Syrie – 355 patients « présentant des symptômes neurotoxiques » décédés


Quelque 355 patients « présentant des symptômes neurotoxiques » sont morts en Syrie dans des hôpitaux aidés par Médecins sans frontières, où près de 3.600 personnes sont traitées depuis le 21 août, a affirmé samedi l’ONG dans un communiqué.

« Trois hôpitaux situés dans le gouvernorat de Damas et soutenus par Médecins Sans Frontières ont reçu, en moins de trois heures le mercredi matin 21 août, environ 3.600 patients présentant des symptômes neurotoxiques. 355 d’entre eux sont morts », a écrit MSF.

L’ONG est ainsi la première source indépendante à confirmer l’utilisation d’armes chimiques dans la région de Damas, évoquée depuis plusieurs jours par l’opposition syrienne, qui accuse le régime d’avoir mené une attaque de grande ampleur qui aurait fait au moins 1.300 morts mercredi.

Le régime du président syrien Bachar al-Assad nie en bloc et accuse les rebelles d’avoir utilisé des armes toxiques près de Damas.

Les équipes de MSF n’ont pas pu se rendre sur place, mais elles sont en contact avec le personnel médical de ces hôpitaux, auquel elles fournissent des médicaments, du matériel médical et un appui technique. « Les symptômes qui nous ont été rapportés, tels que les convulsions, l’hypersalivation, les pupilles contractées, la vision trouble et la détresse respiratoire, le schéma épidémiologique de cet événement – caractérisé par l’afflux massif de patients dans un laps de temps très court, la provenance des patients et la contamination des secouristes et du personnel ayant fourni les premiers soins – suggèrent fortement l’exposition massive à un agent

Belga

 

Syrie : quelle ligne rouge ?


Massacre chimique à Damas. Les activistes syriens diffusent des centaines de preuves et témoignages.

2013/08/22

Jeudi 22 août les réseaux syriens annoncent 1700 morts suite à l’attaque du régime Assad contre la population syrienne, profitant du silence complice de l’opinion internationale. Ce matin, les sources rapportent que le composant chimique pourrait être un Gaz neurotoxique (lemonde.fr).

Attaque chimique le 21 août 2013:  » La plupart des victimes sont des femmes et des enfants. On sait à présent que les forces du régime [Assad] ont tiré 15 missiles à tête chimique sur les villages de l’Est de Ghouta vers 3:00 ce matin. On pense que les armes utilisées étaient au Sarin […] les hôpitaux de campagne de la ville assiégée manquent d’atropine et d’hydrocortisone nécessaires aux victimes, ainsi que de graves pénuries en bouteilles d’oxygène ; Les forces du régime bloquent l’entrée de toutes les fournitures médicales (et alimentaires, carburants, aide humanitaire, etc.) dans toute la région depuis des mois. La situation est à présent catastrophique et tragique dans tous les sens des termes« . [01]

Les estimations du 21 août au soir, avançaient que plus de 1360 personnes avaient été tuées et 6000 blessées, selon les Comités Locaux de Coordination (LCCSy) [02].

#CWMassacre65

 

le très long article figure ici

Syrie : Al-Assad promet de réprimer la rébellion «d’une main de fer»


Monde

5 août 2013 à 08:21
Photo fournie par l'agence Sana montrant le président syrien Bachar al-Assad, lors d'un discours à Damas le 4 août 2013.

Photo fournie par l’agence Sana montrant le président syrien Bachar al-Assad, lors d’un discours à Damas le 4 août 2013. (Photo AFP)

Dans un discours télévisé diffusé dimanche, le président syrien a de nouveau fait part de sa détermination à écraser l’insurrection, .

Par AFP

Le président syrien Bachar al-Assad a exprimé dimanche soir sa détermination à écraser d’une «main de fer» la rébellion qui depuis plus de deux ans tente de le renverser, quelques jours après avoir affiché l’image d’un régime sûr de la victoire. «Aucune solution ne peut être trouvée avec le terrorisme, excepté en le réprimant avec une main de fer», a déclaré le président Assad au cours d’une rare allocution retransmise à la télévision publique.

Dans ce discours d’une durée de 45 minutes, le président a encouragé les forces armées à continuer à combattre les rebelles, qualifiés de terroristes par le régime. «La crise ne sera résolue que sur les champs de bataille», a-t-il lancé.

Fort de deux importants succès militaires, Bachar al-Assad avait déjà adressé jeudi un message aux militaires à l’occasion de la fête de l’armée. «Si en Syrie nous n’étions pas sûrs de la victoire, nous n’aurions pas eu la capacité de résister et nous n’aurions pas pu poursuivre (la bataille)» après plus de deux ans de guerre, avait-il souligné. Il avait aussi effectué un rare déplacement hors de Damas dans un ex-bastion rebelle et les autorités avaient diffusé des images de lui saluant des soldats.

Au cours de son discours prononcé dimanche lors d’un iftar-repas de rupture du jeûne, au coucher de soleil, pendant le mois de ramadan-, Al-Assad a par ailleurs estimé que la Coalition nationale syrienne (opposition) a échoué et qu’elle n’a aucun rôle à jouer dans la recherche d’une solution pour mettre fin au conflit qui ensanglante le pays depuis 28 mois. Selon lui, elle «n’est pas fiable» et est «à la solde de plus d’un pays du Golfe».

En présence de personnalités politiques et religieuses, et de membres de la société civile, ll a aussi souligné les «réalisations héroïques de l’armée syrienne dans la défense du pays» et a salué le peuple syrien «pour s’être rangé du côté des forces armées, afin de défendre la Syrie et ses ressources».

