Manif pour Gaza


Vu la situation dramatique dans la Bande de Gaza suite aux bombardements israéliens incessants, nous tenons à manifester ce Dimanche 25 Novembre, au départ de la Gare du Nord.

De nombreuses manifestations se sont tenues dans les grandes villes du monde ces derniers jours. Nous tenons à pouvoir exprimer notre indignation également dans les rues de Bruxelles!

Les bombardements continuent, pire, une invasion terrestre israélienne aura probablement lieu dans les jours qui viennent.

La manifestation aura pour seul mot d’ordre: « Stop aux massacres à Gaza ».

Initiative du Mouvement Citoyen Palestine : www.mcpalestine.be <http://www.mcpalestine.be/>

* Rassemblement à partir de 13h30 gare du Nord : Boulevard Simon Bolivar
*  Départ 14h00
* Arrivée gare du Midi

Mouvement Citoyen Palestine
mcpalestine.be
<http://mcpalestine.be/>

Mahmoud Darwish : Passants parmi des paroles passagères


[youtube https://youtu.be/2rs0kCK5JIs?]

Texte en arabe

Passants parmi des paroles passagères

1.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
portez vos noms et partez
Retirez vos heures de notre temps, partez
Extorquez ce que vous voulez
du bleu du ciel et du sable de la mémoire
Prenez les photos que vous voulez, pour savoir
que vous ne saurez pas
comment les pierres de notre terre
bâtissent le toit du ciel

2.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
Vous fournissez l’épée, nous fournissons le sang
vous fournissez l’acier et le feu, nous fournissons la chair
vous fournissez un autre char, nous fournissons les pierres
vous fournissez la bombe lacrymogène, nous fournissons la pluie
Mais le ciel et l’air
sont les mêmes pour vous et pour nous
Alors prenez votre lot de notre sang, et partez
allez dîner, festoyer et danser, puis partez
A nous de garder les roses des martyrs
à nous de vivre comme nous le voulons.

3.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
comme la poussière amère, passez où vous voulez
mais ne passez pas parmi nous comme les insectes volants
Nous avons à faire dans notre terre
nous avons à cultiver le blé
à l’abreuver de la rosée de nos corps
Nous avons ce qui ne vous agrée pas ici
pierres et perdrix
Alors, portez le passé, si vous le voulez
au marché des antiquités
et restituez le squelette à la huppe
sur un plateau de porcelaine
Nous avons ce qui ne vous agrée pas
nous avons l’avenir
et nous avons à faire dans notre pays

4.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
entassez vos illusions dans une fosse abandonnée, et partez
rendez les aiguilles du temps à la légitimité du veau d’or
ou au battement musical du revolver
Nous avons ce qui ne vous agrée pas ici, partez
Nous avons ce qui n’est pas à vous :
une patrie qui saigne, un peuple qui saigne
une patrie utile à l’oubli et au souvenir

5.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
il est temps que vous partiez
et que vous vous fixiez où bon vous semble
mais ne vous fixez pas parmi nous
Il est temps que vous partiez
que vous mouriez où bon vous semble
mais ne mourez pas parmi nous
Nous avons à faire dans notre terre
ici, nous avons le passé
la voix inaugurale de la vie
et nous y avons le présent, le présent et l’avenir
nous y avons l’ici-bas et l’au-delà
Alors, sortez de notre terre
de notre terre ferme, de notre mer
de notre blé, de notre sel, de notre blessure
de toute chose, sortez
des souvenirs de la mémoire
ô vous qui passez parmi les paroles passagères

Pense-bête à l’intention du journaliste chargé du Moyen-Orient


 Rudi Barnet

Dans cette période troublée où le journaliste doit manifester la plus grande prudence dans le compte-rendu des événements du Moyen-Orient et éviter de choquer l’opinion publique, il est bon de rappeler quelques principes et règles qui permettront de parer aux critiques. Correctement appliqués, les préceptes et conseils ci-dessous vous éviteront d’être accusé d’opinion tendancieuse.

 

• Ne jamais oublier que ce sont toujours les Arabes qui attaquent ; Israël ne fait que se défendre et agit toujours en représailles.

Ne jamais attribuer ce terme aux actions palestiniennes, seul Israël est victime.

• Quand l’armée israélienne tue des civils arabes, c’est toujours en état de légitime défense.

