Lettre du RP Henri Boulad aux musulmans suite aux attentats de Paris


Pour ceux qui ne le savent pas, le RP Henri BOULAD , SJ , réside en Egypte. Il voyage beaucoup. Il a donné de nombreuses conférences et maintes entrevues sur plusieurs radios et TV

Lettre sereine aux musulmans ouverts, modérés et libéraux

J’imagine votre embarras et votre confusion face à cette horreur, que vous condamnez sans doute du plus profond de vous-mêmes. Vous sentez bien cependant que c’est l’islam lui-même qui est incriminé, car c’est bien aux cris d’ « Allahou akbar » que s’est perpétuée cette tragique agression.

N’essayez surtout pas d’exonérer l’islam de ce qui s’est passé. Ne continuez pas à répéter ce refrain bien connu, suite à toutes les horreurs commises par les islamistes dans le monde : « Tout ça n’a rien à voir avec l’islam ». Ne criez surtout pas à l’« amalgame », manière élégante de dédouaner l’islam des violences récurrentes perpétrées en son nom.

C’est incongru d’affirmer que tout ce qui se passe comme atrocités au nom de l’islam n’a rien à voir avec l’islam. Un certain occident « libéral » et une certaine Eglise catholique, tous deux partisans de l’ouverture et du dialogue, ne cessent de ressasser de tels slogans, sans chercher à aborder les vrais problèmes, dans un dialogue franc et ouvert.

L’« heure de vérité » a sonné, et il est grand temps de reconnaître que l’islam a un problème. Un problème qu’il doit avoir le courage de regarder en face et de tenter de résoudre en toute objectivité et lucidité. Ce n’est pas en enfouissant sa tête dans le sable qu’on peut espérer trouvera une solution.

Je ne doute nullement de la sincérité et la bonne volonté des musulmans ouverts et modérés. Mais là n’est pas la question. On peut être pleinement sincère tout en étant dans l’erreur.
Il est trop facile pour les musulmans d’incriminer l’occident « corrompu » et « impérialiste » comme étant la source de tous leurs maux. Il est trop facile d’accuser ceux qui instrumentalisent l’islam pour leurs propres intérêts. C’est dans l’islam même que gît le problème. Les musulmans ont toujours eu tendance à chercher des boucs émissaires partout, sauf en eux-mêmes. Il est grand temps qu’ils se posent certaines questions cruciales et se rendent compte que « le ver est dans le fruit. » S’ils condamnent et rejettent ce radicalisme barbare qui les embarrasse, qu’ils fassent un petit effort pour en chercher la cause.
Ils découvriront alors que la cause se trouve dans les textes fondateurs de leur religion – Coran, Sunna, Hadiths – qui regorgent d’appels à l’intolérance, au meurtre et à la violence. Ces textes sont encore enseignés aujourd’hui à l’Azhar, la plus haute instance de l’islam sunnite, chargé de la formation des prédicateurs et ulémas à travers le monde. Cette doctrine atteint le petit peuple à travers les prêches du vendredi – souvent incendiaires – et rejoint les élèves via les manuels scolaires.

Vers le dixième siècle, l’islam a eu le choix entre la voie mystique, modérée et ouverte, celle de La Mecque, et la voie violente, radicale et conquérante, celle de Médine. Il a malheureusement opté pour la seconde, en privilégiant les versets médinois aux mekkois, dans la fameuse doctrine de « l’abrogeant et de l’abrogé » (An nâsékh wal mansoukh).
Pour éviter alors que quiconque ne revienne sur cette décision, les ulémas de l’époque ont décrété que « la porte de l’ijtihad » était désormais close. Ce qui signifie que tout effort de réflexion critique susceptible de remettre en question une telle décision était pour toujours interdit.

Les nombreuses tentatives de réforme de l’islam, tout au long de son histoire, se sont heurtées à ce décret considéré comme immuable et irréversible. Le grand cheikh soudanais, Mahmoud Taha, pour avoir proposé d’inverser la doctrine de l’abrogeant et de l’abrogé, en privilégiant les versets mekkois aux médinois, a été pendu sur la grande place de Khartoum, le 18 janvier 1985.
L’islam est dans la souricière, une souricière dans laquelle il s’est lui-même mis. Une souricière dont il ne parvient pas à sortir. Tel est le drame qui met les musulmans dans une angoissante situation.

« Les nouveaux penseurs de l’islam » – comme on les appelle aujourd’hui – rêvent d’une réforme et d’un islam compatible avec la modernité. Les émouvantes tentatives d’un homme aussi brillant que Abdennour Bidar n’en sont qu’un exemple. Malheureusement, la pensée de ces hommes courageux ne fait pas le poids face à l’islam rigoureux et borné qui domine depuis quatorze siècles.
J’imagine à quel point cela doit être douloureux pour ces penseurs, qui aimeraient tant trouver une issue à l’impasse dans laquelle ils se trouvent.

L’Eglise est passée par la même crise. Mais elle est parvenue à la dépasser grâce au Concile Vatican II. Il est grand temps que l’islam en fasse autant et procède au même aggiornamento. Vœu pieux ? utopie, wishful thinking ?… L’islam peut-il se réformer sans se dénaturer ?

