Rappel : c’est ce soir


“Cinq Caméras brisées” contre le mur du silence en Palestine
Le paysan palestinien Emad Burnat a filmé cinq ans durant le harcèlement des soldats israéliens sur son village de Cisjordanie. Et la rage grandissante des habitants.
Un document multi-primé proposé
le mardi 9 octobre 2012, à 20h35, sur France 5.

Les kidnappings crapuleux, nouvelle plaie dans une Syrie en plein chaos


Marie Kostrz | Journaliste Rue89

Un homme soupçonné d’être un chabiha, avec un sac sur la tête, est arrêté par des rebelles syriens, près d’Alep, le 15 septembre 2012 (Marco Longari/AFP)

(De Beyrouth, Liban) « Je passais la soirée chez un ami dans le centre de Damas lorsqu’on a entendu beaucoup de bruit dans la rue et dans la maison d’à côté. Le lendemain, on a appris que six jeunes hommes s’étaient fait enlever. »

Khaled – tous les prénoms sont modifiés –, habitant de Damas, avoue avoir eu très peur cette nuit-là. Les kidnappeurs, qui circulaient selon lui dans une grosse voiture noire, n’ont, depuis, plus donné signe de vie.

Le jeune homme de 26 ans a le sentiment que plus personne n’est en sécurité en Syrie, même dans les zones où aucun affrontement n’a lieu entre le régime et l’Armée syrienne libre (ASL) :

« Les enlèvements ne cessent de se multiplier. Les ravisseurs appellent parfois la famille pour demander une rançon. Ou bien on apprend que la personne a été tuée, sans qu’aucune raison ne soit avancée. »

L’argent, première motivation des ravisseurs

Une chose est sûre : ils tendent à se multiplier, comme l’explique à Rue89 Jodat Bitar, jeune Syrien qui joue le rôle d’intermédiaire lors des négociations de libération des otages :

« Des personnes sont kidnappées pour leurs opinions politiques, leur appartenance communautaire et d’autres encore pour servir de monnaie d’échange de prisonniers. Mais la plupart des enlèvements ont surtout une motivation financière. »

Selon lui, 10 000 personnes auraient été kidnappées depuis le début de la révolution, un chiffre difficilement vérifiable. Les sommes demandées varient entre 3 000 et 10 000 dollars (entre 2 300 et 7 650 euros).

Suzan Ahmad, porte-parole pour la banlieue de Damas du Conseil de commandement de la révolution, groupe d’activistes actifs, explique que les rançons sont souvent revues à la baisse :

« Les sommes demandées sont très élevées mais les ravisseurs finissent par accepter des sommes beaucoup plus petites, ils essayent juste d’avoir autant d’argent qu’ils peuvent. »

Eau bouillante et menace de mort

Ça a été le cas du beau-frère d’Aytham, à Alep. L’homme, commerçant assez aisé, a été kidnappé à la fin du mois de septembre. Les ravisseurs exigeaient 25 millions de livres syriennes (environ 280 000 euros) contre sa libération.

Trois jours plus tard, le montant de la rançon est descendu à 3 millions (34 000 euros) et il a finalement été libéré contre 330 000 livres syriennes (3 700 euros).

Sa détention n’en a pas été moins rude :

« Tous les jours, notre famille pouvait lui parler, mais c’était en fait un moyen de nous mettre la pression et payer.

Ses yeux étaient toujours bandés, de l’eau bouillante a été versée sur ses mains. Ils ont apporté des couteaux et lui ont fait croire qu’ils allaient le tuer. »

Profiter du chaos pour s’enrichir

La famille d’Aytham n’a aucune idée de l’identité des ravisseurs :

« Cela peut être des personnes de l’opposition, un groupe lié au régime… on ne sait pas. Ce qui est sûr, c’est que ces individus profitent du chaos qui s’installe en Syrie.

