Histoire de Hama : souvenirs du peintre Khaled Al-Khani
Première partie
Introduction par Off the Wall
Tableau du peintre syrien Khaled Al-Khani

Le 30e anniversaire du massacre de Hama a lieu en février 2012. Cet anniversaire revêt cette année-ci une signification particulière. Les Syriens ont en effet abattu la barrière de la peur et ils parlent maintenant ouvertement des événements qui ont filtré il y a 30 ans dans leur pays. A présent, même l’observateur le plus obtus se rend compte des mensonges du régime Assad; ceci a amené beaucoup d’entre nous à chercher la véritable histoire de Hama, histoire que le régime a essayé de supprimer pendant des décennies en diabolisant les Frères musulmans et en cachant par extension l’ histoire des victimes innocentes de Hafez Assad et de ses bourreaux. Selon les habitants de Hama, ces derniers auraient tué 40.000 victimes, sans parler des viols, des pillages et d’actes de barbarie dont les bandits maintenant vieillissants essaient de se rejeter la responsabilité.
Les fils des assassins du massacre de Hama, aidés sans aucun doute par certains participants de cette génération, essayent maintenant d’écraser l’actuel soulèvement syrien avec la même combinaison de brutalité, de mensonges et de tromperie. Il devient de plus en plus nécessaire de récupérer la véritable narration de Hama. C’est l’histoire des enfants qui ont assisté à l’assassinat de leur père et de leur frère aîné, des femmes qui ont été violées et tuées de sang-froid et de quartiers entiers de la ville complètement rasés avec une haine vengeresse qui nous fait honte à tous.
Mon ami Khaled Al-Khani, qui était alors âgé de sept ans, est à présent un peintre syrien connu. Il raconte l’histoire du massacre tel qu’il l’a vécu à travers le meurtre de son père, et son propre exode avec quelques femmes et enfants qui ont survécu à la machine meurtrière d’Assad. Dans cet article et dans les deux suivants je vais essayer de traduire les mémoires de Khaled pour les lecteurs. C’est ma seule façon de dire au gang des Assad que nous tiendrons pour responsables les auteurs de ce massacre et que nous ne vous permettrons jamais de recommencer. Jamais plus.
Histoires de Hama (souvenirs du peintre Khaled Al-Khani) première partie.
Je ne sais pas ce qui m’est arrivé aujourd’hui … ? Je ne veux pas continuer à me cacher et je vais aller à mon atelier et à toutes les manifestations. Je ne peux pas continuer à cacher ma véritable identité. Moi, l’artiste, devenu un rebelle depuis l’incident de l’ambassade libyenne. Ma transformation n’a rien à voir avec mes souvenirs lointains de Hama, du meurtre de mon père, de la mort de la ville de mon enfance, du viol de nos femmes, de notre emprisonnement, des bombardements et de la prise de la ville et du déplacement forcé des survivants vers la campagne afin d’occulter les crimes.
Je jure devant Dieu que je n’ai pas de haine et que je ne cherche pas la revanche, mais uniquement le châtiment. Ma tristesse actuelle vient de ce que j’apprends quotidiennement autour de moi. Nous manifestons, ils tirent sur nous à balles réelles, nous suivons alors un convoi funéraire et ils nous bombardent d’une pluie de plomb. Et quand une fois de plus nous nous suivons un enterrement, ils recommencent et ils recommencent. Nous restons à la maison, ils démolissent la porte, nous arrêtent et intimident nos mères et si je ne suis pas tué quelqu’un d’autre le sera.
Je le jure devant Dieu, j’aime la vie mais j’aime encore plus la justice. S’ils vous plaît, dites-moi ce que je dois faire. Je ne sais pas ce qui m’est arrivé aujourd’hui. Aujourd’hui, je me souviens, plus que tout autre jour. Je me souviens de mon père. Mon père était ophtalmologue à Hama. Il n’était pas membre des frères musulmans, mais il a pris le parti de sa ville violée. Croyez-moi, la moitié des habitants de Hama peuvent en témoigner. Ils lui ont arraché un oeil alors qu’il était toujours vivant, ensuite il l’ont tué et ont mutilé son corps. J’étais petit lorsque nous l’avons enseveli et je me souviens qu’il n’avait pas d’yeux.
En février 1982, j’avais six ans et j’étais en première. Nous venions de terminer le premier semestre et j’étais parti en vacances, et quelles vacances ! La nuit, tandis que nous dormions, le silence était rompu par des sons bruyants qui transformaient la sérénité du lieu en une horreur de meurtre. La panique de ma tante qui m’avait élevé était évidente ; je dormais avec elle pour combler son instinct maternel car elle s’était jamais mariée et elle vivait donc avec nous dans notre belle maison arabe traditionnelle. Le reste de ma famille et mon père et ma mère dormaient à l’étage. Bientôt, les voix de mes soeurs et de mes parents sont devenues de plus en plus fortes arrivant jusqu’à la chambre de ma tante à mesure que les tirs s’intensifiaient. Ma mère a dit à mon père «ne t’ai-je pas dit qu’il fallait rester à la ferme ? » Pendant des années, cette phrase est restée gravée dans ma mémoire et l’idée que mon père avait quitté la ferme me faisait très mal et je ne lui ai pardonné que plus tard quand j’ai reconnu que c’était le destin.
