Soirée de solidarité avec le peuple syrien


ce jeudi

  • Bruxelles – ULB (Campus du Solbosch) – Auditoire K (K1.105)
  • Soirée de solidarité avec le peuple syrienAccès : Campus du Solbosch, Avenue Franklin D. Roosevelt 50, B-1050 Bruxelles – http://www.ulb.ac.be/campus/solbosch/plan-K.html

    PROGRAMME

    19h-20h50 : Nouvelles du Front

    Interviews menées par Jean-Paul Marthoz (professeur de journalisme à l’UCL et militant des droits de l’Homme)

    • Père Paolo
    Paolo Dall’Oglio, 58 ans, est un jésuite italien installé en Syrie depuis trois décennies et fondateur de la communauté monastique de Deir Mar Moussa, au nord de Damas. Expulsé du territoire syrien par le régime en juin 2012, en raison de son soutien à la révolution, il continue aujourd’hui son combat en sensibilisant l’opinion publique à travers le monde à ce drame interminable. Il viendra nous parler de son récent voyage clandestin en Syrie, où il tente de préparer le terrain pour que la reconstruction puisse s’engager dès la fin des combats.
    • Garance Le Caisne
    Garance Le Caisne, journaliste indépendante, s’est rendue trois fois pour le Journal du Dimanche, pour des reportages en Syrie cette année. Elle a accompagné récemment une équipe de médecins français et syriens partis clandestinement à Alep et Bab el-Hawa prodiguer à des confrères une formation pratique aux soins des blessures et traumatismes de guerre.
    • Ali Othman
    Ali Othman, archéologue, a quitté la Syrie où il travaillait à la direction nationale des fouilles et études archéologiques à Damas. Il s’est aujourd’hui engagé pour sensibiliser l’opinion publique au sujet des sites et du patrimoine inestimables qui sont en train d’être détruits à cause du conflit syrien. « Le régime syrien ne respecte pas son peuple, il ne peut pas respecter l’histoire de son peuple ».

    20h50-21h20 : Bar, Petite restauration

    21h20-23h : Table Ronde – Etat des lieux

    Où en est le conflit syrien ? Quelles sont les perspectives de paix ? Une issue négociée est-elle possible ? Que peuvent faire les pays occidentaux pour aider le peuple syrien ? Que se passera-t-il après la chute du régime ? Quel impact sur le Proche-Orient ?

    Modération : Jean-Paul Marthoz

    Intervenants :
    • Ignace Leverrier
    Ancien diplomate en poste dans plusieurs pays arabes du Maghreb et du Machreq, chercheur arabisant, il est l’auteur du blog du Monde “Un oeil sur la Syrie”.
    • Pascal Fenaux
    Journaliste, sélectionneur et traducteur pour le Moyen-Orient au “Courrier international” ; Membre du comité de direction du mensuel La Revue nouvelle; Professeur invité à l’IHECS.
    • Christophe Ayad
    Christophe Ayad, a été journaliste au quotidien Libération, notamment en tant que correspondant de ce journal au Caire (1994-2000). Depuis la mi-2011, il travaille pour le quotidien Le Monde. En mai 2004, il a reçu le Prix Albert-Londres, en particulier pour ses reportages sur l’Irak, Dubaï et le Rwanda.
    • Bassma Kodmani (à confirmer)
    Bassma Kodmani est politologue, universitaire, chercheur, directrice de l’Initiative Arabe de Réforme et cofondatrice du Conseil national syrien qu’elle a quitté le 28 août 2012.

    Participation aux frais libre
    Organisation : ActionSyrie www.facebook.com/Actionsyrie

