Comment peut-on hurler «Allahu akbar» ?


Un article publié dans Libération en 2014 qui est toujours d’actualité

Par Ghalib Al-Hakkak , Agrégé d’arabe, université Paris-1 Panthéon-Sorbonne

Le traitement de l’information depuis un moment, et, surtout, depuis les agressions récentes à Joué-lès-Tours, Dijon et Nantes, risque de réduire le sens de l’expression «Allahu akbar» à un slogan de haine, de brutalité, de terreur.

Dois-je m’alarmer, s’il est scandé par une personne dans la rue ? Que faut-il faire si je l’entends derrière ma porte ? J’ouvre ou j’appelle la police ? Revenons un peu au sens exact de cette expression. Il s’agit, en réalité, d’une comparaison tronquée : «Dieu est plus grand [que quiconque]». On pourrait la comprendre ainsi : «Dieu est le plus grand».

Mais en quelle occasion l’entend-on chez les musulmans arabes ? En dehors de la prière et de l’appel à la prière (le ‘dhân, chanté dans les villes musulmanes cinq fois par jour, jadis lancé du haut d’un minaret, ou du toit d’une mosquée, et depuis quelque temps souvent à partir d’un CD), cette expression peut surgir n’importe quand, et n’importe où, pour exprimer une admiration totale de quelque chose, tout simplement.

Il suffit d’aller sur YouTube et d’écouter les chansons d’Oum Kalsoum pour repérer, après chaque couplet, quelques Allahu akbar bien audibles au milieu des applaudissements. J’avoue qu’en croisant dans la rue une très belle femme, un silencieux Allahu akbarse déclenche dans mon cerveau. Face à la Joconde, il n’y a pas plus éloquent qu’un Allahu akbar. Une vieille tante, essayant Skype pour la première fois, s’est écriée : «Allahu akbar !» Elle a ajouté : «Le chrétien qui a inventé ça ira tout droit au paradis des musulmans !» Et que dire du gardien algérien de mon immeuble, il y a quarante ans, auquel j’essayais d’expliquer, qu’avec mon épouse nous avions sauvé et élevé un petit merle tombé du nid et que cet oiseau n’était toujours pas habitué à rester dehors. Cet homme me regardait avec un doute visible sur ma santé mentale. Mais, lorsqu’il a vu l’oiseau se précipiter de l’arbre d’à côté vers ma fenêtre qui venait de s’ouvrir, il n’a pu s’empêcher de crier trois fois : «Allahu akbar !» Le miracle que cela représentait à ses yeux ne pouvait être salué d’une autre manière.

C’est une belle expression, apaisante et rassurante, injustement confisquée aujourd’hui par les forces de la haine et de l’obscurantisme. Et je suis persuadé qu’une fois notre monde débarrassé de cette vague anormale de violence et d’exclusion au nom de l’islam, un énorme «Allahu akbar» traversera les esprits, chez les Arabes musulmans du monde entier avides de retrouver leur liberté totale de penser, leur amour du beau, leur solidarité sociale naturelle et leur sens inné de la fraternité.

source

Filiu: «On aurait préféré que les Syriens se laissent massacrer en silence»


 

Avec Les Arabes, leur destin et le nôtre, paru en 2015, le Français Jean-Pierre Filiu parcourt plus de deux siècles de destinée commune entre le monde arabe et l’Europe. Une histoire contée par un chercheur qui n’a jamais hésité à prendre position. Surtout depuis que le conflit en Syrie s’est développé. Nous l’avons rencontré à Bruxelles, après sa conférence donnée à l’UPJB.

Que pensez-vous de clichés en Occident affirmant que «l’islam n’est pas compatible avec la démocratie » et que « ces gens-là ont besoin d’un pouvoir fort sinon le chaos l’emporte»?
Dans mon dernier livre, en autres, je rappelle que la Tunisie a aboli l’esclavage deux ans avant la France, et en 1861 a élaboré la première constitution du monde musulman qui comportait la séparation du politique et du religieux. Les Lumières arabes, qu’on désigne sous le nom de «Nahda» (renaissance), se sont largement inspirées des Lumières européennes mais sur certains points elles étaient très en avance. Pendant deux siècles rarement des peuples comme les peuples arabes n’auront lutté avec constance et opiniâtreté pour leurs libertés individuelles et collectives. Et ce combat a été systématiquement contrarié, frustré, du fait d’interventions étrangères et/ou de régressions autoritaires, celles-ci étant souvent liées à celles-là.

 

On a totalement effacé l’héritage parlementaire et pluraliste du monde arabe, qui était très vivace dans l’entre-deux-guerres, avec ses imperfections comme dans tout système démocratique. Des partis libéraux, une presse pluraliste, des débats d’idées, tout cela a été englouti dans ce que j’appelle «le grand détournement» de 1949 et 1969, entre le premier coup d’Etat en Syrie et celui de Kadhafi en Libye. Ce grand détournement par des pouvoirs militaires et liberticides a tué cet héritage et fondé ce mythe du despote utile dont les Arabes auraient soi-disant besoin. Un mythe réactivé après le 11-Septembre, quand tous ces régimes se sont posés en partenaires de la «guerre contre la terreur» de l’administration Bush et ont assimilé toute forme d’opposition à Al-Qaïda. La réalité aujourd’hui, tragique, c’est que la dictature égyptienne actuelle a ramené le pays à un niveau de violence inconnu depuis… Bonaparte en 1798; quant à la dictature syrienne, elle a fait régresser le pays au niveau d’horreur de Tamerlan en 1400. Donc, on n’est pas dans une «restauration» autoritaire, on n’est même pas dans une stabilité en trompe-l’œil, on est dans une régression épouvantable qui fait que plus les dictatures sont fortes plus les djihadistes sont puissants.

Y a-t-il eu un tournant en Syrie?
Pour Daesh, c’est août 2013. Avec la reculade occidentale, notre inaction, après le carnage chimique orchestré par le régime près de Damas. C’est là que Daesh a pris son envol. Avec cette justification mensongère, comme tous les éléments de la propagande djihadiste, qui est que ce serait un «djihad humanitaire», de solidarité avec le peuple syrien.

Il semble que depuis les attentats du 13 novembre à Paris l’idée s’impose que Daesh est l’unique ennemi…
La France continue à défendre une ligne «ni-Bachar ni Daesh» dans une solitude occidentale préoccupante. Car Bachar est aujourd’hui la principale machine à produire des réfugiés. Il a expulsé la moitié de la population syrienne hors de ses foyers. Et, aujourd’hui, les réfugiés qui avaient relativement les moyens de quitter le pays, de payer leur voyage, risquent d’être remplacés par des paysans expulsés par la politique de la terre brûlée menée désormais par la Russie, dont les bombardements sont encore plus dévastateurs que ceux du régime Assad.

