Les manuels scolaires sont la « principale explication » de la transformation des étudiants israéliens en « monstres » racistes contre les Palestiniens


Via :  omar.barghouti@gmail.com

Le 7 août 2011

 Nurit Peled-Elhanan

Ci-dessous, une recherche perspicace d’une universitaire israélienne respectée, qui confirme ce que les chercheurs palestiniens ont toujours su : la culture en vigueur en Israël, de racisme et de fondamentalisme fanatiques, de soutien aux crimes de guerres et à l’apartheid contre les Palestiniens, est essentiellement le produit d’un système d’éducation qui endoctrine les élèves juifs israéliens selon des valeurs colonialistes militantes et un racisme extrême, un système qui en fait des « monstres » une fois sous l’uniforme.

Ceux qui considèrent qu’il s’agit là d’un « égarement » du sionisme semblent ne pas avoir suffisamment compris ce qu’est réellement le sionisme et le rôle central qu’il a joué et joue, en tant qu’idéologie manifestement raciste, dans la justification du nettoyage ethnique et de la domination raciste des Palestiniens.

Il ne faut pas s’étonner dès lors pourquoi, en plein massacre israélien à Gaza en 2008/2009, un sondage réalisé à l’université de Tel Aviv (et publié dans le Jerusalem Post début janvier 2009) montre que 94 % des juifs israéliens interrogés soutenaient l’assaut, en parfaite connaissance des énormes souffrances qui en découlaient et étaient infligées à un million cinq cent mille Palestiniens, incarcérés dans « le camp-prison » de Gaza, et de la destruction massive de leur infrastructure civile.

Nurit Peled-Elhanan écrit notamment :

« Une question qui en dérange beaucoup, c’est comment expliquer le comportement de cruauté de ces soldats israéliens envers les Palestiniens, comment expliquer leur indifférence devant la souffrance humaine, la perpétration de ces souffrances. Ils se demandent comment ces gentilles filles et ces gentils garçons juifs peuvent devenir des monstres une fois qu’ils ont revêtu l’uniforme. Je pense que la raison première à cela, c’est leur éducation. Aussi, j’ai voulu voir comment leurs livres d’école représentaient les Palestiniens. »

Comme dans tout système colonial, seule, une pression soutenue et efficace venant de l’intérieur comme de l’extérieur peut mettre un terme à cette spirale régressive de criminalité, d’impunité et de racisme tacite. Il faut encore plus de BDS (boycotts, désinvestissements et sanctions) pour mettre fin à l’occupation, au colonialisme et à l’apartheid. En plus de profiter évidemment aux Palestiniens autochtones, qui souffrent depuis plus de six décennies de ce système d’oppression israélienne à trois niveaux, mettre fin à ce système d’oppression peut très bien aussi permettre de transformer la plupart des Israéliens, de « monstres » colonialistes en êtres humains normaux.

Omar

Omar Barghouti est un militant des droits humains, membre fondateur du mouvement de boycott mondial contre Israël à direction palestinienne, et auteur de Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS) contre l’apartheid et l’occupation de la Palestine – (Édition La Fabrique).

Une universitaire israélienne dénonce la partialité des manuels scolaires en Israël

Harriet Sherwood
The Guardian – Observer
7 août 2011

Nurit Peled-Elhanan, universitaire israélienne, mère et politique radicale, évoque l’image de rangées d’écoliers juifs, penchés sur leurs livres, apprenant qui sont leurs voisins, les Palestiniens. Mais, dit-elle, ceux-ci n’y sont jamais désignés sous le nom de Palestiniens, sauf dans le contexte du terrorisme.

On les appelle les Arabes. « L’Arabe avec un chameau, dans une tenue d’Ali Baba. Ils les décrivent comme des gens vils, et anormaux, et criminels, qui ne paient pas d’impôts, des gens qui vivent en dehors de l’État, des gens qui ne veulent pas s’améliorer », dit-elle. « On ne les présente que comme des réfugiés, des paysans primitifs et des terroristes. Vous ne voyez jamais un enfant palestinien, ni un médecin, ni un enseignant, ni un ingénieur, ni un paysan moderne. »

Peled-Elhanan, professeur de langue et en pédagogie à l’université hébraïque de Jérusalem, a étudié le contenu des livres scolaires israéliens de ces cinq dernières années, et son mémoire, La Palestine dans les livres d’école israéliens : idéologie et propagande en Éducation, a été publié ce mois-ci au Royaume-Uni. Elle y décrit ce qu’elle estime être du racisme, même plus que cela, un racisme qui prépare les jeunes Israéliens à leur service militaire obligatoire.

« Les gens ne savent pas vraiment ce que leurs enfants lisent dans les manuels » dit-elle. « Une question qui en dérange beaucoup, c’est comment expliquer le comportement de cruauté de ces soldats israéliens envers les Palestiniens, comment expliquer leur indifférence devant la souffrance humaine, la perpétration de ces souffrances. Ils se demandent comment ces gentilles filles et ces gentils garçons juifs peuvent devenir des monstres une fois qu’ils ont revêtu l’uniforme. Je pense que la raison première à cela, c’est leur éducation. Aussi, j’ai voulu voir comment leurs livres d’école représentaient les Palestiniens. »

Dans « des centaines et des centaines » de livres, elle soutient ne pas avoir trouvé une seule photographie montrant un Arabe comme « une personne normale ». Sa découverte la plus importante dans les livres qu’elle a étudiés – tous autorisés par le ministère de l’Éducation – concerne le récit historique des évènements de 1948, l’année où Israël fit la guerre pour s’implanter en tant qu’État indépendant, et où des centaines de milliers de Palestiniens durent fuir le conflit qui s’en est suivi.

L’assassinat de Palestiniens y est dépeint comme quelque chose de nécessaire pour la survie de l’État juif naissant, prétend-elle. «  Les massacres ne sont pas niés, ils sont simplement représentés dans les livres d’école israéliens comme, dans le long terme, quelque chose de bénéfique pour l’État juif. Par exemple, Deir Yassin (village palestinien d’avant 1948, proche de Jérusalem) a été un massacre épouvantable perpétré par les soldats israéliens. Dans les livres d’école, ils vous disent que ce massacre a déclenché la fuite massive des Arabes d’Israël et a donc permis la création d’un État juif, avec une majorité juive. Par conséquent, c’était la meilleure solution. C’était peut-être dommage, mais à long terme, les conséquences pour nous étaient positives. »

Les enfants, dit-elle, sont élevés pour servir dans l’armée et intérioriser le message que les Palestiniens sont « des gens dont la vie peut leur être retirée en toute impunité. Et pas seulement cela, mais que ce sont des gens dont le nombre doit être réduit. »

Peled-Elhanan aborde son sujet à partir d’un contexte politique radical. Elle est la fille d’un célèbre général, Matti Peled, qui était convaincu que l’avenir d’Israël résidait dans une paix digne avec les Palestiniens. Après avoir quitté l’armée, il était devenu membre actif d’un mouvement pour la paix.

La famille avait conçu une affiche, appelant à un règlement pacifique du conflit et représentant Smadar, la fille unique de Peled-Elhanan, avec son message : tous les enfants méritent un avenir meilleur.

Puis, en 1997, Smadar a été tuée par un kamikaze palestinien alors qu’elle faisait des courses à Jérusalem. Elle avait 13 ans. Peled-Elhanan se refuse à parler de la mort de sa fille, une ou deux fois seulement elle a fait allusion à « la tragédie ».

A l’époque, elle a dit que cela renforcerait sa conviction que, sans un règlement au conflit et une coexistence pacifique avec les Palestiniens, d’autres enfants allaient mourir. « Les attaques terroristes comme celle-ci sont la conséquence directe de l’oppression, de l’esclavage, de l’humiliation et de l’état de siège qu’on impose aux Palestiniens » a-t-elle déclaré à des journalistes de télévision après la mort de Smadar.

Ses opinions radicales ont eu inéluctablement un coût professionnel. « Les professeurs d’université ont cessé de m’inviter à des conférences. Et quand je prenais la parole, la réaction la plus fréquente était « Vous êtes une antisioniste ». » Et tous ceux qui contestent le discours qui prévaut aujourd’hui en Israël, dit-elle, sont accusés de la même façon.

Elle espère que son livre sera publié en hébreu, mais elle s’est résignée à ce qu’il soit rejeté par beaucoup dans le courant politique dominant.

