Syrie: l’attaque chimique provenait de zones tenues par le régime


MONDE | Mis à jour le lundi 2 septembre 2013 à 21h30

Le président syrien Bachar al-Assad a mis en garde lundi contre le risque d’une « guerre régionale » en cas d’action militaire occidentale, alors que Washington et Paris tentent de convaincre leurs opinions de la nécessité de frapper le régime syrien. Selon une source française, des documents permettent d’affirmer que l’attaque chimique provenait de zones tenues par le régime.

« Le Moyen-Orient est un baril de poudre et le feu s’en approche aujourd’hui (…) Tout le monde perdra le contrôle de la situation lorsque le baril de poudre explosera. Le chaos et l’extrémisme se répandront. Le risque d’une guerre régionale existe« , a déclaré le président syrien au journal Le Figaro.

Alors que Paris est en première ligne au côté de Washington pour mener une riposte, le président Assad a mis en garde contre une « politique hostile au peuple syrien« .

La France menacée

« Le peuple français n’est pas notre ennemi, mais (…) dans la mesure où la politique de l’Etat français est hostile au peuple syrien, cet Etat sera son ennemi« . »Il y a aura des répercussions, négatives bien entendu, sur les intérêts de la France« , a-t-il menacé.

Le président François Hollande s’est déclaré la semaine dernière « déterminé » à frapper le régime de Damas, accusé d’avoir utilisé des armes chimiques le 21 août, une attaque qui a fait « au moins 281 morts » selon Paris. Il s’agit d’informations des services de renseignement français rendues publiques lundi par le gouvernement. Cette attaque était « massive. Nous, nous identifions au moins 281 décès« , a-t-on précisé de source gouvernementale française. Cette évaluation est bien inférieure à celle livrée par les Etats-Unis qui avaient estimé vendredi à 1.429 morts dont 426 enfants le bilan de cette attaque.

La France dit avoir identifié l’origine de l’attaque

Sous couvert de l’anonymat, une source gouvernementale française sur la base d’un document des services de renseignement assure que l’attaque chimique du 21 août près de Damas est partie de zones tenues par le régime de Bachar el-Assad vers des quartiers rebelles: « L’imagerie montre que les zones de départ des roquettes étaient tenues par le régime et que les zones de frappes étaient tenues par les rebelles« , a déclaré cette source. La note des services de renseignement diffusée lundi par le gouvernement évoque « un emploi massif et coordonné d’agents chimiques contre la population civile le 21 août« , « sur la base d’une analyse technique méthodique de 47 vidéos originales« .

Aux Etats-Unis, Barack Obama, qui s’est dit prêt samedi à frapper le régime syrien mais a demandé un vote du Congrès, multiplie les appels téléphoniques à destination de membres de la Chambre des représentants et du Sénat pour tenter de convaincre les élus, qui doivent se prononcer dans la semaine du 9 septembre.

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lire aussi

Armes chimiques : la note des renseignements français


DOCUMENT EXCLUSIF – Un document de quatre pages, qui expose clairement l’étendue du programme d’armement chimique syrien, a été remis aux plus hautes autorités de l’État afin que son contenu soit déclassifié et rendu public. Cette synthèse établie par la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) et la DRM (Direction du renseignement militaire) représente des milliers d’heures de travail réalisé par les agents français. Voici la note que le JDD s’est procurée.

voir ici  le document

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Quand la peur change de camp


samedi 6 juillet 2013

Lettre aux intellectuels en occident – par Yassin Al Haj Saleh

Lettre parue aujourd’hui dans le quotidien Le Monde

Chers amis

Il y a trois mois, je suis parti en direction de la Ghouta orientale libérée (banlieues et faubourgs de la capitale syrienne) quittant un Damas où la vie était devenue étouffante. Mon départ vers la Ghouta a nécessité plusieurs semaines de préparations afin d’assurer la sécurité de mon déplacement clandestin de la capitale que Bachar Al Assad souhaite préserver comme centre de son règne hérité de son père il y a 13 ans et découpée par des centaines de barrages et de check-points militaires.

La Ghouta orientale est une région habitée aujourd’hui par un million de personnes, sur les deux millions qu’elle comptait avant la révolution. Après avoir été la base de la révolution armée et le point de départ des combattants vers Damas, la Ghouta est complètement encerclée depuis quelques mois. Ce renversement de la situation est dû à l’important soutien militaire et logistique fourni au régime par la Russie, l’Iran et les milices libanaises et iraquiennes fidèles à Téhéran. En outre, je suis témoin du manque cruel d’armes et de munitions du côté des combattants de la révolution, de même que du manque de nourriture. Beaucoup de combattants ne prennent que deux repas par jour. La situation serait pire s’ils n’étaient pas les enfants de la région, défendant leurs maisons et familles.