Je ne le pense pas. Mais c’est aux musulmans eux-mêmes de répondre.


Henri Boulad, sj
Le Caire, 14 novembre 2015

Arrangement pour Piano de la prière de G BRASSENS,à la mémoire du peintre palestinien MUSTAFA AL HALLAJ


[youtube https://youtu.be/Q1gWSqxtjOM?]

Né à Salama, près de Jaffa en 1938, chassé de Palestine en 1978, il apprit la sculpture à Louksor de 1957 à 1968. Il vivait à Damas où il la mort l’a frappé le 18 décembre 2002. Sculpteur, peintre, graveur, affichiste, poète, essayiste, Mustafa Al-Hallaj est un des pionniers de l’art palestinien contemporain. Homme d’une ouverture d’esprit remarquable et d’une immense générosité, Mustafa reste vivant dans notre cœur.

En souvenir de lui, voici : * Deux poèmes ci-dessous qu’il me livra l’été 1990. Ces poèmes dont il put lire la traduction que j’en fis, furent publiés dans Tempêtes de plûmes, Vitrysur-Seine, n° 2, 1994. * Un portrait de lui que j’écrivis en juin/juillet 1990 intitulé : « Mustafa Al-Hallâj, l’homme aux racines dans les nuages » Ce texte parut dans le même numéro de cette revue et plus tard dans la revue Les Cahiers de l’Orient, 1997. La vie est plus forte que la mort, gravure de Mustaphâ Al-Hallaj

voir ici 

 

Léopold II, exclu à jamais de toute commémoration ?


 VALENTINE VAN VYVE Publié le mercredi 16 décembre 2015 à 17h59 – Mis à jour le jeudi 17 décembre 2015 à 18h46

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OPINIONS2015 marquant le 150e anniversaire de son intronisation, un hommage à Léopold II devait être organisé, ce jeudi à Bruxelles. Il a été annulé. La personnalité du Roi demeure très controversée. Tout hommage est-il toujours inimaginable ?

Oui pour Antoine Moens De Hase

Responsable de Intal-Congo.

Il est insultant, pour toutes les victimes de la colonisation, de rendre hommage à une personne qui s’est enrichie sur le dos d’un peuple, qui a mis en place, à l’échelle d’un pays, un camp de travail à ciel ouvert. La responsabilité de Léopold II et de la Belgique dans ces atrocités est passée sous silence, couverte par les soi-disant bienfaits d’un roi bâtisseur. Et si on parlait des choses qui fâchent ?

Pourquoi vous opposez-vous à tout hommage rendu à Léopold II ?

Nous nous insurgeons contre ces événements initialement prévus par la Ville de Bruxelles : tant l’hommage, annulé, devant la statue de Léopold II, que la conférence sur son influence urbanistique. Léopold II ne mérite pas cet hommage. C’est une personnalité qui s’est enrichie sur la colonisation, dont le bilan humain est effroyable : il est de l’ordre de plusieurs millions de morts, les estimations variant entre 5 et 10 millions dans l’Etat indépendant du Congo (EIC), qui était sa propriété depuis 1885. Le deuxième roi des Belges a mis en place un système d’exploitation du Congo tout à fait criminel dont il a tiré des bénéfices personnels. Cette commémoration nous montre à quel point la Belgique s’aveugle sur son passé colonial. Elle passe sous silence les souffrances indicibles qui ont accompagné l’affirmation de sa domination sur le Congo.

L’hommage n’est-il pas une manière de restaurer la vérité historique et de parler, justement, de ce qui fait mal ?

Ce n’était pas du tout le but de l’hommage tel qu’il était présenté. L’hommage ne présente le roi Léopold II que comme un « roi bâtisseur ». On ne peut pas parler des bâtiments construits sous l’égide de Léopold II sans mentionner l’origine des fonds qui ont permis qu’ils voient le jour. Dans le projet de la Ville de Bruxelles, aucun mot sur le financement des bâtiments. C’est choquant ! La Ville de Bruxelles a décidé d’annuler cet hommage et de ne parler, finalement, de rien. Mais ce n’est pas cela que l’on veut, que du contraire : parlons des souffrances et des morts que la colonisation a causés. Mais la Belgique est en retard et très frileuse sur la question de la colonisation, en témoigne la reconnaissance tardive de sa responsabilité dans l’assassinat de Patrice Lumumba. Elle doit se remettre en question, regarder en face ce dont Léopold II a été l’instigateur, accepter que la colonisation est plus le synonyme de barbarie, de tyrannie que de civilisation.

On parle également d’hommage : ce n’est donc pas une approche critique mais une reconnaissance du travail. En tant qu’être humain, je ne peux pas rendre hommage à une telle personnalité, une personne qui a mis en place un camp de travail à ciel ouvert à l’échelle d’un pays. Commémorer un tel personnage est pour le moins déplacé et constitue une insulte à toutes les victimes de la colonisation, une apologie d’un crime de masse, commis contre des êtres humains.

La Ville de Bruxelles a finalement annulé l’hommage devant la statue, pour ne conserver que la conférence. Vous en réjouissez-vous ?

