Chirurgien à Alep : « On devient complétement inutiles »


Témoignage 05/01/2013 à 10h45

Issam, chirurgien syrien qui a opéré des mois sous les bombes, a fui le chaos après avoir été arrêté et torturé. Il témoigne, pour la deuxième fois sur Rue89.


Un médecin dans un hôpital à Alep, le 10 août 2012 (PHIL MOORE/AFP)

Pour avoir embrassé la révolution, la population d’Alep reçoit une punition collective de la part du régime. Les coupures d’eau et d’électricité en font partie.

En août, Rue89 avait reccueilli le témoignage d’Issam (prénom modifié), chirurgien d’Alep, ville du nord de la Syrie bombardée par le régime. Après plusieurs mois passés à opérer les victimes du conflit et au terme desquels il a été arrêté, Issam a fui son pays en novembre. De retour en France, il témoigne de nouveau.

C’est cette fois sur les conditions sanitaires, le chaos jusque dans les prisons et l’exacerbation des tensions communautaires qu’il a décidé de parler. Marie Kostrz

A l’hôpital, on s’est retrouvé en train d’opérer sur des batteries puis, lorsqu’elles étaient déchargées, à prendre trois ou quatre téléphones portables munis de torches et à se mettre à gonfler l’air à la main pour oxygéner le patient. On arrêtait d’opérer jusqu’à ce que l’électricité revienne.

Mes collègues mènent donc à présent une politique de sélection des cas. Ils ne soignent plus qu’une personne sur trois. Ils choisissent les malades qui ont le plus de chance de survivre. Ces gens-là sont opérés. Les autres non.

Ils disent à leur famille de les amener dans un autre hôpital. Les plus chanceux, ceux qui ont de l’argent, trouvent encore un hôpital privé devenu très cher ou sont emmenés en Turquie.

Hôpitaux bombardés, transformés en camps

Aujourd’hui, ce n’est même plus possible de soigner les gens en Syrie. Je suis médecin et je me sens impuissant. On devient complètement inutiles.

Après plusieurs mois à Alep, j’ai donc décidé de rentrer en France où j’ai étudié.

En Syrie, je travaillais dans sept hôpitaux différents : le Centre hospitalier universitaire (CHU) d’Alep et six autres établissements privés.

Aujourd’hui, seul l’un d’eux fonctionne encore.

Les autres ont été bombardés ou transformés en camps militaires par le régime. Ils accueillent aussi des réfugiés qui n’ont plus de maisons.

Mes collègues ont reçu des cas de peste

Les coupures d’eau sont elles aussi un désastre. Avec les poubelles qui ne sont plus ramassées et la pluie, cela fait un mélange horrible, idéal pour les épidémies.

Mes collègues médecins internes ont reçu pas mal de cas de peste. Tout le monde s’est donc mis à prendre de la pénicilline qui est encore disponible et l’épidémie a été vite endiguée.

Certains quartiers de la ville n’ont pas vu l’eau depuis quinze jours. Même les zones dites pro-régime ont des coupures de quatre ou cinq jours. Les habitants achètent des citernes d’eau entières. Deux mille litres coûtent environ 400 euros. C’est énorme et cela ne permet de tenir que quelques jours.

Une dispute avec un soldat : l’arrestation

Finalement, j’ai été arrêté. On m’a amené aux « moukhabarats » de l’armée de l’air, réputée comme la pire branche des services de renseignement. En Syrie on appelle ça « derrière le soleil » car bien souvent on n’en revient jamais.

Tout à commencé avec un jeune homme amené au CHU d’Alep avec des plaies partout. Un interne est venu me voir pour m’annoncer que ce patient avait été tellement torturé par le soldat censé le surveiller qu’une de ses blessures s’était transformée en fracture ouverte.

Les deux bouts de l’os lui avaient déchiré les muscles et la peau. Sachant que le jeune homme risquait une inflammation de l’os et des muscles voire une amputation, je n’ai pas tenu. Je me suis disputé avec le soldat. On encaisse beaucoup, on voit beaucoup de patients torturés, mais forcément on craque un jour.

Sur le coup il n’a rien dit, mais le lendemain on est venu me chercher à 6 heures du matin chez moi. J’ai été menotté, on m’a mis un sac noir sur la tête, on m’a insulté. Je n’ai pas été trop frappé car je suis mi-sunnite, mi-alaouite et cette moitié alaouite ne mettait pas mes bourreaux très à l’aise [Bachar el-Assad, président syrien, est alaouite, ndlr]. Puis j’ai été détenu.

