Barbarie disent-ils…


Le temps des barbares

Cet article est excellent, parce qu’il pose sur ces événements hautement émotionnels un regard humain qui oblige à la distance et à la réflexion. Je le partage complètement. Obligeons-nous à regarder les images avec recul et à nous méfier du chatoiement des mots, sinon, c’est nous qui perdrons notre humanité. Cet article explique clairement comment les peuples occidentaux sont en train de se faire manipuler, comment par brouillage et amalgames on désigne à leur vindicte près de 3 milliards d’habitants de la planète, comment on détourne dans un but inavoué et inavouable des émotions légitimes pour désigner l’ennemi absolu, l’irréductible, la source de tous les maux. Ennemi, terme dont on pourra affubler n’importe quel individu, n’importe quel état, au nom duquel on viole toutes les lois, brise toutes les barrières, piétine tous les règles d’une démocratie flottant comme une bannière au-dessus du troupeau des nouveaux croisés hallucinés devant leurs écrans. Ce qui est oublié dans l’histoire, c’est que ce même orgueilleux Occident sème un vent qui se lève en tempête, un vent de haine dans les cœurs et les esprits, et que cet impalpable nous poursuivra jusqu’aux générations suivantes. Vivre ensemble, ce rêve humaniste n’est plus, et sans doute pour longtemps, qu’une utopie en lambeaux. Nous sommes des êtres supérieurs, et ce sont les médias qui vous le disent tout les jours. Ceux que le hasard a fait naître du mauvais côté ne méritent ni notre reconnaissance ni notre respect et encore moins notre compassion. Nous sommes les chevaliers blancs. Blancs, pas tant que ça… parce que nous sommes surtout des chevaliers à la mémoire très très courte.[ Galadrie  http://lesbrindherbes.org/2014/10/02/temps-barbares/]

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Barbarie disent-ils…

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Les décapitations filmées d’otages occidentaux en Irak et d’un randonneur français en Algérie suscitent légitimement un sentiment d’horreur et une condamnation unanime et sans appel. Ces assassinats insensés ne peuvent être le fait que de criminels pervers au service d’une idéologie déviante. Ces mises en scène macabres viennent à la suite d’images tout aussi insoutenables montrant des exécutions de masse d’hommes désarmés. L’émotion produite par ce théâtre de la cruauté est cependant froidement manipulée par des médias et des relais politiques en Occident. La qualification sans cesse reprise de « barbaries », perpétrées par des « barbares », répond à la volonté de déshumaniser les auteurs de ces atrocités. Hors du limès de la Civilisation, ils ne relèvent plus du droit commun et ne sont plus passibles des lois ordinaires. Il s’agit pour la propagande blanche, conforme à ses usages établis et ses traditions éprouvées, de dénoncer l’irréductible barbarie de « l’autre » présenté comme totalité indistincte pour mieux soumettre ou exterminer, au-delà des criminels, toute une société. Ou comme dans les cas de l’Irak et de la Syrie de détruire des Etats.

Ces assassinats médiatiques sont représentés par les organes de propagande comme des actes irrationnels d’une radicale altérité, quasiment non-humaine. Mais bien davantage, des échelles du Levant à celles de Barbarie, ces atrocités seraient inhérentes à une sphère ethnico-religieuse, l’Islam, qui malgré des nuances langagières, reste intrinsèquement dangereuse, quasi-incompréhensible et systématiquement opposée à un Occident dont, par essence et définition, les valeurs humanistes sont définitivement supérieures à toutes les autres.

Dans un amalgame éhonté mais clairement assumé, les musulmans d’ici et d’ailleurs, suspectés de connivence « culturelle » avec les assassins, sont sommés par des policiers de la pensée de se désolidariser publiquement de ces crimes. Il leur est enjoint d’approuver la nouvelle guerre moyen-orientale de l’Occident et les bombardements « vengeurs » décidés par la Civilisation.

Ces arguments d’une propagande essentialiste visant à diaboliser des communautés toutes entières sont odieux et totalement ineptes. Cette propagande de stigmatisation et de culpabilisation est d’autant plus inacceptable que ces journalistes-procureurs seraient particulièrement bien placés, s’ils faisaient leur métier, pour évoquer, en spécialistes, la sauvagerie systématique et des exactions d’une ampleur sanguinaire inouïe de ceux dont les armes se tournent contre les populations arabo-musulmanes depuis des décennies.

Ces journalistes, qui martèlent le mot de barbarie, qu’ont-ils écrit sur les centaines de milliers de morts civiles en Irak, sur le recours au phosphore blanc et aux munitions à l’uranium appauvri contre des populations civiles ? Qui parmi ces parangons de la Civilisation a évoqué le sort de ces dizaines d’enfants mal formés à Falloujah et ailleurs du fait de l’utilisation d’armes interdites ?

A-t-on entendu des cris d’indignation de la part de cette presse au garde-à-vous, lorsque la très civilisée Madeleine Albright, ancienne secrétaire d’état américaine, justifiait la mort de cinq cent mille enfants irakiens ? Qui de cette presse ou de ces chaines de télévision s’est insurgé devant le fait que dans ce pays des droits de l’homme des criminels au moins aussi sadiques que ceux de l’Etat Islamique puissent mourir dans leurs lits grâce aux amnisties et à l’amnésie d’Etat ?

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Mais il n’est nul besoin de remonter aux guerres coloniales au nom des « Lumières » de la génération précédente pour reconnaître une même sauvagerie contemporaine, tout aussi indécente, qui se drape des valeurs de la Démocratie et des Droits de l’Homme. Barack Obama, prix Nobel de la paix, peut ainsi mener sept guerres depuis qu’il a reçu cette distinction qui a définitivement perdu toute signification morale. Qui parmi ces médias évoque les dizaines de milliers de victimes innocentes des frappes de drones à travers le monde ? La mort, sous les missiles guidés et les bombes « intelligentes », de cinq cent enfants de Gaza n’est -elle pas une « barbarie » ? Tout comme les bombardements d’écoles gérées par les Nations Unies seraient tout au plus les dégâts collatéraux de frappes chirurgicales. Il est vrai que sans images et ensevelis sous la mystification et le silence complice des journalistes de l’information, les dizaines de milliers de morts des guerres asymétriques n’existent pas. Pures statistiques, les cadavres déchiquetés de pauvres et de désarmés ne suscitent aucune émotion.

