Conférence-débat Alain Gresh – Tariq Ramadan : le DVD est disponible


6 avril 2011
Rue de la Station 58/2 – 6140 Fontaine-l’Evêque – charleroi.palestine@gmail.com
Alain GRESH – Tariq RAMADAN :
leur réflexion sur la situation actuelle
en Palestine et dans le monde arabe sur DVD

Vous avez assisté à la conférence débat organisée le 19 février dernier par la Plate-forme Charleroi-Palestine avec Alain GRESH et Tariq RAMADAN. A moins que vous n’ayez réservé des places, et ensuite été empêché(e) d’y assister. 

En tous cas, vous avez manifesté votre intérêt pour cette manifestation, qui a connu un grand succès. Chacun s’est accordé à dire que les interventions de nos invités furent d’un haut niveau.

Comme nous l’avions annoncé, la totalité de la conférence-débat a été filmée en vidéo, et nous en avons fait un DVD. Celles et ceux qui l’avaient commandé en même temps que leurs places pour la conférence-débat l’ont d’ailleurs déjà reçu.

Ce DVD contient environ 1h30 de vidéo : la totalité des exposés prononcés par Alain GRESH et Tariq RAMADAN, et l’essentiel des échanges entre eux qui ont suivi.

Ce DVD ne se trouve pas dans le commerce, et n’est édité qu’en petite série.

Pour recevoir ce DVD par la Poste *,
rien de plus simple :
versez la somme de 10 € par exemplaire
au compte 751 – 2043879 – 32
de la Plate-forme Charleroi-Palestine (adresse ci-dessus)
en indiquant clairement votre adresse postale
et en communication : DVD Gresh/Ramadan. 

Le DVD vous sera expédié dans un délai d’environ 1 semaine.

* en Belgique.
Pour l’étranger, ajouter 4 €.
Le numéro de compte bancaire européen est :
IBAN  BE90 7512 0438 7932
BIC/SWIFT : AXABBE22

Restez informés, visitez le site web de la Plate-forme régulièrement

Le reniement honteux de Goldstone


6 avril 2011(The Electronic Intifada) Ilan PAPPE
le juge Richard Goldstone dans la bande de Gaza, juin 2009. (Photo ONU)

« Si j’avais su ce que je sais aujourd’hui, le rapport Goldstone aurait été différent ». C’est ainsi que commence le papier que Goldstone a fait paraître dans le Washington Post et qui soulève tant de commentaires. J’ai vraiment l’impression que l’éditeur a probablement modifié le texte et que la phrase originelle devait être quelque chose comme : « Si j’avais su que cela ferait de moi un Juif qui a la haine de soi (self-hating Jew dans le texte) aux yeux d’Israël ma bien aimée, et aux yeux de ma propre communauté juive d’Afrique du Sud, le rapport Goldstone n’aurait jamais existé. » Si ce n’est pas ce qu’il avait écrit initialement, c’est certainement ce qu’il faut lire entre les lignes.

Ce vil retournement de veste n’a pas eu lieu cette semaine. Il s’est produit après une année et demi de campagne incessante d’intimidation et de diffamation contre le juge, une campagne semblable à celles qui ont détruit des personnalités importantes comme le sénateur étasunien William Fulbright qui a été politiquement assassiné à cause de sa tentative courageuse de révéler les affaires illégales de l’AIPAC avec l’état d’Israël.

Déjà en octobre 2009, Goldstone avait dit sur CNN : « Je porte un grand amour à Israël » et « J’ai travaillé à la promotion de beaucoup de causes israéliennes et je continuerai à le faire » (Video : « Fareed Zakaria GPS, » 4 October 2009).

A l’époque où il avait fait cette déclaration d’amour à Israël, il ne pouvait pas avoir de nouveaux éléments comme il prétend maintenant en avoir et on peut se demander pourquoi son amour pour Israël n’avait pas été le moins du monde entamé par ce qu’il avait découvert en rédigeant son rapport initial avec les autres membres de l’ONU.

Mais le pire était à venir et il y a exactement un an, en avril 2010, la campagne contre lui a atteint de nouveaux sommets et plutôt de nouvelles abîmes. Elle était menée par le président de la Fédération sioniste d’Afrique du Sud Avrom Krengel qui a essayé d’empêcher Goldstone de participer à la bar mitzvah de son petit fils à Johannesburg parce que selon lui « Goldstone avait causé un dommage irréparable à tout le peuple juif. »

La Fédération sioniste sud africaine a menacé de mettre des gardes devant la synagogue pendant toute la cérémonie. Pire encore, Warren Goldstein, le grand Rabbin d’Afrique du sud, a condamné Goldstone pour « avoir causé du tort à l’état d’Israël. » En février dernier, Golstone a dit que « le Hamas avait commis des crimes de guerres mais pas Israël, « dans un interview qui n’a pas été diffusé selon une information du 3 avril du site Web de la chaîne 2 israélienne. Ce n’était pas assez : Israël voulait davantage.

Les lecteurs peuvent se demander « Quelle importance cela a-t-il ? » et « Pourquoi Goldstone n’a-t-il pas été capable de résister à la pression ? » Ce sont de bonnes questions mais hélas, la sionisation des communautés juives et l’identification erronée du fait d’être juif avec le sionisme constitue un obstacle si grand qu’il empêche les Juifs libéraux de dénoncer activement les crimes d’Israël.

De temps en temps, de nombreux Juifs libéraux donnent l’impression de se libérer de ce joug et d’écouter leur conscience plutôt que leur peur. Cependant les convictions universalistes de la plupart semblent être incapables de résister longtemps quand il s’agit d’Israël. Le risque d’être traité de « Juif qui a la haine de soi » avec tout ce qu’une telle accusation implique, est une perspective trop effrayante pour eux. Il faut être à leur place pour comprendre à quel point c’est terrifiant.

Il y a seulement quelques semaines, les services secrets israéliens ont annoncé la création d’une unité spéciale dont la mission est d’espionner les individus ou organismes soupçonnés de « délégitimer » Israël pour leur demander des comptes et peut-être même les traquer. Cette nouvelle a peut-être convaincu un certain nombre de ceux qui n’étaient pas vraiment déterminés que cela ne valait pas la peine de tenir tête à Israël.

On aurait dû se rendre compte que Golstone était l’un d’entre eux lorsqu’il a affirmé que, en dépit de son rapport, il demeurait sioniste. Ce qualificatif de « sioniste » a beaucoup plus de sens et de poids qu’on ne le croit habituellement. On ne peut pas se dire sioniste et s’opposer à l’état d’apartheid d’Israël. On peut rester sioniste par contre si on se contente de critiquer cet état pour une certaine politique criminelle en omettant de faire le lien entre l’idéologie et la politique. « Je suis un sioniste » est une déclaration d’adhésion à des manières de penser qui sont antinomiques avec le rapport Godstone de 2009. On peut soit être sioniste soit accuser Israël de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité -celui qui fait les deux ensemble, ne tiendra pas longtemps le coup.

Que ce mea culpa n’ait rien à voir avec de nouveaux éléments, est évident lorsqu’on examine les « preuves » que Goldstone a présentées pour justifier sa rétractation. Pour être honnête il faut dire qu’on n’avait pas besoin d’être un expert international pour savoir que Israël avait commis des crimes de guerre à Gaza en 2009. Les rapports d’organismes comme Breaking the Silence (briser le silence) et les représentants de l’ONU sur le terrain ont démontré ces faits avant et après le rapport de Golstone. Et ce n’était pas non plus la seule preuve.

Les photos et les images que nous avons vues sur nos écrans et celles que nous avons vues sur le terrain nous ont montré qu’il s’agissait d’une politique criminelle destinée à tuer, blesser et estropier à la manière d’un châtiment collectif. « Les Palestiniens vont s’attirer un Holocauste » avait promis Matan Vilnai, le secrétaire d’état à la défense d’Israël au peuple de Gaza le 29 février 2008.

La seule nouvelle pièce que Goldstone apporte au dossier est une enquête intérieure de l’armée israélienne qui explique qu’un des cas suspectés d’être un crime de guerre était dû en fait à une erreur de l’armée sur laquelle elle est en train d’enquêter. Cela doit être sa carte maîtresse : une affirmation de l’armée israélienne que l’assassinat de masse des Palestiniens était une « erreur. »

Depuis la création de l’état d’Israël, les dizaines de milliers de Palestiniens tués par Israël étaient des terroristes ou avaient été tués par « erreur ». Donc 29 des 1400 morts ont été tués suite à une regrettable erreur ? Seul un engagement idéologique peut inciter quelqu’un à demander une révision de ce rapport sur la base d’une enquête intérieure de l’armée israélienne concernant un seul cas alors qu’il y a eu des douzaines de massacres et de tueries illégaux. Ce n’est donc pas cette nouvelle preuve qui a conduit Goldstone à écrire cet article. C’est plutôt son désir de retrouver son confort au sein du sionisme qui l’a incité à écrire ce papier aussi bizarre que contestable.