La torture de la « chaise allemande »

Au départ, il y a une « procédure d’accueil ». Pendant une semaine environ, parfois plus, des personnes de la sécurité torturent, pratiquent leur sadisme jusqu’à ce que les officiers se rendent compte qu’une personne est emprisonnée et commencent une investigation sur elle.

On m’a donc mis sur la « chaise allemande ». C’est un énorme siège métallique dont le dos est en demi-cercle. On m’a attaché par les mains, qu’on tire vers l’arrière et le bas. Il y a donc une hyperextension de la colonne vertébrale. J’ai eu très mal.

J’en rajoutais, je criais qu’ils allaient le regretter, qu’un de mes parents était alaouite. J’essayais d’imiter l’accent de cette communauté, leur favori. Au bout de deux jours, quelqu’un s’est dit que j’avais peut-être raison. A la surprise de tout le monde dans la cellule où j’étais enfermé, j’ai été amené chez les enquêteurs.

Là, un des officiers m’a demandé pourquoi j’avais été arrêté. En fait, c’est le chaos total ! Il n’y a pas de chef d’accusation, rien de concret. Juste des détenus sur qui on a collé l’étiquette de terroriste ou de révolutionnaire. Les officiers ont même eu du mal à trouver mon nom sur les listes des prisonniers !

Invité dans le bureau des officiers

J’ai eu beaucoup de chance. Un enquêteur est passé par hasard dans le bureau. J’étais en bretelles et en culotte, ce qui ne donne pas l’image d’un chirurgien en chef, mais mon visage lui disait quelque chose. Quand il m’a reconnu, il a dit :

« Ah mais c’est vous docteur, vous m’avez soigné à l’hôpital ! Je vous reconnais !

– Ben oui c’est moi. »

Les chirurgiens sont souvent réquisitionnés pour soigner des membres du régime blessés contre l’ASL [Armée syrienne libre, ndlr]. J’avais en effet soigné ce responsable auparavant.

Il a dit aux autres de me libérer, que j’étais l’un des leurs. J’étais le prisonnier torturé, accusé de trahison suprême, de révolution. Cinq minutes plus tard, j’étais transformé en quelqu’un de loyal, de patriotique, de parfait.

Je me suis retrouvé en bretelles à boire du maté avec les officiers. C’est hallucinant, personne ne réfléchit !

Issam parle de sa libération.

Pour se déplacer, prendre un taxi chrétien

Etre neutre dans une telle situation est impossible. J’ai choisi mon camp dès le départ, je suis avec le sang innocent. Le péché original est de Bachar el-Assad.

En plus de soigner les victimes des bombardements et les responsables de l’armée, je me rendais donc en secret dans des hôpitaux de campagne situés dans des zones contrôlées par l’ASL.

Je n’avais pas de voiture car avec le chaos qui s’est installé, beaucoup de bandes kidnappent et demandent des rançons. Je ne me déplaçais qu’en taxi. Lorsque, pour me rendre sur place, je devais traverser une zone contrôlée par le régime, les combattants de l’ASL, dont une partie est alaouite et chrétienne, m’envoyaient des chauffeurs de ces communautés pour ne pas que j’aie de problèmes aux check-points.

Seules les apparences comptent : il faut une croix chrétienne sur le miroir du chauffeur. Ou que celui-ci s’appelle Tony ou Dany [prénoms très répandus parmi les chrétiens syriens, ndlr], qu’il parle très finement. Ou sinon qu’il ait un fort accent alaouite. Puis quand on entrait dans une zone de l’ASL, on changeait de voiture.

« On va se venger, les alaouites paieront »

Le régime a diabolisé la révolution en lui donnant un parfum sectaire détestable. Il a attaqué les mosquées, les églises. Maintenant il est clair qu’il y a de plus en plus de ressentiment entre les diverses communautés.

Moi-même qui ai soigné beaucoup de révolutionnaires de l’Armée libre, je n’ai pas de garantie, si je reviens demain à Alep, de ne pas être attaqué parce que je suis à moitié alaouite.

A partir du moment où la crise s’éternise et que personne ne fait rien pour l’endiguer, les gens commencent à se venger eux-mêmes. Les paroles sont claires, certains de mes propres amis le disent :

« On va se venger, les alaouites vont payer. Ils se croient en sécurité à Lattaquié et à Tartous [région côtière majoritairement alaouite, ndlr] mais ils ne le seront plus après la chute du régime. »

Il y aura des mois sanglants

Ça me fait mal au cœur mais en même temps je ne peux pas leur en vouloir. Je peux concevoir que Bachar el-Assad est fou et qu’il fasse tout pour rester au pouvoir. Mais pourquoi certains alaouites se battent pour lui, pour un seul homme ?