Le Tribunal Russell sur la Palestine réclame la saisine de la CPI


dimanche 17 mars 2013, par La Rédaction

Le « Tribunal Russell sur la Palestine », qui était parrainé par Stéphane Hessel, a réclamé dimanche que la Cour pénale internationale (CPI) enquête sur les « crimes » d’Israël dans les territoires palestiniens, lors d’une séance à Bruxelles concluant quatre années de travaux.
Ce « tribunal d’opinion », fondé en 2009 sur le modèle du célèbre Tribunal Russell sur le Vietnam, entend depuis lors attirer l’attention de l’opinion internationale sur le sort des Palestiniens vivant dans les territoires occupés par Israël, qui les soumet selon son « jury » à un régime comparable à celui de l’Apartheid autrefois en vigueur en Afrique du Sud.
Au cours de sessions organisées à Barcelone, Londres, Le Cap et New York, ainsi que lors de la rencontre finale de Bruxelles samedi et dimanche, les participants ont également critiqué les « complices » de la politique israélienne, dénonçant en premier lieu les Etats-Unis, principal soutien d’Israël, mais aussi les Nations unies et l’Union européenne.
Le Tribunal, qui était parrainé par le diplomate et ancien résistant français Stéphane Hessel, décédé à 95 ans le 27 février, a au cours de ses quatre années d’existence entendu plus de 150 experts et témoins, ont rappelé ses promoteurs lors d’une conférence de presse.
A l’issue de leurs travaux ayant rassemblé plusieurs centaines de personnes à Bruxelles, les membres du « jury », dont le militant des droits de l’Homme Angela Davis ou l’ex-leader de Pink Floyd Roger Waters, ont adopté 26 recommandations pour de futures actions.
Outre une mobilisation de l’opinion publique pour « qu’Israël cesse ses violations du droit international », ils réclament une saisine de la CPI. L’accession de la Palestine au statut d’Etat observateur à l’ONU, suite à une décision de l’Assemblée générale du 29 novembre, donne le droit aux Palestiniens de le faire, ce dont ils se sont jusqu’ici abstenu.
« Le Tribunal soutient les appels de la société civile palestinienne pour que la Palestine franchisse ce pas immédiatement et pour que la CPI entame immédiatement une enquête sur les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre soumis au Tribunal », peut-on lire dans les conclusions adoptées dimanche.
Le Tribunal Russell recommande également la remise sur pied du Comité spécial de l’ONU sur l’Apartheid, cette fois pour examiner la situation des Palestiniens.
Le Tribunal demande également la suspension de l’accord d’association UE-Israël et à la fin des importations des produits provenant des colonies israélienne dans les territoires occupés.
« Ils peuvent écrire ce qu’ils veulent. Ils ne représentent qu’eux-mêmes. Ce n’est qu’un organisme privé sans poids politique ni légal, et qui n’a d’autorité morale que parmi ses membres », a réagi le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Yigal Palmor.
« Il s’agit d’un document idéologique de propagande que des gens ont écrit pour leurs amis qui pensent la même chose », a déclaré M. Palmor à l’AFP.
Depuis la Guerre des six jours de juin 1967, 250 colonies ont été créées, occupées par quelque 520.000 colons israéliens.

(17-03-2013 – Avec les agences de presse)

source

Syrie : à Atmé, entre révolution et désenchantement


LE MONDE GEO ET POLITIQUE | 08.03.2013 à 14h30 • Mis à jour le 15.03.2013 à 17h34 Par Christophe Ayad – Atmé, envoyé spécial

Plusieurs attentats meurtriers ont frappé Damas, dont plusieurs ont été revendiqués par les rebelles islamistes.

Accroché à flanc de colline, ce campement sera peut-être un jour la cité de l’Atlantide de la révolution syrienne : un rêve intact et englouti, le témoin d’une folle et vaine ambition. Huit tentes militaires sont alignées sur ce terrain en pente. En contrebas, se trouve un espace d’entraînement équipé de cordes tirées entre les pins, de barbelés pour apprendre à ramper, d’un mini-mur d’escalade et d’un stand de tir. Tout est en parfait état, même la cuisine et la salle d’eau communes bâties en dur.

Mais ce campement impeccable est vide. Les combattants sont rentrés à la maison sur ordre de leur chef, Abou Mahmoud. Seul un jeune rebelle assure une présence pour éviter que des maraudeurs pillent le matériel (tentes, tapis de sol, chaufferettes et un ordinateur, connecté à l’Internet par satellite). Le garçon s’ennuie en comptant les gouttes qui s’écrasent sur la toile épaisse. La batterie de son téléphone est morte à force d’avoir épuisé tous les jeux possibles.

La brigade 309 n’existe plus. Cette katiba (groupe de combattants) d’une trentaine d’hommes était la parfaite incarnation de ce peuple en armes résistant à la tyrannie de Bachar Al-Assad : petite, indépendante, laïque et citoyenne.

