TURQUIE-SYRIE : L’ESCALADE N’AURA PAS LIEU


Baudouin Loos

L’escalade entre la Syrie et la Turquie mènera-t-elle à une intervention étrangère dans le premier pays ? Les forces de l’Otan, dont la Turquie est un membre clé, vont-elles se mettre au service d’Ankara au nom de la solidarité atlantique, pour attaquer le régime de Bachar el-Assad ? Non. Il y a gros à parier que les représailles militaires turques en Syrie après le bombardement qui a tué cinq civils turcs mercredi resteront sans lendemain.

Certes, tout est possible, au Proche-Orient plus encore qu’ailleurs, où l’imprévisible peut à tout moment devenir réalité. Une provocation, parfois, peut entraîner un grand dérapage. Mais une simple analyse des intérêts des uns et des autres conduit à penser que le conflit ne va pas prendre une autre dimension, en tout cas dans un avenir proche. Erdogan, le Premier ministre turc, se devait de répliquer au bombardement de mercredi, surtout pour des considérations de politique interne, mais il devrait en rester là. Il n’a nulle envie d’entrer dans un bourbier inextricable d’autant que son puissant voisin iranien cajole l’autre camp. En fait, aucune puissance militaire ne caresse l’ambition d’intervenir. La seule question des possibles pertes humaines suffit déjà à dissuader les chancelleries dans leurs éventuels projets belliqueux. En effet, qui va envoyer ses soldats (ou ses pilotes) mourir pour la révolution syrienne ? L’armée syrienne est sans doute en lambeaux, mais elle possède assez de ressources matérielles pour faire mal, le jet turc abattu en juin le démontre.

Et puis, on le sait, l’Occident reste tétanisé par la perspective de voir la Syrie basculer dans l’extrémisme islamique. De nombreux reportages de presse l’ont montré : les djihadistes de tout poil se pressent désormais en Syrie, il en vient par centaines de tout le monde musulman. Les mêmes articles ont souvent prouvé que la population ne les attendait pas, ne les espérait pas. Mais aussi qu’elle finit parfois – souvent ? – par se dire qu’eux, au moins, viennent apporter une aide concrète, même si elle n’est pas désintéressée…

On en vient ainsi, d’une manière dramatique, à prendre la mesure de la maldonne : en voulant éviter de favoriser les ultra-islamistes, les Occidentaux leur ouvrent au contraire les portes d’un pays où ils croissent.

Cela alors que les Syriens en révolte contre leur cruel despote accumulent une immense amertume à l’égard d’un monde pétrifié qui les laisse mourir sous les bombes.

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La révolution syrienne et ses détracteurs