Après le renversement du régime, il y aura un ou deux mois très sanglants, de règlements de comptes. En particulier dans les zones de contacts alaouites-sunnites, dans la campagne de Alep, Homs, Hama. Là où ont eu lieu les massacres de Houla et Tremse. Car sur place tout le monde connaît l’identité des bourreaux.

AFLAM DU SUD FESTIVAL DU CINÉMA ARABE DE BRUXELLES


Aflam du Sud

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AFLAM DU SUD FESTIVAL DU CINÉMA ARABE DE BRUXELLES

 

La 2ème édition de « Aflam du sud » festival du cinéma arabe propose

du 11 au 14 janvier 2013, des longs et des courts métrages, documentaires,   

des séances scolaires, un débat et une exposition dans 3 lieux de projections.

Cinéma Vendôme/Centre Culturel Arabe/Bozar

 

 

Festival « Aflam du sud » interroge les frontières entre l’Orient et l’Occident à travers des fictions, des documentaires et des courts-métrages inédits ou peu connus en Belgique. Un moment où le monde arabe est en bouillonnement de créativité cinématographique, défendant des points de vue importants,  pour s’investir dans un avenir différent. cette édition de « Aflam du sud » permet de découvrir un septième art au féminin avec un regard incisif et dérangeant.

Affiche tous sponsors

Stratégies de manipulation


01
Les stratégies et les techniques des Maitres du Monde
pour la manipulation de l’opinion publique et de la société…

1  La stratégie de la diversion
1image: création de Laurent Courau Elément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes.

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Sylvain Timsit
© syti.net, 2002

Syrie : nouvel attentat meurtrier à Damas


Le Point.fr – Publié le 04/01/2013 à 06:59 – Modifié le 04/01/2013 à 08:52

Un attentat dans la nuit de jeudi à vendredi a fait neuf morts, au lendemain du bilan annoncé par l’ONU de 60 000 morts en 21 mois de conflit.

Des enfants figurent parmi les victimes de cet attentat à la voiture piégée (photo d'illustration).Des enfants figurent parmi les victimes de cet attentat à la voiture piégée (photo d’illustration). © STR / AFP

Un attentat à la voiture piégée a fait au moins neuf morts à Damas dans la nuit de jeudi à vendredi, au lendemain de l’annonce par l’ONU d’un bilan de plus de 60 000 morts en 21 mois de conflit. Des enfants figurent parmi les victimes de cette explosion survenue dans un quartier du nord de Damas, où vit une importante communauté alaouite, la minorité religieuse du président Bachar el-Assad, a précisé l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Sur le plan diplomatique, alors qu’aucune solution politique n’a été trouvée du fait des divisions de la communauté internationale, l’ambassadeur pakistanais à l’ONU a évoqué la possibilité d’une nouvelle rencontre « la semaine prochaine » entre l’émissaire Lakhdar Brahimi et des responsables américains et russes. L’ONU avait annoncé mercredi un bilan de 60 000 morts dans le conflit, mais pour Karim Bitar, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), ce chiffre pourrait « ne pas faire de différence au niveau diplomatique ».

Des chiffres « statistiques »

« Toutes les grandes puissances ont leurs propres objectifs et elles semblent avoir décidé que les risques d’une intervention l’emportaient sur les avantages », estime-t-il. De plus, souligne cet expert, « le monde est désormais comme anesthésié, insensible face à ces chiffres, cela devient une statistique, chaque jour, 150 ou 200 morts de plus ». De fait, 160 personnes, dont 72 civils, ont péri jeudi à travers la Syrie, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) qui s’appuie sur un large réseau de militants et de médecins.

La Syrie a basculé dans la guerre civile après que la révolte populaire lancée en mars 2011 et violemment réprimée par le régime s’est militarisée. Les combats opposent désormais les soldats à des déserteurs aidés par des civils ayant pris les armes, mais aussi des jihadistes venus de l’étranger.

100 000 morts, selon l’OSDH

L’OSDH a identifié plus de 46 000 morts en 21 mois, mais ne recense ni les milliers de personnes disparues ou en détention ni la plupart des morts parmi les « chabbihas », les miliciens du régime de Bachar el-Assad, et les combattants étrangers. De plus « les rebelles et l’armée ne révèlent pas le nombre de morts dans leurs rangs pour ne pas porter un coup au moral des troupes », a expliqué son directeur Rami Abdel Rahmane, qui estime qu’au total, le bilan pourrait dépasser les 100 000.