Il n’est donc nul besoin d’effectuer de minutieuses recherches pour découvrir que la réalité de la « barbarie » est fort différente de ce que cette presse en battle-dress veut faire accroire. On ne tentera pas non plus d’établir ici la généalogie politique de l’Islamisme fanatique fabriqué par les monarchies du Golfe et armé par l’Occident. Qui se souvient des missiles français Milan, des armes anglaises et américaines généreusement fournis aux « moudjahidine » afghans, hier freedom-fighters et aujourd’hui talibans extrémistes ?

Les mises en scène d’assassinats abjects dans des circonstances horribles par des psychopathes apolitiques ne peuvent, en aucun cas, servir de prétexte à des manipulations haineuses. Le discours sur la barbarie asséné par les relais de propagande, destiné à désigner de faux ennemis intérieurs, vise à faire taire ceux parmi les musulmans en Europe qui dénoncent les aventures guerrières au Moyen-Orient. A faire oublier ceux commis par les alliés de l’Occident. Et également, en jouant sur la peur à jeter en pâture des minorités visibles « d’apparence musulmane » à une opinion matraquée que l’on cherche à conditionner depuis des années. Ces gesticulations autour d’une soi-disant barbarie musulmane ne parviennent pas à masquer la vérité sanglante d’un Occident colonialiste hier, impérialiste aujourd’hui, qui assume sans discontinuer depuis le dix-neuvième siècle ses guerres éminemment civilisées et très sanguinaires dans le monde arabo-musulman. Les criminels de l’Etat Islamique ont été à bonne école.

Dans le dispositif éprouvé de préparation psychologique, la barbarie de l’autre est la justification ultime de la guerre. Or, les « guerres » éternelles contre le terrorisme, engagées depuis des dizaines d’années, loin d’avoir endigué le phénomène, l’ont généralisé et complexifié. Il ne fait guère de doute, à la lumière de l’expérience, que le refus d’approches politiques et la fascination pour la guerre manifestée par les dirigeants occidentaux, outre une dangereuse régression du droit international, ne produira qu’un surcroît de subversion.

Les premiers et les pires barbares sont parmi nous.

Fondation Frantz Fanon | 27 septembre 2014

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Tous (?) contre Daesh, mais pour qui ?  


 

Les images des horreurs commises par Daesh en Irak et en Syrie ont ému le monde, notamment les images de décapitation des journalistes US et britannique. Des analystes pensent que les otages US et britanniques ont été enlevés et gardés pour être ainsi exécutés au « bon » moment pour servir la propagande de cette organisation terroriste. L’on peut s’étonner tout de même que Daesh n’ait pas pensé à garder des otages français pour en faire de même, alors qu’il doit savoir que la France est un allié principal des US et de la Grande Bretagne et que la France n’a jamais été un pays neutre dans le combat contre des groupes terroristes « islamistes ».

 

Nos politiciens, nos médias et nos intellectuels nous mettent en garde contre le danger de cette organisation et de ses possibles attentats en Europe. Curieusement ils n’ont pas l’air de s’inquiéter des promesses d’attentats proférées dès 2011 par le régime syrien (écouter le grand mufti syrien : http://www.mediarabe.info/spip.php?article2051) en affirmant l’existence des réseaux dormants en Europe sous ordres de ce régime.

 

Le monde civilisé s’est donc mobilisé pour combattre enfin cette organisation terroriste après l’avoir laissée se développer pendant des mois, voire des années. Et cette mobilisation fut concrétisée par une nouvelle coalition internationale dont les représentants se sont réunis à Paris ce lundi 15 septembre.

 

Parmi les pays du Moyen Orient, on note la présence des trois pays arabes qui forment le nouvel axe arabe de lutte pour la « paix » et contre le « terrorisme », à savoir l’Arabie saoudite, les Emirats et l’Egypte, qui, surtout l’Egypte, souhaitent que le combat contre le « terrorisme » ne se limite pas à Daesh, mais qu’il soit étendu à d’autres groupes qu’ils avaient déjà déclaré comme « terroristes ».  Il manque cependant l’Etat d’Israël pour compléter cet axe et pour se débarrasser de tous les « terrorismes » dans le Proche Orient une fois pour toutes.

 

Les deux autres absents de la réunion de Paris étaient l’Iran et la Syrie. Bien sûr la présence du régime sanguinaire syrien (alias le régime du Veau syrien) avec ses massacres quotidiens contre la population civile syrienne est inimaginable. En revanche, il semble que l’Iran « chiite » fut exclue de la réunion de Paris essentiellement à la demande des émirs du pétrole « sunnites », qui misent sur l’aspect sectaire de la question ! Mais il ne faut pas avoir trop d’inquiétude sur le rôle essentiel dévolu à l’Iran dans la région.

 

On sait déjà que sans l’accord du régime iranien, al-Maliki, l’ex premier ministre irakien, n’aurait pas quitté le pouvoir (du moins sur le papier) et que le nouveau gouvernement de « coalition nationale » n’aurait pas vu le jour (al-Maliki y figure comme Vice-Président de la République). Ce « départ » d’al-Maliki était la condition posée par les Occidentaux et les émirs arabes pour que les US frappent Daesh et que les Français arment les Kurdes. L’Iran a donc donné son feu vert et il continue tirer les ficelles en Irak. D’ailleurs le ministre irakien des affaires étrangères a exprimé ses regrets pour son absence à Paris (http://www.romandie.com/news/Conference-de-Paris-lIrak-regrette-labsence-de-lIran/517742.rom). Quant à la Syrie, on apprend qu’un envoyé du nouveau premier ministre irakien vient de rencontrer le dictateur syrien pour parler de la coopération contre le « terrorisme » (http://www.sana.sy/fr/?p=11064). Et n’oublions pas la présence de l’incontournable Lavrov qui porte souvent la casquette du ministre des affaires étrangères du régime syrien.

 

Les Occidentaux savent bien que cette coalition n’a aucune chance de faire quoi que ce soit (à long terme) sans la coopération active du régime du Veau syrien et du Wali al-Faqih iranien. L’expérience montre que le régime syrien a posé beaucoup de problèmes aux forces US et leurs alliés après leur invasion de l’Irak en 2003, en ouvrant largement ses frontières avec l’Irak devant des jeunes souhaitant combattre contre les envahisseurs. Des jeunes sincères mais « naïfs » qu’il infiltrait et qu’il utilisait comme moyen d’exercer une pression sur les US. Aussi, n’oublions pas les forces iraniennes ou les milices « chiites » pro-iraniennes déjà en action en Irak. Donc rien ne peut se faire sans entente avec ces deux régimes, surtout tant que le régime du Veau reste au pouvoir en Syrie.