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Le son des tirs de balles remplit une vie. C’est la première fois que j’entendais les balles siffler. Le son a augmenté et augmenté et ensuite il y eut les explosions. Les heures ont passé et quelques voisins ont commencé à venir chez nous. Partout c’était le chaos : les enfants pleuraient, les femmes lisaient le Coran et l’inquiétude était générale. Ceci a continué pendant trois jours et ensuite nous avons entendu une grande explosion. Mon père a dit qu’un obus était tombé sur le toit. La maison a tremblé et la poussière a envahi mes poumons comme le reste de la maison; les femmes récitaient la sourate de Yacine. Entre-temps nous avons entendu des cris perçants et mon père a dit que nous devions quitter la maison le plus vite possible; nous sommes donc sortis et les gens se sont rassemblés en criant. La panique englobait tout le monde et nous sommes allés à la maison d’un voisin, ensuite nous sommes descendus dans une cave sombre que les hommes croyaient être plus sûre. Nous étions trop nombreux pour ce local et nous sommes restés là-dedans pendant trois jours alors que tirs se poursuivaient sans arrêt. Puis, un tir d’obus, et la sourate Yacine continuait à monter vers le ciel, ensuite un deuxième obus et un troisième qui ont fortement secoué la cave. Aucun de ceux qui s’étaient réfugiés dans la cave n’était blessé, mais beaucoup d’habitants de notre quartier sont morts et beaucoup ont été blessés. Le médecin qui vivait dans le voisinage a pu en sauver quelques-uns. Nous sommes restés dans la cave jusqu’à ce que le bombardement et les coups de feu se soient calmés et ils nous ont fait sortir en nous disant que nous devions nous réfugier dans un quartier plus sûr. Nous étions loin de nous douter qu’ils se trompaient car ils ne se savaient pas que nous étions en plein génocide. Nous nous sommes hâtés vers le quartier d’Ameeriyyah en traversant le marché de Hadher. Nous avons dû traverser certaines rues à quatre pattes parce qu’ il y avait des francs-tireurs partout.
Après des difficultés incroyables, nous sommes arrivés au quartier d’Ameeriyyah en rampant pour traverser la dernière rue. Mon père aidait ma vieille tante à laquelle je m’accrochais. Ma mère et mes soeurs ont traversé avec le reste des gens et nous trois, nous sommes restés. Mais ensuite mon père m’a demandé de partir avec tout le monde et j’ai refusé parce que je voulais rester avec ma tante qui m’avait élevé. Il m’a obligé à rattraper ma mère et les autres et il est resté avec ma tante et c’est la dernière fois que j’ai vu mon père en vie.
Dans le district d’Ameeriyyah, nous avons continué à chercher un abri et nous avons trouvé une cave remplie de gens, mais ils ne nous ont pas laissés entrer parce que nous étions trop nombreux (presque toute la population du quartier de Baroudeye). Plus tard, ils ont laissé entrer mon père et ma tante parce qu’ils n’étaient que deux. C’est dans le refuge d’ Ameeriyyah que mon père a été arrêté et c’est là que ma tante a été témoin de sa mort et a survécu pour nous raconter ce qui était arrivé.
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Notre groupe a suivi la route vers le nord d’ Ameeriyyah où nous avons trouvé un abri plus grand pouvant nous accueillir tous. Nous sommes restés dans cet abri jusqu’à l’arrivée de » l’armée arabe syrienne » qui a transformé l’abri en prison. Ils ont fait sortir de l’abri tous les hommes y compris les jeunes et les ont rapidement exécutés devant la porte et ils ont arrêté les hommes âgés. Seules les femmes et les enfants sont restés sur place. Certaines pleuraient tandis que la majorité a été obligée à crier, sous la menace du fusil (« par notre âme, par notre sang nous nous sacrifions pour toi Hafez » بالروح بالدم نفديك يا حافظ et « Dieu, il est plus que temps que Hafez prenne ta place ) , cela afin de nous humilier davantage. Nous sommes restés enfermés pendant trois jours, pendant qu’ils tuaient et assassinaient tous ceux qu’ils voulaient. Nous n’avions pas à manger et je me souviens de l’odeur de l’endroit. C’était insoutenable. Nous entendions constamment des cris à l’extérieur, les voix des femmes que l’on violait et les cris de ceux qu’on torturait -et il m’est encore difficile d’en parler jusqu’à maintenant. Certaines femmes avaient quelques bonbons ou des chocolats et avant qu’ils n’emmènent les hommes, un des soldats nous avait apporté du pain et des olives que nous avons partagés, mais il y en avait beaucoup trop peu. Les femmes lisaient constamment le Coran, mais à voix basse. Ensuite la porte s’est ouverte et ils nous ont ordonné de sortir parce qu’ils allaient maintenant nous exécuter. Nous sommes sortis en criant « nous sacrifierons notre sang pour toi…. » ,mais ils nous ont alors dit de prendre la direction de la route d’Alep et de sortir de la ville.
Nous avons marché, les bras en l’air en répétant ce qu’on nous disait de dire.
Le paysage était irréel ; il y avait plein de cadavres, bouffis, avec du sang noir, et nous avons parcouru les rues jonchées de cadavres où tout était détruit. Nous avons marché jusqu’à la mosquée Omar Ibn Khattab (vous en avez entendu parler récemment puisque c’est de cet endroit que son parties les manifestations réclamant la liberté). La mosquée était totalement détruite et il ne restait que la salle des ablutions. A l’intérieur des soldats ont pointé leurs armes sur nous, des fusils et des mitraillettes, et nous ont obligés à nous coucher le visage contre terre. Ensuite ils nous ont emmené dans la salle des ablutions et ils ont fermé la porte à clé. Des femmes ont demandé aux soldats de nous tuer et de laisser sortir tous les autres habitants de la ville, mais ils ont refusé. Quand nous sommes entrés dans la salle des ablutions, nous avons trouvé du pain couvert de moisissure et nous l’avons mangé. Il y avait également deux statues de colombes blanches. Je ne sais pas ce qu’elles faisaient là, mais pour moi elles signalaient le début du salut hors de ce bain de sang. La porte est restée fermée pendant un jour et demi, après quoi un des officiers nous crié : « celle qui attend son mari, son frère ou son fils ou son père qu’elle n’attende pas, parce qu’ il ne sortira pas vivant et il ne reviendra jamais ».
Ils nous ont lâchés en direction d’Alep, nous avons marché plus de 10 km aussi vite que possible et nous pleurions et les femmes, pieds nus, lisaient le Coran et chaque fois que nous entendions des tirs, nous nous couchions par terre jusqu’à ce que nous soyons arrivés à l’endroit où ils avaient autorisé les villageois à aider les survivants. Qu’est-ce que je peux dire… Je jure par Dieu que ceci n’est que la pointe de l’iceberg.
