Nouvelle tuerie en Syrie: découverte de près de 80 corps de jeunes exécutés


Créé le 29-01-2013 à 12h47 – Mis à jour à 22h02

 Au moins 65 jeunes hommes, exécutés d'une balle dans la tête, ont été retrouvés dans un quartier rebelle d'Alep, a indiqué mardi l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).<br /><br />
(c) Afp
Au moins 65 jeunes hommes, exécutés d’une balle dans la tête, ont été retrouvés dans un quartier rebelle d’Alep, a indiqué mardi l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). (c) Afp

ALEP (Syrie) (AFP) – Près de 80 corps de jeunes gens exécutés ont été découverts mardi dans la cité syrienne d’Alep, dernier carnage en date dans le pays en guerre, à quelques heures d’une intervention du médiateur international Lakhdar Brahimi à l’ONU.

L’émissaire des Nations-Unies et de la Ligue arabe en Syrie devait rendre compte vers 20H00 GMT au Conseil de sécurité de ses efforts, en vain jusque-là, à mettre fin à une révolte devenue guerre civile qui a fait plus de 60.000 morts en près de deux ans selon l’ONU.

Sur le terrain, les violences n’ont connu aucun répit, avec la découverte notamment de dizaines de corps à Alep, la métropole du Nord en proie aux combats entre soldats et insurgés.

A l’école Yarmouk, où s’entassent les cadavres, un rebelle de l’Armée syrienne libre (ASL) Abou Seif a affirmé que 78 corps avaient été récupérés dans la rivière Qouweiq et qu’il en restait encore une trentaine que l’ASL ne peut pas récupérer en raison des tireurs embusqués du régime.

« Nous ne savons pas qui ils sont car ils n’ont pas de pièces d’identité », a déclaré un volontaire en aidant à mettre un corps dans un camion. Dans le véhicule, un correspondant de l’AFP a pu compter quinze cadavres.

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui s’appuie sur des militants et des médecins, a fait état de « 65 cadavres non identifiés retrouvés à Boustane al-Kasr », quartier tenu par les rebelles.

« Agés d’une vingtaine d’années, ils ont été exécutés d’une balle dans la tête. Vêtus en civil, la majorité ont les mains liées derrière le dos », a-t-il ajouté. Ils ont été sortis de la rivière qui sépare Boustane al-Kasr et Ansari, quartier également aux mains des rebelles.

Le régime les a « jetés dans la rivière pour qu’ils arrivent dans la zone sous notre contrôle et que les gens croient que nous les avons tués », a affirmé de son côté Abou Seif.

Mais un responsable au sein des services de sécurité a affirmé à l’AFP qu’il s’agissait de « citoyens de Boustane al-Kasr qui ont été enlevés par des groupes terroristes après avoir été accusés d’être en faveur du régime ». Le régime assimile les rebelles à des « terroristes ».

Corps jetés dans la rivière

« Leurs familles ont essayé de négocier (leur libération) sans succès à plusieurs reprises avec les groupes terroristes », a-t-il dit, ajoutant: « ils ont été exécutés dans la nuit de lundi à mardi et leurs corps ont été jetés dans la rivière ».

Rebelles et régime s’accusent mutuellement de massacres, mais il n’est pas possible de confirmer les informations de source indépendante.

Ailleurs dans le pays, les insurgés ont réussi une percée majeure à Deir Ezzor (est) en prenant un poste des renseignements politiques et deux ponts enjambant l’Euphrate, sur la route utilisée par l’armée pour approvisionner la cité de Hassaké, plus au nord, a précisé l’OSDH.

« Si les rebelles continuent leur avancée, ils remporteront une victoire stratégique car la ville est la clé de toute la province (éponyme) qui recèle les principaux champs pétroliers et gaziers du pays », a affirmé à l’AFP le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Les rebelles contrôlaient par ailleurs quasi-totalement la prison centrale d’Idleb (nord-ouest), selon l’ONG. Une source au sein des services de sécurité a confirmé que les soldats avaient évacué lundi soir la prison et les détenus ont été transférés dans des sièges des services de sécurité dans la ville.

A Damas, un député a été grièvement blessé par l’explosion d’une bombe fixée à sa voiture, selon l’OSDH.

Selon un bilan provisoire de l’OSDH, les violences ont fait mardi 91 morts: 38 civils, dont six enfants, 30 soldats et 23 rebelles.

Alors qu’une conférence de donateurs est prévue mercredi au Koweït pour débloquer des fonds en faveur des civils syriens, des organismes de charité ont promis 182 millions de dollars d’aide et les Etats-Unis ont annoncé une aide supplémentaire de 155 millions de dollars.