Par exemple, près de ma maison, à Alep, l’ASL a démantelé un gang qui se faisait passer pour l’Armée libre et kidnappait des personnes en son nom. »

Nadim Houry, directeur de Human Rights Watch au Moyen-orient, fait le même constat. L’Etat n’assurant plus systématiquement la sécurité des civils et le nombre d’armes en circulation augmentant, il explique qu’il est aisé pour des groupes autonomes d’agir en toute impunité.

Les deux camps semblent également pratiquer le kidnapping pour des raisons financières, ajoute-t-il :

« Nous savons que ce procédé est utilisé par certains groupes liés à l’Armée libre pour se financer. Il s’agit aussi pour le gouvernement de réprimer, grâce aux “chabihas”, ses milices. »

Chabihas et prisonniers de droit commun

C’est aussi de cette manière que Suzan Ahmad explique l’augmentation des kidnappings :

« Le régime n’a plus assez d’argent pour rémunérer ses miliciens, les chabihas. Il les a donc autorisés à faire tout ce qu’ils veulent pour trouver de l’argent et les kidnappings sont un des moyens qu’ils utilisent. »

D’après les différentes personnes interrogées par Rue89, les lieux particulièrement touchés par ce type d’enlèvements sont la région d’Alep, d’Idlib au Nord et la banlieue de Damas, notamment Yarmouk et Muadamiya.

Jodat Bitar, l’intermédiaire, avance lui une autre explication :

« Au début de la révolution, plusieurs prisonniers de droit commun, des criminels, ont été relâchés par le régime. »

Pour lui, les mêmes réseaux de criminels, actifs surtout dans la contrebande avant même la révolution, organisent actuellement des kidnappings. « Plus le temps passe, plus l’anarchie s’installe », regrette-t-il.

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Michel Khleifi sur liste noire ? rev.


Horaire Actor’s studio

Zindeeq
Mercredi 10/10 VO st Fr 19:00
Jeudi 11/10 VO st Fr 19:00
Vendredi 12/10 VO st Fr 19:00

Nicolas Crousse
Vendredi 5 Octobre 2012, 17h49 | mise à jour Vendredi 5 Octobre 2012, 23h5

Le réalisateur de Noce en Galilée se dit black-listé. L’étrange silence qui entoure la sortie de son dernier film, Zindeeq, en témoignerait-il ? Pour le Palestinien de Bruxelles, qui enseigne à l’INSAS, poser la question c’est y répondre.

  • ©AFP

Depuis mercredi, on peut découvrir le nouveau film de Michel Khleifi, Zindeeq. L’auteur palestinien de Noce en Galilée, jadis courtisé par Hollywood, signe un bien joli film, qui plante son décor dans sa ville natale de Nazareth. Le problème, c’est que pratiquement personne n’en parle. Que la vision de presse, organisée il est vrai sur le tard, n’a déplacé qu’une fort maigre poignée de journalistes. Qu’aucune interview ne fut demandée au cinéaste – à part Le Soir. Que le film, tourné en 2009 et présenté peu après aux Etats-Unis, a mis un temps fou à atterrir sur nos écrans. Qu’il n’est en vérité visible qu’au seul Actor’s studio, au centre de Bruxelles, à raison d’une seule séance par jour. Et qu’en somme, la sortie du film de ce cinéaste qui fait partie depuis longtemps du paysage cinématographique belge (il vit ici, et enseigne à l’INSAS) ressemble à une petite catastrophe.

Un incroyable gâchis… d’autant que le film de Khleifi, qui suit le retour à Nazareth d’un Dom Juan cherchant à comprendre les origines du conflit israélo-palestinin, est assez convaincant. Alors quoi ? Qu’est-ce qui coince ? Qu’est-ce qui explique ce ratage quasi complet ?