La manière dont il accentue sa critique du Hamas dans cet article et diminue la critique d’Israël va dans le même sens. Et il croit que cela le fera échapper à la fureur vengeresse d’Israël. Il se trompe lourdement, très lourdement. Peu de temps après la parution de l’article, le ministre de la Défense d’Israël, Ehud Barak, le premier ministre Benjamin Netanyahu et bien sur le lauréat du prix Nobel de la Paix, Shimon Perez, exigeaient de Goldsone un autre service : aller de campus en campus et d’une conférence à une autre au service d’un nouvel Israël, noble et pieux. Il peut refuser ; mais alors il lui sera sans doute interdit d’aller à la bar mitzvah de son petit fils par mesure de rétorsion.

Goldstone et ses collègues ont rédigé un rapport très détaillé mais ils se sont montré très réservés sur les conclusions. Le tableau présenté par les organisations des droits de l’homme israéliennes et palestiniennes était bien plus horrible et leurs rapports n’étaient pas rédigé dans ce langage clinique et légaliste qui ne traduit généralement pas toute l’horreur des événements. L’opinion publique occidentale a compris avant Goldstone et mieux que lui toutes les implications de son rapport. La légitimité internationale d’Israël a subi un dommage sans précédent. Goldstone a été sincèrement ébranlé quand il s’en est rendu compte.

Ce n’est pas la première fois que tout cela se produit. A la fin des années 1980, l’historien israélien Benny Morris a écrit en vain un rapport similaire sur le nettoyage ethnique de la Palestine en 1948. Ce sont des universitaires palestiniens comme Edward Said, Nur Masalha et Walid Khalidi qui ont fait apparaître les conséquences que les archives qu’il avait exhumées avaient sur l’image et l’identité d’Israël.

Morris n’a pas non plus résisté à la pression et a demandé à être réintégré dans la tribu. Il est allé très loin dans le mea culpa et est devenu un raciste extrémiste anti-arabe et anti-musulman allant même jusqu’à suggérer de mettre les Arabes dans des cages et à militer pour un autre nettoyage ethnique. Goldstone en fera peut-être autant : en tous cas, c’est ce que les Israéliens veulent qu’il fasse.

Sur le plan professionnel, Morris et Goldstone ont concrétisé leur marche arrière en revendiquant que Israël soit jugé sur ses intentions et non sur les conséquences de ses actions, ainsi qu’on le constate dans l’article de Goldstone du Washington Post. C’est pourquoi selon eux, seule l’armée israélienne peut être considérée comme une source d’information fiable puisqu’elle seule connaît ses propres intentions. Peu de personnes honnêtes et intelligentes dans le monde considéreraient comme acceptables une analyse et une explication aussi bizarre.

Goldstone n’a pas encore adhéré au groupe le plus fou d’ultra-sionistes comme l’a fait Morris. Mais s’il ne se méfie pas, ce qui l’attend c’est sans doute, une vie d’agréables déplacements en compagnie de gens comme Morris, Alan Dershowitz (qui a déjà qualifié Goldstone de « Juif repentant ») des meetings annuels des rottweilers (race de chiens de berger NdT) de l’AIPAC aux conventions farfelues des chrétiens sionistes. Il se rendra vite compte qu’une fois qu’on a capitulé devant les sionistes, ils s’attendent à ce qu’on aille jusqu’au bout et qu’on revienne à l’endroit même qu’on croyait avoir réussi à dépasser.

Regagner l’affection des sionistes à court terme est bien moins important que de perdre le respect du monde entier sur le long terme. La Palestine devrait choisir ses amis avec grand soin : ils ne doivent pas être pusillanimes et ils ne peuvent pas se proclamer à la fois sionistes et défenseurs de la paix, des droits de l’homme et de la justice en Palestine.

Ilan Pappe est professeur d’histoire et directeur du European Centre for Palestine Studies à l’Université d’Exeter. Son dernier livre est : Out of the Frame : The Struggle for Academic Freedom in Israel (Pluto Press, 2010).

Pour consulter l’original : http://electronicintifada.net/v2/ar…

Traduction : D. Muselet ici

Le drame du juge Goldstone


par M. Saadoune

Objet d’une campagne intense de dénigrement et d’insultes depuis deux ans, le juge sud-africain Richard Goldstone a commis un article alambiqué où, sans se rétracter, il semble essayer d’atténuer les conclusions de son fameux rapport. Israël a immédiatement embrayé dessus en lançant une campagne internationale pour «exiger» l’annulation du rapport Goldstone. 

On peut parier que les amis occidentaux, ceux qui s’émeuvent tant des méfaits des «mauvaises dictatures» – les «bonnes» resteront des amies jusqu’à ce que des peuples « inconscients » les abattent -, vont être de la partie. On va sortir les mouchoirs pour pleurer ce pauvre Israël attaqué injustement par des antisémites. La preuve ? Richard Goldstone se rétracte.

Il faut bien lire le texte de Goldstone. C’est un texte remarquable, comme ces mots lâchés par les torturés, par bribes et sous l’effet de l’épuisement. Dans le cas de Goldstone, qui est de confession juive, cette torture a dû être particulièrement éprouvante. Car ce texte équivoque, qui n’est pas vraiment une rétractation, respire clairement la honte d’un homme libre qui se soumet et s’aligne. Il le sait le juge. Il vient d’Afrique du Sud où l’on ne se paye pas de mots pour savoir ce que sont la ségrégation et l’apartheid et où l’on ne ferme pas les yeux quand on les voit appliqués aux Palestiniens.

Mais le juge Goldstone aurait beau essayer d’introduire de la nuance dans son rapport, cela n’empêchera pas Israël de lui demander de s’humilier davantage devant le monde entier et d’humilier sa raison et son bon sens. L’homme sait parfaitement que son rapport est juste. Ce rapport était inacceptable pour Israël et ses soutiens occidentaux. Israël a le «droit de se défendre», répètent-ils, ce qu’il faut traduire simplement par «droit de massacrer».

Ce qui était insupportable dans le rapport Goldstone est qu’il a commis le crime de vérité sur Israël. Et le juge doit payer. Son article n’est pas suffisant pour Israël. L’Etat hébreu exige de lui des excuses.

Le drame du juge Goldstone est qu’il n’est pas un imbécile. Il sait qu’on lui demande de faire l’imbécile. La «légitime défense» n’avait aucun sens dans les raids sur Ghaza qui ont fait plus de 1.400 morts, dont une écrasante majorité de gens sans arme. Ce qu’on lui demande est de faire accroire que ces morts n’étaient que ces fameux «dommages collatéraux», ce terme horrible et barbare que la «civilisation» a inventé pour ne pas parler de carnages et de crimes de masse.

Ces crimes «civilisés» massifs ont été documentés par d’autres organisations des droits de l’homme. Amnesty International soulignait dans son rapport que «1.400 Palestiniens, dont quelque 300 enfants et des centaines d’autres civils non armés, avaient été tués. Des quartiers entiers de la bande de Gaza ont été rasés, des milliers de personnes se sont retrouvées sans logement, et l’économie, déjà dans une situation désastreuse, est complètement ruinée. La plupart des destructions étaient injustifiées et résultaient d’attaques visant directement des biens civils, ou encore d’attaques aveugles frappant indistinctement des objectifs militaires légitimes et des biens de caractère civil».

Ce sont là des faits sanglants établis qu’aucune rétractation ne peut gommer. Pour les Occidentaux, parions qu’ils suivront les demandes d’Israël, eux qui n’ont jamais vu le peuple arabe de Palestine se battre sans fin pour en finir avec le régime de l’apartheid et du racisme qui l’écrase.

Le pauvre Goldstone, qu’il se rétracte ou non, ne sera qu’une victime de plus de la guerre contre Ghaza qui se poursuit.

Eh bien, le « musulman »… il t’emmerde !


Les dernières déclarations de Nicolas Sarkozy, assimilant l’échec du multiculturalisme à l’échec de l’immigration et de l’islam en France, ont ravivé toutes les flammes de l’islamophobie. Je me rappelle ces sommations permanentes, ces agressions verbales, quotidiennes, « on n’est pas polygame, on ne pratique pas l’excision sur ses filles, on n’égorge pas les moutons dans son appartement et on respecte les règles de la République » prononcées pendant la présidentielle, lors d’une émission à grande écoute, pour marquer les musulmans au fer rouge.

Ils y étaient présentés comme insatiables sexuellement, barbares en puissance, allant jusqu’à assouvir par le sang leurs besoins de violence et, de surcroît, hermétiques à toute règle républicaine. Je me souviens de ce « on », condescendant, méprisant, à l’encontre d’une partie de la population française. Il y avait là plus qu’un bruit, plus qu’une odeur. Il y avait là toute la quintessence de l’islamophobie. Il y avait là de la haine ! Ce n’est pas Marine Le Pen qui instrumentalisa le faux grand débat sur l’identité nationale, mais Eric Besson, transfuge du PS. Un simulacre de débat, qui tourna très vite à la mise en accusation des musulmans. Je me souviens d’un certain Eric Zemmour, récemment condamné pour incitation à la discrimination raciale.

Mais à la course à l’incrimination calomnieuse, toutes les écuries politiques y ont contribué avec un certain paternalisme pour les uns et une vive répugnance pour les autres. L’islam devenait ainsi le réceptacle de tous les maux de la société française. Au malheur d’être arabe, d’être noir, d’être pauvre, d’être déclassé socialement, discriminé quotidiennement en France, s’ajoutait l’appartenance à l’islam.