Quand des civils israéliens sont tués, cela s’appelle du terrorisme.

• Les Israéliens n’enlèvent pas les civils palestiniens, ils les capturent.

Toujours mentionner les nécessités de sécurité pour expliquer ces captures.

• Inversement, les Palestiniens et Libanais ne sont pas habilités à capturer des militaires israéliens! S’ils le font, le qualificatif à utiliser est enlèvement.

• Il n’est pas convenable de mentionner le nombre de prisonniers palestiniens (entre 8 et 10.000, dont 300 enfants) capturés actuellement. Si, malgré tout, vous devez en faire état, qualifiez-les de terroristes ou supposés terroristes.

• Utilisez le moins possible le terme Palestinien et préférez Arabe, terme officiel du gouvernement israélien pour désigner les habitants non-juifs des deux territoires.

• Quand vous mentionnez le « Hezbollah », toujours ajouter l’expression soutenu par la Syrie et l’Iran.

Mais quand vous parlez d’Israël, il est superflu d’ajouter soutenu par les USA et l’Europe.

… On pourrait croire qu’il s’agit d’un conflit déséquilibré.

• Ne pas utiliser le terme « territoires occupés » mais territoires contestés.

A ce propos, il est aussi préférable de dire Judée-Samarie plutôt que Cisjordanie.

• Ne jamais rappeler les diverses résolutions de l’ONU ou conventions de Genève défavorables à Israël.

Idem pour les condamnations par la Cour de Justice de La Haye… Cela risque de perturber le lecteur, téléspectateur ou auditeur.

• Quand vous devez évoquer l’historique du conflit, il est bon de rappeler les attaches bibliques des Juifs avec Israël (« la terre d’où nous venons, le pays de nos ancêtres« ).

Evitez d’évoquer les travaux des historiens modernes qualifiant cette thèse de légende.

• Il est préférable de ne pas dire armée israélienne, mais d’utiliser la qualification plus sympathique de Tsahal.

• Si vous travaillez à la télévision, évitez de montrer des images de Palestiniens blessés (surtout les enfants) et privilégiez toujours celles montrant des Israéliens psychologiquement traumatisés (surtout des enfants).

• Il est de bon ton de laisser entendre que le « Hamas » est un groupe terroriste qui ne reconnaît pas l’Etat d’Israël (ces Islamistes qui ne veulent pas la Paix est un commentaire bienvenu).

Surtout, ne faire aucune mention de la reconnaissance faite en 2002.

• Il n’est pas indiqué de signaler qu’Israël a toujours refusé de fixer ses frontières et ne reconnaît pas la Palestine.

• Le mot colonies doit être écarté dans vos textes, parlez plutôt d’implantations.

• Afin d’affirmer la symétrie du conflit, ne jamais évoquer l’expansionnisme israélien mais toujours parler de deux peuples se disputant un territoire.

• Au cas où vous devriez évoquer les projets de développement nucléaire de l’Iran, il n’est pas utile d’insister sur l’arsenal nucléaire militaire israélien… Et surtout pas de signaler que c’est la 6ème puissance mondiale dans ce domaine.

• Quand vous devez faire état du refus palestinien d’agréer les conditions israéliennes pour l’arrêt des hostilités, toujours ajouter que « Israël considère qu’il n’a plus de partenaire pour le processus de paix »… Si possible sur un ton de regret.

• Si vous êtes appelé à citer le « mur de séparation », ne jamais mentionner qu’il a été établi sur des terres palestiniennes annexées, mais toujours mentionner que ce mur a été érigé pour arrêter les attentats terroristes… Et éviter surtout de citer la condamnation du « Tribunal International de Justice » exigeant son démantèlement.

• Concernant les opposants à Israël, ne jamais utiliser les mots résistants ou militants… Toujours parler de terroristes ou d’activistes.

Même s’ils manifestent seulement pour la paix, ils doivent être qualifiés de pro-palestiniens.

• Au cas ou vous seriez amené à reparler de « Plomb Durci », toujours reprendre la thèse israélienne : c’est le Hamas qui a rompu la trêve (ajoutez « unilatéralement » pour une meilleure compréhension)… et qu’Israël avait mis les Palestiniens en garde avant les bombardements (inutile de citer les bombes au phosphore).

