photo (c)R.Clough/NSA

Nous nous enfonçons lentement au cœur de la « cité du silence », l’un de ces nombreux surnoms donnés à l’agence d’espionnage électronique américaine. Ville fantôme, notre voiture roule et les immeubles défilent, pas un chat à l’extérieur. Plus loin, c’est une petite ville où la NSA a loué des dizaines d’immeubles, des bâtiments couleurs briques marqués de gros chiffres blancs : 881, 126, 800 : « Ici dans ces bâtiments, beaucoup de cerveaux travaillent améliorer en permanence la sécurité de nos composants électroniques » nous explique notre guide. Nostalgique, Fredrick montre du doigt l’immeuble qui fut le tout premier centre opérationnel de la NSA en 1960, puis le deuxième bâtiment de 1980, l’immense bloc noir et vitré de plusieurs étages, le centre névralgique. A ses pieds, un gigantesque parking l’entoure sur trois flancs. Des milliers de voitures y sont parquées. Un amas blanc rappelle les récentes chutes de neige. Quelques rares soldats en uniformes circulent, une petite blonde nous sourit : « Là c’est le bâtiment ou nous produisons nos propres microprocesseurs ultra sécurisés, oui, nous fabriquons nous mêmes ce qu’il y a dans nos machines… » ajoute Fredrick.

Je jette un œil dans le rétroviseur, une voiture nous suit depuis notre entrée dans le complexe « la police militaire… » renchérit Fredrick. Puis sans pointer le doigt, il me montre où sont positionnées une des quelque trois cent caméras disséminés autour du Fort Georges G. Meade, en effet, les caméras poussent comme des champignons. Contrôles, et barrières en béton délimitent le Fort, sans doute pour le badaud qui se serait égaré… La cité de ceux « qui servent en silence » semble définitivement imprenable.

L’Internet ‘privé’ du renseignement américain
Quelques jours avant cette impressionnante visite, Fredrick me parle de son ouvrage sur Intelink, le premier intranet durci et sécurisé de la communauté du renseignement américain. Les touts premiers pas d’un réseau qui, en 1994, va compter à l’avenir dans le partage de l’information, le fameux « need to know », les ingénieurs de la communauté du renseignement veulent casser la culture du cloisonnement pour implanter celle du « need to share », le besoin de partager ses informations en toute sécurité. Aujourd’hui, Intelink est le pilier central du partage et de l’exploitation du renseignement, l’année prochaine il va fêter ses 20 ans. A ce propos, nous publions le document de présentation qui résume ce réseau, un document réalisé pour les 15 ans d’Intelink. « En 1994, Steve Schanzer, le patron de l’ISS (Intelligence Systems Secretariat, le bureau des systèmes de renseignement) et son adjoint ont eu une idée, pourquoi ne pas créer un Internet privé ? J’ai été convoqué et j’ai travaillé sur le projet surtout à la CIA, il fallait implémenter Intelink dans leurs systèmes mais surtout dans leurs têtes ! » Un travail que Fredrick va abattre presque sans difficultés, le terrain étant vierge… En 1999, il publie ses travaux dans son livre.

« On vous écoute, et alors ? »
Après avoir laissé Fredrick, je rencontre Ted à quelques pas de la Maison Blanche un agent fédéral, ex-FBI passé à la CIA puis à la NSA, redoutable ingénieur, jeune d’apparence, pas l’air d’un geek, discret. Nous nous asseyons sur un banc, et rapidement, les écureuils viennent près de nous « tu as vu ? ils n’ont pas peur. Regarde celui-ci, il file droit vers les grilles de la Maison Blanche, regarde ! il entre… C’est un peu comme nous, on fabrique des systèmes qu’on va placer un petit peu partout, des trucs minuscules, discrets. Je suis un écureuil, j’ai l’air totalement inoffensif et je passe partout, c’est ça mon job. » Je note sur mon carnet : Ted, écureuil, Maison Blanche, NSA, dispositifs électroniques passifs. Je commence à poser mes questions.

– Qui écoutez-vous ?

Ton pays, la France, l’Allemagne, les institutions, les entreprises…

Les entreprises ? Alors c’est de l’espionnage économique ?

