Assad massacre et le monde observe


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Syrie: «Daesh et le régime Assad s’entendent parfaitement»


Par Bruno Faure

mediaFrappes sur Kobane, le 15 novembre 2014 (photo prise depuis le côté turc de la frontière avec la Syrie, ndlr)REUTERS/Osman Orsal

Chaque jour, on compte des bilans humains dramatiques en Syrie: 95 morts dans les frappes du régime sur Raqqa, bastion des jihadistes. Raqqa, Alep, Homs, Deir ez-Zor, Kobané, ces villes sont devenues tristement célèbres depuis 48 mois. Cela représente environ 1400 jours de combats incessants entre d’un côté, l’armée syrienne, et de l’autre, tous ses ennemis qui parfois s’entretuent eux-mêmes. Le professeur des universités en histoire du Moyen-Orient contemporain à Sciences Po, Jean-Pierre Filiu, connait bien la Syrie pour y être allé à de nombreuses reprises. Il répond aux questions de Bruno Faure.

RFI: Sans être spécialiste, on se demande comment cette guerre peut continuer. Les belligérants ne sont-ils pas à bout de force ? Plus assez d’hommes, plus de nourriture, avec une activité économique qui est complètement à l’arrêt…

Jean-Pierre Filiu : L’horreur continuera tant que Bachar el-Assad sera au pouvoir ! Il avait dit dès le premier jour et fait dire par ses partisans : « Assad ou nous brûlons le pays ». Il est en train de mettre ses menaces et son programme à exécution.

Comment fait-on la guerre dans ces conditions ? Quand on n’a plus de moyens finalement, de survivre ? On se dit que tout le monde va mourir, faute de nourriture, faute d’eau, faute d’armes ?

Je pense que Bachar el-Assad est prêt à faire la guerre jusqu’au dernier Syrien ! Lui, il vit très bien dans son palais, sous protection iranienne. Il a littéralement un pont aérien d’armes russes qui ne cessent de remplir ses arsenaux. Il a réussi à éviter en août 2013 des frappes, malgré l’utilisation massive d’armes chimiques. Et depuis, il a recours aux barils. C’est-à-dire des containers de TNT chargés de grenaille qui ont un effet absolument dévastateur. Et comme s’il n’était pas assez protégé par la lâcheté ou la complicité internationale, depuis deux mois on ne parle plus que de Daesh, le soi-disant Etat islamique. Et on a complètement oublié ou feint d’oublier, qu’en Syrie il y a une révolution et que Assad a tué cent fois plus de Syriens que Daesh.

Précisément, on parlait de ces frappes sur Raqqa. Est-ce que cette ville est un objectif prioritaire pour les forces de Bachar el-Assad ?

Il faut bien comprendre qu’on est dans un théâtre d’ombres absolument sinistre. Daesh, donc l’Etat islamique autoproclamé, et le régime Assad, s’entendent parfaitement pour se répartir le pays aux dépens d’adversaires communs qui sont les forces révolutionnaires, qui combattent encore malgré tout, malgré leur rapport de force extrêmement désastreux, et qui tiennent bon encore aujourd’hui à Alep, malgré les risques d’encerclement.

Donc de temps en temps Bachar el-Assad fait des frappes qui – et on l’entend par ce bilan – sont surtout dévastatrices pour les civils qui vivent à Raqqa. Les jihadistes on sait parfaitement où ils sont et ce ne sont pas eux que les gouvernementaux frappent, ça lui permet ainsi de se mettre dans le bon camp, si j’ose dire, celui qui lutte contre le jihad international. Mais la réalité c’est qu’il ne fait que combattre, hier comme aujourd’hui, les révolutionnaires.

Laurent Fabius dit qu’il faut sauver Alep, à la fois des jihadistes et des forces du régime. Il parle de conséquences humaines terribles. Cette initiative de la France, de créer des zones de sécurité qui seraient interdites au régime et aux jihadistes, qu’en pensez-vous ? Est-ce que c’est réaliste ?