(à suivre)
Traduction de l’anglais : anniebannie
En Syrie, le martyre de Homs continue
D’après des sources contactées par La Liberté, des tirs à l’artillerie lourde frappent encore et toujours Homs. Sans compter les civils armés à la solde du régime. Témoignages.

Un homme blessé, dans un hôpital du quartier de Khalidiya, à Homs, en Syrie, le 4 février 2012 (Reuters)
Il n’y a pas que les bombes qui inquiètent Saif Abou Zeid, un habitant sunnite d’Homs que La Liberté a pu atteindre mercredi par téléphone satellite. « Les snipers sont postés partout sur les toits des immeubles alaouites alentour », explique cet habitant de Bab Tadmor, un quartier sunnite limitrophe de celui de Zahra à majorité alaouite (de la confession du président Bachar el-Assad).
« Depuis plusieurs jours, les snipers tirent sur tout ce qui bouge dans ma zone qui n’est pourtant pas tenue par des insurgés. Rien que ce matin, j’ai déjà vu huit personnes tomber sous leurs balles. C’est terrible. »
Mais ce que Saif Abou Zeid craint plus encore, ce sont les descentes nocturnes des chabihas de Bachar el-Assad, ces miliciens sans pitié.
« Des dizaines de personnes de mon quartier ont déjà été massacrées par les chabihas. Mercredi matin encore, trois familles de la rue Al Sabil ont été égorgées par ces civils armés. Ils investissent les secteurs sunnites et tuent ses habitants en quelques minutes avant de s’évanouir dans la nature. Ils veulent nous terroriser avant de nous exterminer. Le régime veut une guerre confessionnelle dans ce pays. »
« Qu’on nous donne des armes »
Soudain Saif Abou Zeid se tait. Il pleure de longues minutes. De désespoir. De haine. De crainte aussi pour sa famille qui tente de survivre dans l’enfer qu’est devenu Homs, une ville en état de siège. Puis il se reprend. Et d’un ton ferme, il explique qu’il attend une réaction de la communauté internationale.
« Si elle ne veut pas intervenir directement en Syrie, au moins qu’elle nous donne des armes pour nous défendre. Elle ne peut nous laisser nous faire massacrer sans réagir. Pour le moment, je ne peux défendre les miens qu’avec un couteau de cuisine. »
La situation est encore pire à Baba Amr, un des quartiers de la cité défendue par l’Armée syrienne libre (ASL) où l’armée syrienne loyaliste continue ses pilonnages intensifs.
Jour et nuit, des obus de mortier, des missiles Grad russes et des RPG tombent dans ses rues et sur ses immeubles, semant la terreur et la mort parmi les 40 000 civils qui y vivent, dans les caves pour la plupart. Mercredi, plus de 50 personnes – dont plusieurs enfants – ont été tuées, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) basé à Londres.
L’électricité coupée par les fidèles d’Assad
« Nous avons perdu aussi 18 bébés prématurés ces derniers jours », explique Mohamed, médecin à l’hôpital Al Walid. La faute à l’électricité qui a été coupée par les autorités restées fidèles à Bachar el-Assad.
« Les couveuses ne pouvaient plus fonctionner. Nous les avons vu mourir. C’est terrible. »
Mohamed et ses collègues manquent de tout : de médicaments, de pansements, d’instruments de chirurgie pour sauver les nombreux blessés qui affluent dans les centres de soins. « Les ambulances ne peuvent plus pénétrer dans le quartier. Tout comme le Croissant-Rouge syrien », constate le médecin qui se demande où sont les organisations humanitaires internationales. « Où est le CICR (Comité international de la Croix-Rouge) ? », lance-t-il finalement, telle une prière.
« Ils attendent que ce régime de fous nous extermine comme des rats. Les uns après les autres. Ce qui se passe ici, c’est un massacre collectif. On ne peut même pas sauver les blessés. »
« Ramper dans nos propres maisons »
Le froid aussi commence à faire des victimes. « De nombreuses fenêtres des immeubles de Baba Amr ont volé en éclats à cause des bombardements », témoigne Abou Hached, un habitant d’un quartier très exposé aux tirs de mortier.
« Le vent glacial s’infiltre partout. Et nous n’avons ni électricité, ni mazout, ni bois pour nous chauffer. Nos enfants sont en danger. Même cachés dans nos appartements, nous restons des cibles pour les snipers. Nous devons ramper pour nous déplacer dans nos propres maisons. »
Un autre témoin parle d’un blocus complet des quartiers insurgés dont les habitants vont mourir à petit feu. « L’armée du régime de Bachar a creusé de profondes tranchées de six mètres de largeur pour nous couper du reste de la ville. Les voitures ne peuvent plus circuler. Nous ne pouvons plus nous ravitailler. » Les réserves de vivres fondent d’ailleurs à vue d’œil.
« Nous avons arrêté de compter nos morts »
« Sortez-nous d’ici », crie Madiha, une mère de famille.
« Il y a des vieux, des bébés, des enfants à Baba Amr. Leur vie est en danger. Nous n’avons jamais rien vu de tel depuis le début de la contestation, il y a onze mois. Chaque minute, des obus tombent. Nous avons arrêté de compter nos morts. Ce ne sont pas les kalachnikovs de l’ASL qui vont nous défendre, nous les civils. »
Des civils qui savent désormais ce que pèsent les promesses de leur président Bachar el-Assad. Rappelez-vous que lundi il avait expliqué à Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, vouloir mettre un terme aux violences et était prêt à « coopérer » à tout effort pour la stabilité de la Syrie. Les habitants de Homs, cité martyre, peuvent témoigner du contraire…
Les dissidents sont dépassés
Après onze mois de révolution, l’Armée syrienne libre (ASL) semble dépassée par l’ampleur de la tâche. A Homs, les civils que nous avons contactés nous avouent que les militaires insurgés passent le plus clair de leur temps à se cacher parmi la population. Ils comprennent que leurs fusils d’assaut et les quelques RPG qu’ils possèdent ne peuvent pas rivaliser avec la force de frappe de l’armée régulière. Un révolutionnaire syrien contacté à Istanbul admet que l’ASL manque de moyens financiers et matériels.
