Pour la Syrie : à la Bourse ce dimanche


Rdv ce Dimanche 12 Février 2012 de 15h30 à 17 heures à la Bourse :

– Pour soutenir le peuple syrien qui se lève courageusement crier sa liberté!

– Pour dénoncer les crimes commis par le régime de Bashar el Assad!

– Pour le droit à la dignité et le respect des droits de l’homme!Il n’est plus question de discussion :

il faut agir pour la Justice!!

Rejoignez-nous! Crions notre colère! Nous n’acceptons pas!

Bachar est un assassin et les massacres qu’il est en train de commettre sont impardonnables

Débat contradictoire?


A propos de l’affaire du débat sur l’extrême droite avorté à l’ULB l’autre soir, quand Caroline Fourest s’est fait interrompre par des énergumènes criant « burqa bla-bla! », beaucoup de choses ont été dites, dont le principal est qu’on fait le jeu de ses adversaires politiques en leur appliquant un bâillon qu’ils peuvent ensuite brandir en criant à la censure. Parmi les arguments des partisans de cette interruption peu amène du débat figure en bonne place le fait que de débat il n’y avait puisque c’était en fait un monologue de Fourest à qui la soupe était servilement servie par Guy Haarscher. Ce n’est pas faux mais c’est en même temps un argument de bien mauvaise foi: combien de fois n’assiste-t-on pas à des débats réduits à des échanges complices entre amis? C’est presque la règle! Ceux qui critiquent Israël (par exemple, hein!) réunissent un plateau où tout le monde critique Israël. Et ceux qui défendent ce même Etat font de même de leur côté. C’est regrettable mais ainsi. Ou bien les organisateurs tiennent à ne donner qu’une facette des choses ou bien (plus rarement) ils ont échoué à trouver de vrais adversaires politiques prêts à exposer leurs arguments et à en discuter sereinement. C’est triste mais c’est comme cela.

Rectificatif : des intellectuels palestiniens au régime syrien : « Pas en notre nom ! »


UPDATE: There are credible reports that many of the supposed signatories to this document never saw it and had no knowledge that their names were being used. If this is true, those responsible for the forgery have done irreparable harm to the Syrian cause. I respectfully request that anyone who has republished this translation take appropriate measures to inform their readers.
AVIS : on nous informe que nombre des signataires de ce document ne l’avaient jamais vu et ne savaient pas que leur nom avait été utilisé. Dans ce cas, les responsables de ce mensonge ont causé un dommage irréparable à la cause syrienne. Je demande respectueusement à quiconque a repris ce texte, d’en informer ses lecteurs.
anniebannie a parcouru les deux listes et  y a retrouvé les mêmes noms;  toutefois la manoeuvre  était totalement inexcusable
Déclaration collective palestinienne

Wadistocracy

Pour solliciter l’adhésion au syndicat des Écrivains syriens et en solidarité avec le peuple syrien.

C’est un honneur, pour nous, écrivains et signataires de cette déclaration, que de solliciter en tant que groupe d’être accepté au sein du syndicat des Écrivains syriens, récemment créé par des écrivains et intellectuels syriens qui soutiennent le peuple alors qu’il gravit les marches de la liberté, maculées de sang par la main du tyran. La création du syndicat des Écrivains syriens constitue un piller essentiel de la révolution syrienne et met le vrai intellectuel, homme et femme, à sa juste place aux côtés du peuple, comme un partenaire efficace dans la construction d’une nouvelle Syrie libérée de tout autoritarisme dynastique, différente, démocratique, d’un système civil fondé sur les droits des citoyens, qui embrasse les droits d’expression et de création, un système incapable de détourner la volonté des intellectuels syriens libres au moyen de structures falsifiées qui s’arrogent les potentialités de la culture, usurpent le rôle de la femme et de l’homme intellectuel et détournent sa volonté, des structures qui ne sont qu’un dispositif toujours aux mains du tyran et de ses appareils.

Maintenant plus que jamais, la Syrie a besoin d’une voix mature qui parle depuis le cœur de la Syrie, une voix qui renforce l’unité nationale et tire sa force de la diversité et de la richesse de la société syrienne (…) (qui servira de) base pour construire une démocratie.