• En cas de nouvelle opération visant à briser le blocus de Gaza, utilisez des expressions telles « cette flottille de soi-disant pacifistes » ou « acte de provocation »… et surtout évitez les commentaires du style « blocus illégal d’Israël, condamné par l’ONU ».

• Il est important d’être vigilant face à la propagande palestinienne.

C’est chaque jour que les agences de presse reçoivent des communiqués sur de soi-disant incidents (incendies d’oliviers, massacre à la frontière syrienne, répression violente de manifestations, etc)… sans confirmation des autorités israéliennes.

Evitez donc d’en faire état dans vos medias.

• Si vous en avez l’occasion, affirmez qu’Israël est la seule démocratie du Moyen-Orient. Evitez, évidemment, d’ajouter que cette qualité ne concerne que la population blanche et juive du pays.

• Ne faites aucune critique de la volonté du gouvernement actuel de transformer le terme Israël en Etat Juif,excluant de facto les 20% de musulmans de la population.

Toujours éviter la référence religieuse à ce propos.

• Contrairement aux infos des medias israéliens, toujours très fiables, la prudence s’impose avec celles provenant des agences de presse ou medias arabes.

Toujours les vérifier – si nécessaire auprès de l’ambassade d’Israël – avant diffusion!

• A priori, tout communiqué émanant des services du gouvernement israélien doit être considéré et diffusé comme objectif!

Au cas où l’information se révèlerait ensuite fausse ou incorrecte, il n’est pas utile d’en informer le public… sauf après un délai suffisant pour en atténuer l’impact.

• Au cas où une information très défavorable à Israël vous parvient (condamnation d’une instance internationale, découverte d’un complot…), il est urgent et primordial, pour préserver la réputation d’Israël, de rechercher un autre sujet à diffuser à sa place (mariage royal, performance sportive…).

• Les Israéliens parlant mieux le français que les Arabes, donnez-leur souvent la parole. Ils peuvent mieux nous expliquer les règles précédentes et vous affirmerez ainsi votre neutralité journalistique.

Note Importante

Au cas où certains de vos collègues contreviendraient aux règles ci-dessus, prière d’en aviser les responsables de votre media. C’est un devoir citoyen de signaler ces dérives antisémites

Gaza, ça recommence ! – Mazin Qumsiyeh –


Mazin Qumsiyeh

The Popular Resistance

Est-ce que l’histoire est en train de se répéter ?

 

(JPG)

Trois janvier 2009 : bombardement sur Beit Hanoun
(photo : P. Baz/AFP/Getty Images – boston.com)

Les forces d’Israël ont attaqué Gaza, elles détruisent les réseaux d’électricité, détruisent l’infrastructure et massacrent les civils. Elles ont amplifié leur attaque brutale quand deux roquettes artisanales ont été lancées sur Tel Aviv. Les hôpitaux à Gaza sont rendus au point de rupture, essayant d’accueillir les victimes alors que depuis des années, ils sont en état de siège. Mais les forces de la résistance à Gaza ont signalé qu’un jet israélien a été abattu. Les autorités israéliennes sont prises en flagrant délit de mensonge à leur propre population sur l’ampleur des dégâts causés par la résistance (prétendant par exemple que les roquettes étaient interceptées et qu’elles ne retombaient pas alors même que les citoyens israéliens voyaient les roquettes exploser au sol, ils voyaient les incendies se déclarer et les ambulances qui se précipitaient. J’ai entendu moi-même les sirènes hurler dans les colonies de Gush Etzion et j’ai entendu le bruit sourd d’une roquette largeb (probablement du type Fajr, de grande portée).

Mais maintenant, quelques observations analytiques.

Est-ce que l’histoire est en train de se répéter ? L’attaque israélienne contre Gaza cette semaine a lieu entre les élections présidentielles aux États-Unis et les élections (prochaines) israéliennes. L’attaque contre Gaza il y a quatre ans a eu lieu également après les élections US et avant les élections israéliennes. Certains citoyens israéliens ont ainsi lancé un avertissement dans un journal israélien sous le titre « Non à la guerre des élections ! ».