Nous passons près de deux heures avec Michel Khleifi, mardi passé, à deux pas de la rédaction. Son sentiment, face au silence radio qui entoure son film ? « J’ai dans le milieu la réputation d’être pro-palestinien. Et on me le fait chèrement payer, depuis le film que j’ai réalisé en 2003 avec un cinéaste israélien (Eyan Sivan). » Route 181, le nom du documentaire qui fait alors controverse, est en avril 2004 violemment attaqué par Claude Lanzmann, le réalisateur de Shoah, qui demande qu’il soit retiré de la programmation du festival parisien Cinéma du réel, à Beaubourg. D’autres artistes, tels que Sollers, BHL ou Arnaud Desplechin, se rangent derrière la colère de Lanzmann, à laquelle Jean-Luc Godard, Todorov, Maspero ou Banks réagissent tout aussi virulemment, en signant une contre-pétition.

L’objet de la controverse ? Le documentaire revenait sur le plan de partage de la Palestine, décidé en 1947 par la résolution 181 de l’ONU, en s’appuyant sur des témoignages d’Israéliens et de Palestiniens. Sujet inlassablement sensible. « On a accusé le film de jeter de l’huile sur le feu, explique Khleifi. Tout cela parce que nous revenions sur la carte de 1947. Cela a laissé un très grand traumatisme dans la société palestinienne. Avec une question demeurée irrésolue : que faire avec cette mémoire en forme de blessure ? »

La controverse de 2004 aurait-elle laissé des traces ? Khleifi en est convaincu. « C’est bien simple : depuis, je suis sur liste noire. Les portes se sont fermées. Je ne trouve plus d’argent… même à Arte. Et même les distributeurs qui hier encore étaient amis me tournent le dos. » Reste la CNC, petit distributeur indépendant installé à Schaerbeek, qui a eu le courage mais surtout l’intelligence de sortir Zindeeq : un film paradoxalement moins politique qu’existentiel, qui s’inscrit dans la tradition des films d’errance d’Antonioni, le maître du cinéma italien.

Dans Zindeeq, Khleifi aborde une nouvelle fois la question des origines. Et revient sur l’héritage de 1948, au regard de la transformation de la société palestinienne d’aujourd’hui. « Ce que je regrette, dit-il en guise de conclusion, c’est que mon film, réalisé en 2009, a annoncé d’une certaine façon beaucoup d’événements d’aujourd’hui, tels que la dislocation de la société arabe, le poids du passé, la difficulté de se réinventer… et qu’on en n’aura finalement pas parlé. » Un sacré gâchis, décidément.

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HUMOUR CROISSANT – Le « pain au chocolat » de Jean-François Copé raillé sur Twitter


Après avoir suscité une polémique en dénonçant le « racisme anti-Blancs », une formulation souvent employée par le Front national, Jean-François Copé a dénoncé les conséquences de la présence de nombreux musulmans dans certains quartiers en prenant en exemple… des pains au chocolat. « Il est des quartiers où je peux comprendre l’exaspération de certains de nos compatriotes, père ou mère de famille rentrant du travail le soir, apprenant que leur fils s’est fait arracher son pain au chocolat par des voyous qui lui expliquent qu’on ne mange pas pendant le ramadan », a affirmé le secrétaire général de l’UMP lors d’un meeting à Draguignan (Var), vendredi 5 octobre à Draguignan.

Jean-François Copé s’est immédiatement attiré la risée de nombreux internautes, notamment sur Twitter, avec le mot-clé #painauchocolat :

Birgitta Jonsdottir : « L’Islande peut être le laboratoire de la démocratie »


Pascal Riché | Redchef Rue89

Birgitta Jonsdottir était de toutes les manifs qui ont fait chuter le pouvoir précédent. Elue, elle promeut la mobilisation « online » pour « exploiter les failles du système ».


Birgitta Jónsdóttir en 2011, devant le parlement islandais (Halldor Kolbeins/AFP/Getty Images)

(De Reykjavik) Chômage en baisse rapide, croissance qui accélère… L’Islande se remet plutôt bien de la crise financière qui l’a mise à terre en 2008 : ses trois banques s’étaient effondrées, la couronne avait plongé, le PIB avait chuté de plus de 10% pendant deux ans.