Les villes et les villages de la Ghouta que j’ai visités durant ces trois derniers mois subissent un bombardement quotidien aveugle, de l’aviation comme de l’artillerie lourde, et chaque jour des personnes sont tuées, dont une majorité de civils. J’ai résidé pendant un mois dans un centre médical de la « protection civile » et j’ai vu tous ceux qui sont morts sous les bombes. Certains étaient déchiquetés, dont des enfants, et parmi les victimes un fœtus de six mois, issu d’une fausse couche de la mère effrayée par les obus qui s’abattaient autour de sa maison. Pas un seul jour durant ce mois, sans que 2 ou 3 personnes ne soient tuées. Un jour le nombre s’éleva à 9, un autre à 28, et puis un troisième à 11. Les chiffres grimpent depuis, et il est rare qu’un jour se passe sans qu’il y ait au moins 6 victimes (dont des enfants). De plus, plusieurs jeunes combattants périssent chaque jour sous la puissance de feu du régime nourrie par le grand soutien de ses alliés…

Toute la Ghouta vit depuis 8 mois sans électricité. Cela a poussé les gens à utiliser des générateurs qui tombent régulièrement en panne et qui consomment de l’essence devenant de plus en plus rare vu le siège imposé par le régime. La conservation par le froid n’est plus possible et les produits de consommation ne sont plus à l’abri de la chaleur suffocante de l’été. Les communications cellulaires comme terrestres sont coupées à leur tour, et ces dernières semaines c’est la farine qui se fait rare. Quatorze jours déjà que nous ne recevons plus de pain. Nous mangeons du bourghol et du riz ou nous achetons parfois des repas chez les quelques restaurants toujours ouverts. Je prends de mon côté deux repas par jour. Ce n’est pas grave pour le moment puisque cela m’a permis de perdre les 10 kg que j’avais pris durant les deux années de sédentarité dans la clandestinité de Damas!

Pour ce qui est de la communication, elle se passe via satellite à l’aide d’équipement internet difficilement acheminé dans la région. Nous communiquons des nouvelles et des informations aux autres syriens et au monde. Cette possibilité est donnée à une proportion infime de la population.

Il y a de cela quelques jours, une roquette est tombée près d’ici, ce qui a interrompu momentanément notre connexion internet. Mais le pire aurait pu arriver si la roquette avait touché notre toit car elle aurait anéanti deux mois de travail pour parachever l’installation du matériel. Or ce pire arrive dans l’absolu à un nombre croissant d’habitants. Ils sont instantanément enterrés par les leurs qui viennent à la hâte par crainte d’un autre bombardement. J’ai été témoin de l’enterrement d’un martyr une heure à peine après son décès sans même que sa femme et ses enfants n’aient pu lui faire leurs adieux. Son corps était mutilé, il en manquait des parties entières, il a donc été décidé par les doyens de la famille que sa femme et ses enfants ne devaient pas garder du défunt cette dernière image.

Nous, moi et certains amis et amies, sommes encore en vie. A damas nous étions menacés d’arrestation et de torture dont l’issue aurait été fatale. Ici nous sommes loin de cette menace, mais pas à l’abri d’une roquette susceptible de nous déchiqueter à tout moment.

Nous partageons ce sort avec tous les habitants Ghouta. Notre sort nous échappe totalement et le pire scénario est toujours possible. A chaque fois que je foule le seuil du lieu où je vis en rentrant de l’extérieur, j’ai le sentiment d’avoir une fois de plus échappé à la mort. Il reste que cette dernière peut brusquement s’inviter par la porte ou la fenêtre.

Aujourd’hui, vendredi 28 juin, trois roquettes se sont abattues près d’ici entre 12H et 12h30 peu avant l’heure de la prière du vendredi pour les musulmans pratiquants. Durant les premiers jours de mon séjour, j’ai été intrigué par le fait que l’appel à la prière du vendredi commençait dès 9h du matin et passait toutes les demi-heures d’une mosquée à l’autre. On m’expliqua plus tard les raisons de cet acte étrange : l’objectif était d’éviter une trop grande concentration de prieurs dans un même lieu, à la même heure, pour ne pas donner au régime une opportunité de faire un grand nombre de victimes. Ce qu’il a fait par le passé, cinq mosquées ont déjà été bombardées et détruites.

Encore plus douloureux à vivre est de voir plus de deux tiers des enfants s’abstenir d’aller à l’école à cause de la peur de leurs parents ou d’absence d’école à proximité. Le peu d’écoles qui fonctionne encore se situe en sous-sol, ce qui prive les enfants de jouer et courir à l’air libre. Sous terre se trouvent aussi tous les hôpitaux clandestins.