Partiellement car, ce faisant, elle montre justement qu’elle n’a pas compris la critique que nous lui avons faite, à savoir qu’il est temps d’arrêter de s’enfoncer la tête dans le sable, qu’il est temps de parler du passé colonial du pays.

D’un côté on veut rendre hommage à une personnalité. De l’autre, lorsqu’on se rend compte que cet hommage risque de poser problème parce que le personnage est controversé – le roi le plus controversé de la monarchie – ; on se retient de le faire, sans se demander pour quelles raisons cet hommage peut froisser et est inapproprié. La raison est simple : Léopold II est responsable de millions de morts et le patrimoine de la Belgique en porte la trace indélébile : tant de bâtiments bruxellois glorifient la colonisation, la violence et le travail forcé. Pensons à la place Brugmann, qui glorifie un banquier s’étant enrichi pendant la colonisation, le parc du Cinquantenaire et l’arcade du même nom. Par contre, il n’existe aucun bâtiment ou lieu glorifiant ceux qui se sont battus pour la justice et l’égalité en s’opposant à la colonisation. Une place Lumumba à Bruxelles serait une manière de reconnaître, dans le patrimoine urbanistique de la ville, des valeurs plus progressistes.

L’hommage renforce-t-il la difficulté de reconnaître ce passé ?

Les mentalités n’évoluent pas et cet hommage en est le symbole. En rendant hommage à Léopold II et au patrimoine qu’il a laissé à la Belgique, au fait qu’il ait été un grand bâtisseur, on rend hommage à la colonisation.

Non pour Pierre Luc Plasman

Auteur d’une thèse intitulée « Lépold II et l’Etat indépendant du Congo, étude du paradoxe de la gouvernance léopoldienne » (2015).

Léopold II est un personnage très contrasté à propos duquel on est longtemps resté, dans notre pays, au stade de l’image d’Epinal. Le choc a été rude lorsqu’ont éclaté au grand jour les terribles atrocités commises au Congo. La statue du bourreau a remplacé celle du héros. Mais il faut dépasser cette vision dichotomique. On n’est pas dans le blanc ou noir. Les qualités de ce roi furent à la hauteur de ses défauts.

La responsabilité de Léopold II dans les atrocités commises au Congo doit-elle empêcher à tout jamais toute commémoration de son règne ?

Non. L’initiative qui avait été prévue par la Ville de Bruxelles est loin d’être infondée. Elle consistait à vouloir rendre hommage à quelqu’un qui a souhaité embellir l’image de Bruxelles (mais pas seulement d’ailleurs). Pour Léopold II, sans héritier direct après la mort de son fils, c’est la Belgique qui était son héritière. La difficulté, avec un personnage comme Léopold II, c’est que ses défauts sont à la hauteur de ses qualités. Il est très délicat d’expliquer un règne comme celui-là (qui a duré 44 ans : le plus long de l’histoire de Belgique, plus long même que l’espérance de vie moyenne des Belges à son époque !) en quelques minutes. La tentation est forte de tomber dans une vision dichotomique. C’est d’ailleurs plus facile de voir les choses en bien ou en mal, en blanc ou en noir (voyez le succès de Star Wars !). On adule ou on rejette. Mais l’historien, lui, fait du gris.

Pourquoi est-il si compliqué, en particulier à propos de Léopold II, d’avoir une analyse nuancée en Belgique ?

Léopold II est un personnage très contrasté à propos duquel on est longtemps resté, dans notre pays, au stade de l’image d’Epinal. Très vite après sa mort puis, surtout, après la guerre, on a élevé à Léopold II une statue de commandeur, mettant en avant une série de réalisations incontestables. Ce roi a travaillé pour la grandeur de la Belgique, pour la richesse de la Belgique, pour sa force, etc. Indubitablement, il a été un grand souverain pour la Belgique, qui en était même venu à confondre le prestige de la couronne avec celui du pays. Mais, d’un autre côté, il y a aussi eu une face sombre : la face coloniale. La mission civilisatrice sera doublée de racisme et de violences d’autant plus terribles qu’elles seront perpétrées d’un objectif capitaliste (produire le plus possible, gagner le plus possible, mais à moindre coût). Pendant très longtemps, les anciens coloniaux et ceux qui avaient été bercés par le prestige du « roi bâtisseur » (c’est ce qu’on apprenait à l’école, sans un mot pour le versant colonial) ont eu, face à certaines révélations, une réaction épidermique de rejet, en invoquant par exemple une manœuvre de jalousie… Ou, alors, en se barricadant de toute critique formulée contre le roi. Puis, petit à petit, l’histoire coloniale a fait son chemin (d’abord côté flamand, puis chez les francophones). On a assisté, alors, à une autre réaction, tout aussi exagérée que la première, mais de rejet. Scandalisés qu’on ait pu les « tromper », les gens qui s’étaient sentis trahis voulaient absolument « faire éclater la vérité ». On a cassé la statue du héros pour en ériger une autre : celle du bourreau.

Où en est-on aujourd’hui ?