Quand on lui demande si les livres d’école palestiniens reflètent aussi un certain dogme, Peled-Elhanan soutient que ces livres font la distinction entre sionistes et juifs. « Ils font cette distinction tout le temps. Ils sont contre les sionistes, pas contre les juifs ».

Mais elle concède que l’enseignement sur le génocide des juifs dans les écoles palestiniennes est « un problème, une question ». « Certains enseignants (palestiniens) refusent d’enseigner l’Holocauste tant que les Israéliens n’enseigneront pas la Nakba (la « Catastrophe » palestinienne de 1948). »

Sans surprise peut-être de la part de quelqu’un qui a des points de vue aussi radicaux, Peled-Elhanan est profondément pessimiste pour l’avenir de son pays. Le changement, dit-elle, ne viendra que « lorsque les Américains cesseront de nous donner un million de dollars par jour pour maintenir ce régime d’occupation, de racisme et de suprématie ».

Quant à Israël : «  Je ne lui vois que le chemin qui mène au fascisme. Vous avez cinq millions et demi de Palestiniens contrôlés par Israël qui vivent sous un apartheid horrible, sans droits civils ou humains. Et vous avez l’autre moitié, qui sont juifs, et qui de minute en minute perdent leurs droits », dit-elle en référence à toute une série de tentatives visant à restreindre le droit des Israéliens à protester et à critiquer leur gouvernement.

Elle écarte la gauche israélienne comme étant toujours modérée et timide, surtout à l’heure actuelle. « Il n’y a jamais eu de véritable gauche dans ce pays. » Elle pense que le système éducatif contribue à perpétuer un État injuste, antidémocratique et non viable.

« Tout ce qu’ils font, de la maternelle à la terminale, c’est de nourrir, de toutes sortes de façons et à travers la littérature, des chansons, des fêtes et des loisirs, ces idées de chauvinisme patriotique. »

Cet article a été modifié le 7 août 2011. La version originale attribuait à Matti Peled, père de Nulit, la conception de l’affiche représentant Smadar, la fille de Nurit Peled-Alhanan. En fait, c’est le père de Smadar, Rami Alhanon, qui l’a conçue.

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De Harriet Sherwood :

-  Israël démolit des maisons et une école en Cisjordanie occupée
-  Des soldates israéliennes dénoncent le traitement infligé aux Palestiniens

La révolution frémit à Damas : « Incroyable, ils n’ont plus peur »


Témoignage
Par Alice Michaux | Damas | 07/08/2011 | 11H25
La révolte monte lentement dans la capitale syrienne verrouillée par le pouvoir, et la vie quotidienne a changé. Témoignage.
Capture d'écran d'une vidéo prise lors d'une manifestation à Douma, banlieue de Damas, le 3 août (Reuters)En apparence, la vie n’a que peu changé depuis le début du soulèvement contre le régime de Bachar el-Assad.Les gens se promènent dans la rue, les magasins sont ouverts. D’immenses drapeaux ont fait leur apparition place des Omeyyades et des Abbassides, un stade a été transformé en caserne.Certaines administrations ont affiché des caricatures telles qu’un Satan américano-sioniste en train de partager le gâteau syrien avec des diablotins armés de longs glaives sur lesquels on peut lire : BBC, France 24, Al Arabiya, Al Jazeera (chaînes qui diffusent les vidéos envoyées par les manifestants).

A la radio, les présentatrices imperturbables, continuent à faire porter la responsabilité des crimes à des mystérieux « infiltrés », qui tireraient sur les manifestations anti-régime et sèmeraient la zizanie entre les Syriens au profit de l’étranger.

« Infiltrés » : ce mot a acquis une célébrité sans pareille ici, et fait l’objet de nombreuses blagues. « Ah, mais en fait, c’est toi l’infiltré ! Pourquoi tu t’infiltres dans ma cuisine ? » plaisante-t-on. C’est dire le crédit porté, par un très grand nombre de gens, à la propagande d’État.

« L’éternité n’existe pas, la Syrie vivra, Assad tombera. »

Toute la journée, les sirènes des ambulances parcourent la ville. Elles viennent des quartiers soulevés, ou se dirigent vers eux.

A tout moment, le passant est harcelé par les manifestations pro-régime, souvent constituées d’une poignée de gens, qui scandent « Abou Hafez ! Abou Hafez ! » et frappent trois fois dans leurs mains.

Abou Hafez, c’est Bachar el-Assad : fils de l’ancien président et père du prochain. La boucle est bouclée, l’éternité, refermée. Réponse radicale aux aspirations à la liberté.

Dans le camp d’en face, à Hama, avant l’entrée des chars il y a quelques jours, une foule innombrable chantait chaque vendredi place de l’Oronte :

« L’éternité n’existe pas, la Syrie vivra, Assad tombera. »

Les manifestations pro-régime peuvent faire leur apparition dans n’importe quel lieu public, un bus, un restaurant, prenant en otage tous ceux qui s’y trouvent. La chaîne d’Etat et la chaîne Al Dounia filment les passants dans la rue pour montrer « la vie normale ».

Une jeune femme raconte ainsi qu’elle est passée sur la chaîne officielle, alors qu’elle se hâtait… sur le chemin d’une manifestation…

« La liberté commence par le respect du régime »

Sur d’énormes panneaux publicitaires s’étalent des « réponses » aux slogans de la révolution.

Toute une campagne est ainsi organisée pour enseigner au peuple comment il doit comprendre le terme « liberté ». Sur ces panneaux, on voit apparaître le mot, de loin, en immenses lettres bleues. Puis, en lettres plus petites et de couleur plus discrète, de sorte qu’on ne les voit qu’après s’être rapproché, vient la suite de la leçon.

Cela donne, par exemple, selon mon souvenir :

« LA LIBERTE ne commence pas par des slogans, mais par le respect des lois
LA LIBERTE ne commence pas par le chaos, mais par la responsabilité
LA LIBERTE ne commence pas par la destruction des biens publics, elle commence par le travail »

Cette campagne n’est pas la seule en son genre. Il suffit d’un trajet en ville pour être littéralement abruti par toute la littérature déversée par le régime sur les citoyens.

Les contre-manifs suivent les manifs

Le vendredi, pas âme qui vive dans la rue. Le silence règne jusqu’à l’appel à la prière de l’après-midi (vers 13 heures). Après quoi, suivant le lieu où l’on se trouve, on peut commencer à voir passer des ambulances et de grands bus poussiéreux, par dizaines, transportant les services de sécurité.

Quand la bataille est finie, on voit passer d’autres bus, remplis de fonctionnaires contraints par leur direction à aller faire une contre-manifestation sur le lieu même qui vient d’assister à la mort et aux arrestations.

Suivant l’endroit où l’on se trouve, on entend les balles. A partir de quinze heures, on commence à savoir ce qui s’est passé dans chaque quartier, chaque ville de Syrie. Et le soir, une grande « fête » pro-régime est organisée dans les quartiers centraux de Bab Touma et Bab Charki, souvent accompagnée d’un défilé en voiture avec klaxons et drapeaux.

Il y a environ trois semaines, à Rukn el-Dine, un quartier à majorité kurde construit sur le versant de la montagne Qassioun, les familles ont pu voir, d’un côté, la manifestation débouler des hauteurs, remplir les ruelles en pente, et de l’autre côté les forces de sécurité qui attendaient en bas sur la rue principale. Des gaz lacrymogènes ont été lâchés.

Mais la semaine suivante, personne n’est sorti sur son balcon, car c’est une pluie de balles qui s’est abattue sur le quartier. Rukn el Dine est également depuis longtemps le théâtre de nombreuses manifestations volantes, rassemblées-dispersées avant qu’on ait pu respirer.

Des manifs très fréquentes mais très rapides

Au centre-ville, on peut tomber par hasard sur un déploiement d’hommes armés dont la présence provoque l’annulation d’un rassemblement initialement prévu à cet endroit-là (comme, par exemple, le 14 juillet place Merjé, devant le ministère de l’intérieur).

Il est plus difficile de tomber par hasard sur une manifestation. Elles sont en fait très fréquentes, mais, comme on vient de le dire, d’une extrême rapidité. Manifester en centre-ville, c’est à la fois être plus protégé qu’en banlieue (on ne tire pas encore, ou peu, dans Damas) et être plus exposé, car moins nombreux.