 

Les Occidentaux comptent beaucoup sur les Kurdes, au point que le PKK « terroriste » qui se bat avec les Peshmerga risque de devenir un partenaire fréquentable (ce qui permet d’embêter davantage Erdogan et l’AKP en Turquie), mais cela ne suffit pas pour stabiliser la région. Les Peshmerga accusent déjà des milices « chiites » de tuer des villageois arabes sunnites en Irak ces derniers jours, et des rapports en provenance d’al-Hassakeh en Syrie parlent de massacre commis par les milices de PYD (le PKK syrien) contre des villageois syriens sous prétexte qu’ils ont reçu Daesh. Bref, tout ça promet un chaos incontrôlable.

 

C’est vrai que les Occidentaux et leurs alliés arabes se prononcent contre Daesh et contre Assad et pour l’ « opposition » démocratique en Syrie. Notre célèbre BHL vient d’ailleurs de le confirmer ce lundi 15 septembre, où il déclare dans une interview sur i-Télé que Daesh est « le fruit de Bachar al-Assad » et qu’il faut en finir avec ces deux « monstres » en soutenant les « forces démocratiques » en Syrie (http://www.itele.fr/chroniques/invite-politique-ferrari-tirs-croises/bhl-letat-islamique-est-le-fruit-de-bachar-al-assad-93541).

 

Mais pour mieux comprendre ce que signifie « forces démocratiques » pour BHL, on n’a qu’à l’écouter dans un entretien édifiant qui s’est déroulé à l’université de Tel Aviv le 2 juin 2011, où il nous éclaire sur la morale et la realpolitik (https://www.youtube.com/watch?v=n_w7Hwh9ko0).

 

La seule possibilité pour combattre Daesh et la dictature sanguinaire syrienne est d’aider sérieusement la Résistance syrienne patriote (même celle majoritairement à tendance islamique). Mais ça, ni les émirs arabes ni les Occidentaux (sans oublier de l’unique démocratie au Proche Orient) n’en veulent pas et ils ne cessent de le démontrer depuis plus de trois ans. En revanche ils veulent bien des peuples « pacifiés » qui ne contestent pas la « sagesse » de leurs émirs ou présidents en chantant leur gloire, qui ne rêvent que des « lumières » de la « civilisation » occidentale, et surtout qui accepteraient le moment venu de fumer le calumet de « paix » avec le Veau d’Or israélien dans son éternelle capitale à « Jérusalem ».

source : Iyad par courriel

 

 

 

«L’affrontement israélo-arabe mobilise, la crise syrienne divise»


Nous avons interrogé le chercheur et politologue français François Burgat à propos du différentiel d’indignation exprimée s’agissant d’une part des intenses bombardements israéliens sur la bande de Gaza pendant quatre semaines et, de l’autre, des tueries quotidiennes en Syrie depuis trois ans.

On a rarement vu de telles mobilisations dans le monde en faveur des Gazaouis sous les bombes. Pourtant les révoltés syriens ont été victimes de massacres pires encore de la part du régime sans qu’on voie des foules indignées envahir les rues en Occident, pourquoi, à votre avis?

La dénonciation de la politique américano-israélienne unit. La lecture de la crise syrienne divise. L’affrontement israélo-arabe mobilise depuis toujours deux camps clairement identifiés, dont les acteurs et les argumentaires n’ont pas sensiblement évolué. Le camp dit «propalestinien» se superpose presque parfaitement à la vaste mouvance «anti-impérialiste», héritière d’une longue tradition d’opposition à la politique étrangère des États-Unis. La dénonciation de la politique israélienne est d’autant plus naturelle qu’elle a le plus souvent valeur de critique d’une classe politique qui, à droite comme à gauche, penche le plus souvent du côté israélien. Uni dans sa condamnation d’Israël et de ses alliés, ce camp «anti-impérialiste» est en revanche divisé moins sur la légitimité de l’opposition syrienne que sur la cohorte hétéroclite de ses alliés, arabes aussi bien qu’occidentaux. La révolte syrienne est en effet intervenue au lendemain d’un profond bouleversement de l’échiquier international. Celui qui a vu les diplomaties occidentales abandonner leur soutien inébranlable aux régimes autoritaires (en Tunisie et en Égypte notamment) pour mettre, assez cyniquement, leurs ambitions dans le panier du soutien aux révolutionnaires arabes. Le trouble généré par ce revirement a été accru par le fait que les Occidentaux, qui avaient boudé jusqu’à la dernière minute les protestations des Tunisiens et des Égyptiens, s’en sont pris pour inaugurer leur nouvelle politique à deux régimes (libyen et syrien) qui leur étaient tous deux traditionnellement hostiles, tout particulièrement sur la question palestinienne. Considérant qu’il a été en fait plus verbal qu’effectif (à la différence de celui de la Russie ou de l’Iran au régime), le soutien occidental s’est ainsi avéré plus préjudiciable qu’autre chose à l’opposition syrienne. On serait même tenté de dire qu’il a constitué à certains égards, pour l’opposition syrienne, un véritable «baiser de la mort». Nombreux sont les militants «anti-impérialistes» – tout particulièrement s’ils sont coupés du terrain syrien – qui hésitent en effet à joindre dans la lutte contre Bachar leurs efforts à ceux (Obama, Cameron, Hollande) qu’ils combattent depuis toujours. Comment aider des révolutionnaires si cela implique de se trouver dans le camp de Bernard Henri Lévy, pour ne rien dire de l’émir du Qatar ou du roi d’Arabie?

Il y a eu depuis trois ans beaucoup de condamnations verbales des horreurs en Syrie de la part des dirigeants de la «communauté internationale» et finalement assez peu à Gaza. La critique d’Israël reste contrainte?

C’est bien le problème. Nombre de militants hésitent à descendre dans la rue pour défendre l’opposition syrienne car ils ont le sentiment que cela revient à soutenir la politique de Hollande! Ils considèrent en quelque sorte qu’une mobilisation populaire aussi légitime que peut l’être la révolte syrienne est devenue infréquentable par le seul fait que des forces politiques illégitimes ont décidé d’essayer d’en tirer profit. Funeste est leur erreur d’analyse bien sûr, est-il besoin de le redire?

La critique d’Israël serait-elle contrainte…? Bien sûr et c’est peu dire! Journalistes, chercheurs, hommes politiques… La liste est longue de tous ceux qui pourraient témoigner des rigueurs multiformes de cette «contrainte»…

Les opinions publiques ne sont-elles pas troublées par l’apparition et par les succès des djihadistes en Syrie (et Irak), qui donnent de la révolte syrienne une image atroce (exécutions, crucifixions, etc.)?