Les gens frémissent et je frémis de tout mon être à l’idée que ce même régime nous gouverne à nouveau.

Les gens ici luttent avec la conscience d’être potentiellement massacrés si jamais le régime reprenait le contrôle de la région. Celui qui ne sera pas tué sur le coup, périra sous une torture dont la cruauté n’a pas d’égal. Le choix des habitants revient donc soit à mourir en combattant un régime fasciste et criminel soit de mourir entre les mains barbares de ce même régime s’ils arrêtent la résistance.

Durant cette longue période écoulée de la révolution, avec à son actif une demi année de protestations pacifiques, les politiques permissives des puissances mondiales ont laissé les syriens se faire tuer et ont laissé le régime agir en toute impunité. Cela rappelle l’attitude des démocraties occidentales vis-à-vis d’Hitler à la veille de la seconde guerre mondiale. La situation actuelle est la conséquence directe du refus de ces démocraties à soutenir les révolutionnaires syriens, tandis que d’autres forces continuent d’alimenter ouvertement le régime et d’acheminer du renfort militaire, humain et financier.

Finalement, après que l’utilisation de l’arme chimique par Al Assad ait été un fait connu du monde entier (je l’avais publié il y a deux mois ainsi que des amis qui ont personnellement subi cette arme), les occidentaux ont décidé de soutenir militairement les révolutionnaires syriens afin que tout au plus il y ait un équilibrage du rapport de force qu’ils avaient auparavant laissé pencher en faveur du régime. Tout cela après que ce dernier n’ait pas lésiné sur l’utilisation intensive de moyens de destruction tels que l’aviation et les missiles balistiques de longue portée sur les quartiers résidentiels.

La restauration de l’équilibre du rapport de force signifie ramener le conflit à un stade qui ferait à terme perdants les deux camps, ce qui n’est pas une situation méconnue dans l’histoire des démocraties occidentales. Or, ce qui est demandé c’est ce qui garantirait la chute du régime ou du moins une pression qui forcerait ses alliés à renoncer à le soutenir dans sa guerre ouverte.

Cette politique (de soutien minimum) a non seulement une portée de court terme et contribue à prolonger le conflit, mais elle est également extraordinairement inhumaine. Il n’y a pas en Syrie deux « méchants » sur un pied d’égalité comme l’insinuent hélas de nombreux médias et contrairement à ce que prétendent certains rapports d’organisations internationales. Cela ne se réduit pas non plus à un conflit entre des anges et des démons.

Nous sommes en présence d’un régime dictatorial fasciste qui a tué près de 100 mille citoyens. Ceux qui lui résistent sont de pers bords. La durée du conflit ainsi que sa violence a mené certains groupes à se radicaliser et a affaibli le rejet de la société syrienne de la radicalisation. Aussi longtemps que les syriens seront abandonnés à leur sort, il est à craindre une montée encore plus importante des groupes extrémistes au détriment de la logique modérée et rationnelle de bon nombre de syriens. Mon expérience de terrain me l’a prouvé. En effet, à chaque fois que de nouveaux martyrs tombaient, surtout les enfants, je subissais au centre de « protection civile » les regards dubitatifs et furieux de ceux qui mettent de plus en plus en question la pertinence de l’attitude « rationnelle » et modérée que je préconise.

La seule chose qui vaut aujourd’hui du point de vue de l’intérêt général de la Syrie et d’un point de vue humain c’est d’aider les syriens à en venir à bout de la dynastie Assadienne qui considère le pays comme sa propriété privée et les syriens comme ses serfs. Bien sûr tout sera difficile dans la Syrie post Al Assad. Mais se débarrasser du dictateur permettrait d’aller vers la modération dans la société et aux syriens de faire face aux plus radicaux d’entre-eux.

Il n’y a rien de pire que de laisser perdurer le conflit car le cout humain et matériel est exorbitant. Comment peut-on regarder les Syriens se faire tuer avec des armes russes, par des criminels locaux, libanais, iraniens et autres ? Mais le pire encore est de se voir imposer une normalisation qui ne sanctionne pas les criminels et qui n’apporte aucune solution véritable.

On entend parfois des politiques américains et occidentaux que la solution au conflit syrien ne peut être militaire. Mais où est donc la solution politique ? A quel moment Bashar Al Assad a-t-il décrété après 28 mois de révolution et 100 mille morts qu’il était disposé à négocier sérieusement avec l’opposition et partager le pouvoir ? A-t-il au moins cessé de tuer ne serait-ce qu’un jour depuis 850 jours ? La vérité c’est qu’il n’y aura pas de solution politique sans forcer le boucher à quitter le pouvoir sans délai et avec lui les assassins du régime. C’est ce que la révolution syrienne depuis ses débuts pacifiques avait revendiqué. Cela ne ferait que renforcer les rangs des modérés et marginaliser par conséquent les extrémistes, permettant une solution juste dont le monde et la région ont besoin, et dont les syriens avant tout ont besoin.