La mosquée des Omeyyades, le souk Hammidiyé, le souk Hariqa, la place Merjé, la place Arnous, la rue Aymariyé sont autant de lieux centraux de la capitale qui voient ou ont vu au moins une fois de petits groupes de personnes (dont beaucoup d’intellectuels) tenter de briser la « normalité » du centre.

Les massives manifestations des banlieues ne parviennent pas à passer les barrages de l’armée pour atteindre la capitale et enfin s’unifier.

Les services secrets sur les bancs de la fac

La Cité universitaire a été, fin juin-début juillet, le théâtre d’événements dont on m’a fait le récit : certaines étudiantes ayant refusé d’accrocher sur leur porte des photos de Bachar al-Assad, une violente dispute a éclaté dans le bâtiment des filles, menant à l’arrestation d’une trentaine d’étudiantes. Les garçons se sont alors mobilisés pour demander leur libération.

L’un des hauts responsables de l’établissement a téléphoné à la « sécurité », et s’en est suivi un débarquement de Chebbiha. C’est l’un des nombreux appareils de répression au service du régime, le plus célèbre en ce moment pour son fanatisme, sa cruauté et l’aspect physique de ses membres, malabars au crâne rasé qui se laissent pousser la barbe.

Ils ont cassé les portes des chambres et passé à tabac toute personne leur tombant sous la main. Des balles ont été tirées depuis le toit, faisant plusieurs morts parmi les étudiants.

La Cité a été fermée, en pleine période d’examens. Le lendemain, un sit-in a été organisé à la fac de droit, mais n’a pas pu avoir lieu à cause du déploiement préventif de la Chebbiha.

Le même jour, un étudiant originaire de Deraa a été arrêté sur simple présentation de sa carte d’identité, alors qu’il venait passer un examen. Depuis plusieurs mois déjà, les étudiants partagent les bancs des amphithéâtres avec les « mukhabarats » (agents secrets), qui assistent aux cours avec eux.

« Grâce à la révolution, on fait connaissance »

A Damas, on entend beaucoup plus qu’on ne voit. C’est pourquoi beaucoup de gens font la démarche d’aller « voir de leurs yeux » ce qui se passe. Le mercredi ou le jeudi, ils vont dormir dans les quartiers soulevés, qui, le vendredi, seront entièrement bouclés.

On va dormir à Berzé, à Douma, à Qaboun, à Qadam, pour être sur place, et descendre à la manifestation. Certains se déguisent, d’autres non. Car tout le monde filme.

On a tous vu une vidéo de manifestation filmant les manifestants eux-mêmes en train de filmer. Un ami, qui filmait lui aussi, dit à un père qui portait son fils sur ses épaules :

« Ne t’inquiète pas, je ne montrerai pas vos visages. »

Sur quoi il lui répondit :

« Mais montre-les nos visages, montre-les ! Qu’est-ce que tu veux que ça nous fasse ? »

Les propos que j’ai le plus entendus en écoutant les retours d’expédition étaient :

« C’est incroyable, ils n’ont plus peur. »

Ils chantent d’ailleurs :

« Ohé gens de Damas, nous, à Berzé, le régime on l’a fait tomber ! »

On entend aussi beaucoup :

« C’est incroyable, nous les Syriens on ne se connaissait pas. Grâce à la révolution, on fait connaissance. »

Mille et une anecdotes cocasses circulent sur toutes les personnes non musulmanes, chrétiennes, druzes, alaouites etc., qui se rendent à la mosquée le vendredi pour ne pas rater le départ de la manifestation, et… ne savent pas prier.

Un blessé ne doit pas aller à l’hôpital, il risque de se faire arrêter

Le quartier de Midane, religieux et conservateur, est devenu un véritable théâtre pour ces tentatives de prise de contact entre Syriens et Syriennes de tous âges, milieux, confessions, convictions. Beaucoup de « laïcs » s’y rendent chaque vendredi pour participer aux manifestations.

Le fils d’une amie, qui s’est fait arrêter là-bas il y a environ un mois, a été mis dans le bus de la sécurité, d’où il a vu de ses yeux un agent tuer un manifestant d’un coup de revolver.

Arrivés à la « section » (équivalent du « poste », avec une connotation autrement sinistre), on les a entièrement déshabillés, battus avec des câbles, on leur a cassé des côtes, puis on leur a marché sur la nuque avec des bottes.

Le lendemain, un jeune gradé élégant et cultivé leur a fait la leçon, et leur a demandé de « considérer ce traitement comme venant d’un grand frère se souciant de leur bien ».

Puis ils ont été relâchés. Si l’on sort blessé d’une manifestation, il est très imprudent de se rendre à l’hôpital, d’où l’on peut être renvoyé en prison sur le champ. Dans les banlieues soulevées, les forces de sécurité attaquent les hôpitaux, empêchent le ravitaillement en médicaments, coupent l’électricité.

Toujours à Midane, le 13 juillet, le parvis de la mosquée Hassan a été choisi comme lieu de rassemblement pour une manifestation d’« intellectuels syriens ».

Le choix du lieu était symbolique, puisqu’il visait à briser la glace entre « laïcs » et « croyants », à adresser un message fort de solidarité à « la rue », à s’inscrire en faux contre les spectres de la « révolution islamiste » et de la « vengeance sunnite ».

Une trentaine d’artistes ont été arrêtés ce jour-là, dont une actrice très populaire, May Skaf, que cet épisode a hissée au rang de symbole de la révolution syrienne. Sa photo est brandie un peu partout dans tout le pays avec celles d’autres artistes appelés « les nobles ».

On peut mesurer le succès de leur initiative quand on sait que, lors d’un sermon du vendredi, un cheikh a salué le courage des « intellectuels » parmi lesquels cette actrice mais aussi une scénariste dont le feuilleton, au Ramadan dernier, jugé trop licencieux, avait provoqué un tollé dans les milieux religieux.

Quand les condoléances virent à la manifestation

Ceux qui veulent voir et entendre se rendent également dans les séances de condoléances, où ils écoutent les récits des familles de martyrs, les retranscrivent et les diffusent. Entre une séance de condoléances et une manifestation, il n’y a qu’un pas. Ainsi le récit d’une amie qui s’était rendue à Qaboun :

« Au début on saluait les mères de martyrs, chacune debout devant sa porte. Certaines étaient très jeunes. Il n’y avait que des femmes.

Petit à petit, on est sorties de la ruelle et on s’est retrouvées dans une rue beaucoup plus grande où il y avait des hommes, beaucoup de monde, c’était une manifestation.

A un moment on a entendu tirer, mais ils ont dit : “C’est pour nous faire peur, continuez ! Continuez” ! »

A plusieurs reprises les personnes me racontant ce type d’expérience ont insisté sur le fait qu’ils étaient merveilleusement accueillis par les gens des quartiers concernés, et, également, que leur sécurité était remarquablement prise en charge.

Deux femmes qui avaient rejoint une manifestation au sortir de la mosquée à Berzé racontent :

« On était entourées d’hommes qui veillaient sur nous. On a marché longtemps avec eux. A un moment ils se sont rapprochés de nous, et nous ont indiqué une rue en disant que maintenant il valait mieux partir, ce qu’on a fait. »

Une de ces deux femmes, ayant rendu une autre visite de condoléances, toujours à Berzé, décrivait, admirative, le cordon de sécurité organisé par de très jeunes gens autour de la tente, et se chargeant d’annoncer l’arrivée des diverses délégations venues au nom des « tansiqiyat », les organisations révolutionnaires) de tout le pays.

Elle décrivit ensuite comment le même cordon organisait leur sortie, et comment elle vit, peu après, cinq bus de Chebbiha débouler là où, quelques instants auparavant, elle se trouvait.

Photo : capture d’écran d’une vidéo prise lors d’une manifestation à Douma, banlieue de Damas, le 3 août (Reuters)

Syrie : Slogans éculés et aube nouvelle


Ramzy Baroud
Il n’y a pas moyen d’expliquer linéairement les divers événements qui ont saisi la société syrienne les derniers mois.
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Manifestation à Talbiseh, vendredi dernier. Sans leadership clair et sans l’appui de la bourgeoisie urbaine, les opposants au président Bachar al-Assad ont encore des faiblesses, mais le régime vacille malgré tout – Photo : AP

Le 23 mars, les forces syriennes de sécurité ont tué jusqu’à 20 manifestants pacifiques et en ont blessé beaucoup plus. Depuis, la violence a atteint un tel niveau de brutalité et de sauvagerie qu’elle ne peut être comparée qu’au tristement célèbre massacre commis par le régime dans la ville de Hama en 1982

A en croire la conseillère du président, Buthaina Shaaban, une des politiciennes les plus éloquentes du monde arabe, une campagne de réforme systématique est en cours d’exécution en Syrie. Elle laisse aussi entendre que si certaines exigences des manifestants sont légitimes, la crise a été en grande partie fabriquée à l’étranger et est maintenant mise en oeuvre dans le pays par des bandes armées qui veulent semer le chaos. Selon les autorités,le seul but des manifestants est de saper le leadership de la Syrie dans la région et dans l’ensemble du monde arabe.