Bien sûr! C’est en fait la question de l’islam politique tout entière qui est au cœur de la suspicion montante des Occidentaux à l’égard des printemps arabes. Sur le registre du «on vous l’avait bien dit», la très réelle et très inquiétante montée en puissance des djihadistes est seulement venue amplifier la réticence d’une écrasante majorité des opinions européennes à l’égard des élus des urnes des printemps arabes et partant, pour certains, à l’égard des printemps dans leur principe même. Nous n’avons sans doute pas assez pris conscience que le quasi-unanimisme européen (si tardif qu’il fût) devant le printemps tunisien était moins fondé sur la chute de Ben Ali que – supposément bien sûr, car l’erreur était de taille – sur la croyance que les islamistes, réputés absents des rangs des révolutionnaires, venaient de sortir de l’histoire.

Le paradoxe de la radicalisation djihadiste est qu’elle est en grande partie le résultat de nos atermoiements devant l’opposition modérée (et néanmoins islamiste car ces deux mots peuvent réellement aller de pair, il faut le redire sans se lasser) que nous avons refusé de soutenir efficacement. Notre réticence spontanée et viscérale vis-à-vis du Hamas ou la facilité avec laquelle nous avons accepté la déposition du président égyptien Mohammed Morsi en 2013 vont de pair avec notre suspicion précoce à l’égard du Conseil national syrien (opposition en exil), immédiatement jugé «trop proche des Frères musulmans». Les djihadistes, cela se fabrique. Le paradoxe de notre attitude vis-à-vis des islamistes est que notre rejet des plus modérés participe activement à la fabrication de leurs successeurs beaucoup plus radicaux.

Une partie des partisans de la cause palestinienne refuse de critiquer le régime syrien, qui prétend depuis toujours la défendre, que leur répondez-vous?

Je leur souhaite seulement d’aller exprimer leur point de vue dans les rues du camp palestinien de Yarmouk, à Damas, ou dans n’importe laquelle des villes que le régime syrien martyrise depuis trois ans sous les bombes et les obus. Ils prendraient alors la mesure de leur terrifiante erreur.

Propos recueillis par BAUDOUIN LOOS

Article paru dans Le Soir du 7 août 2014

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Pourquoi tant de passion pour Gaza, si peu pour la Syrie ?


Arthur de Boutiny | Journaliste
Mathilde Goupil | Rue89
Camille Polloni | Journaliste Rue89

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L’offensive djihadiste en Irak qui redessine le Moyen-Orient


Pierre Haski | Cofondateur Rue89

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Réfugiés de Mossoul arrivant en région kurde, protégée par des policiers de la zone autonome kurde (STR/AP/SIPA)

En 2003, George W. Bush a déclenché la guerre d’Irak sur la base de fausses informations faisant état de liens entre Saddam Hussein et Al Qaeda. Onze ans plus tard, une organisation djihadiste prend le contrôle d’une large partie de l’Irak, et est en passe de redessiner les frontières du Moyen-Orient.

L’offensive djihadiste a pris le gouvernement irakien par surprise : Mossoul, la deuxième ville d’Irak, dans le nord du pays, est tombée mardi entre les mains du plus radical des groupes djihadistes, l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL selon l’acronyme français, aussi connue sous ses acronymes d’ISIS en anglais et de Da’ech en arabe), également très actif en Syrie.

La chute de Mossoul et de sa région pétrolière entre les mains de djihadistes sunnites, partisans d’une stricte application de la charia, a envoyé un demi-million de réfugiés sur les routes en quelques heures, et semé la panique à Bagdad, où le gouvernement a appelé les Etats-Unis à l’aide.

Depuis, l’offensive d’EIIL se poursuit, notamment dans la ville sainte chiite de Samara, pour élargir le territoire contrôlé par les djihadistes, qui ont rompu leurs liens avec la nébuleuse Al Qaeda en février dernier et ont attiré à eux tous les apprentis djihadistes du Moyen Orient et même au-delà, y compris en France.

La carte des derniers combats en Irak (abm K.Tian/A.Bommenel / AFP)

 

Qui est l’EIIL qui a lancé cette offensive sans précédent ?

 

L’Etat islamique en Irak et au Levant est un enfant d’Al Qaeda, aujourd’hui en rupture avec la « maison mère », devenu à son tour un centre de ralliement djihadiste autonome.

L’organisation est d’abord née en Irak en 2006 sous le nom d’Etat islamique d’Irak, en incorporant Al Qaeda en Irak. Avec le développement du soulèvement syrien, elle s’est transformée en Etat islamique en Irak et au Levant, effaçant ainsi la frontière entre les deux pays.

Djihadiste affilié à l’Etat islamique en Irak et au Levant (AFP d’après une vidéo de propagande)

Cette extension sur le sol syrien (avec la complaisance paradoxale du régime Assad trop content de diviser ses adversaires, selon de nombreux observateurs) a créé des frictions avec l’autre organisation djihadiste de Syrie, le Front Al Nosra, et entraîné la rupture avec la « centrale » Al Qaeda, toujours dirigée de la région Afghanistan-Pakistan.

En février 2014, Al Qaeda a publié un communiqué désavouant l’EIIL et niant toute responsabilité dans ses actions.

Cela n’a pas empêché l’EIIL de poursuivre son implantation, non seulement en Syrie autour de son fief de Raqqa, ainsi qu’en Irak où elle s’est manifestée autant dans la région de Fallouja, au sud, avec une alliance des djihadistes avec des tribus sunnites locales, que dans le nord, avec la prise de Mossoul et d’une partie de la région de Salaheddine.

Seule photo connue mais non authentifiée d’Abou Bakr al-Baghdadi, émir d’ISIS, diffusée par les Américains (FBI)

L’EIIL est dirigé par un Irakien, Abou Bakr Al-Baghdadi, dont la tête est mise à prix 10 millions de dollars par les Américains. Comme le soulignait récemment Jean-Pierre Filiu sur Rue89 :

« Nul ne sait avec certitude l’identité réelle de la personne qui se cache sous ce pseudonyme chargé de sens : Abou Bakr est le successeur direct du prophète Mohammed et il fut, de 622 à 624, le premier des califes de l’Islam.