Plus on attend et plus il sera difficile de mettre en œuvre la moindre solution. Ceux qui disaient qu’on ne pouvait pas intervenir il y a six mois, sont les mêmes qui disent qu’aujourd’hui c’est encore plus compliqué, c’est vrai.

Je suis convaincu que le monstre qu’on a alimenté en Syrie, en ne faisant rien ou en faisant moins que rien, c’est-à-dire en parlant sans être suivi d’action – ce monstre qui a deux faces ; le dictateur Assad et le jihadiste Bagdadi – ce monstre, il ne va pas rester éternellement en Syrie. Donc de toute façon nous serons obligés d’intervenir. Mais il vaudrait mieux le faire tant qu’il y aura sur place des révolutionnaires qui sont musulmans, arabes et sunnites et qui sont donc les seuls qui puissent s’opposer à la fois au régime et aux jihadistes.

Et c’est pourquoi Laurent Fabius a mille fois raison de mettre l’accent sur Alep. Si nous ne sauvons pas Alep, je pense que l’Europe connaîtra des tragédies que nous ne pouvons pas encore anticiper parce qu’on sera rentré dans autre chose. Donc je dis simplement qu’il faut agir en Syrie non plus pour eux parce que nous avons déjà beaucoup trop tardé, mais pour nous.

Une zone tampon c’est ce que veut l’opposition syrienne, des zones d’exclusion aérienne, ça c’est encore possible ?

Tout est toujours possible si on se donne les moyens de le faire ! Mais c’est évidemment plus compliqué aujourd’hui qu’hier ! Mais ce sera plus facile aujourd’hui que demain.

Le changement de ministre de la Défense aux Etats-Unis, la démission de Chuck Hagel, est-ce que ça peut modifier quelque chose dans ce conflit ?

Ah ! Modifier en pire ! Chuck Hagel a quitté son poste parce qu’il était en désaccord profond avec Barack Obama sur la non-politique menée en Syrie. Et je crains qu’Obama se soit déjà mis en tête de léguer la guerre contre Daesh à son successeur et n’ait aucune envie de prendre les mesures qui s’imposent, surtout depuis le report des négociations sur le nucléaire iranien.

 

Syrie : Al-Assad promet de réprimer la rébellion «d’une main de fer»


Monde

5 août 2013 à 08:21
Photo fournie par l'agence Sana montrant le président syrien Bachar al-Assad, lors d'un discours à Damas le 4 août 2013.

Photo fournie par l’agence Sana montrant le président syrien Bachar al-Assad, lors d’un discours à Damas le 4 août 2013. (Photo AFP)

Dans un discours télévisé diffusé dimanche, le président syrien a de nouveau fait part de sa détermination à écraser l’insurrection, .

Par AFP

Le président syrien Bachar al-Assad a exprimé dimanche soir sa détermination à écraser d’une «main de fer» la rébellion qui depuis plus de deux ans tente de le renverser, quelques jours après avoir affiché l’image d’un régime sûr de la victoire. «Aucune solution ne peut être trouvée avec le terrorisme, excepté en le réprimant avec une main de fer», a déclaré le président Assad au cours d’une rare allocution retransmise à la télévision publique.

Dans ce discours d’une durée de 45 minutes, le président a encouragé les forces armées à continuer à combattre les rebelles, qualifiés de terroristes par le régime. «La crise ne sera résolue que sur les champs de bataille», a-t-il lancé.

Fort de deux importants succès militaires, Bachar al-Assad avait déjà adressé jeudi un message aux militaires à l’occasion de la fête de l’armée. «Si en Syrie nous n’étions pas sûrs de la victoire, nous n’aurions pas eu la capacité de résister et nous n’aurions pas pu poursuivre (la bataille)» après plus de deux ans de guerre, avait-il souligné. Il avait aussi effectué un rare déplacement hors de Damas dans un ex-bastion rebelle et les autorités avaient diffusé des images de lui saluant des soldats.

