INTERVIEW – Opposant syrien historique, Michel Kilo, appelle les «comités de base» à prendre le pouvoir et se méfie des soldats déserteurs.


anniebannie : d’accord pour la société civile, mais celle-ci a besoin de l’armée libre pour la défendre devant des brutes sans pitié

Kilo: «C’est à la société civile de renverser Assad»

Par Pierre Prier Mis à jour le 17/01/2012 à 22:43 | publié le 17/01/2012 à 19:27 Réactions (58)

L'opposant Michel Kilo, mardi, à son domicile parisien.
L’opposant Michel Kilo, mardi, à son domicile parisien. Crédits photo : Lucien Lung/Lucien Lung

LE FIGARO – L’opposition syrienne paraît divisée. Comment y remédier?

MICHEL KILO  – Il y a le mouvement populaire, qui est proche des intellectuels, et l’opposition des partis organisés, comme le Conseil national syrien à l’extérieur ou le Comité national de coordination (CNC) à l’intérieur. Mais ces formations ont toujours été en retard sur le mouvement historique du peuple.

Que pensez-vous de l’annonce de la création d’un Conseil militaire, dirigé par le général déserteur Moustapha al-Cheikh?

Avec quelques milliers de soldats, qui ne constituent pas une armée, il veut s’attaquer à une armée de 400.000 soldats! Il va plonger le pays dans un chaos sans fin. C’est de la folie. Protéger les civils, d’accord. Mais on ne peut pas créer l’illusion d’une guerre contre le régime. Et puis nous ne voulons pas, après la victoire, être à nouveau gouvernés par des militaires. Les militaires doivent obéir aux politiques.

Alors, quelle est la solution?

On ne peut pas se contenter de dire qu’on veut faire tomber le régime. Il faut dire comment. Au début, nous, les intellectuels, nous avons proposé le dialogue national.

Le dialogue avec qui?

Avec tout le monde, même avec le régime. Le but était de gagner à notre cause de nouvelles couches de la population. Bien sûr, le régime aurait refusé de céder. Mais c’était justement le but: montrer aux indécis qu’il y avait une solution politique et que le régime la refusait. À ce moment-là, descendre dans la rue était légitime.

Est-on maintenant dans une impasse?

Oui. Le régime ne peut pas obliger les manifestants à quitter la rue, et les manifestants ne peuvent pas faire tomber le régime. Ses récents discours montrent que Bachar el-Assad est un homme désespéré. Tout ce qu’il promet, c’est une «guerre contre le terrorisme» avec laquelle il croit obtenir le soutien de l’Occident, ou lui faire peur. Mais c’est une idée fausse. À Homs, le cœur de la rébellion, il n’y a aucun islamiste dans le comité qui dirige la révolution. Maintenant, je crois que Bachar el-Assad veut régionaliser le conflit: faire appel à l’Iran et au Hezbollah, des Irakiens, et menacer les pays du Golfe d’une guerre longue.

Que proposez-vous?

Les révolutionnaires sont en train de mieux organiser les forces populaires, de convaincre les couches neutres de participer au mouvement. Ils poussent maintenant à la formation de comités de base partout dans le pays. Ce sont eux qui formeront le futur gouvernement de la Syrie, avec le CNS ou les partis de l’intérieur. En Europe, dans les pays de l’Est, ce sont les intellectuels, la société civile qui ont renversé les dictatures. Nous avons lutté pendant 50 ans contre le régime. La plupart des gens du CNS vivent à l’extérieur depuis longtemps, ils étaient presque inconnus du peuple.

Le peuple syrien peut-il tenir encore longtemps?

Jusqu’à la fin de l’histoire. J’ai posé la question à des personnes à Deraa. Elles m’ont répondu: «Nous n’avons pas le courage d’arrêter.» S’ils arrêtent, la répression sera comparable à celle qui s’est abattue sur Hama en 1982, où il y a eu 46.000 morts.

Le départ de Bachar el-Assad est-il inévitable?

Il est nécessaire pour trouver une solution.

Vous allez renter en Syrie. N’est-ce pas dangereux?

En Syrie, des gens meurent tous les jours pour la liberté. Il est honteux d’avoir peur.