Nous avons récemment entendu un représentant du régime syrien au Conseil de sécurité des Nations-Unies utiliser la cause palestinienne et son évolution douloureuse et honorable pour couvrir les crimes effroyables commis en Syrie. Nous disons au régime syrien et à ses représentants : ce n’est pas en notre nom, ce n’est pas au nom de la Palestine que ces crimes sont perpétrés dans notre Syrie bien-aimée, oh les tueurs ! N’utilisez pas notre juste cause pour masquer vos crimes inhumains contre nos frères et sœurs syriens. C’est le peuple syrien qui a, historiquement, adopté notre cause, et sacrifié des martyrs pour elle, pas votre régime, dont nous avons des souvenirs douloureux. Nous n’oublierons jamais son rôle dans le massacre de Tel Az-Zaatar en 1976, ni dans cet assaut épouvantable contre le camp de réfugiés de Nahr al-Baret près de Tripoli en 1983, ni le siège des camps à Beyrouth en 1985, ni aucun de tous ces autres actes qui ont affaibli amèrement l’unité nationale palestinienne. Ne vous servez pas du nom de Palestine, car ce nom n’est plus un atout pour vous.

Une Syrie unifiée, libre et démocratique est ce dont la Palestine a besoin, et c’est la Syrie qui est en train de naître aujourd’hui, du ventre d’une révolution sanglante déclenchée par un grand peuple. Nous sommes confiants que le nom de Palestine restera dans le cœur de ce peuple courageux, en révolte, et de son élite culturelle.
Mourid Barghouti (poète et écrivain)
Taher Riyad (poète)
Ghassan Zaqtan (poète)
Zuhair Abu Shayib (poète)
Azmi Bishara (intellectuel)
Mahmoud Ar-Rimawi (écrivain)
Ma’an al-Biyari (écrivain et journaliste)
Youssef Abu Laouz (poète)
Najwan Darwish (poète)
Rub’i al-Madhoun (romancier)
Adel Bishtawi (écrivain, romancier et chercheur)
Antoine Shalhat (écrivain et critique)
Fakhri Salih (critique)
Hussein Shaweesh (écrivain)
Huzama Habayeb (écrivain et romancier)
Nasr Jamil Shaath (poète)
Ahmed Abu Matar (critique universitaire, chercheur et militant)
Mohammad Khalil (écrivain)
Youssef Abdel Aziz (poète)
Moussa Barhouma (écrivain)
Issa Ash-Shu’aibi (écrivain)
Moussa Hawamdeh (poète)
Na’il Balaawi (poète)
Khalil Qandeel (écrivain)
Ghazi at-Theeba (poète)
Wissam Joubran (poète et musicien)
Omar Shabana (poète)
Qusai al-Labadi (poète)
Ali al-Aamari(poète)
Jihad Hudeib (poète)
Ziad Khaddash (écrivain)
Nasr Rabah (poète)
Bassem Al Nabrees (poète et écrivain)
Raji Bathish (écrivain)
Shaher Khadra (poète)
Raed Wahish (poète)
Asma Azaiza (poète)
Mahmoud Abu Hashhash (poète)
Khodr Mahjaz (écrivain, poète, chercheur, critique universitaire)
Bassel Abu Hamda (écrivain)
Ibrahim Jaber Ibrahim (écrivain)
Abdullah Abu Bakr (poète)
Osama al-Rantisi (écrivain)
Issam As-Saadi (poète)
Khalid Juma (poète)
Naim al-Khatib (écrivain)
Akram Abu Samra (poète)
Hanin Juma Takrouri (writer) Najwa Chamoun (poète)
Mohamad As-Salimi (poète)
Hani As-Salimi (romancier)
Bilal Salameh (poète)
Osama Abu Awad (écrivain)
Jaber Sha’at (poète)
Youssef al-Qadra (poète)
Nesma al-Aklouk (écrivain)
Othman Hussein (poète)
Rizk al-Biyari (poète)
Yasser al-Wiqaad (poète)
Subhi Hamdan (écrivain)
Imad Mohsen (écrivain)
Leila Violet (poète)
Tayseer Muheisen (écrivain, critique et militant politique)
Fayez As-Sirsawi (artiste visuel et poète)
Rajab Abu Sirriyeh (écrivain)
Fuad Hamada (critique universitaire, chercheur, et militant politique)
Mai Nayif (critique universitaire, chercheur et militant pour l’égalité des sexes)
Yusri Al-Ghul (écrivain et critique)
Hussein Abu An-Najja (écrivain et chercheur universitaire)
Nasr Aliwa (romancier et critique)
Abdel Karim Aliyan (écrivain et chercheur en enseignement)
Walaa Tamraz (chercheur et écrivain politique)
Omar Sha’aban (écrivain et chercheur) Hassan Mai (écrivain et critique universitaire)
Ma’an Samara (poète et journaliste)
Mohamad Hassouna (universitaire et critique)
Aoun Abu Safia (romancier)
Atif Hamada (poète et critique universitaire) Ghiath al-Madhoun (poète)
Rajaa Ghanem (poète)
Tariq al-Karmi (poète)
Ahmed al-Ashqar (poète)
Ali Abu Khitab (poète et écrivain)
Dunia al-Amal Ismail (poète)
Isra Kalash (écrivain)
Moussa Abu Karash (poète et écrivain)
Abdel Fitah Shihada (poète et romancier)
Yasser Abu Jalala (poète et artiste visuel)
Khalil Hassouna (poète et romancier)
Muheeb al-Barghouti (poète)
Abdel Nasr Aamer (poète et artiste visuel)
Nidal al-Hamarna (écrivain)
Ashraf Amro (écrivain)
Asma Nasr Abu Ayyesh (écrivain et journaliste)
Maya Abu al-Hiyaat (écrivain)
Zeinat Abu Shaweesh (écrivain)
Suzanne Salameh (poète)
Publication Wadistocracy :