Médecins sans frontières (MSF) a regretté de son côté que l’aide internationale souffre d’un « grave déséquilibre » au détriment des « zones insurgées ».

source

Des Syriens réduits à manger des racines


MINOUI,DELPHINE

Le Soir Page 10

Mercredi 26 décembre 2012

LE CAIRE

DE NOTRE CORRESPONDANTE

A Kafranbel, il n’y a plus d’écoles – elles servent d’abris aux milliers de Syriens des villages alentours qui fuient les bombardements du régime. D’ailleurs, il n’y a même plus de bancs ni de pupitres pour étudier. « On s’est mis à les brûler pour survivre au froid de l’hiver », raconte Raed Fares, un activiste, par le biais d’une connexion skype aussi fébrile que sa voix.

Près de deux ans après le début de l’insurrection contre Bachar el-Assad, sa ville est au bord de l’agonie. « Nous manquons de tout : d’essence, de lait en poudre pour les enfants, de pain », dit-il. Vendu au marché noir, et en quantités limitées, le fioul est inabordable pour la plupart des familles : en l’espace de quelques mois, il est passé de 0,6 dollar à plus de 3 dollars le litre. « Alors, pour pouvoir se réchauffer, les gens en sont réduits à couper les oliviers et les figuiers, dont ils brûlent le bois », raconte-t-il. Faute d’électricité, le feu garantit également un minimum de lumière à la nuit tombée, avant que la ville, située au Nord du pays, ne plonge dans l’obscurité la plus totale.

La journée, c’est la course aux denrées entre deux averses. « Trouver de quoi se nourrir est un combat quotidien. La grande boulangerie de la ville avait l’habitude d’approvisionner 22 villages. Aujourd’hui, elle est au point mort faute de fioul, de farine et d’argent pour payer ses employés. Du coup, vous pouvez passer votre journée à faire la tournée des quartiers et à faire la queue pendant des heures dans l’espoir de décrocher un morceau de pain », poursuit Raed Fares. Et bien souvent, ajoute-t-il, « les parents se contentent de quelques racines d’herbes bouillies, ramassées au fond des vergers, pour laisser le pain aux plus jeunes ».

Les nouveau-nés, eux, sont nourris à l’eau de riz selon l’ONG Avaaz, qui évalue à 2,5 millions le nombre de déplacés qui ont fui leur logement à cause de la guerre. Dans son nouveau rapport, le Programme alimentaire mondial estime à un million le nombre de Syriens qui vont être victimes de la faim cet hiver. L’organisation onusienne, qui avoue souffrir d’un manque de financement, se dit également dans l’impossibilité d’approvisionner certaines zones à cause de la violence des combats et des bombardements.

Des raisons que Raed Fares refuse d’accepter. « Kafranbel est à 10 kilomètres de la Turquie. La frontière est ouverte et la route est relativement sûre. Pourtant, aucune aide ne nous parvient. Je connais une famille de déplacés qui a trouvé refuge dans une des 13 écoles de Kafranbel. Les gamines passent leur temps à faire des bonds sur place pour ne pas mourir de froid : est-ce une façon de vivre ? Où est la communauté internationale avec ses belles promesses ? Si les étrangers ont peur de venir en Syrie pour nous aider, qu’ils nous approvisionnent à la frontière et on se chargera de faire la distribution dans les villages », s’emporte-t-il.

Dans la ville de Kafrnabod, au centre du pays, l’hiver est encore plus rude. « C’est une prison à ciel ouvert », lâche Adnan, un de ses habitants. Contacté lui aussi grâce à une connexion Internet bricolée clandestinement – le pouvoir de Damas ayant bloqué la téléphonie mobile dans la région de Hama depuis plus d’un an –, cet instituteur anti-Bachar raconte que les rebelles ont fini par libérer la ville du régime il y a quatre jours. Mais les habitants, recroquevillés entre la vie et la mort, ont à peine de quoi se nourrir. « L’armée s’est retirée mais elle nous assaille de bombes au quotidien. Impossible de sortir de Kafrnabod pour s’approvisionner dans les autres villes : les tanks sont postés à 5 kilomètres. Et quand bien même nous voudrions prendre la voiture pour nous réfugier ailleurs, il n’y a plus d’essence pour remplir les réservoirs », ajoute Adnan.

A Kafrnabod, où la température frôle le zéro degré, la population se réchauffe avec des branches d’arbre et du vieux plastic brûlé. « C’est très toxique, mais on n’a pas d’autre solution », avance-t-il. Le pain, aliment de base des Syriens, est désormais rationné à la miette près et les médicaments font cruellement défaut. « Je connais une femme dont le nouveau-né, âgé de 22 jours, a fait une terrible poussée de fièvre. Quand elle a voulu l’emmener à l’hôpital de la ville la plus proche, l’armée lui a bloqué la route. Alors, elle est rentrée chez elle et son enfant est mort à 4 heures du matin. Des exemples comme celui-ci, j’en ai à profusion. Vous pensez peut-être qu’on exagère, qu’on invente des histoires. Mais dans notre pays, la réalité a dépassé la fiction. Toutes ces images d’horreur que vous voyez à la télévision, c’est un dixième de ce que nous vivons au quotidien », murmure Adnan.