Quant à “ Baghdadi ”, cela signifie “ de Bagdad ”, afin de souligner la nationalité irakienne de cet “ Abou Bakr de Bagdad ”. »

L’EIIL a pour objectif l’instauration d’un « califat » islamique sur les zones qu’elle contrôle. Il pourrait être en passe de le faire si son offensive actuelle lui permet de consolider une zone de peuplement sunnite à cheval sur la Syrie et le nord de l’Irak, redessinant ainsi les frontières héritées de la période coloniale.

L’organisation compte plusieurs milliers d’hommes armés, dont une partie d’étrangers venus d’Asie centrale, d’autres pays du Moyen-Orient, et d’Europe occidentale. Plusieurs Français figurent parmi ses membres, et un certain nombre ont péri dans ses rangs.

Le financement de l’organisation se fait largement par le prélèvement d’un « impôt » dans les zones dans lesquelles elle est active. Certaines informations indiquent que plus de 300 millions de dollars ont été récupérés par les djihadistes lors de la prise de Mossoul…

L’EIIL d’Al-Baghdadi, soulignait récemment Jean-Pierre Filiu sur sa note de blog prémonitoire, « est désormais au centre du djihad global ».

« Son prestige, amplifié par les réseaux sociaux, est sans équivalent dans la mouvance djihadiste. De nombreux groupes, dont Ansar Beit Maqdes, la formation jihadiste la plus active du Sinaï, lui ont d’ores et déjà prêté allégeance. »

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Qui détient le pouvoir en Irak ?

Le pouvoir de Bagdad a été pris au dépourvu par la chute de Mossoul, la deuxième ville du pays, une humiliante défaite face aux djihadistes sunnites.

Le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, a aussitôt décrété l’état d’urgence. Mais ce leader chiite, qui concentre l’essentiel du pouvoir entre ses mains, paye ici son attitude vis-à-vis des Sunnites. Ces derniers ont longtemps été assimilés au pouvoir dictatorial de Saddam Hussein, renversé par l’intervention militaire américaine de 2003, et ont perdu leur statut dans la société.

Al Qaeda en Irak, devenu par la suite ISIS, s’est beaucoup appuyé sur ce mécontement des tribus sunnites pour recruter des combattants et des partisans.

Comme le faisait remarquer Jean-Pierre Filiu le 23 avril dernier sur Rue89 :

« Baghdadi [l’émir de l’EIIL] a pu profiter de la politique brutalement sectaire du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki. Le nouvel homme fort de l’Irak, à la fois chiite et revanchard, cumule aujourd’hui les portefeuilles de la Défense et de l’Intérieur, tout en dirigeant lui-même les services de renseignement.

A peine le retrait américain consommé en 2011, Maliki a humilié avec une telle morgue la communauté sunnite qu’il a rejeté dans l’opposition armée une grande partie des ralliés de la période précédente. »

Au début de l’année, alors qu’il était en campagne électorale, Maliki a assuré qu’il pourrait balayer les djihadistes en quelques semaines… Aujourd’hui, il se retrouve assiégé, incapable de résister face à une offensive de l’EIIL face à laquelle son armée n’a pu opposer qu’une piètre résistance.

Et face à des djihadistes déterminés, parvenus à recréer une alliance avec les tribus sunnites et d’anciens officiers de l’armée de Saddam Hussein balayés par la défaite de 2003, l’EIIL oppose la force d’un Etat en devenir à un Premier ministre très affaibli.

L’Irak post-Saddam Hussein, qui n’a connu que de brefs répits depuis l’invasion américaine de 2003, traverse aujourd’hui une épreuve qui risque de remettre en cause son unité en tant qu’Etat.

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Que vont faire les Etats-Unis ?

 

Les Etats-Unis assument une responsabilité historique indéniable dans la crise irakienne actuelle. C’est l’administration Bush qui, en renversant la dictature de Saddam Hussein, a déclenché un processus politique totalement incontrôlé qui a permis l’émergence de groupes djihadistes jusque-là marginaux.

L’armée américaine a quitté l’Irak en 2011, fermant l’un des épisodes les plus douloureux de son histoire depuis la guerre du Vietnam, sans avoir réussi à stabiliser durablement le régime issu de son intervention.

Le rêve des « neo-cons » de l’administration Bush, de reproduire en Irak ce que l’armée américaine avait fait au Japon et en Allemagne, c’est-à-dire bâtir une démocratie sur les décombres de la défaite militaire de ces deux pays en 1945, s’est révélé une chimère.

Selon le New York Times, avant même les derniers développements, le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki avait demandé aux Etats-Unis de mener des frappes aériennes contre l’EIIL. Mais l’administration Obama aurait refusé, que ce soit par avions ou par drones sans pilotes, « considérant la page irakienne comme close ».

Washington privilégie à ce stade la même politique suivie depuis son retrait en 2011 : la formation et l’appui à l’armée nationale irakienne, même si celle-ci s’est montrée incapable de résister à l’avancée djihadiste, et aura bien du mal à reconquérir le terrain perdu.

« Au bout du compte, c’est à l’armée irakienne et au gouvernement irakien de faire face à ce problème », a déclaré mardi l’amiral John Kirby, porte-parole du Pentagone, cité par le New York Times.

Selon le journal, les Etats-Unis ont fourni 14 milliards de dollars d’aide militaire au pouvoir irakien, y compris des jets F-16 et des hélicoptères de combat Apache, des drones de surveillance et des missiles Hellfire. Ils ont également formé (sur le territoire jordanien) des troupes d’élite irakienne au combat anti-terroriste.

Mais des voix se font entendre aux Etats-Unis pour en faire plus, encadrer les troupes irakiennes sur le terrain, envoyer des missions de drones contre les djihadistes, bref, remettre le doigt dans un engrenage dangeureux.

Mais Barack Obama a tout récemment exprimé sa doctrine qui ne privilégie pas l’action militaire alors qu’il a réussi à extraire les Etats-Unis des deux conflits hérités de l’ère Bush : en Afghanistan et en Irak. Une doctrine moins interventionniste résumée d’une formule choc :

« L’Amérique a le meilleur marteau mais tous les problèmes ne sont pas des clous. »

En attendant, c’est sur le terrain délaissé par les GIs que s’écrit une nouvelle page d’histoire. Et il n’est pas certain que les Etats-Unis réussiront à en rester à l’écart éternellement.

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L’Irak peut-il imploser ?

 

La carte d’un nouveau Moyen Orient ? (NYT)

Il y a seulement quelques mois, la chercheuse américaine Robin Wright, spécialiste du Moyen Orient, se demandait dans une tribune au New York Times, si la guerre en Syrie n’allait pas conduire à une recomposition géographique et politique du monde arabe.