Par Farouk Mardam Bey
2012 – 10
Que Frédéric Chatillon, gros bras du Front
national, soit le principal diffuseur en France de la propagande du régime syrien n’est pas très difficile à comprendre. Que Richard Millet, l’apologiste de l’assassin néonazi Anders Breivik, ait consacré dans la foulée un opuscule à la gloire des Assad, père et fils, est aussi dans l’ordre des choses. Mais les autres ? Pourquoi des hommes et des femmes qui se disent de gauche, démocrates, altermondialistes, défenseurs des peuples opprimés, et qu’on ne peut a priori soupçonner de racisme antiarabe ni d’islamophobie, s’abaissent-ils jusqu’à soutenir Bachar et son clan ?
Il y a d’abord les tenants de l’interprétation policière de l’histoire, et ils sont plus nombreux qu’on ne le croit. Ils vous disent que tout ce qui s’est passé dans le monde arabe depuis décembre 2010 n’est finalement qu’une ruse de l’impérialisme américain pour propulser au pouvoir ses affidés islamistes, avec l’Arabie saoudite et le Qatar dans le rôle de tiroirs-caisses. Mais quand vous leur rappelez leur enthousiasme pour les révolutions tunisienne et égyptienne, et même pour le Qatar tant que son émir jouait les trouble-fête et que la chaîne al-Jazeera épargnait le pouvoir en place à Damas, ils se ravisent pour limiter le champ d’application de la théorie du complot à la « Syrie récalcitrante ». Là, les manifestations populaires à travers le pays, les dizaines de milliers de morts et de blessés, les centaines de milliers de réfugiés, les arrestations massives, les tortures, les viols, les pillages, les bombardements des villes et des villages à l’artillerie lourde et à l’aviation de combat ne sont qu’une illusion d’optique, des images fabriquées dans les officines de la CIA et les studios d’al-Jazeera. Et quand bien même tout cela serait vrai, poursuivent-ils, que valent la liberté et la dignité du peuple syrien en regard de la bombe atomique iranienne et des missiles du Hezbollah libanais ?
Or ces mêmes « anti-impérialistes », généralement très complaisants à l’égard de l’islam politique, se métamorphosent en laïcistes intransigeants dès qu’il s’agit de la Syrie. Ils s’offusquent d’entendre implorer Dieu dans une manifestation guettée par des snipers ; ils voient des salafistes là où le régime voudrait qu’ils les voient ; ils grossissent le rôle des volontaires islamistes étrangers – que Bachar n’avait pas hésité naguère à infiltrer en Irak ; ils se lamentent sur le sort des minorités à la manière des chancelleries occidentales du temps de la Question d’Orient ; ils gomment toute initiative citoyenne de l’opposition, qu’elle soit politique ou culturelle ; ils traitent de laïque un régime dont l’un des fondements est l’esprit de corps communautaire, l’une des pratiques éprouvées la manipulation des minorités, et qui a délibérément favorisé la « réislamisation » bigote et obscurantiste d’une partie de la société sous prétexte de combattre l’islamisme politique.
Il est remarquable par ailleurs que les défenseurs prétendument « anti-impérialistes » du régime, et qui sont censés avoir un minimum de conscience sociale, évitent soigneusement d’en faire usage, concentrant leurs efforts soit sur le fameux complot, soit sur les déficiences et les maladresses de l’opposition. Pas un mot sur l’assise clanique du pouvoir, sur le libéralisme économique sauvage et ses réseaux mafieux, sur la dérive monarchique et le culte délirant de la personnalité, sur cinquante ans de despotisme prédateur et ses dizaines de milliers de victimes syriennes, libanaises, palestiniennes, irakiennes. Aucune réflexion non plus sur les forces sociales en présence, en dehors évidemment de la rengaine éculée d’un pays qui serait une juxtaposition de communautés ethniques et religieuses, et par conséquent ingouvernable démocratiquement. N’est-il pas irritant, et en même temps éclairant, que des militants de gauche ne se posent pas la moindre question sur les classes et les catégories sociales qui subissent le régime et le combattent, celles qui en profitent et s’y accrochent, et celles qui hésitent à s’engager d’un côté comme de l’autre ?
Ce qui rapproche, en fait, ces militants-là d’un dictateur sanguinaire comme Assad n’est pas à proprement parler politique, mais idéologique. C’est l’indéracinable culturalisme qui assigne aux autres peuples, consciemment ou inconsciemment, une culture à jamais différente de la nôtre, et qui leur colle à la peau comme une seconde nature. S’il est en France tout à fait naturel, quand on est de gauche, de défendre les acquis sociaux et les libertés individuelles et collectives, il est en revanche impensable, inouï, aberrant, contre nature, selon cette même gauche, de vouloir en Syrie vivre libres et égaux. Sauf, évidemment, quand on se laisse prendre dans les rets du « complot américano-saoudo-qatari »…

Ronald Barakat, une voix libanaise


Je me demande si, après plus d’un an et demi de crise, le régime syrien a toujours intérêt à cultiver la théorie du «complot» et la terminologie des «bandes terroristes», s’il ne lui serait pas plus digne d’admettre qu’il a (fort) affaire à une armée dissidente et une révolte populaire si ce n’est une révolution, ce qui est la vérité. Car si la théorie du complot et l’existence des bandes terroristes étaient fondées, il devrait, au bout de dix-neuf mois, être parvenu à déjouer l’un et mater l’autre. Comment peut-il préserver le moral et l’honneur de ses troupes qui continuent à en découdre avec des « bandes terroristes » (selon ses dires) qui ont fini par prendre le contrôle de 70% du territoire syrien ?
Et comment peut-il préserver l’honneur de la nation lorsqu’il impute tous ces soulèvements populaires aux comploteurs et manipulateurs américano-sionistes ? N’est-il pas en train de leur attribuer un pouvoir extraordinaire ? Il serait plus honorable pour ce régime déshonoré de reconnaître un adversaire de taille, issu de ses propres rangs, pour justifier ses difficultés ou son incapacité, que de prétexter des bandes et des complots extérieurs, car «on juge un homme sur ses ennemis aussi bien que sur ses amis» (Joseph Conrad). Que serait-ce donc si l’ennemi n’est pas de taille et qu’il gagne la partie. Ceci sans compter que la théorie du complot n’est pas pour honorer les ex-redoutables services de renseignement syriens qui n’ont pas vu ou pré-vu ces foyers de terroristes proliférer à leur nez et à leur barbe, cette période d’incubation dans un pays si bien verrouillé. Ce qui dénoterait une mauvaise «intelligence» qui viendrait s’ajouter au manque d’intelligence.
source : fb

