Les Héroïnes de roman


La situation actuelle en Syrie a conduit une ancienne détenue politique,
contrainte par les circonstances à taire sa véritable identité,

à exhumer un texte, une brève nouvelle
jadis rédigée en prison.

Elle souhaite le faire partager

=====

La porte de ma cellule s’ouvrit dans un fracas assourdissant.

« Lève-toi ! Viens tout de suite ! »

J’étais nez à nez avec le responsable des interrogatoires.

« Et alors ? Ca fait six mois que tu es là, et, vrai ou faux, on n’a rien obtenu de toi. Tu crois que si tu ne dis rien, on va te libérer ? Je te le jure, la prison t’avalera morceau par morceau… Tu es une militante. Tu es sensée. Tu es cultivée. Mais il te manque un truc ! Il te manque la culture des maquerelles…! Et puisque c’est ainsi, je vais t’envoyer chez les « droits communs », à Qatana, pour compléter ta formation ! Qu’est-ce que tu en dis ? Je te le jure, je vais te jeter comme une chienne. Je vais te briser les os. Je vais te laisser croupir jusqu’à ce que tes copains, les mecs, sortent de Palmyre, et alors tu sortiras avec eux ! Va entre-temps te cultiver à Qatana ! Va te battre aux côtés de ton prolétariat : prostitution, hachich, meurtre… Je te le jure, même les démons ne sauront plus où te chercher ! Allez dégage ! Emmenez-la… »

Je suis retournée à la cellule. Je riais sous cape. J’en avais enfin fini avec les interrogatoires et la torture. Et surtout, avec les cris arrachés aux autres détenus qu’on torture. Je ne pensai pas un moment à ce qu’il m’avait dit. A Qatana ? Impossible. Il n’y avait jamais eu de précédent. Certes, il y avait bien là-bas quelques prisonnières politiques, mais c’était des sœurs musulmanes. Nous, en revanche, c’était impossible ! Ses propos, certainement, n’étaient qu’une menace. Le flot de ses paroles m’avait cassé la tête. En fait, c’est sûr, ils allaient me libérer. Et pourquoi pas après tout ? Ils n’avaient aucune preuve contre moi.

J’ai respiré profondément et je me suis allongée. Mais à peine étais-je sur le sol que le geôlier a fait intrusion dans mon royaume.

« Allez. Debout ! Prépare tes affaires ! »

Ils m’ont mis les menottes. Ils m’ont bandé les yeux. Ils m’ont embarquée dans un fourgon. Et ils m’ont emmenée à Qatana…

J’imaginais que j’allais de nouveau dévorer des yeux le monde des vivants : le soleil, le ciel, les arbres, le visage des passants, les enfants en tenue d’école… Mais rien de tout cela ne m’intéressait. Une seule chose me préoccupait et absorbait entièrement mes pensées : allais-je vraiment rencontrer ces femmes, que je ne connaissais que par les livres ? Non… Je n’y croyais pas. Le monde des romans est une chose. La réalité en est une autre…

J’avais la chair de poule. Allais-je vraiment me retrouver face à face avec ces femmes-là et plonger dans leur monde ? Elles et moi dans un seul lieu ? Dans un même temps ?

Une voix m’extirpa du tourbillon de mes pensées.

« Ça y est. On est arrivé. Allez, hop, descends ! »

Quoi ? Déjà arrivés ? Quelle vitesse ! Ça n’avait duré que quelques secondes… Impossible…

La voix revint à la charge, plus forte :

« Eh bien ? Tu n’as pas entendu ? Allez, descends ! »

Je suis descendue.

Un policier bedonnant m’attendait.

« Alors ? Tu crois que c’est le foutoir dans le pays ? »

Il a tamponné mon acte d’esclavage. Et il m’a livrée aux couloirs de la prison de Qatana.

Combien de portes en fer ? Combien de grilles ? Je ne sais comment je me suis retrouvée soudain dans une cour. Je reculai, terrorisée, et mon dos heurta la porte.