Toujours plus de morts sur le terrain

En mars 2011, la Syrie avait connu un mouvement de protestation pour exiger sans succès des réformes démocratiques. Le régime avait déclenché une brutale répression contre l’opposition, qualifiant systématiquement les opposants et les rebelles de «terroristes» et refusant d’admettre l’existence d’une révolte populaire.

La contestation populaire s’est ensuite transformée en insurrection armée qui a fait plus de 100 000 morts selon l’ONU. L’opposition syrienne a affirmé dimanche qu’elle était prête à coopérer à «une enquête impartiale» sur les crimes de guerre commis dans le conflit syrien, répondant ainsi à un appel de Navi Pillay, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme.

Cinq membres d’une famille favorable au régime ont par ailleurs été assassinés dimanche par des hommes armés dans le nord de Damas, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Dans l’ouest du pays, une bataille entre rebelles et forces du régime a causé la mort d’au moins 30 personnes des deux camps dimanche, a également annoncé l’OSDH, et une voiture piégée a explosé à un poste de contrôle de l’armée dans le quartier de Boustane al-Dour, au sud de Damas.

Les forces du régime ont continué leur bombardement de Barzé (nord) et Jobar (est), a précisé l’OSDH qui a fait également état de combats dans le Jabal al-Akrad, dans la province de Lattaquié, au cours desquels 12 rebelles et 19 soldats et supplétifs ont trouvé la mort. Et à Ariha, dans la province d’Idleb (nord-ouest), quatre personnes, dont un enfant, ont été tués dans un bombardement, toujours selon la même source.

Tandis que le conflit a forcé des millions de personnes à fuir leurs foyers, le pays a plongé dans une crise économique sans précédent. L’économie syrienne a ainsi connu une dollarisation croissante en raison de la chute de la monnaie nationale -la livre syrienne (SYP)- qui a perdu les trois-quarts de sa valeur par rapport au dollar, amenant le président Assad a promulgué dimanche un décret interdisant toute transaction commerciale en devises étrangères.

Sur le plan diplomatique, le nouveau président iranien Hassan Rohani a affirmé dimanche que rien ne pouvait affecter les relations de l’Iran avec la Syrie, en recevant à Téhéran le Premier ministre syrien Waël al-Halaqi, selon l’agence officielle Sana.

source

Lettre d’Alep : avec les Syriens que l’on a abandonnés à leur sort


Send the article by emailImprimer
Reduce text sizeIncrease text sizePrint

Jean-Pierre Filiu
Universitaire
Publié le 27/07/2013 à 15h00

Dans les ruelles de la vieille ville d’Alep, au milieu des destructions (JACK HILL/THE TIMES/SIPA)

Chers riverains, je rentre d’un séjour de « terrain » dans les zones « libérées » d’Alep, soit les secteurs tenus par la révolution depuis près d’un an, dans la métropole du nord de la Syrie.

L’enlèvement, le 6 juin 2013, de deux journalistes d’Europe 1, mon ami Didier François et le photographe Edouard Elias, a rendu ce type d’enquête encore plus périlleux. J’ai pour ma part choisi l’immersion dans la résistance civile, plutôt que la « protection » par tel ou tel groupe armé.

J’ai pu constater sur place les multiples stigmates des bombardements gouvernementaux, menés par hélicoptères, par avions, par artillerie et par blindés. J’ai entendu une fois un bombardement aérien, dont je n’ai pas vu l’impact. J’ai aperçu de loin les volutes de fumée provoquées par un tir d’artillerie.

J’ai vu, devant chacun des hôpitaux de campagne, les tentes d’urgence installées en cas d’attaque chimique. Pour mémoire, les services de santé d’Alep, gérés pour la première fois de leur histoire par une municipalité démocratiquement élue, disposent de 10 000 doses d’atropine (à injecter en cas d’exposition au gaz sarin) et de… seize masques à gaz.

Je me suis surtout plongé dans cette population de deux millions de femmes et d’hommes pour qui le retour de la dictature est tout simplement inconcevable. Les pilonnages récurrents ne font qu’intensifier la haine contre « l’âne », « le chien » ou « le canard », ainsi qu’est indifféremment désigné Bachar al-Assad par ses anciens sujets.

L’effroi des missiles Scud

Mais de toutes les armes dont le despote frappe les civils insoumis, ce sont les missiles Scud qui suscitent l’effroi le plus intense. Ces missiles balistiques sont en effet tirés depuis la banlieue nord de Damas, à 300 kilomètres de là, pour s’abattre sur des zones résidentielles de manière aveugle. Il n’y a pas de précédent à la perpétration d’un tel crime de guerre à l’encontre d’une population désarmée.

Ce soir du 26 juillet, dans le quartier de Bab Nayrab, les familles s’étaient réunies, comme dans les autres foyers musulmans d’Alep, pour partager le repas de rupture du jeûne du Ramadan.

Un missile sol-sol s’est abattu sur l’immeuble. 35 cadavres auraient été extirpés des décombres, dont ceux de 19 enfants.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) ne confirme sur le moment que dix victimes, précisant que le bilan peut rapidement s’alourdir. Les secours s’activent dans la nuit à la lumière des projecteurs. En voici l’enregistrement vidéo mis en ligne par des « reporters-citoyens » de l’Aleppo Media Center (AMC).