Immolations au Maroc : Ce que les autorités redoutaient est arrivé


Trois personnes ont tenté de s’immoler cette semaine au Maroc. La dramatique série des immolations en Afrique du Nord, initiée le 17 décembre 2010 par un jeune tunisien, ne semble plus épargner le Maroc.

Trois tentatives d’immolations par le feu au Maroc

Selon le quotidien Assabah daté d’aujourd’hui, samedi 22 janvier, deux hommes ont tenté de s’immoler par le feu hier vendredi, portant ainsi à trois le total de tentatives.

La MAP informait déjà hier du cas d’un homme, ancien salarié d’une compagnie d’assurance, qui avait un problème d’héritage. La tentative de suicide par le feu dans le quartier Derb Ghalef de Casablanca a echoué, et l’individu a été admis dans un hôpital.

Assabah ajoute le cas d’un sahraoui, débarqué récemment de Tindouf, qui a voulu s’immoler à Smara. Mais les autorités sont intervenues et l’ont transporté à l’hôpital. Selon un témoin, l’individu avait « versé de l’essence sur le sol et y avait mis le feu, mais avait été retenu au moment où il allait entrer dans le feu ».

Une autre tentative avait eu lieu à Beni Mellal, par un marchant ambulant de 41 ans, à qui les autorités locales auraient promis une aide. On parle de magasin ou de tricycles motorisés dans le cadre d’un programme officiel d’aide aux projets locaux. Mais aussitôt après avoir commis son geste, l’homme aurait demandé de l’aide et a étouffé le feu avec une couverture. Seule sa main a été légèrement brûlée.

Si les immolations par le feu s’étaient multipliées à travers la plupart des pays d’Afrique du Nord après celui du jeune marchant ambulant tunisien à Sidi Bouzid (Algérie, Egypte, Mauritanie), le Maroc restait jusque là préservé.

Mais comme le rappelle l’AFP, il ne faut pas oublier qu’en 2010 déjà, un groupe de jeunes diplômés-chômeurs avait menacé de s’immoler à Rabat, un passage à l’acte avorté grâce à l’intervention des pompiers. Sur ce point, comme nous vous l’annoncions hier, le gouvernement a lâché du lest en réservant 1880 postes de la fonction publique pour les diplômés-chômeurs.

source et 74 commentaires
……
| Partager sur Twitter Partager sur Facebook Envoyer cet article à un ami |

Trois hommes ont tenté de s’immoler par le feu au Maroc


Les faits se sont déroulés à Smara et Béni Mellal, où un magasin avait été promis à une victime. Concernant le cas survenu à Casablanca, les autorités démentent tout lien avec les événements tunisiens.

Deux hommes ont tenté de s’immoler par le feu vendredi 21 janvier, l’un au Sahara occidental l’autre dans le centre du Maroc, portant à trois le nombre de ces tentatives depuis les événements de Tunisie, a affirmé samedi le quotidien arabophone Assabah.

Selon Assabah, l’homme, arrivé récemment au Sahara occidental en provenance de Tindouf, où est basé le Polisario, a tenté de s’immoler à Smara mais les autorités marocaines sont intervenues et l’ont transporté à l’hôpital. Les autorités locales contactées par l’AFP ont affirmé de leur côté que l’homme « avait menacé de se suicider par le feu, mais n’avait pas mis sa menace à exécution ». Un témoin a précisé qu’il avait « versé de l’essence sur le sol et y avait mis le feu, mais avait été retenu au moment où il allait entrer dans le feu ».

Une autre tentative a eu lieu à Béni Mellal (centre). L’homme, âgé de 41 ans, est un marchand ambulant de 41 ans à qui les autorités avaient promis un magasin, a indiqué Assabah.
Selon les autorités, l’homme a été légèrement brûlé à une main.

Vendredi, une troisième tentative a eu lieu à Casablanca (100 km au sud de Rabat). L’agence marocaine MAP a précisé que l’homme avait tenté de s’immoler à la suite de problèmes « d’héritage ». a été admis dans un hôpital à Casablanca, mais ses jours n’étaient pas en danger, ont indiqué les autorités locales à l’AFP.  C’était la première tentative de suicide par le feu signalée au Maroc après les récentes tentatives d’immolation dans plusieurs pays de la région à la suite de la révolte en Tunisie.