Au cours de son discours prononcé dimanche lors d’un iftar-repas de rupture du jeûne, au coucher de soleil, pendant le mois de ramadan-, Al-Assad a par ailleurs estimé que la Coalition nationale syrienne (opposition) a échoué et qu’elle n’a aucun rôle à jouer dans la recherche d’une solution pour mettre fin au conflit qui ensanglante le pays depuis 28 mois. Selon lui, elle «n’est pas fiable» et est «à la solde de plus d’un pays du Golfe».

En présence de personnalités politiques et religieuses, et de membres de la société civile, ll a aussi souligné les «réalisations héroïques de l’armée syrienne dans la défense du pays» et a salué le peuple syrien «pour s’être rangé du côté des forces armées, afin de défendre la Syrie et ses ressources».

Toujours plus de morts sur le terrain

En mars 2011, la Syrie avait connu un mouvement de protestation pour exiger sans succès des réformes démocratiques. Le régime avait déclenché une brutale répression contre l’opposition, qualifiant systématiquement les opposants et les rebelles de «terroristes» et refusant d’admettre l’existence d’une révolte populaire.

La contestation populaire s’est ensuite transformée en insurrection armée qui a fait plus de 100 000 morts selon l’ONU. L’opposition syrienne a affirmé dimanche qu’elle était prête à coopérer à «une enquête impartiale» sur les crimes de guerre commis dans le conflit syrien, répondant ainsi à un appel de Navi Pillay, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme.

Cinq membres d’une famille favorable au régime ont par ailleurs été assassinés dimanche par des hommes armés dans le nord de Damas, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Dans l’ouest du pays, une bataille entre rebelles et forces du régime a causé la mort d’au moins 30 personnes des deux camps dimanche, a également annoncé l’OSDH, et une voiture piégée a explosé à un poste de contrôle de l’armée dans le quartier de Boustane al-Dour, au sud de Damas.

Les forces du régime ont continué leur bombardement de Barzé (nord) et Jobar (est), a précisé l’OSDH qui a fait également état de combats dans le Jabal al-Akrad, dans la province de Lattaquié, au cours desquels 12 rebelles et 19 soldats et supplétifs ont trouvé la mort. Et à Ariha, dans la province d’Idleb (nord-ouest), quatre personnes, dont un enfant, ont été tués dans un bombardement, toujours selon la même source.

Tandis que le conflit a forcé des millions de personnes à fuir leurs foyers, le pays a plongé dans une crise économique sans précédent. L’économie syrienne a ainsi connu une dollarisation croissante en raison de la chute de la monnaie nationale -la livre syrienne (SYP)- qui a perdu les trois-quarts de sa valeur par rapport au dollar, amenant le président Assad a promulgué dimanche un décret interdisant toute transaction commerciale en devises étrangères.

Sur le plan diplomatique, le nouveau président iranien Hassan Rohani a affirmé dimanche que rien ne pouvait affecter les relations de l’Iran avec la Syrie, en recevant à Téhéran le Premier ministre syrien Waël al-Halaqi, selon l’agence officielle Sana.

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Pourquoi cette inertie ?


Quand je vois que l’on descend facilement dans la rue pour soutenir telle ou telle cause que je partage, je suis toujours surpris de constater que les événements en Syrie mobilisent si peu de personnes.

Que certaines personnes aient des avis divergents sur la façon (armée ou diplomatique) de régler ce conflit, je le vois bien.

Toutefois, les opposants à une intervention armée ou une aide en armement m’étonnent un peu. Je m’explique.

– Pourquoi je ne les vois pas organiser quoi que ce soit pour dénoncer les massacres ? (une petite manif pour dire STOP, juste STOP, ça va pas leur bouffer leur soirée)

– Pourquoi je les vois pas dénoncer un régime tyrannique (je crois que sur ce point on ne tergiverse pas) ?

– Pourquoi je ne les vois pas faire pression sur les détenteurs du droit de veto pour que ceux-ci condamnent le régime de Damas ? (j’ai bien dit pression diplomatique pas lâcher de bombe nucléaire sur la tronche de bachar)

– Pourquoi je ne les vois pas dénoncer les livraisons d’armes à al assad par la Russie (oh pardon, ces armes sont livrées légalement dans le cadre de contrats antérieurs à la révolte alors que si certains pays occidentaux faisaient pareils on se serait prompt à les dénoncer, moi en tête) ?