Chers amis,

Nous ne nous serions pas adressés à vous si la cause syrienne n’avait pas été une des plus grandes et graves causes de ces dernières décennies.

Elle a engendré le déracinement du tiers de la population à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Il y a des centaines de milliers de blessés et handicapés. Un quart de million sont emprisonnés et subissent d’atroces tortures. Les femmes et les enfants sont impunément violés selon les rapports d’Amnesty International, Human Rights Watch et plusieurs comités syriens très bien documentés. Les forces d’Al Assad ont commis des massacres rapportés par les Nations Unies. Tout cela pour que Bashar Al Assad reste héritier d’un pouvoir pour lequel il n’a ni mérite ni courage. Un héritage issu d’un père qui a pris le pouvoir par la force et qui a régné par le sang et la terreur.

Nous vous interpellons aujourd’hui en tant que leaders de l’opinion publique dans vos pays pour que vous fassiez pression sur vos gouvernements afin qu’ils prennent clairement position contre l’assassin et pour tourner la page de la dynastie Assadienne.

C’est la seule voie du progrès et de l’humanisme. Il n’y a pas plus réactionnaire et fasciste qu’un Etat qui massacre son peuple, qui invite sur son sol des assassins de pays et d’organisations alliés et qui provoque une guerre confessionnelle. S’il est facile de mettre le feu à une telle guerre, il sera peut-être impossible d’y mettre fin avant de broyer les vies de centaines de milliers de personnes.

Nous attendons plus que jamais votre soutien aujourd’hui car demain il sera peut-être trop tard…

Yassine Al Haj saleh, La Ghouta de Damas, Juillet 2013

Texte traduit de l’arabe par Nadia Aissaoui et Ziad Majed

et publié dans Le Monde

Yassin Al Haj Saleh est médecin et écrivain syrien. Ancien prisonnier politique (il a passé 16 ans dans les geôles d’Al Assad, de 1980 à 1996, pour son appartenance à une des formations de gauche opposées au régime), il vit depuis mars 2011 en clandestinité à l’intérieur de son pays et publie régulièrement des analyses et des témoignages dans la presse arabe.

Publié par à 14:38

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Pierre Piccinin est-il aux mains du Hezbollah ?


Mis en ligne le 18/05/2013
« S’il vous était donné, samahet el-sayyed, de voir la ‘surréalité’ telle qu’elle est, et non la réalité mensongère telle qu’elle vous est transmise. »

Pierre Piccinin de Prata, 40 ans, ne donne plus signe de vie depuis le 17 avril. Date à laquelle il aurait utilisé pour la dernière fois son compte Skype. L’enseignant belge devait rentrer le 10 avril dernier, après un énième voyage en Syrie, pays qu’il affectionne.

Dans une opinion publiée ce vendredi dans le quotidien libanais « L’Orient-Le Jour » et adressée au chef du Hezbollah (le « Parti de Dieu »), un ami du disparu demande sa libération. Ronald Barakat prétend en effet que l’historien est maintenu en captivité par les hommes de Samahet el-sayyed Hassan Nasrallah, chef du mouvement.

« Ma missive est un appel à l’éminent dignitaire religieux que vous êtes pour demander la libération du politologue et historien belge Pierre Piccinin da Prata, qui est un ami, et celle de son compagnon journaliste italien, Domenico Quirico, disparus tous deux dans l’ouest syrien et, d’après les dernières nouvelles, quoique non confirmées, tombés en captivité aux mains de vos hommes qui combattent en Syrie », écrit-il.

Il explique ensuite que Pierre Piccinin « n’est pas un fanatique aveugle, mais un intellectuel éclairé, un témoin objectif de la crise syrienne et un humaniste qui ne peut qu’être interpellé par la tragédie humaine, où qu’elle se trouve, dût-elle se trouver dans votre propre camp, à Dieu ne plaise. »

Il fut un temps, l’enseignant affirmait son soutien au président Syrien Bachar al-Assad. Puis en 2012, il fut victime du conflit. Arrêté puis torturé par la régime, il se rangea dès lors du côté des rebelles. Ronald Barakat revient notamment sur le parcours de son « ami » qui a, petit à petit, découvert la réalité du « Printemps arabe ».