Voyez ce qui vient de se passer à Bruxelles : on continue à entendre deux positions extrêmes. Il est frappant de voir comment les Pays-Bas, eux, par contre, ont réussi à s’approprier leur histoire coloniale, en l’absence de ces crispations continuelles, dans un débat calme et posé.

Mais qu’est-ce qui bloque, alors, chez nous ?

Il faut remarquer, de façon générale, une grande méconnaissance de l’histoire. C’est la raison pour laquelle il faut absolument lancer un grand travail de vérification scientifique. Et puis les révélations sur les actes barbares et d’une extrême violence commis au Congo ont éclaté à la figure de la plupart des Belges élevés jusque-là, comme expliqué précédemment, dans une presqu’adoration vis-à-vis du roi bâtisseur. Le reportage de la BBC diffusé à la RTBF et sur la VRT en 2004 a été un vrai choc.

Ne peut-on toujours trancher sur ce qui s’est exactement passé ? Par exemple : sur l’argent en provenance du Congo utilisé en Belgique par Léopold II ? Et sur la notion de génocide ?

Cet argent est bien moins le fruit de l’exploitation directe des forêts de caoutchouc que des grands emprunts que l’Etat indépendant contracte sur sa réputation de richesse. Ainsi, pour le musée de Tervuren par exemple, les entrepreneurs vont être payés en obligations des emprunts de l’Etat indépendant du Congo et pas par l’argent de la vente du caoutchouc. Quant aux violences, il y a eu de terribles massacres et une violence d’une cruauté inouïe, mais on ne peut pas parler de génocide.

Cinq ans de «printemps» entre perplexité et amertume


Baudouin Loos
Mis en ligne il y a 4 heures

Mais où en sont ces pays des « printemps arabes », cinq ans plus tard ? En enfer, pour la plupart. L’éditorial de Baudouin Loos.

  •  © Reuters
    © Reuters

Voilà un anniversaire qui laisse perplexe. Cinq ans. Cinq ans déjà que le geste fatal d’un jeune vendeur à la sauvette dans une grosse bourgade perdue de la Tunisie profonde allait, contre toute attente, marquer le lancement de ce qu’on a appelé « les printemps arabes ».

L’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid, motivée par un cumul de misère, d’humiliation et de désespoir, allait voir la Tunisie se soulever, jusqu’au départ sans gloire de son dictateur, Ben Ali, le 14 janvier 2011. Cet événement allait créer une stimulante émulation à travers le monde arabe, où la contestation gagna dès février-mars de la même année l’Egypte, le Yémen, le Bahreïn, le Maroc, la Libye, la Syrie. Une spirale d’événements inattendus, incroyables même à l’aune des dictatures arabes, qui laisse pourtant donc perplexe car, à l’heure du bilan, l’amertume l’emporte.

A qui la faute ? Les torts sont nombreux et partagés. Les pouvoirs en place, tous, ont tenté de survivre en faisant couler le sang. Quatre potentats ont néanmoins perdu leur poste. Le Tunisien Ben Ali, l’Egyptien Hosni Moubarak, le Yéménite Abdallah Saleh et le Libyen Mouammar Kadhafi.

Mais où en sont ces pays ? En enfer, pour la plupart. Seule la petite Tunisie sauve la mise. Elle s’est démocratisée grâce à l’énergie de sa société civile. Des progrès hélas fragiles, menacés par les inégalités sociales et un djihadisme hideux plus vivace que jamais.

Pour les autres, le pire est advenu. L’Egypte, après un règne islamiste résultat d’élections démocratiques, se retrouve sous le joug d’une dictature militaire pire que la précédente. Le Yémen et la Libye sont entrés dans une déliquescence nourrie de tribalisme et de régionalisme. Là aussi, le djihadisme y fait son lit.

Et la Syrie ! Elle se retrouve en lambeaux. Victime d’un tyran qui tuerait tous les Syriens au besoin. Victime d’une dérive des rébellions, parfois bien intentionnées, souvent radicalisées, quand elles ne sont pas tombées dans les chimères d’un djihadisme des plus cruels. Victime, aussi, des enjeux régionaux et des appétits rivaux de voisins sans scrupules.

Impossible d’ignorer les responsabilités de la communauté internationale. Et d’abord de cet Occident qui aide les rebelles à se débarrasser d’un monstre en Libye puis s’en va, laissant les protagonistes dans leurs insolubles querelles. Qui se tâte en Syrie, de manière veule, craignant le pire, jusqu’à ce que le pire écrase ses scrupules et efface tout espoir sous les centaines de milliers de morts, les villes détruites et l’exil de millions d’hommes et de femmes étreints par une indicible amertume.

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Syrie : “Nous sommes les concierges de la lâcheté. Nous n’accueillons personne.”


Par Mathias Enard, prix Goncourt 2015.

A Alep, en Syrie, en avril 2014, après un bombardement du régime. La photo, diffusée par les activistes anti-gouvernementaux de l'AMC (Aleppo Media Center) a été authentifiée. (©Uncredited/AP/SIPA)A Alep, en Syrie, en avril 2014, après un bombardement du régime. La photo, diffusée par les activistes anti-gouvernementaux de l’AMC (Aleppo Media Center) a été authentifiée. (©Uncredited/AP/SIPA)

Nous savions tous que le régime du Baas syrien était un régime toxique, d’assassins et de tortionnaires : nous l’avons toléré.