La mort d’un marchand de fruits et légumes tunisien a marqué le début d’une révolte populaire qui a contraint à l’exil le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans. Plusieurs tentatives d’immolation ont ensuite eu lieu en Egypte, en Algérie et en Mauritanie. Interrogée par l’AFP sur un éventuel lien avec ces événements, une source au ministère marocain de l’Intérieur a déclaré qu' »il s’agissait d’un problème familial et d’un cas isolé n’ayant rien à voir » avec ceux-ci.

Manifestations régulières

Plusieurs tentatives de suicide par le feu ont eu lieu au Maroc en 2004 et 2008, mais sans faire de morts. En 2010, un groupe de jeunes diplômés-chômeurs avait tenté de s’immoler par le feu à Rabat, où les pompiers avaient mis fin à leur tentative collective.

Certains de ces diplômés sans emploi manifestaient régulièrement depuis des années devant le Parlement à Rabat, réclamant d’entrer dans la fonction publique. Ils ont suspendu temporairement leur mouvement à la fin de la semaine, après avoir reçu des assurances de la part du gouvernement. Le premier ministre Abbas El Fassi s’est engagé à leur accorder un quota sur le nombre de postes créés dans l’administration en 2011. « L’an dernier nous avons recruté 1.300 (diplômés-chômeurs). Nous voulons obtenir le même résultat que les années précédentes », a déclaré Abbas El Fassi à l’AFP, précisant que des réunions auraient lieu la semaine prochaine dans cette perspective.

« Histoire fascinante »

Par ailleurs, les Etats-Unis doutent que la révolte tunisienne se répétera dans la région, malgré des traits communs entre les sociétés arabes. « Je doute qu’il y ait forcément un effet boule de neige », a dit vendredi le porte-parole de la diplomatie américaine, Philip Crowley. « Il y a sans doute de larges tendances dans la région, depuis le Golfe jusqu’à l’Afrique du Nord, et les dirigeants doivent trouver le moyen de créer plus de possibilités économiques et politiques pour des populations qui, dans l’ensemble, sont très jeunes. Mais je doute que chaque pays suive le même chemin », a-t-il ajouté.

La révolution du Jasmin a été examinée avec beaucoup d’attention dans plusieurs pays arabes, inspirant des manifestations sociales et des revendications politiques. Mais des spécialistes, interrogés cette semaine au Caire, ont également jugé incertain qu’un effet de domino se fasse sentir à court terme dans la région. Philip Crowley a qualifié vendredi les événements de Tunisie d' »histoire fascinante », soulignant que les Etats-Unis souhaitaient voir se poursuivre le processus de démocratisation du pays.

(Nouvelobs.com avec AFP)

« Tunis Connection » lève le voile sur les réseaux franco-tunisiens


jeudi 19 janvier 2012, par La Rédaction

C’est le livre événement en Tunisie. Sorti le 5 janvier, Tunis Connection : enquête sur les réseaux franco-tunisiens sous Ben Ali (1) était, dix jours plus tard, en rupture de stock dans deux librairies du centre de Tunis. Compromissions, corruption, affairisme ou encore réseaux politiques, les auteurs, Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix, journalistes à Mediapart, ont mené une enquête d’envergure qui lève le voile sur les complicités de la France avec le régime de Ben Ali.
Depuis le soulèvement populaire qui a conduit à la fuite de l’ancien président, il y a un an, les langues se sont déliées. Plus d’une centaine d’entretiens ont été conduits pendant plus de six mois, pour révéler un système « où tout se mêle et s’entremêle ». Un système où diplomates, entreprises, mais aussi médias ont caressé dans le sens du poil le régime de Ben Ali, au nom, notamment, de la lutte contre le terrorisme.
Rencontrés à Tunis à l’occasion de leur visite du 11 au 15 janvier, Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix reviennent sur ces « connections ».

À la lecture de votre livre, on se rend compte que la France était beaucoup plus impliquée qu’on ne pouvait le croire dans le système Ben Ali. Hommes politiques, diplomatie, entreprises, médias… Comment est-ce possible ?