Carte à l’appui, elle soulignait que bon nombre des tensions, crises et guerres du monde arabe depuis deux ans tracent de nouvelles lignes de fracture, voire de frontières, à l’image de l’éclatement des Balkans ou de l’ex-URSS, pouvant permettre d’imaginer une nouvelle carte mettant fin au découpage actuel largement hérité de l’éclatement de l’empire ottoman et des luttes d’influences entre puissances coloniales.

Ainsi, la Libye se retrouverait divisée en trois Etats -Est, Ouest et Sud-, la Syrie en trois Etats également -un kurde, un alaouite et un sunnite-, l’Irak également permettant l’unification des zones à dominante kurde… Une partie du Yémen pourrait être absorbée par l’Arabie saoudite, qui pourrait perdre ses zones chiites.

A voir le « Sunnistan » dessiné sur la carte ci-dessus, on retrouve les contours de la zone que contrôle peu ou prou l’EIIL depuis son offensive sur Mossoul et au-delà.

Et les derniers développements militaires renforcent le désir des Kurdes de la zone autonome du nord de l’Irak de consolider leur région qui a tout d’un Etat indépendant sauf le nom. Surtout depuis que le Kurdistan irakien exporte directement son pétrole sans en référer à Bagdad, se contentant de payer l’impôt…

C’est pour éviter cet éclatement de l’Irak en trois zones distinctes -sunnite, chiite, kurde- que George Bush Snr avait mis fin à la première guerre du Golfe, en 1991, avant d’atteindre Bagdad et donc de renverser Saddam Hussein. C’était sous pression des Saoudiens qui redoutaient le réveil de la majorité chiite d’Irak, et, de fait, le soulèvement des chiites fut écrasé dans le sang par le régime de Bagdad.

L’histoire s’est remise en marche avec l’intervention de 2003, et, tandis que George W. Bush mène une retraite paisible de peintre de pacotille, les peuples du Moyen-Orient règlent leurs comptes et écrivent une nouvelle histoire.

Dans sa note de blog du 23 avril 2014 consacrée à l’émergence de l’émir de l’EIIL, Abou Bakr al-Baghdadi, Jean-Pierre Filiu concluait sur cette phrase inquiétante :

« Le monstre djihadiste inspiré par Baghdadi ne restera pas éternellement confiné au Moyen-Orient. »

source

Jean-Pierre Filiu – «Le danger d’un 11 Septembre européen est réel»


2 juin 2014, 00:16

 

Marc SEMO 2 juin 2014

 

Jean-Pierre Filiu, de Sciences-Po, pointe la montée en puissance des intégristes de l’EIIL en Syrie :

 

Très bon connaisseur de la Syrie, Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po Paris (1) est considéré comme un des meilleurs spécialistes d’Al-Qaeda.

 

Que signifie cette implication d’un jihadiste revenu de Syrie ?

 

Je crains que cela ne soit qu’un début. Depuis des mois, je mets en garde contre l’émergence d’un «jihadistan», aux confins de l’Irak et de la Syrie, sous l’égide d’Abou Bakr al-Baghdadi et de son Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Ce jihadistan est beaucoup plus dangereux que ne l’était l’Afghanistan taliban de1996 à 2001, du fait de sa proximité avec l’Europe et de l’impossibilité de contrôler le flux des va-et-vient, notamment au travers de la Turquie. L’EILL ne combat plus le régime de Bachar al-Assad et peut donc se concentrer sur l’intégration des «volontaires» étrangers dans les groupes de combat. Ils servent souvent de chair à canon, mais ils sont aussi astreints à recruter des compatriotes et des amis via les réseaux sociaux, ce qui explique la progression exponentielle des départs vers la Syrie. Aujourd’hui, la radicalisation se fait moins par la fréquentation de sites jihadistes que par Facebook. Certains jihadistes sont aussi formés pour être opérationnels une fois de retour dans leur pays d’origine. D’où le risque croissant, dans un futur proche – on y est peut-être déjà -, d’autres attentats similaires en Europe.

 

Al-Badghadi est il le nouveau Ben Laden?

 

Il veut en effet s’imposer comme le chef du jihad mondial et, donc, supplanter le successeur de Ben Laden, Ayman al-Zawahiri, à qui il a toujours refusé de prêter allégeance. Les groupes de combattants ou les cheikhs qui se rallient à lui sont de plus en plus nombreux au Moyen-Orient et au delà. Pour consolider son éviction d’Al-Zawahiri, Al-Baghdadi doit organiser un attentat majeur dans un pays occidental, ce dont Al-Qaeda a été incapable depuis une décennie. Barack Obama a affirmé la semaine dernière devant les cadets de West Point qu’un 11 Septembre n’est plus possible aux Etats-Unis. Il a probablement raison, d’autant que les jihadistes américains en Syrie ne sont qu’une poignée. En revanche, le danger d’un 11 Septembre européen est toujours plus réel. Al-Bagdhadi veut prendre en otages les musulmans européens, à la faveur d’un climat politique toujours plus dégradé, comme l’a montré lors des européennes la poussée d’un vote populiste et xénophobe. Il mise sur un engrenage de haine, voire des représailles de type raciste, pour accroître la radicalisation d’une partie des jeunes musulmans. L’Europe ne peut pas espérer être tranquille avec un volcan comme la Syrie à ses portes.

 

La clé du problème est-elle en Syrie ?

 

Sans aucun doute. Les programmes de prévention, comme ceux que vient de lancer la France, tout comme les mesures de contrôle vis-à-vis de ceux qui reviennent, ne sont que des palliatifs. Il faut prendre le mal à la racine, car le nombre des volontaires partant combattre en Syrie continue d’augmenter et le pire est à venir. L’inaction de la communauté internationale en Syrie a créé la situation actuelle où les intérêts stratégiques d’Al-Baghdadi – dont les jihadistes ne combattent que leurs anciens alliés révolutionnaires – et ceux de Bachar al-Assad – dont les sbires ne combattent plus les jihadistes – s’alimentent réciproquement. Le «boucher de Damas» se pose comme le rempart contre Al-Qaeda, avec le soutien des Russes et un écho croissant dans les opinions occidentales. Si, après avoir abandonné tacitement les Syriens luttant contre le régime, les Occidentaux les abandonnent ouvertement, le choc en retour sera terrible. Cela ne peut qu’alimenter la rhétorique de ces groupes et leur dénonciation de l’hypocrisie des Occidentaux. Combattre le jihadisme en envoyant des drones contre Al-Bagdhadi ne sera pas non plus efficace. Seule la coalition anti-Bachar lutte efficacement contre l’EIIL. Et seul un succès de la révolution syrienne peut nous prémunir face à ce danger qui monte.