Alep

Ces Syriens que l’on a abandonnés à leur sort…

J’entends déjà de bons esprits affirmer qu’un bilan aussi tragique doit être confirmé de « sources indépendantes ». Mais où trouver ces fameuses « sources » quand l’ONU s’interdit l’accès aux zones révolutionnaires, quand les actions humanitaires y sont ciblées et quand les journalistes étrangers y sont enlevés ?

Alors laissons à ces Syriens, que l’on a abandonnés à leur sort, le droit de compter leurs morts.

Une autre tentation pourrait être de dresser un parallèle entre ce massacre de civils par la machine de guerre Assad et les revers sanglants essuyés ces derniers jours par les forces gouvernementales au sud-ouest d’Alep (l’opposition a même dénoncé l’exécution sommaire de dizaines de prisonniers par un groupe jihadiste).

Comme si les crimes des uns excusaient les crimes des autres. Comme si des civils désarmés ne devaient pas être protégés par toutes les garanties du droit international.

Les fantômes de Guernica

En septembre 2012, Le Monde avait rompu avec sa pratique éditoriale en publiant sur une double page l’image d’un bombardement à Alep et le témoignage des deux reporters qui y avaient assisté. Ce texte évoquait avec émotion les fantômes de Guernica. Dix mois plus tard, des images comparables en provenance d’Alep ne provoquent plus que l’indifférence.

Il est 14 heures en ce 27 juillet et, à ma connaissance, pas un organe de presse occidental n’a encore rapporté le massacre de cette nuit à Alep.

Il est vrai que, ce samedi matin, deux nouveaux raids aériens ont frappé deux autres quartiers d’Alep, Bustan al-Qasr et Maadi.

Alors que l’on ne nous parle plus de ce « monde transparent », de cette « conscience universelle », de « l’impossibilité pour un dictateur de massacrer aujourd’hui son peuple ». Qu’on ne nous en parle plus, car Bachar al-Assad le fait depuis 28 mois, et il s’en porte très bien.

Durant l’été 2012, j’avais eu le triste privilège d’annoncer, à vous riverains, un massacre de civils en cours à Daraya, dans la banlieue de Damas.

Le carnage n’avait fait que quelques lignes dans nos quotidiens. La Syrie nous lasse, elle nous fatigue. Nous avons tellement hâte qu’elle disparaisse de notre horizon que certains en viennent à souhaiter, de moins en moins discrètement, que Bachar écrase ses opposants une fois pour toutes. Et qu’on n’en parle plus.

Cela ne sera pas, car les révolutionnaires de Syrie sont allés trop loin pour jamais reculer. Ni les Scud, ni les gaz ne parviendront à les briser.

Le graffiti préféré que je ramène d’Alep est le suivant :

« La révolution que nous voulons, c’est la révolution de la vie. »

Et c’est ce message d’espoir que je vous ramène, malgré tout, d’Alep, chers riverains.

source

Pourquoi cette inertie ?


Quand je vois que l’on descend facilement dans la rue pour soutenir telle ou telle cause que je partage, je suis toujours surpris de constater que les événements en Syrie mobilisent si peu de personnes.

Que certaines personnes aient des avis divergents sur la façon (armée ou diplomatique) de régler ce conflit, je le vois bien.

Toutefois, les opposants à une intervention armée ou une aide en armement m’étonnent un peu. Je m’explique.

– Pourquoi je ne les vois pas organiser quoi que ce soit pour dénoncer les massacres ? (une petite manif pour dire STOP, juste STOP, ça va pas leur bouffer leur soirée)

– Pourquoi je les vois pas dénoncer un régime tyrannique (je crois que sur ce point on ne tergiverse pas) ?

– Pourquoi je ne les vois pas faire pression sur les détenteurs du droit de veto pour que ceux-ci condamnent le régime de Damas ? (j’ai bien dit pression diplomatique pas lâcher de bombe nucléaire sur la tronche de bachar)

– Pourquoi je ne les vois pas dénoncer les livraisons d’armes à al assad par la Russie (oh pardon, ces armes sont livrées légalement dans le cadre de contrats antérieurs à la révolte alors que si certains pays occidentaux faisaient pareils on se serait prompt à les dénoncer, moi en tête) ?

– Pourquoi je ne les vois pas dénoncer la présence de l’Iran, du Hezbo, d’Irakiens auprès d’al assad (c’est pas de l’ingérence étrangère peut-être) ?

De la part de l’extrême-droite, je le comprends, mais là y a un truc qui m’échappe …

« Le plus blessant pour les Syriens, c’est le manque de solidarité » – Entretien avec Salam Kawakibi


24 juillet 2013

1473843794

 La lettre que vous pouvez lire ci-dessous m’est parvenue il y a quelques jours, comme à d’autres journalistes. Elle a été écrite par trois spécialistes de la Syrie, Florence Ollivry, Marion Coudert et Nicolas Camoisson, et relayée par Salam Kawakibi, syrien lui-même. Il est le directeur adjoint de l’Arab Reform Initiative, un réseau d’instituts de recherches sur le monde arabe. Chaque jour, sur son profil Facebook, il publie des photos venues de Syrie. Les photos d’un drame que les médias, surtout depuis le déclenchement des événements égyptiens, ont comme occulté. Alors que les civils syriens meurent, souffrent, fuient, subissent une guerre d’une violence inouïe. Voici sa lettre, et à suivre, un entretien que nous avons réalisé hier. Un entretien qui se termine par cette réflexion amère: « Ce qui est le plus choquant et profondément blessant pour les Syriens en ce moment, c’est le manque de solidarité ».