Le retour de l’empire


vendredi 5 octobre 2012, par Al Faraby

« Les Turcs lancent des opérations militaires en Syrie »
« peut-être qu’ils veulent reconquérir le terrain perdu »
« quel terrain ? »
« celui perdu à l’issue de la Première guerre »
« tu confonds avec les Ottomans »
« … !? »

Al Faraby
Vendredi, 05 octobre 2012

L’Empire ottoman est un empire qui a duré de 1299 à 1923 (soit 624 ans). Il a laissé la place, entre autres, à la République de Turquie. Fondé par un clan turcique oghouze en Anatolie occidentale, l’Empire ottoman s’étendait au faîte de sa puissance sur trois continents : toute l’Anatolie, le haut-plateau arménien, les Balkans, le pourtour de la mer Noire, la Syrie, la Palestine, la Mésopotamie, la péninsule Arabique et l’Afrique du Nord (à l’exception du Maroc).

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HISTOIRE DE LA REVOLUTION SYRIENNE


Par Bernard le vendredi, septembre 28 2012, 21:15

 

http://www.alencontre.org/laune/syrie-une-revolution-populaire.html

Une révolution populaire

Jeudi 27 Septembre 2012

Par le Mouvement Pour le Socialisme de Suisse

La révolte populaire contre le pouvoir dictatorial du clan Assad en Syrie s’inscrit dans la foulée des soulèvements populaires contre les autocrates Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Egypte. Une date et un fait le rappellent. Ils sont oubliés. Le 31 janvier 2011, six jeunes femmes et hommes ont appelé, sur Facebook, à un rassemblement à Damas de solidarité avec le peuple égyptien. Leurs banderoles demandaient que l’armée ne tire pas sur les manifestants de la place Tahrir. Elles lançaient aussi un cri: «Oui à la liberté!» Quelque cent personnes se réunirent devant l’ambassade d’Egypte à Damas. Une équipe de TV russe a filmé cette manifestation. Quelle a été la réaction du pouvoir de Bachar el-Assad ? Arrêter, maltraiter, torturer les organisateurs et le maximum de manifestants!

La dictature syrienne avait parfaitement compris que la contestation du pouvoir de Moubarak pouvait susciter le même élan en Syrie. Un des organisateurs de cette manifestation, après son arrestation, a pu entrer dans la clandestinité et sortir du pays. Dans un entretien avec Sue Lloyd Roberts de la BBC (17 août 2012), il déclare: «Les Tunisiens s’étaient déjà libérés. Les Egyptiens étaient sur la voie de se libérer. Nous pensions que c’était aussi notre tour d’être libres.» Il rappelle que ses amis étaient sunnites, chrétiens et Kurdes ainsi que Druzes. Il ajoute que le régime a toujours stimulé les conflits interconfessionnels ou ethniques pour mieux assurer son pouvoir, pour coopter une base et distiller des divisions. Ce à quoi le type de guerre menée par le pouvoir peut, partiellement, aboutir.

En février 2011, trois manifestations pacifiques eurent lieu à Damas. Un jeune blogueur est condamné à cinq ans de prison au nom de «liens avec la CIA»! Or, le 6 février 2011, encore, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan saluait les excellentes relations économiques et la collaboration entre les deux régimes ; ce qu’avaient fait les gouvernements français ou anglais. Bachar al Assad ne dérangeait pas, au contraire, les puissances impérialistes et Israël.