AVEC LES MOYENS DU BORD

Abou Mahmoud était officier de la sécurité militaire à Alep. Il ne s’est jamais fait d’illusions sur le régime, mais il a pris la décision de déserter le 14 mars 2012, lorsque son supérieur, le général Moustafa Al-Cheikh, a annoncé sa démission. Après quelques mois en Turquie, il est venu s’établir à Atmé, tout près de la frontière turque, dont sa famille est originaire. Il y a recruté des jeunes du coin, pas plus d’une trentaine, « parce qu’au-delà, ça n’aurait pas été sérieux ». Abou Mahmoud les connaît tous personnellement : « Pas d’extrémiste, pas de violent, je veux des soldats. »

Son camp est installé sur un terrain familial, au sommet d’une colline dominant un joli vallon boisé traversé par un ruisseau. Un cadre idyllique pour entraîner ses hommes avant d’aller au combat. Au sous-sol d’une grotte, le camp abrite même une cellule de détention « pour les rebelles indisciplinés », précise le commandant. « Nous voulions former une vraie armée avec des règles, des ordres, de la discipline », raconte-t-il. Trois anciens soldats d’élite irlandais devenus mercenaires indépendants ont donné un coup de main. « Par sympathie », assure Abou Mahmoud. Puis ils sont rentrés chez eux à la fin de l’été.

Sa katiba, Abou Mahmoud l’a formée avec les moyens du bord, sans aide extérieure : « Nous étions trop petits et pas assez islamistes pour attirer l’argent du Golfe ou des hommes d’affaires syriens en exil. »

ILLUSIONS PERDUES

Une fois prêt, son groupe a commencé à combattre en juin. Il a participé à plusieurs opérations et, à partir d’août, la brigade 309 s’est rendue à Alep. Elle a défendu le quartier de Bab Al-Hadid et a pris part à l’assaut du siège des renseignements de l’armée de l’air à Leramoun. « C’était une erreur d’entrer dans Alep sans avoir pris une seule des vingt-cinq positions militaires qui entourent la ville, regrette aujourd’hui Abou Mahmoud. Mais on n’avait pas le choix. On ne pouvait pas les laisser tomber. Maintenant, Alep est détruite, et quand elle sera enfin libre il n’en restera rien. »

C’est à Alep qu’il a perdu ses illusions. « Au début, nous nous battions pour en finir avec le régime, l’injustice et la tyrannie. Nous avions pris les armes pour défendre les civils, nos femmes, nos enfants, se souvient-il. Mais ce que je vois aujourd’hui, c’est une course pour l’argent et le pouvoir. Les civils continuent de mourir mais les commandants s’en fichent. Ils pillent tout ce qu’ils peuvent : au début c’était les administrations de l’Etat. Puis ça a été les maisons et les voitures abandonnées, puis les entrepôts des usines, le cuivre, le coton, le bois, et maintenant c’est même la farine et l’essence. » D’importantes quantités de matières premières ont en effet été revendues à des marchands turcs à des prix défiant toute concurrence.

Abou Mahmoud a une formule terrible pour résumer cette dérive : « Notre belle révolution a été volée par les voleurs et les corrompus. » La preuve irréfutable de cet échec ? « Si Bachar meurt demain, la guerre continuera en Syrie. »

« ON PAYAIT TOUT DE NOTRE POCHE, MÊME LA MORT »

Pour lui, « l’argent envoyé par les pays du Golfe a tout gâché. Ça a causé des disputes, des scissions. Chacun a voulu fonder son groupe pour toucher son salaire. » La seule aide qu’Abou Mahmoud dit avoir reçue s’élève à 5 000 dollars, donnés par Moustafa Al-Cheikh, à l’époque où il siégeait dans l’état-major militaire de l’opposition syrienne, avant d’en être expulsé à la faveur d’une énième lutte de pouvoir.

L’état-major de l’Armée syrienne libre a d’ailleurs changé une demi-douzaine de fois en un an. « Pendant qu’ils se disputaient les titres et les postes en Turquie, nous allions combattre à Alep avec moins d’une kalachnikov pour deux hommes, ironise l’ex-chef rebelle. Il fallait compter les balles. On payait tout de notre poche, même la mort. »

En décembre 2012, Abou Mahmoud a jeté les armes. Il a convoqué ses hommes : « Je leur ai expliqué que ce n’était plus la révolution pour laquelle nous avions tout abandonné. Ils ont voté, la majorité m’a suivi. » Seuls trois jeunes ont rejoint d’autres katibas à Alep et dans la province de Hama. Abou Mahmoud, lui, a acheté 14 moutons qu’il emmène paître tous les jours dans les collines environnantes. Il complète ses revenus en revendant du bois de chauffage à la coupe.