– Pourquoi je ne les vois pas dénoncer la présence de l’Iran, du Hezbo, d’Irakiens auprès d’al assad (c’est pas de l’ingérence étrangère peut-être) ?

De la part de l’extrême-droite, je le comprends, mais là y a un truc qui m’échappe …

Al Nosrah dément le meurtre d’un enfant syrien


2013/06/12

Démenti de Jabhat Al Nosrah, sur le meurtre d’un enfant syrien de 14 ans, qui défraie la chronique depuis deux jours.

Traduction en français, ce document a reçu le cachet du comité religieux de Jabhat an-Nusra à Alep…:

Au nom d’Allah le très miséricordieux, le tout miséricordieux

Ô vous qui avez cru, craignez Allah et soyez avec les véridiques.

Nous, Jabhat an-Nusra à Alep, déclarons ce qui suit :

Nous déclarons n’avoir aucun lien avec l’affaire de l’enfant tué dans le secteur de sha3ar, sous prétexte qu’il aurait tenu des propos blasphématoires (en insultant le Prophète, salallahu 3alayhi wa salam).

Nous condamnons cette façon d’agir, qui n’est pas conforme à la loi islamique.

AlNosrahDementi

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Jabhat Al-Nosrah est la fameuse milice islamiste qui fait beaucoup parler d’elle depuis l’automne dernier. Quoi qu’on en pense, ce démenti permet d’émettre trois hypothèses:

1- Ils ne sont pas les auteurs du meurtre de l’enfant et ses parents, ce qui signifie que d’autres en sont les auteurs, ils « courent toujours » et ont les mains libres.

2- L’annonce est évidement sincère, mais on pourrait aussi supposer que le crime ait été commis par des éléments rebelles incontrôlables de JAN ou autre faction. Quoiqu’il en soit, JAN ne les parraine pas dans ce genre d’action.

3- Le Régime est coupable de très nombreuses provocations, manipulations médiatiques, forges de faux documents, une fois de plus comme à diverses occasions, où les massacres commis par ses shabbihas déguisés en djihadistes ont causé des centaines de victimes: à Al Houla en mai 2012, Daraya en août 2012, et nombreux autres cas suspects, ou cas de terrorisme « utiles« , couverts par les médias du Régime.

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Genève 2, sur la Syrie, est une défaite honteuse des démocraties


Portrait du président syrien Bachar al-Assad criblé de trous sur la façade de l’école de police prise par les rebelles dans la région d’Alep, le 4 mars 2013 (Mahmoud Hassano, Reuters)

Portrait du président syrien Bachar al-Assad criblé de trous sur la façade de l’école de police prise par les rebelles dans la région d’Alep, le 4 mars 2013 (Mahmoud Hassano, Reuters)

La conférence prévue pour mettre fin à la guerre civile est un cadeau fait à Bachar el-Assad et ses alliés. Elle signe la défaite des démocraties, Etats-Unis et Europe en tête. Une déroute qui rappelle cruellement la tragédie yougoslave

Barack Obama l’a-t-il assez répété? «Assad must go!» David Cameron a dit la même chose, en écho. Et François Hollande, depuis un an, montre lui aussi la porte au dictateur de Damas. Le Français et le Britannique ont même reconnu l’opposition au régime baassiste comme leur seul interlocuteur, et depuis des mois ils lui promettent des armes.

Mais Bachar el-Assad ne s’en va pas. C’est tout le contraire. Avec l’appui des combattants aguerris du Hezbollah, des armes russes qu’il reçoit à merci et des conseillers iraniens, il s’apprête à lancer une offensive contre Alep après avoir fait sauter le verrou de Qousseir pour reprendre le contrôle de la Syrie utile, celle des villes, des plaines fertiles et de la côte.

Comment nomme-t-on cela?

