Compte-rendu de l’entrevue à l’Ambassade et nouvelles du trottoir


Mardi 29 décembre, à 13h30, une délégation d’une vingtaine de personnes, dirigée par Nordine Saïdi, s’est rendue à l’ambassade d’Egypte à Bruxelles.

Après une courte discussion, l’ambassadeur a autorisé la délégation à entrer dans les bâtiments. Deux personnes, Nordine Saïdi et Luk Vervaet, ont pu s’entretenir avec l’ambassadeur, son conseiller en matière politique ainsi que le premier secrétaire. Voici le récit de cette entrevue.

Nordine Saïdi : « Pour commencer, nous avons signalé que nous n’avons aucun doute sur la solidarité que porte le peuple égyptien au peuple palestinien. Nous avons fait part de notre indignation face au mur allant jusqu’à 20 à 30 mètres sous terre, tout au long de la frontière égyptienne avec Gaza. Nous avons expliqué que nous ne comprenons pas le refus des autorités égyptiennes de laisser passer le convoi « Viva Palestina », ainsi que les délégations internationales de marcheurs bloqués au Caire.

L’ambassadeur a tenu à nous dire que, ce n’est pas uniquement le peuple égyptien qui est solidaire du peuple palestinien, mais que le gouvernement égyptien est lui-même solidaire et que les milliers d’Egyptiens qui ont perdu la vie dans les cinq guerres en sont la preuve.

Il nous rappelle que le peuple palestinien est le plus proche, que ce soit au niveau géographique, de la langue ou de la religion.

Il nous a aussi dit que l’Egypte est le pays arabe le plus courageux sur cette question !

L’ambassadeur nous met en garde sur le fait que c’est Israël qui est responsable, selon le droit international, des territoires occupés. Selon lui, Israël a toujours comme option de se décharger de Gaza via l’Egypte et de n’avoir de la sorte plus aucune responsabilité sur ce qui s’y passe.

Il nous rappelle qu’il n’y a qu’une seul frontière commune entre l’Egypte et la Palestine, tandis qu’Israël ferme les cinq autres points de passage.

Le tourisme étant la première rentrée financière du pays, il se doit d’être irréprochable sur les questions liées à la sécurité. Nous lui avons fait remarquer qu’aujourd’hui, c’est l’Egypte et non Israël qui a une mauvaise image dans le monde ».

Luk Vervaet : « Concernant les convois de « Viva Palestina », il nous a été signalé que s’il y avait tant de problèmes, c’est parce que ceux-ci n’ont pas écouté les injonctions qui leur ont été faites, c’est-à-dire de passer par Al Arish et non via Aqaba. Pour ceux qui sont au Caire, nous trouverons une solution ! Il nous a été demandé de comprendre que l’Egypte doit maintenir un certain équilibre entre les Etats-Unis, l’Europe et Israël. L’ambassadeur nous a promis que nos demandes vont être relayées en Egypte ».

Nous vous encourageons à continuer à écrire ou téléphoner à l’ambassade d’Egypte et faire ainsi pression pour que la frontière s’ouvre et que le mur ne soit pas construit .

Coordonnées utiles :

Ambassade de la République arabe d’Egypte, 19 avenue de l’Uruguay, 1000 Bruxelles.

eg.sec.be@hotmail.com Tél: 02.663.58.08 tél: 02.663.58.00 tél: 02.663.58.28 tél: 02.663.58.20 fax: 02.675.58.88

Voici les dernières nouvelles en provenance d’Egypte :

Les participants français à la MARCHE POUR GAZA, but de dénoncer le blocus inhumain imposé aux Gazaouis sont encerclés par la police égyptienne devant l’ambassade française au Caire! Ils ne peuvent pas se rendre comme prévu à Gaza, ils ne peuvent même pas bouger du trottoir devant l’ambassade, car l’Égypte ne les y autorise pas!

VIDÉO: http://www.dailymotion.com/video/xbo88p_marche-pour-gaza_news

Nous relayons ci-dessous, les nouvelles postées par l’une des marcheuses du groupe français, envoyées au fur et à mesure par sms.

Bras de fer entre les Marcheurs et le gouvernement égyptien

Le statu quo se poursuit sur place. La police égyptienne tente de faire renoncer les Marcheurs, parqués sur le trottoir devant l’ambassade de France, à leur projet de rejoindre la frontière avec la bande de Gaza. Il était prévu initialement d’y parvenir pour le 31 décembre mais leur détermination demeure intacte.