Des femmes accoururent à ma rencontre. J’étais figée, comme une idiote. Je serrais contre moi le sac où j’avais placé mes affaires, le malaxant de toutes mes forces, comme pour me protéger de je-ne-sais-quoi.

Leurs voix se collaient à moi :

« Elle a l’air d’une « politique » ! Regardez comme elle est habillée ! Sûr que c’est une « politique » ! »

Vous avez raison… Comment le nier ? J’étais arrivée en août, habillée d’un pantalon d’hiver en feutre. J’étais blême et hirsute. Et je m’accrochais au petit sac qui contenait tout mon avoir : un verre, une assiette, des cigarettes et une serviette.

Les femmes s’agglutinaient autour de moi. Je ne distinguais plus les mains, les visages et les voix :

« Moi je suis hachich ! »

« Moi, c’est vol ! »

« Elle, c’est prostitution ! »

« Moi, je suis meurtre ! »

« N’aie pas peur ! On ne va pas te manger… Tiens, prends une chaise, mets-toi à l’aise ».

« Tu veux un café ? Ou plutôt un thé ? Tu préfères un verre d’eau ? Ça fait combien de temps que t’es en prison ? »

« Il n’y a personne avec toi ? »

Les questions se succédaient comme des rafales de mitraillette. Et moi, terrifiée, je me balançais d’un pied sur l’autre. Je ne voulais ni les toucher, ni leur parler. Je ne voulais même pas de leur hospitalité !

J’essayais de m’éloigner d’elles. J’aurais voulu crier : « Foutez-moi la paix ! » Mais les mots me restaient dans la gorge. Ils m’étranglaient. Je pétrissais mon sac avec tout ce qui me restait de force. Je le broyais. Je m’accrochais à lui comme un noyé à un fétu de paille.

Les « héroïnes de roman » allaient et venaient autour de moi dans un brouhaha assourdissant. Leur déluge de mots me submergeait. Leurs paroles résonnaient dans ma tête et dans mon corps. Quand, soudain, antipathique et tonitruante, une voix me fit reprendre mes esprits :

« Allez, ouste ! On ne veut pas de ça chez nous ! Il ne nous manquait plus qu’une mécréante ! Foutez-la dans une autre cellule ! »

Ma peur de ces femmes, les héroïnes de roman, s’est immédiatement évanouie. Le sac m’est tombé des mains. Je me suis tournée dans la direction d’où provenait la voix. J’ai alors tout compris.

La voix était celle de sœurs musulmanes. Leur cellule était fermée. La promenade n’était pas mixte. La moitié de la journée était réservée aux sœurs musulmanes, l’autre moitié aux femmes de droit commun. Mais, à travers le grillage de leur porte en fer, les sœurs voyaient tout.

Elles appelèrent le policier. Il se dirigea vers elles, précédé par une autre voix, peut-être plus forte et plus odieuse encore :

« Mets-la avec les droits communs ! Sa place n’est pas avec nous ! »

Les héroïnes de roman continuaient à tourner autour de moi. J’entendais leurs chuchotements :

« La pauvre… Elle est toute seule. Si seulement il y avait quelqu’un avec elle… Elles vont la rendre folle, la pauvre… »

Je vacillais, ne saisissant au vol que des bribes de mots, observant le spectacle.

Le policier n’en menait pas large, hésitant entre le pouvoir de l’argent et celui de la politique, entre les héroïnes de roman, autour de moi, et les sœurs musulmanes, qui depuis leur cellule lui dictaient ce qu’il devait faire.

Et moi, où étais-je là-dedans ? Dans quel monde étais-je tombée ?

Le soir, quand on m’eut installée de force dans l’une des cellules des sœurs musulmanes, je me recroquevillai sur mon lit. Mon pauvre sac m’accompagnait comme un ami, il me conseillait, me soutenait, me protégeait.