Les jours de cafard et de nostalgie, il retrouve le chemin du campement, où il se réfugie dans une vaste grotte souterraine aménagée comme un bunker. On y boit du thé brûlant et trop sucré en se racontant des histoires à pleurer : ce marchand de mazout de Maaret Misrin qui préfère dormir sur son stock en attendant que les prix montent, ce trafiquant d’antiquités qui peut enfin mener des fouilles sans se soucier d’être pris, ce chef rebelle à la tête d’une katiba fantôme destinée à récolter des fonds plus qu’à combattre et qui s’attribue sur Internet des batailles menées par d’autres. La révolution est comme une ombre dansant sur les murs à la lueur des bougies.

FATIGUE DE LA RÉVOLUTION

La discussion se porte immanquablement sur la situation où se trouve le pays aujourd’hui. « Nous tenions la révolution entre nos mains et nous l’avons laissée tomber à terre, déplore Abou Mahmoud. Si nous ne sommes pas meilleurs que le régime, à quoi bon réclamer sa chute ? » Qu’on ne s’y méprenne pas, le commandant rebelle exclut tout retour en arrière, comme aiment à le croire les propagandistes du régime. « Ni Bachar ni les voleurs », assure le militaire, pour qui la lutte armée n’est pas une fin en soi.

Cette fatigue de la révolution, Abou Mahmoud n’est pas le seul à l’éprouver. Elle touche également un certain nombre d’activistes civils de la première heure, horrifiés par la multiplication des exactions côté rebelles, notamment les exécutions sommaires de soldats et de miliciens prorégime, dont certains sont égorgés, voire décapités, comme on peut le voir sur de terrifiantes vidéos.

En dénonçant, le 18 février 2013, les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis dans les deux camps, la magistrate Carla Del Ponte, membre de la commission des droits de l’homme de l’ONU sur la Syrie, a contribué à accréditer l’idée que le régime syrien n’avait plus le monopole des abus.

MONTÉE EN PUISSANCE DES GROUPES ISLAMISTES

Ce constat amer s’accompagne, sur le terrain, d’une montée en puissance des groupes islamistes, mieux organisés, plus disciplinés et moins sensibles aux pressions de la communauté internationale. « Ils réussissent parce qu’ils combattent pour Dieu et non pas pour s’enrichir, constate Abou Mahmoud. Mais ce que je n’aime pas chez eux, c’est qu’on ne sait pas qui ils sont ni ce qu’ils veulent. Les voleurs, il est facile de comprendre ce qui les motive, mais eux, ils ne disent rien de leurs objectifs. »

Dans ces temps de grande confusion, il est même difficile de distinguer les vrais islamistes des faux. Les mauvaises langues à Atmé ne manquent pas de souligner l’enrichissement soudain de « khal Zaza » (tonton Zaza), le chef d’une brigade rebelle, responsable d’un camp de déplacés : la guerre et l’humanitaire sont en effet les deux moyens d’enrichissement les plus sûrs dans la Syrie d’aujourd’hui.

Ancien charpentier criblé de dettes avant la guerre, « tonton Zaza » est aujourd’hui à la tête d’une flottille de 4 x 4 de luxe et a décuplé son patrimoine immobilier, aussi bien en Syrie qu’en Turquie, où il a placé une partie de ses avoirs. Quant à sa katiba, que l’on n’a jamais vue au combat, elle semble surtout servir à protéger les richesses acquises dans le pillage, les trafics et la revente de l’aide humanitaire.

Adel (le prénom a été modifié), ancien employé d’une ONG, témoigne ainsi de son expérience à Atmé : « Quand j’envoyais 1 000 couvertures pour les déplacés, je découvrais après coup que seul le quart était arrivé dans le camp. Le reste était vendu sur le marché de la ville. Qui détournait ? Pourquoi fermait-on les yeux ? Je posais trop de questions. On n’a jamais voulu me répondre. On m’a menacé et j’ai fini par démissionner. Ces gens-là sont pires que les chabiha [miliciens prorégime]. Ils tuent, sans même tirer un coup de feu. » Qui sont-ils ? Adel ne veut rien dire. Il se dit menacé de mort.

