À propos des sémites et des antisémites, des sionistes et des antisionistes


28 Fév 2019 

La dimension de transcendance est totalement absente, ce qui nous donne un discours lisse, à lire pour nos antisémites et antisionistes occidentaux, pour qui les juifs sont des occidentaux qui devraient rentrer à la maison, chez eux, en Europe, parce que ce monsieur lui-même se définit comme Israélien, donc sioniste, suivant la doxa.

On peut avoir en commun bien des idées défendue ici, comme le vivre ensemble avec les enfants d’Ismael, mais cette totale méconnaissance de la foi ancestrale coupe l’auteur juif et israélien de ce qu’il veut partager en profondeur, et ne fait malheureusement que conforter les anti-Israel dans leur hostilité, sans aborder le rôle et la responsabilité des palestiniens dans la dégradation des relations et du proche vivre ensemble.
Shlomit

 

Si toute expression antijuive dans le monde ne cesse de m’inquiéter, j’éprouve un certain écœurement face au déluge d’hypocrisie et de manipulations orchestré par tous ceux qui veulent désormais incriminer quiconque critique le sionisme.

Bien que résidant en Israël, « Etat du peuple juif », j’ai suivi de près les débats, en France, sur : antisémitisme et antisionisme. Si toute expression antijuive dans le monde ne cesse de m’inquiéter, j’éprouve un certain écœurement face au déluge d’hypocrisie et de manipulations orchestré par tous ceux qui veulent désormais incriminer quiconque critique le sionisme.

Commençons par les problèmes de définition. Depuis longtemps déjà, je ressens un malaise non seulement face à la récente formule en vogue : « civilisation judéo-chrétienne », mais aussi face à l’utilisation traditionnelle du vocable : « antisémitisme ». Ce terme, comme l’on sait, a été inventé dans la seconde moitié du 19ème siècle par Wilhelm Marr, nationaliste-populiste allemand qui détestait les juifs. Conformément à l’esprit de cette époque, les utilisateurs de ce terme tenaient pour présupposé de base l’existence d’une hiérarchie des races dans laquelle l’homme blanc européen se situe au sommet, tandis que la race sémite occupe un rang inférieur. L’un des fondateurs de la « science de la race » fut, comme l’on sait, le français Arthur Gobineau.

De nos jours, l’Histoire un tantinet plus sérieuse ne connaît que des langues sémites (l’araméen, l’hébreu, et l’arabe, qui se sont diffusées au Proche Orient), et ne connaît, en revanche, nulle race sémite. Sachant que les juifs d’Europe ne parlaient pas couramment l’hébreu, qui n’était utilisé que pour la prière, (de même que les chrétiens utilisaient le latin), il est difficile de les considérer comme des sémites.

Faut-il rappeler que la haine raciale moderne envers les juifs constitue, avant tout, un héritage des églises chrétiennes ? Dès le quatrième siècle, le christianisme s’est refusé à considérer le judaïsme comme une religion légitime concurrente, et à partir de là, il a créé le fameux mythe de l’exil : les juifs ont été exilés de Palestine pour avoir participé au meurtre du fils de Dieu ; c’est pourquoi, il convient de les humilier pour démontrer leur infériorité. Il faut pourtant savoir, qu’il n’y a jamais eu d’exil des juifs de Palestine, et, jusqu’à aujourd’hui, on ne trouvera pas le moindre ouvrage de recherche historique sur le sujet !

Personnellement, je me range dans l’école de pensée traditionnelle qui se refuse à voir les juifs comme un peuple-race étranger à l’Europe. Dès le 19ème siècle, Ernest Renan, après s’être libéré de son racisme, avait affirmé que :  Le juif des Gaules… n’était, le plus souvent, qu’un Gaulois professant la religion israélite. » L’historien Marc Bloch a précisé que les juifs sont : « Un groupe de croyants recrutés, jadis, dans tout le monde méditerranéen, turco-khazar et slave ». Et Raymond Aron d’ajouter : « Ceux que l’on appelle les juifs ne sont pas biologiquement, pour la plupart, des descendants des tribus sémites… ». La judéophobie s’est, cependant, toujours obstinée à voir les juifs, non pas comme une croyance importante, mais comme une nation étrangère.

Le lent recul du christianisme, en tant que croyance hégémonique en Europe ne s’est pas accompagné, hélas, d’un déclin de la forte tradition judéophobe. Les nouveaux « laïcs » ont transformé la haine et la peur ancestrales en idéologies « rationalistes » modernes. On peut ainsi trouver des préjugés sur les juifs et le judaïsme non seulement chez Shakespeare ou Voltaire, mais aussi chez Hegel et Marx. Le nœud gordien entre les juifs, le judaïsme et l’argent semblait aller de soi parmi les élites érudites. Le fait que la grande majorité des millions de juifs, en Europe orientale, ait souffert de la faim, et ait vécu en situation de pauvreté, n’a absolument pas eu d’effet sur Charles Dickens, Fiodor Dostoïevski, ni sur une grande fraction de la gauche européenne. Dans la France moderne, la judéophobie a connu de beaux jours non seulement chez Alphonse Toussenel, Maurice Barrès et Edouard Drumont, mais aussi chez Charles Fourier, Pierre-Joseph Proudhon, voire, pendant un temps, chez Jean Jaurès et Georges Sorel.

Avec le processus de démocratisation, la judéophobie a constitué un élément immanent parmi les préjugés des masses européennes : l’affaire Dreyfus a fait figure d’événement « emblématique », en attendant d’être surpassée, et de loin, par l’extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale. C’est entre ces deux événements historiques qu’est né le sionisme, en tant qu’idée et mouvement.