C’est un aveuglement, en Occident?
Il y a eu deux tournants révolutionnaires affectant la sécurité de l’Europe: la chute du Mur de Berlin en 1989 puis la chute du Mur de la peur chez les Arabes en 2011. Ce deuxième tournant n’a absolument pas été pris en compte pour ce qu’il était par les Européens qui, au contraire, l’ont regardé avec perplexité sinon hostilité. On est encore dans un monde où le seul impérialisme serait américain. Comme si l’impérialisme russe n’existait pas! La guerre totale contre la terreur version Poutine risque d’être aussi dévastatrice pour la sécurité du continent européen que ne le fut la version George W. Bush, avec notamment l’invasion de l’Irak qui est à la source de la naissance de Daesh. On peut ainsi multiplier les incapacités à voir la nouveauté, et cela se traduit par des réflexes conservateurs du type «revenons au statu quo ante». Sauf qu’il est impossible d’y revenir, c’est fini.

D’où viennent les erreurs d’analyse occidentales?
Très souvent, les politiques ne veulent pas entendre ce que les diplomates leur disent. Il est ainsi clair qu’aujourd’hui le président Obama est dans le déni. Il a décidé que rien ne se passerait au Moyen-Orient jusqu’à son départ de la Maison-Blanche, donc il impose des mensonges d’Etat qui me paraissent aussi graves que ceux de l’administration Bush. Par exemple, le nombre de djihadistes prétendument tués. Aucune personne sérieuse ne peut admettre le chiffre donné de 20.000. On est peut-être dans l’ordre de grandeur entre 2 et 3.000. Et d’ailleurs cela ne veut rien dire si, dans l’intervalle, ils en ont recruté 50.000. Donc, on se ment. Avant le Bataclan, il a eu les attentats dans le Sinaï (l’avion de ligne russe piégé, NDLR), à Ankara, à Beyrouth. Après, il y a eu Tunis, Istanbul, Jalalabad, Djakarta et San Bernardino. Et on veut nous expliquer que Daesh est affaibli ! Quand on entend les Américains dire «Daesh aura été significativement affaibli», je cite, «d’ici à la fin de 2016», ils éludent que d’ici à la fin de l’année l’équivalent du Bataclan peut se produire à plusieurs reprises dans le monde entier.

Que faire, alors?
La seule façon de reprendre l’initiative contre Daesh c’est de s’emparer de Raqqa (son QG dans le nord-est syrien, NDLR). Ce qui impose d’agir avec les forces révolutionnaires syriennes, arabes sunnites, qui sont précisément celles que Poutine bombarde. Chaque jour qui passe rend la menace encore plus sérieuse, il ne faut pas se mentir. On entend des responsables dire à Bruxelles que la question n’est pas de savoirsi un nouvel attentat aura lieu mais quand il aura lieu. C’est terrible. On est dans une forme de défaitisme. Il faut préparer l’opinion, mais en même il faut désigner correctement, en dehors de toute envolée démagogique, la voie que l’on pourrait suivre pour sortir de cette impasse. Si on ne frappe pas Daesh comme il le faut – c’est-à-dire à la tête et chez lui – c’est parce qu’on s’interdit de le faire, comme les Américains.

Que pensez-vous de l’idée que, malgré que ce soit un salaud, Assad serait «un moindre mal» à côté de Daesh?
J’ai connu Assad père et je connais Assad fils. Je les ai pratiqués depuis plus de trente ans. Ils ne sont pas le moindre mal, mais la source de ce mal! L’idée qu’on pourrait endiguer ce mal en les ménageant est faire preuve au mieux d’aveuglement, au pire du cynisme. Cette abdication morale ne peut qu’alimenter les deux monstres, Assad et Daesh. Et puis, soyons justement réalistes: que peut rapporter Assad dans la lutte contre Daesh? Des soldats? Non, il n’en a pas. Des informations? Il n’en a pas. Une légitimité politique? Il n’en a pas. Il n’y a plus d’Etat en Syrie. On est face à une bande mafieuse soutenue à bout de bras par la Russie et par l’Iran. Au-delà même de la Syrie, il faut identifier les forces vives qui sont nos alliés naturels dans ce combat pour nos libertés au nord et au sud de la Méditerranée. Ce n’est pas facile! Ça implique d’aller au-delà justement de tous les clichés. Car la limite de l’audace pour certains décideurs européens c’était de savoir si on est prêt à travailler avec les islamistes! Si on avait développé une coopération digne de ce nom avec toutes les structures d’administration locale dans la Syrie rebelle, on aurait maintenant partout des partenaires sur le terrain, qui seraient aussi des vecteurs d’information et de mobilisation contre Daesh. On ne l’a pas fait.

Les cassandres disent que si on avait aidé les rebelles en 2011-12, qui présentaient déjà un front fragmenté, on aurait favorisé le développement d’une situation anarchique à la libyenne…
Les personnes qui pontifient ainsi n’ont pas la moindre idée de ce qui se passe concrètement sur le terrain. Ils ont surtout perdu l’empathie. Ils regardent ces Arabes comme des créatures exotiques et non pas comme des gens qui ont fondamentalement les mêmes aspirations que nous. Les mêmes aspirations que les Européens de l’Est en 1989. Concrètement, nous ne pouvons pas faire comme si notre responsabilité n’était pas totalement engagée. Or qu’avons-nous fait? Moins que rien! Non seulement nous n’avons pas suivi nos déclarations de principe – je parle des attaques chimiques mais on pourrait citer toutes les dispositions du droit de la guerre qui ont toutes été violées de manière systématique par le régime Assad et la Russie – mais nous négligeons aussi que de la réussite du combat de l’opposition dépend notre sécurité. Le problème est que plus on attend plus l’investissement sera lourd et dur pour un résultat aléatoire et réversible. Parce qu’on a trop attendu. Et on continue d’attendre malgré le Bataclan. Alors que de toute façon nous serons obligés d’intervenir à un moment ou à un autre. Car il deviendra intolérable pour nos opinions publiques de rester indéfiniment sous cette menace. Le symbole de Bruxelles paralysée pendant plusieurs jours pourrait être l’annonce de ce qui sera demain le devenir de nos sociétés. C’est intenable! Il y aura un moment où l’on demandera aux dirigeants de faire quelque chose. Enfin. Et là-bas. Tout ce qu’on peut faire ici ne sera jamais que la gestion des retombées. On peut tuer Daesh effectivement, mais il faut nouer une coopération durable et solide avec des forces sur le terrain qui peuvent mener l’offensive sur Raqqa. On en revient à la même chose : il faut travailler avec ces révolutionnaires qu’on a enterrés deux cents fois – et étrangement ils sont toujours là, ils ont une direction politique, des délégations, des porte-parole et ils sont capables de s’organiser, de mettre en avant leurs revendications. Au fond, le non-dit c’est que la révolution syrienne embête tout le monde! On aurait préféré que ces Syriens se laissent massacrer en silence. Pourtant non, ils ne reviendront plus jamais en arrière, le mur de la peur est tombé. Mais ils savent que si jamais Assad, par exemple, revenait à Alep, ce serait un bain de sang comme sans doute on n’en a encore jamais vu au Moyen-Orient. Que sortirait-il de cela? Encore plus de djihadistes et de réfugiés. On voit bien qu’on est dans une spirale infernale mais comme on recule le moment de vérité, on aggrave les termes d’une équation connue qui demande à tous, politiques, intellectuels, journalistes et militants, de se prononcer.