RUDE CONCURRENCE ENTRE GROUPES ARMÉS

Plusieurs dizaines de milliers de déplacés se concentrent à Atmé à cause de la proximité avec la frontière turque, garante de la sécurité et d’un minimum d’aide. Ils font l’objet d’une rude concurrence entre groupes armés, qui cherchent à recruter et à soigner leur popularité.

Il y a peu, le propriétaire de la boulangerie du village, l’homme le plus puissant du coin, a reçu un coup de téléphone inédit : le chef rebelle d’un groupe armé islamiste lui a proposé de financer l’équivalent d’une journée de pain en farine et en mazout pour l’ensemble des habitants d’Atmé, déplacés compris. Habituellement, c’est une ONG saoudienne qui pourvoit aux besoins quotidiens.

Mais le chef rebelle mettait une condition à son offre généreuse : que les galettes de pain soient distribuées dans des sachets en plastique frappés du logo du groupe armé. La proposition est en droite ligne avec les pratiques des Frères musulmans, à la recherche de relais à l’intérieur du pays après plusieurs décennies d’exil. Le boulanger a refusé le marché sans ébruiter l’affaire pour éviter les ennuis.

Assis au fond de sa grotte, Abou Mahmoud attend que « les voleurs s’entretuent. Après, il sera toujours temps de reprendre les armes et de finir cette révolution ».

SYRIE: CHANGER LE RAPPORT DES FORCES


« Le Soir » du vendredi 15 mars 2013

Comment faut-il nommer les choses en Syrie? Deux ans de carnages. De massacres. De bains de sang. De lâcheté internationale, aussi. Il y a des anniversaires dont on ferait bien l’économie. Ce vendredi, il y a deux ans que la descente aux enfers a débuté en Syrie. Dont coût: 70.000 morts dont des milliers d’enfants, deux millions de réfugiés internes, un million de réfugiés exilés. Et d’indicibles souffrances dont on parle de moins en moins…

Nous plaidons depuis longtemps pour que les rebelles soient aidés, militairement. Il y a eu certes des exactions de leur part. Mais que dire des méthodes utilisées par le régime de Bachar el-Assad? Qui n’a vu les images des villes martyres? Homs, Alep, Deir Ezzor, et toutes les autres, moins connues. Des bombardements massifs. Sauvages, meurtriers.

Et ces exécutions. The Guardian a publié le 11 mars un reportage à Alep qui ne laisse aucun doute sur l’identité des bourreaux – à savoir les sbires du régime – de plus d’une centaine de jeunes hommes dont les corps, mains liées derrière le dos et balles dans la tête, avaient été charriés par un cours d’eau depuis la partie de la ville détenue par l’armée jusqu’à celle tenue par les rebelles. Ce n’est qu’un exemple, atroce.

Alors nos lâchetés. La peur qui tétanise: si on approvisionne les rebelles en armes, elles pourraient tomber « dans les mauvaises mains », celles des extrémistes jihadistes. Mais nos atermoiements ont fait le lit de ces jihadistes étrangers, ils seraient autour des 2.500 hommes, prêts à mourir pour leur Dieu, disciplinés et efficaces.

En face, les Russes et les Iraniens n’ont pas d’états d’âme, qui livrent inexorablement de quoi alimenter la machine de mort étatique. Le régime d’Assad, dès lors, fort de sa supériorité militaire et de son impunité, poursuit sa folle fuite en avant sanguinaire.

Comme l’observait le journal Le Monde le 28 février, il faut changer le rapport des forces sur le terrain, sauf à assumer la destruction d’un pays et d’un peuple. Les toutes récentes sorties du Britannique Cameron et du Français Fabius pour une aide militaire aux rebelles vont dans le bon sens.

Ce vendredi, une myriade d’ONG de défense des droits humains organise « une vague blanche pour la Syrie », demandant aux volontaires de se présenter à 19 heures avec une étoffe ou un papier blanc avec le mot « Stop ». A Bruxelles, ce sera à la gare Centrale. Puisse cette protestation ne pas rester sans écho.