Oui, mais au début ce n’était pas volontaire, on avait des stations disséminées sur le globe et qui nous captaient ce que nos satellites interceptaient. Il faillait trier tout cet amas d’information, ce n’était pas facile, Internet, c’était encore les débuts. Je te parle du milieu des années 80 jusqu’à la fin des années 90. Comme les écouteurs avaient des marqueurs bien précis, des cibles, on jetait le reste. Jusqu’au jour où un type a retranscrit des conversations évoquant des contrats d’armement, il pensait à du terrorisme, ce n’était pas le cas. Le rapport a finit dans les mains d’un analyste de la CIA qui l’a immédiatement transmis au département d’État, il était question d’une vente et de pots-de-vin, une entreprise américaine était en lice pour ce contrat. Comme il y avait triche, le département d’État a exploité ce renseignement et ils ont transmis cette information à ladite entreprise, qui a de son côté contacté le pays en question pour leur faire clairement comprendre que nous savions. Le pays tricheur a été écarté.

– C’était qui ?

La France. Nous sommes en guerre même contre vous, et ça, vous avez du mal à comprendre, c’est une guerre économique, vos espions font de même, voire pire. Nous sommes partenaires politiques, ennemis commerciaux.

– Mais tout le monde fait ça non ?

La corruption ? Oui, c’est une pratique courante, les entreprises américaines aussi, mais franchement, la France et la Russie sont des champions du monde.

– Vous écoutez Internet, les conversations, jusqu’où irez-vous ?

Oui nous écoutons le monde, on vous écoute, et alors ? L’information est une donné vitale, ce sera le cas de plus en plus avec Internet qui se développe, ses services et les téléphones mobiles, ce que nous faisons déjà avec les opérateurs téléphoniques, nous le ferons en masse avec Internet et les téléphones mobiles, ce n’est pas bien compliqué et c’est très facile, que ce soit légal ou illégal, avec ou sans accord d’une juridiction ou d’un opérateur. C’est comme ça, pour des questions de sécurité il ne doit pas y avoir un seul lieu secret où des gens pourraient se retrouver, discuter et planifier des actes criminels contre nos intérêts et celui de nos citoyens dans le monde.

– Internet c’est clairement une menace ? une cible ?

Oui, de plus en plus de gens l’utilisent, y cachent des données, les cryptent. Les pays utilisent le réseau pour communiquer via des tunnels sécurisés, nous pouvons tout écouter, absolument tout, le problème ce n’est pas de placer des dispositifs, de pirater un signal ou de dupliquer une carte SIM, encore moins d’intercepter les communications qui transitent par des satellites de communication, le problème c’est le traitement de ces données. Un jour, tout le monde sera connecté à Internet, dans 10 ou 20 ans, les gens l’utiliseront couramment, on consultera Internet à grande vitesse sur des téléphones portables, ça c’est déjà demain, mais nous, à la NSA, nous devons penser à après demain. C’est dans ce sens que la majorité de ces interceptions sont passées dans des filtres spécialisés. La course à l’interception de toute donnée, nous savons la faire et la gagner, celle du traitement, de l’analyse et de la diffusion en temps réel, c’est autre chose.

…/… Suite dans quelques jours.

Un important groupe juif américain annonce un plan pour lancer une campagne contre le mouvement BDS


dimanche 30 juin 2013 – 06h:00

Alex Kane – Mondoweiss


Un représentant d’un important groupe américain juif a déclaré à Haaretz la semaine dernière qu’une campagne contre le mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions est sur le point d’être lancée.

Malcom Hoenlein, haut responsable à la Conférence des présidents des organisations juives américaines, a déclaré à la journaliste Judy Maltz que son organisation projette de lancer une contre-attaque contre le BDS sur les campus en août. « Ce sera une campagne importante, sur Internet et les médias sociaux, dans laquelle nous espérons toucher chaque étudiant sans exception en Amérique. L’objectif est d’informer d’une manière créative et de rallier le public, » a dit Hoenlein lors d’un entretien publié en début de semaine. Hoenlein était en Israël, en visite à Jérusalem pour la fête d’anniversaire et la Conférence du Président israélien Shimon Peres.