Effectivement, la Syrie a défendu, du moins en paroles, la cause de la résistance arabe. Elle a accueilli les factions de la résistance palestinienne qui refusaient de suivre la ligne USA-Israël. Bien que ces factions n’utilisent pas Damas comme base de résistance violente contre Israël, elles y disposent d’ une plate-forme relativement libre à partir de laquelle elles peuvent communiquer leurs idées. Israël, qui cherche à détruire toutes les formes de résistance palestinienne, enrage devant cette tribune.

La Syrie a également soutenu le Hezbollah, groupe de la résistance libanaise, qui a réussi à sortir Israël du Liban en 2000 et a fait échouer les efforts israéliens visant à gagner du terrain politique et militaire au Liban en 2006. Cette narration démontre aussi comment sa logique survit à l’aide de preuves palpables des tentatives menées au grand jour ou clandestinement pour saper son leadership du front appelé réjectionniste. Ce front, qui a refusé de céder devant l’hégémonie USA-israélienne dans la région, s’est déjà considérablement rétréci après l’invasion de l’Irak, la défaite de la Libye devant les diktats occidentaux et la mise à l’écart du Soudan.

Qui plus est, le gouvernement israélien a été vraiment déçu quand les USA n’ont pas visé la Syrie pendant sa frénésie de changement de régime qui a suivi l’invasion de l’Irak en 2003. Après tout, les fidèles amis néoconservateurs d’Israël – Richard Perle, Douglas Feith et David Wurmser-avaient inclus la « prise en mains de la Syrie » comme objectif culminant dans leur document de politique de 1996.

Intitulé « Rupture nette : nouvelle stratégie pour sécuriser le Royaume », le document avait pour but d’aider Benjamin Netanyahu à se débarasser de ses ennemis régionaux. Le document disait : « Etant donné la nature du régime de Damas, il est normal et moral qu’Israël abandonne le slogan « paix globale » et agisse pour contenir la Syrie, en attirant l’attention sur son programme d’armes de destruction massive et en rejetant les négociations de « Paix contre la terre » concernant les Hauteurs du Golan. »

La Syrie est également tombée dans la ligne de mire USA-israélienne à plus d’une occasion. La frappe aérienne israélienne appelée « Opération Verger » avait reçu le feu vert des USA. Sa cible était un prétendu réacteur nucléaire dans la région de Deir ez-Zor et une attaque aérienne étasunienne contre un village syrien en octobre 2008 dans laquelle des civils syriens ont été blessés ou tués.

Bien que selon la version syrienne officielle ces événements devraient justifier à eux seuls la dure répression de l’armée contre ceux qui manifestent en faveur de la démocratie, ce raisonnement est invalidé par la longue histoire d’hypocrisie, de double langage, de brutalité et d’une volonté réelle, bien que discrète, d’accommoder les pressions et les diktats occidentaux.

L’occupation par Israël du plateau du Golan syrien en juin 1967 n’a pas simplement touché la dynamique du pouvoir régional, elle a également créé une nouvelle atmosphère politique à Damas.

Ce fut Hafez Al-Assad , père de l’actuel président Bachar, qui tira profit du changement d’atmosphère pour renverser le président Nur Al-Din Al-Atasi. La nouvelle narration a triomphé ; elle ne visait pas simplement à reprendre à Israël les territoires syriens et les autres territoires arabes occupés, mais elle faisait aussi du régime Baathiste d’al-Assad le dirigeant du nouveau front arabe. Bien que la guerre de 1973 n’ait pas réussi à libérer le Golan de ses envahisseurs, et qu’il ait abouti à un « accord de désengagement » avec Israël en mai 1974, le langage officiel est resté plus enflammé et révolutionnaire que jamais.

Bizarrement, pendant près de quatre décennies, l’implication de la Syrie dans le conflit est restée largement théorique et la résistance a été uniquement le fait de petits groupes libanais et palestiniens. Il semble que la Syrie voulait être impliquée dans la région uniquement dans la mesure où elle restait un acteur visible, mais pas au point d’être confrontée à des répercussions violentes.

Ce fut de la part de Hafez un coup de maître qu’il forgea pendant trois décennies et que Bachar a appliqué ingénieusement pendant près de 11 ans. Essentiellement toutefois, la Syrie restait asservie au contexte de la famille au pouvoir, à la règle du parti unique et au classement sectaire remontant à l’occupation coloniale française en 1922.

Il est vrai que la Syrie a été et restera une cible pour les pressions occidentales. Mais il faut se rendre compte que ces pressions sont dictées par des politiques concernant uniquement Israël et qu’elles ne se préoccupent pas d’une dictature aux mains d’une famille qui assassine ouvertement des civils innocents de sang-froid.

En fait, il y a beaucoup de similitudes dans le comportement de l’armée syrienne et de l’armée israélienne. Le nombre de victimes de la rébellion en Syrie serait de 1600 morts et de 2000 blessés (Al-Jazeera, 27 juillet) et de près de 3000 disparus (CNN, 28 juillet).

Malheureusement, cette violence n’est pas récente et on ne peut pas dire qu’elle soit due à la crainte d’une conspiration internationale visant à saper le régime du Baath. Le soulèvement de Hama 1982, dont on évalue le nombre de victimes à entre 10.000 et 40.000, a été écrasé avec autant de violence si pas davantage.

Le régime syrien confond délibérément les narrations régionales avec la narration nationale et continue à exploiter un discours vieux de plusieurs dizaines d’années pour expliquer la manière inhumaine dont il traite les Syriens. Les civils continuent à subir la colère d’une seule famille soutenue par un seul parti politique.

Mais il n’y a qu’une manière de lire l’avenir de la Syrie. Le peuple syrien mérite une aube nouvelle de liberté, d’égalité, de justice sociale à l’abri de slogans creux, d’élites égoïstes et de criminels corrompus. Le peuple syrien mérite beaucoup mieux.

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Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est un journaliste international et le directeur du site PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Mon père était un combattant de la liberté : L’histoire vraie de Gaza (Pluto Press, London), peut être acheté sur Amazon.com.

Du même auteur :

-  Les médias arabes ne peuvent pas passer sous silence ce que les Africains subissent en Libye – 29 juillet 2011
-  Comment l’Autorité de Ramallah brade l’unité palestinienne – 20 juillet 2011
-  Yémen : une mobilisation exemplaire et qui ne faiblit pas – 14 juillet 2011
-  Le succès de son économie ne suffit pas à expliquer la réussite de la Turquie – 2 juillet 2011
-  « L’ouverture » de la frontière à Gaza : juste des mots ? – 19 juin 2011
-  D’une frappe de missile à une aire de jeu : la volonté de Gaza – 11 juin 2011
-  Retour à Nuseirat – 4 juin 2011
-  Bienvenue à Gaza ! – 29 mai 2011
-  L’unité palestinienne et le nouveau Moyen-Orient – 7 mai 2011
-  La leçon d’humanité de Vittorio – 20 avril 2011
-  Guerre contre la mémoire palestinienne : Israël résout son dilemme démocratique – 12 avril 2011
-  Palestine et société civile : une force montante – 19 mars 2011
-  « Shock and Awe » pour les néocons : les Arabes se soulèvent ! – 13 mars 2011

P.S 2 août 2011 – Cet article peut être consulté ici :
http://www.ramzybaroud.net/articles…
Traduction : Anne-Marie Goossens

source : info-palesstine.net

Pour garder mémoire! 1-5


(anniebannie : les notes en bas de page doivent être atteintes manuellement)

Rudi Barnet : Ce qui suit n’est pas le texte d’un spécialiste du Proche-Orient, seulement le résultat des recherches d’un citoyen lambda qui, suite à la tuerie de Gaza de 2008/2009, a voulu « comprendre ».