1463245271« Chers amis,

 

En ce mois de juillet 2013, la situation  en Syrie est gravissime. Homs est sous les bombardements depuis 10 jours, 4000 personnes civiles sont piégées dans la ville. Les blessés y meurent faute de soin. Alep n’est plus que l’ombre d’elle-même. La famine y fait des ravages.

 

Par exemple, la ville d’Azaz, près d’Alep qui comptait 70 000 habitants est aujourd’hui réduite à 7000 personnes et est régulièrement bombardée de façon arbitraire.

 

Les enfants meurent de faim dans un pays qui était connu pour son abondance et la diversité de sa cuisine. Plus de 7000 enfants sont morts sous les violences depuis deux ans et vous connaissez le nombre de morts officiels qui s’élève à 100 000.

 

On parle aussi de 4 millions de personnes déplacées en Syrie et de 1,75 millions de réfugiés dans les pays voisins qui sont à la limite, eux aussi, de la rupture. Les femmes détenues à la prison d’Adra sont entrées en grève de la faim depuis 10 jours pour dénoncer l’arbitraire de leur incarcération et les tortures dont elles sont victimes.

 

L’aide humanitaire massive en direction de la Syrie n’atteint que très peu ses objectifs, malgré les efforts des ONG. Toutes les lois internationales de la guerre, de la protection des populations civiles sont délibérément violées depuis deux ans. La Syrie est une vaste prison où la torture est le maître mot.

 

Cet appel est une initiative personnelle car nous savons que vous vous sentez tous concernés. Mais nous avons bien conscience aussi que nous pensons tous être impuissants face cette situation. Pourtant, quelles que soient nos opinions politiques et nos sensibilités, nous devons nous mobiliser pour dénoncer la destruction en cours d’un pays à l’immense culture, d’un peuple doux et tolérant qui se débat aujourd’hui dans une immense solitude contre des agressions venant de toutes parts. Certes, bien des causes dans le monde mérite notre soutien, mais ce qui est en cours en Syrie est d’une telle sauvagerie que nous avons le devoir de ne pas abandonner ce peuple. »

                                                                                                Florence Ollivry, Marion Coudert et Nicolas Camoisson – Salam Kawakibi

Quelle est la situaton humanitaire en Syrie ?

Les secours arrivent plus sur le papier que dans la réalité. La situation est dramatique, elle a été comparée à la crise rwandaise. Il n’y a pas seulement des millions de déplacés et de réfugiés à l’étranger, et des dizaines de milliers de victimes, mais nous avons toute une génération qui ne va plus à l’école depuis deux ans. Toute une génération d’enfants qui n’ont pas été normalement vaccinés. On assiste au retour de la tuberculose, qui avait été éradiquée depuis une vingtaine d’années. Il y a des villes entièrement détruites. Homs aurait été détruite à plus de 60%. Quand on sait que c’est la troisième ville du pays, on mesure le drame. Certains villages n’existent plus. Ils ont disparus de la carte. Comme dans les récits sur la seconde guerre mondiale.

2562831627

Ce sont les combats où il y a une volonté de raser certains villages ?

En grande partie, ces disparitions de villages est due à une politique d’épuration ethnique qui a été pratiquée dans une zone géographique bien précise. Le dernier épisode en date, c’est la ville de Qousseir, où tout a été détruit et d’où les habitants, chrétiens et musulmans, ont dû partir. Il y a une tentative de modifier la carte démographique en brûlant les registres du cadastre dans de nombreuses localités pour couper court à toute revendication de propriété à l’avenir. C’est une expropriation par la guerre. On ne bombarde pas seulement les habitations, mais on brûle les traces.

Au niveau humanitaire, la solidarité sur place existe-t-elle encore ?
Jusqu’ici, on a vu une grande solidarité sur le terrain, mais on constate une fracture à présent. Chez les citoyens de tous les bords, on ressent une grande peur de l’avenir, de la façon dont il va falloir traiter avec celui qui a été accusé d’être derrière sa propre souffrance. Le régime a établi un scénario dès le premier jour de la contestation et on voit que, deux ans-et-demi, il a presque réussi à réunir tous les ingrédients pour qu’une guerre civile éclate.

Ce n’est pas déjà une guerre civile ?
Jusqu’à maintenant, il n’y a pas eu de guerre civile en Syrie, c’est une guerre contre les civils. Mais tous les ingrédients sont là pour qu’elle voit le jour dans les prochaines semaines. Si rien ne se passe pour l’éviter.

Sur base communautaire ?
Les actions militaires, du côté du régime, ont pris une dimension communautaire. Quand on voit les scènes de tortures qui ont été tournées exprès et diffusées sur le net portait les empreintes d’une seule communauté, même si ce n’est pas vrai, mais il y avait une volonté du régime de prendre en otage la communauté alaouite. Le régime utilise cette dimension pour provoquer des réactions au sein de la société syrienne contre la minorité alaouite, pour que cette dernière s’accroche encore plus à la soi-disant protection du régime. Il y a une instrumentalisation de la question communautaire qui est faite de façon minutieuse et diabolique. Et moi, je crains qu’elle ne soit en train de donner, hélas, des fruits.