Trois grandes démocraties occidentales – et quelques autres – prennent parti dans la crise syrienne, s’engagent bruyamment en apportant une aide diplomatique et très modestement matérielle à l’insurrection contre le tyran et sa clique, dont ils souhaitent le remplacement. Avec quel résultat? L’inverse exactement de l’objectif poursuivi. L’opposition mal armée, plus divisée que jamais, est en repli, tandis que Bachar el-Assad plastronne devant les caméras amies et commente, sûr de lui, son offensive contre ceux qu’il nomme des terroristes.

Cela s’appelle une défaite. Elle est si honteuse et s’accompagne de tant de veulerie qu’on la noie, en Occident, sous des avalanches de commentaires contrits dont le thème commun est la trop grande complexité des arrangements de populations et des forces au Proche-Orient, qui interdirait toute intervention décisive et entraînerait ses auteurs dans un bourbier. Si c’est vrai, il aurait mieux valu le dire d’abord.

Cette déroute rappelle cruellement la tragédie yougoslave. Là aussi, sous prétexte de complication extrême des nationalismes réveillés, l’Europe et les Etats-Unis ont laissé se défaire dans le sang la fédération des Slaves du Sud, quand ils n’ont pas attisé sa dissolution. Ils ne sont finalement intervenus que quand l’addition des dizaines de milliers de victimes est devenue, dans l’opinion, insoutenable.

La complexité syrienne – c’est si simple – se lit aussi en chiffres macabres: cent mille morts, plus ou moins, et des déplacés par millions. Le spectacle effrayant, comme dans les Balkans, a atteint la limite du supportable. Alors, dans l’urgence, les Etats-Unis provoquent la tenue d’une conférence pour tenter, deux ans après, d’éteindre le feu et de trouver une issue. Un espoir? Un compromis? Quel compromis? Genève 2 est un cadeau offert au pouvoir syrien, à la Russie, à l’Iran et au Hezbollah. Si un accord était trouvé entre les hommes d’Assad et l’opposition, il ne pourrait passer que par la survie, sous une forme ou sous une autre, du régime imposé au pays depuis plus de quarante ans. Sinon, il n’y aura pas d’accord: le rais, Poutine, Khamenei et Hassan Nasrallah y veilleront. «Assad must go» est passé de saison, remplacé par «Assad will stay». Lui, en tout cas, en est convaincu.

Il y a, au cœur de cette tragédie, une terrible amnésie. Souvenez-vous. Dans le sillage du vent violent qui balayait le monde arabe de Tunis au Caire, des manifestations ont commencé dans le sud syrien au début mars de 2011, puis se sont étendues à tout le pays. Cette montée en puissance a été provoquée par l’ordre donné presque immédiatement aux forces de police de tirer dans le tas. Quand les manifestants ont commencé à sortir des fusils pour se défendre, les chars de Bachar et de Maher sont entrés en action, puis l’artillerie, puis l’aviation, puis les missiles. Cette escalade a conduit à la régionalisation prévisible du conflit, et finalement au soupir impuissant des puissants: quelle horreur, deux camps livrés à la même sauvagerie, on ne veut plus voir ça…

Cette lâche conclusion est un travestissement. La ruée djihadiste n’est pas une cause du soulèvement syrien, mais une conséquence de sa répression. Et si les frères musulmans ont été, dès le début, les plus actifs dans les manifestations, c’est qu’ils étaient les plus persécutés: être sympathisant de la confrérie, c’était se mettre en danger de mort, les massacres du début des années quatre-vingt l’attestent.

La vraie cause de la révolte au pays de Cham, c’est le courage qu’a finalement trouvé le peuple syrien, dans cette sorte de pré-printemps 2011, pour tenter de se débarrasser de l’oppression qu’il subissait sans en voir la fin. Le régime Assad n’est pas une dictature alaouite. C’est la tyrannie d’une famille militaire, assise sur des appareils policiers pléthoriques et omniscients, et bétonnée par une caste d’affairistes attirés par l’odeur du pouvoir à partager, dans laquelle toutes les communautés religieuses sont représentées. Quarante ans de ce festin de privilèges ont fourni aux Assad une solide base d’affidés. La majorité des Syriens n’avaient qu’à subir et se taire, ou, comme on pouvait le comprendre sur place, être réduits à parler de tourisme aux touristes. Ce régime, Michel Seurat, qui l’a payé de sa vie dans une cave, l’avait appelé l’Etat de barbarie.