L’instrumentalisation politique de l’islam ne venait pas exclusivement des groupuscules extrémistes tels que le Bloc identitaire, mais elle était orchestrée par notre classe politique « républicaine », d’André Gérin (PCF) à Nadine Morano et André Valentin (UMP), en passant par Jean-François Copé (nouveau patron du parti présidentiel), sans oublier Fadela Amara (ancienne secrétaire d’Etat), dite de gauche, et Claude Guéant (nouveau ministre en croisade de l’intérieur), voulant, au nom de l’islamophobie, se refaire une santé politique. Et ce n’est pas le sondage réalisé en décembre 2010 par l’IFOP, où 42 % des Français considèrent la présence de la communauté musulmane comme une menace et 68 % estiment que les musulmans ne sont pas bien intégrés dans la société, qui est des plus éloquents et des plus équivoques, qui nous démontrera le contraire.

Eloquent, car la question posée suscite bien des interrogations. Pourquoi ces populations dites musulmanes sont-elles toujours soumises à la question de l’intégration ? La raison est très simple : c’est qu’elle occulte la question de l’égalité des droits.

L’intégration est ce beau concept qui emprisonne à vie ceux qui le rencontrent sur leur chemin, qui scinde la nation en deux, les légitimes et les illégitimes au regard de la société, les intégrés et les non-intégrables. Alors, que dire de cette prétendue menace que ces populations font peser sur la nation ? Menace des plus sournoises pour les plus nostalgiques d’une France aux racines judéo-chrétiennes, et menace des plus dévastatrices pour les défenseurs d’une nation gauloise. Menace qui répond enfin à une angoisse collective, transformant le musulman en bouc émissaire, expiatoire du mal-être français.

Il est des sondages qui ne dévoilent pas les choses mais qui attisent la haine. Lorsque les questions sont mal posées, les réponses deviennent alors empoisonnées. Devant cette haine sans borne qui aura pour ultime conséquence le morcellement de la nation française, j’appelle toutes les âmes de bonne volonté à résister face à cette chasse ouverte contre l’islam et les musulmans, à pointer l’irresponsabilité de certaines politiques qui ont échoué, notamment dans nos banlieues françaises. Faut-il islamiser la question sociale pour se dédouaner politiquement ? Est-ce vraiment les musulmans qui ont tourné le dos à la République ?

Lorsque ces quartiers souffrent d’un chômage endémique, dépassant parfois les 45 %, lorsque la jeunesse de ces quartiers est totalement écartée de toute réussite sociale, lorsque les plus diplômés sont réduits à être maître-chien, caissière ou veilleur de nuit… De qui se moque-t-on ? Qui a tourné le dos à qui ? Et à qui profite le crime ?

Vous gagnerez probablement des voix, vous construirez certainement à bons frais vos carrières, mais vous détruirez la France et ses valeurs. Au nom de nos principes qui condamnent la haine, nous nous battrons par toutes les voies légales pour lutter contre le racisme d’Etat, l’islamophobie de certains partis politiques et les déclarations haineuses, et contre les débats stériles et perpétuels sur l’islam qui nourrissent l’extrême droite française.

Oui ! Je suis élu de la République, socialiste, marseillais, supporteur de l’OM, Français d’origine africaine, de filiation comorienne, de confession musulmane, et je ne renoncerai à rien pour vous plaire. Je ne céderai ni aux appels des racistes notoires ni aux déclarations nauséabondes de ceux qui n’ont plus rien de républicain. Je lutterai pour qu’enfin l’islam puisse reprendre toute sa place dans la République laïque, respectueuse de la liberté de conscience.

Je me battrai de toutes mes forces pour que les citoyens français de confession musulmane puissent bénéficier du respect et de la considération que la loi française garantit à tout citoyen. Je me battrai pour que la deuxième religion de France puisse bénéficier de lieux décents comme toute autre religion de l’Hexagone.

Nous devons dorénavant savoir que, sur la longue liste des discriminations, la suspicion d’appartenance à l’islam est devenue la nouvelle arme de destruction massive des prêcheurs de haine. Eh bien, à bon entendeur salut, car le « musulman » que je suis, il t’emmerde !

Nassurdine Haidari, adjoint au maire PS du 1er secteur de Marseille Article paru dans l’édition du 02.04.11

Massacre de Gaza : le juge Goldstone capitule, et déchire son propre rapport


Les dirigeants israéliens peuvent légitimement sabler le champagne, et trinquer sur la tombe des 1.400 martyrs palestiniens massacrés pendant l’attaque « Plomb durci » contre la population de la bande de Gaza en décembre 2008 – janvier 2009.

Le juge sud-africain à la retraite Richard Goldstone, qui avait dirigé la commission d’enquête sur les événements, à la demande du Conseil des Droits de l’Homme des Nations-Unies, concluant à des crimes de guerre, voire des crimes contre l’humanité de la part des forces israéliennes, a en effet fini par se rétracter.

D’origine juive, se déclarant lui-même sioniste, Goldstone se pensait peut-être à l’abri d’accusations de partialité, voire d’antisémitisme, de la part des dirigeants israéliens, lorsqu’il rendit son rapport sur « Plomb durci » en septembre 2009.

Il se trompait. Forts de leur impunité –puisqu’aussi bien, le rapport Goldstone n’a été suivi au niveau de l’ ONU et des puissances qui dirigent cette institution d’aucune mesure de rétorsion et encore moins de sanctions- les dirigeants israéliens et leurs alliés dans les « communautés juives » du monde ont lancé fatwa sur fatwa contre Goldstone, le bannissant de la tribu en tant que « Juif traître ».

La pression alla jusqu’à s’exercer, avec succès, à l’intérieur du cercle familial de Goldstone, lui interdisant par exemple d’assister à la bar mitzvah (cérémonie religieuse marquant le passage d’un garçon à l’âge adulte) de l’un de ses propres petits-fils.

Parallèlement, la propagande israélienne eut l’impudence d’accuser Goldstone d’avoir servi le régime d’apartheid en Afrique du Sud dans les années 1970 et 1980 : un mensonge éhonté, Goldstone ayant été l’un des très rares magistrats sud-africains à s’opposer publiquement au régime raciste. Et ce, à une époque où c’est au contraire l’Etat d’Israël qui était l’allié numéro un du pouvoir blanc !

Les menaces et calomnies de la propagande israélienne sont donc aujourd’hui récompensées.

Dans une tribune publiée samedi par le quotidien états-unien Washington Post, Goldstone se rétracte carrément, et suggère que le rapport portant son nom soit jeté aux orties.

(pour lire, en anglais, le contenu de la tribune de Goldstone, cliquer ici http://www.washingtonpost.com/opinions/reconsidering-the-goldstone-report-on-israel-and-war-crimes/2011/04/01/AFg111JC_story.html?hpid=z3)

Avec « Plomb Durci », Israël n’a fait finalement qu’exercer un droit inaliénable à la légitime défense, y écrit en substance le vieux juge à l’honneur perdu.

Certes, Goldstone ne peut faire totalement l’impasse sur les centaines de civils, hommes, femmes et enfants, massacrés au cours de ces trois semaines d’horreur. C’est regrettable, dit-il, mais Israël ne l’a pas fait exprès, et comme chacun sait, toute guerre a son lot de bavures techniques et dommages collatéraux inévitables. « La faute à pas de chance », quoi !

Au final, si des responsabilités doivent être pointées, il ne reste pour Goldstone que celles du Hamas, accusé pour ses tirs aveugles de roquettes artisanales vers le territoire israélien, dont les dommages sont pourtant dérisoires au regard des morts et des destructions semées par l’une des plus puissantes armées de la planète.

En phase avec l’agenda de la propagande israélienne, Goldstone, dans son exercice de « Juif repenti » (salué comme tel, depuis samedi, par des politiciens israéliens et commentateurs sionistes), pousse l’ignominie jusqu’à accuser le Hamas d’un autre crime, tout récent, pour lequel il n’a pourtant aucune compétence, ni personnelle, ni professionnelle : à savoir, l’assassinat de cinq membres d’une même famille, y compris un nourrisson de trois mois, dans la colonie juive d’Itamar en Cisjordanie.

La tuerie d’Itamar, au cours de laquelle le couple Fogel et trois de ses enfants ont été poignardés dans leur sommeil le mois dernier, n’a fait l’objet d’aucune revendication, et elle a été dénoncée comme un crime monstrueux par tous les partis palestiniens, y compris les entités militarisées de ces derniers (brigades Ezzedine al Qassam, Al Qods, martyrs d’Al Aqsa …).

Trois semaines après les faits, l’enquête policière, frappée de secret, n’a débouché sur aucune inculpation, malgré la terreur (bouclages, arrestations de masse) imposée aux populations palestiniennes survivant dans le voisinage de la colonie d’Itamar.