Netanyahu et compagnie tentent aujourd’hui de refaire ce qu’Olmert et compagnie ont essayé de faire il y a quatre ans : pousser Gaza à la soumission tout en gagnant les voix de droite. Cette attaque pourrait aussi être un test de préparation dans le cas d’une guerre à venir contre l’Iran (Gaza est plus faible que le Liban ou l’Iran). Au vu des premiers résultats, la machine de propagande israélienne (hasbara) n’a pas réussi à faire apparaître l’attaque contre Gaza comme une « légitime défense » et elle ne réussira pas davantage dans ses autres objectifs tout comme en 2006 et 2008.

Lors de la dernière agression contre Gaza il y a quatre ans, les forces israéliennes ont assassinés 1400 palestiniens, dont près de 400 enfants, en à peine trois semaines. C’était, et c’est toujours, une tâche difficile pour la propagande de cacher l’ampleur des atrocités commises contre les natifs de cette terre, spécialement quand des organisations de défense des droits de l’homme et les Nations-Unies qualifient de tels actes de crimes de guerre et de crimes de l’humanité.

A Gaza, rien que dans les dernières quarante-huit heures, les martyrs palestiniens comprenaient deux bébés de dix et onze mois. Netanyahu espère que les réseaux sionistes de communication et sa campagne de bombardements vont réussir en 2012 ce qu’ils ont raté en 2008. Israël en tant qu’occupant/colonisateur espère se tirer de ses assassinats en qualifiant la résistance du peuple occupé de « terrorisme ».

A l’âge de la communication en temps réel, c’est devenu difficile. Après plusieurs guerres d’agression (par exemple, en 1948, 1956, 1967, 1982, 2000, 2006, 2008, et aujourd’hui, 2012), le monde se réveille. Les peuples du monde arabe qui se sont engagés dans de véritables révolutions démocratiques exigent désormais un véritable changement. Il est symboliquement important que des officiels de premier plan d’Égypte et Tunisie se soient rendus à Gaza pendant les attaques en cours.

Les peuplent savent que les lobbies israéliens, tel l’AIPAC (dont le site a été piraté par Anonymous cette semaine (1)), continuent d’inciter à des guerres y compris à une guerre hors-la-loi contre l’Iran, de la même manière qu’ils ont poussé aux guerres illégales précédentes contre le Liban et l’Iraq. La dernière guerre a été imposée à l’opinion publique occidentale grâce à des mensonges (les liens de l’Iraq avec les actions terroristes du 11 Septembre 2001 et les armes à destruction massive). La guerre a coûté des milliers de vies états-uniennes, des centaines de milliers de vies iraquiennes, et trois mille milliards de dollars en coût direct aux contribuables des États-Unis).

Les peuples savent que Gaza est toujours sous occupation selon le droit international, comme les Nations unies elles-mêmes l’ont rapporté. Même les porte-parole israéliens et un document rendu public par une décision de tribunal ont montré qu’Israël s’est lancé dans une punition collective de la population de Gaza, un crime contre l’humanité selon le droit international. Les Nations unies ont mis en garde contre une catastrophe humanitaire si le siège israélien de Gaza se poursuivait. Israël continue aussi de cibler tous les bateaux humanitaires qui tentent de briser le siège.

Les politiciens israéliens trouvent commode toutes les quelques années de lancer une guerre massive pour garder le « front intérieur » dans l’inquiétude et l’unité, et ils espèrent ainsi booster leurs carrières politiques. « Éradiquer le terrorisme » et défendre « la sécurité des citoyens israéliens » sont maintenant considérés, même par les Israéliens, comme de la simple propagande. Les rapports des Renseignements israéliens soumis au gouvernement israélien montrent que le Hezbollah est devenu encore plus fort après les attaques israéliennes de 2006 et que le Hamas est lui aussi devenu plus fort après l’attaque israélienne en 2008.

La Gaza appauvrie enseigne toutes les leçons. Olmert et Livni ont découvert que les crimes de guerre ne se traduisaient pas obligatoirement en bulletins de votes. Une leçon plus importante qui demande peut-être plus de temps pour être creusée est que la sécurité ne vient pas d’une oppression et d’un nettoyage ethnique, les deux piliers du sionisme. La sécurité vient de la justice. Israël est un État apartheid raciste et militarisé qui a créé la plus grande population de réfugiés toujours existant sur la terre (sept millions des douze millions de Palestiniens sont des réfugiés ou des déplacés).