Les Islandais ont vite repris leur destin en main, forçant la chute du gouvernement (dominé par la droite), élisant un gouvernement de centre-gauche et mettant sur les rails un nouveau texte constitutionnel, selon un processus original. Le 20 octobre, ils sont invités à voter sur certains points clés de cette réforme constitutionnelle.

Derrière plusieurs des récentes initiatives démocratiques islandaises, on retrouve une femme hors du commun : Birgitta Jonsdottir, 45 ans, se définit comme une « anarchiste pratique », « poéticienne plus que politicienne ».

Elle était de toutes les manifestations pour faire tomber le gouvernement conservateur, considéré comme responsable de la crise. Elle s’est ensuite fait élire au parlement, sous l’étiquette du Mouvement, un nouveau parti qui se vante de n’avoir aucun « membre », juste une liste d’e-mails. Une fois élue, Birgitta Jonsdottir a poussé le processus constitutionnel et fait adopter une loi poussant très loin la liberté d’information, l’Initiative islandaise pour la modernisation des médias, qui l’a rendue célèbre dans le monde entier.

Elle a également défendu la cause de WikiLeaks, dont elle a été la porte-parole. La justice américaine a ordonné à Twitter de livrer aux autorités le contenu de ses échanges, dans le cadre de l’enquête ouverte sur la fuite des télégrammes diplomatiques américains. Aujourd’hui, Birgitta Jonsdottir tente de lancer en Islande un Parti des pirates.

Nous l’avons rencontrée dans son bureau du parlement (« Althing »), aux murs couverts d’articles et d’affiches liés à ses aventures militantes. L’interview s’est poursuivie dans le café Paris, en face du parlement, de l’autre côté de la place où s’étaient déroulées les manifestations fatidiques de janvier 2009.

suite de l’article ici

Féminisme, laïcité et libération


Noura AMER

Tout mouvement qui tente d’améliorer la situation des femmes est positif. Mais les féminismes qui se réclament d’une religion ont leurs limites. Loin de positions tranchées, une association féministe laïque défend un féminisme universel mais assez flexible pour s’adapter aux situations locales.

Pouvez-vous nous présenter votre association ?

AWSA-Be est une asbl laïque, mixte et indépendante qui milite pour les droits des femmes originaires du monde arabe tant dans les pays d’origine que d’accueil.

Fondée en 2006 par trois femmes d’origines arabes différentes (libanaise, marocaine et algérienne), elle est le fruit d’une longue réflexion et d’une étude du terrain associatif. AWSA-Be a été créée pour combler l’absence, dans le milieu associatif belge et particulièrement bruxellois, d’une association laïque qui vise d’une part la promotion des droits des femmes originaires du monde arabe et d’autre part, la création de ponts entre les différentes cultures à travers les femmes et pour la cause des femmes.

Les activités d’AWSA-Be s’organisent autour de deux axes : la sensibilisation à l’égalité entre les genres et l’amélioration de l’image de la femme arabe dans la société belge et de sa relation, de ses échanges avec cette société.

« Notre féminisme est universel. Il est flexible et adaptable aux conditions et situations locales qui vont influencer les moyens d’action et les priorités pour atteindre cet objectif d’égalité des genres ».

Concrètement, nous proposons d’une part des activités ponctuelles – des soirées de solidarité, des soirées artistiques, des conférences thématiques, des projections de films et des rencontres littéraires – , d’autre part des activités continues  : la chorale de chant arabe, des cours d’arabe moderne, une bibliothèque de livres en arabe. Nous animons aussi des ateliers sur les droits des femmes, la laïcité, le repli identitaire, la vie amoureuse et sexuelle ainsi que l’égalité des genres dans des associations de femmes qui donnent des cours d’alphabétisation et de français langue étrangère ainsi que dans des associations mixtes travaillant en insertion socioprofessionnelle.

Vous vous faites connaître par une activité originale, les « Femmes au café »…

L’idée de cette activité lancée en mars 2009 est née du constat du nombre important de cafés exclusivement masculins dans différents quartiers bruxellois et du malaise créé par cette ségrégation.

