Bachar AL ASSAD massacre en Syrie : dégage !



Ci-dessous la dénonciation par Nabil Ennasri de la terreur qui s’abat actuellement sur le peuple syrien. Point n’est besoin d’être musulmans pour s’associer à son indignation. Nous devons tous souhaiter que le peuple syrien réussisse à se débarrasser de ce régime sanguinaire.

« Le Ramadan nous ouvre ses portes. Ce moment de piété, de recueillement et de solidarité est l’occasion pour la communauté de foi qui réunit plus d’un milliard de musulmans de communier dans un même élan spirituel. Pour le peuple syrien, ce Ramadan s’annonce différemment. La chaleur et les privations ne seront pas pour lui les difficultés les plus dures à surmonter. Il aura à faire face à un régime de terreur qui tue. Qui tue depuis des mois dans un silence assourdissant.

Il faut appeler les choses par leur nom. Ce qui se passe aujourd’hui à Hama, Deir Zor, Deraa ou Homs est un massacre. Si le régime syrien a une armée, ce n’est certainement pas pour se préparer à une éventuelle guerre avec Israël. Ses tanks sont occupés aujourd’hui à mater une révolte populaire et pacifique qui ne demande qu’une chose : vivre dans la dignité.

Face aux images qui nous viennent de ces villes où s’entassent les corps des martyrs, il est impossible pour nous de rester muet. Le silence face à une telle répression reviendrait à être de lointains complices d’une tragédie qui nous est pourtant servi en direct. Les centaines de milliers de manifestants qui sont sortis ce vendredi après la prière de Jumu’a aux quatres coins de la Syrie nous avaient pourtant lancés ses appels de désespoir : « Samtoukoum yaqtoulouna », votre silence nous tue. Ils ne faisaient que rappeler à la conscience des musulmans du monde une tradition prophétique aujourd’hui largement délaissée : le mutisme devant l’inacceptable ne fait pas partie de l’éthique du musulman.

Alors il faut dénoncer. Dénoncer cet Etat voyou qui est sur le point de réitérer son massacre de 1982. Dénoncer et contribuer à éveiller les esprits qui ne supportent plus, en 2011, de s’indigner passivement face au lynchage de tout un peuple. Le Ramadan est le mois de la paix du cœur mais aussi de la solidarité des consciences.

La communauté de foi qui unit les croyants est semblable à un seul corps nous enseigne notre Bien-aimé Prophète(Saw). Il y a aujourd’hui une partie de ce corps qui est maltraité et qui va très mal. A défaut d’avoir un élan de solidarité qui traverse les 56 pays de l’Organisation de la Conférence islamique, il appartient aux musulmans de France de condamner les agissements d’un régime aux abois et de signifier au peuple syrien notre pleine solidarité dans sa lutte pour sa libération. Sa libération prochaine insha’Allah.

Nous sommes tous des Syriens. Nous sommes tous Hama. »

Ennasri Nabil, Président du Collectif des Musulmans de France (CMF).

CAPJPO-EuroPalestine

Les dictateurs du monde arabe s’accrochent, mais pour combien de temps ?


mercredi 3 août 2011 – 07h:43

Robert Fisk


Jamais en mal de pirouette, Walid Joumblatt a commencé à faire quelques commentaires très pessimistes quant à la Syrie.
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Immense manifestation contre la dictature en Syrie – Ville de Hama, 29 juillet 2011 – Photo : Reuters

C’est le dirigeant druze, chef du Parti socialiste progressiste libanais et « chef de guerre », qui a suggéré que le tribunal international de l’ONU sur l’assassinat en 2005 de l’ex-Premier ministre Rafic Hariri puisse être mis de côté dans l’intérêt de la « stabilité avant celui de la justice ». Il y a eu des hurlements de rage venant de Saad Hariri, le fils de l’ex-Premier ministre et actuellement en vadrouille dans le monde pour rester en dehors du Liban – et c’est compréhensible, en raison de ses propres craintes d’être assassiné – tandis que la Syrie-sœur se tient silencieuse à l’Est. Et maintenant Jumblatt déclare que certains en Syrie entravent les réformes.