Alors que l’effusion de sang se poursuit en Syrie, le chef du Hezbollah libanais Hassan Nasrallah, fervent soutien de Damas, a averti que le pays était menacé de partition et a appelé une nouvelle fois à un « règlement politique », estimant que « si la solution militaire perdure, la guerre sera longue ». Sur le terrain, où de nouveaux raids aériens ont fait jeudi des victimes à travers le pays, selon l’OSDH, les rebelles intensifiaient leurs attaques contre l’armée de l’air et ses redoutables appareils.

Pour tenter de mettre un terme à leurs raids dans le Nord-Ouest, tenu en grande partie au sol par les rebelles, mais toujours à la merci de l’aviation, des centaines de combattants du Front djihadiste Al-Nosra et d’autres brigades islamistes attaquaient l’armée autour de l’aéroport militaire de Taftanaz, où ils avaient pénétré la veille avant d’être refoulés, selon l’ONG. Deux combattants libyens et un palestinien ont été tués lors de combats aux abords de Wadi Deif, une autre base militaire de la région, selon l’OSDH.

En outre, les insurgés ont lancé avant l’aube des offensives contre une base chargée de la protection de l’aéroport international d’Alep, fermé pour la première fois depuis mars 2011, selon l’OSDH.

source

MSF : « Soigner en Syrie est devenu un acte de guerre »


Le Monde.fr | 28.12.2012 à 20h30 Propos recueillis par Hélène Sallon

A la mi-août, MSF a accueilli plus de 300 patients et pratiqué 150 interventions chirurgicales dans l'hôpital situé dans le nord de la Syrie.

Médecins sans frontières-France (MSF) a ouvert en juin un hôpital dans la région d’Idlib, une région du nord de la Syrie sous contrôle des rebelles. Situé à l’arrière des lignes de front, cet hôpital dispose de quinze lits et d’un personnel composé d’une cinquantaine de personnes, dont une dizaine d’internationaux. Conçu au début pour la chirurgie de guerre, avec l’éloignement du front, l’action du personnel médical a été réorientée vers les urgences médicales et chirurgicales. Les sections belge et espagnole de MSF géraient quant à elles deux autres hôpitaux dans le pays. La structure belge a été fermée du fait du danger.
Fabrice Weissman, conseiller à la direction des opérations de MSF, de retour de mission en Syrie début décembre, a été frappé par l’importance des besoins et l’absence de réponse internationale.

Dans quelles conditions le personnel médical de MSF exerce-t-il dans la région d’Idlib ?

Dès que l’on traverse la frontière, on s’expose au risque de bombardements de l’aviation du régime syrien, même derrière les lignes de combat. Notamment en ce qui concerne les hôpitaux, qui sont devenus une cible privilégiée du régime. Les hôpitaux publics sont ainsi désertés et ceux qui font de la chirurgie tendent à se cacher dans des maisons individuelles, des locaux publics abandonnés ou s’enterrent sous le sol. Lorsqu’ils sont repérés, les médecins changent d’endroit.

Cela rend complexe l’organisation des soins. Une partie du personnel médical syrien s’est exilée. Des dentistes et pharmaciens s’improvisent urgentistes. Ils s’améliorent mais ils sont rarement formés à la chirurgie de guerre, qui a ses complications spécifiques comme les infections osseuses notamment, et au triage des victimes en cas d’incident grave. Mais ils se débrouillent bien, compte tenu des conditions et des ruptures d’approvisionnement qui se font de plus en plus nombreuses, notamment pour les produits anesthésiques. Des médecins syriens de la diaspora viennent aider aussi.

Ce qui m’a le plus frappé dans ce conflit est la transformation de la médecine en champ de bataille ; le fait que le gouvernement ait engagé une lutte contre les personnels et services de santé et fait de la privation de soins une arme. L’acte médical est devenu un acte de guerre et les services de santé deviennent une arme de résistance.

L’intervention humanitaire d’organismes internationaux comme le vôtre est-elle significative en Syrie ?