Des rumeurs sur l’interrogatoire d’un salarié thaïlandais de la famille Fogel (les travailleurs palestiniens étant interdits de séjour à Itamar, même comme bêtes de somme) continuent de circuler, sans être démenties ni confirmées côté israélien, où l’on évoque au contraire des recherches ADN sur des dizaines de Palestiniens raflés. Et faute d’avoir trouvé de vrais coupables, Israël est fort capable d’en inculper d’autres, de préférence des Palestiniens, bien entendu. Ce ne serait pas la première fois que la grande diplomatie israélienne se livre à ce genre d’exploits.

Quand on voit comment elle a réussi à faire plaider coupable Salah Hamouri, alors qu’il n’a commis aucun délit, et à infliger 7 ans de prison au jeune Franco-Palestinien pour lui apprendre à renoncer à toute idée de résistance, on ne se fait aucun souci sur les capacités du gouvernement israélien à se trouver des coupables… et même à fomenter des crimes pour contrer toute menace de paix.

Candidat à la rédemption, l’inspecteur Goldstone a pour sa part déjà trouvé le coupable.

CAPJPO-EuroPalestine

BDS Journée de la Terre Flasmob à Bruxelles


Le 30 mars correspond à la Journée de la Terre – date à laquelle en 1976 six Palestiniens vivant en Israël ont froidement été abattus par l’armée israélienne lors d’une manifestation contre la confiscation de terres arabes par Israël (un processus toujours à l’œuvre à l’heure d’aujourd’hui). Depuis, chaque année, cet événement est commémoré, non seulement en Israël et Palestine occupée, mais aussi à travers le monde. Cette journée symbolise la résistance du peuple palestinien à l’occupation continue de Gaza et de la Cisjordanie.
Depuis 2009, une journée mondiale d’actions BDS est venue se greffée à cette Journée de la Terre.

La campagne BDS – argumentée et mainte fois pensée – fut lancée suite à l’appel lancé par la société civile palestinienne à boycotter les produits israéliens, à retirer les investissements d’Israël et à sanctionner l’État d’Israël. Jusqu’à ce que ce même État se conforme au droit international.
Cet appel date de juillet 2005.
Depuis la campagne BDS n’a cessé de prendre de l’ampleur mais Israël ne respecte toujours pas le droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination et ne respecte pas les préceptes du droit international et autres résolutions onusiennes. Il faut donc enfoncer le clou et accentuer la campagne BDS en question.

Lors de la première Journée Mondiale d’Actions BDS de 2009, nombre d’ONG, de syndicats, d’organisations d’étudiants, de partis politiques et de groupes sociaux dans plus de 40 villes autour du monde s’emparèrent de l’appel lancé par la société palestinienne pour lancer une action mondiale BDS.

Aujourd’hui en Belgique, avec cette action sur un rythme de Dakbe, nous répondons à cet appel et prolongeons les diverses actions entreprises de par le monde en ce 30 mars 2011. Mais aussi au quotidien.

*Contact Presse*

Lara (0487 625 999 begin_of_the_skype_highlighting 0487 625 999 end_of_the_skype_highlighting)

L’APPEL AU DIALOGUE DE PAIX OCCULTE LA DESTRUCTION DE LA COMMUNAUTÉ PALESTINIENNE


Article paru dans le numéro de mars 2011 de La Revue nouvelle, Bruxelles. (www.revuenouvelle.be). Les références ont été complétées.

La communauté palestinienne connaît une situation désastreuse. Les autorités israéliennes, par de multiples stratagèmes, opèrent une destructuration systématique de la société palestinienne, dont la population, confinée derrière les checkpoints et autres barrières de sécurité, doit subir nombres de discriminations, intimidations et violences quotidiennes. Les pratiques illégales, exercées par l’Etat d’Israël, ne semblent pourtant pas être un obstacle au processus de paix aux yeux de la communauté internationale qui continue à promouvoir le dialogue et se rend ainsi complice de la destruction de la communauté palestinienne.

L’APPEL AU DIALOGUE DE PAIX OCCULTE LA DESTRUCTION DE LA COMMUNAUTÉ PALESTINIENNE

Jacques Bude*

Il y a des morts qui sommeillent dans des chambres que vous bâtirez. Des morts qui visitent leur passé dans les lieux que vous démolissez. Des morts qui passent sur les ponts que vous construirez.

Mahmoud Darwich, Discours de l’homme rouge.

À de rares exceptions près, les initiatives venant des États-Unis et de l’Union européenne en vue d’assurer la paix entre Israéliens et Palestiniens, considèrent que le dialogue est le seul moyen d’atteindre cet objectif. Ces appels ont pratiquement toujours pour prémisse que l’existence de l’État d’Israël est menacée et qu' »Israël a le droit de se défendre ».  Par contre, ils ne mentionnent pratiquement jamais que depuis plus d’un demi-siècle, la Communauté palestinienne est systématiquement sapée par l’État d’Israël et on ne trouve nulle part que « Les Palestiniens ont le droit de se défendre ».

Or, l’existence de l’État d’Israël n’est pas en danger et n’a sans doute jamais été sérieusement menacée[1] alors que l’existence même d’une communauté palestinienne en Israël-Palestine est non seulement menacée, mais sa désintégration sociale délibérée et systématique par l’État d’Israël – ce que le sociologue israélien Baruch Kimmerling appelle « politicide »[2] –  a probablement atteint un point de non retour du moins dans les territoires occupés en 1967. Seul un sursaut, malheureusement plus qu’improbable, de la communauté internationale pourrait peut-être encore la sauver.

Dans le cadre de sa création en 1948, l’État d’Israël s’est emparé de 78% de la Palestine mandataire. Quelque 530 villages, de nombreux quartiers urbains et des villes, ont été détruits ou vidés, totalement ou en majeure partie, de leurs habitants palestiniens.[3] Par le recours à la violence, les plus hautes autorités de la communauté juive de Palestine – d’abord de l’Agence juive et ensuite de l’État d’Israël – ont délibérément expulsé du territoire conquis 800.000 hommes, femmes et enfants sur les 950.000 Palestiniens qui y vivaient.[4] En outre, environ 40.000 de ceux qui n’ont pas été expulsés, ont été chassés de leur maison, village ou ville pour être regroupés dans des zones restreintes. Ces « déplacés de l’intérieur » ont été empêchés de rentrer chez eux, bien qu’ils soient devenus citoyens israéliens. »[5] Les 2/3 des maisons confisquées ont été détruites. Le reste a été attribué à des immigrants juifs.[6] À l’intérieur des frontières du nouvel État, la propriété de la communauté juive est passée d’environ 11% en 1947 à plus de 92% en 1949.[7] La politique du nouvel État d’Israël était de s’approprier, afin de l’attribuer à des Juifs, la plus grande partie possible du territoire – particulièrement les terres cultivables et les ports – en y laissant le moins possible de Palestiniens.

Depuis lors, seuls des Juifs – d’où qu’ils viennent et où qu’ils vivent – peuvent acquérir les biens confisqués lors de la création de l’État d’Israël, alors que les Palestiniens – où qu’ils soient nés et où qu’ils vivent – ne le peuvent pas. Même les Palestiniens de nationalité israélienne ne peuvent acheter ces biens alors que n’importe quel Juif du monde le peut.[8] A l’intérieur des frontières reconnues de l’État d’Israël, il est interdit aux Arabes israéliens de vivre sur les quelque 94% du pays réservés aux Juifs.[9] Le système politique israélien légalise, sur base communautaire, des dénis de justice tels que chasser des Arabes de chez eux afin d’y installer des Juifs.[10]

Les Arabes d’Israël sont des citoyens de seconde zone. Ils subissent de très graves discriminations, notamment mais pas uniquement en ce qui concerne les droits de propriété. Ils vivent dans des lieux où les infrastructures administratives et sociales sont sévèrement sous financées. Ils jouissent néanmoins de la liberté de déplacement et d’importants droits civils et politiques.

En 1967, l’armée israélienne occupe les 22% restant de la Palestine mandataire. En 2009, suite à plus de 40 ans de « faits accomplis » illégaux au regard du droit international, les Israéliens avaient confisqué à leur usage exclusif 70% de la Cisjordanie[11] dont une grande partie des terres cultivables: colonies entourées de terres agricoles et d’une zone de sécurité; réseaux de routes et de distribution d’électricité et d’eau réservés aux Israéliens; centaines de kilomètres de larges structures de confinement – notamment le Mur -; zones militaires; parcs industriels; …. Et la colonisation se poursuit, voire s’accélère.

Tout cela s’inscrit dans le projet de morceler le territoire en une douzaine de réserves non contiguës et, à l’extérieur de ces réserves, de confiner la population dans de petites enclaves, isolées les unes des autres par un maillage très dense de routes interdites aux Palestiniens et par plus de 700 obstacles à leurs déplacements: check-points, barrières et barrages permanents, grilles surveillées, tranchées, murs et monticules de terre, …[12] Les réserves et les petites enclaves sont systématiquement dépouillées de leurs moyens d’existence notamment de leurs terres. À cela s’ajoute et s’accélère une colonisation à l’intérieur des réserves et des enclaves, comme à Jérusalem-Est et à Hébron.