Syrie : des enfants meurent sous les balles


AFP

Mis en ligne le 02/10/2012

Damas « croit toujours en une solution politique », tout en accusant les Etats-Unis et la France notamment « de soutenir le terrorisme » en Syrie.

De violents combats entre soldats et rebelles ont secoué lundi les souks d’Alep, joyau historique classé par l’Unesco dans la deuxième ville de Syrie, tandis que des raids aériens ont encore coûté la vie à des enfants dans le nord-ouest.

 

A New York, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a appelé le régime syrien « à montrer de la compassion pour son propre peuple » et a solennellement mis en garde Damas contre toute utilisation de son arsenal d’armes chimiques. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a pour sa part assuré à la tribune des Nations unies que Damas « croit toujours en une solution politique », tout en accusant les Etats-Unis et la France notamment « de soutenir le terrorisme » en Syrie.

A Alep, deuxième ville du pays et enjeu majeur du conflit qui dure depuis plus de 18 mois, de violents combats avaient repris dans la soirée aux abords des souks historiques, déjà victimes de destructions durant le week-end.

Une source militaire a affirmé à l’AFP que les rebelles « tentaient de prendre d’assaut la mosquée des Omeyyades », non loin des souks. Le chef de brigade rebelle al-Tawhid, Abdel Kader Saleh, la plus puissante à Alep, a affirmé à l’AFP que « l’armée a transformé la mosquée des Omeyyades en caserne ». Régime et rebelles se sont accusé mutuellement d’être à l’origine des dégâts causés aux souks. Classés par l’Unesco en 1986, avec la vieille ville d’Alep, leurs quelque 1.550 échoppes étaient depuis des siècles l’un des centres névralgiques du commerce au Moyen-Orient.

La France a exprimé lundi sa « vive condamnation suite à la destruction par les flammes du marché médiéval d’Alep causée par de violents bombardements ». Les portes de bois des échoppes, remplies d’étoffes et de broderies, s’étaient rapidement consumées après les premiers combats samedi.

Cinq de la quarantaine des marchés du souk, comme le souk des femmes, celui de l’or ou encore celui des abayas, ont été entièrement détruits, selon des témoins, même s’il reste difficile d’estimer les dégâts en raison des combats. Les Etats-Unis ont annoncé lundi l’envoi d’un émissaire en Europe pour discuter avec Paris, Brlin, Londres et Rome de la « poursuite des efforts de sanctions contre l’Iran et la Syrie » et des « priorités en matière de lutte contre le financement du terrorisme ».

Toujours à Alep, des combats ont également éclaté dans d’autres secteurs. L’immeuble abritant le gouvernorat local a été la cible d’un tir, « provoquant la panique parmi les fonctionnaires », selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Les violences ont fait 21 morts à Alep lundi, et 156 au total, dont 84 civils, dans tout le pays, selon l’OSDH.

A Idleb, province voisine d’Alep dans le nord-ouest du pays, au moins 21 civils, dont huit enfants, tués dans un raid aérien mené par les troupes du régime de Bachar al-Assad sur la localité de Salqine, selon l’OSDH et des militants.

Une vidéo postée sur internet montre des images insoutenables de corps carbonisés et démembrés, dont ceux d’enfants.

La télévision d’Etat syrienne a affirmé que les forces du régimes « ont tué la plupart des terroristes qui ont attaqué la ville de Salqine », évoquant « des terroristes d’Al-Qaïda et des non-Syriens ».

La mort a frappé ailleurs dans le pays, dans les régions défendues farouchement par les rebelles comme à Deraa, berceau de la contestation, où au moins cinq personnes, dont une femme, ont péri dans le pilonnage par l’armée, selon l’OSDH. « Que Dieu te maudisse Bachar, toi, tes soldats et ta famille, nous nous vengerons », clame un homme dans une vidéo.

Au moins 18 soldats syriens ont par ailleurs été tués et 30 autres blessés dans une embuscade rebelle contre un convoi de voitures, de camions et de véhicules sur la route de Homs, dans le centre du pays, selon l’OSDH.

La rébellion a par ailleurs affirmé avoir pris des missiles anti-aériens longs de plusieurs mètres dans un arsenal de l’armée situé dans le secteur de Ghouta, dans la province de Damas.

Le conflit a fait plus de 30.000 morts depuis le début du conflit en mars 2011, selon l’OSDH.

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