Le texte original en arabe est disponible ici : https://www.facebook.com/notes/yass….

J’ai pris quelques petites libertés pour l’intérêt de la clarté et de la facilité du texte en anglais, mais en essayant de rester aussi fidèle au texte que possible. J’ai aussi pris la liberté d’ajouter « lui ou elle » (intellectuel) ce qui n’est pas généralement utilisé dans l’arabe pour des raisons de style mais je sens que c’est dans l’esprit de la déclaration puisque les femmes sont parmi les signataires.

Yassin Al Haj Saleh

9 février 2012 – traduit de l’arabe et publié par wadistocracy واديقراطية – traduction de l’anglais : Info-Palestine-JPP
http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=11785

Quelques considérations élémentaires à propos du chahutage de la conférence de Caroline Fourest à l’ULB


anniebannie n’est pas d’accord avec lui, mais la liberté d’expression le concerne aussi
par Abdellah Boudami, jeudi 9 février 2012, 15:17 ·

1/ La décision de mettre en place une initiative, initiative qui visait à exprimer notre mécontentement de voir Caroline Fourest invitée à « débattre » de l’extrême-droite, a été prise à plusieurs, suite à des discussions internes, avant d’être relayée sur les réseaux sociaux. Souhail Chichah, qui avait déjà fait l’objet de médiatisations et été au centre d’un débat public en 2010, s’est retrouvé propulsé à l’avant de la scène. Mais il va sans dire que chaque participant assume pleinement sa participation, et a adhéré aux principes de cette initiative en toute connaissance de cause, souvent sans même connaître ou côtoyer Souhail Chichah.

 

Je m’exprime ici en mon nom, et utilise le « nous » pour tous ceux du collectif ayant participé à l’action et qui estimerait se retrouver dans mes positions.

 

2/ Nous estimons que l’invitation de Caroline Fourest dans l’enceinte de l’Université libre de Bruxelles, pour une conférence durant laquelle elle devait s’exprimer à propos de l’extrême-droite et de son caractère éventuellement fréquentable, cette invitation revêtait un caractère inadmissible. Un argument étrange est souvent revenu dans la bouche de nos détracteurs : Caroline Fourest est venue ce soir-là déconstruire les thèses de Marine Le Pen et consorts. Autrement dit, si par ailleurs il est vrai qu’elle s’exprime un peu virulemment sur l’islam et les musulmans, il ne s’agissait pas dans son chef de parler de « nous », pour le coup, et donc nous aurions du poliment nous taire et acquiescer. Or il ne s’agit pas dans notre chef de disqualifier son analyse de l’extrême-droite, mais sa légitimité même à le faire. En effet, si le glissement opéré par l’extrême-droite en France et ailleurs pour déshumaniser les musulmans et attiser la haine à leur encontre s’est opéré sur le mode de la défense de la laïcité, il faut noter que les principaux arguments qui ont permis ce glissement sont très précisément développés dans les thèses, les ouvrages et les prises de position de Caroline Fourest. On pourrait même avancer qu’une figure comme Caroline Fourest est plus dangereuse que Marine Le Pen, car alors que cette dernière est située et avance à visage découvert, Fourest vernit d’un voile de respectabilité ce qui constitue la même trame raciste, les mêmes généralisations musulmanophobes.

 

Preuve en est, parmi des centaines d’autres, ce fameux article publié dans le Wall Street Journal le 2 février 2005, et intitulé « War on Eurabia » (Guerre de l’Eurabie, ce dernier terme étant très fréquemment utilisé par les néoconservateurs islamophobes les plus radicaux), dans lequel Caroline Fourest opère une essentialisation du musulman, le présentant comme membre d’une communauté homogène[1], d’une cinquième colonne dans le monde occidental, ce dernier étant la base arrière du recrutement des soldats d’un choc des civilisations en train de se dérouler. Il y a fort à parier que si l’on remplaçait le mot « musulman » par le terme « juif » dans le texte cité, Caroline Fourest n’attirerait pas la même sympathie, et il est évident que les chiens de garde d’un principe du « libre examen », au demeurant mourant et vidé de sa substance, auraient été moins prompts à sacraliser son droit à l’expression. A juste titre d’ailleurs. Et c’est là un « deux poids, deux mesures » qui ne contribue qu’à alimenter des ressentiments très légitimes.