La paix peut venir par la reconnaissance des torts et un engagement pour une justice réparatrice. Une fois réalisé le retour des réfugiés palestiniens (dont le million de Gaza) dans leurs foyers et sur leurs terres occupées en 1948, nous pouvons tous vivre ici dans un État démocratique laïc, quelle quelles que soient nos origines religieuses ou autres.

Je soupçonne que les attaques immorales et cruelles israéliennes contre Gaza vont hâter ce résultat incontournable.

(1) Anonymous a bloqué le site de l’AIPAC (c’est le site de la troisième colonne qui détruit l’économie américaine pour le bien du sionisme) http://www.aipac.org/.

Actions : actions en urgence dans le monde pour Gaza : https://docs.google.com/a/qumsiyeh….

(JPG) Restez humains

Pr Mazin Qumsiyeh

Site : http://qumsiyeh.org

Adresse courriel : mazin@qumsiyeh.org

16 novembre 2012 – http://popular-resistance.blogspot.fr/2012/11/gaza-redux.html] – traduction : Info-Palestine/JPP

 

La « hasbara », l’autre arme d’Israël


Extrait du compte twitter du premier ministrte israélien

Les batailles israélo-palestiniennes ne sont jamais uniquement militaires mais également médiatiques. La propagande, la hasbara, en hébreu, fait l’objet depuis longtemps d’un soin particulier de la part des autorités israéliennes qui procèdent généralement par une « politique de l’offre », la mise à disposition de la presse nationale et internationale d’une kyrielle d’experts militaires, de chercheurs, y compris via des reportages clé en main, dans le but de faire passer les éléments de langage israéliens. Les institutions gouvernementales (armée, ministère des affaires étrangères, qui a ouvert l’onglet Israel under Fire qui décrit un pays attaqué, ou compte twitter du premier ministre Benyamin Nétanyahou) et non gouvernementales (par exemple The Israel Project, qui reprend exactement la même thématique) sont alors en première ligne. Chaque expérience fait ensuite l’objet d’un retour critique (lire cet article du Haaretz sur l’analyse des ratées de l’offensive de 2008-2009 et de l’assaut contre le Navi Marmara).

La nouveauté de la campagne en cours tient à deux éléments. Le premier, le plus spectaculaire, est le recours à la virtuosité numérique avec le suivi, presque en temps réel, de l’assassinat de Ahmed Jabari via Twitter. Le second, plus stratégique est « l’humanisation » de l’opération israélienne avec l’accent mis sur les souffrances israéliennes pour contrecarrer le cliché des fantassins lourdement armés, des blindés et des avions de guerre opposés à un peuple de civils vivant dans le dénuement, alors que les groupes armés palestiniens disposent désormais, grâce à la « zone grise » qu’est devenu le Sinaï, de matériels bien plus meurtriers que par le passé.

Quel impact cette guerre médiatique peut-elle avoir réellement? Outre le fait qu’elle reste à la merci de la moindre bavure immédiatement répercutée (on se souvient à cet égard de la mort quasiment en direct à la télévision israélienne des trois filles du médecin palestinien Ezzedine Aboulaïch en janvier 2009), cette guerre se heurte au profond clivage que génère le conflit israélo-palestinien, l’une des rares questions internationales pour laquelle il existe des opinions très tranchées. On le voit en France où chaque accès de violence resserre les rangs des « pro » et des « anti » (lire la note consacré au livre de Marc Hecker) et où la hasabara ne prêche guère que les convertis.

À propos de Gilles Paris

Le conflit qui oppose Israéliens et Palestinien est au coeur des crises qui secouent le Proche et le Moyen Orient. Considéré comme central par les diplomates et les analystes, il est sans doute l’un des plus suivis par la presse internationale. Cette surmédiatisation, paradoxalement, constitue souvent un obstacle à sa compréhension. Les informations égrénées sur la situation à Gaza, comme en Cisjordanie, les raids, attaques et représailles masquent les processus politiques en cours, leurs enjeux, leurs succès comme leurs échecs. En décryptant régulièrement une actualité éclairée par les documents de références, qu’il s’agisse des textes, des portraits des principaux acteurs ou des dates clefs, Guerre ou paix se propose de rendre cette actualité plus lisible. Il vous permet de vous exprimer sur le Forum du Monde.fr consacré au Proche Orient.