Ces propos sont le dernier signe que l’establishment juif a jeté tout son poids dans la lutte contre BDS.

Hoenlein, vice-président exécutif d’une organisation qui sert d’organe coordinateur pour 51 groupes américains juifs, a dit aussi à Haaretz que les communautés juives à travers le monde n’avaient pas fait suffisamment pour combattre BDS, et il a critiqué la récente décision de Stephen Hawking de boycotter la Conférence israélienne qui fêtait Peres. (1)

En même temps qu’il dévoilait la prochaine campagne pour combattre les groupes BDS, Hoenlein cherchait à contester l’impact du mouvement. « Ce n’est encore qu’un groupe très limité de personnes. Elles obtiennent de la résonance et une publicité parce que attaquer Israël fait l’information. Soutenir Israël ne fait pas l’information. Mais le fait est que la plus grande partie des campus ont rejeté le mouvement BDS », a-t-il déclaré encore à Haaretz.

Ces messages ne collent pas exactement. Pourquoi une importante organisation juive consacrerait-elle des ressources à un groupe insignifiant ? Une campagne lancée par la première organisation américaine juive dans le pays va probablement appeler plus d’attention sur le mouvement BDS florissant.

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Plus important encore pourtant que ces contradictions, c’est ce que pointe la prochaine campagne : l’impact lent mais régulier du mouvement et l’accent croissant du lobby pro-Israël sur BDS, particulièrement sur les campus universitaires. La récente vague de résolutions de désinvestissements des conseils étudiants sur les campus de Californie – dont trois ont été des succès – est manifestement parvenue jusqu’aux bureaux des gens comme Hoenlein.

Il est vrai que le mouvement BDS n’a pas encore réalisé de progrès importants imposant des coûts élevés à l’État pour ses violations du droit international. Pourtant, des boycotts remarqués de personnalités culturelles et des décisions de désinvestissements, telle la récente initiative des Méthodistes unifiés, montrent que BDS continue d’avancer.

Le récent boycott par Hawking qui a si inquiété Hoenlein est un avertissement à Israël, comme Noam Sheizaf, du Magazine +972, l’écrit, « l’occupation a un prix ». Le boycott par Hawking a fait également monter certaines questions chez les défenseurs d’Israël, qui en sont arrivés à l’idée que le mouvement BDS était une menace qu’il fallait prendre au sérieux – et dès maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.

Larry Derfner, de +972, a récemment rassemblé ce qu’il appelle la «  sagesse du consensus » des opposants au BDS et montré que le mouvement BDS, il marche (2). Il met l’accent sur l’aveu de Thomas Friedman que le mouvement « est en train de faire monter le sentiment puissant dans l’opinion internationale, spécialement en Europe et sur les campus universitaires, qu’Israël est un État paria en raison de son occupation de la Cisjordanie ». Derfner souligne aussi un récent article de Haaretz sur ce qu’a déclaré un groupe d’hommes d’affaires israéliens de premier plan au Premier ministre Benjamin Netanyahu. « Si nous ne faisons pas de progrès vers une solution à deux États, il y aura des développements négatifs pour l’économie israélienne. », ont-ils dit au Premier ministre. « Les investissements étrangers ne viendront pas dans un tel État. Personne n’achètera les produits d’un tel État ».

L’inquiétude qui monte à propos de BDS parmi les establishments juifs et israéliens a maintenant soulevé une impulsion revigorée aujourd’hui contre le mouvement. La nouvelle campagne de la Conférence des présidents va rejoindre l’effort anti-BDS de plusieurs millions de dollars d’Israel Action Network, le premier véhicule de l’establishment juif pour combattre BDS.