 

(1) Dernier livre paru : «Je vous écris d’Alep», Denoël, 158 pp., 13,50 €.

 

Recueillipar Marc Semo
http://www.liberation.fr/monde/2014/06/01/le-danger-d-un-11-septembre-europeen-est-reel_1031517

Les enfants syriens torturés, enrôlés, tués


VÉRONIQUE KIESEL
Mis en ligne jeudi 6 février 2014, 8h36| mis à jour à 11:03

Dans un rapport effroyable, l’ONU dénonce le sort des enfants de Syrie qui, au cœur d’un conflit qui aura trois ans en mars, sont maltraités par les deux camps.

  • Traumatisé, vieilli avant l’âge : arrivez-vous à soutenir le regard de ce jeune garçon d’Alep, rescapé d’un bombardement et qui s’indigne de la violence faite à cet oiseau ? © AP.
    Traumatisé, vieilli avant l’âge : arrivez-vous à soutenir le regard de ce jeune garçon d’Alep, rescapé d’un bombardement et qui s’indigne de la violence faite à cet oiseau ? © AP.

On savait que les civils syriens sont pris au piège de la guerre civile brutale qui ravage leur pays depuis mars 2011. Mais un rapport de l’ONU qui sera présenté la semaine prochaine au Conseil de sécurité, révèle un autre aspect, particulièrement horrifiant: le martyre des enfants syriens.

Sur les 100.000 victimes répertoriées à ce jour de ce conflit, le rapport estime qu’au moins 10.000 sont des enfants. Selon le rapport, les forces gouvernementales et les milices qui leur sont associées ont utilisé des armes et des tactiques disproportionnées et indiscriminées qui ont causé la mort et la mutilation d’innombrables enfants et entravé leur accès à l’éducation et à la santé.

Il révèle aussi que les forces gouvernementales ont arrêté, détenu, maltraité et torturé des enfants. De leur côté, les groupes d’opposition armés ont recruté des enfants et les ont utilisés comme combattants ou dans des fonctions d’appui. Et ces mêmes groupes d’opposition ont mené des opérations militaires ou utilisé des tactiques de terreur dans des zones peuplées de civils, faisant délibérément des victimes parmi les enfants.

Par ailleurs, de nombreux enfants ont disparu, et toutes les parties au conflit ont gravement entravé l’acheminement de l’aide humanitaire. dans les zones les plus touchées. Enfin, le rapport constate que les enfants syriens sont en proie à une grande détresse pour avoir vu des proches tués ou blessés, ou pour avoir été séparés de leur famille ou déplacés. Une génération massacrée, traumatisée, abandonnée, sacrifiée.

Syrie : débat stérile à l’avant-dernier jour des pourparlers à Genève


jeudi 30 janvier 2014, par La Rédaction

Les pourparlers entre le régime syrien et ses adversaires se sont résumés jeudi à un débat stérile sur le « terrorisme » en Syrie, au moment où l’opposition annonçait que son chef allait se rendre le 4 février à Moscou, allié indéfectible de Damas.
Au 6e et avant-dernier jour des pourparlers à Genève avec le médiateur Lakhdar Brahimi, les délégations des deux belligérants, en guerre depuis près de trois ans, se sont accusées mutuellement d’actes de « terrorisme » dans le pays ravagé par les bombardements du régime et les combats contre les rebelles et les jihadistes étrangers.
« Il n’y a pas eu d’accord sur la façon de traiter le terrorisme », a indiqué M. Brahimi lors d’un point de presse, déplorant qu’il n’y ait pas « réellement de changement dans la position des deux interlocuteurs ».
Ce premier round de pourparlers, initiés sous la pression des Américains, alliés de l’opposition, et des Russes, se terminera vendredi, sans qu’il y ait de réelle avancée ni sur la question de transition politique, ni sur le dossier humanitaire.
Le médiateur Brahimi, pour qui ce premier face à face entre frères ennemis syriens est un succès en soi, a annoncé que la dernière réunion vendredi visera à tirer des « leçons » et à chercher une meilleure organisation pour le prochain round.
Celui-ci devrait se tenir aux alentours du 10 février à Genève. La date sera confirmée vendredi.
Entre les deux rounds, le chef de la Coalition de l’opposition syrienne, Ahmad Jarba, se rendra à Moscou le 4e février pour sa première visite officielle à cet allié du régime syrien, a annoncé l’opposition, précisant que c’était en réponse à une invitation russe.
« Nous sommes en contact avec les Russes (…) Je pense que la relation avec les Russes doit évoluer d’une façon positive », avait affirmé mercredi M. Jarba depuis Genève à la télévision Al AAn, basée à Dubaï.
Jeudi, M. Jarba avait affirmé que le chef de la diplomatie russe, Serguei Lavrov, lui avait dit lors d’une rencontre à Paris que la Russie « n’était pas attachée » au président Assad.
Les pourparlers à Genève se déroulaient au moment où l’ONG Human Rights Watch accusait le régime du président Bachar al-Assad d’avoir rasé des milliers d’habitations dans des secteurs où la population soutient l’opposition à Damas et à Hama (centre), comme « punition collective ».
L’ONG, qui a documenté sept cas, a accusé le régime « d’effacer de la carte des quartiers entiers », évoquant des « crimes de guerre ».
Après une minute de silence en hommage aux « martyrs » en Syrie, les deux délégations ont débattu, sans résulat, de la notion de « terrorisme ».
« Le régime veut parler de terrorisme (…) Affamer la population jusqu’à la mort, la torture et la prison, c’est du terrorisme », a affirmé l’opposition en séance, ajoutant : « Le plus grand terroriste en Syrie, c’est Bachar al-Assad ».
La délégation gouvernementale a présenté, elle, un communiqué appelant à l’ »arrêt du financement, de l’armement et de l’entraînement des terroristes », selon le texte obtenu par l’AFP.
Le pouvoir à Damas, qui assimile les rebelles à des « terroristes », insiste que la priorité des discussions à Genève est la question du « terrorisme », alors que pour l’opposition, le dossier central est la transition en Syrie, prévue dans Genève I.
Ce communiqué adopté en 2012 par les grandes puissances prévoit l’arrêt de « la violence sous toutes ses formes » et la formation d’une autorité gouvernementale de transition, sans mentionner le sort du président Bachar al-Assad.
Parallèlement au volet politique, la question de l’humanitaire ne progressait guère à Genève.
Le médiateur Brahimi s’est dit « très, très déçu » par l’absence de progrès sur l’aide aux quartiers rebelles assiégés de Homs, troisième ville du pays.
Dimanche, il avait annoncé avoir obtenu du régime la promesse de laisser partir femmes et enfants de Homs et de laisser entrer des convois humanitaires.
Mais l’opposition refuse la séparation des familles, tandis qu’humanitaires et diplomates rappellent que le droit international interdit les mouvements de population sous la contrainte de manque de vivres et de médicaments.
A Damas en revanche, un convoi d’aide alimentaire a pu pénétrer jeudi dans le camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, dont le siège hermétique par l’arme depuis juin 2013 a causé la mort de plus de 80 personnes, ont annoncé une agence de l’ONU et l’agence de presse officielle syrienne Sana.
Sur un autre plan, Washington s’est dit « inquiet » du fait que la Syrie n’ait évacué de son territoire que moins de 5% de son arsenal chimique le plus dangereux, plus de quatre mois après un accord russo-américain sur la destruction de l’arsenal chimique syrien qui a fait éviter in extremis des frappes occidentales contre le régime.