On ne voit pas en Syrie les acteurs traditionnels de l’aide en temps de guerre comme les agents des Nations unies et les grandes organisations humanitaires. En ce qui concerne les Nations unies, la raison est que le gouvernement légitime reste le régime de Damas, donc l’ONU n’a pas l’accord des autorités pour intervenir dans les zones contrôlées par les rebelles. Il existe pourtant des précédents dans le monde, comme au Sud-Soudan dans les années quatre-vingt, où les Nations unies sont intervenues dans des régions échappant au contrôle du régime en place sur résolution du Conseil de sécurité ou à la suite de négociations directes avec les parties.

En ce qui concerne les autres organisations, peu de fonds sont alloués à celles qui veulent travailler en zones rebelles. C’est un paradoxe car l’Union européenne et les Etats-Unis appuient l’opposition mais n’apportent que peu d’aide matérielle et logistique aux organisations humanitaires. L’essentiel de l’aide internationale se déploie ainsi dans les zones gouvernementales, avec les programmes notamment du Programme alimentaire mondial, de l’Unicef… qui travaillent depuis Damas. Les besoins en zone rebelle ne sont pas couverts.

Il existe tout de même un réseau d’entraide organisé par les Syriens sur place et dans la diaspora avec l’aide des pays voisins et des pays du Golfe, mais cette aide est insuffisante. Une aide internationale traditionnelle serait plus que bienvenue pour soutenir les efforts de ce réseau local. Il faudrait pour cela un peu de courage diplomatique des représentants des agences de l’ONU et des Etats qui les soutiennent pour cela, que ce soit l’Union européenne, les Etats-Unis mais aussi la Russie, la Chine

Quelles sont les besoins que vous avez pu observer sur place ?

En ce qui concerne l’aide médicale, les besoins sont nombreux pour les maladies chroniques, qui sont la principale cause de mortalité (diabète, insuffisance rénale, hypertension, problèmes cardiaques notamment…). Il existe une déstructuration très forte de l’offre de soin et une pénurie de médicaments, notamment dans certains domaines, car 90 % de l’offre était jadis produite en Syrie. Les maladies respiratoires, mortelles, sont également une source d’inquiétude. Au quotidien, les enfants et les personnes âgées sont bien entendu les plus vulnérables. Il y a une surmortalité des plus faibles et des souffrances qui peuvent être évitées.

Sur les six derniers mois, il y a eu une augmentation importante du nombre de blessés du fait de la croissance exponentielle des combats et du nombre de morts (25 000 morts depuis juin seul). On observe en parallèle une évolution du type de blessures, avec de plus en plus de blessés par éclats de munitions. Pour 70 % d’entre eux, ce sont des civils victimes de bombardements qui présentent des blessures délabrantes, du fait du recours à un armement lourd. Certaines blessures nécessitent une chirurgie réparatrice lourde qui implique une hospitalisation à l’étranger, comme en Turquie où 700 lits sont réservés pour l’hospitalisation des patients syriens. En revanche, nous n’avons pas, nous, observé de pathologies liées à l’utilisation de gaz nocifs.

Les besoins sont importants au-delà des considérations médicales. La vie au quotidien est devenue très difficile. Il y a une crise du logement due aux déplacements internes de populations, évalués à deux millions de personnes par le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA). La plupart vivent chez des parents résidant hors des zones de conflit ou dans des camps de tentes situés notamment à la frontière avec la Turquie. Et cela, dans des conditions très précaires, alors même que l’hiver s’installe, qu’il gèle la nuit. Il existe également une crise de l’énergie. Le diesel et le pétrole étaient subventionnés avant la guerre et désormais plus aucune subvention n’est accordée dans les zones rebelles. Les prix ont été multipliés par vingt ou trente, de même que dans les transports et pour les denrées alimentaires. Il y a notamment une pénurie de farine qui fait que le pain commence à manquer. Il faudrait des programmes d’aide alimentaire que seul le Programme alimentaire mondial est en mesure de mener.

Propos recueillis par Hélène Sallon

Bonne année au bon peuple de Syrie


31/12/2012

Par Ronald BARAKAT

Bonne année au bon peuple
Que le Malin dépeuple ;