1483067969

Côté rébellion, il y a des infiltrations tout aussi radicales ?
Justement, je vous parle d’un scénario établi très tôt et qui selon moi est en cours de réalisation. Dès le début, il  y a deux ans, le régime annonçait le danger extrémiste et les infiltrations radicales. A l’époque, c’était faux, mais c’est devenu une réalité. Il y a des groupes radicaux infiltrés de plusieurs façons sur le territoire syrien. On peut parler d’infiltration par l’Irak, par la Turquie. Il y a une radicalisation au sein même du mouvement de la rébellion, mais c’est explicable compte tenu de l’indifférence de la communauté internationale et de l’abandon des Syriens à leur destin. De l’autre côté, il y a aussi une radicalisation artificielle, introduite de l’extérieur, qui n’a rien à voir avec la nature des pratiques religieuses des Syriens. Il y a ce qu’on appelle des Moudjaidines étrangers qui sont là pour des objectifs qui n’ont rien à voir avec la liberté ou la démocratie. Certains sont là parce que c’est un espace ouvert pour faire la guerre après l’avoir déjà faite en Afghanistan ou en Irak. Il y a aussi des exactions pratiquées par ces Moudjahidines à l’égard des habitants syriens qui vivent dans les zones contrôlées par l’Armée libre. Les zones où le pouvoir n’exerce plus sa domination. Dans le but de déstabiliser toute alternative au régime. Ils rendent un vrai service au régime.

2772311960

Vous dénoncez l’inaction occidentale, quelles promesses n’ont pas été tenues ?

Déjà, la première erreur fatale qui a été commise dès le début, c’est que les Occidentaux ont encouragé l’opposition syrienne à aller encore plus loin dans ses revendications en annonçant la fin du régime dans l’espace de quelques semaines, la fin de sa légitimité. Toutes ces déclarations qui n’ont pas été suivies d’actions ou de décisions concrètes n’ont fait que piéger encore plus l’opposition politique syrienne. Une opposition  qui est immature, qui n’a jamais pu pratiquer la politique durant cinq décennies de répression et de contrôle de l’espace public. C’était déjà une erreur très grave. Ensuite, on a vu toute une série de réunions, avec les Amis de la Syrie, avec des chiffres avancés sur le plan humanitaire, avec des engagements des pays occidentaux pour soutenir l’opposition syrienne et renforcer le processus politique nécessaire pour résoudre la question. Il est bon de rappeler que personne, côté rébellion, n’a évoqué une intervention militaire pour arrêter la tuerie en Syrie. Ce n’était ni la revendication de l’opposition ni une promesse avancée par quiconque. Cet argument n’a donc pas lieu de revenir sans arrêt, comme une justification à l’inaction. Les gens n’étaient pas dupes, ils savaient qu’il n’y aurait pas d’intervention militaire, que la donne régionale ne le permettait pas. En revanche, une intervention politique et humanitaire claire était attendue, et on ne l’a pas eue.
Intervention politique de quelle nature ?
En intervenant auprès des maîtres de cette tuerie. Autrement dit, l’Iran et la Russie. Ils n’attendaient que cela, d’être remis dans le jeu diplomatique. Les pays occidentaux ont complètement écarté cette possibilité par rapport à l’Iran, et qu’ils ont à moitié accepté vis-à-vis de la Russie. On sait que Moscou a des intérêts, mais avant tout se sent toujours humiliée sur la scène internationale, et veut imposer sa présence sur les dossiers importants comme pouvait l’avoir l’ancien empire russe. Et cela n’a jamais été pris en compte.
1719185779Les Russes sont les seuls à avoir respecté en Syrie leurs engagements ?
Ils se sont engagés à fournir des armes, des experts et de l’aide financière au régime. Comme les Iraniens, et ils ont toujours respectés ces engagements. Les Iraniens envoient des Pasdarans, des milices à base communautaire en provenance d’Irak, du Pakistan ou du Liban via le Hezbollah comme bras armé de leur diplomatie. Les Russes envoient des experts, des armes et aussi soutiennent économiquement et financièrement la machine à tuer du régime. Ils n’ont jamais hésité ou parlé à mi-mot. Il y a beaucoup de cynisme et de criminalité dans leur comportement, mais au moins il n’y a pas d’hypocrisie comme on l’entend dans le discours occidental.
3909243893Assad est plus fort aujourd’hui qu’en décembre 2012 ?
Au niveau militaire, on est plutôt face à un statu quo qui continue à éprouver les Syriens. Il n’y a pas de réelle avancée, pas de victoire importante d’un côté ou de l’autre. Assad, maintenant, sait que l’Occident a compris qu’il y a maintenant un danger de radicalisation. C’est du pain béni pour lui. Sur ce point, sur la communication,  il est en position de force. Mais sur le terrain, on ne peut pas le dire.
Le Congrès américains s’apprête à donner un feu vert à l’administration Obama pour des livraisons d’armes  à la rébellion. C’est trop tard ? Trop peu ?

Je crains que cela ne serve à augmenter les probabilités de tuer encore plus de civils syriens. Je ne vois pas un processus militaire aboutissant à un résultat salutaire pour els Syriens. Il faut un processus politique. Or, personne ne veut véritablement s’y engager. On parle de Genève 2, mais ni les Américains ni les Russes ne sont pressés. Personne n’est capable, maintenant, de vous dire de quoi il s’agit. Certains diplomates vous parlent même de repousser la rencontre en septembre ou octobre à cause des vacances… C’est de l’irresponsabilité. Si on parle de fournitures d’armes, c’est pour dire qu’on a fait à la fin ce qu’on a pu, mais sans trouver de solution politique. Livrer des armes sans un processus politique clair, ferme et avec un agenda précis, ce n’est que renforcer les risques de morts pour les Syriens.