Nous avons fait plus encore : nous l’avons renforcé. Bachar al-Assad était invité à la tribune présidentielle du défilé du 14 Juillet, à Paris, à quelques mètres de Nicolas Sarkozy, qui lui a chaleureusement serré la main, deux ans avant le début des manifestations à Deraa.

Nous savions tous que le régime Assad était prêt à massacrer sans hésitation sa population civile et celle de ses voisins : les événements connus sous le nom de «massacres de Hama», en 1982 (mais qui, en fait, s’étendirent aussi à de nombreuses villes syriennes), ou les exactions syriennes au Liban l’ont suffisamment montré. Nous l’avons toléré.

Nous savions que l’armée syrienne et ses nervis, qui ont organisé la répression pendant des décennies, n’hésiteraient pas une seconde à tirer sur la foule, à torturer des opposants, à bombarder villes et villages: nous les avons laissés faire.

Nous savions que le régime syrien était passé maître dans l’art de la manipulation diplomatique régionale, sachant renforcer temporairement ses ennemis, les infiltrer, jouant un terrifiant double jeu mortel: l’histoire des relations de la Syrie avec les différents groupes palestiniens, par exemple, l’a montré. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Nous les avons tous oubliés, ces exemples, ou avons fait semblant de les oublier.

Nous savions tous que le personnel politique syrien n’est qu’une clientèle de nantis qui ne survit que grâce au fonctionnement clanique, aux largesses de la caste Assad. Nous avons pourtant espéré le changement. Nous avons tous appris que lors du si bref Printemps de Damas, en 2000, les clubs de la démocratie avaient été réprimés, que de nombreux leaders s’étaient soudainement retrouvés en prison ou avaient été contraints à quitter le pays. Nous nous sommes résignés.

Nous avons imaginé que l’ouverture économique déboucherait sur une ouverture démocratique. Nous avons clairement vu comment cette ouverture ne servait qu’à distribuer de nouvelles prébendes pour intéresser de nouveaux clients et renforcer le clan au pouvoir. Nous avons vendu des voitures, de la technologie et des usines clés en main sans nous en émouvoir.

Nous connaissions tous les lignes de faille qui traversent le territoire syrien; nous n’ignorions pas que le régime Assad s’appuie essentiellement sur la minorité alaouite, surtout pour son appareil militaire et répressif; nous avions connaissance de son alliance stratégique avec l’Iran, qui remonte à la guerre Iran-Irak et à la guerre du Liban, dans les années 1980; nous étions témoins de la puissance militaire et politique du Hezbollah libanais; nous avons assisté à l’instrumentalisation des Kurdes dans les relations entre la Syrie et la Turquie au cours des trente dernières années; nous savions tout du ressentiment des sunnites syriens pauvres, exclus du clientélisme et méprisés par leurs propres élites; nous avions bien conscience du poids de l’Arabie saoudite et du Qatar dans l’économie européenne et de la «guerre froide» que ces deux puissances livrent depuis des années à l’Iran.

Nous nous souvenons (ou devrions nous souvenir) que la carte du Moyen-Orient au XXe siècle est issue des accords secrets signés entre Mark Sykes et François Georges-Picot en 1916, ou plutôt des conséquences de ces accords et de leur mise en place entre 1918 et 1925. Le Liban, la Syrie, l’Irak, la (Trans)Jordanie et la Palestine sont issus de ces frontières, il y a presque cent ans, et celles-ci n’ont été remises en question qu’une fois directement, lorsque Daech a rassemblé l’été dernier les provinces de l’ouest de l’Irak et celles du nord et de l’est de la Syrie, faisant trembler d’un coup toutes les autres frontières, notamment celles de la Jordanie et de l’Arabie saoudite.

Nous savions que le Liban était un pays fragile, dont certaines composantes souhaitaient la redéfinition (ou l’implosion) géographique, la transformation du territoire en une confédération, pour «protéger les minorités». Les Balkans nous ont appris que personne ne souhaite être une minorité sur le territoire de l’autre quand l’empire s’effondre. Nous savons par ailleurs que l’invasion – la destruction totale – de l’État irakien a débouché sur l’injustice, la corruption, l’insécurité, la famine et la faillite des services publics.

De tout cela, nous n’avons tiré aucune conclusion.

Quand les manifestations se sont transformées en révolte, quand la révolte est devenue révolution, quand les premiers obus sont tombés sur des civils, quand la révolution s’est transformée en Armée libre, nous n’avons rien fait.

Nous savions pertinemment que la solution au «problème syrien», la réponse à la «question syrienne» passait par Moscou et Téhéran, et nous n’avons pas souhaité aller à Moscou et à Téhéran.