Il faut cependant rappeler que jusqu’à la seconde guerre mondiale, la grande majorité des juifs et leurs descendants laïques étaient antisionistes. Il n’y avait pas que l’orthodoxie, forte et organisée, pour s’indigner face à l’idée de précipiter la rédemption en émigrant vers la Terre Sainte ; les courants religieux plus modernistes (réformateurs ou conservateurs), s’opposaient aussi vivement au sionisme. Le Bund,parti laïque en qui se reconnaissait la majorité des yddishophones socialistes de l’empire russe, puis de la Pologne indépendante, considérait les sionistes comme des alliés naturels des judéophobes. Les communistes d’origine juive ne perdaient pas une occasion de condamner le sionisme comme complice du colonialisme britannique.

Après l’extermination des juifs d’Europe, les rescapés qui n’avaient pas réussi à trouver à temps refuge en Amérique du Nord, ou en URSS, adoucirent leur relation hostile au sionisme, alors même que la majorité des pays occidentaux et du monde communiste en venait à reconnaître l’Etat d’Israel. Le fait que la création de cet Etat se soit effectuée, en 1948, aux dépens de la population arabe autochtone ne gêna pas outre mesure. La vague de la décolonisation en était encore à ses prémices, et ne constituait pas une donnée à prendre en compte. Israel était alors perçu comme un Etat-refuge pour les juifs errants, sans abri ni foyer.

Le fait que le sionisme ne soit pas parvenu à sauver les juifs d’Europe, et que les survivants aient souhaité émigrer en Amérique, et malgré la perception du sionisme comme étant une entreprise coloniale au plein sens du terme, n’altèrent pas une donnée significative : le diagnostic sioniste concernant le danger qui planait sur la vie des juifs dans la civilisation européenne du vingtième siècle (nullement judéo-chrétienne !), s’était avéré exact. Théodore Herzl, le penseur de l’idée sioniste, avait, mieux que les libéraux et les marxistes, compris les judéophobes de son époque.

Cela ne justifie pas, pour autant, la définition sioniste selon laquelle les juifs forment un peuple-race. Cela ne justifie pas davantage la vision des sionistes décrétant que la Terre Sainte constitue la patrie nationale sur laquelle ils auraient des droits historiques. Les sionistes ont, cependant, créé un fait accompli politique, et toute tentative de l’effacer se traduirait par de nouvelles tragédies dont seront victimes les deux peuples qui en ont résulté : les Israéliens et les Palestiniens.

Il faut en même temps se souvenir et le rappeler : si tous les sionistes ne réclament pas la poursuite de la domination sur les territoires conquis en 1967, et si nombre d’entre-eux ne se sentent pas à l’aise avec le régime d’apartheid qu’Israel y exerce depuis 52 ans, tout un chacun qui se définit comme sioniste s’obstine à voir en Israel, au moins dans ses frontières de 1967, l’Etat des juifs du monde entier, et non pas une République pour tous les israéliens, dont un quart ne sont pas considérés comme juifs, parmi lesquels 21% sont arabes.

Si une démocratie est fondamentalement un Etat aspirant au bien-être de tous ses citoyens, de tous ses contribuables, de tous les enfants qui y naissent, Israel, par-delà le pluralisme politique existant, est, en réalité, une véritable ethnocratie, à l’instar de ce qu’étaient la Pologne, la Hongrie, et d’autres Etats d’Europe de l’Est, avant la seconde guerre mondiale.

La tentative du président français Emmanuel Macron et de son parti visant aujourd’hui à criminaliser l’antisionisme comme une forme de l’antisémitisme s’apparente à une manœuvre cynique et manipulatoire. Si l’antisionisme devenait une infraction pénale, je recommanderais à Emmanuel Macron de faire condamner, à titre rétroactif, le bundiste Marek Edelman, qui fut l’un des dirigeants du ghetto de Varsovie et totalement antisioniste. Il pourrait aussi convier au procès les communistes antisionistes qui, plutôt que d’émigrer en Palestine, ont choisi de lutter, les armes à la main, contre le nazisme, ce qui leur a valu de figurer sur « l’affiche rouge ».

S’il entend faire preuve de cohérence dans la condamnation rétroactive de toutes les critiques du sionisme, Emmanuel Macron devra y joindre ma professeure Madeleine Rebérioux, qui présida la Ligue des Droits de l’Homme, mon autre professeur et ami : Pierre Vidal-Naquet, et aussi, bien évidemment : Éric Hobsbawm, Edouard Saïd, et bien d’autre éminentes figures, aujourd’hui décédées, mais dont les écrits font encore autorité.

Si Emmanuel Macron souhaite s’en tenir à une loi réprimant les antisionistes encore en vie, la dite-future loi devra aussi s’appliquer aux juifs orthodoxes de Paris et de New-York qui récusent le sionisme, à Naomi Klein, Judith Butler, Noam Chomsky, et à bien d’autres humanistes universalistes, en France et en Europe, qui s’auto-identifient comme juifs tout en s’affirmant antisionistes.

On trouvera, bien évidemment, nombre d’idiots à la fois antisionistes et judéophobes, de même qu’il ne manque pas de pro-sionistes imbéciles, judéophobes aussi, pour souhaiter que les juifs quittent la France et émigrent vers l’Etat d’Israel. Faudra-t-il les inclure également dans cette grande envolée judiciaire ? Prenez garde, Monsieur le Président, à ne pas vous laisser entraîner dans ce cycle infernal, au moment précis où la popularité décline !

Pour conclure, je ne pense pas qu’il y ait une montée significative de l’antijudaïsme en France. Celui-ci a toujours existé, et je crains, hélas, qu’il n’ait encore de beaux jours devant lui. Je n’ai, toutefois, aucun doute sur le fait que l’un des facteurs qui l’empêche de régresser, notamment dans certains quartiers où vivent des gens issus de l’immigration, est précisément la politique pratiquée par Israel à l’encontre des Palestiniens : ceux qui vivent, comme citoyens de deuxième catégorie, à l’intérieur de « l’Etat juif », et ceux qui, depuis 52 ans, subissent une occupation militaire et une colonisation brutales.