Propos recueillis le 3 février 2016 par BAUDOUIN LOOS

Biographie Express
A 55 ans, Jean-Pierre Filiu a une carrière déjà bien remplie, qui a vu cet arabisant tâter de la diplomatie dans le monde arabe et à Washington. Désormais chercheur au Ceri et professeur à sciences po, il a écrit une quinzaine d’essais dont une Histoire de Gaza, en 2012, Je vous écris d’Alep, en 2013, et Les Arabes, leur destin et le nôtre, en 2015.

 Source : ce permalien.

Vous avez dit wahhabisme?


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Plus que jamais, en ces temps de terrorisme, les contempteurs de l’Arabie saoudite s’en donnent à cœur joie. Dame! la cible est légitime. Et pourquoi, d’ailleurs, épargner un Etat où les droits de l’homme sont tenus pour quantité négligeable? Si, certes, la thèse du financement direct du terrorisme par la dictature saoudienne ne résiste pas à l’analyse, celle de l’influence du wahhabisme, à savoir l’islam ultra-rigoriste à la sauce saoudienne, sur l’idéologie des djihadistes semble ne faire aucun doute. Tentative d’examiner tout cela en détail.

1. Histoire: un retour aux sources pur et dur


Le mot et le concept sont liés à un théologien du XVIIIe siècle, Mohamed ben Abdel Wahhab, né dans le Nadj, au centre de l’Arabie saoudite actuelle. Inquiet de ce qu’il considérait comme des dérives de l’islam (dont l’idolâtrie des saints) et par les faiblesses des musulmans, ce penseur a prôné un retour pur et dur aux sources de la religion, au message du Prophète pris au sens le plus littéral. Une alliance entre ce penseur et les Saoud, puissante famille de cette région où régnait l’austère et fruste culture bédouine, permit à la doctrine rigoriste de prendre son essor grâce à la conquête de la région de Riyad.

Le wahhabisme charrie bien une version ultraconservatrice de l’islam. Musique, chant, danse, tabac et opium y trouvent le statut de pratiques prohibées. Abdel Wahhab, comme l’explique l’islamologue Anne-Marie Delcambre, avait été convaincu par les idées d’Ibn Taymiyya, jurisconsulte damascène du XIIIe siècle qui, déjà, avait promu l’intransigeance absolue en religion, dénonçant notamment «l’hérésie» chiite et dressant les musulmans contre les chrétiens et les juifs.

Les wahhabites n’ont que mépris pour les autres formes de l’islam, même sunnites. Ainsi, le soufisme, une spiritualité islamique influencée par le mysticisme et vécue comme expérience personnelle, est renvoyé au rang des pratiques hérétiques par les wahhabites, malgré son succès.

Loyauté à l’égard de l’autorité
Les Saoud appréciaient – et apprécient toujours! – un des fondements de l’interprétation wahhabite des textes, celui qui recommande aux musulmans de rester loyaux aux détenteurs de l’autorité.

Les Ottomans mirent fin à cette sédition au début du XIXe siècle, mais l’idée ultraconservatrice à la base du wahhabisme allait rester enracinée. Et quand Abdelaziz ben Abderrahmane al-Saoud entreprit au début du XXe siècle la conquête des régions – le Nadj, le Hedjaz, l’Assir et le Hassa – qui allaient former en 1932 l’Arabie saoudite dont il se proclama roi, il s’empressa d’instaurer ce que certains appelleraient une théocratie.

«Depuis cette époque, écrit Anne-Marie Delcambre, le pouvoir saoudien n’a jamais songé à remettre en cause l’idéologie wahhabite. Le roi Faysal, dans un discours à Médine le 1er avril 1963, déclarait en effet: «Notre constitution est le Coran, notre loi est celle de Mahomet, et notre nationalisme est arabe.» L’Arabie saoudite a placé tout son système politique, social, économique et judiciaire sous l’influence wahhabite. Le drapeau saoudien, vert, comportant la profession de foi musulmane en lettres arabes blanches, avec un sabre au-dessous, rappelle l’importance de la conquête guerrière pour l’islam wahhabite.»

Amputation et décapitation
Une police de mœurs veille au grain : les très craints «mouttawiin», chargés de «prévenir le vice et protéger la vertu» dans tout le pays d’ailleurs proclamé mosquée (d’où l’interdiction formelle d’y pratiquer un autre culte). La loi islamique, la charia, est appliquée avec sévérité, qui prévoit des peines comme l’amputation, la flagellation, la lapidation ou la décapitation – en place publique.

La plus stricte séparation des sexes dans tous les lieux publics – y compris dans le rapport à la médecine et aux médecins – prend la forme d’une obsession. Les femmes jouissent d’ailleurs d’un statut inférieur, dépendant de l’autorité des hommes. L’Arabie reste le seul pays au monde où elles n’ont pas le droit de conduire.

Les manuels scolaires saoudiens répercutent fidèlement les concepts du wahhabisme le plus radical, selon une étude américaine des années 2000. La propagation du djihad y serait recommandée et la haine des chrétiens, juifs, polythéistes et autres mécréants enseignée. Toutefois, les autorités saoudiennes insistent depuis quelques années pour dire que ces programmes ont été révisés et épurés des passages incitant à l’intolérance.

Le wahhabisme, malgré les moyens immenses dépensés par les Saoudiens pour exporter leur doctrine puritaine, reste très minoritaire en terre d’islam. Beaucoup de musulmans, et pas seulement parmi ceux qui vivent en Occident, rejettent ces pratiques intolérantes, rigoristes à l’extrême.

2. Politique: Saoud et oulémas unis

Ordre moral, rigueur religieuse absolue: les Saoud des XXe et XXIe siècles ont adopté avec zèle la version wahhabite de l’islam née jadis sur leur sol. Une version qu’ils ont affinée avec l’establishment religieux local, les oulémas (docteurs de la loi religieuse, théologiens), avec qui ils entretiennent une relation fondée sur le besoin mutuel de l’autre. Une alliance qui remonte au pacte («bay’a») conclu entre Mohamed ben Abdel Wahhab et la famille Saoud au XVIIIe siècle.

Comme l’explique le chercheur français Stéphane Lacroix, qui vécut en Arabie saoudite,«les oulémas légitiment le pouvoir politique des princes et leur accordent une large marge de manœuvre en ne s’immisçant pas dans leurs décisions, notamment concernant la politique étrangère. En échange, les religieux font appliquer l’islam salafiste (version ultra-rigoriste de l’islam) dans la société saoudienne, seul garant, selon eux, de la moralité sociale».

Contrôle complet par les religieux
Madawi al-Rashidi, universitaire saoudienne exilée à Londres, complète: «On a donné le contrôle complet, aux (religieux) wahhabites, de la vie religieuse, sociale et culturelle du royaume; aussi longtemps que les prédicateurs prêchaient l’obéissance aux dirigeants, la famille Saoud était contente.»

Dans ce pacte, la famille régnante s’occupe des finances, rétribue les imams et leur formation, lance des chaînes satellitaires de prédication religieuse, paie pour le prosélytisme dans le monde.