Nous avons assuré soutenir les démocrates.
Nous avons menti.
Nous avons laissé mourir l’Armée libre et toutes les forces de la liberté.
Nous avons débattu du nombre de morts.
Nous avons débattu de lignes rouges, que nous avons placées, puis déplacées car nous n’étions pas sûrs qu’elles aient été réellement franchies.
Nous avons débattu de la couleur de la bave dans la bouche des cadavres.
Nous avons assuré soutenir les forces démocratiques.
Nous avons menti.
Nous avons convoqué des conférences dans des palais européens.
Où nous avons vu les cartes dans la main de l’Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie.
Nous avons continué à mentir.
Chaque jour nous débattions du nombre de morts.
Nous avons regardé les tentes fleurir en Turquie, en Jordanie, au Liban.
Chaque jour nous comptions les tentes.
Lassés de compter les corps mutilés nous nous sommes félicités de l’amélioration des conditions de vie des réfugiés.
Nous avons vu des hommes égorgés dans le désert sur lesquels nous n’avions pas compté.
Nous nous sommes indignés et notre indignation s’est transformée en bombes et en attaques aériennes.
Chaque jour nous débattons de l’efficacité de nos bombes.
Nous comptons les morts et les tentes.
Nous vendons des avions.
Nous apprenons des noms de villes, nous apprenons des noms de villes détruites aussitôt que nous les avons appris.
Nous mentons.
Nous sommes les géographes de la mort.
Les explorateurs de la destruction.
Nous sommes des concierges.
Des concierges à la porte de la tristesse.
Chaque jour on frappe à nos portes.
Nous comptons les coups contre nos portes.
L’un dit «cent mille personnes frappent à nos portes».
L’autre dit «ils sont des millions, ils poussent».
Ils poussent pour chier devant nos portes closes.
Nous sommes les concierges de la lâcheté.
Nous n’accueillons personne.
Nous ne plions devant personne.
Nous sommes fiers de n’être personne.

Mathias Enard
©Points Seuil

Ce texte est extrait de «Bienvenue !», projet de 34 auteurs et illustrateurs sur le sujet de l’exil et des réfugiés, qui rassemble des textes d’Olivier Adam, Sorj Chalandon, Marie Darrieussecq, Régis Jauffret, Alain Mabanckou, Isabelle Monnin ou encore Lydie Salvayre. Les bénéfices sont reversés au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

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Enseignement | Sur la route du modèle finlandais


Neuf jeunes de la maison de jeunes Chicago, située dans un quartier populaire de Bruxelles, sont partis voir comment le système éducatif finlandais fonctionnait... (Photo Solidaire, Bruno Bauwens)  Neuf jeunes de la maison de jeunes Chicago, située dans un quartier populaire de Bruxelles, sont partis voir comment le système éducatif finlandais fonctionnait… (Photo Solidaire, Bruno Bauwens)

COP : Occupation massive de l’agence BNP Opéra


Paris, 9 décembre 2015

Mercredi 9 décembre à 15h45, 260 militants d’ANV-COP21 se sont introduits dans l’agence BNP Paribas Opéra de Paris pour y organiser un concert sauvage avec Kaddour Hadadi chanteur du groupe HK & Les Saltimbanks. Celui-ci a dédié son titre « Niquons la Planète » à la BNP (« Banque Niquons la Planète »), sponsor officiel de la COP21, pour dénoncer ses pratiques de greenwashing et ses investissements climaticides, notamment dans le charbon.

«Si l’on veut limiter le réchauffement climatique en deçà de 2°C, nous devons laisser plus de 2/3 des réserves d’énergies fossiles dans le sol. Or la BNP a investi près de 15 milliards de dollars dans le secteur du charbon depuis la tenue du sommet de Copenhague jusqu’à aujourd’hui (1), et se retrouve quand même sponsor de la COP21 ! » affirme Boris Cousin d’ANV-COP21.

En réaction au prix Pinocchio que la BNP Paribas s’est vue décerner le 3 décembre dernier pour les impacts sur le climat et sur les populations des projets charbon qu’elle a financé, comme la centrale de Tata Mundra en Inde (2), la banque a rappelé avoir pris des mesures au niveau de sa politique de financement énergétique (3). « Malgré ces belles paroles, BNP Paribas reste le 9ème investisseur mondial dans le secteur du charbon et cette tendance est à la hausse ! (4)» ajoute Lucie Pinson porte-parole d’ANV-COP21.

La politique actuelle de la BNP Paribas, première banque française, en continuant d’investir dans le secteur du charbon, contribue à la déstabilisation du climat. A ce passif déjà lourd, s’ajoute des investissements importants dans trois sources d’énergie polluantes, à savoir les sables bitumineux, le nucléaire et les gaz de schiste.Une politique, qui en bref, contribue fortement à « niquer la planète » !

A l’heure de la COP21, « La BNP Paribas doit se montrer responsable en respectant les demandes des communautés impactées par Tata Mundra (4) et en signant l’Appel de Paris (5) pour s’engager immédiatement à mettre un terme à l’ensemble des soutiens au charbon d’ici 2020, à commencer par l’arrêt de tout financement de projets charbon » a déclaré Boris Cousin d’ANV-COP21.

Action Non-Violente COP21 appelle les citoyens à organiser chez eux des concerts dans les agences de la BNP, et commencer une véritable tournée partout en France, avec une demande claire : arrêt immédiat des investissements dans le secteur du charbon !