Plusieurs termes ont été utilisés pour décrire cette action : « provocation  », « descente », « investir  », « révolution ». Si nous décidons d’utiliser ces termes, nous pouvons dire que cette activité est une action citoyenne qui consiste en « une descente » surprise dans un café afin d’« investir » un espace réservé symboliquement aux hommes dans le but de faire « la révolution » aux traditions discriminatoires et de « provoquer » un changement : habituer le regard à la présence des femmes dans ces cafés et aider, à travers notre présence, d’autres femmes à en franchir la porte !

Depuis septembre 2009, lors de chaque visite, nous nous invitons aux tables des clients pour leur parler de notre association et de notre action. Les échanges sont très intéressants, souvent drôles et les réactions varient. Ce qui est extraordinaire, c’est que la majorité des hommes rencontrés font de l’autocritique en disant qu’ils comprennent pourquoi les femmes préfèrent aller dans les cafés belges car elles ne risquent pas d’y être dérangées et draguées. Ils disent souvent que l’homme arabe doit changer et doit apprendre à mieux respecter la femme.

Vos trois mots clés sont féminisme, laïcité, libération. Quel contenu leur donnez-vous ?

Pour nous, le féminisme est la promotion des droits et du rôle de la femme dans la société. Être féministe ne signifie pas être « antihomme  », mais plutôt viser l’égalité entre les genres. Dans ce sens, notre féminisme est universel. Il est flexible et adaptable aux conditions et situations locales qui vont influencer les moyens d’action et les priorités pour atteindre cet objectif d’égalité des genres.

La laïcité est la séparation de la religion et de l’État. Pratiquer une religion est une liberté individuelle qui ne doit pas interférer avec d’autres libertés individuelles. Par conséquent, être laïque n’exclut pas d’être croyant(e) et/ou pratiquant(e).

Quant à la libération, c’est l’élimination des lois et pratiques discriminatoires afin de permettre à chacun(e) de faire ses propres choix, y compris la gestion de la vie amoureuse et sexuelle.

Que pensez-vous de celles qui se revendiquent d’un « féminisme musulman » ?

Tout mouvement qui tente d’améliorer la situation des femmes et de faire évoluer les mentalités est positif et à encourager. Ceci étant dit, en l’absence des lois laïques qui garantissent l’égalité pour toutes et pour tous, le féminisme religieux a ses limites et peut être discriminatoire dans des sociétés multiconfessionnelles comme par exemple dans le monde arabo-musulman. Par ailleurs, le « féminisme musulman occidental » peut apparaître comme un « luxe », car ses militantes sont couvertes par les lois égalitaires de l’État laïc. Leurs revendications sont plus d’ordre identitaire et communautaire, à l’exception de celles qui souhaitent remettre en cause la laïcité, surtout dans les lois qui se rapportent au code de la famille.

En raison de la pauvreté et de l’oppression, la rue arabe a été récupérée par les mouvements fondamentalistes qui utilisent la situation des femmes pour en faire l’emblème de la lutte contre l’impérialisme occidental et l’uniformisation du monde.

D’autre part, la littérature fait la différence entre « féminisme musulman  » et « féminisme islamique  ». Le premier, comme au Maroc, adopte la référence au Coran plutôt comme stratégie mais se réfère aux droits des femmes tels que déclarés à la Conférence internationale de Pékin. Le deuxième ne reconnaît que les références islamiques comme cadre pour la promotion des droits des femmes.

Comment vous situez-vous dans les débats actuels sur la place du religieux et des signes dits « convictionnels » à l’école, au travail ?

Pour travailler sur ces questions en profondeur, notre association mènera de janvier à juin 2010 un projet, ouvert à tous, dans le cadre des Assises de l’interculturalité sur le thème « femmes et religions », afin d’améliorer la compréhension de l’influence et de l’interférence des questions religieuses sur les droits des femmes originaires du monde arabe.