 

Cela sans parler des analyses étayées et argumentées, démontrant sans doute aucun le caractère musulmanophobe prégnant tout au long des ouvrages de Caroline Fourest. Exemple parmi d’autres, le dossier édifiant proposé par le collectif Les mots sont importants[2]. Et ceci sans même aborder les cas nombreux et avérés de citations tronquées, de procédés malhonnêtes et de dispositifs mensongers dont Caroline Fourest est l’artisan régulier. Souvent épinglée[3], jamais remise en questions par ses laudateurs, on peut s’étonner qu’une Université basée sur le principe du libre examen ne s’embarrasse pas de ces éléments quelque peu à charge de « l’intellectuelle » et persiste à l’inviter une énième fois, dans ce qui semble être une illustration d’un syndrome « BHL » (maintes fois pris la main dans le sac des procédés honteux et des mensonges douteux, toujours invité et applaudi, par les mêmes d’ailleurs qui louent les travaux de Caroline Fourest)

 

3/ Concernant la liberté d’expression et l’importance du débat argumenté, quelques éclaircissements s’imposent. Premièrement, Caroline Fourest n’est pas venue débattre, mais profiter d’un boulevard offert sur mesure par ses laudateurs, sans qu’il n’y ait aucun espace de contradiction digne de ce nom, et alors même que l’absence d’interlocuteur contradictoire avait été utilisé comme prétexte afin de censurer des conférences antérieures. Toutes les libertés d’expression se valent, mais certaines plus que d’autres, apparemment. C’est là une nouvelle illustration de ce « deux poids, deux mesures » quasi systématique. Précisons qu’il a été demandé aux autorités de l’ULB de ne permettre ce débat qu’en cas de possibilité de contradiction, demande refusée.

 

En outre, cet espace lissé et cette soirée d’auto-congratulations se révèlent plus scandaleuses encore quand on sait l’espace médiatique outrancièrement accordé à Caroline Fourest, la popularité de ses thèses dans les médias traditionnels de gauche comme de droite, le caractère profondément dithyrambique des intellectuels et journalistes qui la vénèrent dans un champ médiatique où le renvoi d’ascenseur constitue le nœud des relations de copinages et de collusions politiques et médiatiques. Alors même qu’ont été démontrés ses recours aux mensonges et aux manipulations, tandis que ses thèses racistes sont relayés depuis plusieurs années dans le contexte de ce qui est présenté comme un choc des civilisations entre un Occident civilisé, assiégé, et une horde de musulmans fanatiques et liberticides, Caroline Fourest bénéficie en sus d’un espace à l’ULB où diffuser sereinement son venin.

 

Enfin, parler d’un espace de débat sans aborder la question des rapports de force que cet espace sous-tend, des disqualifications à la parole vécues par des groupes sociaux, et sans mettre en avant les tendances lourdes et les lignes de forces qui font que certaines représentations partagées prennent sens et légitimité dans une circulation circulaire et écrasante des idées, tandis que d’autres peinent à faire entendre leur voix, et bien c’est parler pour ne pas dire grand chose. Autrement dit, donner le micro à Souhail Chichah au milieu du chahut, signifier à la salle que ce dernier à deux minutes pour s’exprimer, s’étonner qu’il ne se saisisse pas de cette opportunité[4], c’est faire preuve d’une mauvaise foi assez ahurissante.

 

4/ Concernant maintenant le mode d’action utilisé et ses conséquences probables ou visibles, il convient également de recadrer le débat. Rappelons que le chahut comme moyen d’exprimer un mécontentement, comme façon de bouger les lignes de force, comme manière de bousculer l’ordre établi et faire évoluer les mentalités, non seulement est partie constitutive de la mémoire des luttes progressistes, traversant les époques et les nations depuis des décennies, mais qu’en plus de cela, l’Université libre de Bruxelles, dans sa noble tradition de précurseur des enjeux cruciaux dans les débats sociétaux et de remise en cause des schèmes et des représentations sclérosées, a vu des dizaines d’exemple de chahutages, bien plus sérieux et sans doute parfois bien moins pacifique que ce que l’on a pu voir en cette soirée du 7 février. Citons, entre autres, les évènements de Mai 68, le combat du MLF (Mouvement de Libération des Femmes, notamment lors de l’irruption de militantes sur le tombeau du soldat inconnu, ce qui avait été considéré à l’époque comme un blasphème et un sacrilège sans nom), les mouvements des droits civiques des années 1950 et 60 aux Etats-Unis, les occupations pour les droits des sans-papiers et contre la marchandisation de l’université, etc., etc. Ce qui sur le moment choquait et interpellait, est rétrospectivement et à la lumière des réalités vécues, considéré comme partie intégrante de luttes légitimes et salutaires.