Julien Salingue : Sur l’offensive en cours à Gaza


Propos recueillis par Gaël Cogné et publiés le 16 novembre 2012 sur le site FranceTVinfo

Francetv info : Quelles sont les raisons pour lesquelles Israël a lancé une offensive contre la bande de Gaza ?

Julien Salingue : Il y a deux considérations. Une qui relève de la politique intérieure, l’autre de politique extérieure. D’abord, ça devient de plus en plus une tradition en Israël : les campagnes électorales s’accompagnent d’une attaque. La dernière opération contre Gaza en 2008-2009 (« Plomb durci »), c’était aussi pendant une campagne. Le gouvernement de Benyamin Netanyahu est tenté d’être dans une confrontation militaire pour radicaliser la société israélienne. Ils savaient très bien que le Hamas ne manquerait pas de riposter. Ils comptent convaincre un certain nombre d’électeurs que la meilleure option demeure les plus radicaux, eux-mêmes.

Ensuite, on est à deux semaines d’un probable vote aux Nations unies sur le statut de la délégation palestienne pour son admission comme État nom membre. Israël n’en veut pas mais est minoritaire à l’ONU sur cette position. En lançant une confrontation militaire avec Gaza, il soude derrière lui une partie des hésitants tentés de ne pas vouloir se prononcer, pour ne pas donner l’impression de soutenir les Palestiniens contre Israël. Les réactions d’une partie de l’Union européenne montrent que cela fonctionne. Très nuancées, elles renvoient dos à dos le Hamas et Israël.

L’assassinat du chef militaire du Hamas, Ahmad Jaabari, porte-t-il un coup dur au mouvement ?

Au Hamas, Jaabari était un chef militaire, mais il jouait aussi un rôle politique central dans la bande de Gaza. Il était en charge depuis quelques années du maintien de l’ordre. Son rôle était d’assurer, si nécessaire, le calme aux frontières, aux points de contact avec Israël. Ce n’est pas un hasard si c’est lui qui, on l’a appris dans le quotidien israélien Haaretz, était en train d’élaborer une proposition de trêve avec Israël sous supervision égyptienne. On est loin de l’image qu’on a voulu nous présenter, celle d’un chef de groupes qui tirent des roquettes sur Israël. Finalement, ceux qui au Hamas défendent depuis plusieurs années le principe d’une solution politique et de négociations sont affaiblis.

Le Hamas va-t-il exploiter cette intervention pour renforcer son emprise sur Gaza ?

Il y a quelques mois, le Hamas a créé une force de trois cents hommes chargée de dissuader les autres groupes de tirer des roquettes sur Israël. Alors que le blocus, les bombardements et les incursions se poursuivaient, cette mesure n’était pas populaire. Une partie de la base du Hamas jugeait qu’il n’était pas assez ferme. En visant directement l’appareil militaire du Hamas, Israël donne l’impression à la population que le parti est loin d’avoir fait des compromis. En ce sens-là, ça peut servir le Hamas.

Après, cela peut aussi avoir un effet sur la scène politique intérieure palestinienne. Le Hamas sort renforcé vis-à-vis de l’autorité palestinienne de Ramallah. Depuis quelques jours, cette dernière peine à communiquer. En réalité, Mahmoud Abbas se retrouve un peu piégé. S’il condamne trop vivement l’intervention israélienne, s’il apporte trop ouvertement son soutien à la population de Gaza, il va apparaître comme soutenant le Hamas [son opposant politique]. Mais s’il ne le fait pas, il donne le sentiment qu’il privilégie les intérêts d’appareil à la population.

Du coup, les groupes jihadistes salafistes qui ont fait leur apparition ces dernières années s’en trouvent-ils affaiblis ?

Il est difficile de mesurer leur réalité. Mais ils se sont construits en expliquant que le Hamas était en train de devenir l’équivalent de l’Autorité palestinienne, qu’il n’allait pas assez loin. Par conséquent, dans la phase actuelle, ils perdent de leur aura car le Hamas s’est remis à participer de manière très visible au combat. En revanche, si le Hamas va vers la négociation d’une trêve ou d’un cessez-le-feu et que dans les semaines ou les mois à venir la situation de Gaza ne s’améliore pas, les groupes plus radicaux empocheront la mise.