Bonne année sous un ciel
Débarrassé du fiel
Des vautours rugissants,
Attirés par le sang
Qui a dépeint tant d’ombres
Enfouies sous les décombres.
Bonne année à l’enfant
Que plus rien ne défend ;
Bonne année à sa mère
Perdue dans un cratère
À bêcher de ses mains,
En quête d’une main,
D’une voix, d’une alliance,
D’une chance en partance…
Bonne année, bonnes sœurs
Des braves déserteurs,
Aux vertus dévoilées,
Détenues et violées.
Bonne année à vos frères
Qui bonifient leur terre
En trempant les lueurs
D’espoir, de leur sueur.
À vous aussi, les pères
Des tout nouveaux repères,
Du tout nouveau drapeau,
Bonne année de repos,
De paix, sous une stèle,
Et de joie éternelle,
Ou de rires fériés
En nouveaux mariés,
Allant, au pas de danse,
Avec ou sans cadence,
Étreindre avec fierté
Madame Liberté.
Bonne année à vos villes
Brûlées par les mains viles,
À vos champs, à vos bourgs
Rajeunis de labours ;
À la chère hirondelle
Venant à tire-d’aile
D’un Occident défunt
Pour se mettre au parfum.
Bonne année aux rebelles,
À leurs chansons si belles,
À leur foi dans les yeux
Qui entrouvre les cieux ;
Bonne année aux martyrs
Qui se font bien sentir
Aux bouffées printanières
Depuis l’année dernière…
Et merveilleuse année
Sans les âmes damnées,
Sans suppôts, sans pourceaux,
Et surtout sans lionceaux.
Bonne année, ô Syrie,
Toi nouvelle patrie,
Après un âge errant
Sous le knout des tyrans ;
Après tant d’années sombres,
D’horreurs dans la pénombre,
Tant de fers, de barreaux,
Tant d’ignobles bourreaux,
Un souhait resplendit,
Se transforme et prédit :
Bonne année, ô bon peuple
Que la grandeur repeuple.

Ronald BARAKAT
« Meurtrière d’espoir »
(à paraître)

Le cauchemar de Mark Zayyad


LE MONDE | 29.12.2012 à 20h36 Par Cécile Hennion (Lettre du Proche-Orient)

isaa

Le quartier d’Isaa, à Alep, le 23 décembre.

Comme beaucoup d’activistes syriens, il ne donnera pas sa véritable identité : “Vous pouvez m’appeler Mark Zayyad. Ma famille est originaire de Lattaquié, je suis né à Damas et j’ai grandi à Alep.” Mark est alaouite, tout comme la famille de Bachar Al-Assad et quelques gros bonnets du régime, ainsi que 10 % de la population. Mark est un activiste alaouite opposé au régime de Damas et, contrairement à un cliché largement répandu, ce n’est pas un cas isolé.

Dès 2004, alors étudiant en arts plastiques, il s’engage dans une association de jeunesse visant à promouvoir le développement culturel. Le jeune homme (il a 20 ans à peine) crée aussi son blog. Entre deux articles sur la peinture, il y commente la vie en Syrie et notamment les mouvements de la société civile du “printemps de Damas”. Pour lui et beaucoup d’autres, le printemps vire à l’hiver. Entre 2004 et 2009, plus d’une centaine de “cyberactivistes” sont emprisonnés.

Une voiture des services de sécurité attendait Mark devant son université, en juin 2007. Il est incarcéré et interrogé durant 23 jours. “Je n’ai pas eu les ongles arrachés, mais j’ai été torturé à l’électricité, raconte-il sans ciller. On m’accusait de collusion avec des forces étrangères, d’affaiblir le moral de la nation, d’avoir insulté le président… autant de clichés qui résument bien la paranoïa du régime.”

Libéré, Mark poursuit ses activités “d’une façon plus prudente, dans le secret”. En mars 2011, la révolution éclate. “Selon moi, le moment n’était pas propice, dit-il. Les Syriens sont restés dans l’ignorance de la vraie nature de ce régime. Nous étions face à un ensemble de groupes mafieux concurrents aux ramifications complexes, déterminés à s’allier pour garder le pouvoir. Personne en Syrie n’était prêt à affronter un tel monstre. Il était évident que ce régime réagirait de manière féroce.”

“A Alep, avec des camarades d’université, nous avons essayé de créer des mouvements, des débats, mais nous avons échoué. Les Aleppins avaient la ferme volonté de vivre tranquillement, ce que l’on peut comprendre. Les pouvoirs financiers de la ville se sont rangés aux côtés du régime par crainte du chaos. Avant 2012, la plus grosse manifestation n’a jamais rassemblé plus de cent personnes.”

“Comme de nombreux activistes syriens, je me suis ensuite opposé à la lutte armée. Nous pensions sincèrement qu’en poursuivant la lutte pacifique, nous aurions pu gagner notre liberté, alors que la confrontation militaire allait ruiner le pays. Ce qui s’est produit est plus dramatique encore. Les armes ont fait taire les voix modérées. La stratégie adoptée par l’Armée libre syrienne (ASL) s’est révélée destructrice et a contribué malgré elle à réaliser les desseins de division sectaire du régime.”