Avant de clore l’entretien, Salam Kawakibi désire ajouter ces mots…

J’ajouterais une chose. Ce qui est le plus choquant et profondément blessant pour les Syriens en ce moment, c’est le manque de solidarité. Pas des Etats occidentaux, parce que ce n’est pas très surprenant en fonction de leurs calculs et de leurs intérêts, mais c’est le manque de solidarité de la part de la société civile occidentale. Elle a été souvent beaucoup plus active dans des situations semblables sur l’Irak, la Palestine ou même le Vietnam. Maintenant on observe vraiment un scepticisme de la part de l’opinion européenne à l’égard du mouvement contestataire en Syrie. Et cela rejoint mes craintes sur la communication orchestrée par le régime de Damas.

source

===================================

La Corrida


Iyad

Le taureau saigne, souffre, se vide et meurt lentement par épuisement, il y a des gens qui s’excitent et qui applaudissent, d’autres protestent et condamnent, mais la corrida continue…

En Syrie, c’est une nouvelle corrida quotidienne, c’est tout un peuple qui saigne sous les coups du « matador » et qui meurt lentement dans des atroces souffrances. Il y a une foule qui vocifère d’excitation, et ici et là on entend des condamnations ! C’est bien la conscience humaine est encore vivante.

Voici quelques vidéos et quelques photos « soft » d’al-Qussaïr qui a tenu plus de deux semaines sous les coups du « matador » . On peut tout regarder en muet. C’est très compréhensible.

Le mercredi 5 juin, les mercenaires libanais du Hezb al-Wali al-Faqih pénètrent dans al-Qussaïr et la déclarent ville « chiite » en montant sur le minaret d’une grande mosquée au Qussaïr pour y accrocher une grande banderole avec l’inscription « Ya Hussein » (Nous voici venus pour toi et nous t’implorons ô Hussein : prétendument 2e imam des chiites) :

Ce même jour, à l’aube les habitants et les Moudjahidine quittent la ville :

Sortis de la ville, ils tentent de se reposer et de soigner leurs blessés :

Genève 2, sur la Syrie, est une défaite honteuse des démocraties


Portrait du président syrien Bachar al-Assad criblé de trous sur la façade de l’école de police prise par les rebelles dans la région d’Alep, le 4 mars 2013 (Mahmoud Hassano, Reuters)

Portrait du président syrien Bachar al-Assad criblé de trous sur la façade de l’école de police prise par les rebelles dans la région d’Alep, le 4 mars 2013 (Mahmoud Hassano, Reuters)

La conférence prévue pour mettre fin à la guerre civile est un cadeau fait à Bachar el-Assad et ses alliés. Elle signe la défaite des démocraties, Etats-Unis et Europe en tête. Une déroute qui rappelle cruellement la tragédie yougoslave

Barack Obama l’a-t-il assez répété? «Assad must go!» David Cameron a dit la même chose, en écho. Et François Hollande, depuis un an, montre lui aussi la porte au dictateur de Damas. Le Français et le Britannique ont même reconnu l’opposition au régime baassiste comme leur seul interlocuteur, et depuis des mois ils lui promettent des armes.

Mais Bachar el-Assad ne s’en va pas. C’est tout le contraire. Avec l’appui des combattants aguerris du Hezbollah, des armes russes qu’il reçoit à merci et des conseillers iraniens, il s’apprête à lancer une offensive contre Alep après avoir fait sauter le verrou de Qousseir pour reprendre le contrôle de la Syrie utile, celle des villes, des plaines fertiles et de la côte.

Comment nomme-t-on cela?

Trois grandes démocraties occidentales – et quelques autres – prennent parti dans la crise syrienne, s’engagent bruyamment en apportant une aide diplomatique et très modestement matérielle à l’insurrection contre le tyran et sa clique, dont ils souhaitent le remplacement. Avec quel résultat? L’inverse exactement de l’objectif poursuivi. L’opposition mal armée, plus divisée que jamais, est en repli, tandis que Bachar el-Assad plastronne devant les caméras amies et commente, sûr de lui, son offensive contre ceux qu’il nomme des terroristes.

Cela s’appelle une défaite. Elle est si honteuse et s’accompagne de tant de veulerie qu’on la noie, en Occident, sous des avalanches de commentaires contrits dont le thème commun est la trop grande complexité des arrangements de populations et des forces au Proche-Orient, qui interdirait toute intervention décisive et entraînerait ses auteurs dans un bourbier. Si c’est vrai, il aurait mieux valu le dire d’abord.

Cette déroute rappelle cruellement la tragédie yougoslave. Là aussi, sous prétexte de complication extrême des nationalismes réveillés, l’Europe et les Etats-Unis ont laissé se défaire dans le sang la fédération des Slaves du Sud, quand ils n’ont pas attisé sa dissolution. Ils ne sont finalement intervenus que quand l’addition des dizaines de milliers de victimes est devenue, dans l’opinion, insoutenable.

La complexité syrienne – c’est si simple – se lit aussi en chiffres macabres: cent mille morts, plus ou moins, et des déplacés par millions. Le spectacle effrayant, comme dans les Balkans, a atteint la limite du supportable. Alors, dans l’urgence, les Etats-Unis provoquent la tenue d’une conférence pour tenter, deux ans après, d’éteindre le feu et de trouver une issue. Un espoir? Un compromis? Quel compromis? Genève 2 est un cadeau offert au pouvoir syrien, à la Russie, à l’Iran et au Hezbollah. Si un accord était trouvé entre les hommes d’Assad et l’opposition, il ne pourrait passer que par la survie, sous une forme ou sous une autre, du régime imposé au pays depuis plus de quarante ans. Sinon, il n’y aura pas d’accord: le rais, Poutine, Khamenei et Hassan Nasrallah y veilleront. «Assad must go» est passé de saison, remplacé par «Assad will stay». Lui, en tout cas, en est convaincu.