« S’il vous était donné, samahet el-sayyed, de voir la ‘surréalité’ telle qu’elle est, et non la réalité mensongère telle qu’elle vous est transmise, je suis certain, connaissant votre profondeur spirituelle et votre magnanimité, que vous agiriez autrement, que le Dieu miséricordieux, le Dieu des musulmans et des chrétiens réunis, le Dieu des vrais croyants de tous bords, toutes confessions confondues, le Dieu de la conscience humaine, serait votre seul et unique Guide suprême. »

Il conclut enfin par une demande à l’aide ou d’indulgence pour que les deux disparus, « fussent-ils aux mains de votre parti ou du régime que vous soutenez », soient libérés.
source

2 ans de soulèvement populaire en Syrie (Jeunes anticapitalistes)


Le 19 février 2013, les JAC organisaient à l’ULB sangsurlesmainsBachar2013une soirée de soutien à la révolution du peuple syrien contre la dictature de Bachar El-Assad. Cette conférence a été organisée par les JAC en collaboration avec Action Syrie et avec le soutien des Etudiants FGTB-ULB et d’Amnesty ULB. Une soixantaine de personnes ont participé à l’évènement.

Les intervenants étaient Yahia et Fadi, réfugiés syriens originaires de Damas, qui nous ont fait part de leur expérience personnelle au sein du mouvement, de l’actualité et de l’avenir de la révolution syrienne. Avec l’aide de Rend pour la traduction. Ils étaient accompagnés de Pascal Fenaux, journaliste au courrier international, qui nous a parlé de la perception de la révolution syrienne, de sa couverture médiatique et des enjeux internationaux de ce mouvement.

Aurélie des JAC s’est chargée de présenter notre position face à ce processus révolutionnaire. Voici le contenu de son intervention au nom des JAC.
“La situation syrienne pose de nombreuses questions aux militant-e-s de la gauche anticapitaliste :

En quoi la situation en Syrie se rapproche et se distingue des autres processus révolutionnaires arabes ? Pourquoi après bientôt deux ans, le soulèvement syrien ne débouche pas sur un changement de régime ? Pourquoi la gauche est-elle divisée ou n’ose pas se positionner ? Que penser de la possibilité d’une intervention militaire étrangère ?

Le soulèvement populaire en Syrie s’inscrit dans le contexte du dénommé « printemps arabe » (commencé en hiver 10-11 en Tunisie). Comme dans les autres pays de la région, le mouvement populaire demande plus de démocratie, la liberté, la dignité, la fin d’un régime dictatorial et réagit à la crise sociale et économique en demandant la possibilité de travailler et la redistribution des richesses.

Bientôt deux ans après son commencement, le 15 mars 2011 dans la ville de Deraa, le soulèvement en Syrie est longtemps resté pacifique mais s’est petit à petit militarisé face à la répression du régime. Aujourd’hui encore de nombreuses manifestations pacifiques ont lieu, notamment les vendredis, mais la violence de la répression entraîne l’escalade de la militarisation.

La Syrie est au cœur du Moyen-Orient et est au centre d’un jeu de puissances régionales et internationales. Située entre la Turquie, le Liban, Israël, la Jordanie et l’Irak, elle rassemble différents peuples de différentes confessions (importante minorité kurde – majorité sunnite, chiite, alaouites, druzes, chrétiens). On peut distinguer différentes influences ou « ingérences étrangères » : la première et la plus importante depuis le début du soulèvement est le soutien politique, militaire et financier de l’Iran et de la Russie au régime, à laquelle ont répondu ensuite la présence d’islamistes radicaux soutenus par les pétromonarchies du Golfe, alliés opportunistes qui espèrent se faire une place dans le régime post el assad et bloquer la dynamique émancipatrice et démocratique de la révolution,…

Comme dans le cas de la Lybie, la gauche est divisée. Le discours de propagande pseudo anti-impérialiste du régime et son alliance avec l’Iran et le Hezbollah libanais contre Israël et les États-Unis encouragent certains à soutenir le régime et fermer les yeux sur ses atrocités. Pour autant, le régime syrien a écrasé les palestiniens pendant les années 1970 et 80 et n’a pas bougé le moindre petit doigt depuis des décennies contre Israël, qui occupe le plateau du Golan syrien. Raison pour laquelle Israël est loin de se réjouir de la révolution syrienne, craignant les conséquences de la chute du régime : soit un régime plus démocratique et donc plus dur vis-à-vis d’Israël, soit un nouveau terrain de jeu pour le djihadisme…

En tant que Jeunes anticapitalistes, on essaie d’avoir des contacts en Syrie via nos camarades du Courant de la gauche révolutionnaire syrienne (Ghayath Naisse sera présent à l’école anticapitaliste de printemps du 15-16 et 17 mars) et d’éviter de tomber dans ce raisonnement-piège, ce vieux mal d’une certaine gauche : « les ennemis de nos ennemis sont nos amis ».