Lénaïg Bredoux : Effectivement, on a découvert dans cette enquête qu’il y avait des ramifications dans tous les domaines : chez les intellectuels, au niveau de la presse avec le système d’invitation de certains journalistes, mais aussi dans le domaine économique, politique ou encore au sein de la diplomatie avec la décadence de l’ambassade de France à Tunis. Tout se mêle et s’entremêle lors de la visite de Nicolas Sarkozy, en 2008. Il était venu proposer de gros contrats, mais il a aussi prononcé cette phrase – que Henri Guaino reconnaît pour la première fois qu’elle était une erreur – : « Les libertés progressent. »

Mathieu Magnaudeix : Sur le plan économique, les entreprises ont joué le jeu. Par exemple, Havas. En octobre 2010, Jacques Séguéla [vice-président de Havas, NDLR] assurait avoir trouvé un partenaire formidable en la personne de Slim Zarrouk [un gendre de Ben Ali, NDLR]. Ce qu’avoue Séguéla maintenant, c’est qu’en gros il ne le connaît pas et qu’on lui a mis dans les pattes. Autre exemple : Orange. Pour s’implanter, l’opérateur a réalisé un montage financier qui n’était pas illégal, mais, disons, baroque. On acceptait de survaloriser une des parties prenantes. Là, ce n’est pas n’importe quelle partie prenante : il s’agit d’un autre gendre, Marouane Mabrouk. Aujourd’hui, ces deux entreprises sont toujours en Tunisie et Havas a racheté la partie qui appartenait à Slim Zarrouk. En l’occurrence, le départ de Ben Ali leur a vraiment permis de s’installer, mais en même temps, il est difficile de les déloger parce qu’il y a beaucoup d’emplois à la clé.

Quel a été le rôle des médias ?

L. B. : Ils sont le reflet de ces relations. Mais il y avait une vraie stratégie de la Tunisie à leur égard. Les autorités tunisiennes avaient compris qu’il fallait se mettre la presse dans la poche. Un jour, Hervé de Charette [député de Maine-et-Loire, NDLR] nous a raconté que Ben Ali, lors de sa visite officielle à Paris, était obsédé par le traitement journalistique en France. D’où la création de l’ATCE [Agence tunisienne de la communication extérieure, NDLR], d’où ce système mis en place avec Image 7 [un cabinet de relations publiques créé par Anne Méaux, NDLR]. Ben Ali savait très bien qu’une partie de sa survie se jouait sur son image à l’étranger. Et, d’un côté, les journalistes avaient toutes les peines du monde à venir travailler en Tunisie. Il y en a qui l’ont fait et qui l’ont très bien fait, assez courageusement d’ailleurs. Et d’autres pour qui c’était plus ambigu. Il y a une journaliste d’un titre du groupe Lagardère qui, un jour, a proposé un sujet sur la Tunisie, et on lui a dit : « Mais tu sais où tu travailles ? »

On nous a raconté aussi que certains articles ont été censurés parce que ce n’était pas la ligne éditoriale. Sans compter tous les reportages sur mesure sur les droits des femmes, sur le miracle économique, préparés par Image 7. On ne sortait pas des sentiers battus. Cela a participé à cette image de carte postale. Et puis il y a eu des prises de position éditoriale très claires, comme lorsqu’un hebdomadaire a écrit « plutôt Ben Ali que les barbus ». C’est un choix qui se défend, mais à cela, il fallait ajouter aussi ce petit milieu où ce sont toujours les mêmes qui intervenaient sur la Tunisie, comme Éric Raoult, Pierre Lellouche ou encore Bertrand Delanoë.

Dans le chapitre 8, vous confirmez que les autorités tunisiennes opéraient sur le sol français. Vous avez eu accès aux archives de Botzaris, que révèlent-elles ?

M. M. : Les archives de Botzaris révèlent l’intention d’un maillage important. Les autorités tunisiennes espionnaient sur le sol français les islamistes, mais aussi les militants et les membres de l’opposition, comme lorsque Hamma Hammami est venu en 2003. Ensuite, elles établissaient des rapports.