Mercredi, le Conseil national syrien (CNS) et l’Armée syrienne libre ont appelé les hommes d’affaires syriens et arabes à financer les opérations menées par les rebelles contre le régime de Bachar el-Assad.
« Avant nous pouvions récolter de l’argent pour aider les personnes dans le besoin. Mais depuis quelques semaines, les demandes ont explosé. Nous n’arrivons plus à suivre. »
Outre le fait que les routes de la Turquie et du Liban vers Homs sont de plus en plus surveillées, le régime s’est également acharné sur les hôpitaux de campagne installés dans les garages et les maisons de particuliers, poursuit ce médecin.
Autre épine dans le pied de l’ASL : elle doit composer désormais avec un nouveau venu sur le terrain, le Conseil militaire révolutionnaire supérieur de la révolution créé cette semaine par Mustapha Al Cheikh, un général déserteur de l’armée réfugié en Turquie. Faut-il y voir une nouvelle manipulation de Damas pour diviser les révolutionnaires ? Ou le début d’une scission dans les troupes combattantes ?
A voir même si les deux entités commencent déjà à se disputer le contrôle des 10 000 militaires qui ont déserté l’armée loyaliste et les 20 000 civils recrutés en onze mois de cette révolution qui vire à la guerre civile.
Pour la Syrie : à la Bourse ce dimanche
Rdv ce Dimanche 12 Février 2012 de 15h30 à 17 heures à la Bourse :
– Pour soutenir le peuple syrien qui se lève courageusement crier sa liberté!
– Pour dénoncer les crimes commis par le régime de Bashar el Assad!
– Pour le droit à la dignité et le respect des droits de l’homme!Il n’est plus question de discussion :
il faut agir pour la Justice!!
Rejoignez-nous! Crions notre colère! Nous n’acceptons pas!
Bachar est un assassin et les massacres qu’il est en train de commettre sont impardonnables
Débat contradictoire?
A propos de l’affaire du débat sur l’extrême droite avorté à l’ULB l’autre soir, quand Caroline Fourest s’est fait interrompre par des énergumènes criant « burqa bla-bla! », beaucoup de choses ont été dites, dont le principal est qu’on fait le jeu de ses adversaires politiques en leur appliquant un bâillon qu’ils peuvent ensuite brandir en criant à la censure. Parmi les arguments des partisans de cette interruption peu amène du débat figure en bonne place le fait que de débat il n’y avait puisque c’était en fait un monologue de Fourest à qui la soupe était servilement servie par Guy Haarscher. Ce n’est pas faux mais c’est en même temps un argument de bien mauvaise foi: combien de fois n’assiste-t-on pas à des débats réduits à des échanges complices entre amis? C’est presque la règle! Ceux qui critiquent Israël (par exemple, hein!) réunissent un plateau où tout le monde critique Israël. Et ceux qui défendent ce même Etat font de même de leur côté. C’est regrettable mais ainsi. Ou bien les organisateurs tiennent à ne donner qu’une facette des choses ou bien (plus rarement) ils ont échoué à trouver de vrais adversaires politiques prêts à exposer leurs arguments et à en discuter sereinement. C’est triste mais c’est comme cela.
Rectificatif : des intellectuels palestiniens au régime syrien : « Pas en notre nom ! »
Wadistocracy
Pour solliciter l’adhésion au syndicat des Écrivains syriens et en solidarité avec le peuple syrien.
C’est un honneur, pour nous, écrivains et signataires de cette déclaration, que de solliciter en tant que groupe d’être accepté au sein du syndicat des Écrivains syriens, récemment créé par des écrivains et intellectuels syriens qui soutiennent le peuple alors qu’il gravit les marches de la liberté, maculées de sang par la main du tyran. La création du syndicat des Écrivains syriens constitue un piller essentiel de la révolution syrienne et met le vrai intellectuel, homme et femme, à sa juste place aux côtés du peuple, comme un partenaire efficace dans la construction d’une nouvelle Syrie libérée de tout autoritarisme dynastique, différente, démocratique, d’un système civil fondé sur les droits des citoyens, qui embrasse les droits d’expression et de création, un système incapable de détourner la volonté des intellectuels syriens libres au moyen de structures falsifiées qui s’arrogent les potentialités de la culture, usurpent le rôle de la femme et de l’homme intellectuel et détournent sa volonté, des structures qui ne sont qu’un dispositif toujours aux mains du tyran et de ses appareils.
Maintenant plus que jamais, la Syrie a besoin d’une voix mature qui parle depuis le cœur de la Syrie, une voix qui renforce l’unité nationale et tire sa force de la diversité et de la richesse de la société syrienne (…) (qui servira de) base pour construire une démocratie.
Nous avons récemment entendu un représentant du régime syrien au Conseil de sécurité des Nations-Unies utiliser la cause palestinienne et son évolution douloureuse et honorable pour couvrir les crimes effroyables commis en Syrie. Nous disons au régime syrien et à ses représentants : ce n’est pas en notre nom, ce n’est pas au nom de la Palestine que ces crimes sont perpétrés dans notre Syrie bien-aimée, oh les tueurs ! N’utilisez pas notre juste cause pour masquer vos crimes inhumains contre nos frères et sœurs syriens. C’est le peuple syrien qui a, historiquement, adopté notre cause, et sacrifié des martyrs pour elle, pas votre régime, dont nous avons des souvenirs douloureux. Nous n’oublierons jamais son rôle dans le massacre de Tel Az-Zaatar en 1976, ni dans cet assaut épouvantable contre le camp de réfugiés de Nahr al-Baret près de Tripoli en 1983, ni le siège des camps à Beyrouth en 1985, ni aucun de tous ces autres actes qui ont affaibli amèrement l’unité nationale palestinienne. Ne vous servez pas du nom de Palestine, car ce nom n’est plus un atout pour vous.