Il y a, au cœur de cette tragédie, une terrible amnésie. Souvenez-vous. Dans le sillage du vent violent qui balayait le monde arabe de Tunis au Caire, des manifestations ont commencé dans le sud syrien au début mars de 2011, puis se sont étendues à tout le pays. Cette montée en puissance a été provoquée par l’ordre donné presque immédiatement aux forces de police de tirer dans le tas. Quand les manifestants ont commencé à sortir des fusils pour se défendre, les chars de Bachar et de Maher sont entrés en action, puis l’artillerie, puis l’aviation, puis les missiles. Cette escalade a conduit à la régionalisation prévisible du conflit, et finalement au soupir impuissant des puissants: quelle horreur, deux camps livrés à la même sauvagerie, on ne veut plus voir ça…

Cette lâche conclusion est un travestissement. La ruée djihadiste n’est pas une cause du soulèvement syrien, mais une conséquence de sa répression. Et si les frères musulmans ont été, dès le début, les plus actifs dans les manifestations, c’est qu’ils étaient les plus persécutés: être sympathisant de la confrérie, c’était se mettre en danger de mort, les massacres du début des années quatre-vingt l’attestent.

La vraie cause de la révolte au pays de Cham, c’est le courage qu’a finalement trouvé le peuple syrien, dans cette sorte de pré-printemps 2011, pour tenter de se débarrasser de l’oppression qu’il subissait sans en voir la fin. Le régime Assad n’est pas une dictature alaouite. C’est la tyrannie d’une famille militaire, assise sur des appareils policiers pléthoriques et omniscients, et bétonnée par une caste d’affairistes attirés par l’odeur du pouvoir à partager, dans laquelle toutes les communautés religieuses sont représentées. Quarante ans de ce festin de privilèges ont fourni aux Assad une solide base d’affidés. La majorité des Syriens n’avaient qu’à subir et se taire, ou, comme on pouvait le comprendre sur place, être réduits à parler de tourisme aux touristes. Ce régime, Michel Seurat, qui l’a payé de sa vie dans une cave, l’avait appelé l’Etat de barbarie.

Tous les démocrates savaient cela, et toutes les démocraties. Leur appui au soulèvement fut donc unanime. Mais le discours était constamment double, à commencer par celui de Barack Obama. Le président américain partage la conviction de son ancien ministre de la Défense, Robert Gates: la pire erreur stratégique pour son pays serait de mettre la main dans une troisième guerre en pays musulman. Il a donc écarté les propositions d’action avancées par Hillary Clinton et l’ancien directeur de la CIA. Mais il a en même temps concrétisé sa promesse de soutien aux insurgés: des rations alimentaires et des lunettes pour voir la nuit…

Du coup, Assad et ses soutiens ont vu clair. Le risque d’intervention, de ce côté-là, était à peu près nul; ils pouvaient enlever les gants. Les Européens, entendant l’Américain, en resteraient aux paroles indignées. Le blocage russe et chinois au Conseil de sécurité de l’ONU était même, pour eux, bienvenu: il servait de justification à l’inaction des démocraties, qui ne prenaient même plus la peine de défendre leur intervention en Libye, chiffon rouge pour Moscou, dont l’effet fut pourtant la fin du règne d’un clown sanglant et la libération d’un peuple auquel on reproche aujourd’hui sa turbulence.

Même l’élément déclencheur d’une action décisive en Syrie – l’utilisation des toxiques de combat – est maintenant oublié. Obama a depuis longtemps effacé sa «ligne rouge» à ne pas franchir. Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères, dévoilant les preuves de l’utilisation du sarin, répète que la France privilégie Genève 2, même si «toutes les options demeurent sur la table». Quelles options, quelle table? Une intervention déterminée était possible il y a un an ou quinze mois. Aujourd’hui, elle est exclue. Le peuple syrien payera la pleutrerie des démocraties.

source

Communiqué du Collectif Urgence Solidarité Syrie


Mohamad Taha

Responsables politiques en jouant les Ponce Pilate
vous n’arrêterez pas le massacre des Syriens

C’est un vent mauvais qui semble souffler sur la Révolution syrienne depuis quelques semaines. C’est le vent de la résignation de la Communauté internationale, c’est le vent de la honte. Si finalement, les nations en venaient à s’accorder pour confier à Bachar Al-Assad une pseudo transition politique, cela constituerait l’une des plus grandes débâcles politiques et morales de la communauté internationale de l’après deuxième guerre mondiale.

Alors que depuis deux ans, sont commis massivement par la dictature, et reconnus comme tels, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre, comment accepter cette sacralisation de l’impunité par la Communauté internationale ? Avec l’exemple syrien, la barbarie contre les peuples aurait alors d’encourageantes perspectives.

Par leurs tergiversations, leurs hésitations et jusqu’ici le refus de soutenir sans ambigüités la fourniture d’armements à la révolution syrienne dans sa composante démocratique, notre gouvernement, nos partis politiques porteront leur part de responsabilité si par malheur Bachar Al Assad et sa clique en tiraient parti pour se maintenir au pouvoir.

Comment peut-on se résigner à ne laisser au peuple syrien que deux alternatives mortifères, soit une dictature féroce, soit le règne de l’obscurantisme religieux ?