On soutient la révolution syrienne basée sur le refus de la dictature, du néolibéralisme et du chômage. Comme dans les autres pays du printemps arabe, c’est une révolution populaire, soutenue par la majorité de la population et où les jeunes ont une place déterminante. La présence islamiste est réelle mais n’est pas une exception syrienne et ils sont bien loin de constituer la majorité de la rébellion.

La particularité du soulèvement syrien est l’atroce répression de la part du régime, qui torture et assassine les enfants, les femmes, les médecins et vise les pharmacies comme les files devant les boulangeries. On estime aujourd’hui le nombre des victimes à environ 70 000 morts, sans compter les centaines de milliers de prisonniers, blessés et réfugiés, là où on parlait de quelques centaines de personnes en Égypte ou en Tunisie.

Malgré l’horreur de la répression et l’exacerbation de conflits confessionnels ou ethniques que le régime attise en permanence via des attaques ciblées et une propagande intense, la résistance au régime constitue un front large, constitué des couches sociales de différentes communautés et confessions. On trouve des exemples d’auto-organisation de la population qui gère par quartiers les besoins essentiels tels que la nourriture, la santé, la communication et l’auto-défense, comme dans la ville de Douma, près de Damas.

Nous espérons la chute rapide du régime de Bachar el Assad et la continuité du processus révolutionnaire, sachant que plus le temps passe plus les risques d’une guerre confessionnelle augmentent.

La question d’une intervention militaire étrangère s’est parfois posée mais se heurte aux différentes positions internationales et à la peur d’une plus grande instabilité de la région ensuite. Les raisons pour lesquelles nous nous opposons à une intervention impérialiste sont différentes : la première c’est que l’intervention n’est pas demandée par la grande majorité du peuple syrien. Elle ne garantirait pas l’aboutissement du processus révolutionnaire, elle donnerait toutes les clés de l’après-régime aux impérialistes. Elle provoquerait de nouvelles destructions et morts parmi les civils et renforcerait le discours anti-impérialiste du régime utilisé pour légitimer sa dictature. Il s’agit par contre d’entendre les revendications des syriens qui face à la violence du régime manquent d’armes et plus que tout d’aide humanitaire.

Nous organisons cette soirée et sommes en contact avec le comité Action Syrie car nous trouvons important de faire entendre la voix des Syriens, souvent mal représentée dans les médias qui se contentent de parler de la résistance armée ou du Conseil National Syrien, qui ne représente pas encore toute la diversité de la résistance syrienne.

Par cette soirée, nous voulons insister sur l’importance de communiquer sur la situation mais aussi d’encourager le soutien et l’aide humanitaire au peuple syrien, tout en nous opposant clairement à une intervention impérialiste dans la région.”

Des Syriens réduits à manger des racines


MINOUI,DELPHINE

Le Soir Page 10

Mercredi 26 décembre 2012

LE CAIRE

DE NOTRE CORRESPONDANTE

A Kafranbel, il n’y a plus d’écoles – elles servent d’abris aux milliers de Syriens des villages alentours qui fuient les bombardements du régime. D’ailleurs, il n’y a même plus de bancs ni de pupitres pour étudier. « On s’est mis à les brûler pour survivre au froid de l’hiver », raconte Raed Fares, un activiste, par le biais d’une connexion skype aussi fébrile que sa voix.

Près de deux ans après le début de l’insurrection contre Bachar el-Assad, sa ville est au bord de l’agonie. « Nous manquons de tout : d’essence, de lait en poudre pour les enfants, de pain », dit-il. Vendu au marché noir, et en quantités limitées, le fioul est inabordable pour la plupart des familles : en l’espace de quelques mois, il est passé de 0,6 dollar à plus de 3 dollars le litre. « Alors, pour pouvoir se réchauffer, les gens en sont réduits à couper les oliviers et les figuiers, dont ils brûlent le bois », raconte-t-il. Faute d’électricité, le feu garantit également un minimum de lumière à la nuit tombée, avant que la ville, située au Nord du pays, ne plonge dans l’obscurité la plus totale.

La journée, c’est la course aux denrées entre deux averses. « Trouver de quoi se nourrir est un combat quotidien. La grande boulangerie de la ville avait l’habitude d’approvisionner 22 villages. Aujourd’hui, elle est au point mort faute de fioul, de farine et d’argent pour payer ses employés. Du coup, vous pouvez passer votre journée à faire la tournée des quartiers et à faire la queue pendant des heures dans l’espoir de décrocher un morceau de pain », poursuit Raed Fares. Et bien souvent, ajoute-t-il, « les parents se contentent de quelques racines d’herbes bouillies, ramassées au fond des vergers, pour laisser le pain aux plus jeunes ».