L. B. : À n’importe quel rassemblement de l’opposition tunisienne à Paris, il y avait des flics du consulat. Et les ministres français le savaient pertinemment et laissaient faire tant qu’il n’y avait pas de perturbations. Tout ce que la France voulait éviter, c’était une affaire Ben Barka bis [opposant du régime marocain disparu en 1965, NDLR]. Il y avait une coopération policière entre les deux pays. La déclaration de Michèle Alliot-Marie n’est pas tombée du ciel. Pourquoi a-t-elle proposé, le 11 janvier, le savoir-faire français en matière de maintien de l’ordre ? Parce qu’il y a toujours eu une coopération policière entre les deux pays, sous la droite comme sous la gauche. Jean-Pierre Chevènement, quand il était ministre de l’Intérieur, parlait, lui aussi, de lutte contre l’islamisme grâce une coopération policière. Des listes de présumés terroristes étaient établies par les autorités tunisiennes et transmises à la France. Et elle les acceptait sans rechigner.

Vous terminez votre livre en parlant d’une « nouvelle indépendance », que voulez-vous dire ? Quels types de relations peuvent être désormais construites ?

M. M. : On a du mal à voir ce qui peut se mettre en place. « On n’a pas fait assez », a avoué Henri Guaino. Pour le moment, on est dans l’accompagnement verbal de la révolution. C’est le moins que l’on puisse faire. Maintenant, des gestes restent à faire, surtout qu’il y a des signaux contradictoires entre les propos d’Alain Juppé et ceux de Claude Guéant. Sur l’affaire des migrants de Lampedusa, on a réduit le montant de l’aide au retour [de 2 000 à 300 euros, NDLR] pour éviter de créer un appel d’air. Cela été mal perçu en Tunisie, surtout que ce petit pays a accueilli des milliers de réfugiés libyens.

L. B. : La France est restée un partenaire privilégié de la Tunisie, mais les rapports n’étaient pas égalitaires. La Tunisie est un pays en développement et qui dépend beaucoup des relations internationales. Avec le passé postcolonial, la France a développé l’image de carte postale un peu cliché. On a rencontré des gens qui nous disaient « la Tunisie et la France, c’est une histoire d’amour qui se finit mal ». Il faudrait peut-être développer des relations moins affectives, moins chargées de complaisance et plus égalitaires. Les Tunisiens connaissent bien la France, mais la France ne connaît pas la Tunisie.

(1) « Tunis Connection : enquête sur les réseaux franco-tunisiens sous Ben Ali », éditions Seuil, 250 p, 17,50 euros

(19 janvier 2012 – Propos recueillis par Julie Schneider)

Aux pro-Palestiniens : la critique d’Israël bientôt interdite en Belgique ?




Bruxelles le 15 janvier 2012

Ce 31 décembre 2011, le gouvernement n’a pas prolongé le mandat de Jozef De Witte en tant que directeur du Centre pour l’égalité des chances. C’est ce qu’a confirmé –en primeur- la porte-parole de la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet à la rédaction de Joods Actueel. La suite en pièce jointe. 

Afin de porter à la connaissance du grand public les enjeux qui entourent la nomination de la nouvelle direction du Centre, nous avons décidé dans l’urgence de porter une contre-candidature à celle de Michael Freilich, seul candidat en lice actuellement.
Afin de vous présenter ce candidat et débattre avec vous de la stratégie à suivre, nous vous invitons à une Assemblée libre ce vendredi 20 janvier 2012 à 19h30, rue du Chevreuil, n°6, 1000 Bruxelles.

Nous ne saurions trop insister sur votre présence étant donné l’importance pour la solidarité palestinienne des enjeux en question.

Souhail CHICHAH
Aziz MADRANE
Nordine SAIDI



Nordine Saïdi
Mouvement Citoyen Palestine
http://mcpalestine.canalblog.com

Vingt points sur Palestine/Israël


Dr Qumsiyeh

Popular Resistance
14 janvier 2012

Vingt points dans le discours du Dr Qumsiyeh (La Palestine et Israël en bref)

Nous, Palestiniens, demandons et luttons pour notre droit au retour et l’autodétermination.
Nous appelons à un État démocratique pluraliste, pour les populations de toute religion, dans notre patrie historique de Palestine.
Nous appelons à l’égalité et à la justice.

1 – La Palestine est la partie occidentale du Croissant fertile : une région qui comprend la Palestine, la Jordanie, le Liban, la Syrie et l’Iraq. Dans ce Croissant fertile s’est développée la première agriculture par l’homme. Ici sont nées les premières domestications d’animaux (par exemple, des chèvres, ânes, chameaux) et cultures de plantes (blé, orge, pois chiches, lentilles, olives…).