 

Ô Damas !


damas

Sauvons le reste : ce soir à 19 heures devant la Gare Centrale à Bruxelles pour participer à la Vague Blanche

Soirée de solidarité avec le peuple syrien – 21 mars 2013 – ULB (Auditoire K)


SYRIE : 2 ans
70000 morts
L’indifférence tue


Programme

19h-20h30 : Nouvelles du Front

Interviews menées par Jean-Paul Marthoz (professeur de journalisme à l’UCL et militant des droits de l’homme)

•    Père Paolo
Paolo Dall’Oglio, 58 ans, est un jésuite italien installé en Syrie depuis trois décennies et fondateur de la communauté monastique de Deir Mar Moussa, au nord de Damas. Expulsé du territoire syrien par le régime en juin 2012, en raison de son soutien à la révolution, il continue aujourd’hui son combat en sensibilisant l’opinion publique à travers le monde à ce drame interminable. Il viendra nous parler de son récent voyage clandestin en Syrie, où il tente de  préparer le terrain pour que la reconstruction puisse s’engager dès la fin des combats.

•    Garance Le Caisne
Garance Le Caisne, journaliste au Journal du Dimanche, a accompagné récemment une équipe de médecins français et syriens partis clandestinement à Alep et Bab el-Hawa prodiguer à des confrères une formation pratique aux soins des blessures et traumatismes de guerre.

•    Koert Debeuf (à confirmer)
Koert Debeuf, ancien porte-parole de Guy Verhofstadt, représentant au Moyen-Orient du groupe libéral du Parlement européen, s’est rendu récemment en Syrie dans la clandestinité. De retour de son voyage, il s’est exprimé dans les media pour faire part d’un tableau alarmant de la situation sur place. Ayant séjourné au nord d’Alep, sous le contrôle principal des insurgés, Koert Debeuf s’est exprimé sur « l’urgence de faire parvenir des aides à la fois humanitaires et militaires aux anti-Assad ».

20h30 – 20h50 : Destructions du patrimoine culturel syrien

•    Ali Othman
Ali Othman, archéologue, a quitté la Syrie où il travaillait à la direction nationale des fouilles et études archéologiques à Damas. Il s’est aujourd’hui engagé pour sensibiliser l’opinion publique au sujet des sites et du patrimoine inestimables qui sont en train d’être détruits à cause du conflit syrien. « Le régime syrien ne respecte pas son peuple, il ne peut pas respecter l’histoire de son peuple ».

20h50-21h20 : Bar, Petite restauration

21h20-23h : Table Ronde – Etat des lieux

Où en est le conflit syrien ? Quelles sont les perspectives de paix ? Une issue négociée est-elle possible ? Que peuvent faire les pays occidentaux pour aider le peuple syrien ? Que se passera-t-il en cas de chute du régime ? Quel impact sur le Proche-Orient ?

Modération : Jean-Paul Marthoz

Intervenants :
•    Ignace Leverrier
Ancien diplomate en poste dans plusieurs pays arabes du Maghreb et du Machreq, chercheur arabisant, il est l’auteur du blog du Monde “Un oeil sur la Syrie”.
•    Pascal Fenaux
Journaliste, sélectionneur et traducteur pour le Moyen-Orient au “Courrier international” ; Membre du comité de direction du mensuel La Revue nouvelle; Professeur invité à l’IHECS.
•    Christophe Ayad
Christophe Ayad, a été journaliste au quotidien Libération, notamment en tant que correspondant de ce journal au Caire (1994-2000). Depuis la mi-2011, il travaille pour le quotidien Le Monde. En mai 2004, il a reçu le Prix Albert-Londres, en particulier pour ses reportages sur l’Irak, Dubaï et le Rwanda.
•    Bassma Kodmani (à confirmer)
Bassma Kodmani est politologue, universitaire, chercheur, directrice de l’Initiative Arabe de Réforme et cofondatrice du Conseil national syrien qu’elle a quitté le 28 août 2012.

Participation aux frais libre                      Organisation : ActionSyrie www.facebook.com/Actionsyrie

Israël-Palestine: abattre le mur?


Qui parle encore du « mur/barrière de sécurité » érigé par Israël depuis 2002 essentiellement en territoire palestinien occupé? Plus grand-monde. Tout se passe comme si, avec l’habitude ou l’accoutumance, on oubliait. Eh bien! un homme politique israélien s’est récemment fendu d’un texte d’opinion publié dans le Haaretz du 5 mars 2013 intitulé « Abattons ce mur ». Un texte fort original.