Les nouveau-nés, eux, sont nourris à l’eau de riz selon l’ONG Avaaz, qui évalue à 2,5 millions le nombre de déplacés qui ont fui leur logement à cause de la guerre. Dans son nouveau rapport, le Programme alimentaire mondial estime à un million le nombre de Syriens qui vont être victimes de la faim cet hiver. L’organisation onusienne, qui avoue souffrir d’un manque de financement, se dit également dans l’impossibilité d’approvisionner certaines zones à cause de la violence des combats et des bombardements.

Des raisons que Raed Fares refuse d’accepter. « Kafranbel est à 10 kilomètres de la Turquie. La frontière est ouverte et la route est relativement sûre. Pourtant, aucune aide ne nous parvient. Je connais une famille de déplacés qui a trouvé refuge dans une des 13 écoles de Kafranbel. Les gamines passent leur temps à faire des bonds sur place pour ne pas mourir de froid : est-ce une façon de vivre ? Où est la communauté internationale avec ses belles promesses ? Si les étrangers ont peur de venir en Syrie pour nous aider, qu’ils nous approvisionnent à la frontière et on se chargera de faire la distribution dans les villages », s’emporte-t-il.

Dans la ville de Kafrnabod, au centre du pays, l’hiver est encore plus rude. « C’est une prison à ciel ouvert », lâche Adnan, un de ses habitants. Contacté lui aussi grâce à une connexion Internet bricolée clandestinement – le pouvoir de Damas ayant bloqué la téléphonie mobile dans la région de Hama depuis plus d’un an –, cet instituteur anti-Bachar raconte que les rebelles ont fini par libérer la ville du régime il y a quatre jours. Mais les habitants, recroquevillés entre la vie et la mort, ont à peine de quoi se nourrir. « L’armée s’est retirée mais elle nous assaille de bombes au quotidien. Impossible de sortir de Kafrnabod pour s’approvisionner dans les autres villes : les tanks sont postés à 5 kilomètres. Et quand bien même nous voudrions prendre la voiture pour nous réfugier ailleurs, il n’y a plus d’essence pour remplir les réservoirs », ajoute Adnan.

A Kafrnabod, où la température frôle le zéro degré, la population se réchauffe avec des branches d’arbre et du vieux plastic brûlé. « C’est très toxique, mais on n’a pas d’autre solution », avance-t-il. Le pain, aliment de base des Syriens, est désormais rationné à la miette près et les médicaments font cruellement défaut. « Je connais une femme dont le nouveau-né, âgé de 22 jours, a fait une terrible poussée de fièvre. Quand elle a voulu l’emmener à l’hôpital de la ville la plus proche, l’armée lui a bloqué la route. Alors, elle est rentrée chez elle et son enfant est mort à 4 heures du matin. Des exemples comme celui-ci, j’en ai à profusion. Vous pensez peut-être qu’on exagère, qu’on invente des histoires. Mais dans notre pays, la réalité a dépassé la fiction. Toutes ces images d’horreur que vous voyez à la télévision, c’est un dixième de ce que nous vivons au quotidien », murmure Adnan.

«Les islamistes syriens sont connus pour leur modération»


anniebannie : Réactions typiques de lecteurs du Figaro; je peux m »en passer; quant à Riad Seif j’ai confiance en lui

Par Georges Malbrunot Publié le 14/12/2012 à 18:10 Réactions (71)

«Les Syriens ne veulent plus d’une intervention étrangère», explique Riad Seif, Crédits photo : Michael Gottschalk/dapd

INTERVIEW – Riad Seif, l’inspirateur de la Coalition nationale, met en garde contre la tentation d’un pouvoir affaibli de recourir «aux armes de plus en plus sophistiquées».

Ancien député, détenu à quatre reprises par le régime de Damas, Riad Seif est l’inspirateur de la Coalition nationale, qui vient d’être reconnue comme «le représentant légitime» du peuple syrien par plus de cent pays, réunis à Marrakech. Le dirigeant de l’opposition met en garde contre la tentation d’un pouvoir affaibli de recourir «aux armes de plus en plus sophistiquées», et assure que l’islamisme syrien est «modéré».

LE FIGARO.- Comment convertir les acquis de Marrakech en victoire contre le régime de Bachar el-Assad?

Riad SEIF. – Cette large reconnaissance internationale ajoutée à la récente unification des groupes armés sur le terrain nous donnent beaucoup d’espoir. En se regroupant, nos forces sont plus puissantes. Cette unification nous permettra de recevoir des armes de qualité contre les tanks et contre les avions. Les craintes des Occidentaux que ces armes tombent entre de soi-disant mauvaises mains ne sont plus justifiées. D’autre part, en recourant aux missiles Scud, Bachar el-Assad avoue sa faiblesse. Il est possible que le régime ne puisse plus utiliser ses avions. Il s’affaiblit de plus en plus. Et plus il s’affaiblira, plus il sera contraint d’utiliser des armes sophistiquées.