Faisant partie de ceux qui protestent contre cette situation tragique, je soutiens de toutes mes forces la reconnaissance du droit à l’autodétermination des Palestiniens, et je suis partisan de la « désionisation » de l’Etat d’Israel. Devrai-je, dans ce cas, redouter que ma prochaine visite en France, ne m’envoie devant un tribunal ?

Traduit de l’hébreu par Michel Bilis
Source: Mediapart
Investigation.net

Une politique migratoire aux allures de « chasse à l’homme » à la frontière franco-italiennePAR IVAN DU ROY 21 FÉVRIER 2019


Ce sont 144 pages qui indignent. Elles décrivent la politique migratoire mise en œuvre par la France à la frontière franco-italienne, de Menton à Chamonix : non respect des droits essentiels des personnes, violations de traités signés par la France, indifférence et mépris pour les mineurs isolés et les réfugiés qui ont besoin de soins, militarisation à outrance de la frontière, harcèlement des personnes solidaires… Telles sont les observations réalisées pendant deux ans par l’Anafé, l’association qui publie ce rapport sans concession.

Des allures de vaste « chasse à l’homme » : c’est ce à quoi ressemble la politique sécuritaire et migratoire mise en œuvre à la frontière franco-italienne. Une « chasse à l’homme » qui cible plusieurs dizaines de milliers de personnes chaque année, dont des enfants, à qui on refuse l’entrée sur le territoire au mépris de leurs droits les plus essentiels. Depuis 2016, l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) collecte des témoignages, mène des enquêtes de terrain, observe, constate, échange et travaille avec des associations locales, de Menton à Chamonix, en passant par la vallée de la Roya, le col de Montgenèvre ou le tunnel de Fréjus. Le résultat est édifiant : un rapport de 144 pages, intitulé Persona non grata publié ce 21 février, qui documente l’ensemble des violations de droits perpétrées par l’État français à l’encontre des personnes migrantes qui tentent de traverser la frontière [1].

Emmenés au commissariat à 17h13, expulsés à 17h15

Les personnes interpellées se voient le plus souvent prononcer un « refus d’entrée » : un formulaire administratif rempli à la va-vite par un CRS ou un gendarme, sur un parking ou un quai de gare, sans même un passage par les locaux de la Police aux frontières (PAF), ni d’interprète pour les personnes ne maîtrisant pas le français, encore moins d’examen approfondi de la situation des réfugiés. Rien que dans les Alpes-Maritimes, 44 433 refus d’entrée ont ainsi été prononcés, souvent de manière expéditive, en 2017 (une même personne peut être concernée par plusieurs refus d’entrée quand elle tente de repasser la frontière), et 7000 en Haute Maurienne, en Savoie !

« Le 17 mars 2018, cinq personnes, dont une avec une jambe cassée, ont été emmenées par les CRS à 17h13 au poste de la PAF de Menton Pont Saint-Louis. Elles ont attendu à l’extérieur du poste. À 17h15, soit trois minutes après leur arrivée, les cinq personnes ont été refoulées en Italie, munies d’un refus d’entrée qui leur a été donné en-dehors du poste », notent des observateurs lors d’une mission conjointe avec Amnesty international et Médecins du monde. Ces témoignages sont légion.

Pas d’accès à un médecin, encore moins à un avocat

Pas question pour ces personnes de pouvoir accéder à un médecin, qu’elles soient blessées, malades ou sur le point d’accoucher. Pas question non plus pour elles d’avoir accès à un conseil (assistance juridique, avocat…) ni de respecter le droit au jour franc, qui permet à une personne qui le demande de ne pas être refoulée avant 24 heures afin de pouvoir exercer les droits prévus par la loi. Ces pratiques « mises en œuvre par la France à la frontière franco-italienne depuis 2015 représentent un non-respect ou des violations des conventions internationales ratifiées, de la Convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales, du code frontières Schengen et des accords de coopération avec l’Italie », rappelle l’Anafé. Quand il s’agit de migrants, les textes signés par la France ne semblent plus valoir grand-chose.

Pour les enfants, c’est pareil. Ce ne sont pas des personnes mineures à protéger, mais des menteurs à refouler d’urgence : « On est allés au poste. On est rentrés dans les bureaux. On a été fouillés », raconte un adolescent, interpellé à Clavière, près du col de Montgenèvre. « Le policier me bousculait. Ils ont pris mon téléphone mais me l’ont rendu ensuite. Ils ont pris mon empreinte. Le policier a pris ma main de force pour la mettre sur la machine. Ils étaient plusieurs autour de moi. Un policier m’a demandé ma nationalité, mon âge. J’ai dit que j’avais 16 ans. Ils ont dit que je ne suis pas mineur. Ils ont changé ma date de naissance. Le policier a signé le document à ma place parce que je ne veux pas retourner en Italie. J’ai dit : “Je veux rester en France, je veux aller à l’école pour pouvoir me prendre en charge”. Mais ils ne voulaient rien comprendre. »

Militarisation « impressionnante » de la frontière

Le rapport de l’Anafé décrit également la militarisation « impressionnante » de la frontière. La présence des force de l’ordre – militaires, compagnies républicaines de sécurité (CRS), gendarmes, police nationale, police aux frontières… –, souvent lourdement armées, équipées de lunettes de vision nocturne ou de détecteurs de mouvement, sature l’espace frontalier, gares, routes ou chemins de randonnées. Ce qui créée une ambiance bien particulière : « Quelques minutes avant l’arrivée du train, dix gendarmes et quatre militaires lourdement armés se présentent sur le quai. Le train s’arrête, certains montent de chaque côté et se rejoignent au centre du train. Une personne sort escortée par les gendarmes », décrivent des observateurs en gare de Breil-sur-Roya, au nord de Menton (Alpes-Maritimes).