Nord de Jérusalem, la colonie de Pisgat Zeev et le mur. Photo AFP.

L’auteur est-il encore un vulgaire « droitdel’hommiste » ou alors un autre gauchiste égaré? Que nenni! Il s’agit de Moshe Arens, ci-devant membre éminent du Likoud, la formation nationaliste du Premier ministre Binyamin Netanyahou, plusieurs fois ministre de la Défense et des Affaires étrangères dans les années 80 et 90.
Et que dit donc ce vétéran retraité du Likoud, qui n’est certes pas considéré comme un « faucon » invétéré? Il compare le mur à « une balafre le long du visage d’Israël ». Il explique que la barrière est « une punition sévère imposée aux Palestiniens », dont « la vie est rendue plus difficile », et notamment celle « de fermiers séparés de leurs terres ». Arens rappelle que le terrorisme palestinien a certes été quasi éradiqué mais estime que la présence de l’armée israélienne en « Judée et Samarie » (lire: la Cisjordanie occupée) et son retour en 2002 dans les zones laissées à l’Autorité palestinienne constitue la raison majeure, sinon la seule, de cette quasi-éradication. D’ailleurs, ajoute-t-il, le mur/barrière n’est pas terminé dans certaines zone, donc des terroristes pourraient passer par là (1).
Bref, conclut-il, il s’agit d’un poids financier pour Israël et d’une punition pour une bonne partie de la population palestinienne, cela n’en vaut pas le prix et il conviendrait de l’abattre.
L’article de Moshe Arens n’aura aucun effet. Le mur a été une idée de la gauche israélienne que Ariel Sharon avait dû accepter à contrecoeur, à l’époque des attentats suicides au plus fort de la seconde intifada, sous la pression de l’opinion publique israélienne. Celle-ci ne retient qu’une chose: les attentats suicides ont quasiment disparu et tant mieux. Que le Hamas ait décidé de renoncer à ce type de méthode sanglante en 2005 n’entre dans l’analyse de personne, dirait-on. En revanche, les autorités israéliennes estiment que la collaboration des services policiers de l’Autorité palestinienne dans la traque des activistes islamistes leur est précieuse (et d’ailleurs souvent mal perçue par l’opinion publique palestinienne).
Ariel Sharon avait fait construire cette ligne infranchissable selon un tracé qui permettait, au besoin, d’annexer un jour une partie des territoires palestiniens, celle située à l’ouest du mur/barrière (qui englobe une grande majorité des colons, plus de 400.000 sur 500.000, Est-Jérusalem compris). Mais, en même temps, son gouvernement puis ceux d’Olmert (2006-2009) puis de Netanyahou (depuis 2009), ont avalisé et favorisé l’extension de la colonisation juive des deux côtés de la séparation, y compris profondément en territoires palestiniens occupés (dans ce qu’on appelle la « zone C » depuis les accords d’Oslo, contrôlée à 100% par Israël, soit 60% de la Cisjordanie).
Résultat: le nombre de colons juifs installés en territoires occupés a largement plus que doublé depuis la signature des accords dits d’Oslo en 1993, il y aura bientôt vingt ans. Des accords pourtant censés préluder à des négociations de paix pendant cinq ans qui devaient, dans l’esprit des signataires plus que dans la teneur du texte, aboutir à l’établissement d’un Etat palestinien. De l’avis de nombreux observateurs avertis, y compris les diplomates occidentaux vivant à Jérusalem, la présence de ces nombreux colons israéliens prévient l’avènement d’un Etat palestinien souverain et disposant d’un territoire contigu. Elle empêche aussi l’installation de la capitale d’une future Palestine dans la partie Est de Jérusalem. Et si ces conséquences étaient en réalité le but réel des gouvernements israéliens successifs?

(1) Un détail qui n’en est pas un: le 9 juillet 2004, la Cour internationale de justice de La Haye, organe judiciaire principal de l’Organisation des Nations unies, a rendu un avis consultatif demandé par l’Assemblée générale de l’ONU sur les conséquences juridiques de l’érection du mur/barrière de sécurité. L’avis est cinglant pour Israël puisqu’il conclut que « l’édification d’un mur par Israël et le régime qui y est associé sont contraires au droit international », et il réclame le démantèlement de ce mur.

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