Ces dernières années, certains responsables saoudiens allèrent, dans des interviews données à des médias occidentaux, jusqu’à comparer leur pays à un «Vatican» musulman. Des assertions démenties par les faits. L’exportation du wahhabisme à coups de financements massifs n’y fait rien: comme l’écrit l’intellectuel égyptien Tarek Osman, «malgré sa position de pays musulman sunnite le plus riche au monde, malgré le hajj (le pèlerinage annuel à La Mecque, l’une des cinq obligations de l’islam, NDLR), l’Arabie saoudite n’a jamais réussi à établir une institution religieuse qui jouirait d’une vénération globale dans le monde islamique comme c’est le cas pour Al-Azhar en Egypte ou Al-Zeitouna en Tunisie». Le wahhabisme, puritain et intolérant, n’est pas populaire, on l’a déjà fait remarquer.

3. Le rigorisme voyage bien

Malgré son impopularité hors d’Arabie saoudite (il est aussi respecté au Qatar, mais dans une version moins rigoureuse), le wahhabisme s’exporte depuis un demi-siècle. Avec de bons résultats. C’est que les moyens investis en termes financiers laissent pantois. Riyad aurait dépensé des dizaines de milliards de dollars – les estimations crédibles ne sont pas légion – pour promouvoir le wahhabisme dans le monde, à travers des milliers d’écoles religieuses, de mosquées ou de centres culturels.

Un réseau d’associations caritatives saoudiennes comme l’International Relief Organisation servent de relais à la propagation de l’islam wahhabite. L’argent coule aussi à flots pour soutenir les nombreuses télévisions par satellite dédiées à cette tâche de prédication dans de multiples langues. Brochures, cassettes et CD font aussi partie de la panoplie envoyée dans le monde pour répandre le message wahhabite.

L’effort d’exportation a commencé au début des années 1960, comme l’explique Stéphane Lacroix, de sciences po, interrogé sur le blog Assawra: «Cela se traduit par la création de la Ligue islamique mondiale, de l’Université islamique de Médine, et de toute une série d’ONG financées par le pouvoir saoudien dont la mission est de faire de l’humanitaire, mais aussi du prosélytisme».

Wahhabisation de l’islam
Pourquoi tant de zèle? L’islam est, par essence, une religion prosélyte. L’Etat saoudien qui se veut wahhabite, donc porteur du message islamique original, n’a donc d’autre choix, dans cette logique, que d’apporter son poids à l’exportation de sa vision de l’islam. Il y a ainsi eu ce que l’islamologue française Anne-Marie Delcambre appelle la«wahhabisation de l’islam mondial».

Résultat, selon Stéphane Lacroix: «Ce prosélytisme a affecté la pratique de l’islam dans le monde sunnite en le rendant de plus en plus conservateur. En Occident, il a produit une communauté ultra-rigoriste, cherchant à reconstruire une société idéale, de l’entre-soi. Ainsi, on peut s’inquiéter en France du problème sociétal que pose la croissance de cet islam puritain, d’autant que certains de ses partisans peuvent, en raison de certaines de leurs pratiques, entrer en conflit avec les lois républicaines. Mais il ne faut pas tout mélanger. Salafisme – ou wahhabisme en ce cas, NDLR – n’est pas synonyme de djihadisme».

4. Terrorisme: des soupçons, mais rien de concret

Le wahhabisme est-il l’inspirateur du terrorisme pratiqué par les djihadistes comme ceux d’Al-Qaïda ou de l’«Etat islamique»? C’est l’opinion répandue. Et notamment celle du juge Marc Trevidic, jusqu’il y a peu responsable de la cellule antiterroriste à Paris.«Nous savons très bien que ce pays du Golfe a versé le poison dans le verre par la diffusion du wahhabisme. Les attentats de Paris le 13 novembre 2015 en sont l’un des résultats», a-t-il lâché au journal Les Echos.

Sauf que les djihadistes ne se réfèrent jamais, que du contraire, à l’exemple saoudien.«L’Etat islamique, expliquait à la BBC le professeur Bernard Hayke, de l’Université de Princeton, proclame que l’Etat saoudien a dévié des croyances réelles de Mohamed ben Abdel Wahhab, et qu’il est, lui, le vrai représentant du message salafiste ou wahhabite.»

La décapitation ce 2 janvier en Arabie saoudite de 43 djihadistes de la mouvance d’Al-Qaïda montre l’antagonisme virulent entre l’Arabie et les djihadistes. En 2015, 1.850 suspects de sympathies envers Daesh ont été incarcérés dans le royaume. Un royaume du reste en lutte féroce de légitimité avec un mouvement qui s’est donné un «calife», lequel avait qualifié en 2014 le régime saoudien de «tête du serpent», appelant déjà la population à la révolte.

Excommunication… des Saoud
Mathieu Guidère, islamologue français, le confirmait dans son livre Etat du monde arabe (De Boeck Editions): «Les salafistes djihadistes n’ont pas hésité à émettre, dans les années 2000, des fatwas appelant à l’excommunication des dirigeants saoudiens, y compris celle du Roi en personne. Après avoir ciblé les intérêts occidentaux sur le territoire saoudien, Al-Qaïda n’a pas hésité à s’en prendre directement à la monarchie, alors même que celle-ci faisait la promotion du wahhabisme dont se réclamait l’organisation de Ben Laden.»

Quant à la suspicion qui pesait sur les organisations caritatives saoudiennes, qui serviraient de relais pour acheminer du soutien à des groupes terroristes, une étude réalisée en 2007 par le professeur Jonathan Bentall, de l’University College à Londres, concluait ceci: «Le soutien direct par des associations caritatives aux activités du type Al-Qaïda a été lourdement suspecté par les autorités américaines mais rarement, sinon jamais, n’a-t-il été prouvé par des preuves tangibles».

En réalité, les Saoud ont une peur immense des djihadistes. Leur wahhabisme, leur salafisme, s’en écarte. Ecoutons Stéphane Lacroix: «Le salafisme n’est pas révolutionnaire et n’attire pas le même public que le djihadisme. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder le parcours des terroristes des récentes attaques, qui ne fréquentaient pas les milieux salafistes».

5. Un régime soluble dans la critique?

Le régime saoudien prend conscience des excès engendrés par sa doctrine. «Les télévisions par satellites, même privées, diffusent de nombreux témoignages de parents de djihadistes saoudiens partis en Syrie qui racontent leur malheur, observe un Belge d’origine algérienne en rapports professionnels constants avec les milieux intellectuels dans le Golfe. On y nomme même les imams tenus pour responsables de l’endoctrinement des jeunes ! Et on ne se prive pas d’appeler à la réforme des programmes scolaires, qui a d’ailleurs largement commencé.»

La prise de conscience se manifeste aussi par la publication d’articles comme dans le quotidien Al Watan, où un journaliste vétéran, Qenan al-Ghamdi, fustigeait le 2 novembre dernier «la majorité des imams qui continuent tous les vendredis dans leurs prêches à lancer des accusations d’hérésie contre des groupes de musulmans parmi nous (lire: les chiites) et aussi contre les gens du Livre (lire, dans ce cas: les chrétiens)dont beaucoup travaillent chez nous; certains de ces imams sont employés et supervisés par le ministère des Affaires religieuses. Des chaînes de télévision leur offrent une tribune où ils peuvent répandre leur poison, qui atteint tous les foyers».