« Pendant ce temps, les forces de l’ordre restées sur le quai observent les passagers qui descendent. Une personne qui semble d’origine africaine descend, un gendarme lui dit « bonjour », la personne répond « bonjour », dans un français parfait. Nous nous interrogeons sur le fait que les forces de l’ordre ont dit bonjour uniquement à cette personne alors qu’elles étaient une dizaine à descendre du train. » Une scène digne du film La Grande Evasion.

Ce déploiement militaire à la frontière, rien que pour la vallée de la Roya, coûterait 1,8 million d’euros par mois, près de 22 millions par an, selon le chercheur Luca Giliberti [2]. La vallée ne représente pourtant qu’une petite partie de la frontière franco-italienne, qui s’étend sur 515 kilomètres en tout. Cette militarisation, ces pratiques de « chasse à l’homme » permanentes, poussent aussi les personnes migrantes à prendre de plus en plus de risques pour traverser la montagne et tenter d’esquiver les patrouille, pour simplement être en mesure de faire valoir leurs droits bafoués.

Un jeune Guinéen mort d’hypothermie après avoir été refoulé

Les corps de jeunes Guinéen et Sénégalais ont déjà été retrouvés, tués après avoir chuté dans un ravin. « Le 25 mai 2018, à Bardonecchia (Italie), un corps est retrouvé dans un état de décomposition avancée. Son identité est retrouvée par la police italienne grâce à un reste de peau et une enquête est ouverte : il s’agit d’un jeune Guinéen souffrant de poliomyélite, refoulé le 26 janvier par les autorités françaises, à 10 kilomètres de Bardonecchia. Il est décédé d’hypothermie », illustre l’Anafé. Deux semaines plus tôt, c’est le corps d’une Nigériane, Blessing Matthew, qui est retrouvée par des agents EDF dans la Durance, qui prend sa source à Montgenèvre. Toujours en mai, entre Montgenèvre et Clavière, un jeune sénégalais est retrouvé mort par des randonneurs. Épuisé, il serait tombé d’une falaise.

Face à cette situation scandaleuse qui dure depuis trois ans, « l’Anafé ne peut que déplorer la difficulté à entrer en dialogue avec plusieurs autorités françaises tant au niveau local qu’au niveau national. Les droits fondamentaux, la fraternité et la solidarité ont été relégués au second plan, en violation des engagements internationaux, européens et nationaux. » Les seuls qui sauvent l’honneur d’une politique en perdition à la frontière franco-italienne sont les milliers de bénévoles, de militants associatifs qui font vivre « les valeurs d’humanité, de solidarité et de fraternité » en venant en aide aux victimes de cette « chasse à l’homme ». Mais elles aussi sont désormais la cible de harcèlements, de violences, et poursuivis pour « délit de solidarité ». Elles sont devenues des « militants politiques qu’il faut museler ».

Ivan du Roy

Photo : DR

- Pour consulter le rapport de l’Anafé en ligne

Lire aussi
- Humiliations, mises en danger, violences : enquête sur les abus policiers contre les migrants

- A Briançon, la « politique en actes » d’une population fortement mobilisée pour l’accueil des migrants

Nicolas Hulot


Greta Thunberg devant la Commission Européenne


Les phrases-clés du discours de Greta Thunberg devant la Commission Européenne (via @lecho)

 

– « Nous avons décidé de nettoyer votre bordel et nous n’arrêterons pas avant que tout soit propre. »
-« Les gens ont espoir que les jeunes sauvent le monde. Mais ils ne le sauveront pas. Il faut le faire avant que nous soyons grands »,
-« La plupart des politiciens ne veulent pas nous parler, bien. Nous ne voulons pas leur parler non plus. Qu’ils parlent avec les scientifiques, ça aidera », a-t-elle lancé.
-« Le système politique que vous avez créée est juste basé sur la concurrence, sur le pouvoir. Non. Nous devons collaborer, partager les ressources qu’il nous reste. »
-« Il nous reste encore du temps. Il reste 11 ans avant un hors-contrôle total. »
-« L’UE veut diminuer ses émissions de CO2. Certains disent que c’est ambitieux. Mais cet objectif n’est pas suffisant pour protéger le futur des enfants. L’UE doit les diminuer de 80% d’ici 2030, et cela doit passer par une réduction du trafic aérien et naval. »
-« On laisse tous les problèmes à notre génération. Mais ce n’est pas pour notre futur que nous nous battons, c’est pour celui de tout le monde. »
-« Si vous pensez que nous devrions être en classe, faites grève, vous! »
-« Dire que tout va bien en ne faisant rien, ce n’est pas acceptable. Se contenter d’attendre que l’espoir revienne, c’est une attitude d’enfant gâté. L’espoir est quelque chose qui se gagne. » (via L’Echo-

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J’accuse !


Serge GROSSVAK
Juif je suis, et Gilet Jaune

J’accuse les hautes sphères politiques et médiatiques pour leur manipulation et leur trahison de la juste lutte contre l’antisémitisme.

J’accuse les pouvoirs politiques et médiatiques d’avoir construit de toute pièce l’accusation d’antisémitisme contre les Gilets Jaunes, contre le peuple rebelle.

J’accuse les principales autorités juives de pervertir la lutte contre l’antisémitisme par sa mise au service de visées politiciennes.