Il semble que « certains » dans le régime du parti Baas ne veulent pas traduire dans les faits les promesses de réforme du président Bachar al-Assad. Les soldats ne devraient pas tirer sur les civils. Joumblatt dit que la leçon de la Norvège est aussi une leçon pour le régime syrien, et il n’a pas échappé au monde arabe que dans ses divagations sur Internet, Anders Breivik a également revendiqué que tous les Arabes quittent la Cisjordanie et Gaza.

Sans rien vous promettre, mais cela pourrait bien arriver – et combien je déteste ce cliché – le « point de basculement » en Syrie pourrait bien être atteint. Cent mille personnes (minimum) dans les rues de Homs, des soldats de l’académie militaire syrienne dans la ville ayant fait défection… Un train complet de passagers qui déraille – à cause des « saboteurs », selon les autorités syriennes, par le gouvernement lui-même, selon les manifestants qui réclament la fin de règne du parti Baas – et encore des tirs dans la nuit à Damas.

Assad espère-t-il toujours que les peurs du sectarisme maintiendront les Alaouites minoritaires, les chrétiens et les druzes derrière lui ? Les manifestants disent que leurs dirigeants sont assassinés par des hommes armés du gouvernement, que des centaines, voire des milliers de personnes ont été arrêtés. Vrai ?

Le long bras de la Syrie, bien sûr, peut encore aller loin. Dans Saïda, cinq soldats italiens de l’ONU ont été blessés après que Berlusconi se soit joint à l’UE en condamnant la Syrie. Puis Sarkozy s’est joint à la condamnation et – bang – cinq soldats français ont été blessés dans la même ville cette semaine. Une bombe sophistiquée.

Tout le monde soupçonne la Syrie. Personne ne sait. La Syrie a des partisans parmi les Palestiniens du camp de Ein el-Helweh à Saïda. Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, annonce ensuite que son mouvement va protéger face aux Israéliens les réserves pétrolières maritimes inexplorées du Liban – il y a un litige sur 550 miles carrés de Méditerranée au large de Tyr, qui peuvent ou pas appartenir au Liban – donc il y a là une autre cause de guerre.

Et puis, si nous retournons en Egypte, l’ancien président va être soumis à un procès avec ses fils Gamal et Alaa, ce mercredi, avec d’autres anciens favoris de Hosni Moubarak. Les ministres de la justice et des services de renseignement, d’anciens assistants de Moubarak, cependant, restent au gouvernement. Qu’est-ce que cela signifie ? Les anciens Mubarakites s’accrochent-ils encore ?

Les Saoudiens ont proposé des millions à l’armée égyptienne en échange que Moubarak ne passe pas en procès – nombreux sont ceux qui veulent pour lui la peine de mort, et l’armée aimerait le voir mort dès aujourd’hui – tout comme les Saoudiens sont prêts à tout donner pour le Bahreïn et tous les autres potentats du Moyen-Orient. Ils sont même prêts à accepter que Kadhafi soit jeté dehors – celui-ci a tenté d’assassiner leur roi de trop nombreuses fois.

Mais les Saoudiens n’ont pas encore compris de quelle manière Obama se comporte concernant la Syrie – pas plus, je le soupçonne, que Obama lui-même – mais le président américain doit être immensément heureux de ne pas avoir de troupes américaines au Liban. Nous savons tous ce qui est arrivé au dernier lot : 1983, la base des marines américains, 241 morts, un attentat suicide, la plus grand d’explosion depuis Nagasaki.