Vous insistez aussi beaucoup sur la dimension internationale d’AWSA. Quelle est la situation des femmes arabes ? Comment appuyer et renforcer les actions menées par les féministes arabes ici et sur le plan international ?

Malgré une longue histoire du féminisme arabe, les fruits de leur lutte restent maigres dans la majorité des pays. Cette stagnation et même parfois ce recul sont dus à plusieurs facteurs dont le désengagement de certains régimes vis-à-vis des femmes après les libérations, les interminables guerres au Moyen-Orient qui ont remis aux calendes grecques les revendications des femmes au Liban, en Syrie et en Palestine et qui ont rétabli la Charia en Irak. Enfin, en raison de la pauvreté et de l’oppression, la rue arabe a été récupérée par les mouvements fondamentalistes qui utilisent la situation des femmes pour en faire l’emblème de la lutte contre l’impérialisme occidental et l’uniformisation du monde.

Malgré cela, les mouvements des femmes existent et continuent de militer. Nous essayons de suivre l’évolution de ces associations et de leurs revendications et de les relayer ici auprès de l’opinion publique issue ou non de l’immigration et auprès des politiques. À travers notre activité de solidarité, nous créons un réseau d’associations dans les différents pays arabes afin d’échanger des informations et de nous soutenir mutuellement. D’un autre côté, par ces ponts que nous jetons, nous voulons aussi que les femmes d’ici ne soient pas en décalage avec la réalité de leurs pays d’origine, et surtout pas en régression par rapport à ceux-ci mais qu’au contraire elles puissent être un lien positif entre leur pays d’accueil et leur pays d’origine. Nous pensons aussi que le soutien à ces dynamiques devrait être renforcé par une recherche efficace d’une paix juste et durable dans la région, par une lutte contre la pauvreté dans le Tiers-monde, par la diffusion d’informations sans parti pris, par une meilleure visibilité de la mobilisation des femmes là-bas, par des groupes de pression, et par un apport financier plus important. Nous vivons dans un monde ouvert où tout est interdépendant, nous ne pouvons ignorer le reste du monde si pas par solidarité, au moins par intérêt.

Propos recueillis par Irène Kaufer et Anne-Françoise Theunissen

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Jamila Hassoune : « La Caravane du Livre »


Dans le cadre de DABA Maroc et en partenariat avec les Halles de Schaerbeek,

AWSA-Be asbl a le plaisir de recevoir Jamila Hassoune pour son spécial « Femmes au café »: « La Caravane du Livre »

 

Jamila Hassoune est une libraire et activiste sociale, qui a construit avec « La Caravane du Livre », des ponts culturels entre sa ville natale de Marrakech et les villages ruraux des montagnes du Haut Atlas environnant, en fournissant non seulement des livres aux jeunes défavorisés mais aussi un lien avec organismes civiques urbains ainsi qu’avec des artistes du monde entier.

Envie d’en savoir plus sur « La Caravane du Livre » et sur le parcours de Jamila Hassoune ? Envie de découvrir aussi certains ouvrages de la bibliothèque Walada et outils d’AWSA-Be ?

Rejoignez-nous le dimanche 14/10/12 à 15h aux Halles de Schaerbeek pour un « Femmes au café » hors du commun où échanges et livres seront au rendez-vous…tout en créant un espace de mixité et de découverte de l’autre.

Inscription obligatoire au 02.229.38.10 ou sur awsabe@gmail.com

“Cinq Caméras brisées” contre le mur du silence en Palestine


vendredi 5 octobre 2012, par La Rédaction

(Emad Burnat, coréalisateur de Cinq caméras Brisées, une histoire palestinienne. © Alégria)

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Le paysan palestinien Emad Burnat a filmé cinq ans durant le harcèlement des soldats israéliens sur son village de Cisjordanie. Et la rage grandissante des habitants.
Un document multi-primé proposé le mardi 9 octobre 2012,
à 20h35, sur France 5.