 

Abordons l’argument de l’efficacité et de la stratégie. Nombre de détracteurs ont objecté que ce chahutage bon enfant n’a fait que renforcer le racisme et les clichés. C’est évidemment absurde. Le racisme ne s’apprécie pas à l’aune de la faute supposée de ceux qui ont sont victimes, et il serait assez risible, par exemple, d’objecter aux organisateurs et participants du mouvements de boycott des bus de Montgomery par les Noirs en 1950, dans le cadre du mouvement des droits civiques, que ce boycott n’arrangeait pas leur cause puisque cela radicalisait les positions ségrégationnistes. Ensuite, les évènements de la soirée du 7 février, bien plus que d’avoir renforcé quoique ce soit, n’ont fait que mettre en lumière des clichés, des réflexes racistes et des stéréotypes profondément ancrés. Ces évènements ont joué le rôle d’un sel dans une précipitation chimique, cristallisant et troublant ce qui jusque là semblait un liquide limpide et tranquille. Et c’est en cela, sans doute, que ce fut une réussite : il n’est qu’à se pencher sur les qualificatifs utilisés par les médias et certains acteurs du débats (entre autres jolies choses : « intégristes », « islamistes », « forme talibanesque » (sic !), « attentat », « étrangers à nos valeurs », la liste est longue… ) pour capter la réalité tangible de représentations collectives pour le moins discutables. Or, c’est précisément, à nos yeux, ce qui justifie que l’on s’oppose si vivement à Caroline Fourest, puisqu’elle incarne à merveille l’intellectuelle de gauche qui, elle et d’autres, ont rendu acceptable et relevant du sens commun des thèses aux relents racistes nauséabonds. Autrement dit : en brisant l’ordre tranquille du discours ronflant d’un racisme bienséant cassant du sucre sur le dos des racistes hérétiques du FN, en refusant de s’expliquer en deux minutes dans la précipitation (ce qui aurait d’ailleurs tué dans l’œuf la bonne suite du chahutage, puisqu’alors tout serait rentré dans l’ordre), en nous plongeant littéralement dans la gueule du loup, nous avons créé les conditions d’un débat large, public, sans doute toujours inégal et précaire, mais c’est par ses secousses opérées à la marge de l’ordre établi que nous somme à même d’inscrire dans l’air du temps des problématiques autrement ignorées.

 

5/ Demande-t-on de Noël Godin et de son cri de guerre (Gloup ! Gloup !) qu’il soit efficace et argumenté, lorsqu’il entarte Bernard-Henry Lévy ?

Attend-on de ceux qui subissent de plein fouet le racisme véhément qui gangrène toujours plus l’espace démocratique, attend-t-on de ses personnes qu’elles se contentent de glisser deux ou trois questions polies à l’issue d’une conférence qui tient du monologue ?

L’interdiction du voile à l’école, la criminalisation des mouvements de boycott des produits issus des colonies israéliennes, l’interdiction dans la rue du voile intégral, l’irruption jusque dans la vie privée par des dispositifs législatifs (telle que l’interdiction, chez elles ( !) du voile pour les nounous en France), les censures que subissent les artistes et chanteurs identifiés comme « maghrébins » ou « musulmans », la tenue de débats « en démocratie » de thèses racistes et fascisantes, sont-elles le fait de l’extrême-droite de Marine Le Pen et de Filip Dewinter, ou au contraire surviennent-elles dans un climat musulmanophobe entretenu par Caroline Fourest et ses soutiens ?

Pense-t-on qu’une légitime colère exprimée par les individus qui ressentent jusque dans leur chair les conséquences de ce climat xénophobe doit obligatoirement être efficace pour être salutaire ? Est-il même envisageable, dans ledit climat, au point où nous en sommes aujourd’hui, qu’une action antiraciste puisse être efficace ?

 

Plutôt que de lyncher un chercheur de l’ULB qui a l’immense mérite de secouer la monotone orthodoxie de l’ULB, ronronnement favorisé par la bureaucratisation issue du processus de Bologne, penchons-nous sur ces dernières questions. Les explorer sera la seule manière de répondre à des attentes légitimes et à un vrai débat, lui urgent.