Complété au fur et à mesures des informations provenant de diverses sources, ce dossier comporte sans nul doute des lacunes et des erreurs… Mais aucun des détracteurs sionistes contactés n’a pu, ou voulu, apporter de contradiction ou correction substantielle.

L’essentiel de l’objectif de ma démarche originelle étant atteint, j’ai décidé de clôturer cette enquête.

J’espère que texte pourra servir d’aide-mémoire à celles et ceux qui, comme moi, veulent vivre en citoyens conscients.

 

1

Le génocide nazi n’est pas mon affaire!

De la découverte du problème au sens des mots

 

Qui parle à qui?

 

Enfant, les témoignages et les images sur la “solution finale“ m’épouvantaient.

Cette horreur, erronément connue sous le terme hébreu de « Shoah » – ce terme ne concerne que le génocide de la communauté juive, excluant celui des Roms, homosexuels ou résistants – cette volonté d’exterminer ceux qui sont différents, ont une autre religion ou une autre culture, m’a marqué pour la vie. Les images de « Nuit et Brouillard » de Resnais et le visage d’Irena Sendlerowa, la résistante polonaise qui sauva plus de 2500 enfants du ghetto de Varsovie, restent gravés en moi.

Il n’y aura jamais assez de publications, de films ou manifestations pour dénoncer et informer sur ces déshonneurs de l’humanité.

Ma révolte contre l’injustice ne date donc pas d’hier et n’a jamais tenu compte des ethnies, races, croyances ou cultures. Je n’ai simplement jamais accepté d’être du côté des oppresseurs ou des bourreaux, quels qu’ils soient.

Belge ou Israélien?

La relation “militante“ de certains concitoyens, qu’ils soient de culture juive ou pas, à l’Etat d’Israël et leur solidarité apparemment indéfectible avec ce régime – Nous et notre pays Israël, sommes attaqués par le monde entier… Notre ambassadrice… Notre hymne national “Hativah“! … comme on peut l’entendre sur “Radio Judaica“ – m’a toujours intrigué.

J’ai cherché à comprendre cette attitude qui me paraît tenir de l’autisme, n’être possible qu’en occultant l’Histoire, en niant les faits et en méprisant “l’autre“.

Cet appui aveugle à l’Etat d’Israël ne peut que conduire à la confusion entre judaïsme et politique israélienne.

 

Un conte pour enfants

A l’école de mon village, notre instituteur nous vantait les mérites de “ces courageux colons qui allaient faire fleurir un désert“ et parlait avec enthousiasme de l’implantation d’un “peuple sans terre dans une terre sans peuple“.

Le monde sortait alors d’une guerre terrible, la communauté juive avait connu une tragédie effrayante et le petit écolier que j’étais se réjouissait de cet exode vers un avenir prometteur.

Longtemps, j’ai cru à cette fable, tout comme sans doute les jeunes Juifs socialistes, idéalistes qui, de bonne foi, sont venus d’Europe pour créer les premiers kibboutzim.

On sait maintenant que c’était un mensonge éhonté propagé par l’appareil sioniste et que la création d’Israël a été une entreprise colonialiste… Et l’est toujours.

Loin d’être un désert, il y avait là-bas des centaines de villes et villages, des cultures prospères, des jardins, des êtres humains de religions diverses… Un peuple vivait sur cette terre!

Nous ignorions alors cette imposture et ne savions pas, non plus, que cette colonisation violente avait débuté bien avant la guerre de 1940/45… Bien avant la sinistre « solution finale ».

Nous ne savions pas que « la conscience de l’holocauste était en réalité un instrument d’endoctrinement de la propagande officielle, un ramassis de slogans, une vision du monde faussée dont le vrai but n’était nullement la compréhension du passé, mais bien la manipulation du présent« [1]

 

Le génocide nazi n’est pas mon affaire!

 

Les premiers colons sionistes des années 30, qualifiés de terroristes par l’occupant anglais, ne se préoccupaient guère de ce qui se passait en Europe!

En décembre 1942, David Ben Gourion – futur fondateur de l’Etat d’Israël qui vivait alors depuis près de 40 ans en Palestine – ayant été informé de la mise en œuvre de la “solution finale“, affirmait que le désastre qu’affronte le Judaïsme européen n’est pas mon affaire.

Ce mépris pour les martyrs de l’Holocauste a d’ailleurs été violemment stigmatisé par Simon Wiesenthal, le célèbre chasseur de criminels nazis, au Congrès sioniste de 1946 : Cela ne nous aurait pas fait de mal d’organiser notre propre procès de Nuremberg contre tous ceux (les dirigeants sionistes) qui n’avaient pas accompli leur devoir envers nous, nos familles et le peuple juif.[2]

Ce procès aurait notamment permis de mettre en évidence une face occultée du mouvement sioniste… La collaboration avec le régime hitlérien.

Elle débuta dès l’avènement du “führer“ avec le “Haavara Agreement“ pour l’exportation de capitaux, de produits manufacturés – cela permettait à l’Allemagne de contourner l’embargo britannique – et le transfert d’émigrants.

Cet accord perdura jusqu’en 1942! [3]

Ce procès aurait aussi permis d’en apprendre plus sur la proposition d’alliance militaire du « Groupe Stern » d’Itzak Shamir (futur premier ministre) avec le régime nazi.

Cette proposition de 1941 (Pour mémoire : Dachau, le premier camp de concentration était ouvert depuis huit ans!) valu notamment à Shamir d’être arrêté par les anglais pour « terrorisme et collaboration avec l’ennemi nazi ». [4]

Ce que me racontait mon instituteur était donc “bidon“ et cette instrumentalisation des monstruosités nazies est d’autant plus ignoble que ce n’est pas au peuple qui vit en Palestine à payer le prix des crimes de l’Allemagne… ni les nôtres!

Il est d’ailleurs assez paradoxal, choquant même, de voir que des rescapés de l’horreur nazie ou leurs descendants, ne soutiennent pas aujourd’hui des êtres humains qui, à leur tour, subissent l’oppression.

Par quelle aberration en arrivent-ils à cet aveuglement, à cette indifférence au malheur d’innocents?

 

Un mufti bien utile

A l’école du village, on nous racontait aussi que « les quelques Arabes qui vivent en Israël s’étaient alliés aux nazis et qu’il fallait les écraser ». Que Al-Husseini, leur mufti (mollah) de Jérusalem, avait collaboré avec Hitler et appelé les Palestiniens à se joindre aux forces de l’Axe.

Nous ignorions alors – certains l’ignorent d’ailleurs toujours… ou feignent de l’ignorer – que cet Amin Al-Husseini vivait à l’étranger depuis 1937 (Liban, Irak… et Allemagne depuis 1941), qu’il était largement discrédité dans le monde arabe et que son influence sur la population de son pays était plus que limitée.

Preuve en est le très maigre résultat de ses exhortations auprès de ses compatriotes.[5]

Que cet Al-Husseini ait été un personnage exécrable est incontestable – ce n’était pourtant visiblement pas l’avis du gouvernement français qui l’hébergea et le protégea en 1945 – mais de là à en faire le “chef“ des Palestiniens…

… Et lui consacrer plus de place au mémorial de Yad Vashem qu’à des Himmler ou Goebbels – dans “Encyclopedia of the Holocaust“, l’espace qui lui est consacré est seulement dépassé par celui concernant Hitler lui-même – serait risible si ce n’était clairement une manipulation tendant à présenter les Palestiniens comme coresponsables du génocide hitlérien.[6]

L’ironie morbide de l’Histoire veut que ce mémorial Yad Vashem ait été construit sur les terres et les ruines des villages de Ein Kerem et, surtout, de Deir Yassin,

Deir Yassin, sorte d’Oradour palestinien, qui vit un des pires massacres de civils perpétrés en 1948 par les milices sionistes (plus de 200 paysans assassinés)… Mais il est assez probable que les guides du mémorial font silence sur cette information.[7]

Des nazis bien tranquilles

 

Il est troublant de constater qu’aucun “Tribunal de Nuremberg ou de La Haye“ n’a jugé certains complices objectifs de l’Holocauste… notamment les gouvernements anglais, étatsunien et canadien qui “savaient“ dès 1942, qui connaissaient la mise en œuvre de la “solution finale“ et qui ont cyniquement laissé faire.

Après 1945, ces “Alliés“ ont aussi été plus que laxistes avec les criminels de guerre, notamment les USA – mais la politique de l’URSS était similaire – qui ont accueilli et protégé nombre de nazis, dont  quatre à cinq mille membres du réseau du général hitlérien Reinhard Gehlen… Devenus de bons citoyens américains et “recyclés“ dans la CIA! [8]

Au même moment les USA fermaient leur frontière aux juifs qui fuyaient l’horreur!