« Ils font passer Moubarak en procès », m’a dit un journaliste égyptien la semaine dernière. « Les rues seraient chauffées à blanc par la colère si cela ne se faisait pas. » Il promet que ce sera le procès du siècle en Egypte (The Independent sera présent). Ce qui m’amène à notre vieil ami Kadhafi, le dictateur arabe qui n’est pas tombé avec les autres despotes de sa région. En ce moment, le monde politique libyen semble être grouillant de Kérensky [prêt à prendre la place du Tsar déchu en 1917 – N.d.T] – en effet, l’échec des occidentaux à remporter la guerre pour le compte des Russes blancs contre les bolcheviks après le conflit de 1914-1918 pourraient également ramener quelques tristes fantômes pour les également malheureux mais multi-médaillés commandants de l’Otan. (La participation de Churchill pourrait être requise dans les bibliothèques de l’OTAN.)

En fait, l’échec des rebelles en Libye est probablement plus proche de la situation d’épuisement de Sharif Hussein après sa conquête de la Mecque en 1916. Celui-ci avait alors pris les armes de Lawrence et celles des britanniques (et de l’argent et des bottes sur le terrain) pour être remis sur ses pieds et à nouveau combattre les Turcs [pour être ensuite lâché par les Britanniques – N.d.T]. Hélas, il n’y a pas de Hussain Sharif en Libye.

Alors pourquoi nous impliquons-nous dans cette absurdité ? (Je ne tient pas compte des manigances meurtrières à Benghazi au cours des dernières 48 heures.) Pour les civils de Benghazi ? Peut-être. Mais pourquoi Sarkozy a-t-il lancé la première attaque ? Le professeur Peter Dale Scott de l’Université de Californie à Berkeley a ses propres idées. Kadhafi a essayé de créer une « Union africaine » soutenue par la monnaie de la Banque centrale et les réserves d’or de la Libye, et la France perdrait alors son extraordinaire influence financière dans ses anciennes colonies d’Afrique centrale. Le paquet de sanctions d’Obama, très médiatisé, contre la Libye – « le colonel Kadhafi, ses enfants et sa famille, et les membres supérieurs du gouvernement libyen… » – a contribué à obscurcir ce que sont « tous les biens et les intérêts … du gouvernement de la Libye … et de la Banque centrale de Libye ». Dans le sous-sol de la banque centrale, à Tripoli, en or et en devises, se trouvent l’équivalent de 20 milliards de livres sterling qui devaient être utilisés pour mettre en place trois projets de la fédération pour l’Afrique centrale.

Et pendant que nous sommes sur le sujet, passons en examen la guerre en Afghanistan. Voici les paroles d’un comité qui s’interroge sur notre guerre (et notre quasi-défaite) là-bas. « L’objet … est d’aider nos compatriotes à comprendre à travers quelles étapes ils ont été impliqués dans une guerre avec la nation afghane, et quels motifs sont associés à cette guerre par leurs auteurs. Nous avons été soudainement précipités dans cette guerre. Non seulement il n’y a eu aucune consultation du Parlement par notre gouvernement, aucune communication en direction de cette institution ni aucun changement de politique qui poussait à nous impliquer dans un conflit, mais, lorsque des questions ont été posées à ce sujet, les réponses données ont été calculées de façon à induire en erreur, à tromper la plupart des responsables et experts qui étaient sceptiques et à travers eux toute la nation. »

La citation provient de l’enquête parlementaire sur la seconde guerre afghane. Date : 1879.

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Du même auteur :

-  Place Tahrir, la colère monte à nouveau : où est passée la révolution pour laquelle la foule s’est battue ? – 22 juillet 2011
-  Hama 1982 – 8 juillet 2011
-  Le dépotoir à despotes fait bon accueil au suivant sur la liste – 18 juin 2011
-  « J’ai vu ces courageux médecins tenter de sauver des vies » – 14 juin 2011
-  Le peuple contre le président – 9 juin 2011
-  L’avenir de la révolution se jouera-t-il au royaume du pétrole ? – 1° mars 2011
-  Egypte : 50 000 enfants des rues maltraités par le régime de Moubarak – 17 février 2011
-  L’armée resserre-t-elle sa griffe sur l’Egypte ? – 14 février 2011
-  Un tyran s’en va et toute une nation exulte – 12 février 2011
-  La révolution égyptienne met à nu le racisme occidental – 11 février 2011
-  Egypte : 3e semaine, 16e jour, et le régime s’enlise de plus en plus – 9 février 2011
-  Moubarak est sur le point de s’en aller – 6 février 2011