Le clan Assad ne s’était-il pas engagé, dès 1991, dans la coalition américano-saoudienne pour mener leur guerre du pétrole en Irak contre la dictature de Saddam Hussein ? Le 26 mars 2011, le secrétaire de l’ONU, Ban Ki-moon, demandait à Assad plus de «retenue» dans le «maintien de l’ordre». L’hypocrisie institutionnelle des «délégations d’observateurs» de la Ligue arabe, puis de l’ONU, traduit la volonté des puissances dominantes de trouver une solution de changement dans la continuité. Comme a tenté de le faire, le 22 septembre 2012, la réunion à Damas (autorisée par le gouvernement!) d’une opposition voulant négocier le départ d’Assad combiné avec le maintien de l’essentiel des structures du régime, comme au Yémen. De quoi cultiver les illusions et laisser faire Assad.

article complet ici

La Turquie riposte après des tirs meurtriers venus de Syrie


Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 03.10.2012 Mis à jour le 03.10.2012 à 23h20

Sur le lieu de l'explosion dans le village turc d'Akçakale, visé par un tir d'obus syrien, le 3 octobre.

La Turquie a bombardé, mercredi 3 octobre, des cibles situées en territoire syrien, en représailles aux tirs d’obus venus de Syrie, qui ont causé la mort de cinq civils dans un village turc proche de la frontière, a annoncé le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. « Cette attaque a fait l’objet d’une riposte immédiate de nos forces armées […] qui ont bombardé le long de la frontière des cibles identifiées par radar », a-t-il indiqué.

L’OTAN, qui avait convoqué une réunion d’urgence mercredi soir à Bruxelles, à la demande de la Turquie, a appelé la Syrie à « mettre un terme à ses violations flagrantes du droit international ». « L’Alliance continue de se tenir aux côtés de la Turquie », l’un de ses 28 membres, « et exige la cessation immédiate de tels actes agressifs envers un allié », a déclaré l’OTAN. La réunion avait débuté à 21 h 30 au siège de l’Alliance atlantique, suite à cet incident – le plus grave entre la Turquie et la Syrie depuis la destruction d’un avion militaire turc par un missile syrien en juin, provoquant la mort de ses deux pilotes.

MORT D’UNE MÈRE ET DE SES QUATRE ENFANTS

Cette brusque escalade de la tension entre les deux voisins a débuté mercredi après-midi, lorsque plusieurs obus ont frappé le petit village turc d’Akçakal, tuant cinq civils turcs et en blessant neuf autres. Même si l’origine des tirs n’a pas été formellement déterminée, le chef du gouvernement turc a accusé le régime de Damas d’en être le seul responsable. Selon le maire de la localité, ce bombardement, qui a détruit une maison, a provoqué la mort d’une « mère et ses quatre enfants ». Les images diffusées sur les chaînes de télévision turques montraient mercredi des policiers au chevet de personnes gisant dans des mares de sang.

Depuis la mi-septembre, la localité turque d’Akçakale a été à plusieurs reprises victime des combats qui ont opposé, juste de l’autre côté de la frontière, les troupes fidèles au régime syrien aux rebelles. Selon son maire, elle a déjà été touchée par des balles perdues et des obus tirés autour du poste-frontière syrien de Tall Al-Abyad. Celui-ci, comme plusieurs postes-frontières avant lui, est tombé aux mains de rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) il y a une dizaine de jours, à l’issue de violents combats qui ont fait cinq blessés du côté turc de la frontière. Les écoles du secteur sont fermées côté turc depuis plusieurs semaines pour des raisons de sécurité.

UN INCIDENT « QUI DÉPASSE LES BORNES »

Après ces tirs d’obus, le vice-premier ministre turc, Besir Atalay, avait estimé qu’il s’agissait d’un « incident très grave qui dépasse les bornes ». Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a demandé au gouvernement syrien de « respecter totalement l’intégrité territoriale de ses voisins ». Selon M. Ban, cet incident « démontre que le conflit en Syrie […] a de plus en plus un impact négatif sur les voisins » de Damas.