L’occupation qui a duré 50 minutes s’est achevée avec le départ du chanteur et du public enthousiaste parmi lequel on pouvait compter de José Bové. Les forces de l’ordre arrivées sur les lieux peu après le début de l’action ont sécurisé le périmètre et escorté les militants jusqu’au métro, sans procéder à aucune arrestation.

Nous demandons aux banques de mettre un terme à leur soutien aux énergies fossiles, à commencer par le charbon, et de transférer ce soutien aux énergies renouvelables.

09122015-IMG_0411

(1) http://www.amisdelaterre.org/Nouveau-rapport-Charbon-le-crash.html

(2) http://www.amisdelaterre.org/Laureats-Pinocchio-2015.html

(3) http://www.amisdelaterre.org/IMG/pdf/re_action_de_bnpp_laure_at_pinocchio_du_climat.pd

(4) http://www.amisdelaterre.org/Tata-Mundra-7-ans-de-controverses.html et http://www.amisdelaterre.org/53-organisations-demandent-a-BNP.html

(5) http://www.dotheparispledge.org/

source

Après Paris, la manière israélienne n’est pas la réponse


Samah Jabr – 2 décembre 2015 – Middle East Monitor

Les secours apportent assistance aux blessés par balles et autres après les attentats de Paris (archives).

 

Quand je suis arrivée à Paris dans la soirée du vendredi 13 novembre, la personne qui m’accueillait a demandé à notre chauffeur de taxi de nous emmener chez elle, rue de la Fontaine-au-Roi ; le GPS du taxi affichait qu’une fusillade y avait lieu au même moment. Ce n’est que le lendemain matin que nous avons compris tous les détails de la tragédie. Peu après ce voyage à Paris, je me suis rendue à Bruxelles, pour y constater que l’alerte sécurité y avait atteint le « niveau quatre » et que le métro et les écoles avaient été fermésdans la crainte d’un attentat terroriste. Le but de ces deux voyages était de répondre positivement à des organisations de solidarité avec le peuple palestinien qui m’avaient invitée à venir dialoguer avec le public en Europe sur la vie en Palestine occupée.

J’éprouve un attachement pour la France, où autrefois j’ai habité et étudié, et où j’ai gardé des amis et des camarades. Je suis tourmentée par le massacre de ces innocents à Paris, tout comme je le suis par le massacre du Liban à Beyrouth le jour d’avant, les massacres à Bamako la semaine qui a suivi, et le récent massacre des manifestants pro-kurdes à Ankara et des touristes russes dans le Sinaï. L’angoisse pour moi est double : elle touche à la perte de la vie de l’ « autre », aussi bien qu’à l’atteinte grave au système de valeur de mon propre « moi » étendu.

Les attentats de Paris ont fourni une opportunité aux dirigeants israéliens et à leurs partisans, comme d’habitude, pour discréditer la résistance palestinienne à l’occupation militaire brutale d’Israël. Le Premier ministre a prétendu que ceux qui condamnaient les attentats de Paris sans condamner la violence contre les Israéliens étaient des « hypocrites et des aveugles. Derrière ces attentats terroristes se tient l’Islam radical, qui cherche à nous détruire, le même Islam radical qui a frappé à Paris et menace l’Europe tout entière ».Poussant à plus de pensée binaire, à une partition du « nous contre eux » et des « bons contre les méchants », il a ajouté, « Comme je le dis depuis de nombreuses années, le terrorisme islamique militant agresse nos sociétés parce qu’il veut détruire notre civilisation et nos valeurs ». Le ministre de la Défense d’Israël, Moshe Ya’alon, a déclaré dans une même veine : « Ce que nous avons, c’est l’Islam djihadiste qui appelle à la destruction de la culture occidentale ». Ce cliché est diffusé alors même que la plupart des victimes des groupes terroristes « islamiques » sont des musulmans, et que ces victimes sont souvent, tels les réfugiés palestiniens de Syrie, des adversaires d’Israël.

« Ils veulent nous tuer parce que nous sommes juifs », ainsi s’expriment les dirigeants israéliens face aux actes de la résistance palestinienne, dans un déni total du contexte de l’occupation. En France, un article de Véronique Mortaigne et Nathalie Guilbert, publié dansLe Monde deux jours après les attentats de Paris, a fait le lien entre l’attentat contre le Bataclan et les appels antérieurs par des groupes pro-palestiniens au boycott de ce théâtre parce qu’il avait organisé un gala au profit des soldats israéliens. Malgré une condamnation prompte des attentats de Paris par les groupes de résistance islamiques palestiniens, et malgré l’expression de leur solidarité avec leurs victimes, il a circulé, sur les médias sociaux en France, une photo datant de 2012 et montrant des Palestiniens célébrant la signature d’un accord de réconciliation, avec l’affirmation mensongère qu’ils étaient en train de célébrer les attentats dans la capitale française. Ce n’est que plus tard que cette imposture a été révélée. Il y a eu des allusions subtiles de journalistes israéliens que l’Europe méritait les attentats terroristes pour avoir adopté une politique d’étiquetage des produits précisément s’ils proviennent des colonies illégales israéliennes, et aussi des déclarations plus vigoureuses, comme celle du rabbin Dov Lior, « Les méchants de l’Europe imbibée de sang le méritent pour ce qu’ils ont fait à notre peuple il y a 70 ans ». De telles opinions scandaleuses ont été moins fréquentes en Europe.