30 juillet 2011 – The Independent – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.independent.co.uk/opinio…
Traduction : Claude Zurbach

Amin Maalouf : « L’année 2011 est d’ampleur homérique »


dimanche 31 juillet 2011, par La Rédaction

Élu à l’Académie française au fauteuil de Claude Lévi-Strauss, l’écrivain libanais Amin Maalouf, Prix Goncourt 1993 pour « Le rocher de Tanios », revient sur l’effervescence du « printemps arabe ».

***

Que représente l’Académie française pour un écrivain libanais qui a découvert la littérature à travers la langue arabe et qui, dit-on, aime bien converser en anglais avec ses intimes ?
Amin Maalouf : Comme beaucoup de Libanais, j’ai eu, depuis l’enfance, trois langues dans ma vie : l’arabe, le français et l’anglais. L’arabe est la langue que je parlais dans la maison de mes parents ; j’ai continué à la parler avec mes enfants pour qu’ils ne l’oublient pas. L’anglais était la langue de ma famille paternelle. Quand ma grand-mère est « descendue » de son village pour s’installer à Beyrouth, dans les années 30, son premier but était de permettre à ses six enfants d’étudier à l’Université américaine. Elle-même avait fait ses études chez des missionnaires protestants anglo-saxons.
Dans la bibliothèque de mon père, la plupart des livres étaient en anglais, et c’est dans cette langue que j’ai lu Don Quichotte ou Les frères Karamazov. Le français est arrivé dans ma vie par ma mère. Ses frères avaient fait leurs études chez les pères jésuites, en Égypte, et elle tenait à me faire suivre la même voie – sans doute pour me soustraire à l’influence protestante qui s’attachait à l’école anglaise. Au fil des années scolaires, le français est devenu ma principale langue de culture, sans toutefois éclipser les deux autres.

Comment le Liban a-t-il accueilli votre élection ? Quel sens lui a-t-il donné ? Et pour vous, au regard de son histoire et de son long martyre ?
La réaction y a été émue et enthousiaste. Je m’y attendais un peu, mais pas à ce point. Cela s’explique par des raisons qui vont bien au-delà de ma personne. Il est vrai que les Libanais sont sensibles à ce qui arrive à leurs compatriotes de la diaspora ; il est vrai aussi que l’Académie française y jouit d’un grand prestige, qui ne s’est jamais démenti. Mais vous avez raison de suggérer qu’il y a autre chose, qui va plus loin. Dans les innombrables messages que j’ai reçus, une idée revenait constamment : nous traversons une période extrêmement sombre, et cette nouvelle est venue comme un rayon de lumière. Si je devais expliquer en quelques mots l’inquiétude des Libanais en cet été de 2011, je dirais ceci : la Syrie est secouée par une crise majeure, qui va probablement s’amplifier dans les mois à venir, et qui pourrait avoir des retombées chez tous ses voisins ; au Liban, la population est divisée sur la question, les uns souhaitant la chute du régime du président Assad, d’autres redoutant les conséquences d’un tel bouleversement.

Vous occuperez le fauteuil de Claude Lévi-Strauss. Êtes-vous un familier de son oeuvre ?
Lévi-Strauss me fascine et m’intimide. J’ai commencé à le lire à l’université ; je faisais des études de sociologie ; l’anthropologie était une matière importante, et plusieurs de ses livres étaient au programme. Ce qui ne fait évidemment pas de moi « un familier de son oeuvre ». On ne lit pas de la même manière pour préparer un examen à la fac et pour écrire un éloge à l’Académie. Je passerai donc les mois qui viennent à le lire et à le relire.
Cela dit, je me suis toujours reconnu dans sa vision du monde, qui rejette tout ethnocentrisme et qui proclame l’égale dignité de toutes les sociétés humaines.