Pendant longtemps, le régime d’Hosni Moubarak en Egypte s’est montré assez neutre vis-à-vis d’Israël. L’arrivée au pouvoir de l’islamiste des Frères musulmans (organisation proche du Hamas) Mohamed Morsi change-t-elle la donne ?

Ce qui s’est passé depuis deux jours montre assez nettement que les choses ont changé. On a eu les déclarations assez vives de Mohamed Morsi, le rappel de l’ambassadeur d’Egypte en Israël, l’ouverture de la frontière à Rafah pour permettre aux blessés palestiniens de sortir, la visite du Premier ministre égyptien aujourd’hui. Israël ne peut plus compter sur le régime égyptien pour faire taire toute contestation de la politique israélienne en Egypte et pour contribuer à l’isolement des Palestiniens. Pour l’instant, cela ne joue pas beaucoup sur la politique israélienne, mais cela peut, à moyen terme, peser.

Pensez-vous que l’opération va encore durer longtemps ? Y aura-t-il une opération terrestre ?

Difficile à dire. Avec le contexte électoral israélien, le gouvernement ne peut pas donner l’impression d’avancer à moitié. Est-ce que ça veut dire qu’il va entrer partiellement, totalement dans la bande de Gaza, qu’il va accroître la pression militaire ? Ce qui est sûr, c’est que ça ne va pas s’arrêter aujourd’hui. Ce qui va jouer, c’est en partie l’attitude du Hamas et les effets des tirs de roquettes. S’il y a d’autres morts côté israélien, ou d’autres roquettes qui tombent à côté de lieux symboliques, cela peut convaincre l’armée israélienne de pénétrer dans la bande de Gaza et de taper plus fort.

Gaza 2012 : un air désespérant de déjà vu


BAUDOUIN LOOS
gaza

Comme un air de déjà vu. Des peines déjà vues. Des morts, des blessés, des cris de désespoir. Le Proche-Orient semble condamné à répéter année après année les mêmes spirales sanglantes comme si, maudite par sa trop grande sainteté, cette terre ne pouvait engendrer que le malheur.

Gaza, donc. Une énième « escalade de la violence », comme il convient de dire. Qui a commencé ? Ceux qui sont victimes du blocus ou ceux qui l’organisent ? En tout cas, le gouvernement israélien invoque la légitime défense et a choisi d’« éliminer » Ahmad Jaabari, le chef de la branche armée du Hamas. Un acte dont personne au sommet de l’Etat israélien ne pouvait ignorer les conséquences : le Hamas, touché au cœur, allait répondre avec toute la vigueur dont il est capable. Et Israël, dans sa logique implacable, se devrait de répondre à la réponse avec une puissance plus grande encore.

Alors pourquoi prendre ce risque ? Le New York Times, peu suspect de cacher en son sein des plumes anti-israéliennes, expose ses doutes dans un éditorial : « Israël a le droit de se défendre, mais il est difficile de voir en quoi l’opération de mercredi (l’assassinat de Jaabari) pourrait être le moyen le plus efficace de servir ses intérêts à long terme. »

Le quotidien américain évoque les soupçons de certains commentateurs israéliens sur la connexion possible de l’opération avec les élections législatives anticipées qui doivent avoir lieu le 22 janvier prochain en Israël. Un rapprochement tentant, en effet. Mais qui serait alors un jeu bien dangereux : le Hamas vient de montrer pour la toute première fois depuis sa création en décembre 1987 qu’il était capable d’atteindre Tel-Aviv et Jérusalem avec ses roquettes de plus en plus sophistiquées. Une audace qui appelle en punition des « représailles » israéliennes viriles. Qui a dit « escalade » ?

Certes, après le fiasco médiatique de l’opération « Plomb durci » sur Gaza à l’hiver 2008-2009 et les 1.400 morts dont 300 mineurs d’âge, l’armée israélienne est sans doute chargée de minimiser au maximum les pertes civiles sur le territoire palestinien surpeuplé. Mais les dégâts collatéraux, dans ce contexte géographique confiné, restent la règle plutôt que l’exception.

Comme conclut le même texte du New York Times, il y a mieux à faire de la part d’Israël. Et notamment s’engager sérieusement à travailler à une paix durable avec le rival du Hamas, l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. Ce qui implique l’arrêt de la colonisation. Est-ce possible ?

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