Il y a à Wadi Khaled, au nord du Liban, une famille de réfugiés syriens originaire de Tell Kalakh. La mère porte le deuil sur son visage quand elle évoque son mari, mort au combat. “Heureusement, dit-elle, qu’avant de tomber en martyr il a pu tuer plusieurs de ces salauds d’alaouites. Attendez ! Je vais vous montrer la vidéo.” Des images atroces de massacres visant l’une ou l’autre des communautés syriennes comme celle-là, il en existe plein dans les téléphones portables des réfugiés.

“Quelle que soit la religion des victimes, ou celle des tueurs, c’est le régime qui est coupable, assène Mark. A Homs, le régime a arrêté une dizaine d’activistes alaouites dès les premières manifestations. Ils ont réapparu sous forme de cadavres – un chaque vendredi -, avec dans la poche un papier proclamant : “Nous sommes sunnites et nous allons tuer les alaouites.” La manipulation était grossière mais elle a suffi, ici comme ailleurs, à semer la terreur et l’esprit de vengeance.”

“Les médias aussi sont responsables. Les statistiques montrent qu’au départ les chabbiha [à la solde du régime] n’étaient pas majoritairement alaouites. Dans les villes de Raqa, Idlib, Alep et quelques zones autour de Deir Ez-Zohr, ce sont les tribus qui ont participé aux tueries. Le visage des chabbiha a été alaouite parce que les médias en ont décidé ainsi. Aujourd’hui, oui, on peut dire que les chabbiha sont tous issus des minorités.”

Mark a fui Alep. “Mon père, fonctionnaire, est assigné à résidence par le régime, tenu dans l’ignorance de tout ce qui se trame. Mon frère de 14 ans a été enlevé, il y a deux mois, par une brigade islamiste. Il est probablement mort. Je n’ai emporté avec moi que le souvenir de nos petites manifestations : elles rassemblaient des Aleppins de tous horizons – Arabes, Kurdes, Arméniens, chrétiens, sunnites, alaouites, druzes… Elles représentaient ce que nous étions vraiment, nous les Syriens.”

“Tout ça n’est plus. La campagne d’Alep s’est vidée de ses minorités. Le même phénomène se produit à Damas. Les chiites et les alaouites d’Idlib ou de Homs se sont réfugiés sur la bande côtière autour de Lattaquié et dans le Wadi Nasara, formant aujourd’hui le bastion prorégime. Ailleurs, le drapeau noir des salafistes règne. Ces répartitions démographiques en disent long sur la mentalité qui dirigera l’avenir de ce pays. Comment ne pas voir que la violence se poursuivra après la chute d’Assad ? Il y aura peut-être une solution, mais elle sera longue et douloureuse. Quelque chose qui ressemblera au fédéralisme…”

“Tout ça n’est plus, répète le jeune homme avec amertume. Ce n’est pas seulement le peuple syrien qui a été massacré, mais son identité, son âme.”

hennion@lemonde.fr

Cécile Hennion (Lettre du Proche-Orient)

source

Des journalistes syriens refusent de «tuer par la parole» pour Bachar el Assad


Publié le 28.12.2012, 19h05 | Mise à jour : 29.12.2012, 00h33

Lama al Khadra, Kamal Jamal Beck et Baddour Abdel Karim travaillaient tous pour une radio syrienne publique avant de fuir le pays. Aujourd'hui réfugiés à Paris, ils dénoncent les manipulations médiatiques du régime de Bachar el Assad.

Lama al Khadra, Kamal Jamal Beck et Baddour Abdel Karim travaillaient tous pour une radio syrienne publique avant de fuir le pays. Aujourd’hui réfugiés à Paris, ils dénoncent les manipulations médiatiques du régime de Bachar el Assad. | AFP / Pierre Verdy

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Plusieurs journalistes ont fui la Syrie pour Paris. Ils affirment avoir été forcés de manipuler l’information pour le compte du régime de Bachar el Assad.

Lama al-Khadra résume son travail à Radio Damas d’une phrase : «Notre mission était de tuer par la parole». Avec deux autres responsables de cette radio officielle syrienne, elle a fait défection  pour rejoindre le camp de l’opposition au président Bachar el-Assad.

«C’est difficile de toujours porter un masque, ne rien montrer, penser, parler, comme eux, les hommes du régime», confie-t-elle après la lecture solennelle d’une déclaration de défection dans l’arrière-boutique d’une librairie du centre de Paris.