Nouveaux messages de Leïla ce soir :

A 20h

« Les Egyptiens nous ont proposé trois solutions :

1 – Nous transférer au lycée français où on sera bouclé sans possibilité de se déplacer jusqu’à vendredi et isolés de tous médias ou autre.

2 – Nous mettre dans des avions demain

3 – Rester sur le trottoir jusqu’à vendredi dans des conditions de merde c’est-à-dire avec un rationnement de nourriture et d’eau (il y a 1h30 d’attente pour accéder à l’unique WC).

Aucune sortie individuelle n’est autorisée pour le moment.

La majorité a voté pour la solution 3 car c’est la seule chance qu’il nous reste, en comptant sur la mobilisation internationale pour mettre la pression sur les ambassades et les consulats égyptiens partout dans le monde. Un autre rassemblement a lieu devant le siège de l’Onu au Caire mais c’est impossible dans ces conditions que nous nous unissions. »

Leïla ajoute que « le premier ministre israélien est en visite officielle au Caire demain donc pas question de se taire et de baisser les bras. Des gazaouis nous ont appelé hier pour nous confier que leur situation s’empire de jour en jour ».

A 21h30

« Les autorités égyptiennes nous rendent les conditions de vie dans la bande de trottoir de pire en pire. Ils empêchent également les journalistes de venir nous voir ! Ils resserrent la vis pour nous faire craquer alors que le deal incluait des conditions potables. On avale le CO2 à pleine bouche ».

VIDEO DE LA MANIFESTATION AU CAIRE DIMANCHE 27 DECEMBRE

mardi 29 décembre 2009

Nordine Saïdi
Mouvement Citoyen Palestine

Adieu à Anis Sayegh, le pasteur de la culture palestinienne


Adieu à Anis Sayegh, le pasteur de la culture palestinienne

AUTEUR: Elias KHOURY الياس خوري

Traduit par Omar Mouffok et Tafsut Aït Baamrane

Le Dr. Anis Sayegh, grande figure intellectuelle palestinienne, est mort samedi 26 décembre à Amman, à l’âge de 78 ans. L’écrivain libanais Elias Khoury, qui l’a bien connu, lui fait ses adieux.-Tlaxcala

Avec le décès d’Anis Sayegh, c’est le dernier de la lignée du pasteur Abdallah Al-Sayegh qui disparaît, arbre qui a été arraché de la région du lac de Tibériade mais qui a étendu ses racines en terre palestinienne comme en terre arabe. L’homme à la voix basse, à la main aux doigts amputés, au dos légèrement courbé, avec son insistance pointilleuse extraordinaire sur la précision scientifique, donnait l’impression à son entourage d’ajouter quelque chose de sacré à son travail. C’est ainsi que nous l’avons connu au Centre des Recherche [de l’OLP à Beyrouth, NdT], ponctuel dans ses rendez-vous, taciturne, énergique et respectueux de son travail. Lorsque j’ai su que son père était un pasteur protestant, j’ai compris que j’étais face à un mélange de deux mentalités, l’une conservatrice, l’autre révolutionnaire. C’est en effet un mélange étrange que les premiers évangélistes arabes ont réussi à façonner en mettant leur petite église au service de leur peuple et de sa cause.

Au Centre de Recherche, Anis Sayegh a réussi à modeler l’équation culturelle complexe de l’idée de la Palestine. Il a allié recherche académique et documentation scientifique, libre pensée et engagement. C’est ainsi que le Centre a réussi à former une cellule pour la défense de la résistance, mais également un espace pour sa critique, comme il a également réussi à fournir des perspectives pour la création palestinienne. En effet, le Centre était, pour nous, une maison, une école et un cadre de combat. Derrière cette expérience, il y avait un homme qui vérifiait tout, auquel rien n’échappait. Un intellectuel qui avait compris que la Palestine ne serait récupérée qu’en mettant la connaissance au service de la lutte, afin que les expériences de lutte soient un moyen de développer la connaissance. Les Israéliens étaient conscients de l’importance du Centre de Recherche et de sa dangerosité. Ils savaient que le Centre n’était pas une couverture intellectuelle pour une activité militaire, mais que c’était un centre de recherche et de documentation. C’est pour cela qu’ils le craignaient et l’ont traité avec le seul langage qu’ils maîtrisent. Ils ont envoyé un colis piégé à Anis Sayegh [en 1972, NdT], puis ils ont bombardé le Centre avec des missiles.