Le coeur me déchire de devoir formuler si graves accusations mais aujourd’hui, comme du temps de Zola, un travestissement des faits à caractère racial est commis à seule fin de protéger le pouvoir. Le coeur me déchire parce qu’étant juif ce à quoi j’assiste m’est plus blessant encore que les plus abjectes campagnes antisémites : cette manoeuvre contre le peuple trouve soutien et complicité dans les plus hautes autorités juives censées me représenter.

Au coeur des faits réels qui ont donné lieu à travestissements figurent 3 événements.

Le premier, pas nécessairement par ordre chronologique, est constitué par 3 actes antisémites concomitants. Les croix gammées sur les portraits de Simone Veil, la destruction des arbres souvenir d’Ilan Alimi, l’inscription « Juden » sur la devanture d’un magasin dont le propriétaire est juif. A ce jour nul ne sait quels sont les auteurs de ces actes odieux. A ce jour, nul ne peut être désigné coupable de ces gestes ignobles. A ce jour, nul individu, nul groupe ne peut être jeté à la vindicte. J’attends avec impatience que ceux ci soient identifiés afin qu’ils soient condamnés, mais encore plus parce que je voudrais être certain que ces gestes infâmes ne sont pas le fruit d’un de ces groupuscules extrémistes qui infestent la communauté juive. Chacun a ses hypothèses, pour les uns l’origine vient des Gilets Jaunes, pour moi il faudrait regarder du côté des Ldj et Bétar, peut être l’enquête aboutira-t-elle sur quelqu’autres imbéciles qui dans tous les cas de figure ne représenteront qu’eux même. Ces 3 faits, aussi graves soient-ils, ne peuvent, ne doivent donner lieu au lynchage médiatique d’un mouvement populaire. Pervertir le combat contre l’antisémitisme ne peut que conduire à nourrir le racisme bien plus puissamment que les fanatiques de sale obédience.

Le second événement concerne monsieur Finkelkraut. Je tiens ce personnage pour abject, pour un infâme raciste qui mérite amplement la réprobation populaire qu’il peut rencontrer. La réprobation sans coup, sans racisme, simplement l’expression du dégout que ce sale type inspire. Si une personne profère à son encontre des propos racistes, qu’elle soit justement condamnée. Quel dommage qu’il n’en ait pas été de même lors des éructations islamophobes de l’académicien. Le combat anti raciste en aurait été renforcé.

Le troisième événement concerne une dizaine de poivrots exhibant la quenelle lancée par l’antisémite Dieudonné. Cet acte d’une poignée de crétins a donné lieu à d’amples indignations jusqu’au plus haut de l’Etat. Quel dommage que cette indignation face à des ivrognes n’ait pas eu son pendant à juste dimension lorsque les auteurs de faits indignes ont été, dans la même semaine, un Maire et une Sénatrice chassant d’un marché municipal une femme pour port d’un signe religieux (islamique il est vrai, donc racisme acceptable). Cet usage politicien du nécessaire combat anti raciste est le pire ennemi de ceux qui aspirent à une bonne entente.

Rien ne justifie d’induire de ces 3 faits réels une mise en procès de quelque groupe que ce soit. Rien en l’état ne justifie de porter sur le moment à l’indignation nationale la dénonciation de l’antisémitisme, si ce n’est un bas calcul politicien qui n’a rien à voir avec l’antiracisme.

Juif je suis, et Gilet Jaune. Ce que je vois dans Peuple vêtu de jaune est beau, est digne. Ces gens que j’ai le bonheur de croiser lèvent la tête, ont de l’éclat dans les yeux et ils parlent, et ils réfléchissent. Des juifs, je n’ai jamais entendu parler sur les ronds points, dans les réunions, ce n’est pas le sujet. Quelques fois sur Facebook surgissent des publications sur le sujet, étonnantes, portées par 2 ou 3 individus de passage jamais vus avant, jamais vus après. J’ai dénoncé ces publications racistes. La tendance est plûtot « on forme une famille » et les sujets sont le RIC, rend l’ISF, Macron démission, les médias devenus officines de propagande et les blessés, les blessés, les blessés…

 

J’éprouve une profonde admiration pour ces gens au quotidien si difficile qui soudain reprennent espoir. Il est des jours magiques et plein de soleil lorsque le peuple dit stop, déchire le silence, pulvérise l’oppressive fatalité. Ma famille Gilets Jaunes, je vous admire. Alors oui, je sais, avec une famille si nombreuse, couvrant tout un peuple, il y a fatalement parmi nous quelques voleurs, quelques brutes familiales, quelques pédophiles, quelques racistes, quelques antisémites… Enfin, toutes les déviances humaines existantes ne peuvent qu’être représentées dans un si grand nombre. Moi, je ne veux voir que le beau de cette révolte parce que le laid existait avant, bien avant et que seule la révolte est nouvelle. Parce que seule cette révolte de dignité peut faire, un peu, refluer le laid par la dimension humaine qu’elle porte. Tous les engagements du peuple sont confrontés à ce même dilemme, la Résistance, la Commune de Paris. A chaque fois, ceux du Peuple ou proches du Peuple (Victor Hugo !) y voient la grandeur, ceux du pouvoir, ceux de la haute, y cherchent les vilénies pour déverser leurs bassesses sur ceux d’en bas. Voilà ce que nous vivons une fois de plus. Rien de plus.

Vils prétentieux du pouvoir, je vous accuse de turpitude, de jeter de l’huile sur le feu du racisme. L’antisémitisme n’est pas un pion à jouer dans votre combat de domination. Vous n’avez rien appris de l’histoire !