Une Syrie unifiée, libre et démocratique est ce dont la Palestine a besoin, et c’est la Syrie qui est en train de naître aujourd’hui, du ventre d’une révolution sanglante déclenchée par un grand peuple. Nous sommes confiants que le nom de Palestine restera dans le cœur de ce peuple courageux, en révolte, et de son élite culturelle.
Mourid Barghouti (poète et écrivain)
Taher Riyad (poète)
Ghassan Zaqtan (poète)
Zuhair Abu Shayib (poète)
Azmi Bishara (intellectuel)
Mahmoud Ar-Rimawi (écrivain)
Ma’an al-Biyari (écrivain et journaliste)
Youssef Abu Laouz (poète)
Najwan Darwish (poète)
Rub’i al-Madhoun (romancier)
Adel Bishtawi (écrivain, romancier et chercheur)
Antoine Shalhat (écrivain et critique)
Fakhri Salih (critique)
Hussein Shaweesh (écrivain)
Huzama Habayeb (écrivain et romancier)
Nasr Jamil Shaath (poète)
Ahmed Abu Matar (critique universitaire, chercheur et militant)
Mohammad Khalil (écrivain)
Youssef Abdel Aziz (poète)
Moussa Barhouma (écrivain)
Issa Ash-Shu’aibi (écrivain)
Moussa Hawamdeh (poète)
Na’il Balaawi (poète)
Khalil Qandeel (écrivain)
Ghazi at-Theeba (poète)
Wissam Joubran (poète et musicien)
Omar Shabana (poète)
Qusai al-Labadi (poète)
Ali al-Aamari(poète)
Jihad Hudeib (poète)
Ziad Khaddash (écrivain)
Nasr Rabah (poète)
Bassem Al Nabrees (poète et écrivain)
Raji Bathish (écrivain)
Shaher Khadra (poète)
Raed Wahish (poète)
Asma Azaiza (poète)
Mahmoud Abu Hashhash (poète)
Khodr Mahjaz (écrivain, poète, chercheur, critique universitaire)
Bassel Abu Hamda (écrivain)
Ibrahim Jaber Ibrahim (écrivain)
Abdullah Abu Bakr (poète)
Osama al-Rantisi (écrivain)
Issam As-Saadi (poète)
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Naim al-Khatib (écrivain)
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Hanin Juma Takrouri (writer) Najwa Chamoun (poète)
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Bilal Salameh (poète)
Osama Abu Awad (écrivain)
Jaber Sha’at (poète)
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Nesma al-Aklouk (écrivain)
Othman Hussein (poète)
Rizk al-Biyari (poète)
Yasser al-Wiqaad (poète)
Subhi Hamdan (écrivain)
Imad Mohsen (écrivain)
Leila Violet (poète)
Tayseer Muheisen (écrivain, critique et militant politique)
Fayez As-Sirsawi (artiste visuel et poète)
Rajab Abu Sirriyeh (écrivain)
Fuad Hamada (critique universitaire, chercheur, et militant politique)
Mai Nayif (critique universitaire, chercheur et militant pour l’égalité des sexes)
Yusri Al-Ghul (écrivain et critique)
Hussein Abu An-Najja (écrivain et chercheur universitaire)
Nasr Aliwa (romancier et critique)
Abdel Karim Aliyan (écrivain et chercheur en enseignement)
Walaa Tamraz (chercheur et écrivain politique)
Omar Sha’aban (écrivain et chercheur) Hassan Mai (écrivain et critique universitaire)
Ma’an Samara (poète et journaliste)
Mohamad Hassouna (universitaire et critique)
Aoun Abu Safia (romancier)
Atif Hamada (poète et critique universitaire) Ghiath al-Madhoun (poète)
Rajaa Ghanem (poète)
Tariq al-Karmi (poète)
Ahmed al-Ashqar (poète)
Ali Abu Khitab (poète et écrivain)
Dunia al-Amal Ismail (poète)
Isra Kalash (écrivain)
Moussa Abu Karash (poète et écrivain)
Abdel Fitah Shihada (poète et romancier)
Yasser Abu Jalala (poète et artiste visuel)
Khalil Hassouna (poète et romancier)
Muheeb al-Barghouti (poète)
Abdel Nasr Aamer (poète et artiste visuel)
Nidal al-Hamarna (écrivain)
Ashraf Amro (écrivain)
Asma Nasr Abu Ayyesh (écrivain et journaliste)
Maya Abu al-Hiyaat (écrivain)
Zeinat Abu Shaweesh (écrivain)
Suzanne Salameh (poète)
Publication Wadistocracy :
Le texte original en arabe est disponible ici : https://www.facebook.com/notes/yass….
J’ai pris quelques petites libertés pour l’intérêt de la clarté et de la facilité du texte en anglais, mais en essayant de rester aussi fidèle au texte que possible. J’ai aussi pris la liberté d’ajouter « lui ou elle » (intellectuel) ce qui n’est pas généralement utilisé dans l’arabe pour des raisons de style mais je sens que c’est dans l’esprit de la déclaration puisque les femmes sont parmi les signataires.
Yassin Al Haj Saleh
9 février 2012 – traduit de l’arabe et publié par wadistocracy واديقراطية – traduction de l’anglais : Info-Palestine-JPP
http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=11785
Quelques considérations élémentaires à propos du chahutage de la conférence de Caroline Fourest à l’ULB
1/ La décision de mettre en place une initiative, initiative qui visait à exprimer notre mécontentement de voir Caroline Fourest invitée à « débattre » de l’extrême-droite, a été prise à plusieurs, suite à des discussions internes, avant d’être relayée sur les réseaux sociaux. Souhail Chichah, qui avait déjà fait l’objet de médiatisations et été au centre d’un débat public en 2010, s’est retrouvé propulsé à l’avant de la scène. Mais il va sans dire que chaque participant assume pleinement sa participation, et a adhéré aux principes de cette initiative en toute connaissance de cause, souvent sans même connaître ou côtoyer Souhail Chichah.