D’une manière générale, quel avenir prêtez-vous à la francophonie ? Serait-ce « l’avenir d’une illusion » ?
Je crois en l’avenir de la langue française, mais pas comme on pouvait l’imaginer il y a quelques décennies. Je traduirai ma vision par une expression imagée : le français doit être non pas le plus faible des loups, mais le plus fort des agneaux. Je m’explique : si l’on envisage le français comme un rival de l’anglais pour la suprématie globale, la bataille ne peut plus être gagnée ; si l’on voit dans le français le chef de file d’un combat universel pour la diversité linguistique, alors la bataille peut être gagnée, et il faut la mener énergiquement.

Votre élection coïncide avec le « printemps arabe ». Quelle est votre analyse des bouleversements en cours ?
Je vis ces événements, depuis le premier jour, dans une sorte de griserie incrédule. C’est comme si mon frère jumeau était depuis longtemps dans le coma, que tous les médecins prédisaient qu’il ne se réveillerait jamais et que, soudain il s’était levé et avait recommencé à parler. Je suis heureux d’avoir vécu assez longtemps pour voir cela. On a souvent cité, depuis le début de l’année, cette superbe parole de Hölderlin qui dit, en substance, que de là où se trouve le pire mal émergera le remède qui sauve. Elle me paraît juste, pas seulement dans sa vérité poétique, mais également quant à l’analyse politique. Privés de liberté, privés de dignité, privés d’avenir, les Arabes avaient le sentiment de n’avoir plus rien à perdre. Au point de devenir littéralement suicidaires. Au cours de la première décennie de ce siècle, cela s’est traduit par des attentats meurtriers, se référant à une idéologie rétrograde. Mais très vite cette voie s’est révélée sans issue. Est apparue alors une autre manière de s’immoler, infiniment plus noble et infiniment plus efficace. La manière des bonzes. On s’immole par le feu, ou on offre sa poitrine aux balles. Soudain le sacrifice devient une voie de rédemption pour une civilisation qui se trouvait dans l’impasse depuis des siècles. C’est un événement majeur, dont on n’a pas encore mesuré toutes les implications, tant pour les Arabes que pour l’humanité dans son ensemble.

Doutez-vous de la compatibilité de l’islam et de la démocratie ?
Sur cette question essentielle, permettez que je partage ma réponse en deux. Est-ce que je crois l’islam compatible avec la démocratie ? Ma réponse est « oui » ; je pourrais développer toute une batterie d’arguments, puis les remettre moi-même en question en soulevant diverses objections ; mais je me suis contenté de vous livrer ici ma conviction intime. Oui, je le crois compatible avec la démocratie, et même avec la laïcité. L’autre question qui se pose d’elle-même aujourd’hui, c’est celle de savoir si les peuples arabes sauront, à l’issue des bouleversements actuels, définir pour la religion une place adéquate au sein de leurs sociétés, afin qu’elle n’empiète pas trop sur la vie politique, sur la définition du citoyen, sur l’élaboration des lois, etc. Et là, je suis bien obligé de dire que, à l’instant où je vous réponds, je n’en sais rien encore. Il est certain que la religion a joué un rôle significatif dans les soulèvements ; il suffit, pour s’en persuader, de se rappeler ces foules qui se prosternaient sur les places publiques ; ou tout simplement le fait que les principaux événements se produisaient le vendredi après la prière… Un grand débat commence autour de ces questions essentielles. J’espère qu’il sera mené sans violence et qu’il conduira à une modernisation politique et sociale. Mais aujourd’hui je me sens incapable d’en prédire l’issue.

Vous devez, je pense, être particulièrement sensible au « non-printemps » syrien…
Je suis fasciné par le courage des manifestants. Dans tous les pays arabes, et en Syrie un peu plus qu’ailleurs. Ce que l’Histoire vient de nous offrir en cette année 2011 est une épopée d’ampleur homérique, mais il nous faudra quelques années de recul pour en prendre pleinement conscience.