Ces tirs constituent un « nouvel exemple du comportement dévoyé » du régime de Bachar Al-Assad, a dénoncé le porte-parole du Pentagone, George Little. Plus tôt, les Etats-Unis se sont déclarés « indignés » et ont déploré « les pertes en vies humaines du côté turc ». Ce nouvel événement dans le conflit syrien est, aux yeux de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, « très, très dangereux ». La France a aussi « fermement » condamné ces tirs d’obus et affirmé sa « solidarité » et son « plein soutien » à son allié turc, a indiqué le ministère des affaires étrangères, précisant que le ministre Laurent Fabius s’était entretenu avec son homologue turc, Ahmet Davutoglu.

Longtemps proche du régime syrien, la Turquie, qui accueille aujourd’hui près de 100 000 réfugiés syriens sur son sol, soutient ouvertement depuis des mois les rebelles de l’ASL et a appelé à de nombreuses reprises à la chute de Bachar Al-Assad.

ATTENTATS À ALEP, OFFENSIVES À DAMAS

Mercredi matin, près de 50 personnes, en majorité des militaires, ont été tuées, et une centaine d’autres blessées dans un triple attentat qui a secoué le centre d’Alep, la grande métropole du nord de la Syrie que se disputent depuis fin juillet rebelles et forces gouvernementales. Des images de la télévision officielle Al-Ikhbariya montraient au moins deux immeubles totalement détruits sur la place et des corps ensanglantés recouverts de débris et de poussière en train d’être évacués. Un groupe djihadiste, le Front Al-Nosra, a revendiqué ces attentats, selon le centre américain de surveillance des sites islamistes SITE. Dans un communiqué posté sur des sites djihadistes, Al-Nosra affirme avoir « touché quatre cibles utilisées par les forces du régime, dont un club des officiers et l’hotel Al-Amir ». Al-Nosra a revendiqué la plupart des attentats dans le pays et récemment le double attentat contre le siège de l’état-major syrien à Damas.

Au moins seize personnes, dont trois enfants et cinq femmes, ont par ailleurs trouvé la mort dans le bombardement par l’armée syrienne d’un village de la province de Hama, Sahn, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Plus au nord, au moins 15 soldats ont été tués dans des attaques rebelles coordonnées contre des barrages militaires et des combats à Bdama, une localité de la province d’Idlib dans le Nord-Ouest, selon l’OSDH. L’armée menaient dans le même temps une offensive majeure dans des banlieues ouest de Damas selon l’OSDH, des militants et des journalistes de l’AFP, qui ont rapporté un déploiement militaire inhabituel dans la zone.

A travers le pays, les violences ont fait au moins 147 morts mercredi, dont 52 civils, selon un décompte provisoire de l’OSDH, qui a établi un bilan de plus de 31 000 morts, en majorité des civils, en dix-huit mois de violences. Aucune issue au conflit n’est en vue en raison des divisions de la communauté internationale, entre l’Occident d’une part qui réclame un départ du président Assad, et l’axe RussieChineIran, alliés de Damas. Dans ce contexte, le médiateur international Lakhdar Brahimi doit retourner dans la région cette semaine dans l’espoir d’obtenir une réduction des violences.

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Bachar Al-Assad aurait rejeté la demande de responsables du régime d’une solution pacifique


Le Monde.fr avec Reuters | 03.10.2012 à 02h3

Le président syrien Bachar Al-Assad a rejeté la demande d’une solution pacifique faite par de hauts responsables du régime après l’attentat qui a coûté la vie à plusieurs piliers du clan dirigeant en juillet, déclare son ancien premier ministre.

Riad Hijab, ancien premier ministre syrien qui a fait défection début août, a déclaré à la chaîne de télévision Al-Arabia que la mort du ministre de la défense, le général Daoud Rajha, et du beau frère du président également vice-ministre de la défense, Assef Chaoukat, dans un attentat à Damas, l’avaient persuadé qu’il n’existait pas de solution à la crise.

Il dit avoir rencontré des hauts responsables du régime, dont le vice-président Farouk Al-Chara, les dirigeants du parlement et le secrétaire général adjoint du parti Baas au pouvoir, et s’était mis d’accord avec eux pour demander à Bachar al Assad d’entamer des discussions avec l’opposition. « Bachar a accueilli cela par un refus catégorique. Il a refusé toute forme de dialogue avec l’opposition, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, et a dit : « Je ne négocie pas avec une opposition divisée avec un programme. Ce n’est pas une opposition patriote et elle est armée » », indique Riad Hijab.