Certes les postures radicales contre le régime peuvent encore valoir à leurs auteurs des années de prison, des flagellations, voire pire. Mais la société saoudienne évolue, en interaction avec les moyens de communication modernes, très prisés. Une société divisée entre modernistes et conservateurs, sans doute majoritaires. «L’élite intellectuelle libérale composée de diplomates, de journalistes, d’hommes d’affaires, complète notre Belgo-Algérien, n’ose pas prendre les devants s’agissant de critiquer le wahhabisme. L’autocensure reste dominante. Mais, en privé, les critiques pleuvent! Et on se moque bien de l’establishment religieux.»

BAUDOUIN LOOS

Article publié dans Le Soir du samedi 9 janvier 2016.

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Nous avons tous tué Charlie


 

Je ne suis pas Charlie. Je ne suis ni Charb, ni Wolinski, ni les dix autres. Pourtant, 24 heures après l’attentat, j’étais aux deux rassemblements organisés à Perpignan en leur mémoire. Hier devant le Conseil général (mais que diable avait-il à voir avec le crime ?). Ce matin dans la petite rue où s’abrite le club de la presse local, trop exigüe pour accueillir la foule nombreuse venue à renforts de photocopies « Je suis Charlie ». Eux comme moi pourrons dire « j’étais là ». Et là me reviennent les paroles de la chanson de Zazie :

« J’étais là en octobre 80, après la bombe de Copernic,
Oui j’étais à la manif’, avec tous mes copains.
J’étais là, c’est vrai qu’on n’y comprenait rien
Mais on trouvait ça bien, ça bien.
Oui j’étais là pour aider pour le sida, les sans-papiers,
J’ai chanté, j’ai chanté.
Sûr que j’étais là pour faire la fête,
Et j’ai levé mon verre à ceux qui n’ont plus rien,
Encore un verre, on n’y peut rien.
J’étais là, devant ma télé à 20h, j’ai vu le monde s’agiter, s’agiter.
J’étais là, je savais tout de la Somalie, du Bangladesh et du Rwanda,
J’étais là.
J’ai bien vu le sort que le nord réserve au sud, bien compris le mépris,
J’étais là pour compter les morts.
J’étais là, et je n’ai rien fait,
Et je n’ai rien fait.
J’étais là pourtant, j’étais là,
Et je n’ai rien fait, je n’ai rien fait. »

Voilà, j’étais là. Et puis les manifestants de tous bords ont entonné la Marseillaise. Répondre au sang par l’appel au sang : « Aux armes citoyens… Qu’un sang impur abreuve nos sillons ». Alors j’ai eu envie de pleurer et je suis parti. Parce que cet attentat n’est pas un crime contre la France, mais un crime contre la Liberté. Parce que Charlie n’aimait pas les accents guerriers de la Marseillaise dont il s’est au moins autant moqué que des dérives religieuses en général, et pas uniquement de l’islamisme. Parce que depuis hier, je vois sur les réseaux sociaux et j’entends à la radio des tas de gens se réclamer de Charlie et exiger le retour de la peine de mort, stigmatiser l’Islam à tel point que ses représentants se sentent obligés de s’excuser. Tous ces gens qui pour la plupart n’ont jamais lu ni un Hara-Kiri, ni un Charlie Hebdo. Tous ces gens qui, finalement, ne connaissaient au mieux que Cabu quand il dessinait au Club Dorothée… Parmi eux, combien se sont insurgés lorsque les locaux de Charlie Hebdo ont été incendiés en 2011 ? Combien ne s’informent que devant BFM TV ou TF1 ? Combien font partie des 25% qui ont voté FN aux dernières élections européennes ?

Depuis des années, les médias font la part belle à des Zemmour et des Le Pen. Ah le danger de l’Islamisation de notre douce France… On les écoute, persuadés que finalement « ils disent pas que des conneries », on achète leurs livres, on vote pour eux… Après tout, les autres sont « tous pourris », incompétents, carriéristes… Comme si les résistants, les idéalistes, les humanistes et les libertaires étaient des races à jamais disparues.
Comme pour l’affaire Mehra, la Police a fait un travail incroyable. A peine l’attentat commis, on connaissait le nom des coupables. Il parait même que l’un d’eux avait « oublié » sa carte d’identité dans la voiture des bourreaux… Qu’est-ce que c’est con un terroriste ! Bientôt (peut-être même pendant que j’écris ces lignes), on les trouvera. Il y aura une fusillade et ils y resteront. Chacun pourra alors retourner devant sa télé en se disant que Justice est faite et s’inquiètera des nouvelles aventures de Nabila ou de Valérie Trierweiler…
Personne ne se posera la question du « pourquoi ». Oui, pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Personne ne se posera la question parce qu’on nous a déjà donné la réponse : l’islamisme.
Et si nous étions les véritables coupables ? Dans « L’Insoutenable légèreté de l’être », Kundera (qui a vécu l’invasion des chars soviétiques dans son pays, la Tchécoslovaquie) écrivait « le pire crime est l’ignorance ». Nous sommes tous coupables parce que nous ignorons la réalité, nous ignorons l’Histoire ou, pire, nous préférons l’ignorer.

Je suis devenu journaliste en 1994. J’avais 25 ans et je rêvais un jour d’écrire l’équivalent du « J’accuse » de Zola. Je croyais en la liberté de la presse, ce fameux « quatrième pouvoir ». J’ai vite déchanté, comprenant que dans les grands médias, les journalistes ne sont que des salariés au service des véritables patrons de leur journal, de leur radio, de leur chaine de télévision : grands industriels, marchands d’armes, financiers, politiciens bien assis… Et que ces salariés perdent leur boulot s’ils ne sont pas aux ordres. Non, la presse en général n’est plus libre depuis longtemps, à part quelques bastions de résistance dont la visibilité est réduite au maximum. Charlie est l’un de ces rares bastions. Charb et les autres étaient de ceux qui refusaient qu’on leur dicte les mots à écrire, les sujets à traiter et à défendre, bref qu’on les oblige à passer la brosse à reluire.
J’aurais pu monter au créneau, dénoncer ce système infâme qui ne conduit qu’à la désinformation, à la lobotomisation des esprits, les dictant malgré eux à acheter tel ou tel produit, qu’il s’agisse d’un I-phone ou d’une idée malsaine. Je l’ai juste fait dans mon coin, j’ai lutté pour ma propre liberté d’expression, parfois pour celle d’un collègue, et puis j’ai jeté l’éponge, comme un boxeur au bord du KO, et j’ai quitté la profession alors que j’aurais dû repartir sur le ring et défendre cette fameuse liberté d’expression que l’on nous sert désormais à toutes les sauces. Au nom de la liberté d’expression, on peut appeler à la haine mais on a de plus en plus de mal à la dénoncer. Quelle honte.