Depuis 1967, tout est systématiquement mis en œuvre pour rendre la vie des Palestiniens de moins en moins supportable: entraves à la circulation des personnes et des biens; infrastructures plus que négligées; économie asphyxiée[13]; vie communautaire paralysée – plus de 24.500 maisons (sa maison, c’est infiniment plus que des murs et un toit) démolies[14]. Entre la fin septembre 2000 (début de la deuxième Intifada) et la fin juillet 2010, 6.565 Palestiniens dont 1274 enfants, 369 femmes 32 membres du corps médical et 11 journalistes, ont été tués (1.482 d’entre eux ont été tués au cours d’affrontements armés avec les forces d’occupation, les autres 5.083 étaient des civils). Durant la même période, 30.628 Palestiniens ont été blessés (17.078 dans la Bande de Gaza et 13.550 en Cisjordanie).[15] Beaucoup d’entre eux ont été délibérément estropiés par des tireurs d’élite.[16]

La spoliation de terres, l’asphyxie de l’économie et la paralysie de la société, ininterrompues depuis 1967, ont porté leurs fruits.

500.000 Israéliens juifs se sont illégalement installés dans les territoires occupés.[17] 130.000 d’entre eux se répartissent dans 121 colonies et une centaine avant-postes qui se réservent 42% de la Cisjordanie.[18] Ces implantations fortifiées, systématiquement situées au sommet et à flanc des collines, sont des pièces maîtresses du dispositif de confinement de la population palestinienne dans des enclaves strictement contrôlées.

Par ailleurs en 1967, au cours de la Guerre des 6 jours, entre 400.000 et 450.000 Palestiniens, soit 1/3 des habitants de Cisjordanie et de Gaza, ont été expulsés, en quasi totalité vers la Jordanie.[19] Depuis lors, quelque 130.000 Palestiniens ont été déplacés à l’intérieur des territoires occupés[20] et des centaines de milliers d’autres ont été amenés à s’exiler.[21] En 2009, du fait du Mur qui se contorsionne au gré de la confiscation d’un maximum de terres et d’eau, 498.000 Palestiniens vivaient dans des zones coupées du reste de la Cisjordanie[22] et 263.200 d’entre eux, dans des zones – dites « coutures » et déclarées zones militaires fermées – enclavées entre le Mur et Israël. Tous risquent le déplacement forcé.[23] « Ils vont être coupés de leurs moyens d’existence et emprisonnés dans des enclaves isolées. N’ayant plus de quoi vivre, ils seront forcés de quitter ces enclaves et de chercher du travail dans les faubourgs des villes de Cisjordanie. Ainsi, les zones limitrophes d’Israël se trouveront-elles ‘nettoyées’ de leurs Palestiniens. »[24]

Cette politique de destruction de la société palestinienne et de confinement de la population dans des enclaves coupées de leurs moyens d’existence, atteint son paroxysme dans la minuscule bande de Gaza où sont enfermés 1.500.000 « terroristes » hommes, femmes et enfants.[25] Ce territoire est hermétiquement ceinturé, du côté mer, par la marine de guerre israélienne et, du côté terre, par une clôture infranchissable hérissée de lames de rasoir et longée, sur les terres palestiniennes, par une bande d’une largueur de 500 mètres à 2km qui comprend et rend inaccessibles 29% des terres cultivables[26] et où toute végétation et tout édifice sont rasés afin d’offrir une vue dégagée aux tireurs israéliens.

Cette population, soumise depuis des années à un blocus  draconien, a récemment subi, après en avoir subi bien d’autres, une agression militaire d’une brutalité exceptionnelle. Les infrastructures publiques ont été particulièrement visées: immeubles administratifs, hôpitaux, écoles, routes, réserves alimentaires et même les casernes de pompiers. Plus de 10.000 logements ont été complètement détruits ou lourdement endommagés.[27] Selon un rapport du Comité International de la Croix-Rouge, 1380 Palestiniens ont été tués et 5380, blessés.[28] Selon le droit international, ce blocus et cette agression militaire constituent des crimes contre l’humanité.[29]

Jeff Halper montre comment l’occupation désintègre la communauté palestinienne des territoires occupés et tend à la réduire à l’impuissance. En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, « rien n’empêche Israël de terroriser la population palestinienne. Que ce soit par sa propre armée ou par la milice auxiliaire, financée par les États-Unis et opérée par l’Autorité palestinienne afin de pacifier sa propre population. Que ce soit par les colons qui tirent sur les Palestiniens, les brutalisent et brûlent leurs récoltes sans crainte d’être poursuivis ou par des agents secrets, aidés par des milliers de Palestiniens forcés à devenir des collaborateurs souvent pour que leurs enfants puissent avoir accès à des soins médicaux ou avoir un toit sur leur tête. Que ce soit par des expulsions ou par la myriade de contraintes administratives d’un système, invisible mais kafkaïen, de contrôle total et d’intimidation. »[30] A Gaza, depuis le redéploiement en 2005 de l’infrastructure et des forces d’occupation en périphérie, le contrôle et l’intimidation s’exercent de l’extérieur par un blocus impitoyable et un harcèlement militaire avant, pendant et après l’opération Plomb durci.[31]

Que se passerait-il si les Palestiniens, notamment ceux de Gaza, avaient la possibilité de fuir?

Amira Hass caractérise on ne peut mieux à quoi la Communauté palestinienne des territoires occupés est désormais réduite: « Si les indigènes le désirent, ils peuvent continuer à vivre dans les réserves; s’ils ne le veulent pas, qu’ils s’en aillent ».[32]

Le nombre, l’expansion, la structure et les lieux d’implantation des colonies – notamment autour de Jérusalem-est et de Bethléem – ainsi que l’importance et la nature des infrastructures réservées aux colons et aux forces d’occupation, montrent à l’évidence que l’intention des autorités israéliennes n’est pas d’évacuer les territoires occupés en violation au droit international mais, tout comme lors de la création de l’État d’Israël, d’en accaparer la plus grande partie possible. Les autorités israéliennes cherchent manifestement à déstructurer la communauté palestinienne au point qu’un État palestinien indépendant soit impossible. Témoins, entre autres: la destruction des infrastructures nécessaires à un État, la déportation[33], l’emprisonnement et l’assassinat de personnalités dirigeantes; les milliers de prisonniers[34]; les entraves à l’accès à l’enseignement supérieur sur place et à l’étranger; la répression des étudiants; … .

Par un de ses aspects essentiels – accaparer le maximum de terres en y laissant le moins de Palestiniens possible -, la politique israélienne n’a pas changé depuis 1948. Elle s’est simplement adaptée: « Dans une région suivie avec autant d’attention qu’Israël-Palestine, écrit Tanya Reinhart, le nettoyage ethnique ne peut pas prendre la forme de massacres de masse ni de grands transferts de population. C’est un processus lent, quotidien, qui vise à briser la société et à conduire le plus de gens possible à disparaître ou à s’enfuir. »[35] D’autres composantes de cette politique, telles l’enfermement des Palestiniens dans des enclaves délibérément paupérisées et la désarticulation de leur communauté, sont beaucoup plus sévères dans les territoires occupés qu’en Israël.

Au début de la guerre de 1948, les Palestiniens étaient propriétaires d’environ 93% du territoire de la Palestine mandataire. Aujourd’hui, alors qu’ils constituent au moins 48% de la population qui vit sur ce territoire[36], ils ne sont propriétaires que d’environ 11%[37] et d’un pourcentage bien inférieur encore des terres cultivables. Au début de la guerre de 1948, la quasi totalité des Palestiniens vivaient sur le territoire de la Palestine mandataire. Fin 2008, on estimait à 10.600.000 le nombre de Palestiniens dans le monde. Au moins 7.100.000 d’entre eux – soit les 2/3 – étaient des personnes déplacées. 6.600.000 – soit 62% – s’étaient réfugiés à l’étranger et 427.000 étaient des déplacés de l’intérieur.[38] Aujourd’hui, dans leur propre pays, une grande majorité des Palestiniens vivent dans des enclaves surpeuplées, strictement contrôlées et largement dépouillées de leurs ressources. Il n’est donc nullement exagéré de parler d’une désintégration probablement irréversible de la communauté palestinienne en Israël-Palestine et cela d’autant moins que les confiscations et le harcèlement systématiques sont toujours en cours.

La succession de « conférences de paix » entre Israéliens et Palestiniens – Madrid (1991), Oslo I (1993-1994), Oslo II (1995), Wye River (1998), Charm El-Cheikh (1999), Camp David (2000), Taba (2001), Charm El-Cheikh (2005), Jérusalem (2006), Annapolis (2007) – n’a ni interrompu, ni même ralenti l’appropriation de terres et la destruction de la société palestinienne dans les territoires occupés en 1967. Ces « dialogues de paix » qui n’ont pas contribué à la paix, n’ont pas empêché, bien au contraire, l’État d’Israël d’imposer sa paix, de poursuivre en paix les confiscations, la colonisation et le nettoyage ethnique dans les territoires confisqués ni de digérer en paix le fruit de ses extorsions.