« Ce fut un choc pour chacun d’entre nous et nous avons quitté le palais. J’ai complètement perdu espoir, en particulier dans les derniers jours, lorsque l’Armée syrienne libre a pris le contrôle de près de 70 % d’Alep », ajoute-t-il. « Toute forme de soutien doit être fournie à cette révolution pour que la tragédie et la souffrance se terminent. La solution vient de l’intérieur et les fils de la Syrie sont capables d’apporter une solution ».

Riad Hijab critique aussi l’action de la diplomatie internationale. « Le régime veut gagner du temps. Je l’ai entendu de Bachar lui-même et il n’y aura pas de solution autre que ce que les rebelles et l’Armée syrienne libre sont en train de faire. »

Deux responsables militaires du Hezbollah, qui auraient été tués en territoire syrien par des rebelles, ont été inhumés au Liban, a dit mardi le mouvement chiite libanais. Les rebelles syriens ont à plusieurs reprises accusé le Hezbollah de soutenir les forces gouvernementales syriennes en déployant des éléments le long de la frontière, en territoire syrien.

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Chroniques du délitement. 2 / Règlement de comptes à Qardaha, antre de la famille Al Assad


suite de la première partie ici
L’annonce que des manifestations hostiles au régime se sont déroulées à Qardaha, vendredi 28 septembre, avant de dégénérer en un véritable affrontement armé entre milices locales, a rempli d’aise et de satisfaction de nombreux Syriens. Cette petite ville sans cachet a en effet une grande importance symbolique, puisque c’est là que sont tombées les têtes de la majorité des membres de la famille Al Assad. Mais qu’on ne se réjouisse pas avant l’heure ! En arabe, « le lieu où tombe la tête » n’est pas celui où l’on décède… mais celui où l’on vient au monde.

Entrée de Qardaha

Une bonne nouvelle pouvant en dissimuler une autre, les mêmes Syriens ont été heureux d’apprendre que, parmi les malheureuses victimes de l’affrontement fratricide dont Qardaha avait été le théâtre, figurait un certain Mohammed Tawfiq Al Assad, cousin du chef de l’Etat. Surnommé cheykh al jabal, « seigneur de la montagne », cet individu n’est pas seulement un criminel et un mafieux notoire. Avec les deux fils aînés de son oncle Jamil, ses cousins Moundher Al Assad, sayyed al Qardaha (le maître de Qardaha), et Fawwaz Al Assad, malik al houqouq (le roi du Droit), il a été l’un des premiers à s’entourer de chabbiha. Recrutés pour leurs muscles  aussi épais que leur cerveau, ces hommes ont longtemps fait régner la terreur parmi les membres de la communauté alaouite dont ils sont en majorité issus, avant d’être utilisés par  Bachar Al Assad, depuis le début de la crise, pour terroriser la population syrienne dans son ensemble et pour châtier de la pire des manières les contestataires qui persistaient à nier sa légitimité et à exiger son départ.

Fort de la protection de son oncle Hafez Al Assad, jadis, et de la complaisance de son cousin Bachar Al Assad, naguère, Mohammed Al Assad a imposé sa loi dans la région montagneuse surplombant la zone côtière de Syrie, où il a développé un business fort lucratif. Il se livrait, entre le Liban et la Turquie, aux trafics d’armes et de stupéfiants. Il contrôlait les autres contrebandiers. Et il prélevait une part sur leurs opérations, chaque fois que ceux-ci empruntaient « sa » route, le tronçon de la voie publique sur laquelle il avait jeté son dévolu, sans que les responsables locaux estiment nécessaire ou soient en mesure d’intervenir pour rétablir l’ordre. Ayant pris l’habitude de franchir sans ralentir les postes frontières entre le Liban et la Syrie, il a tué, un jour, deux agents des moukhabarat de l’armée de terre. Sur ordre de son oncle Jamil, les deux victimes ont été considérées comme « tuées par des hors-la-loi anonymes ». Un autre jour, il a assassiné de sang-froid, à coups de couteau, un jeune étudiant de la région, Safwan Al A’sar, qui avait eu l’audace de répondre aux coups que lui avait portés un membre de la famille Al Assad.