 

6/ « Je suis un Nègre des champs » (Malcolm X)

« Le Nègre, il t’emmerde » (Aimé Césaire)

 

Abdellah Boudami, étudiant en science politique à l’Université libre de Bruxelles.

 

 

[1] Essentialisation qui prend le pas sur les diverses tendances et sensibilités des musulmans, les enfermant dans un déterminisme purement constitutif d’un racisme évident. Extrait édifiant de l’article du WSJ : « Soit ils [les musulmans] choisissent l’option djihadiste comme Aymen al Zawahiri, No 2 et cerveau de Al-Qaeda, ou soit ils optent pour une approche « réformiste », des Islamistes inspirés par les Frères Musulmans tous poursuivant le même rêve, prescrit par Hassan Al-Banna, pour faire en sorte que « le drapeau de l’Islam flotte partout ou vit un Musulman » ».

 

[2] Etudes de cas : Soeur Caroline Fourest et ses ami(e)s : http://lmsi.net/-Soeur-Caroline-Fourest-et-ses-ami-

 

[3]  Notamment ici : Sébastien Fontenelle et collectif, Les Editocrates, ou comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n’importe quoi, Editions La Découverte, 2009 ; Pascal Boniface, Les intellectuels faussaires : Le triomphe médiatique des experts en mensonge, Gawsewitch Editeur, 2011 (liste non exhaustive).

 

[4] Ce qui n’est même pas vrai. Ce que les médias taisent, c’est que lorsque Souhail Chichah s’est décidé, après avoir lancé des slogans, à argumenter sa démarche, le micro a été coupé et le chahut tel que l’on entendait plus rien. Par ailleurs, entouré d’une foule de personnes qui vous filment et vous invectivent en même temps, avec Caroline Fourest qui fait quasi du front-contre-front, je défie quiconque de s’exprimer aisément.

Lettre ouverte à Souhail Chichah de Michel STASZEWSKI



Date : Thu, 9 Feb 2012 21:55:49 +0100

J’ai pris connaissance de ce qui s’est passé mardi dernier à l’ULB lors de la conférence dont le titre était « L’extrême droite est-elle devenue fréquentable ? »,  présidée par Guy Haarscher et dont les orateurs étaient Hervé Hasquin et Caroline Fourest.

L’action visant à empêcher ce débat de se tenir m’a très fort choqué et mis en colère. Et le fait que tu en sois à l’initiative m’a fortement  étonné.

En effet, à la suite du houleux débat sur le thème de la liberté d’expression organisé à l’ULB par le Cercle du Libre Examen le 20 septembre 2010, tu avais été victime de diffamation et je fus parmi ceux qui avaient pris ta défense. Les circonstances dans lesquelles ce débat s’était déroulé m’avait aussi incité à coucher sur papier mes réflexions sur le même thème dans un article paru dans « Points Critiques », le mensuel de l’Union de Progressistes Juifs de Belgique : « De la liberté d’expression et de ses usages » (il est reproduit ci-joint). J’y défendais l’idée que, pour un démocrate, sanctionner la liberté d’expression n’est admissible qu’a posteriori et uniquement dans les deux cas suivants : la diffamation et l’incitation à la haine raciale. Tu en avais pris connaissance et tu m’avais écrit que tu partageais entièrement mon point de vue.

Je suis bien obligé de constater aujourd’hui que tu as changé d’avis.

Je sais qui est Caroline Fourest et j’ai le plus grand mépris pour son « œuvre ». Je sais l’eau qu’elle apporte au moulin de l’islamophobie. J’admets aussi sans problème qu’il y avait peu de chance que le débat soit intéressant car rassemblant des personnes que je pense être, pour l’essentiel, « du même bord » idéologique. Dans « De la liberté d‘expression et de ses usages », je déplorais d’ailleurs que la majorité des « débats » publics aient lieu entre des personnes qui défendent des points de vue proches, que les débats vraiment contradictoires soient de plus en plus rares.

Mais rien ne peut justifier à mes yeux qu’on empêche un débat d’avoir lieu. Car ceux qui se livrent à de tels actes bafouent un des fondements principaux de la vie démocratique : la liberté de s’exprimer et de débattre publiquement.

Et si votre intention était de commettre un acte de représailles à l’encontre de personnes ou d’institutions qui ont fait interdire des débats dans le passé, je considère que vous vous engagez dans un cycle infernal indigne de démocrates et extrêmement dangereux pour la démocratie : où va-t-on si chacun se met à s’arroger le droit d’interdire à d’autres de s’exprimer publiquement sous prétexte qu’on s’attend à des propos très critiquables et/ou à une absence de débat contradictoire entre orateurs invités ?