Y compris à Damas?

Oui, il a dû retirer des militaires du nord, et surtout des régions est du pays pour défendre la capitale. Mais une attaque contre le pouvoir peut aussi venir du sud. L’heure de la victoire approche. Et même ses alliés russes semblent faire le même constat.

C’est pourquoi vous ne réclamez plus une intervention militaire extérieure?

Les Syriens ne veulent plus d’une intervention étrangère. Ils pensent que les conditions d’une victoire sont sur le point d’être réunies. Ce que nous demandons, c’est une zone de protection aérienne et des armes de qualité contre les tanks et les avions.

L’opposition refuse de clarifier ses relations avec Jabhat al-Nosra, que les Américains viennent d’inscrire sur la liste des organisations terroristes. N’est-ce pas jouer avec le feu?

La Coalition nationale est opposée à toute action terroriste, mais nous ne devons pas oublier que le régime dès le début de la révolution a fabulé en créant des films dans lesquels il accusait ses opposants d’être responsables de ses crimes. J’ai rencontré moi-même en prison des détenus qui m’ont dit avoir dû jouer dans des vidéos bidons. S’il y a de l’extrémisme aujourd’hui dans nos rangs, il est très limité. Il ne faut pas oublier que la répression a tué plus de 50.000 personnes et que des massacres ont été commis. Malgré toutes ces atrocités, rien ne prouve que Jabhat al-Nosra est un mouvement terroriste. La majorité de ses éléments respectent les ordres qui leur sont donnés. Ils ne font de mal à personne. D’une manière générale, les islamistes syriens sont connus pour leur modération. Mais dès le départ, le régime a utilisé les alaouites pour se protéger, ce qui a contribué à créer des ressentiments chez les sunnites contre les alaouites.

À Marrakech, Moaz al-Khatib, le président de la Coalition, a tendu la main aux alaouites, mais il n’a eu aucun mot de compassion à l’égard de la centaine d’alaouites qui venait d’être tués à Aqrab. Est-ce ainsi que l’on prône la réconciliation?

Il n’y a jamais eu de massacres commis par les sunnites contre les alaouites. Et il est très probable que ce sont les chabihas (miliciens pro-régime, NDLR) eux-mêmes qui aient commis ce massacre à Aqrab. Je connais Moaz al-Khatib depuis des années, et sa philosophie c’est la paix entre les communautés.

Croyez-vous à une désagrégation du pouvoir, qui se replierait ensuite sur son fief alaouite?

Il y a un consensus international pour ne jamais accepter la division de la région en mini états. La division de la Syrie est une ligne rouge très claire à ne jamais dépasser. Le peuple, et même la majorité des alaouites, n’accepteront jamais ces scénarios.

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En Syrie, l’armée d’Assad massacre les habitants qui n’ont pas pu fuir Daraya


de Mediapart :

10 décembre 2012 | Par Caroline Donati

Les informations circulent à nouveau entre la Syrie et l’étranger. Il est vrai que le black-out imposé par le régime qui, durant trois jours, avait coupé réseaux téléphoniques et internet dans tout le pays la semaine dernière, n’a pas empêché les activistes syriens de continuer à retransmettre des informations de ce qui se passe sur le terrain, grâce à des réseaux satellitaires.

Fragmentaires, ces communications laissent entrevoir l’étendue des destructions provoquées par les forces d’Assad et en particulier de son aviation, engagées dans une bataille contre les banlieues de la capitale, Damas. Ces faubourgs sont désormais sous le contrôle des révolutionnaires et des combattants de l’Armée syrienne libre. Il y a une semaine, les rebelles parvenaient à abattre un avion de l’armée syrienne dans la région de la Ghouta orientale, la campagne qui borde les périphéries est de Damas.

Les combats aux périphéries de Damas sont particulièrement féroces à Douma, la « capitale » de cette Ghouta orientale, et au sud-est à Jaramanah, dans le périmètre de la route de l’aéroport international. Ils en feraient presque oublier une offensive particulièrement meurtrière qui se déroule dans une autre banlieue de la capitale tout aussi stratégique pour le régime : Daraya.

Plongée dans le noir et privée d’Internet depuis maintenant trois semaines, cette banlieue sud-ouest qui commande la route de Dera’a dans le sud du pays, est en passe de connaître le même sort que Alep, et avant Homs. La ville est soumise à un siège depuis le début du mois de novembre et devient un vaste champ de ruines, que parcourent combattants et activistes pour témoigner des destructions. Des images authentifiées ont ainsi été transmises. Par exemple, celles-ci datées du samedi 1er décembre, qui montrent les ruines d’une école de Daraya et des rues environnantes :

ou ici :

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