« Nous sommes Charlie… Qu’un sang impur abreuve nos sillons »… Non, désolé, je ne m’en remets pas. C’est en confondant tout et n’importe quoi que nous sommes tous responsables de l’attentat d’hier. Parce que nous avons laissé le FN se dédiaboliser alors qu’il défend les mêmes idées et applique les mêmes stratégies que les partis fascistes des années 1930. Parce que nous confondons le conflit israélo-palestinien avec une guerre de religion alors qu’il s’agit d’une guerre coloniale. Parce que depuis le 11 septembre 2001, nous ne regardons plus les arabes de la même manière. Parce que nous avons substitué le mot « solidarité » par le mot « assistanat ». Parce que nous sommes incapables de regarder plus loin que notre petit confort. Parce qu’on a peur pour nos retraites vu que nos impôts seraient dilapidés dans les aides sociales distribuées à des faignasses bronzées. Parce que quand Sarkozy, Balkany et tant d’autres détournent des millions d’euros, on les réélit quand même. Parce que quand Depardieu s’exile en Russie en affirmant que Poutine est un grand démocrate, on dit qu’il a bien raison de ne plus payer ses impôts en France. Parce que ceux qui veulent la tête des « bougnoules » oublient que leurs ancêtres furent traités de « ritals », « d’espingouins », de « polaks », de « portos », etc.

Oui, les véritables terroristes, c’est bien nous. Nous nous sommes laissés entrainer dans un individualisme forcené qui nous conduit à chercher des boucs-émissaires partout. SDF, Roms, musulmans… Ce matin, sur Facebook, un homme (que je ne connais pas) arborait le fameux « Je suis Charlie » tout en écrivant « Si les terroristes sont capturés, la mère « Teub ira » les fera libérer et on leur paiera le billet d’avion pour repartir au djihad avec le RSA et la carte vitale ». Non, ce n’était pas une blague…

Bref, j’étais là hier et ce matin. Et tout ce que j’arrive à faire, c’est prendre ma plume. Une plume désenchantée. Quel paradoxe pourtant ! Je devrais me réjouir qu’à Perpignan (seule ville française à commémorer chaque année les morts de l’OAS qui, rappelons-le, étaient des terroristes…), un monde fou soit venu manifester son indignation. Si nous avions été une poignée, comme lors de la mort de Clément Méric, j’aurais hurlé ma colère. Mais la question que je me pose, c’est pourquoi étaient-ils là ? Et la réponse me terrifie.

J’ai peur que ce drame soit à nouveau détourné pour cracher sur l’Islam, ou plutôt sur les arabes en général puisque personne ne fait plus la différence, comme si tous les blancs étaient des cathos intégristes… Charlie Hebdo se moquait avec férocité de l’Islamisme, parfois même de l’Islam, comme il se moquait de toutes les religions, en bon anarchiste anticlérical qu’était (et sera toujours) ce journal.
J’ai peur que la violence succède à la violence, du moins pendant quelques jours (une actu chassant l’autre, les gens oublieront vite). Que des innocents soit agressés ou tués parce qu’ils sortent d’une mosquée ou qu’ils boivent un thé à la menthe au lieu d’un Ricard. Peur que ceux qui profitent de ces crimes soient ceux qui se réjouissent à la fois des morts de Charlie Hebdo et de la stigmatisation de l’Islam, je veux parler de l’extrême-droite et de ses proches. Nul doute que du côté de Saint-Cloud ou de Millas, hier on a sabré le champagne…

Alors que faire ? Lire, réfléchir, s’informer, ouvrir les yeux, réapprendre à se servir de son sens critique, échanger, essayer de comprendre l’autre au lieu de le juger. Ce n’est pas de l’angélisme, juste le seul moyen d’assurer le véritable fonctionnement d’une démocratie et, par conséquent, de sauvegarder nos libertés

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Lettre ouverte au monde musulman


Lundi 13 Octobre 2014 à 05:00 | Lu 87519 fois I 74 commentaire(s)

 

ABDENNOUR BIDAR*

Pour le philosophe Abdennour Bidar, les croyants ne peuvent pas se contenter de dénoncer la barbarie terroriste pour éluder l’origine des dérives djihadistes. Face aux dogmes et à l’instrumentalisation politique dont ils sont l’objet, le monde musulman doit faire son autocritique et œuvrer à sa propre réforme.


Le sommet d'une mosquée à Islamabad au Pakistan - Anjum Naveed/AP/SIPA

Le sommet d’une mosquée à Islamabad au Pakistan – Anjum Naveed/AP/SIPA

 

>>> Tribune parue dans Marianne daté du 3 octobreCher monde musulman, je suis un de tes fils éloignés qui te regarde du dehors et de loin – de ce pays de France où tant de tes enfants vivent aujourd’hui. Je te regarde avec mes yeux sévères de philosophe nourri depuis son enfance par le taçawwuf (soufisme) et par la pensée occidentale. Je te regarde donc à partir de ma position de barzakh, d’isthme entre les deux mers de l’Orient et de l’Occident !

Et qu’est-ce que je vois ? Qu’est-ce que je vois mieux que d’autres, sans doute parce que justement je te regarde de loin, avec le recul de la distance ? Je te vois, toi, dans un état de misère et de souffrance qui me rend infiniment triste, mais qui rend encore plus sévère mon jugement de philosophe ! Car je te vois en train d’enfanter un monstre qui prétend se nommer Etat islamique et auquel certains préfèrent donner un nom de démon : Daesh. Mais le pire est que je te vois te perdre – perdre ton temps et ton honneur – dans le refus de reconnaître que ce monstre est né de toi, de tes errances, de tes contradictions, de ton écartèlement entre passé et présent, de ton incapacité trop durable à trouver ta place dans la civilisation humaine.

Que dis-tu en effet face à ce monstre ? Tu cries : « Ce n’est pas moi ! »« Ce n’est pas l’islam ! » Tu refuses que les crimes de ce monstre soient commis en ton nom (#NotInMyName). Tu t’insurges que le monstre usurpe ton identité, et bien sûr tu as raison de le faire. Il est indispensable qu’à la face du monde tu proclames ainsi, haut et fort, que l’islam dénonce la barbarie. Mais c’est tout à fait insuffisant ! Car tu te réfugies dans le réflexe de l’autodéfense sans assumer aussi et surtout la responsabilité de l’autocritique. Tu te contentes de t’indigner alors que ce moment aurait été une occasion historique de te remettre en question ! Et tu accuses au lieu de prendre ta propre responsabilité : « Arrêtez, vous, les Occidentaux, et vous, tous les ennemis de l’islam, de nous associer à ce monstre ! Le terrorisme, ce n’est pas l’islam, le vrai islam, le bon islam qui ne veut pas dire la guerre mais la paix ! »

J’entends ce cri de révolte qui monte en toi, ô mon cher monde musulman, et je le comprends. Oui, tu as raison, comme chacune des autres grandes inspirations sacrées du monde, l’islam a créé tout au long de son histoire de la beauté, de la justice, du sens, du bien, et il a puissamment éclairé l’être humain sur le chemin du mystère de l’existence… Je me bats ici, en Occident, dans chacun de mes livres, pour que cette sagesse de l’islam et de toutes les religions ne soit pas oubliée ni méprisée ! Mais de ma position lointaine je vois aussi autre chose que tu ne sais pas voir… Et cela m’inspire une question – « la » grande question : pourquoi ce monstre t’a-t-il volé ton visage ? Pourquoi ce monstre ignoble a-t-il choisi ton visage et pas un autre ? C’est qu’en réalité derrière ce monstre se cache un immense problème, que tu ne sembles pas prêt à regarder en face. Il faudra bien pourtant que tu finisses par en avoir le courage.