Je m’exprime ici en mon nom, et utilise le « nous » pour tous ceux du collectif ayant participé à l’action et qui estimerait se retrouver dans mes positions.
2/ Nous estimons que l’invitation de Caroline Fourest dans l’enceinte de l’Université libre de Bruxelles, pour une conférence durant laquelle elle devait s’exprimer à propos de l’extrême-droite et de son caractère éventuellement fréquentable, cette invitation revêtait un caractère inadmissible. Un argument étrange est souvent revenu dans la bouche de nos détracteurs : Caroline Fourest est venue ce soir-là déconstruire les thèses de Marine Le Pen et consorts. Autrement dit, si par ailleurs il est vrai qu’elle s’exprime un peu virulemment sur l’islam et les musulmans, il ne s’agissait pas dans son chef de parler de « nous », pour le coup, et donc nous aurions du poliment nous taire et acquiescer. Or il ne s’agit pas dans notre chef de disqualifier son analyse de l’extrême-droite, mais sa légitimité même à le faire. En effet, si le glissement opéré par l’extrême-droite en France et ailleurs pour déshumaniser les musulmans et attiser la haine à leur encontre s’est opéré sur le mode de la défense de la laïcité, il faut noter que les principaux arguments qui ont permis ce glissement sont très précisément développés dans les thèses, les ouvrages et les prises de position de Caroline Fourest. On pourrait même avancer qu’une figure comme Caroline Fourest est plus dangereuse que Marine Le Pen, car alors que cette dernière est située et avance à visage découvert, Fourest vernit d’un voile de respectabilité ce qui constitue la même trame raciste, les mêmes généralisations musulmanophobes.
Preuve en est, parmi des centaines d’autres, ce fameux article publié dans le Wall Street Journal le 2 février 2005, et intitulé « War on Eurabia » (Guerre de l’Eurabie, ce dernier terme étant très fréquemment utilisé par les néoconservateurs islamophobes les plus radicaux), dans lequel Caroline Fourest opère une essentialisation du musulman, le présentant comme membre d’une communauté homogène[1], d’une cinquième colonne dans le monde occidental, ce dernier étant la base arrière du recrutement des soldats d’un choc des civilisations en train de se dérouler. Il y a fort à parier que si l’on remplaçait le mot « musulman » par le terme « juif » dans le texte cité, Caroline Fourest n’attirerait pas la même sympathie, et il est évident que les chiens de garde d’un principe du « libre examen », au demeurant mourant et vidé de sa substance, auraient été moins prompts à sacraliser son droit à l’expression. A juste titre d’ailleurs. Et c’est là un « deux poids, deux mesures » qui ne contribue qu’à alimenter des ressentiments très légitimes.
Cela sans parler des analyses étayées et argumentées, démontrant sans doute aucun le caractère musulmanophobe prégnant tout au long des ouvrages de Caroline Fourest. Exemple parmi d’autres, le dossier édifiant proposé par le collectif Les mots sont importants[2]. Et ceci sans même aborder les cas nombreux et avérés de citations tronquées, de procédés malhonnêtes et de dispositifs mensongers dont Caroline Fourest est l’artisan régulier. Souvent épinglée[3], jamais remise en questions par ses laudateurs, on peut s’étonner qu’une Université basée sur le principe du libre examen ne s’embarrasse pas de ces éléments quelque peu à charge de « l’intellectuelle » et persiste à l’inviter une énième fois, dans ce qui semble être une illustration d’un syndrome « BHL » (maintes fois pris la main dans le sac des procédés honteux et des mensonges douteux, toujours invité et applaudi, par les mêmes d’ailleurs qui louent les travaux de Caroline Fourest)
3/ Concernant la liberté d’expression et l’importance du débat argumenté, quelques éclaircissements s’imposent. Premièrement, Caroline Fourest n’est pas venue débattre, mais profiter d’un boulevard offert sur mesure par ses laudateurs, sans qu’il n’y ait aucun espace de contradiction digne de ce nom, et alors même que l’absence d’interlocuteur contradictoire avait été utilisé comme prétexte afin de censurer des conférences antérieures. Toutes les libertés d’expression se valent, mais certaines plus que d’autres, apparemment. C’est là une nouvelle illustration de ce « deux poids, deux mesures » quasi systématique. Précisons qu’il a été demandé aux autorités de l’ULB de ne permettre ce débat qu’en cas de possibilité de contradiction, demande refusée.
En outre, cet espace lissé et cette soirée d’auto-congratulations se révèlent plus scandaleuses encore quand on sait l’espace médiatique outrancièrement accordé à Caroline Fourest, la popularité de ses thèses dans les médias traditionnels de gauche comme de droite, le caractère profondément dithyrambique des intellectuels et journalistes qui la vénèrent dans un champ médiatique où le renvoi d’ascenseur constitue le nœud des relations de copinages et de collusions politiques et médiatiques. Alors même qu’ont été démontrés ses recours aux mensonges et aux manipulations, tandis que ses thèses racistes sont relayés depuis plusieurs années dans le contexte de ce qui est présenté comme un choc des civilisations entre un Occident civilisé, assiégé, et une horde de musulmans fanatiques et liberticides, Caroline Fourest bénéficie en sus d’un espace à l’ULB où diffuser sereinement son venin.
Enfin, parler d’un espace de débat sans aborder la question des rapports de force que cet espace sous-tend, des disqualifications à la parole vécues par des groupes sociaux, et sans mettre en avant les tendances lourdes et les lignes de forces qui font que certaines représentations partagées prennent sens et légitimité dans une circulation circulaire et écrasante des idées, tandis que d’autres peinent à faire entendre leur voix, et bien c’est parler pour ne pas dire grand chose. Autrement dit, donner le micro à Souhail Chichah au milieu du chahut, signifier à la salle que ce dernier à deux minutes pour s’exprimer, s’étonner qu’il ne se saisisse pas de cette opportunité[4], c’est faire preuve d’une mauvaise foi assez ahurissante.
