INTERVIEW – Opposant syrien historique, Michel Kilo, appelle les «comités de base» à prendre le pouvoir et se méfie des soldats déserteurs.


anniebannie : d’accord pour la société civile, mais celle-ci a besoin de l’armée libre pour la défendre devant des brutes sans pitié

Kilo: «C’est à la société civile de renverser Assad»

Par Pierre Prier Mis à jour le 17/01/2012 à 22:43 | publié le 17/01/2012 à 19:27 Réactions (58)

L'opposant Michel Kilo, mardi, à son domicile parisien.
L’opposant Michel Kilo, mardi, à son domicile parisien. Crédits photo : Lucien Lung/Lucien Lung

LE FIGARO – L’opposition syrienne paraît divisée. Comment y remédier?

MICHEL KILO  – Il y a le mouvement populaire, qui est proche des intellectuels, et l’opposition des partis organisés, comme le Conseil national syrien à l’extérieur ou le Comité national de coordination (CNC) à l’intérieur. Mais ces formations ont toujours été en retard sur le mouvement historique du peuple.

Que pensez-vous de l’annonce de la création d’un Conseil militaire, dirigé par le général déserteur Moustapha al-Cheikh?

Avec quelques milliers de soldats, qui ne constituent pas une armée, il veut s’attaquer à une armée de 400.000 soldats! Il va plonger le pays dans un chaos sans fin. C’est de la folie. Protéger les civils, d’accord. Mais on ne peut pas créer l’illusion d’une guerre contre le régime. Et puis nous ne voulons pas, après la victoire, être à nouveau gouvernés par des militaires. Les militaires doivent obéir aux politiques.

Alors, quelle est la solution?

On ne peut pas se contenter de dire qu’on veut faire tomber le régime. Il faut dire comment. Au début, nous, les intellectuels, nous avons proposé le dialogue national.

Le dialogue avec qui?

Avec tout le monde, même avec le régime. Le but était de gagner à notre cause de nouvelles couches de la population. Bien sûr, le régime aurait refusé de céder. Mais c’était justement le but: montrer aux indécis qu’il y avait une solution politique et que le régime la refusait. À ce moment-là, descendre dans la rue était légitime.

Est-on maintenant dans une impasse?

Oui. Le régime ne peut pas obliger les manifestants à quitter la rue, et les manifestants ne peuvent pas faire tomber le régime. Ses récents discours montrent que Bachar el-Assad est un homme désespéré. Tout ce qu’il promet, c’est une «guerre contre le terrorisme» avec laquelle il croit obtenir le soutien de l’Occident, ou lui faire peur. Mais c’est une idée fausse. À Homs, le cœur de la rébellion, il n’y a aucun islamiste dans le comité qui dirige la révolution. Maintenant, je crois que Bachar el-Assad veut régionaliser le conflit: faire appel à l’Iran et au Hezbollah, des Irakiens, et menacer les pays du Golfe d’une guerre longue.

Que proposez-vous?

Les révolutionnaires sont en train de mieux organiser les forces populaires, de convaincre les couches neutres de participer au mouvement. Ils poussent maintenant à la formation de comités de base partout dans le pays. Ce sont eux qui formeront le futur gouvernement de la Syrie, avec le CNS ou les partis de l’intérieur. En Europe, dans les pays de l’Est, ce sont les intellectuels, la société civile qui ont renversé les dictatures. Nous avons lutté pendant 50 ans contre le régime. La plupart des gens du CNS vivent à l’extérieur depuis longtemps, ils étaient presque inconnus du peuple.

Le peuple syrien peut-il tenir encore longtemps?

Jusqu’à la fin de l’histoire. J’ai posé la question à des personnes à Deraa. Elles m’ont répondu: «Nous n’avons pas le courage d’arrêter.» S’ils arrêtent, la répression sera comparable à celle qui s’est abattue sur Hama en 1982, où il y a eu 46.000 morts.

Le départ de Bachar el-Assad est-il inévitable?

Il est nécessaire pour trouver une solution.

Vous allez renter en Syrie. N’est-ce pas dangereux?

En Syrie, des gens meurent tous les jours pour la liberté. Il est honteux d’avoir peur.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s