La vérité, c’est que l’ « État juif » a été créé grâce à une violence excessive et une agression contre les Palestiniens, peuple originaire de cette terre. Comme d’autres peuples autochtones dont la terre a été colonisée, dont les ressources ont été volées, et dont les familles et relations ont été tuées, les Palestiniens ont pu être capables d’utiliser la violence en représailles contre leurs oppresseurs, et pour les dissuader de plus d’oppression, tout en utilisant des campagnes non violentes et des canaux diplomatiques pour obtenir leur libération. Tout cela étant inclus totalement dans leurs droits issus de la législation internationale.

Les Palestiniens sont connus pour leur hospitalité envers les étrangers qui viennent en Palestine, pas pour les tuer. Dans des cas aussi rares que celui du meurtre du militant italien pro-Palestine Vittorio Arrigoni, par un groupe salafiste de Gaza, les auteurs ont été punis par la loi, et condamnés par tout l’éventail des partis politiques. À l’inverse, les meurtres d’une liste interminable de militants et journalistes étrangers par l’armée israélienne ont reçu leur justification (autodéfense), sans punition ni justice. Il est vrai que durant les années 1970, certains Palestiniens ont pris des Israéliens en otage, en des lieux extérieurs aux frontières de la Palestine historique, pour les échanger avec des prisonniers politiques – le plus spectaculaire étant à Munich – mais dont les responsables étaient des groupes de résistance laïcs, qui n’ont jamais utilisé la rhétorique islamique pour faire avancer leur idéologie. Les groupes palestiniens islamiques ont toujours limité leur lutte à la Palestine occupée, et pas au-delà. Ce sont les Israéliens qui se targuent que le Mossad (Institut pour les renseignements et les affaires spéciales) a tué des militants, des intellectuels palestiniens, des représentants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), et d’autres groupes de résistance, en Europe comme dans des capitales arabes.

Il est ainsi plus justifié de comparer les tactiques de Daesh à celles des groupes terroristes qui sont derrière la fondation de l’État d’Israël, plutôt qu’à celles de la résistance palestinienne. Tant Daesh que l’ « État juif » se sont créés grâce à d’épouvantables massacres, entraînant une population de réfugiés dans leur sillage. Les deux font preuve d’ambitions expansionnistes. La stratégie de Daesh est d’attaquer l’Occident, avec l’objectif de provoquer plus de discrimination à l’encontre des musulmans d’Occident pour les sortir de la « zone grise » ; le Mossad d’Israël a été à l’origine d’attentats terroristes contre des juifs en Iraq, en Égypte et au Maroc, avec l’objectif de les faire venir en Israël. L’opération Sushana dans laquelle des espions israéliens ont programmé des attentats à la bombe contre des juifs égyptiens ; l’attentat intentionnel et soutenu par des avions et des vedettes lance-torpilles israéliens contre le USS Liberty, tuant 34 membres de l’équipage et en blessant 171 autres ; et différentes opérations sous faux pavillon à travers le monde, sont des exemples des crimes odieux perpétrés par les Israéliens pour lesquels les responsabilités ont été imputées ailleurs.

En plus de tirer un profit politique en reformulant l’occupation de la Palestine, en imposant une politique israélienne comme une « guerre contre le terrorisme » et en diffamant le caractère des Palestiniens, les présentant comme des terroristes inhumains, barbares, Israël se saisit aussi de l’opportunité actuelle pour colporter son appareil et sa politique de sécurité comme un « savoir-faire » testé sur le terrain contre les Palestiniens. Ce « savoir-faire » a été utilisé pour réprimer la liberté et la démocratie en Europe et pour exacerber une « guerre contre le terrorisme » dont les victimes comprennent déjà plus de 4000 civils. À un moment où Israël rabaisse l’âge de la responsabilité pénale pour les enfants palestiniens à 12 ans, les envoyant dans les centres d’interrogatoire et les soumettant à la torture, nous ne pouvons qu’espérer que l’Europe s’avancera vers une expansion de son système législatif démocratique et ses efforts pour les droits de l’homme, avec l’objectif d’aider les Palestiniens dans leur quête de justice sur leurs territoires actuellement occupés. C’est avec plus de démocratie, plus de solidarité et plus de politique en faveur des droits humains, et plus d’anti-impérialisme, qu’il sera mis fin au terrorisme, et non par la répression, la pensée binaire et l’exportation des « leçons » israéliennes vers l’Europe.

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Samah Jabr est psychiatre et psychothérapeute à Jérusalem, elle se préoccupe du bien-être de sa communauté, allant bien au-delà des questions de maladie mentale. Elle écrit régulièrement sur la psychiatrie en Palestine occupée.

https://www.middleeastmonitor.com/articles/europe/22610-in-the-aftermath-of-paris-the-israeli-way-is-not-the-answer
Traduction : JPP pour les Amis de Jayyous

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