Serge GROSSVAK
Juif Autrement Yid

URL de cet article 34588
https://www.legrandsoir.info/j-accuse-34588.html

Comment Israël et le CRIF manipulent la lutte contre l’antisémitisme


Dominique Vidal & Betrand Heilbronn –

Source: Externe

Ce qui intéresse le gouvernement israélien et nombre de ses soutiens n’est pas le combat tout à fait justifié contre l’antisémitisme, comme le prouve le flirt de Benyamin Netanyahu avec des forces d’extrême droite en Europe. Il s’agit avant tout de dévoyer ce combat pour discréditer la solidarité avec les Palestiniens, comme le prouve le débat sur la définition de l’antisémitisme

 

Le 6 décembre 2018, le conseil Justice et affaires intérieures de l’Union européenne (UE) adoptait, sans débat, une  déclaration sur la lutte contre l’antisémitisme et la protection des communautés juives en Europe. Louable intention, sauf que… l’article 2 de cette déclaration invite les États membres à adopter la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’holocauste (IHRA). Pendant la présidence autrichienne de l’UE, de juillet à décembre 2018, Israël et le puissant lobby pro-israélien se sont activés dans le plus grand secret et n’ont ménagé aucun effort pour obtenir ce résultat. Quelle est donc cette «définition IHRA» qu’Israël et ses soutiens inconditionnels veulent imposer?

En 2015, au lendemain de l’offensive meurtrière israélienne contre la population de Gaza massivement condamnée par l’opinion mondiale, le lobby israélien relance une offensive avortée dans les années 2000, visant à promouvoir une définition de l’antisémitisme intégrant la critique d’Israël. Sa cible: l’IHRA, un organisme intergouvernemental regroupant 31 États, au sein duquel le lobby pro-israélien dispose d’un relais. En mai 2016, l’IHRA a adopté sa «définition» de l’antisémitisme:

« L’antisémitisme est une certaine perception des juifs, qui peut s’exprimer par la haine envers les juifs. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme sont dirigées contre des personnes juives ou non-juives et/ou leur propriété, contre les institutions de la communauté juive ou les lieux religieux. (traduction de l’Association France-Palestine solidarité (AFPS)

Présentée comme «non contraignante sur le plan juridique», elle est parfaitement indigente, se bornant à préciser que l’antisémitisme «est une certaine perception des juifs, qui peut être exprimée comme de la haine envers les juifs». Rien là pourtant d’innocent. Car le communiqué de presse de mai 2016 ajoute: «Pour guider l’IHRA dans son travail, les exemples suivants peuvent servir d’illustration.» Jamais adoptés par l’IHRA, lesdits exemples servent pour la plupart à assimiler la critique d’Israël à l’antisémitisme:

➞ «Les manifestations [d’antisémitisme] peuvent inclure le ciblage de l’État d’Israël», tout en précisant plus loin que «la critique d’Israël similaire à celle qui peut être faite à un autre pays ne peut pas être considérée comme antisémite». Similaire, qu’est-ce que cela veut dire, quand les réalités sont spécifiques, ou pour des associations dédiées à la défense des droits du peuple palestinien?

➞ «Accuser les citoyens juifs d’être plus loyaux à l’égard d’Israël (…) qu’aux intérêts de leur propre nation». «Les» ou «des»… On n’aurait donc plus le droit de dire que le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) est devenu une annexe de l’ambassade d’Israël?

➞ «Nier au peuple juif le droit à l’autodétermination, en prétendant par exemple que l’existence de l’État d’Israël est une entreprise raciste.» La nouvelle loi fondamentale d’Israël réserve le droit à l’autodétermination au seul «peuple juif». On n’aura plus le droit de la combattre?

➞ «Faire preuve d’un double standard en exigeant de sa part [de l’État d’Israël] un comportement qui n’est attendu ni requis d’aucun autre pays démocratique.» Les situations sont différentes, quel serait le critère?

la suite de l’article ici

en fait repris d’ici

 

Manifeste adressé par de jeunes grévistes à Madame Marghem


Lettre de jeunes manifestants à la ministre fédérale du climat parue dans la Libre Belgique :