2 – C’est ici aussi que la civilisation a commencé avec l’élaboration du premier alphabet (par les Cananéens phéniciens) et des premières lois. C’est ici que pour la première fois se sont développées des sciences comme l’astronomie, l’ingénierie, et les mathématiques.

3 – Les premiers habitants de cette partie occidentale du Croissant fertile s’appelaient les Cananéens, et la langue d’origine était l’araméen, que Jésus a parlé (Il est né dans le pays qu’on appelait alors la Palestine, de sorte qu’il était palestinien).

4 – La langue araméenne antique a donné naissance à des langues dérivées notamment le syriaque, l’arabe et l’hébreu, et ce groupe de langues est appelé les langues sémitiques.

5 – L’alphabet arabe a évolué dans le Sud Canaan (la Jordanie et la Palestine d’aujourd’hui) alors que l’alphabet latin évoluait dans le Nord Canaan (la Phénicie, le Liban d’aujourd’hui et la Syrie). L’alphabet dont on se sert aujourd’hui en Europe est né dans notre partie du monde.

6 – La population du Sud Canaan, dont la Palestine, a subi de nombreuses invasions militaires et, à près de quinze reprises, a été gouvernée par des rois ou des empereurs (perses, romains, omeyyades, abbassides, israélites, etc.).

7 – Les croyances religieuses locales ont évolué au cours des âges depuis les idées païennes de Canaan jusqu’aux idées monothéistes, Christianisme (Siècle premier), Judaïsme rabbinique (IIIe siècle) et Islam (VIIe siècle).

8 – De tout temps, la Palestine a été une société multiculturelle, multireligieuse, en dépit des tentatives pour l’homogénéiser à certaines périodes (notamment avec les Croisés qui tuèrent et exilèrent les juifs, les musulmans et les chrétiens des autres sectes).

9 – Les juifs d’aujourd’hui, comme les chrétiens et les musulmans d’aujourd’hui, viennent de contextes ethniques et culturels divers. Ils sont donc génétiquement (biologiquement) hétérogènes.

10 – Avant la vague d’immigration d’Européens juifs, les Palestiniens étaient de religions diverses : 85 % d’entre eux environ étaient musulmans, 10 % chrétiens, 5 % juifs et divers. Pendant des centaines d’années, les Palestiniens de différentes religions ont vécu en relative harmonie. (voir notamment « Qui sont les Palestiniens ? » de Hasan Afif El-Hasan – ndt)

11 – Le sionisme est une idée politique qui s’est propagée parmi une minorité d’Européens juifs, lesquels ont adopté les notions européennes de nationalisme ethnocentrique et prétendu ainsi que les juifs d’aujourd’hui devaient se regrouper en Palestine, et ils créèrent un État juif sur le motif des discriminations en Europe. Des juifs socialistes, avec d’autres juifs, ont cru se battre pour l’égalité des droits. Les sionistes ont pensé que les sentiments anti-juifs en Europe servaient leurs intérêts et ils sont allés jusqu’à collaborer avec les racistes. Il y a eu cet accord de transfert entre le Troisième Reich et le mouvement sioniste (accord Haavara, « Le Transfert », du 25 août 1933 – voir notamment « Les Arabes et la Shoah » de Gilbert Achcar – ndt). Les sionistes ont aussi fait pression sur les gouvernements occidentaux pour que ceux-ci n’acceptent pas de réfugiés européens juifs, de façon à ce qu’ils soient tous dirigés sur la Palestine.

12 – Le sionisme a commencé au milieu du XIXe siècle, avec la création de l’ « Association de la colonisation juive » et est devenu un mouvement international en 1897 au premier Congrès sioniste mondial. Pour atteindre ses objectifs, ses dirigeants recommandèrent de transférer les Palestiniens indigènes non juifs.

13 – Les États-Unis et d’autres pays européens sous l’influence du lobby sioniste ont poussé à la création d’un « État juif » d’Israël en Palestine, en dépit du souhait contraire de la population originaire.