Pourquoi ces crimes et complicités n’ont-ils toujours pas été dénoncés et jugés?

 

… et témoignage personnel

 

C’est avec stupeur et colère que j’ai appris de la bouche même d’un ex beau-frère qu’il coulait des jours tranquilles à Tel-Aviv (il y est mort depuis) avec sa fille et ses petits-enfants.

Cet homme était un SS belge de la “Légion Wallonie“.

Il avait combattu sur le front de l’Est et se vantait d’avoir participé à la bataille de Stalingrad. [9]

Après la guerre, il avait été emprisonné et déchu de ses droits civils.

La dernière fois que je l’ai rencontré, j’ai pu vérifier que son idéologie n’avait pas changé, son antisémitisme s’était simplement mué en haine des « arabes ».

Cette révélation (preuves à disposition), est pour le moins inquiétante, non?

Que peut répondre cet Etat au fait d’avoir accueilli cet homme – et si j’en crois ses dires, d’autres de ses “camarades“ – comme citoyen israélien?

Comment peut-il justifier cela?

 

Bref état des lieux

Avec la myriade de villages militairement isolés les uns des autres, la Cisjordanie, où vit la majorité du peuple palestinien, ressemble indéniablement aux “réserves indiennes“ des Etats-Unis et Gaza est devenu le “plus grand camp de concentration à ciel ouvert du monde“ (1,5 million de personnes enfermées dans un espace de 360 km2… 7 fois moins que le Luxembourg!)

Chaque jour, Israël continue le vol des terres et les destructions de maisons pour  l’installation de colonies – annexant ainsi « de facto » plus de 54% du territoire cisjordanien – et développe la judaïsation de Jérusalem sous l’œil complice des Etats-Unis et de l’Union européenne.

Il faut y ajouter ce honteux mur (près de 700 km) qui empiète sur les terres palestiniennes et prive les habitants de leurs récoltes, d’accès à leurs puits, à leur famille.

Ce mur fut condamné en 2004 par la Cour de Justice Internationale qui a exigé sa destruction ainsi que le démantèlement des colonies installées au delà de la Ligne Verte de 1967… Sans résultat.

Qui peut d’ailleurs encore croire que ce mur a comme objectif d’empêcher l’intrusion de terroristes quand on sait que, chaque jour, plusieurs milliers d’ouvriers palestiniens le franchissent clandestinement pour se faire exploiter comme travailleurs « illégaux“… et sous-payés, évidemment.

Premières questions

Quand l’armée d’Israël a fait pleuvoir la mort sur Gaza, faisant 1400 victimes dont près de 400 enfants, les discussions n’ont pas manqué avec des amis qui qualifiaient d’autodéfense ce qui m’apparaissait comme un crime.

Les interrogations étaient multiples.

Comment la population israélienne est-elle devenue, objectivement, la complice d’un régime qui traite le peuple palestinien comme de nouveaux “unter-menschen“?

Pourquoi, par quel mécanisme mental une grande partie des juifs peuvent-ils s’identifier à cet Etat?

Comment en était-on arrivé à un tel égarement des valeurs humaines ?

Quelle logique aberrante amène des conquérants brutaux à se prétendre les défenseurs de la démocratie?

… Et comment font certains de mes compatriotes pour se calfeutrer dans l’indifférence devant les actes d’un régime qui a toutes les caractéristiques d’un Etat voyou?

Car c’est bien à une sinistre besogne que nous assistons depuis près de quatre-vingt ans, à des agissement qui sont universellement qualifiés de crimes contre l’humanité… Sauf là-bas.

Comme l’écrit la philosophe Aline de Diéguez : L’installation des colons originaires d’Europe et notamment d’Angleterre sur les terres du Nouveau Monde et celle des colons juifs en Palestine présentent donc un parallélisme saisissant. Elle explique l’alliance psychologique étroite et profonde entre une Amérique baignant dans une religiosité vétéro-testamentaire – qu’elle soit dirigée par un Clinton, un Bush ou un Obama – et l’Etat sioniste actuel. Elle ne peut donc se réduire à la seule influence, certes très importante, des généreuses contributions financières destinées à influencer ou à corrompre les décideurs politiques ou économiques et offertes par les groupes de pression de l’AIPAC ou de la loge maçonnique B’nai Brith réservée aux membres qui peuvent attester de leur appartenance au judaïsme.«  [10]

Gloire à Ben Gourion!

L’affirmation cette situation de guerre est le résultat des perpétuelles attaques palestiniennes contre un peuple pacifique et son obstination à refuser le partage décidé par l’ONU en 1947 continue à être propagée et admise par de nombreux concitoyens.

C’est pourtant un mensonge éhonté.

En effet, dès 1942, le programme dit “de Biltmore“, adopté par la direction sioniste sous l’égide de Ben Gourion, envisageait un État essentiellement juif sur l’ensemble de la terre palestinienne.

Ce même Ben Gourion projetait aussi l’expulsion des “indigènes“, comme en témoigne l’accord qu’il avait conclu avec le roi Abdallah de Jordanie qui prévoyait, dès la création de l’Etat d’Israël, l’annexion par ce pays d’une partie des territoires concédés par l’ONU à l’État arabe de Palestine… La plus grande partie (55%) étant attribuée au régime sioniste.

Il faut donc bien constater que si, officiellement, Ben Gourion acceptait le plan de partage de l’ONU, il était en réalité bien déterminé, comme il le déclarait « en privé », à étendre à tout prix l’État attribué aux Juifs et, pour ce faire, à porter la guerre à l’intérieur des territoires attribués par l’ONU aux Arabes(…)“Après la formation d’une grande armée à la suite de la création de l’Etat, nous abolirons la partition et nous nous étendrons sur l’ensemble de la Palestine! » [11]

Autre déclaration édifiante de ce même Ben Gourion à qui le maire actuel de Paris (Pierre Delanoë, un Pierre Laval d’aujourd’hui?) à dédié une esplanade sur les quais de la Seine : « Ne nous cachons pas la vérité…. Politiquement nous sommes les agresseurs et ils se défendent. Ce pays est le leur, parce qu’ils y habitent, alors que nous venons nous y installer et de leur point de vue nous voulons les chasser de leur propre pays ».[12]

C’est Golda Meir, Premier Ministre israélien, qui a sans doute le plus clairement exprimé (15 juin 1969) le déni d’existence du peuple palestinien : « Comment pourrions-nous rendre les territoires occupés ? Il n’y a personne à qui les rendre puisque les Palestiniens n’ont jamais existé« .

En outre, un rapport du ministère des Affaires étrangères israélien prédisait, en 1949 : La sélection naturelle fera le tri entre les réfugiés les plus adaptables et les plus combatifs et les autres, qui dépériront. Certains mourront, mais la plupart, changés en épaves et en parias, iront grossir les classes défavorisées dans les pays arabes .

Les objectifs impérialistes étaient clairs dès l’origine, non?

Les successeurs maintiendront le cap!

 

C’est la terre de nos ancêtres!

… Ou comment imposer une Histoire inventée

 

Pour justifier la solidarité entre les juifs de mon pays et ceux d’Israël, certains évoquent une origine historique commune : Nous juifs sommes originaires d’une même contrée. La diaspora nous a dispersés et nous retournons au pays après 2.000 ans d’exil.

Ce dogme, on le sait aujourd’hui, est contredit par l’Histoire… et par conséquent, la revendication territoriale qui en découle est une aberration.

En effet, les dernières recherches sur les origines juives, notamment celles de Shlomo Sand, professeur à l’université de Tel-Aviv, ont révélé que cette “reconquête“ est fondée sur une Histoire totalement inventée et que les juifs contemporains sont presqu’exclusivement les descendants des divers peuples convertis à la religion hébraïque.[13]

De doctes intellectuels sionistes connaissaient d’ailleurs ces faits depuis longtemps, tel, Israël Bartal (Doyen de la Faculté de Lettres de l’Université Hébraïque de Jérusalem) qui affirme aujourd’hui que ce qu’a révélé Shlomo Sand était déjà bien connu des historiens spécialisés en histoire juive.