Ce mercredi après-midi, nous avons eu l’occasion de discuter avec madame la ministre fédérale du climat, de l’environnement et de l’énergie, Marie-Christine Marghem. Cette rencontre aura duré 2h, et fut l’occasion d’échanger sur nos visions respectives de l’écologie et de l’action politique qui en découle, ou qui devrait en découler.
Tout d’abord, merci à madame la ministre de nous avoir accordé de son temps. Nous précisons que nous ne sommes pas des membres de l’organisation des grèves, mais de simples manifestants qui ont pour combat commun la défense de la vie sur Terre et de notre avenir. Nous ne représentons que nous-mêmes. Lors de cette discussion parfois houleuse, nous n’avons pas mis en avant de mesures politiques précises que devrait appliquer la ministre, car nous n’estimons pas en avoir la légitimité. Nous avons tenté de faire entendre le message de notre génération, la génération climat. Ce message, le voici :
“ Pour la première fois depuis des décennies, nous, les jeunes, sommes convaincus que notre vie ne sera pas meilleure que celle de nos parents. La raison de cet avenir sombre ? Un modèle de société mortifère, qui détruit la vie sur Terre et défait les équilibres des écosystèmes.
Nous ne croyons plus au progrès vendu par votre génération de responsables politiques. Nous désirons autre chose, un autre horizon que celui de l’accumulation matérielle et l’aliénation des individus.
Nous ne voulons plus de la croissance et de l’expansion économique, car cette quête insensée et aveugle, inhérente à notre civilisation industrielle, nous mène vers le gouffre écologique.
Nous actons ici la déconnection entre votre monde et le nôtre. Nous aspirons à une toute autre société, où la politique appartient à tous, où chaque décision intègre la finitude et la fragilité de la nature, où les relations humaines priment sur la compétition et la concurrence entre tous. Cette nouvelle société, ou plutôt ces nouvelles sociétés, le système politique et économique actuel ne peut nous l’offrir sur un plateau. C’est pourquoi nous continuerons à nous battre, à faire la grève, à manifester et à désobéir pour notre avenir.
Peu importe ce que vous nous proposez, que ce soit des « coachs climats » infantilisants -qui serviraient d’ailleurs sans doute plus au personnel politique qu’aux étudiants- ou des recommandations individuelles culpabilisatrices. Nous avons le désir radical de transformer la société, et vous, tout comme vos collègues, avez la volonté radicale de gagner les élections. La faute à un système politique dépassé et purement représentatif qui met en compétition des partis dont le but principal est d’arriver au pouvoir. A partir de ce constat, la probabilité que nous tombions d’accord est proche de zéro, et l’intérêt que nous avons à négocier des petits pas avec vous l’est tout autant.
Tous les jeudis, et ce jusqu’aux élections, nous ferons grève, toujours plus nombreux. Tous les jours, nous nous organiserons pour développer les alternatives au vieux monde, et nous construirons des moyens d’actions innovants et divers pour faire pencher la balance vers la préservation de la vie sur Terre plutôt que vers sa destruction.
De votre côté, faites ce que vous pouvez. Ou plutôt, faites ce que vous devez, si tant est que l’avenir des jeunes générations vous est prioritaire : réunissez tous les partis démocratiques autour de la table et travaillez pour inscrire dans le marbre le basculement vers une société vraiment démocratique et soutenable. Ensemble, prenez des décisions courageuses pour mettre fin au règne de l’énergie sale, abondante et bon marché, et ce dans les plus brefs délais. Ensemble, acceptez l’impossibilité de concilier des objectifs antagonistes tels que la croissance et l’écologie.
La transition écologique suppose un juste partage des ressources et des richesses, la fin de l’expansion industrielle incontrôlée, la fin des grands travaux inutiles, destructeurs de terres arables et d’écosystèmes.
Et ce rêve, nous ne comptons pas sur vous pour en faire une réalité. Tout au plus vous nous dites que vous êtes d’accord avec nous. Mais votre mission devrait être la même que la nôtre au final : préserver les conditions de vie sur Terre, et ce pour les humains comme les non-humains. Rejoignez le camp des Terriens face aux Destructeurs. Là se trouve le combat humaniste du XXIème siècle.  »
Piero Amand, Youna Marette, Zoé Dubois, Harold Fitch Boribon et les jeunes grévistes qui se retrouveront dans ce « manifeste ».

Dans la rue : un billet d’Eric Lenoir


Encore l’un de ces billets que j’hésite à produire, et encore plus à diffuser.
Seulement voilà: parfois tout déborde. Qu’il s’agisse des tripes par lesquelles on est pris, du coeur qui s’arrache à la poitrine, des larmes qui remplissent jusqu’à l’intérieur du crâne et supurent par-delà les yeux, des cris qui veulent sortir jusque par les pores de la peau ou de la suffocation qui vient étreindre notre gorge, rien ne semble être à sa place là où il se trouve, et doit partir pour ne pas nous faire imploser.

Il pleut. 6 degrés, un vent à décorner les cocus et un froid pénétrant , comme si chaque gouttelette tombant du ciel et nous arrivant par le flanc était un glaçon fin, étroite stalactite de glace piquant au travers des vêtements déjà humides jusque dans la chair, pour y répandre une douleur polaire diffuse.

L’un des premiers que nous avons remarqués parmi les nombreux que nous croisâmes fut celui-ci, qui dépiautait aux ciseaux, avachi sur le duvet troué qui lui servait de lit offert à la pluie du ciel, un vêtement piteux au milieu d’un ramassis terrible de résidus de vie.
« Monsieur, avez-vous besoin de quelque chose? » Lui demandé -je en prenant garde de ne pas le surprendre ni d’être condescendant
« Non non, pas besoin », m’avait-il répondu sans me regarder en agitant sa main mouillée, avant de se remettre à l’ouvrage dans la flaque épouvantable dans laquelle il dormirait sûrement.

Nous en avons croisé d’autres. Un nombre invraisemblable, pour tout dire. Des tentes aussi, des abris de fortune, des caches.

Et puis il y avait ceux-ci, pires que les autres. Vulnérables à un point qui défiait l’entendement. Déments alcooliques, déments tout court, indigents amochés jusqu’à l’âme. Comme le résidu putride d’une humanité foireuse que la société aurait recraché avant de le piétiner pour le faire disparaître de son paysage.

Il y a eu cet autre, là, tas informe comme un ver dans une housse, à deux pas d’une Compagne Républicaine de Sécurité dont le coût de l’équipement aurait pu le faire vivre deux ans, et son coût du jour trois semaines.

Le pire fut peut être, enfin, ce cauchemar de la conscience, cette insupportable déchéance mentale montée sur un corps en miettes qui hurlait en silence sa colère de tout, sa douleur insondable, inextinguible à être, emporté dans une damnation si cynique qu’elle l’avait posé au pied rutilant d’une vitrine obscène où l’on bradait du rien pour des gens qui n’en avaient pas besoin mais l’achèteraient quand même. De son regard blanchi, probablement aveugle, il tentait de percer les ténèbres de l’incohérence inouïe du monde qui le refusait au point de le nier.
Nous pleurâmes à deux, impuissants. Désespérés.

Nous venions de quitter la place où s’étaient rassemblés un peu des constructeurs d’un demain meilleur, pleins d’utopie et de certitudes. Un avenir vert et bienveillant, où le pouvoir serait horizontal et les Hommes grands.

Nous, nous ramassions nos tripes en nous accrochant aussi fort que nous pouvions à nos maigres repères, à nos convictions, nos aspirations, pour penser que tout cela pouvait en valoir la peine, exister malgré eux, là, qui témoignaient de notre échec collectif à prendre soin des autres en vivant hors de nous et même hors d’eux-mêmes, au milieu de la foule impropre à l’empathie pour mieux s’affranchir de son impuissance ou simplement égoïste au point de ne plus rien voir.