Pendant des mois, cette responsable des programmes politiques et culturels de Radio Damas, la radio publique historique en Syrie, a dû «mettre des mots» sur les opposants au régime. «Il fallait se cantonner aux dépêches de Sana (l’agence officielle de presse syrienne), et dénigrer les opposants, ce n’est pas facile», assure-t-elle. Lama écrit alors «groupes armés» pour «manifestants», «complot» pour «contestation».

«Beaucoup de journalistes vivent la souffrance du peuple»

La journaliste décrit un climat de paranoïa générale dans la rédaction, où on n’ose regarder que les télévisions officielles : «Il était dangereux de regarder al-Jazeera sans passer pour un révolutionnaire. Au sein des rédactions des médias officiels, beaucoup de journalistes vivent la souffrance du peuple», assure-t-elle.

Kamal Jamal Beck, directeur des programmes de la radio et également patron du site internet de la radio et de la télévision, affirme avoir été «interrogé à trois reprises par les services secrets».

«Travailler pour un média d’Etat en Syrie, c’est comme être dans une prison invisible», confesse Baddour Abdel Karim, ancienne patronne du service culture de la radio. «Nous n’étions plus journalistes», regrette-t-elle, décrivant une rédaction où «certains soutiennent le régime et ne s’en cachent pas, d’autres restent en place parce qu’ils n’ont pas le choix».

17 journalistes tués dans le pays depuis le début du conflit

Avec l’aide des autorités françaises, les trois journalistes ont quitté la Syrie pour le Liban, avant de rejoindre cette semaine Paris. «Pour nous, assoiffés de liberté, le départ est amer», disent-ils. Mais ils ne veulent plus rester en Syrie, «avec des balles dans la bouche». Ils vivent désormais dans la banlieue sud de Paris et rêvent de lancer une nouvelle radio, «embryon d’une future radio publique de l’après-Assad»
Tous trois veulent, avec la Coalition nationale syrienne, la principale instance de l’opposition, créer une radio qui «prenne le pouls de la révolution syrienne pour renforcer l’union nationale entre les Syriens».

Depuis le début de la contestation qui a tourné à la guerre civile, des dizaines de journalistes ont fait défection. La plupart ont quitté leur poste en toute discrétion et ont pris la route de l’exil, en Turquie, en Jordanie ou au Liban comme des centaines de milliers de Syriens. D’autres, telle l’ancienne présentatrice Ola Abbas partie en juillet de la chaîne officielle d’informations télévisées en continu Al-Ikhbariya, ont déserté le micro et l’ont fait savoir. Pour tous ceux qui continuent de se rendre au siège de la radiotélévision d’Etat, place des Omeyyades, dans le centre de Damas, l’enlèvement ou l’assassinat par les rebelles sont des menaces de plus en plus fortes.

17 journalistes professionnels, étrangers et Syriens, et 44 citoyens-journalistes ont été tués depuis le début du conflit en mars 2011 en Syrie, «cimetière des acteurs de l’information».

La Russie prône un dialogue entre Bachar el Assad et l’opposition

Seule grande puissance aux relations étroites avec le régime syrien, la Russie a pressé vendredi le président Bachar el-Assad de dialoguer avec l’opposition en vue de résoudre le conflit et multiplie les contacts avec tous les acteurs de ce dossier. «Nous avons activement incité, comme nous le faisons depuis des mois, le régime syrien à faire le maximum pour concrétiser ses intentions de dialoguer avec l’opposition», a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lors d’une conférence de presse à l’issue d’une rencontre avec son homologue égyptien, Mohamed Amr.

Le chef de la diplomatie russe a également déclaré que Moscou refusait toujours de soutenir les appels de certains pays à la démission du président Assad, réaffirmant que cette question revenait au peuple syrien. La Russie, de facto l’un des derniers soutiens du régime de Damas auquel elle vend des armes, multiplie les contacts ces derniers jours à propos du dossier syrien. Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhaïl Bogdanov, a indiqué à l’agence Ria Novosti que Moscou avait envoyé une invitation au chef de la Coalition de l’opposition syrienne, Moaz El-Khatib, afin de participer à des négociations en vue d’un règlement du conflit. Mais l’opposition syrienne a toujours exigé, comme préalable à tout dialogue, le départ de Bachar el-Assad.

VIDEO. Moscou presse Assad de dialoguer avec l’opposition
vidéo ici à la fin du texte 

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