Notes de la traduction :

(1)

- Stephen Hawking rejoint le boycott universitaire d’Israël – Réactions – Mattew Kalman – The Guardian
- Stephen Hawking et le Big Bang du boycott, un tournant pour l’image de l’entité sioniste – Mounadil al-Djazaïri – Daily Express
- Stephen Hawking fait une manifestation pacifique – The Boston Globe

(2) – En français sur Info-Palestine : La sagesse du consensus : le boycott d’Israël, ça marche – Larry Derfner – +972

Lire aussi :

- BDS : appel de la société civile palestinienne du 9 juillet 2005
- Un changement radical s’est opéré dans l’opinion aux États-Unis sur le conflit – Pamela Olson – Mondoweiss

Alex Kane est rédacteur en chef adjoint pour Mondoweiss et rédacteur en chef Monde pour AlterNet. Suivez-le sur Twitter @ alexbkane.

source  traduction JPP

Agression antisémite à Aartselaar: les victimes choquées par l’attitude de la police


S.Ta Publié le lundi 01 juillet 2013 à 06h06 – Mis à jour le lundi 01 juillet 2013 à 11h

Belgique La plainte a finalement été déposée à Anvers. Même De Wever a dû s’en mêler.

Cindy Meul est rapidement sortie de l’hôpital. Si son nez est cassé, le reste des blessures physiques est finalement superficiel. Psychologiquement, c’est une autre histoire. « Le lendemain de sa sortie, elle sera de nouveau hospitalisée pour une quinzaine de jours tellement elle est traumatisée par l’agression », explique son avocat Mischaël Modrikamen. Sa compagne Ruth se rend alors à la police d’Aartselaar pour déposer plainte. La réception de la police la perturbe encore aujourd’hui : « Comme je ne parle pas néerlandais, on n’a pas voulu prendre ma plainte. Ils m’ont dit qu’ici on parlait néerlandais, qu’ici on était en Flandre. » Choquée, le soir elle appellera même l’ambassade d’Israël pour tenter de trouver de l’aide. La communauté juive d’Anvers va d’ailleurs se mobiliser pour tenter de faire connaître cette affaire. « Je suis plus choquée par l’attitude de la police que par l’agression », explique-t-elle.

Mais l’ancienne championne de tennis ne se décourage pas, elle se rend alors à Anvers, espérant enfin être entendue. Après quelques péripéties, la police d’Anvers acceptera d’enregistrer sa plainte. Nous sommes déjà le 17 juin, soit plus de 15 jours après les faits. Entre-temps, Cindy Meul, hospitalisée, recevra des convocations pour être entendue à Aartselaar. Manifestement, le jeune couple suspecté de l’agression aurait déposé une plainte contre elle pour coups et blessures.

À Anvers, Ruth rédige sa plainte en hébreu. « Ils m’ont demandé de ne pas faire trop long car un traducteur ça coûtait de l’argent. »

La semaine dernière, le bourgmestre d’Anvers Bart De Wever, mis au courant des faits, invite les deux femmes à se présenter à son bureau de l’hôtel de ville. « Il a engueulé la police car la plainte n’avait toujours pas été traduite, 7 jours après son dépôt », explique encore Me Modrikamen.

L’avocat bruxellois relève également d’autres problèmes majeurs dans l’attitude de la police d’Aartselaar : « Ils ont dit que Cindy Meul était en état d’ébriété. Qu’est-ce qui leur permet d’affirmer de telles choses ? Ils n’ont même pas fait de prise de sang. Ils affirment aussi que l’altercation a eu lieu dans le hall alors que les traces de sang et le miroir cassé attestent qu’elle a eu lieu dans l’appartement », précise-t-il en montrant des photos.

Enfin, pour que cette histoire soit complète, il faut également savoir que, durant les quelques semaines qui ont précédé l’agression, à chaque fois que les voisins indélicats venaient tambouriner sur leur porte durant la nuit, 5 minutes après la police débarquait sur place et « reprochait aux deux femmes de faire du tapage nocturne. C’est incroyable, ils viennent frapper à la porte et ils appellent la police en plus », conclut Modrikamen.

Cerise sur le gâteau, la propriétaire de l’appartement a mis son grain de sel dans cette histoire : « Elle m’a dit qu’elle comprenait pourquoi nous voulions partir, elle a été très gentille. Peu de temps après notre déménagement, elle me réclamait, via un courrier de son avocat, une somme de 22.750 euros pour avoir rompu le bail.

La police dément la version des deux victimes. Une enquête a été ouverte par la ministre de l’Intérieur Joelle Milquet. Ce sera donc à la justice de trancher dans cette affaire.

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