Tout autour de la place où l’on commençait à réécrire le monde meilleur dans une ambiance pacifique, il y avait plusieurs compagnies de forces de l’ordre armées et équipées. Rien que leur prestation du jour valait le prix de dix logements d’urgence, en dur, qui pourraient durer des années.

Nous ramassames nos tripes, nous essuyâmes discrètement nos pleurs, et nous partîmes, écoeurés du constat terrible des priorités de la nation.

Je fis quelques photos, en me disant que les partager et expliquer cela serait ce que je pourrais faire de plus utile aujourd’hui.
La gorge serrée. Les poings blancs.
Et, plus que jamais, je compris qu’il n’y aurait pas d’avenir meilleur sans traîner dans la fange pour en tirer l’argile , de nos mains nues, et redonner forme humaine à ceux qui l’ont perdue.

Paris, 2019.

.De l’excellente page de Eric Lenoir sur fb ici

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Trente enfants russes dont les mères sont emprisonnées en Irak retrouvent leur famille: « Nous ne savions même pas qu’ils étaient là-bas


Trente enfants russes dont les mères sont emprisonnées en Irak pour appartenance au groupe Etat islamique (EI) sont arrivés dimanche à Moscou venant de Bagdad et ont été conduits dans un hôpital moscovite, ont annoncé les autorités russes.

« L’avion du ministère des Situations d’urgence russe a atterri (…). Il a réalisé un vol spécial depuis Bagdad avec trente enfants russes« , a indiqué le président tchétchène Ramzan Kadyrov sur son compte Telegram, précisant que l’avion s’était posé à l’aéroport Joukovski dans la région de Moscou. Les pères de ces enfants, de jeunes garçons et des fillettes âgés de trois à dix ans, auraient été tués dans les trois années de combats entre le groupe jihadiste et les troupes irakiennes qui ont chassé fin 2017 l’EI de l’ensemble des centres urbains du pays, a précisé avant leur départ une source diplomatique russe.

Selon le président tchétchène, il s’agit « d’une preuve indéniable de l’accomplissement rigoureux de la mission fixée par le président russe Vladimir Poutine de sauver des femmes et enfants se trouvant en Syrie et en Irak« .  « Si nous ne (les) ramenons pas à la maison, ils deviendront la cible des services spéciaux étrangers« , a-t-il poursuivi sur Telegram.

Les enfants sont en mauvaise santé

Selon le service de presse du ministère de la Santé russe, cité par l’agence russe Interfax, les enfants ont été conduits dès leur arrivée vers un hôpital du centre de Moscou où ils subiront des « examens poussés ». Sur le réseau social Vkontakte, Ramzan Kadyrov a également posté une vidéo montrant leur départ de Bagdad, précisant que 24 d’entre eux étaient originaires du Daguestan et trois de Tchétchénie. « Leur état de santé est évidemment affreux, confie Anna Kuznetsova, commissaire russe pour les droits de l’enfant. Les enfants sont très minces et faibles. Nous savons que la prison n’est pas le bon endroit pour eux. C’est la première fois qu’on les ramène (en Russie) et il y aura de nouvelles tentatives. Nous avons déjà une liste de trente-six enfants et nous espérons que cette liste sera confirmée à la mi-janvier. »

A Moscou, ce sont les grands-parents qui sont venus récupérer les enfants. Leurs pères, tous membres du groupe terroriste Etat Islamique, ont été tués dans les combats. Quant aux mères, elles sont en prison en Irak. Pour les grands-parents, ce retour est un choc ! Un soulagement, aussi… « Nous ne savions même pas qu’ils étaient là-bas, . Quand ils nous ont appelés, j’ai été choquée. Ils pleuraient tout le temps, ils voulaient rentrer chez eux. ils disaient : ‘Grand-mère, grand-père, s’il vous plaît, ramenez-nous à la maison’, mais comment pourrions-nous aller là-bas et les ramener. Mon coeur était malade. » « Je suis content, vraiment content qu’ils aient ramené les enfants à la maison, ajoute Aslanbek Berebov, grand-père. S’ils en ramènent d’autres, ça serait même mieux. Je suis vraiment content. »

« Ces enfants sont également des victimes »

Dimanche, le Premier ministre irakien Adel Abdel Mahdi a reçu l’envoyée du président russe pour les droits des enfants, devant laquelle il a appelé à « faire la distinction entre les questions humanitaires et les crimes terroristes« . « Ces enfants sont également des victimes« , a-t-il ajouté, selon des propos rapportés par son bureau, sans mentionner le rapatriement.

En novembre, l’une des conseillères de M. Kadyrov, dirigeant autoritaire de la petite république russe, Kheda Saratova, avait accusé le FSB russe (Service fédéral de sécurité) d’empêcher le rapatriement en Tchétchénie de veuves et d’enfants de combattants russes de l’EI . Selon elle, « environ 2.000 » d’entre eux se trouvent en Irak et en Syrie voisine, alors qu’une centaine d’enfants et de femmes -la plupart originaires des républiques russes du Caucase- sont jusqu’à présent revenus en Russie.

Lors de sa grande conférence de presse annuelle mi-décembre, M. Poutine avait affirmé qu’un programme pour le retour de ces enfants était en cours et qu’il allait se poursuivre. Près de 4.500 citoyens russes étaient partis à l’étranger pour combattre « du côté des terroristes« , avait indiqué il y a un an le FSB. Plus de 300 personnes, dont une centaine d’étrangères, ont été condamnées à mort en Irak, et autant d’autres à la prison à perpétuité, pour appartenance à l’EI. La plupart des condamnées sont Turques ou originaires des anciennes républiques de l’Union soviétique.

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