4/ Concernant maintenant le mode d’action utilisé et ses conséquences probables ou visibles, il convient également de recadrer le débat. Rappelons que le chahut comme moyen d’exprimer un mécontentement, comme façon de bouger les lignes de force, comme manière de bousculer l’ordre établi et faire évoluer les mentalités, non seulement est partie constitutive de la mémoire des luttes progressistes, traversant les époques et les nations depuis des décennies, mais qu’en plus de cela, l’Université libre de Bruxelles, dans sa noble tradition de précurseur des enjeux cruciaux dans les débats sociétaux et de remise en cause des schèmes et des représentations sclérosées, a vu des dizaines d’exemple de chahutages, bien plus sérieux et sans doute parfois bien moins pacifique que ce que l’on a pu voir en cette soirée du 7 février. Citons, entre autres, les évènements de Mai 68, le combat du MLF (Mouvement de Libération des Femmes, notamment lors de l’irruption de militantes sur le tombeau du soldat inconnu, ce qui avait été considéré à l’époque comme un blasphème et un sacrilège sans nom), les mouvements des droits civiques des années 1950 et 60 aux Etats-Unis, les occupations pour les droits des sans-papiers et contre la marchandisation de l’université, etc., etc. Ce qui sur le moment choquait et interpellait, est rétrospectivement et à la lumière des réalités vécues, considéré comme partie intégrante de luttes légitimes et salutaires.
Abordons l’argument de l’efficacité et de la stratégie. Nombre de détracteurs ont objecté que ce chahutage bon enfant n’a fait que renforcer le racisme et les clichés. C’est évidemment absurde. Le racisme ne s’apprécie pas à l’aune de la faute supposée de ceux qui ont sont victimes, et il serait assez risible, par exemple, d’objecter aux organisateurs et participants du mouvements de boycott des bus de Montgomery par les Noirs en 1950, dans le cadre du mouvement des droits civiques, que ce boycott n’arrangeait pas leur cause puisque cela radicalisait les positions ségrégationnistes. Ensuite, les évènements de la soirée du 7 février, bien plus que d’avoir renforcé quoique ce soit, n’ont fait que mettre en lumière des clichés, des réflexes racistes et des stéréotypes profondément ancrés. Ces évènements ont joué le rôle d’un sel dans une précipitation chimique, cristallisant et troublant ce qui jusque là semblait un liquide limpide et tranquille. Et c’est en cela, sans doute, que ce fut une réussite : il n’est qu’à se pencher sur les qualificatifs utilisés par les médias et certains acteurs du débats (entre autres jolies choses : « intégristes », « islamistes », « forme talibanesque » (sic !), « attentat », « étrangers à nos valeurs », la liste est longue… ) pour capter la réalité tangible de représentations collectives pour le moins discutables. Or, c’est précisément, à nos yeux, ce qui justifie que l’on s’oppose si vivement à Caroline Fourest, puisqu’elle incarne à merveille l’intellectuelle de gauche qui, elle et d’autres, ont rendu acceptable et relevant du sens commun des thèses aux relents racistes nauséabonds. Autrement dit : en brisant l’ordre tranquille du discours ronflant d’un racisme bienséant cassant du sucre sur le dos des racistes hérétiques du FN, en refusant de s’expliquer en deux minutes dans la précipitation (ce qui aurait d’ailleurs tué dans l’œuf la bonne suite du chahutage, puisqu’alors tout serait rentré dans l’ordre), en nous plongeant littéralement dans la gueule du loup, nous avons créé les conditions d’un débat large, public, sans doute toujours inégal et précaire, mais c’est par ses secousses opérées à la marge de l’ordre établi que nous somme à même d’inscrire dans l’air du temps des problématiques autrement ignorées.
5/ Demande-t-on de Noël Godin et de son cri de guerre (Gloup ! Gloup !) qu’il soit efficace et argumenté, lorsqu’il entarte Bernard-Henry Lévy ?
Attend-on de ceux qui subissent de plein fouet le racisme véhément qui gangrène toujours plus l’espace démocratique, attend-t-on de ses personnes qu’elles se contentent de glisser deux ou trois questions polies à l’issue d’une conférence qui tient du monologue ?
L’interdiction du voile à l’école, la criminalisation des mouvements de boycott des produits issus des colonies israéliennes, l’interdiction dans la rue du voile intégral, l’irruption jusque dans la vie privée par des dispositifs législatifs (telle que l’interdiction, chez elles ( !) du voile pour les nounous en France), les censures que subissent les artistes et chanteurs identifiés comme « maghrébins » ou « musulmans », la tenue de débats « en démocratie » de thèses racistes et fascisantes, sont-elles le fait de l’extrême-droite de Marine Le Pen et de Filip Dewinter, ou au contraire surviennent-elles dans un climat musulmanophobe entretenu par Caroline Fourest et ses soutiens ?
Pense-t-on qu’une légitime colère exprimée par les individus qui ressentent jusque dans leur chair les conséquences de ce climat xénophobe doit obligatoirement être efficace pour être salutaire ? Est-il même envisageable, dans ledit climat, au point où nous en sommes aujourd’hui, qu’une action antiraciste puisse être efficace ?
Plutôt que de lyncher un chercheur de l’ULB qui a l’immense mérite de secouer la monotone orthodoxie de l’ULB, ronronnement favorisé par la bureaucratisation issue du processus de Bologne, penchons-nous sur ces dernières questions. Les explorer sera la seule manière de répondre à des attentes légitimes et à un vrai débat, lui urgent.
6/ « Je suis un Nègre des champs » (Malcolm X)
« Le Nègre, il t’emmerde » (Aimé Césaire)
Abdellah Boudami, étudiant en science politique à l’Université libre de Bruxelles.