Quelle conséquence, selon vous, sur l’avenir du Liban ?
Cette question me préoccupe. Le Liban a longtemps été le pays arabe le plus démocratique, et il aurait dû se trouver à l’avant-garde de la modernisation politique et sociale ; mais son système de gouvernement est archaïque, le poids du communautarisme étouffant, et je crains que mon pays natal ne sache pas s’adapter aux réalités nouvelles. Vous avouerai-je que je le surveille de loin avec une immense appréhension ?

Ne craignez-vous pas que, passé ce beau printemps, on assiste au retour des « identités meurtrières » ? En d’autres termes, que le nationalisme prenne la relève des dictatures ?
On ne peut rien exclure. Ce qui s’est passé en 2011, c’est une affirmation forte, de la part des peuples arabes, de leur désir de liberté et de dignité. Sur ce plan, on ne reviendra pas en arrière. Mais une ère nouvelle vient de s’ouvrir, où il faudra mettre en place des institutions démocratiques, relancer l’économie, assurer le bien-être des citoyens, répondre à leurs attentes, qui sont immenses… Cela s’étalera forcément sur plusieurs décennies, au cours desquelles tout peut arriver, le meilleur et le pire.

Quand vous assisterez aux fameuses « séances du Dictionnaire », quel mot aimeriez-vous avoir à définir ?
Je suis passionné par l’étymologie, notamment celle des mots que j’appelle « voyageurs », c’est-à-dire ceux qui ont fait des allers-retours entre diverses aires linguistiques. S’il fallait en choisir un, je prendrais « rose ». En apparence, l’origine du mot paraît évidente, puisqu’il vient, comme chacun sait, du latin rosa,rosæ. Mais d’où vient rosa ? Du grec tardif rhodon, qui a également donné « rhododendron », et qui viendrait lui-même du grec archaïque wrodon, un vocable dont l’origine semble remonter à l’indo-européen wrdho, qui signifie « épine ». En arabe, la rose se dit warda et en hébreu vered. Toutes ces langues d’Orient et d’Occident ont manifestement bu aux mêmes sources… J’aime à croire que des parentés culturelles se tissent au gré des migrations.

( Propos recueillis par le service Culture du « Point », juillet 2011 )

Repères

1949 : Naissance à Beyrouth (Liban).
1973 : S’exile en France.
1983 :  » Les croisades vues par les Arabes  » (JC Lattès).
1986 :  » Léon l’Africain  » (JC Lattès).
1993 : Prix Goncourt pour  » Le rocher de Tanios  » (Grasset).
2010 : Reçoit le prix Prince-des-Asturies.
2011 : Élu à l’Académie française.

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Les « Amis du Théâtre de la Liberté » dénoncent vigoureusement l’attaque israélienne très grave contre le « Freedom Theatre ».


samedi 30 juillet 2011, par La Rédaction

Le matin du 27 juillet à 3.30 une force spéciale de l’armée israélienne a attaqué le Freedom Theatre à Jenine. Le régisseur général des lieux, Adnan Naghnaghiye, a été arrêté et emmené vers une destination inconnue, ainsi que Bilal Saadi, un des membres du Conseil d’administration. Aujourd’hui, le 28 juillet, nous ignorons où ils sont détenus, nous n’avons plus des nouvelles d’eux.

Le directeur par intérim du théâtre, le Britannique Jacob Gough, et le co-fondateur du FT, le Suédois Jonatan Stanczak, ont été menacés à leur arrivée sur les lieux en expliquant aux cinquante soldats cagoulés, qu’ils attaquent un lieu culturel et qu’ils ont arrêté les animateurs du Théâtre.

Il y a dix jours encore, une troupe de huit jeunes acteurs du Freedom Theatre achevait une tournée en France, lors de laquelle elle a joué « Sho Kman – Et quoi encore ? », une pièce qui met en scène de façon tragique et artistique les dangers et la violence auxquels sont confrontés les jeunes. Le public, ému et impressionné, a pu apprécier le travail de qualité de la troupe. Le public et la troupe ont retrouvé l’espoir d’un avenir pour le Freedom Theatre.