Avant le décès du « président éternel » Hafez Al Assad et l’installation de son héritier Bachar Al Assad à la tête de l’Etat, en juin 2000, Mohammed Al Assad était souvent intervenu auprès des moukhabarat, au profit  de familles de prisonniers désireuses d’obtenir des renseignements sur la localisation et l’état de santé de leurs proches, enlevés et détenus depuis des lustres. Ses services avaient évidemment un prix, calculé en fonction des avoirs et des revenus des solliciteurs. Certains de ceux qui ont eu recours à ses bons services n’ont pas oublié le cynisme de l’invidividu, qui a profité de leur détresse familiale pour leur livrer des nouvelles rassurantes sur des détenus déjà décédés, et qui a parfois permis à certains, contre des millions de livres, d’apercevoir de loin ce qu’il leur avait affirmé, mais encore une fois à tort, être leur père, leur frère ou leur fils…

Pétarade de la fête de Pâques à Lattaquié

Avant le déclenchement de la contestation, l’un de ses derniers coups d’éclat a été l’organisation, le jour de la fête de Pâques, le 4 avril 2010, d’une manifestation de plusieurs dizaines de ses hommes sur le parvis de la cathédrale grecque orthodoxe de Lattaquié. Pendant plusieurs minutes, ils ont vidé en l’air les chargeurs des armes de tous calibres qu’ils avaient apportées avec eux. Il s’agissait tout à la fois d’impressionner les fidèles chrétiens, qui n’auraient jamais osé se livrer à une telle manifestation… théoriquement interdite en Syrie, et de démontrer à tous que les alaouites étaient présents, bien équipés, libres de leurs faits et gestes, et qu’ils n’hésiteraient pas à se défendre au cas où quiconque songerait à contester la présence à la tête de l’Etat de la famille Al Assad et  à s’en prendre à eux.

Selon les informations disponibles, une altercation est donc intervenue, vendredi 28 septembre, dans un café de Qardaha, entre des membres des familles Al Assad et Chalich, d’une part, et des familles Al Khayyer, Othman et Abboud, de l’autre. Le « seigneur de la montagne » n’a pas supporté d’entendre un membre de la famille Al Khayyer dénoncer à haute voix la gestion calamiteuse du pays par son cousin, le chef de l’Etat, et réclamer le départ de Bachar Al Assad. Son incompétence avait déjà détruit et ruiné la Syrie. Elle risquait de provoquer le désastre et la mort jusque dans sa ville natale. Fidèle à sa réputation, Mohammed Al Assad a aussitôt sorti son pistolet et tiré sur l’impudent qui tenait de tels propos. Mais il a manqué sa cible et l’autre, plus adroit, l’a grièvement blessé par un tir de riposte. S’est ensuivi un affrontement généralisé qui a provoqué plusieurs morts et blessés dans les deux camps.

Logo de la coordination de Qardaha

Le 1er octobre, la « Coordination de Qardaha », un rassemblement de jeunes alaouites opposés au régime et partisans de la révolution, affirme sur sa page Facebook que, transporté d’urgence à l’Hôpital de Tartous, Mohammed Al Assad n’a pas survécu. La tension est vive dans la ville, que les forces de sécurité encerclent de tous côtés et à laquelle elles interdisent l’accès.

A la différence de la famille Al Assad, dont les agissements confirment quotidiennement la basse extraction, la famille Al Khayyer jouit, à Qardaha, dans le pays alaouite et dans l’ensemble de la Syrie, d’une solide réputation. Elle compte dans ses rangs des intellectuels, des oulémas, des médecins… Des liens matrimoniaux ont été établis entre les deux familles : Rifaat Al Assad compte parmi ses nombreuses épouses une Lin Al Khayyer, et une fille de son frère Jamil, Fawziyeh Al Assad a pour mari Hassan Al Khayyer. Mais leurs relations n’ont jamais été chaleureuses.