Lorsqu’ils ont envahi le Liban en 1982, ils ont pillé sa bibliothèque et sa documentation, puis ils ont fait sauter l’immeuble qui s’est écroulé sur les têtes des personnes qui y travaillaient. Derrière cette grande expérience il y avait notre Directeur, le Dr. Anis. Le titre de « Docteur » lui allait comme un titre sacerdotal, car il émanait de lui un mélange ambigu de sacralité de la cause et de sacralité du savoir, dans le tiraillement qui a marqué les relations entre le commandement de Yasser Arafat et la culture et les intellectuels.

La rigueur et la conviction du fils de pasteur, qui sont nées dans le milieu du nationalisme syrien pour passer ensuite au milieu nationaliste arabe, se sont heurtées au pragmatisme du Fatah et à son environnement quasi-tribal. C’est pour cela que les fils du pasteur Abdallah – Fayez, Youssuf et Anis – se sont retrouvés en dehors des structures palestiniennes recomposées, et s’en sont éloignés l’un après l’autre, chacun à sa manière. Mais Anis Sayegh ne s’est pas éloigné de la Palestine. L’homme, comme la majorité des fils de sa génération, voulait incarner la patrie perdue par sa personnalité, sa parole et son mode de vie. C’est avec Anis Sayegh que j’ai appris que la Palestine n’est pas seulement une cause, mais également un mode de vie et que tu peux être un combattant dans tous tes actes.

Sa main gauche mutilée, ses yeux presque éteints et les missiles qui ont bombardé le Centre de Recherche sont en réalité des médailles sur la poitrine de la culture, en la plaçant dans le cercle de l’action, faisant des historiens de la Palestine des faiseurs de son histoire. J’ai beaucoup appris de cet homme, et ce qui est remarquable c’est que ma conviction, dans ma prime jeunesse, que la parole n’est vivante que si elle est générée par un acte de combat, m’a permis de me convaincre encore plus que le savoir est le chemin à traverser par la Palestine pour se réaliser, et que le travail du Centre de Recherche et de la Fondation des Etudes était et restera essentiel afin que le fusil palestinien ne devienne pas aveugle et ne s’égare pas en chemin.

Lorsque j’ai rejoint le Centre de Recherche, au début des années 1970, Anis Sayegh était bien plus qu’un professeur pour moi et pour ceux de ma génération. Il était un modèle d’austérité, d’engagement et de désintéressement. Lorsqu’il a démissionné du Centre et que je devais prendre en charge la rédaction de la revue « Shu’un Falistiniyya » (Questions palestiniennes) avec notre grand poète Mahmoud Darwich, nous avons senti que nous allions hériter d’une grande expérience qu’il ne fallait pas laisser en friche, et que le trésor légué par Anis Sayegh avait besoin qu’on s’engage à fond et de manière créative pour rester vivant.

Malheureusement, l’expérience n’a pas duré longtemps, car nous aussi nous avons goûté aux mêmes douleurs auxquelles a goûté Anis Sayegh. Darwich est parti travailler à l’ALECSO [Organisation Arabe pour l’Education, la Culture et les Sciences, NdT] en Tunisie, et moi, j’ai commencé à travailler au journal As-Safir. L’homme était présent 24 heures sur 24. Je ne sais pas comment il trouvait le temps de publier des revues, de créer l’Encyclopédie palestinienne et d’être présent dans tous les endroits qui avaient quelque chose à voir avec la Palestine et notre cause.

Anis Sayegh n’était pas pragmatique. Il était contre toute concession, et voyait tout règlement comme une trahison de la terre palestinienne. On peut dire, aujourd’hui, que la divergence avec Anis Sayegh n’était pas nécessaire, ou que la discorde entre Anis et la direction de l’OLP aurait pu être atténuée.
Ce combat contre le sionisme est ouvert sur l’histoire de l’Orient arabe tout entier, c’est un combat dont le destin a voulu qu’il soit mené par plusieurs générations, et il restera ouvert et prendra de nombreuses formes. C’est pour cela que ce combat porte des visions différentes, des conceptions contradictoires qui convergent toutes vers la nécessité de récupérer la nation perdue. Cependant, nous ne pourront pas retenir nos larmes en voyant les hommes de la génération des pionniers nous quitter l’un après l’autre.