Intentionnellement ou non, ces « dialogues de paix » ont été des promesses creuses qui ont instillé un espoir anesthésiant aux Palestiniens, et un moyen d’amener les Israéliens à soutenir la colonisation, moyen dont la meilleure illustration est le mensonge de l' »offre généreuse » mis au point et utilisé de main de maître par E. Barak. Je paraphrase l’essentiel: « Nous avons pratiquement tout offert aux Palestiniens. Mais, quoi qu’on leur offre, ils veulent toujours davantage, en fait, rien de moins que nous jeter à la mer. L’absence d’un partenaire de paix malgré nos offres généreuses, nous oblige à établir une zone de sécurité efficace. »[39] L’effet de légitimation de l’occupation sur l’opinion israélienne et internationale de ce mensonge d’offres généreuses israéliennes qui en fait n’ont jamais existé et qui auraient été confrontées à un refus systématique de la part des Palestiniens, a été stupéfiant.[40] Force est de constater que lorsqu’il s’agit d’Israël la crédulité est incommensurable.

La Conférence de paix qui s’est récemment ouverte à Washington, entre l’État d’Israël dont E. Barak dirige la délégation, et l’Autorité palestinienne totalement dépendante des Etats-Unis, de l’Union européenne et de la bonne volonté douanière  d’Israël, ne devrait même plus s’inscrire dans la perspective d’une paix en échange de l’évacuation des territoires occupés en 1967, mais – à l’instar de la politique déjà officiellement prônée par Yitzhak Shamir en 1991[41] et qui, en fait, a été pratiquée par tous les gouvernements israéliens[42] – dans la perspective de la paix en échange de la paix, c’est à dire, de la capitulation. Je caricature à peine: « Laissez-nous confisquer vos terres en paix et vous aurez la paix. Soumettez-vous à notre domination – ce qui est pris ou sera pris, restera pris – et nous vous accorderons la paix dans ce que nous voudrons bien vous laisser: des réserves administrées et policées par une Autorité indigène à notre botte et où votre survie dépendra de la charité internationale ».

La comédie des « offres généreuses » ne sera sans doute plus nécessaire. Du fait de son manque d’autonomie et des privilèges qu’elle voudra préserver, l’Autorité palestinienne va probablement entériner la capitulation, « la paix contre la paix ». Dans ce cas, la colonisation de peuplement se poursuivra et Israël, à l’image des États-Unis, sera un État moderne avec ses réserves d’Indiens.

Hors du cadre d’institutions qui imposent le respect du droit international, s’en remettre au dialogue comme le moyen d’assurer la paix entre une brutale puissance occupante et la communauté désarticulée qui est à sa merci, c’est s’en remettre à la raison du plus fort, celle de la puissance occupante; c’est soutenir l’occupation, occulter et donc encourager les violations du droit international: les déplacements de population, les spoliations de terres et de maisons, les punitions collectives, les violences de l’armée et des milices des colonies de peuplement, la destruction des infrastructures éducatives, économiques, sanitaires, … ; c’est collaborer à la soumission de la communauté opprimée et être complice de sa destruction; c’est avaliser la violation des droits des membres de cette communauté: droits à se défendre, à résister à l’occupation, à la sécurité alimentaire, à l’assistance sanitaire, à l’éducation, à la propriété, à la libre circulation, …. S’en remettre à un tel dialogue de paix permet à l’État d’Israël de conserver sa légitimité tout en continuant à accaparer et à « nettoyer » le plus de terres palestiniennes possible.

Si ce n’était l’invocation culpabilisante de la destruction des communautés juives d’Europe, personne de bonne foi ne se préoccuperait de la sécurité d’une puissance occupante qui n’est nullement menacée. Il irait de soi de se préoccuper, non de la pacification d’une zone d’occupation militaire, mais du respect des droits des victimes d’une occupation illégale et meurtrière. L’Europe a de lourdes responsabilités dans ce conflit et donc des obligations particulières, avant tout celle de ne pas rester, une fois de plus, impassible face à la destruction d’une communauté ethnique.

Ceux qui, comme moi, ont été « formés » par la destruction des communautés juives d’Europe, doivent – sous peine de se renier et de trahir les victimes de cette destruction – dénoncer l’ignoble justification des crimes commis à l’encontre des Palestiniens et de leur communauté, par le massacre des Juifs d’Europe.[43] Par devoir de mémoire, c’est la solidarité avec la Communauté palestinienne en voie de destruction qui doit aller de soi et non – comme c’est malheureusement le cas pour de trop nombreux Juifs mais fort heureusement pas tous – une identification au militarisme de l’État d’Israël.

Aujourd’hui, beaucoup de Juifs caractérisent les Juifs d’avant la création de l’État d’Israël et ceux qui n’embrassent pas le sionisme, par une résignation à l’impuissance dans un monde antisémite voué à les détruire. C’est, selon eux, cette impuissance qui a permis la destruction des Juifs d’Europe. La condamnation morale de cette résignation fonde leur définition d’eux-mêmes – « ne plus se laisser égorger à genoux » – et se traduit par une sacralisation de la capacité à se défendre par les armes incarnée par l’État d’Israël. De là, bien que seule une infime minorité des juifs de la diaspora émigreront en Israël et moins encore y resteront[44], une identification exacerbée à cet État: aveuglement à tous ses méfaits et accusation d’antisémitisme à l’encontre de toute critique portant sur l’exercice de la puissance militaire israélienne, postulée synonyme de survie du Peuple juif. A leurs yeux et en toute sincérité, la mise en question de la légitimité des violences israéliennes exprime l’immémoriale haine meurtrière des Juifs, même si elle émane de Juifs qu’ils accusent dès lors d’avoir la « haine de soi ».

Cette définition de l’identité juive et du monde non juif ne se réfère plus à l’épaisseur humaine des diverses communautés juives du monde, si riches des sédiments de siècles de rencontres – bien sûr très loin d’avoir toujours été harmonieuses – avec tant de sociétés. Elle se fonde, pour l’essentiel, sur la capacité et le droit d’avoir recours à la violence armée – même préventivement, comme en 1948 et de nos jours – afin que « plus jamais çà ». Cette réduction au militarisme – « redressement »[45] de l’incapacité à avoir recours à la violence armée – est un triste témoignage de la profondeur de la dévastation que le nazisme a infligée aux communautés juives.

Il ne s’agit évidemment pas de mettre en question l’existence de l’État d’Israël, d’ailleurs reconnu dans ses frontières de 1967 par la communauté internationale, l’OLP[46] et, implicitement, le Hamas[47]. Cela s’apparenterait à une incitation au crime contre l’humanité. Il s’agit d’appeler la Communauté internationale à contraindre un État et ses autorités à respecter le droit international.[48]

Tant que l’État d’Israël ne respecte pas les droits de l’homme des Palestiniens, y compris ceux de nationalité israélienne; tant que cet État et ses autorités violent gravement le droit international, notamment par le crime contre l’humanité que constitue le blocus de la population de Gaza, toute personne qui adhère aux valeurs démocratiques, particulièrement, tout responsable politique doit: appeler les instances politiques nationales et internationales à remplir leurs obligations de respecter et de faire respecter le droit international, notamment d’exiger, sous peine de sanctions, la fin de l’occupation, des confiscations et du harcèlement des Palestiniens; appeler les instances judiciaires nationales et internationales à mettre fin à l’impunité des autorités israéliennes; appeler à l’établissement d’un État palestinien indépendant et viable et au dédommagement de la Communauté palestinienne. C’est seulement dans un tel cadre – qui plus que probablement ne verra jamais le jour – qu’un dialogue de paix ne servira plus à occulter la destruction de la Communauté palestinienne et à assurer l’impunité à l’État et aux responsables israéliens.

On le voit, je ne suis guère optimiste. Les réserves d’Indiens en Amérique du nord et d’Aborigènes en Australie rappellent combien une colonisation de peuplement peut être dévastatrice pour les communautés indigènes. Je crains fort qu’après des décennies de « faits accomplis » impunis, la désintégration de la Communauté palestinienne en Israël-Palestine soit désormais irréversible.

De toute façon, qu’il soit ou non trop tard, j’estime que toute personne qui refuse d’être complice de cette destruction, doit: soutenir ceux qui en Israël défendent les droits des Palestiniens; cesser toute collaboration avec les institutions israéliennes – publiques ou privées – qui ne s’opposent pas à l’occupation et à la colonisation; refuser de consommer des produits israéliens qu’ils proviennent ou non des territoires occupés en 1967.

Malgré tout, je ne peux m’empêcher d’espérer qu’une prise de conscience internationale, surtout israélienne, de la situation désespérée des Palestiniens rendra enfin possible – à l’instar de ce qui s’est passé pour l’Apartheid en Afrique du Sud – une paix équitable entre Palestiniens et Israéliens.


* Professeur émérite de psychologie sociale de l’Université libre de Bruxelles. Mère et père morts en déportation. « Enfant caché » sauvé par des gens merveilleux du pays de Liège.