[1] Essentialisation qui prend le pas sur les diverses tendances et sensibilités des musulmans, les enfermant dans un déterminisme purement constitutif d’un racisme évident. Extrait édifiant de l’article du WSJ : « Soit ils [les musulmans] choisissent l’option djihadiste comme Aymen al Zawahiri, No 2 et cerveau de Al-Qaeda, ou soit ils optent pour une approche « réformiste », des Islamistes inspirés par les Frères Musulmans tous poursuivant le même rêve, prescrit par Hassan Al-Banna, pour faire en sorte que « le drapeau de l’Islam flotte partout ou vit un Musulman » ».
[2] Etudes de cas : Soeur Caroline Fourest et ses ami(e)s : http://lmsi.net/-Soeur-Caroline-Fourest-et-ses-ami-
[3] Notamment ici : Sébastien Fontenelle et collectif, Les Editocrates, ou comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n’importe quoi, Editions La Découverte, 2009 ; Pascal Boniface, Les intellectuels faussaires : Le triomphe médiatique des experts en mensonge, Gawsewitch Editeur, 2011 (liste non exhaustive).
[4] Ce qui n’est même pas vrai. Ce que les médias taisent, c’est que lorsque Souhail Chichah s’est décidé, après avoir lancé des slogans, à argumenter sa démarche, le micro a été coupé et le chahut tel que l’on entendait plus rien. Par ailleurs, entouré d’une foule de personnes qui vous filment et vous invectivent en même temps, avec Caroline Fourest qui fait quasi du front-contre-front, je défie quiconque de s’exprimer aisément.
Lettre ouverte à Souhail Chichah de Michel STASZEWSKI
Date : Thu, 9 Feb 2012 21:55:49 +0100
J’ai pris connaissance de ce qui s’est passé mardi dernier à l’ULB lors de la conférence dont le titre était « L’extrême droite est-elle devenue fréquentable ? », présidée par Guy Haarscher et dont les orateurs étaient Hervé Hasquin et Caroline Fourest.
L’action visant à empêcher ce débat de se tenir m’a très fort choqué et mis en colère. Et le fait que tu en sois à l’initiative m’a fortement étonné.
En effet, à la suite du houleux débat sur le thème de la liberté d’expression organisé à l’ULB par le Cercle du Libre Examen le 20 septembre 2010, tu avais été victime de diffamation et je fus parmi ceux qui avaient pris ta défense. Les circonstances dans lesquelles ce débat s’était déroulé m’avait aussi incité à coucher sur papier mes réflexions sur le même thème dans un article paru dans « Points Critiques », le mensuel de l’Union de Progressistes Juifs de Belgique : « De la liberté d’expression et de ses usages » (il est reproduit ci-joint). J’y défendais l’idée que, pour un démocrate, sanctionner la liberté d’expression n’est admissible qu’a posteriori et uniquement dans les deux cas suivants : la diffamation et l’incitation à la haine raciale. Tu en avais pris connaissance et tu m’avais écrit que tu partageais entièrement mon point de vue.
Je suis bien obligé de constater aujourd’hui que tu as changé d’avis.
Je sais qui est Caroline Fourest et j’ai le plus grand mépris pour son « œuvre ». Je sais l’eau qu’elle apporte au moulin de l’islamophobie. J’admets aussi sans problème qu’il y avait peu de chance que le débat soit intéressant car rassemblant des personnes que je pense être, pour l’essentiel, « du même bord » idéologique. Dans « De la liberté d‘expression et de ses usages », je déplorais d’ailleurs que la majorité des « débats » publics aient lieu entre des personnes qui défendent des points de vue proches, que les débats vraiment contradictoires soient de plus en plus rares.
Mais rien ne peut justifier à mes yeux qu’on empêche un débat d’avoir lieu. Car ceux qui se livrent à de tels actes bafouent un des fondements principaux de la vie démocratique : la liberté de s’exprimer et de débattre publiquement.
Et si votre intention était de commettre un acte de représailles à l’encontre de personnes ou d’institutions qui ont fait interdire des débats dans le passé, je considère que vous vous engagez dans un cycle infernal indigne de démocrates et extrêmement dangereux pour la démocratie : où va-t-on si chacun se met à s’arroger le droit d’interdire à d’autres de s’exprimer publiquement sous prétexte qu’on s’attend à des propos très critiquables et/ou à une absence de débat contradictoire entre orateurs invités ?
Malgré le fait que nous sommes loin d’être tous égaux pour ce qui concerne l’accès aux médias de masse, en démocratie nous ne manquons pas de possibilités de réagir à l’expression d’idées que nous n’apprécions pas. Dans le cas présent, rien ne vous empêchait d’exprimer votre indignation sur Internet, en distribuant un texte à l’extérieur de l’auditoire ou en intervenant dans le débat.
Ce qui me met aussi en colère est le fait que, par cette action, au lieu de contribuer à lutter efficacement contre l’islamophobie, vous donnez du grain à moudre aux islamophobes qui auront beau jeu d’en rajouter une couche sur ces « musulmans fanatiques » qui « veulent nous imposer la charia ».
Mais cette colère que je ressens aujourd’hui ne m’empêchera pas, comme je l’ai fait par le passé, de m’opposer aux amalgames et à la diffamation : j’ai déjà entendu certains de ceux qui entretiennent systématiquement la confusion entre antisionisme et antisémitisme te traiter à nouveau d’antisémite.
Michel Staszewski
source : par courriel
Syrie/Homs : message de Khaled Abou Salah, activiste dans le quartier de Bab ‘Amro
« Nous vous appelons, O peuple d’Alep et Damas, à descendre dans les rues en soutien à Homs ! Nous vous appelons, et les larmes noient les yeux de nos femmes et nos enfants, au même titre que le sang noie le quartier de Bab ‘Amro à Homs en ce moment !Faites quelque chose de toute urgence… Faites quelque chose pour arrêter notre massacre… Envoyez et partagez ce message, même par SMS s’il le faut, aux habitants d’Alep et de Damas… Nous vivons nos dernières heures… Et à chaque fois qu’on se souviendra de nous, parlez en bien de nous et priez pour nos âmes… Ce sont nos adieux… Nous vous confions la Syrie…
http://www.maghress.com/fr/video/193550