La mort n’est pas seulement une réalité, mais elle constitue également un fardeau. Comment pourrions-nous hériter d’Anis Sayegh, Shafik Al-Hout, Edouard Said et Ibrahim Abou Lghad ? Telle est la grande question que nous nous posons aujourd’hui sur la Palestine. La Palestine n’est pas seulement une cause politique, mais c’est, d’abord, une idée et une cause culturelle. Nous disons adieu au Docteur Anis, et nous ne nous penchons pas seulement pour l’étendre dans sa tombe, mais également pour essuyer la tristesse de la terre avec nos paupières, et pour dire à la Palestine que nous tiendrons notre parole jusqu’à la mort.

source

Vanounou arrêté


Mordehaï Vanounou a été arrêté, mardi. Selon le porte-parole de la police, Micky Rosenfeld, il aurait violé les conditions de sa libération, établies en 2004. Il sera traduit devant un tribunal de Jérusalem, dans la journée.

Vanounou avait été condamné à 18 ans de prison en 1986 pour avoir révélé des informations confidentielles au sujet des capacités nucléaires israéliennes. En juin dernier, pour la première fois depuis sa libération de prison, il s’était engagé à ne plus aborder ce sujet à l’avenir avec quiconque. Peu de temps après, le ministre de l’Intérieur Eli Yishaï a prolongé d’un an la durée de son interdiction de quitter le territoire. Il est aujourd’hui soupçonné de s’être entretenu avec plusieurs personnalités étrangères.

Ancien technicien d’une usine nucléaire israélienne, Vanounou avait fourni des images et des informations au sujet de ses activités au Sunday Times en 1986. Suite à cette exposition médiatique, des experts internationaux avaient conclu qu’Israël possédait le 6e arsenal nucléaire le plus important au monde.

http://fr.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1261364536696&pagename=JFrench%2FJPArticle%2FShowFull

Pendant ce temps, le supplice de Gaza continue


BAUDOUIN LOOS

samedi 26 décembre 2009, 10:21

La plainte déposée le 24 décembre contre les dirigeants du Hamas par des Israéliens d’origine belge n’est pas arrivée au greffe de Bruxelles ce jour-là par hasard. Pour détourner l’attention du premier anniversaire de l’offensive militaire israélienne contre la bande de Gaza, on ne s’y serait pas pris autrement.

Pourtant, cette plainte permet de remettre en lumière un élément qui avait frappé à l’époque des faits : la disproportion entre la puissance destructrice de l’armée israélienne et les faibles moyens des activistes palestiniens. Si la plainte rappelle que des dizaines d’Israéliens ont souffert dans leur chair des tirs de roquettes palestiniens – des actions que le fameux rapport de l’ONU, dit « Goldstone », qualifie d’ailleurs de crimes de guerre –, combien de plaintes des centaines de milliers de Palestiniens seraient-ils moralement habilités à déposer en raison des souffrances que l’offensive israélienne leur a infligées ?

Ce rapport demande qu’Israël et le Hamas commanditent des enquêtes indépendantes sur des faits qui relèvent de la qualification de crimes de guerre ou, peut-être, de crimes contre l’humanité. Ces enquêtes ne semblent pas près d’être ordonnées. Israël a écarté le rapport Goldstone qualifié de « biaisé », certains ministres avançant même qu’il est « un cadeau aux terroristes car il revient à empêcher une démocratie de se défendre ». Pourtant, le rapport ne traite pas de la légitimité de l’attaque lancée par Israël le 27 décembre 2008, mais se préoccupe seulement de savoir si le droit de la guerre y a été respecté. Avec avis négatif.

Enfin, au moment où aura lieu, ce dimanche, le premier anniversaire de cette offensive, il n’est pas non plus inutile de rappeler que la bande de Gaza et son million et demi d’habitants continuent à vivre dans une prison à ciel ouvert, fermée à double tour par l’armée israélienne (avec l’actif concours égyptien dans le sud). L’Union européenne a demandé à Israël, le 8 décembre encore, de lever ce blocus aux effets humains catastrophiques. Mais tant que les Européens comme le reste de la communauté internationale se contenteront d’émettre de simples avis polis, ils ne pourront espérer exercer la moindre influence sur le terrain.

http://www.lesoir.be/forum/editos/2009-12-26/pendant-ce-temps-le-supplice-de-gaza-continue-745672.shtml