Ce problème est celui des racines du mal. D’où viennent les crimes de ce soi-disant « Etat islamique » ? Je vais te le dire, mon ami. Et cela ne va pas te faire plaisir, mais c’est mon devoir de philosophe. Les racines de ce mal qui te vole aujourd’hui ton visage sont en toi-même, le monstre est sorti de ton propre ventre – et il en surgira autant d’autres monstres pires encore que celui-ci que tu tarderas à admettre ta maladie, pour attaquer enfin cette racine du mal !

Même les intellectuels occidentaux ont de la difficulté à le voir : pour la plupart, ils ont tellement oublié ce qu’est la puissance de la religion – en bien et en mal, sur la vie et sur la mort – qu’ils me disent : « Non, le problème du monde musulman n’est pas l’islam, pas la religion, mais la politique, l’histoire, l’économie, etc. » Ils ne se souviennent plus du tout que la religion peut être le cœur de réacteur d’une civilisation humaine ! Et que l’avenir de l’humanité passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière, mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent que traverse notre humanité tout entière ! Saurons-nous tous nous rassembler, à l’échelle de la planète, pour affronter ce défi fondamental ? La nature spirituelle de l’homme a horreur du vide, et si elle ne trouve rien de nouveau pour le remplir elle le fera demain avec des religions toujours plus inadaptées au présent – et qui comme l’islam actuellement se mettront alors à produire des monstres.

Je vois en toi, ô monde musulman, des forces immenses prêtes à se lever pour contribuer à cet effort mondial de trouver une vie spirituelle pour le XXIe siècle ! Malgré la gravité de ta maladie, il y a en toi une multitude extraordinaire de femmes et d’hommes qui sont prêts à réformer l’islam, à réinventer son génie au-delà de ses formes historiques et à participer ainsi au renouvellement complet du rapport que l’humanité entretenait jusque-là avec ses dieux ! C’est à tous ceux-là, musulmans et non-musulmans, qui rêvent ensemble de révolution spirituelle, que je me suis adressé dans mes ouvrages ! Pour leur donner, avec mes mots de philosophe, confiance en ce qu’entrevoit leur espérance !

Mais ces musulmanes et ces musulmans qui regardent vers l’avenir ne sont pas encore assez nombreux, ni leur parole, assez puissante. Tous ceux-là, dont je salue la lucidité et le courage, ont parfaitement vu que c’est l’état général de maladie profonde du monde musulman qui explique la naissance des monstres terroristes aux noms d’Al-Qaïda, Jabhat Al-Nosra, Aqmi ou « Etat islamique ». Ils ont bien compris que ce ne sont là que les symptômes les plus visibles sur un immense corps malade, dont les maladies chroniques sont les suivantes : impuissance à instituer des démocraties durables dans lesquelles est reconnue comme droit moral et politique la liberté de conscience vis-à-vis des dogmes de la religion ; difficultés chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de l’égalité, de la responsabilité et de la liberté ; impuissance à séparer suffisamment le pouvoir politique de son contrôle par l’autorité de la religion ; incapacité à instituer un respect, une tolérance et une véritable reconnaissance du pluralisme religieux et des minorités religieuses.

Tout cela serait-il donc la faute de l’Occident ? Combien de temps précieux vas-tu perdre encore, ô cher monde musulman, avec cette accusation stupide à laquelle toi-même tu ne crois plus, et derrière laquelle tu te caches pour continuer à te mentir à toi-même ?

Depuis le XVIIIe siècle en particulier, il est temps de te l’avouer, tu as été incapable de répondre au défi de l’Occident. Soit tu t’es réfugié de façon infantile et mortifère dans le passé, avec la régression obscurantiste du wahhabisme qui continue de faire des ravages presque partout à l’intérieur de tes frontières – un wahhabisme que tu répands à partir de tes Lieux saints de l’Arabie saoudite comme un cancer qui partirait de ton cœur lui-même ! Soit tu as suivi le pire de cet Occident, en produisant comme lui des nationalismes et un modernisme qui est une caricature de modernité – je veux parler notamment de ce développement technologique sans cohérence avec leur archaïsme religieux qui fait de tes « élites » richissimes du Golfe seulement des victimes consentantes de la maladie mondiale qu’est le culte du dieu Argent.

Qu’as-tu d’admirable aujourd’hui, mon ami ? Qu’est-ce qui en toi reste digne de susciter le respect des autres peuples et civilisations de la Terre ? Où sont tes sages, et as-tu encore une sagesse à proposer au monde ? Où sont tes grands hommes ? Qui sont tes Mandela, qui sont tes Gandhi, qui sont tes Aung San Suu Kyi ? Où sont tes grands penseurs dont les livres devraient être lus dans le monde entier comme au temps où les mathématiciens et les philosophes arabes ou persans faisaient référence de l’Inde à l’Espagne ? En réalité, tu es devenu si faible derrière la certitude que tu affiches toujours au sujet de toi-même… Tu ne sais plus du tout qui tu es, ni où tu veux aller, et cela te rend aussi malheureux qu’agressif… Tu t’obstines à ne pas écouter ceux qui t’appellent à changer en te libérant enfin de la domination que tu as offerte à la religion sur la vie tout entière.

Tu as choisi de considérer que Mohammed était prophète et roi. Tu as choisi de définir l’islam comme religion politique, sociale, morale, devant régner comme un tyran aussi bien sur l’Etat que sur la vie civile, aussi bien dans la rue et dans la maison qu’à l’intérieur même de chaque conscience. Tu as choisi de croire et d’imposer que l’islam veut dire soumission alors que le Coran lui-même proclame qu’« il n’y a pas de contrainte en religion » (La ikraha fi Dîn). Tu as fait de son appel à la liberté l’empire de la contrainte ! Comment une civilisation peut-elle trahir à ce point son propre texte sacré ? Je dis qu’il est l’heure, dans la civilisation de l’islam, d’instituer cette liberté spirituelle – la plus sublime et difficile de toutes – à la place de toutes les lois inventées par des générations de théologiens !

De nombreuses voix que tu ne veux pas entendre s’élèvent aujourd’hui dans la Oumma pour dénoncer ce tabou d’une religion autoritaire et indiscutable… Au point que trop de croyants ont tellement intériorisé une culture de la soumission à la tradition et aux « maîtres de religion » (imams, muftis, chouyoukhs, etc.) qu’ils ne comprennent même pas qu’on leur parle de liberté spirituelle, ni qu’on leur parle de choix personnel vis-à-vis des « piliers » de l’islam. Tout cela constitue pour eux une « ligne rouge » si sacrée qu’ils n’osent pas donner à leur propre conscience le droit de la remettre en question ! Et il y a tant de familles où cette confusion entre spiritualité et servitude est incrustée dans les esprits dès le plus jeune âge et où l’éducation spirituelle est d’une telle pauvreté que tout ce qui concerne la religion reste quelque chose qui ne se discute pas !