Tous les démocrates savaient cela, et toutes les démocraties. Leur appui au soulèvement fut donc unanime. Mais le discours était constamment double, à commencer par celui de Barack Obama. Le président américain partage la conviction de son ancien ministre de la Défense, Robert Gates: la pire erreur stratégique pour son pays serait de mettre la main dans une troisième guerre en pays musulman. Il a donc écarté les propositions d’action avancées par Hillary Clinton et l’ancien directeur de la CIA. Mais il a en même temps concrétisé sa promesse de soutien aux insurgés: des rations alimentaires et des lunettes pour voir la nuit…

Du coup, Assad et ses soutiens ont vu clair. Le risque d’intervention, de ce côté-là, était à peu près nul; ils pouvaient enlever les gants. Les Européens, entendant l’Américain, en resteraient aux paroles indignées. Le blocage russe et chinois au Conseil de sécurité de l’ONU était même, pour eux, bienvenu: il servait de justification à l’inaction des démocraties, qui ne prenaient même plus la peine de défendre leur intervention en Libye, chiffon rouge pour Moscou, dont l’effet fut pourtant la fin du règne d’un clown sanglant et la libération d’un peuple auquel on reproche aujourd’hui sa turbulence.

Même l’élément déclencheur d’une action décisive en Syrie – l’utilisation des toxiques de combat – est maintenant oublié. Obama a depuis longtemps effacé sa «ligne rouge» à ne pas franchir. Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères, dévoilant les preuves de l’utilisation du sarin, répète que la France privilégie Genève 2, même si «toutes les options demeurent sur la table». Quelles options, quelle table? Une intervention déterminée était possible il y a un an ou quinze mois. Aujourd’hui, elle est exclue. Le peuple syrien payera la pleutrerie des démocraties.

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Communiqué du Collectif Urgence Solidarité Syrie


Mohamad Taha

Responsables politiques en jouant les Ponce Pilate
vous n’arrêterez pas le massacre des Syriens

C’est un vent mauvais qui semble souffler sur la Révolution syrienne depuis quelques semaines. C’est le vent de la résignation de la Communauté internationale, c’est le vent de la honte. Si finalement, les nations en venaient à s’accorder pour confier à Bachar Al-Assad une pseudo transition politique, cela constituerait l’une des plus grandes débâcles politiques et morales de la communauté internationale de l’après deuxième guerre mondiale.

Alors que depuis deux ans, sont commis massivement par la dictature, et reconnus comme tels, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre, comment accepter cette sacralisation de l’impunité par la Communauté internationale ? Avec l’exemple syrien, la barbarie contre les peuples aurait alors d’encourageantes perspectives.

Par leurs tergiversations, leurs hésitations et jusqu’ici le refus de soutenir sans ambigüités la fourniture d’armements à la révolution syrienne dans sa composante démocratique, notre gouvernement, nos partis politiques porteront leur part de responsabilité si par malheur Bachar Al Assad et sa clique en tiraient parti pour se maintenir au pouvoir.

Comment peut-on se résigner à ne laisser au peuple syrien que deux alternatives mortifères, soit une dictature féroce, soit le règne de l’obscurantisme religieux ?

Jamais, plus jamais, nous ne pourrions soutenir le regard de nos amis syriens si notre pays, notre opinion publique, notre exécutif, les abandonnaient à la terrible vengeance de Bachar Al-Assad.

Avec un tant soit peu de courage politique il est peut-être encore temps à la France et à l’Europe d’agir sur la scène internationale pour faire de l’arrêt des massacres et de la chute de la dictature une grande cause mondiale.
Le temps est compté pour épargner aux Syriens une nouvelle descente aux enfers, et pour écarter les obstacles à l’ère de liberté pour laquelle ils se sont héroïquement soulevés depuis plus de deux ans.

Contact presse : urgencesyrie@gmail.com
Paris le 22mai 2013