Malgré le fait que nous sommes loin d’être tous égaux pour ce qui concerne l’accès aux médias de masse, en démocratie nous ne manquons pas de possibilités de réagir à l’expression d’idées que nous n’apprécions pas. Dans le cas présent, rien ne vous empêchait d’exprimer votre indignation sur Internet, en distribuant un texte à l’extérieur de l’auditoire ou en intervenant dans le débat.

Ce qui me met aussi en colère est le fait que, par cette action, au lieu de contribuer à lutter efficacement contre l’islamophobie, vous donnez du grain à moudre aux islamophobes qui auront beau jeu d’en rajouter une couche sur ces « musulmans fanatiques »  qui « veulent nous imposer la charia ».

Mais cette colère que je ressens aujourd’hui ne m’empêchera pas, comme je l’ai fait par le passé, de m’opposer aux amalgames et à la diffamation : j’ai déjà entendu certains de ceux qui entretiennent systématiquement la confusion entre antisionisme et antisémitisme te traiter à nouveau d’antisémite.

Michel Staszewski

source : par courriel

Syrie/Homs : message de Khaled Abou Salah, activiste dans le quartier de Bab ‘Amro


« Nous vous appelons, O peuple d’Alep et Damas, à descendre dans les rues en soutien à Homs ! Nous vous appelons, et les larmes noient les yeux de nos femmes et nos enfants, au même titre que le sang noie le quartier de Bab ‘Amro à Homs en ce moment !Faites quelque chose de toute urgence… Faites quelque chose pour arrêter notre massacre… Envoyez et partagez ce message, même par SMS s’il le faut, aux habitants d’Alep et de Damas… Nous vivons nos dernières heures… Et à chaque fois qu’on se souviendra de nous, parlez en bien de nous et priez pour nos âmes… Ce sont nos adieux… Nous vous confions la Syrie…
http://www.maghress.com/fr/video/193550

Quand la France envahissait et bombardait la Syrie


jeudi 9 février 2012, par François-Guillaume Lorrain

Photo : La Grande Mosquée des Omeyyades, à Damas. © Abd Rabbo / Sipa

***

La France, depuis quelques mois, est omniprésente sur la question syrienne. Car ce pays occupe depuis longtemps une place de choix dans la diplomatie hexagonale. Il faut en revenir aux accords Sykes-Picot. Ce dernier est consul à Beyrouth, il sera aussi, pour l’anecdote, le grand-oncle de VGE. Que prévoient ces accords signés en 1916 entre la France et la Grande-Bretagne ? Le dépeçage pur et simple du Moyen-Orient, encore aux mains des Ottomans, avec, pour chaque pays, une part du gâteau. Aux Français sont promis le Liban et la Syrie, aux Anglais la Palestine et l’Irak. Cet accord met fin à la Syrie historique, qui comprenait également le Liban, la Jordanie et la Palestine.

Comme souvent à l’époque, il s’agit d’accords secrets, mais qui ne le resteront plus en janvier 1918, après la révolution bolchevique : la Russie, en 1916, avait en effet participé aux discussions et le nouveau gouvernement rouge, pour embarrasser Français et Anglais, transmet le document aux Ottomans. Les forces arabes, encouragées par le couple franco-anglais, et qui tentent également de se débarrasser des Turcs, sont aussi effondrées : on leur a promis l’indépendance après la guerre. Il va s’ensuivre une partie de poker menteur entre la France et Fayçal, leader de la lutte syrienne, qui, après avoir libéré Damas des Ottomans en 1918, parvient à créer un premier État indépendant au début de l’année 1920. Le terrain était libre en effet depuis le départ des troupes anglaises qui ont quitté le pays fin 1919.

La Syrie est une tache dans la mémoire française

Mais la France du Bloc national ne l’entend pas de cette oreille. Elle a déjà résisté aux conclusions d’une commission mandatée par les Américains durant les négociations du traité de Versailles. Le verdict est clair : les Syriens ne veulent pas d’un mandat français. Clemenceau rejette ces conclusions, enfume Fayçal venu négocier à Paris, et, en avril 1920, est signé le trop méconnu traité de San Remo. Ce traité, avalisé par la SDN, accorde le mandat de la Syrie et du Liban à la France, qui ne compte pas lâcher ce fruit de la Première Guerre mondiale. Notre pays entend se placer dans la course au pétrole et dans les négociations avec la Grande-Bretagne, celle-ci récupère Kirkouk pour l’Irak contre une participation française dans l’exploitation pétrolière.