Il indique que aucun historien du mouvement national juif n’a jamais réellement cru que les origines des Juifs étaient ethniquement et biologiquement “pures“. [14]

C’est essentiellement le prosélytisme des missionnaires, extrêmement important dans tous les pays du pourtour méditerranéen jusqu’aux premiers siècles de l’ère chrétienne – de la Turquie à l’Espagne, en passant par les Balkans et Rome, et dans plusieurs pays africains (jusqu’en Ethiopie) – qui est la cause essentielle de l’expansion de cette religion.

Au quatrième siècle, avec la prise de pouvoir du christianisme dans l’Empire Romain et la répression qui s’en suivit, cette expansion cessa.

C’est d’ailleurs en grande partie cette répression par les chrétiens qui a causé le “repli sur soi“ de la religion juive.

Les “nouveaux historiens » israéliens ont mis en évidence que la “diaspora“ est une légende chrétienne du 13ème siècle et démontré qu’il n’y a pas le moindre lien d’hérédité entre les habitants qui vivaient sur cette terre il y a deux mille ans et la quasi totalité de ceux qui y ont débarqué sous l’impulsion du mouvement sioniste.

… Les premiers arrivants sionistes du début du 20ème siècle ont d’ailleurs été bien mal “acceptés“ par les quelques milliers d’habitants de religion hébraïque qui vivaient là depuis les temps ancestraux.

N’est-il pas aberrant que tant de juifs proclament leur appartenance à un « peuple élu retournant dans la terre de ses ancêtres », alors qu’ils n’ont pas la moindre origine ethnique commune, aucun lien, autre que religieux et culturel?

Cette absence de filiation disqualifie donc à jamais cet argument mensonger… Et amène à ce constat paradoxal que les seuls humains de la région qui peuvent véritablement se proclamer « indigènes », sont les juifs dont les ancêtres y résidaient… Et les Palestiniens, convertis à la religion musulmane, chrétienne, ou laïcs.

Pour toute réponse à ces révélations sur l’origine du « peuple juif », leurs auteurs n’ont recueilli que des attaques personnelles, injures (traître à son pays, négationniste, juif ayant la haine de soi… et j’en passe), jusqu’à des menaces de mort de la part de ceux que leurs découvertes gênaient.

Mahmoud Abbas, non plus, ne semble pas au courant de sa propre Histoire!

 

Seules la nullité politique et la pauvreté culturelle de l’indéboulonnable homme à la petite moustache grise qui “préside“ aux destinées de la Cisjordanie, son ignorance de l’Histoire des peuples, des religions et des mentalités théologiques, ainsi que sa reptation obséquieuse devant Israël, les USA et les Européens qui le maintiennent au pouvoir à bout de bras et à coup de millions de dollars, bien que son mandat soit expiré depuis longtemps, lui ont fait reconnaître humblement “le droit du peuple juif sur la terre d’Israël » (Discours à l’AIPAC le 10/6/2010). [15]

Une diaspora mythique… d’un peuple imaginaire

S’il n’existe pas de “race juive” au sens ethnique, l’existence d’une communauté juive – “peuple juif“ me semble inadéquat : pas plus de “peuple juif“ que de “peuple chrétien“ ou “peuple bouddhiste“ –  liée par une religion et un patrimoine culturel communs est indéniable.

Mais proclamer Nous étions là il y a 3.000 ans! » comme le fait Netanyahu, n’est qu’une stupidité d’intégriste fanatique.[16]

Il est grand temps d’informer sur d’autres mythes révélés par les historiens contemporains, tels :

–       Il n’y a jamais eu de « Sortie d’Egypte » vers Canaan comme le raconte la Bible… cette région faisant partie du royaume des Pharaons.

–       Les Romains n’ont jamais chassé les juifs de Palestine et la fameuse « diaspora » du 1er siècle est une faribole.

… Etc

On pourrait en profiter pour tordre le cou à bien d’autres légendes bibliques inculquées comme “vérités“ aux enfants, comme celle de Massada qui, plutôt qu’un fief de résistants, était celui d’une secte de fanatiques et d’assassins. [17]

Ironie de l’Histoire, le commando israélien qui perpétra les exactions dans la prison de Ketziot en octobre 2007 portait le nom de ces tueurs… Et s’est montré dignes d’eux.

Le silence sur ces découvertes et la propagation de cette Histoire inventée ne sont-ils pas une insulte à l’intelligence des citoyens, Juifs ou non?

La prétention territoriale qui découle de ce mythe est d’autant plus absurde qu’elle impliquerait – la justice étant égale pour tous les peuples – la restitution de  l’Oklahoma au peuple Séminole, chassé de son territoire il y a seulement 200 ans, du Québec aux Iroquois, du Pérou aux descendants des Incas, de leurs terres à la nation Mapuche, de l’Australie aux Aborigènes… etc.

Une religion bien utile… pour des athées

Certains affirment que cette solidarité des citoyens juifs repose sur une culture et une religion communes.

Pour ce qui est de la culture, on admettra sans peine qu’il y a plus que de légères différences entre celle des séfarades et celle des ashkénazes… ou des falashas.

Quant à la religion, cet argument laisse pantois!

Imagine-t-on que les catholiques européens se soient mobilisés pour défendre Franco sous prétexte qu’il brandissait le catholicisme comme fondement de sa dictature? Imagine-t-on les musulmans se dresser pour soutenir Kadhafi, sous prétexte qu’il respecte le Coran?

Les plus hautes autorités religieuses juives se sont d’ailleurs élevées, dès les années 20, contre cette manipulation de la religion par les leaders sionistes (qui étaient athées!), pour justifier la colonisation et la création d’un Etat.

De leur côté des figures comme Albert Einstein, Hanna Arendt et bien d’autres intellectuels et artistes juifs ont qualifié le sionisme de mouvement fasciste. [18]

Aujourd’hui encore, comme on pourra le lire plus loin, les juifs ultra-orthodoxes (près d’un million d’adeptes en Israël!) rejettent  l’Etat sioniste.

 

Des ambiguïtés bien utiles… ou le sens des mots

Israélien, Hébreu, Juif, Israélite, Sioniste, Sémite… nombreux sont les termes utilisés pour glorifier ou stigmatiser les promoteurs ou opposants à ce régime ou à cette religion.

Les significations du mot “peuple“ sont également multiples, vagues ou divergentes : habitants d’un pays ou d’une ville, peuplade, communauté sociale ou culturelle… etc.

Il n’en reste pas moins que, malgré le fait qu’au sens racial ou ethnique il n’y ait pas de “peuple Juif“, tout Ukrainien, Italien, Belge ou Ethiopien, habitant Israël (adepte du judaïsme ou non) peut revendiquer son appartenance au peuple Juif… dans le sens d’une communauté sociale et culturelle.

Parallèlement, les citoyens de religion ou de culture judaïque d’autres pays peuvent aussi se déterminer comme “peuple Juif“, également en tant que communauté culturelle et/ou religieuse.

Vaste melting pot!

Mais foin du sens des mots!

La dialectique sioniste est à géométrie variable : le même mot peut être glorification ou anathème suivant le locuteur.

Ainsi le mot “lobby“ a un sens positif quand il est utilisé pour glorifier les groupes juifs de nationalité étatsunienne, tel l’AIPAC (“heureusement que le lobby de la communauté juive américaine est là pour nous protéger! » (Radio Judaica) mais ce mot se mue en anathème dès que quiconque l’utilise pour dénoncer les manœuvres de ces mêmes groupes de pression.

Etrange sémantique!

Autre étrangeté : le sens du mot “Sémite“.

Il désigne, en résumé, une personne originaire d’Asie occidentale et qui parle une langue apparentée… telle l’arabe, l’araméen ou l’hébreu.

Concernant la Palestine, est donc Sémite celui ou celle qui est originaire de cette région et parle une langue sémitique.

Il en découle que, mis à part une infime minorité d’Israéliens, seuls les Palestiniens ont ces particularités.

Traiter d’antisémites les défenseurs des Palestiniens est donc incohérent et absurde!

On peut d’ailleurs se demander comment, depuis l’aube du 20ème siècle – « antisémite » est un mot créé en 1879 par un journaliste allemand – ce dévoiement de sens du terme “Sémite“ s’est développé pour désigner une communauté humaine qui est étrangère à cette caractéristique?

Et puis, jamais personne n’a pris sa religion pour une nationalité, non?

En résumé, il n’y a ni race juive, ni pays juif… seulement des personnes de confession et de culture juives dont certaines arborent cette appartenance comme identité nationale!