Or, cela, de toute évidence, n’est pas imposé par le terrorisme de quelques troupes de fous fanatiques embarqués par l’« Etat islamique ». Non, ce problème-là est infiniment plus profond ! Mais qui veut l’entendre ? Silence là-dessus dans le monde musulman, et dans les médias occidentaux on n’écoute plus que tous ces spécialistes du terrorisme qui aggravent jour après jour la myopie générale ! Il ne faut donc pas que tu t’illusionnes, ô mon ami, en faisant croire que, quand on en aura fini avec le terrorisme islamiste, l’islam aura réglé ses problèmes ! Car tout ce que je viens d’évoquer – une religion tyrannique, dogmatique, littéraliste, formaliste, machiste, conservatrice, régressive – est trop souvent l’islam ordinaire, l’islam quotidien, qui souffre et fait souffrir trop de consciences, l’islam du passé dépassé, l’islam déformé par tous ceux qui l’instrumentalisent politiquement, l’islam qui finit encore et toujours par étouffer les Printemps arabes et la voix de toutes ses jeunesses qui demandent autre chose. Quand donc vas-tu faire enfin cette révolution qui dans les sociétés et les consciences fera rimer définitivement spiritualité et liberté ?

Bien sûr, dans ton immense territoire il y a des îlots de liberté spirituelle : des familles qui transmettent un islam de tolérance, de choix personnel, d’approfondissement spirituel ; des lieux où l’islam donne encore le meilleur de lui-même, une culture du partage, de l’honneur, de la recherche du savoir, et une spiritualité en quête de ce lieu sacré où l’être humain et la réalité ultime qu’on appelle Allâh se rencontrent. Il y a en terre d’Islam, et partout dans les communautés musulmanes du monde, des consciences fortes et libres. Mais elles restent condamnées à vivre leur liberté sans reconnaissance d’un véritable droit, à leurs risques et périls face au contrôle communautaire ou même parfois face à la police religieuse. Jamais pour l’instant le droit de dire « Je choisis mon islam »« J’ai mon propre rapport à l’islam » n’a été reconnu par l’« islam officiel » des dignitaires. Ceux-là, au contraire, s’acharnent à imposer que « la doctrine de l’islam est unique » et que « l’obéissance aux piliers de l’islam est la seule voie droite » (sirâtou-l-moustaqîm).

Ce refus du droit à la liberté vis-à-vis de la religion est l’une de ces racines du mal dont tu souffres, ô mon cher monde musulman, l’un de ces ventres obscurs où grandissent les monstres que tu fais bondir depuis quelques années au visage effrayé du monde entier. Car cette religion de fer impose à tes sociétés tout entières une violence insoutenable. Elle enferme toujours trop de tes filles et tous tes fils dans la cage d’un bien et d’un mal, d’un licite (halâl) et d’un illicite (harâm) que personne ne choisit mais que tout le monde subit. Elle emprisonne les volontés, elle conditionne les esprits, elle empêche ou entrave tout choix de vie personnel. Dans trop de tes contrées, tu associes encore la religion et la violence – contre les femmes, les « mauvais croyants », les minorités chrétiennes ou autres, les penseurs et les esprits libres, les rebelles – de sorte que cette religion et cette violence finissent par se confondre, chez les plus déséquilibrés et les plus fragiles de tes fils, dans la monstruosité du djihad !

Alors ne fais plus semblant de t’étonner, je t’en prie, que des démons tels que le soi-disant Etat islamique t’aient pris ton visage ! Les monstres et les démons ne volent que les visages qui sont déjà déformés par trop de grimaces ! Et si tu veux savoir comment ne plus enfanter de tels monstres, je vais te le dire. C’est simple et très difficile à la fois. Il faut que tu commences par réformer toute l’éducation que tu donnes à tes enfants, dans chacune de tes écoles, chacun de tes lieux de savoir et de pouvoir. Que tu les réformes pour les diriger selon des principes universels (même si tu n’es pas le seul à les transgresser ou à persister dans leur ignorance) : la liberté de conscience, la démocratie, la tolérance et le droit de cité pour toute la diversité des visions du monde et des croyances, l’égalité des sexes et l’émancipation des femmes de toute tutelle masculine, la réflexion et la culture critique du religieux dans les universités, la littérature, les médias. Tu ne peux plus reculer, tu ne peux plus faire moins que tout cela ! C’est le seul moyen pour toi de ne plus enfanter de tels monstres, et si tu ne le fais pas, tu seras bientôt dévasté par leur puissance de destruction.

Cher monde musulman… Je ne suis qu’un philosophe, et comme d’habitude certains diront que le philosophe est un hérétique. Je ne cherche pourtant qu’à faire resplendir à nouveau la lumière – c’est le nom que tu m’as donné qui me le commande, Abdennour, « Serviteur de la Lumière ». Je n’aurais pas été si sévère dans cette lettre si je ne croyais pas en toi. Comme on dit en français, « qui aime bien châtie bien ». Et, au contraire, tous ceux qui aujourd’hui ne sont pas assez sévères avec toi – qui veulent faire de toi une victime -, tous ceux-là en réalité ne te rendent pas service ! Je crois en toi, je crois en ta contribution à faire demain de notre planète un univers à la fois plus humain et plus spirituel ! Salâm, que la paix soit sur toi.

Abdennour Bidar est philosophe, auteur de Self islam, histoire d’un islam personnel (Seuil, 2006), L’Islam sans soumission : pour un existentialisme musulman (Albin Michel, 2008), et d’ Histoire de l’humanisme en Occident (Armand Colin, 2014).

 

 

Le salafisme, késako?


Publié le 5 novembre 2012 by

Ce billet est le premier d’une série d’articles qui visent à éclairer les lecteurs sur les différents « -ismes » souvent rattachés à l’Islam, et aux musulmans…

Il s’agira moins de soumettre un avis tranché que de proposer des clés de compréhension, meilleure preuve de respect qu’il est possible de présenter aux intéressés. De fait, les lignes plus bas et celles qui suivront ne s’adressent nullement aux adeptes du choc des civilisations et autres identitaires qui s’abreuvent de représentations fantasmatiques quand ils ne participent pas eux-mêmes à leur fabrication. Ceux-là qui ne peuvent s’imaginer d’extrémiste et de violent qu’en islamiste qu’il sera aisé de confondre à leur guise avec de simples musulmans, l’occasion pour eux de différencier le mauvais musulman du bon, ce dernier « prouvant » à qui en douterait, qu’il est possible de ne pas succomber au fondamentalisme à condition de modérer très fort ses penchants islamistes. Les mêmes qui, de mauvaise foi, refusent de comprendre le « langage musulman » pour systématiquement s’offusquer du « Allahou Akbar » de Syriens jugés trop islamistes dans leur façon de recevoir les bombes d’un régime imparfait, certes, mais tout à fait respectable puisque « laïc ». A tous ceux-là, inutile de lire plus loin.

Un même mot, plusieurs réalités.

Dans la série « j’utilise un terme que je ne comprends pas », demandons le salafisme.
Entre fantasmes de non avertis, mensonges de propagandistes et réalités d’un mouvement aux multiples facettes, le salafisme fait partie de ces termes qui portent à la plus grande confusion. Rares sont les articles qui prétendent nous éclairer sur le salafisme mais qui ne rajoutent pas un peu à la confusion qui existe déjà.

Soyons clairs : salafi n’est pas un gros mot.

En fait, et pour faire simple, le terme salafi peut être l’objet de trois compréhensions.

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