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Si le Palestinien Emad Burnat est aujourd’hui loin de sa terre, c’est pour mieux la protéger. Voilà des mois que le fellah (paysan) de Cisjordanie, coréalisateur avec l’Isra­élien Guy Davidi de Cinq Caméras brisées, une histoire palestinienne, arpente le monde avec son film, raflant succès critiques et prix émérites dans les principaux festivals documentaires. Pas moins de seize récompenses glanées des Etats-Unis à Amsterdam, en passant par Paris, l’Afrique du Sud ou l’Arménie, pour ce documentaire co­financé par France 5 !

La légende colporte que l’histoire du film débute un jour de 2005 quand des géomètres s’invitent dans les oliveraies du petit village de Bil’in. Un bornage du terrain préalable à la construction d’un mur, censé garantir la sécurité de la colonie juive voisine et prévenir l’infiltration de terroristes, amputant les habitants palestiniens de la moitié de leurs terres. Quelque temps plus tard, de gigantesques pelleteuses investissent les collines, déracinant à coups de mâchoires les arbres séculaires. Tandis que les villageois s’interposent, Emad s’empare de sa caméra, offerte par un ami pour la naissance de son quatrième fils, Gibreel. « Dès le début du mouvement, Emad a cherché comment y contribuer, se souvient Guy. Les habitants de Bil’in lui ont demandé de filmer la réalité de leur quotidien, le harcèlement de tous les instants, la violence des soldats contre leur protestation pacifique, la “fabrication” de la rage. Il a compris l’intérêt de tourner ce qui se passait quand les journalistes n’étaient plus là. »

Car très vite, la résistance est mé­diatisée. La presse afflue. Les images d’Emad, qui vend quelques séquences aux télés, à Reuters, lui permettent à la fois de faire connaître leur combat, et de gagner quelques sous. Depuis 2000, et le durcissement de la politique de bouclage des territoires occupés, Israël a fermé son marché du travail aux Palestiniens. Comme nombre d’entre eux, Emad vit donc de petits boulots et du fruit de ses vergers. Mais au-delà de la mince aubaine financière, Emad filme « pour le futur car, un jour, la lutte pour garder la terre sera achevée et il faut garder une trace des actions menées dans ce but. » Qui plus est, la présence de la caméra le protège, lui et ceux qu’ils filment. « Elle a parfois été une alliée, empêchant les soldats de recourir à la violence. »

Quatre ans de tournage et quatre caméras brisées plus tard (1), en 2009, Emad a accumulé des centaines d’heu­res de rushs. « Je pense qu’il avait envie de construire un film sans trop savoir comment s’y prendre », raconte Guy. Emad se tourne alors vers lui. Membre actif dans la lutte contre le mur, familier du village où il a séjourné pendant trois mois pour un autre film, c’est un vidéaste professionnel capable de l’épauler dans son projet.

« Emad souhaitait le centrer autour d’Abeed et Phil, ses deux meilleurs amis. L’un venait d’être arrêté, l’autre tué. Moi, je ne voulais pas d’un film sur la mort. Je me méfie beaucoup de l’héroïsation des martyrs, courante dans nos sociétés. J’ai pensé à mettre Emad au cœur du film, à dépeindre le lien entre lui et son fils Gibreel, entre lui et son père. De raconter l’histoire du conflit à travers sa voix, d’entremêler le personnel et le social. Mais montrer ses peurs, sa famille… ce n’est pas évident dans la société palestinienne. » Deux années durant, il incite Emad à tourner des images plus intimes, pour lier les deux histoires, parti pris de la narration. Il peaufine le commentaire sobre, lu d’une voix distanciée et monocorde par Emad.

Par sa chronique à la première personne, de New York à Dublin, Emad a protégé sa terre, et ses souffrances, de l’oubli. Après l’Allemagne, il est en Suisse. Pour raconter encore, et encore…

(05 Octobre 2012 – Marie Cailletet, Télérama)

(1) La 5e caméra a duré de l’hiver 2009 au printemps 2010, quand elle fut atteinte par un tir de M16.

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