14 – Entre 1947 et 1949, 530 villes et villages palestiniens ont été complètement détruits et leurs habitants sont devenus des réfugiés. Ce processus qui force les Palestiniens à quitter leurs terres s’est poursuivi sous d’autres formes depuis la fondation d’Israël en mai 1948 (voir notamment « Le nettoyage ethnique de la Palestine« , d’Ilan Pappe – ndt). Aujourd’hui, 70 % des onze millions de Palestiniens dans le monde sont des réfugiés ou des populations déplacées.

15 – L’Israël d’aujourd’hui s’est donné un ensemble de lois discriminatoires qui répondent à la description qu’en donne la Convention sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid. Chaque mois, la Knesset israélienne vote de nouvelles lois racistes.

16 – En 1967, Israël a occupé la Cisjordanie (y compris la vieille ville de Jérusalem) et la bande de Gaza. A elles deux, ces régions représentent 22 % de la Palestine historique. Israël a commencé aussitôt à construire des colonies de peuplements juives sur ces territoires palestiniens. En violation du droit international, il y a maintenant 200 colonies sur nos terres, où vivent plus d’un demi-million de colons juifs.

17 – Israël a construit des murs autour des enclaves qui restent aux Palestiniens (des ghettos, des entrepôts habités, des cantons, des réserves), enclaves isolées les unes des autres et du reste de la Palestine. Ces murs isolent les Palestiniens de leurs terres, des autres Palestiniens, des écoles, des hôpitaux… Par exemple, le district de Bethléhem comprend 180 000 natifs de Palestine, dont environ 50 000 sont des réfugiés de 1948. Chacun de nous ici est limité aujourd’hui, pour vivre et se développer, à seulement 13 % de la surface originelle du district de Bethléhem. 87 % de ce district se trouvent maintenant sous contrôle israélien : colonies, bases militaires, zones militaires fermées, etc. La population de Bethléhem est isolée derrière un mur, et même Jérusalem (qui n’est qu’à 6 km d’ici) est hors de portée pour nous.

18 – Le colonialisme implique la violence. Plus de 80 massacres ont été perpétrés contre les Palestiniens autochtones. Plus de 60 000 civils palestiniens ont été tués par les forces et les colons israéliens. C’est dix fois plus que le nombre de civils israéliens (pour la plupart des colons) tués par les Palestiniens. Les Palestiniens résistent au colonialisme depuis 130 années, la plupart du temps par la résistance non violente, une chose dont il n’est guère question dans les pays occidentaux par volonté de diffamer les victimes.

19 – Les Palestiniens, et les autres pays arabes en conflit avec le sionisme, ont été « déraisonnablement raisonnables », comme l’a décrit un diplomate. Nous avons accepté toutes les dispositions du droit international et des résolutions des Nations-Unies sur la question. Par contre, Israël a violé, et viole encore, plus de 60 résolutions du Conseil de Sécurité et plus de 200 résolutions de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Sans les États-Unis qui utilisent leur droit de veto pour protéger Israël du droit international au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, leur nombre serait doublé.

20 – Nous, Palestiniens, demandons et luttons pour notre droit au retour et l’autodétermination. Nous appelons à un État démocratique pluraliste, pour les populations de toute religion, dans notre patrie historique de Palestine. Nous appelons à l’égalité et à la justice. Les peuples en Europe et dans le monde entier peuvent nous soutenir par l’enseignement, par leurs visites ici, et par les boycotts, désinvestissements et sanctions (BDS). Ceci est un combat collectif, humain, le même que celui qui s’est opposé à l’apartheid en Afrique du Sud.

Beaucoup de livres et de références sont disponibles pour développer chacun des points ci-dessus.

Entre autres :

-  Qui sont les Palestiniens ? – Hasan Afif El-Hasan – PC
-  Le nettoyage ethnique de la Palestine – Ilan Pappe – Fayard
-  Shlomo Sand : Comment le peuple juif fut inventé – Michel Staszewski
-  Comment fut inventé le peuple juif – Shlomo Sand – Le Monde diplomatique
-  Gilbert Achcar : les Arabes et la Shoah – Actes Sud

(JPG)

Mazin Qumsiyeh est coordinateur du Réseau international pour la justice en Palestine. Il est professeur à l’Université de Bethléem et l’auteur de Popular Resistance in Palestine

14 janvier 2012 – Popular Resistance – traduction : JPP

http://popular-resistance.blogspot.com/2012/01/20-puntipoints.html

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