Syrie : manifestation pour les Palestiniens du camp de Yarmouk


MANIFESTATiON CONFIRMEE à 13:00!! et ce soir à 20:00 même lieu, une manif pour le Père Paolo disparu depuis un an aujourd’hui

YAR

Yarmouk est un camp de réfugiés palestiniens près de Damas assiégé par les forces du régime Assad où les habitants sont en train de mourir de faim.
Une manifestation de soutien est prévue mercredi 29 janvier à la place de Luxembourg à Bruxelles à 13 heures.

A Genève, une bataille médiatique entre frères ennemis syriens


dimanche 26 janvier 2014, par La Rédaction

Ils se toisent, se provoquent et même parfois s’insultent : au siège de l’ONU à Genève où se déroulent les négociations entre le régime syrien et l’opposition, une âpre bataille médiatique oppose partisans et détracteurs de Bachar al-Assad.
Dans les couloirs du Palais des Nations, sur les pelouses alentours et surtout lors des conférences de presse, les deux camps sont à couteaux tirés, chacun tentant d’imposer son point de vue et de contrer celui de l’autre en affirmant représenter la « vraie voix de la Syrie ».
Dans les points de presse, ils rivalisent pour monopoliser le micro, si bien que vendredi, le médiateur de l’ONU et instigateur des négociations de paix, Lakhdar Brahimi, a lancé à la salle, en plaisantant : « Vous êtes tous Syriens ici ou quoi ? ».
Car si le régime de Damas et l’opposition sont réunis pour la première fois dans la même pièce depuis le début en 2011 du conflit sanglant qui ravage la Syrie, le contact est tout aussi inédit entre médias pro et anti-Assad.
« La nouveauté de Genève est que l’Etat syrien est représenté pour la première fois sur le plan politique et sur le plan médiatique dans une conférence sur la Syrie », ce qui n’était pas le cas lors des conférences des Amis de la Syrie où seul l’opposition était présente, affirme à l’AFP Habib Salmane, directeur de l’information à la télévision d’Etat syrienne, présent à Genève.
Profitant de l’aubaine, les journalistes pro-régime harcèlent les membres de l’opposition avec leurs questions. Ceux appuyant l’opposition font de même avec les dignitaires de la délégation de Damas.
Dans la ville suisse de Montreux, où s’était tenue mercredi la conférence internationale sur la Syrie, des journalistes anti-régime ont pourchassé le ministre de l’Information Omrane al-Zohbi dans le centre de presse en lui lançant avec insistance « Quand Assad partira-t-il ? ».
Et à Genève, l’opposant Burhane Ghalioun s’est retrouvé dans un couloir assailli par des journalistes pro-régime qui le pressaient de répondre : « les rebelles ont montré des vidéos de têtes décapitées, qu’est-ce que tu as à répondre à ça ? ».
Le régime de Damas considère les rebelles comme des extrémistes « terroristes » appuyés et financés par l’étranger, notamment par l’Arabie saoudite et le Qatar. Et les médias financés par ces deux pays, Al-Arabiya et Al-Jazeera, sont les plus honnis par le régime pour leur couverture très favorable avec la rébellion.
Dimanche, lorsque la journaliste d’Al-Jazeera a demandé au ministre de l’Information pourquoi il refusait d’être interviewé par sa chaîne, ce n’est pas le dignitaire syrien qui a répondu. Mais un reporter de Sham FM, radio privée proche du pouvoir. « Parce que vous êtes des agents » (d’un pays hostile, ndlr), a-t-il lancé. La journaliste d’Al-Jazeera a alors répliqué : « au moins nous ne sommes pas des criminels ».
Autre exemple de tension lors de la conférence de presse de l’opposant Louai Safi qui appelait à la création d’un corridor humanitaire pour les quartiers rebelles assiégés de la ville de Homs (centre).
« Ne pense pas que tu peux me dicter ce que je dois dire ici, toi qui représentes les médias de la propagande », a lancé l’opposant à un journaliste de l’agence officielle Sana qui lui demandait avec insistance pourquoi l’opposition voulait-elle faire sortir les « terroristes » de Homs.
Des insultes extrêmement vulgaires, souvent sous le niveau de la ceinture, fusent parfois. D’autres s’inspirent du contexte de la guerre comme lorsqu’un journaliste anti-Assad a crié à son confrère de la presse officielle « Vas-y, jette un baril sur nous », en référence aux barils d’explosifs largués selon des ONG sur la ville d’Alep (nord), tuant des centaines de civils. La tension est parfois tellement grande que les journalistes manquent d’en arriver aux mains, forçant la sécurité de l’ONU à intervenir.
Certains journalistes syriens vivent une situation inédite. Ahmad Fakhouri était présentateur à la télévision d’Etat jusqu’à ce qu’il fasse défection en 2012. « Je revois d’anciens collègues ici, je veux les saluer mais certains sont embarrassés, d’autres ont détourné le regard », confie à l’AFP ce jeune homme qui travaille désormais dans une chaîne satellitaire financée par les Emirats arabes unis.
« Je suis opposant, mais en tant que journaliste, je peux critiquer l’opposition et les rebelles tout comme les renseignements et Assad. C’est cela le vrai journalisme ».

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