Nabeel Al Raee, le metteur en scène, témoignait alors : « Les rencontres de Grenoble ont été très importantes notamment grâce aux échanges avec les autres compagnies. Celles-ci ont exprimé leur volonté de participer à des échanges culturels avec le Freedom Theatre en animant des ateliers à Jénine. Le CREARC (Centre de Création de Recherche et des Cultures) de Grenoble nous a invité à nouveau pour les prochaines rencontres internationales. Notre spectacle a été très applaudi, nous avons même vu des larmes chez certains de nos spectateurs. »

Rappelons les principaux objectifs du Freedom Theatre qui dérangent le gouvernement israélien et qu’il tente de détruire par cette intervention armée.

Il offre :

· aux enfants et aux jeunes du Camp de réfugiés de Jénine et des environs, l’aptitude à se connaître soi-même et à avoir confiance en soi, ce qui les dote du pouvoir de défier la réalité actuelle en prenant en mains leur propre avenir.

· un espace où des enfants, adolescents, jeunes adultes et adultes de la région de Jénine peuvent jouer comme acteur et créer du théâtre, s’exprimer librement et imaginer de nouvelles réalités en défiant les barrières sociales et culturelles qui leur entourent.

· la possibilité de sortir de l’isolement culturel qui sépare Jénine d’autres régions de la Palestine et du monde.

· un moyen de résistance non violente à l’occupation, permettant aux jeunes d’exister en tant qu’individus, en tant que peuple et en tant qu’entité culturelle.

Cette attaque est une honte et un crime de la part de l’ÉTAT ISRAÉLIEN qui brise tout espoir de liberté, à travers le théâtre, des jeunes palestiniens de Jénine.

Le Freedom Theatre doit continuer à être un lieu de résistance culturelle contre l’occupation israélienne.

L’armée israélienne doit cesser de semer la terreur et « dégager » du Freedom Théâtre, de Jénine et de toute la Cisjordanie.

« Il n’y a pas de liberté sans savoir.
Il n’y a pas de Paix sans liberté.
La paix et la liberté sont inséparables »
(Arna Mer Khamis)

Les Amis du Théâtre de la Liberté de Jénine
Le 28 juillet 2011

L’armée syrienne libre


[youtube http://youtu.be/SZcCbIPM37w?]

Ces officiers disent que leur patriotisme les incite à demander la fin des massacres perpétrés par le régime syrien. Ils annoncent la formation d’une armée syrienne libre qui travaillera la main dans la main avec le peuple pour obtenir la liberté et la dignité, pour renverser le régime, protéger le soulèvement et la richesse du pays et résister à une armée irresponsable qui protège le régime ”

“Nous demandons à tous les officiers et les soldats honnêtes de faire immédiatement défection et de rejoindre l’armée syrienne libre dont l’objectif est de former une armée nationale capable de protéger le soulèvement et tous les éléments de la société civile syrienne quelle que soit leur secte » disent aussi les officiers dans la vidéo .

“Dorénavant nous ferons face aux forces de sécurité qui tuent les civils et encerclent  les villes. Nous les viserons dans tous les territoires syriens sans exception. ”

« Nous demandons à les militaires honnêtes de soutenir le peuple et le soulèvement et de quitter une armée qui ne représente plus le peuple syrien ».

Carte postale de Kouneitra


samedi 30 juillet 2011, par Al Faraby

Les forces israéliennes d’occupation ont entamé, ce jeudi 28 juillet, la construction d’une barrière le long de la ville de Kouneitra dans le Golan syrien. (Photo AP – jeudi, 28 juillet 2011)
***
« Viens voir grand-père »
« qu’y a-t-il ma petite princesse? »
« ils installent une barrière »
« évidemment… c’est leur projet qui avance »
« quel projet? »
« le Grand Israël »
« à quoi va ressembler la Syrie de demain? »
« à la Palestine d’aujourd’hui »
« j’ai peur grand-père »
« de quoi? »
« ça veut dire qu’on va devenir des réfugiés »
« nous le sommes déjà »
« …!? »
Al Faraby
Samedi, 30 juillet 2011

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