Le site Al Moundassa al Souriyya (l’infiltrée syrienne) rappelait, le 24 novembre 2011, que l’inimitié entre les deux familles a été nourrie par l’exécution, en 1979, par le régime de Hafez Al Assad, du poète Hasan Al Khayyer. Baathiste convaincu au point d’avoir prénommé son fils Baath (en quelque sorte « René »), Hasan n’avait pas tardé à dénoncer dans ses poèmes les dérives affairistes et la corruption du pouvoir. Peu désireux de dresser contre lui la ville dont tous deux étaient originaires et l’ensemble de la communauté alaouite, alors qu’il était occupé à consolider son autorité, Hafez Al Assad avait feint d’ignorer les critiques du poète. Mais un jour est venu où il a estimé qu’il ne pouvait plus atermoyer. A la fin des années 1970, les meurtres ciblés de Syriens s’étaient multipliés. Les victimes appartenaient à toutes les communautés, mais elles étaient principalement alaouites. Le régime attribuait leur assassinat à la Tali’a Mouqatila (Avant-Garde Combattante), un groupuscule islamiste radical composé de déçus ou d’exclus des Frères Musulmans. Mais il n’échappait à personne que, avec l’aide de son frère Rifaat en particulier, le chef de l’Etat profitait de cette situation pour procéder à la suppression de concurrents politiques potentiels. Mohammed Al Fadel, doyen de l’Université de Damas, tué en 1976, en est le plus célèbre exemple. Suite à la mort de l’un de ses amis, le poète a laissé libre cours à sa colère dans un poème resté célèbre, imputant au pouvoir, au parti Baath et à la famille Al Assad, la responsabilité de son exécution. Sur ordre du chef de l’Etat, il a alors été enlevé. Sa famille ne l’a jamais revu, ni vivant, ni mort. Mais elle a appris, par d’anciens détenus, qu’avant d’être tué dans la prison où il avait été conduit, ses bourreaux lui avaient coupé la langue…

C’est l’arrestation du Dr Abdel-Aziz Al Khayyer qui a attisé cette fois-ci la tension entre les différents clans de la ville. Le 20 septembre, alors qu’il rentrait d’une visite en Chine, où il s’était rendu avec une délégation de la Comité de Coordination des Forces de Changement National Démocratique (CCFCND), et qu’il s’apprêtait à participer au congrès que ce rassemblement toléré par le régime avait convoqué à Damas sur le thème du « Dialogue national », il a été arrêté par les moukhabarat de l’armée de l’air. La « révélation », par les médias inféodés au pouvoir, que l’affaire avait été menée par des éléments appartenant aux « terroristes de l’Armée Syrienne Libre » n’a convaincu personne. Mais elle a suscité l’inquiétude pour le sort de l’intéressé et de ses deux camarades, qui n’ont toujours pas été libérés.

Le Dr Abdel-Aziz Al Khayyer

Son arrestation est incompréhensible, aussi bien pour ses amis que pour ses proches. Certes, le Dr Abdel-Aziz Al Khayyer est un véritable opposant, mais, s’il est un adversaire politique du régime, il n’est pas pour lui un ennemi. Membre du Parti de l’Action Communiste, il a été arrêté en 1992 et condamné à 22 ans de prison. A sa remise en liberté, fin 2005, il a adhéré à la « Déclaration de Damas », mais, incommodé par l’orientation libérale de cette plateforme, il a pris avec elle ses distances pour fonder, avec d’autres militants de gauche, en avril 2007, le Rassemblement de la Gauche Marxiste. Il fait partie des membres fondateurs du CCNCND, dont il est le responsable des relations extérieures, et au sein duquel il milite pour une solution politique à la crise en cours et pour l’établissement d’un dialogue entre toutes les parties.

En refusant toute solution négociée au soulèvement de la ville de Daraa, en mars 2011, le régime syrien avait mis lui-même le feu aux poudres et déclenché un mouvement de contestation qui s’est transformé en une véritable révolution. L’arrestation du Dr Al Khayyer, dont les critiques étaient insupportables à un régime qui ne veut admettre que l’allégeance, est en passe de provoquer la dissension au sein de la communauté dont la majorité de ses membres les plus influents sont issus.

Les suites de cette affaire sont scrutées avec intérêt par ceux qui attendent et espèrent, depuis plusieurs mois, le ralliement à la révolution de la communauté alaouite, que la famille Al Assad n’a pas protégée davantage que les autres minorités, mais dont elle s’est servie, comme des autres, pour se protéger lui-même et se cramponner au pouvoir.

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