[1] « Contrairement à la légende dépeignant un frêle État juif à peine né et déjà confronté aux redoutables armées d’un puissant monde arabe, les « nouveaux historiens » confirment la supériorité croissante des forces israéliennes (en effectifs, armement, entraînement, motivation…) à la seule exception de la courte période qui va du 15 mai au 11 juin 1948. » Dominique Vidal, « L’expulsion des Palestiniens revisitée », Manières de voir N°98, Le Monde diplomatique avril-mai 2008, p.13. Lorsqu’elles déclenchent la Guerre des 6 jours de juin 1967 qui a été gagnée en une matinée, les autorités israéliennes étaient parfaitement au courant de leur large supériorité militaire. L’enjeu de la Guerre du Kippour d’octobre 1973 était d’amener Israël à négocier l’évacuation du Sinaï et du Golan et nullement de menacer son existence. A cette occasion les troupes égyptiennes et syriennes ont effectivement réussi à percer les lignes israéliennes et il a fallu une semaine aux généraux israéliens pour redresser la situation. Ce qui a été d’autant plus facile que le Président A. Al Sadate avait arrêté l’offensive de ses troupes. On notera que ni la population ni les territoires palestiniens n’ont été impliqués dans ce conflit. Voir Alain Gresh et Dominique Vidal, Les 100 clés du Proche-Orient, Hachette, 2003, p.234-242.

[2] Il s’agit de la politique mise en œuvre par le Général A. Sharon, Premier Ministre, au début 2002 – opération Remparts – et qui est toujours en cours. « Stratégie politico-militaire, diplomatique et psychologique ayant pour but la dissolution du peuple palestinien comme entité économique, sociale et politique légitime et indépendante. Cela peut inclure – mais pas nécessairement – leur nettoyage ethnique progressif, partiel ou complet, du territoire connu sous le nom de terre d’Israël ou de Palestine historique. »  Baruch Kimmerling, Du « politicide » des Palestiniens, Le Monde diplomatique, juin 2004, p.16-17.

[3] Badil, Survey of Palestinian Refugees and Internally Displaced Persons, 2008-2009, P.11. Le cas de Lydda (aujourd’hui, Lod où se trouve l’Aéroport international Ben Gourion), à l’époque ville de quelque 20.000 habitants située à l’intérieur de l’État attribué aux Arabes par l’ONU en 1947, est exemplaire à plus d’un titre. La ville qui ne disposait que de quelques vieux fusils, était pratiquement sans défense. Après avoir subi un bombardement, elle est attaquée, le 13 juillet 1948, par des forces de l’armée régulière commandées par le Colonel Yitzhak Rabin, futur Général, Chef d’état-major, Ministre de la Défense, Premier Ministre et Prix Nobel de la Paix. La résistance ne dure que quelques heures. Le jour même, 456 personnes – hommes, femmes et enfants –  sont massacrées dont 176 à l’intérieur d’une mosquée. Le lendemain, quelque 50.000 Palestiniens terrorisés dont plus de la moitié étaient des réfugiés qui avaient fui les villages environnants, sont expulsés sur ordre direct de Ben Gourion. Seules quelques centaines de personnes ont été autorisées à rester. Ilan Pappe, Le nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, 2008, p.218-222.

[4] Badil, Survey …, p.10.

[5] Palestine Monitor 2009 Factbook, p.23.

[6] Badil, Survey …, p.11.

[7] Badil, Survey …, p.3.

[8] « La Loi sur les Biens des Absents (également connue comme la Loi sur les Propriétés abandonnées) a été promulguée en 1950. …. La Loi stipule que les biens d’un Absent seront transférés sous la juridiction de l’Administrateur des Biens des Absents, sans possibilité de faire appel ou de compensation. » Meron Rappaport, « Les maîtres de la terre », Haaretz Magazine, 20 janvier 2005. Cette loi s’applique également aux « déplacés de l’intérieur » qui ont été dépouillés de leurs biens. Ce sont les fameux citoyens arabes israéliens « absents présents ». Par la Loi fondamentale 1960: Terres d’Israël (1960 Basic Law: Israel Lands), toutes ces terres deviennent propriété inaliénable du Peuple juif et ne peuvent être vendues qu’à des Juifs et donc pas aux Palestiniens. Badil, Survey … p.15.

[9] Voir Jeff Halper, « Ramadan kareem from the Netanyahu and Obama administrations », 17 août 2010 (www.icahduk.org).

[10] Un exemple récent parmi beaucoup d’autres: « Le soir du 29 juillet 2010, à leur retour d’une cérémonie de mariage, neuf familles, habitant le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, se sont retrouvées expulsées de leurs maisons par des colons et empêchées d’y rentrer par la police. Les Palestiniens n’ont évidemment aucun recours légal contre la confiscation, en 1948 et après, de leurs propriétés, villages entiers, villes et quartiers urbains, fermes, usines ou immeubles commerciaux ». Jeff Halper, « Ramadan … .

[11] Badil, Survey …, p.27.

[12] Palestine Monitor factsheet, Checkpoints.  (www.palestinemonitor.org)

[13] 4ème Conv. Art. 55: « …, la Puissance occupante a le devoir d’assurer l’approvisionnement de la population en vivres et en produits médicaux. »

[14] Selon les estimations de l’ICAHD (Israeli Commitee Against House Demolitions) – mise à jour du 28 juillet 2010 -, au moins 24.813 maisons ont été détruites depuis 1967 en Cisjordanie, à Jérusalem Est et à Gaza. « Statistiques des Démolitions de Maisons (1967-2010) ». (www.icahd.org). 4ème Conv. Art. 53: « Il est interdit à la Puissance occupante de détruire des biens mobiliers ou immobiliers, appartenant individuellement ou collectivement à des personnes privées, à l’État ou à des collectivités publiques, à des organisations sociales ou coopératives, sauf dans les cas où ces destructions seraient rendues absolument nécessaires par les opérations militaires. »

[15] Selon les statistiques (octobre 2010) du PCHR (Palestinan Center for Human Rights) (www.pchrgaza.org)

[16] Environ 1 an avant le déclenchement de la 2ème Intifada à la fin septembre 2000, à l’initiative et sous le contrôle direct du Premier Ministre et Ministre de la Défense de l’époque E. Barak, « l’armée a formé 4 bataillons spécialement destinés à faire face à l’agitation en Cisjordanie. … . Dans ces unités spéciales, on apprend à viser et à tirer de façon calculée: mutiler, mais sans trop augmenter le chiffre des morts (dont, d’après l’armée, les Palestiniens ont besoin pour gagner l’appui international). (De là,) les balles qui frappent si souvent et de façon si précise aux yeux, à la tête ou aux genoux ». Tanya Reinhart, Détruire la Palestine ou comment terminer la guerre de 1948, La Fabrique, 2002, p.85-88.

[17] 4ème Conv. Art. 49.6: « La Puissance occupante ne pourra procéder … au transfert d’une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle. »

[18] By Hook and by Crook: Israel’s Settlement Policy in the West Bank, Rapport B’tselem (The Israeli Information Center for Human Rihgts in the Occupied Territories), Juillet 2010. http://www.btselem.org

[19] Badil, Survey …, p.17. 4ème Conv. Art. 49.1: « Les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire … de tout autre État, occupé ou non, sont interdits, quel qu’en soit le motif. »

[20] Badil, Survey …, p.57.

[21] Le taux annuel d’émigration atteint les 2%. Badil, Survey …, p.39.

[22] Il s’agit des habitants de localités enclavées dans des zones confisquées, notamment dans la Vallée du Jourdain.

[23] Badil, Survey …, p.24.

[24] Tanya Reinhart, L’héritage de Sharon, La Fabrique, 2006, P.190.

[25] A l’instar de tant d’autres puissances occupantes, l’État d’Israël déshumanise ceux qu’il opprime en les qualifiant de « terroristes ».

[26] Farming without Land, Fishing without Water: Gaza agriculture struggle for survival, Rapport de l’ONU (OCHAopt), Mai 2010 (www.ochaopt.org)

[27] ICAHD, « Statistiques des démolitions de maisons à Gaza pendant l’opération Cast Lead », (www.icahd.org).

[28] Voir Gaza Strip, Initial health needs assessment. Rapport de l’ONU (OCHAopt) du 16 février 2009. L’évaluation de Badil, plus récente, fait état de 1.414 morts dont 313 enfants et 116 femmes. Badil, Survey …, p.19. Du côté Israéliens, 3 civils et 10 militaires dont 4 par « feu ami », ont été tués. (www.btselem.org/english/gaza_strip)

[29] Richard Falk, Professeur émérite de droit international à l’Université de Princeton et Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, considère que l’attaque militaire « non défensive » de décembre 2008 visant à « punir » Gaza ainsi que le blocus imposé à ce territoire, constituent des crimes contre l’humanité. Richard Falk, « Nécessaire inculpation des responsables de l’agression contre Gaza », Le Monde diplomatique, mars 2009.

[30] Jeff Halper, « Ramadan … .

[31] Entre le 20 janvier 2009 (fin de Plomb durci) et le 30 septembre 2010, soit quelque 600 jours, il y a eu 420 attaques israéliennes dans la zone tampon qui encercle la Bande de Gaza. Outre les destructions du peu qui reste à détruire, ces attaques ont fait 84 morts et 183 blessés. Voir PCHR Fact Sheet (buffer zone) de décembre 2009 et d’octobre 2010. (www.pchrgaza.org). Et les attaques israéliennes ne se limitent pas à la zone tampon.

[32] Amira Hass, « Like a plane without a pilot », Haaretz du 04.05.2010.