… A Suivre


[1] « Holocaust : The uses of Disaster » de Boas Evron (Radical América 1983)

[2] “Simon Wiesenthal, l’homme qui refusait d’oublier“ de Tom Segev (Liana Levi)

[3] Encyclopeadia Judaica 2008

[4] Nathan Yalin Mor, “Histoire du Groupe Stern“ et Charles Enderlin, “Shamir“

[5] “Les Arabes et la Shoah“ de Gilbert Achcar, professeur à l’Université de Londres

[6]  Le grand Mufti, les Palestiniens et les nazis (Dominique Vidal, Monde Diplomatique de Décembre 2009)

[7] Ziyad Clot “Il n’y aura pas d’Etat palestinien“ (Max Milo Editions)

[8] Frank Garbely et Jean-Michel Meurice « Le système Octogon »

[9] J’ai appris depuis que cette « Légion Wallonie » n’a jamais été à Stalingrad

[10] “Aux Sources du Chaos Mondial“ (http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr)

[11] « La Naissance d’Israel “, Simha Flapan.

[12] Discours de 1938

[13] “Comment fut inventé le peuple juif“ de Shlomo Sand, Fayard Poche

[14] “Haaretz“ du 6/7/2008

[15] Aline de Dieguez “Aux Sources du Chaos Mondial“

[16] Lire « La Bible dévoilée, Les nouvelles révélations de l’archéologie » des archéologues Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, Editions Gallimard (Folio Histoire)

[17] “La Guerre des Juifs“ (Flavius Josèphe, historien romain di 1er siècle)

[18] “New York Times“ du 2/12/1948

Syrie : Le monde se contente de « condamner » la répression


Les raisons de la passivité

LOOS,BAUDOUIN

LeSoir Page 9

Vendredi 5 août 2011

ANALYSE

Deux poids deux mesures. D’un côté une intervention militaire internationale déterminée en Libye contre le régime qui réprime ; de l’autre, un attentisme international choquant en Syrie, où le régime réprime plus encore. A New York, même constat. Alors que le Conseil de sécurité des Nations unies avait adopté en mars avec une célérité sans précédent une résolution autorisant le recours à la force en Libye, le même organe n’a accouché ce 3 août que d’une déclaration, non contraignante, qui « condamne les violations généralisées des droits de l’homme et l’usage de la force contre les civils par les autorités syriennes ».

Il existe une série de raisons qui se liguent pour expliquer la passivité de la communauté internationale en Syrie.

Pourquoi risquer la chute du régime ?

Quelle chancellerie prendrait la responsabilité de miser sur un changement de régime dans les circonstances actuelles en Syrie ? La crainte d’une prise de contrôle par les islamistes radicaux locaux, naguère assez puissants que pour menacer le régime à la fin des années 70, suffit déjà à calmer toute ardeur belliciste aux Etats-Unis, en Europe et même en Israël. Mine de rien, ce dernier pays craint comme la peste la chute d’un dictateur qui lui est pourtant très hostile.

Le paradoxe n’est qu’apparent : Bachar el-Assad partage la grande prudence de feu son père : s’il pactise en effet avec les pires ennemis d’Israël (le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien et la république islamique d’Iran), il n’en a pas moins toujours garanti le calme et la stabilité sur les hauteurs du Golan, où Israël occupe des terres syriennes depuis 1967.

Une grosse différence avec la Libye : les très nationalistes Syriens de tous bords qui composent l’opposition n’ont jusqu’ici pas voulu appeler à l’aide militaire étrangère.

Pas d’appel de l’opposition

Il est vrai que l’opposition syrienne n’a pas de colonne vertébrale, contrairement au paradigme libyen où le Conseil national de transition (CNT) s’est rapidement imposé, au moins à Benghazi (même si le récent assassinat du chef militaire rebelle à Benghazi l’a affaibli).

Mais aucun notable de l’opposition syrienne, aucune coordination locale de résistance n’a appelé à l’intervention militaire étrangère.

Et, si c’était le cas, qui éprouverait l’envie de se mêler sur le terrain d’un conflit qui risque, à l’image des développements libyens, de sombrer dans la guerre civile tant il est vrai que le régime en place à Damas dispose du soutien de certaines couches de la population ?

Pas de mandat de l’ONU

Quand bien même une partie de la communauté internationale souhaiterait intervenir en Syrie (ce qui n’est donc pour le moment même pas le cas), il n’y a aucune chance que le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution en ce sens.

Moscou et Pékin s’étaient retenus de mettre leur veto dans le cas libyen de crainte d’être accusés d’avoir laissé faire, par ce geste, un massacre du côté de Benghazi par la soldatesque kadhafiste.

Mais ils sont très échaudés, surtout les Russes, d’avoir vu le mandat de l’ONU en Libye (protection de la population civile) être exploité par la coalition pour tenter d’abattre le régime du colonel Kadhafi. A Moscou et à Pékin, qui n’hésitent guère à réprimer dans le sang les séditions internes (Tchétchénie ou Tibet, par exemple), on ne plaisante pas avec la notion de non-ingérence.

Contexte régional

Certes, dans le cas des guerres menées par l’Otan contre la Serbie en 1999 puis par la coalition conduite par les Etats-Unis en Irak en 2003, aucune résolution de l’ONU n’est venue appuyer ces assauts, contestables au regard du droit international. Mais, encore une fois, qui souhaiterait se lancer, la fleur au fusil, en Syrie ? Le contexte régional suffirait à décourager les plus zélés. Les capacités de nuire du régime restent d’ailleurs sans doute importantes, au Liban (donc en Israël) grâce au puissant Hezbollah, et en Irak, qui tarde à trouver une réelle stabilité. Pour ne rien dire de la question kurde (Turquie).

Qui plus est, des pays arabes influents par leurs ressources naturelles et la fortune qui en découle se montrent hostiles à une intervention en Syrie. L’Arabie saoudite, surtout, bien qu’ayant peu de sympathie pour un régime qui s’acoquine depuis des décennies avec le « diable » chiite iranien, ne peut se résoudre à prôner l’ingérence : on ne sait jamais ce qui peut se passer au sein du royaume à l’avenir…

Commémoration des tués en Syrie en l’Eglise du Béguinage


Dimanche 7 août à 15h.,
commémoration en l’Eglise du Béguinage à Bruxelles
pour tous les tués en Syrie depuis le 15 mars dernier.
Cérémonie avec le curé de l’église du Béguinage, Daniel Alliet
et avec un cheikh musulman
en français, néerlandais et arabe.

 Près de 2.000 personnes ont été tuées depuis le début du mouvement de contestation contre le régime du président Bachar al Assad, le 15 mars dernier, près de 3.000 personnes sont portées disparues (selon l’ONG Avaaz), 26.000 ont été arrêtées à un moment ou à un autre, 12.617 sont toujours en détention et 18.000 ont fui vers la Turquie, selon les dernières estimations.

« Le régime a intensifié ses efforts pour réprimer la contestation avant le début du ramadan » qui a commencé le 1er août.

Les prisons débordent, des écoles et des stades de sport sont réquisitionnés pour y entasser les milliers de manifestants arrêtés. Beaucoup de familles n’osent plus dormir chez elle, de peur des arrestations nocturnes.

Les tirs contre les manifestants continuent, les bombardements aussi.

Faudra-t-il que toute la population soit exsangue avant que la communauté internationale ne réagisse ? Ou laisserons-nous un régime sans scrupule assassiner toute sa population sans réagir, sinon par des condamnations verbales ?

Les forces de sécurité et l’armée continuent de tuer, bombarder, encercler les villes, et le monde reste silencieux.

Quels sont les risques d’une telle situation ?

La population est lasse de laisser tuer pacifiquement ses fils et filles, frères et soeurs, pères et mères sans réagir. Le manque de réaction du monde et des instances internationales pousse la population à s’armer. La Syrie glisse lentement vers une guerre civile qui sera sanglante, tribale et religieuse, alors que l’opposition a réussi jusqu’ici à éviter toutes ces dérives.

La Syrie a été un modèle de tolérance pour toutes ses composantes, mais aujourd’hui le régime joue des différences et des peurs pour les minorités alaouites, assyriennes, druzes et autres d’une domination arabe sunnite, et même islamiste, radicale ou terroriste.

Le Comité Syrien en Belgique pour soutenir la révolution syrienne demande que la Communauté internationale prenne ses responsabilités morales, en actes et non seulement en paroles :

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