Le 14 juillet 1920, date éminemment symbolique, la France, par la voix du général Gouraud, haut-commissaire au Liban et en Cilicie, lance un ultimatum à la Syrie, qui ne fait pas le poids. Une seule bataille, à Maysaloun*, permet aux Français de l’emporter facilement. Dix jours plus tard, les troupes françaises du général Goybet entrent dans Damas. Ce serait un euphémisme de dire qu’ils sont accueillis en libérateurs. Passons sur les découpages, les tripatouillages – Oms est choisie un moment comme capitale – qui engendrent un long cycle de révoltes entre 1925 et 1927. La France modernise le pays, mais ce dernier n’aspire qu’à son indépendance. Le Front populaire semble débloquer la situation avec les accords Viénot, mais ils ne sont pas ratifiés par le parlement français.

Si bien qu’en 1940 la Syrie est encore française. Fidèle à Vichy, elle est l’objet de tractations entre Darlan et les Allemands qui obtiennent, lors du traité de Paris, en 1941, des bases aériennes : on est au sommet de la collaboration militaire entre la France et l’Allemagne. Les Anglais sont furieux et mènent très vite campagne, soutenus par les forces naissantes des Français libres. La Syrie est une tache dans la mémoire française : la campagne de Syrie (juin-juillet 1941) voit s’affronter Français fidèles à Pétain et FFL.

« De vrais salopards »

L’an dernier, dans notre numéro 1966 consacré aux Compagnons de la Libération, Robert Galley nous confiait ses souvenirs de cette campagne : « J’ai su que les Vichyssois recevaient des avions allemands, ce qui m’a persuadé de me battre contre eux, même s’ils étaient français. Ils ont signé l’armistice avec les Anglais à 11 heures du matin, mais juste avant, de 9 à 11 heures, ils ont vidé sur nous tous leurs casiers à munitions. De vrais salopards. » Inutile de préciser que tout ne fut pas rose dans les camps de prisonniers vichyssois à Tripoli.

Autre épisode intégralement oublié des relations franco-syriennes, et même de l’histoire de notre pays : le 29 mai 1945, alors que la lutte du parti Baath pour l’indépendance s’intensifie, le gouvernement français, sous la présidence du général de Gaulle, donne l’ordre au général Oliva-Roget de bombarder Damas. Une partie de la ville est détruite, on dénombre des centaines de morts. Événement comparable à la répression de Sétif en Algérie, qui a eu lieu trois semaines plus tôt, mais dont on ne parlera presque jamais, car elle n’a eu aucune suite sinon l’intervention des Anglais. Les Britanniques reprennent enfin la main, dans des conditions encore à élucider, et la Syrie obtient son indépendance en 1946.

Il ne s’agit évidemment pas de comparer des bombardements français avec les bombardements actuels, intolérables, inadmissibles, sur les populations civiles. Il s’agit seulement, aussi désagréable cela soit-il, de rappeler des faits largement ignorés.

(09 février 2012 – Par François-Guillaume Lorrain)

*[anniebannie : un peu court, Maysaloun. Jugez plutôt :

Wikipedia : Youssef al-Azmeh (يوسف العظمة) (ou Yusuf al-Azmah, Yousef Al-Azama, Yusuf Al-Azmeh, Yousef Al-Azmeh) (1884 – 24 juillet 1920) était un militaire syrien originaire du vieux quartier de Chaghour a Damas. Son père était directeur des finances a la ville de Homs . et sa mere : Leila Cherbaji d’une grande famille de Damas. De 1918 à 1920, il a été ministre de la guerre, et chef d’État major du roi Fayçal.

En 1906, Azmeh obtient son diplôme à l’académie militaire ottomane d’Istanbul. Général ottoman pendant la Première Guerre mondiale, il a rejoint la révolte arabe contre le pouvoir impérial ottoman, jusqu’à l’indépendance de la Syrie en 1918. La Société des Nations, ayant accordé un mandat aux français en Syrie (grâce à l’accord Sykes-Picot) le général Gouraud lance un ultimatum contre le gouvernement syrien leur demandant de déposer les armes. Ne pouvant résister aux français, la Syrie accepte de se placer sous mandat français, mais Azmeh refuse la défaite et forme une armée de partisans. Son armée est estimée à environ 5000 hommes, elle mélangeait des soldats irréguliers, des volontaires et des bédouins. Azmeh savait à l’avance qu’il ne pourrait pas vaincre les Français avec cette armée, mais il voulait leur signifier que les Syriens n’accepteraient pas un mandat sur leur pays.

Le 24 juillet 1920, Azmeh quitte Damas pour Khan Maysaloun, où il a mené sa bataille contre l’armée française du général Gouraud. Azmeh trouve la mort lors de la bataille, ce qui permet aux forces françaises d’entrer à Damas le 25 juillet 1920.

Azmeh est considéré comme un héros national en Syrie, une statue de lui se trouve à Damas, et beaucoup de rues portent son nom.]