[33] Depuis 1968, quelque 2000 Palestiniens ont été déportés parmi lesquels des résistants, des activistes politiques, des directeurs d’école et des inspecteurs de l’enseignement qui protestaient contre la censure des manuels scolaires, des enseignants et des étudiants qui avaient organisé un boycott, des avocats qui avaient organisé une grève. Badil, Survey …, p.20

[34] Fin juillet 2009, il y avait 743O détenus palestiniens – y compris 333 mineurs – dans les prisons israéliennes. On comptait, en outre, 387 détentions administratives sans jugement. On estime qu’au moins 40% des hommes sont passés par les prisons israéliennes. Badil, Survey …, p.20. C’est dire que très peu de familles palestiniennes n’ont pas été touchées par l’arrestation d’un de leur membre.

[35] Tanya Reinhart, Détruire … , p.88.

[36] Selon le Bureau central israélien de statistiques, il y a aujourd’hui 5.770.9OO Juifs et 1.559.100 Arabes en Israël. Selon le Recensement de la population 2007 de l’UNRWA, il y avait 3.767.126 Palestiniens dans les territoires occupés. Ce qui donne 52% de Juifs et 48% d’Arabes sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire. Le pourcentage de Juifs est probablement surestimé et celui des Arabes, sous-estimé. Apparemment, les statistiques israéliennes prennent en compte tous les Juifs de nationalité israélienne, y compris de double nationalité. Or, un grand nombre d’entre eux – sans doute des centaines de milliers – ne résident pas en Israël. D’autre part, étant donné que le recensement de l’UNRWA date de 2007, la croissance des 3 dernières années – environ 3% par an – de la population palestinienne des territoires occupés, n’est pas prise en compte.

[37] En 1947, les membres de la Communauté juive étaient propriétaires d’environ 7% du territoire de la Palestine mandataire. Entre 1947 et 2009, les autorités israéliennes ont confisqué 82% de ce territoire. Ainsi, sur 89% du territoire de la Palestine mandataire seuls des Juifs peuvent devenir propriétaires. Badil, Survey …, p.3.

[38] Badil, Survey …, p.56.

[39] Pour l’analyse de la mise au point et de l’utilisation de cette technique de persuasion, voir Tanya Reinhart, Détruire … p. 59-64.

[40] « Depuis 1993, les sondages avaient constamment montré une majorité autour de 60% en faveur de ‘la terre pour la paix’. Après Camp David et les ‘négociations’ qui ont suivi, le soutien aux concessions pour la paix est tombé dans les sondages à 30%. » Tanya Reinhart, Détruire … p. 63-64.

[41] Devenu Premier Ministre, Yitzhak Shamir – ancien chef du Lehi, groupe terroriste, responsable de massacres destinés à faire fuir les Palestiniens, entre autres celui de Deir Yassine en avril 1948 – déclare dans son discours d’ouverture de la Conférence de Paix de Madrid (1991): « La nature du conflit n’est pas territoriale. … Nous prions pour que cette rencontre marque la fin de l’hostilité, de la violence, de la terreur et de la guerre; qu’elle apporte le dialogue, la réconciliation, la coexistence et – par-dessus tout – la paix. ». Voir Le Monde diplomatique, Cahier spécial sur le Proche-Orient, janvier 2006.

[42] On pourrait éventuellement accorder le bénéfice du doute à I. Rabin. Mais entre la signature des Accords d’Oslo en Septembre 1993 et son assassinat en février 1995, le nombre de colons a fortement augmenté et les infrastructures de l’occupation se sont considérablement développées. Après le massacre de 29 Palestiniens dans une mosquée de Hebron en février 1994, il a refusé, contre l’avis de ses ministres, de s’en prendre aux colons. Enfin, son passé – « Cassez-leur les os » en 1987 entre autres – incite à la méfiance. Voir, Dominique Vidal, I. Rabin. « Faucon », puis « colombe », Manières … , p.50.

[43] « La nazification de l’ennemi, quel qu’il soit, et la transformation de chaque menace sécuritaire en danger d’extermination totale ont donc caractérisé, des années 1940 à nos jours, les discours des élites politiques, comme le jargon de la presse ou la conversation des gens dits ‘ordinaires’. » Idith Zertal, « Au nom de la Shoah », Le Monde diplomatique, Manières …, p.22.

[44] Le nombre de Juifs vivant à l’extérieur d’Israël est estimé à un peu moins de 8.000.000. Voir Courrier international, 17 juin 2010, p.10. Selon le Bureau central de statistique israélien, il y a eu 14.572 nouveaux immigrants en 2009, soit un taux annuel d’émigration vers Israël (Alia) de moins de 0,02%. Et tous n’y resteront pas.

[45] Au sens de G. Canguilhem.

[46] Implicitement en 1988, lorsque le Conseil national palestinien reconnaît les résolutions de l’ONU et explicitement, en 1996, lorsqu’il élimine de sa Charte tous les articles contestant le droit à l’existence de l’État d’Israël.

[47] En 2006, le Hamas signe le document d' »Entente nationale » qui reconnaît implicitement Israël dans ses frontières de 1967.

[48] Pour une revue rigoureuse des violations du droit international commises par l’État d’Israël et les autorités israéliennes, ainsi que des manquements de l’Union Européenne et de ses États membres à leur obligation de réagir à ces violations, voir Conclusions de la première session internationale du Tribunal Russel sur la Palestine, Barcelone, 1-3 mars 2010. http://www.russelltribunalonpalestine.com

Syrie : Strabisme politique


jeudi 31 mars 2011 – 09h:10K. Selim – Le Quotidien d’Oran


Bachar Al-Assad a brillamment raté son oral. Pour de nombreux Syriens qui ne doutent pas que leur pays est une cible de choix pour les Occidentaux et Israël, le président n’a pas saisi la gravité de la situation.
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Évoquer un complot politique – même si l’hypothèse n’a rien de farfelu – alors que les Syriens sont demandeurs de citoyenneté, était la maladresse à ne pas faire. Le jeune président syrien n’a pas su l’éviter. Pas plus qu’il n’a instruit des députés flagorneurs d’éviter les scènes ridicules, et d’un autre âge, de déclamation d’allégeance et d’amour éternel à sa personne.

L’intervention du président syrien devant le Parlement hier n’était pas à la hauteur. Bachar Al-Assad a, bien entendu, pris les devants en indiquant que ses annonces vont être qualifiées d’insuffisantes. Et de fait, elles étaient bien insuffisantes. Et même en allant dans la logique de ceux qui envisagent le pire, c’est-à-dire une entreprise contre l’unité du pays, la qualité de la réponse apportée n’est pas à la hauteur. Face à la menace externe, le verrouillage politique, synonyme d’exclusion, est la plus mauvaise des réponses.

Hier, dans le journal Essafir, la militante Nahla Chahal posait ouvertement la question : le régime syrien qui dispose, contrairement par exemple au régime de Moubarak, de l’atout de ses positions politiques justes à l’égard d’Israël et des États-Unis, saura-t-il les investir en démocratisant le pays ? Ou bien dilapidera-t-il cet atout dans la préservation d’un système autoritaire et corrompu qui n’a pas d’avenir ?

Le discours de Bachar Al-Assad n’est malheureusement pas un indicateur que l’atout va être utilisé dans la logique d’un changement vertueux. Si le moment est « exceptionnel », pour reprendre le président syrien, sa réponse ne l’a pas été. C’est un discours lénifiant où l’on affirme l’importance de la réforme mais où aucune réforme n’est annoncée. Parler de « conspiration » est totalement déplacé. Comme si les Syriens ne pouvaient pas partager les aspirations à la liberté et à la citoyenneté qui s’expriment dans un monde arabe en état de saturation autoritaire !

Certains pensaient que la jeunesse de Bachar Al-Assad lui permettrait de saisir, contrairement aux gérontes au pouvoir dans d’autres pays, que l’immobilisme est une menace lourde. Le discours d’hier, en dépit de la décontraction de son auteur, était celui d’un vieux conservateur.

Bien entendu, il concède que tous ceux qui ont manifesté n’étaient pas des séditieux, mais l’accusation de sédition est clairement énoncée. Il lui a manqué la lucidité qui aurait commandé une main tendue aux Syriens qui ne supportent plus l’étouffement politico-policier au nom de la sécurité nationale menacée. Il a manqué le constat que cette absence de liberté et l’exclusion qui en est le corollaire sont de très graves menaces à la sécurité nationale.

Au lieu de la remise en cause d’un système qui peut se faire en bon ordre, le président syrien a donné, sous des dehors débonnaires, l’image d’un homme qui se braque. Cet ophtalmologiste de métier semble, hélas, souffrir de strabisme (politique) permanent. Le régime voit double. Et comme pour les malades de strabisme, le cerveau choisit de ne pas voir l’image donnée par l’un des yeux. Ce qui, lit-on dans Wikipédia, entraîne une « perte de la vision binoculaire et du sens du relief ». Et, bien entendu, quand le traitement n’est pas rapide, la perte de vision devient définitive.

Oui, il faut vraiment s’inquiéter désormais pour la Syrie, dès lors que le pouvoir montre un si grand manque de discernement.

Du même auteur :

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