Jamais, plus jamais, nous ne pourrions soutenir le regard de nos amis syriens si notre pays, notre opinion publique, notre exécutif, les abandonnaient à la terrible vengeance de Bachar Al-Assad.

Avec un tant soit peu de courage politique il est peut-être encore temps à la France et à l’Europe d’agir sur la scène internationale pour faire de l’arrêt des massacres et de la chute de la dictature une grande cause mondiale.
Le temps est compté pour épargner aux Syriens une nouvelle descente aux enfers, et pour écarter les obstacles à l’ère de liberté pour laquelle ils se sont héroïquement soulevés depuis plus de deux ans.

Contact presse : urgencesyrie@gmail.com
Paris le 22mai 2013

NAIM KOSAYYER : LA TERRIFIANTE SITUATION DES HOPITAUX D’ALEP


  • (Entretien avec FB)
    A Alep, nous étions accompagnés d’une équipe de tournage car nous voulions filmer le travail des médecins bénévoles. Sur place, on nous a informés qu’il était nécessaire d’avoir une autorisation… et qu’il serait très probablement très difficile de l’obtenir. Pourquoi ? Parce que, nous a-t-on expliqué, dès lors qu’ils apparaissent dans les médias, les hôpitaux et les lieux de soins sont systématiquement bombardés.
    L’hôpital « Dar Al-Chifa’ » est là pour en témoigner. Ou plutôt… il n’est plus là. Il a été la cible du régime une bonne dizaine de fois. Les bombardements n’étant pas d’une précision chirurgicale, un des immeubles mitoyens a cédé le premier et il n’en reste plus rien non plus. Le quartier qui se trouve juste derrière l’hôpital Al-Zarzour a été complétement anéanti par un missile SCUD. Les médecins assurent que c’est l’hôpital qui était visé : ils racontent avoir entendu le SCUD passer au-dessus de leurs têtes. Pour le corps médical, il n’y a pas deux interprétations possibles : la « mafia » Assad, c’est un des noms donnés au régime, ne veut pas que des images de blessés civils apparaissent dans les médias, pour que ces derniers se focalisent sur des sujets plus politiques qu’humanitaires. Moins spectaculaire, il y a également les enlèvements de médecins aux portes mêmes de ces hôpitaux, preuve si l’en est que c’est bien le corps médical qui est visé.En dépit de tout cela, les médecins ont pris le risque, dans le passé, de laisser les grands médias les filmer, avec l’espoir que les images d’horreur absolue encourageraient le monde, désormais au fait du drame humanitaire, à envoyer une aide à la mesure des besoins. Hélas, cette aide est restée à ce jour très loin d’être suffisante. Comme pour ne pas donner l’impression qu’ils sont ingrats, les médecins ajoutent qu’ils remercient vivement ceux qui répondent à l’appel, mais ils déplorent dans le même temps qu’ils soient si peu nombreux. Finalement, les aides qui arrivent ne justifient donc absolument pas le risque de se faire bombarder, et de perdre ainsi du matériel durement acquis, sans parler des médecins eux- mêmes. D’où cette interdiction de plus en plus fréquente de filmer.

    Les médecins eux-mêmes se font de plus en plus rares. Quoi de plus surprenant, sachant qu’ils sont considérés – et traités- par le régime comme des ennemis, c’est-à-dire comme “des terroristes”, selon cette logique que l’on croyait n’être que celle des groupes radicaux qui veut que l’aide apportée à un blessé ennemi fasse de vous un ennemi semblable.

    Certains Alépins en veulent particulièrement aux médecins de leur ville. Ils se demandent où sont passés les 7000 médecins ou presque qui sont enregistrés, alors que la population a besoin plus que jamais de leurs compétences. Certaines spécialités sont tout simplement absentes. Certains médecins non formés à la chirurgie générale sont contraints de s’essayer aux actes chirurgicaux. Un jeune infirmier anesthésiste a même pratiqué seul une … césarienne. Le tout dans des conditions bien sûr déplorables. Un patient lache, avec un sourire désabusé : “Nos médecins ne sont pas (de vrais) médecins et nos militaires (de l’ASL) ne sont pas (de vrais) militaires. Et pourtant, tous comptes faits, on se débrouille pas si mal…!”

    Si l’on ne meurt pas sur le coup d’une déflagration, c’est le manque de prise en charge ou le manque de moyens qui se révèle souvent fatal. En entrant dans l’un des hôpitaux, on est assailli par les cris de douleurs d’hommes, de femmes et d’enfants, parfois étendus à même le sol, qui attendent d’être pris en charge. Certains pourtant n’auront pas le droit au statut de patient. Leur corps inerte sera déposé devant l’hôpital, pour que les familles viennent le chercher et l’enterrer.

    L’immense majorité des blessés sont des civils. C’est déjà, en soi, inadmissible. Mais ce qui choque profondément les médecins et les infirmiers, ce sont ces enfants qui arrivent avec une balle de sniper logée quelque part dans le corps, trop souvent à la tête ou à la poitrine. Le responsable d’un des hôpitaux nous montre les photos de dizaines et de dizaines d’enfants morts d’une balle de sniper. L’un d’eux a été tué alors que son père et sa mère lui tenaient tous deux la main.C’est bien l’enfant que le sniper visait. Devant de telles horreurs, certains veulent croire que les auteurs ne sont pas des miliciens alaouites proches du régime mais des extrémistes chiites importés d’Iran.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