Dans l’obscurité de la nuit, le sommeil m’a fui. J’ai entrepris de compter les secondes, attendant impatiemment les premières lueurs de l’aube, pour me précipiter vers les héroïnes de roman. Oui, les héroïnes de roman. Pour me serrer contre elles. Pour leur faire mes excuses. Evidemment, pour leur faire mes excuses. Et peut-être, peut-être, pleurer sur la poitrine de l’une d’entre elles…

Prison de Qatana
17 août 1984

source

Bavure Diplomatique


Par

mar, 04/09/2012 – 23:45

Il y a plus d’un an, dans le métro Parisien, un jeune étudiant Africain subissait un tabassage en règle par les forces de l’Ordre. Son crime ? Avoir oublié de valider son passe Navigo…

L’affaire remonte à plus d’un an. Un soir d’été à la station Châtelet. Avec quelques amis, Virgile (1) s’en va prendre le dernier métro. Pendant que ses potes achètent leurs tickets, lui se voit proposer de passer à l’œil par un couple. Qu’importe, son pass Navigo traîne dans sa poche. Et le jeune étudiant gabonais de le sortir quand des gardiens de la paix viennent le contrôler.

Tous surpris que le suspect ait ses papiers (et son titre de transport), les policiers ne se laissent pas démonter. Fouille en règle, mains contre le mur, palpations. Toujours rien à prendre sur l’Africain, en règle comme ses copains, désireux de ne pas rater le dernier train.

Le ton monte un peu quand les poulets refusent de le laisser repartir, puis le bousculent pour finalement le mettre au sol. Et attendre un prompt renfort de lacrymogène, de coups, dont un fort nécessaire au visage…

 la video

«Le policier qui m’a frappé voulait même utiliser son Taser, confie Virgile à Bakchich, mais l’un de ses collègues l’a raisonné». Pas au point de le relâcher. D’abord conduit dans un local de la RATP – le temps de quelques nouvelles douceurs assénées au visage -, le jeune homme, les lèvres en sang, est finalement emmené à la brigade ferroviaire pour une garde-à-vue de 24 heures.

Durant son transfert se noue un étrange dialogue entre les agents de l’ordre : «On aurait dit qu’ils accordaient leurs version».

Le lendemain, plainte est déposée contre l’étudiant pour… coupset blessures, une demande de prolongation de garde-à-vue tombe même.

Mauvaise pioche : Virgile dispose d’un passeport diplomatique gabonais, qui n’autorise pas une privation de liberté sans que soit averti le consulat. Alerté, le procureur demande la libération rapide du garçon, qui ne se prive pas de porter plainte.

Un an après, vient enfin le procès. Ou plutôt les procès. Le 26 octobre, Virgile comparaitra, en tant qu’auteur supposé de violence contre les forces de l’ordre. Le 2 novembre, Virgile sera en revanche partie civile : la version du policier qui l’a frappé à terre n’a apparemment pas eu l’heur de convaincre l’inspection générale des services, qui a prôné son renvoi en justice.

A croire que ses blessures n’avaient rien de diplomatique…

Maroc Témoignages des jeunes détenus politiques : Viol et torture dans les commissariats


Suite à la manifestation contre « La cherté de la vie et l’augmentation des prix » organisée le 22 juillet 2012 et qui a été réprimée et dispersée à coups de matraques, 6 militants du mouvement du 20 février furent arrêtés (cliquez sur le lien pour en savoir plus) : Samir BradellyAbderrahman AssalTraek RouchdiYoussef Oubella, Nour Essalam Kartachi et Laïla Nassimi, cette dernière étant poursuivie en liberté provisoire.

Les détenus sont aujourd’hui poursuivis « officiellement » pour rassemblement non autorisé, outrage à agent public et pour coups et blessures. Inculpations sans fondements pour cacher un procès politique en premier lieu.

Lors de leur audience devant le juge le 31 août dernier, ils ont affirmé avoir subi des agressions physiques et morales très graves. A travers leurs témoignages, les détenus nous ramènent à une époque sombre de l’histoire du Maroc, époque des procès politiques et des PV signés sous la torture : Introduction d’objets dans leur anus, insulte, humiliation arrachage des ongles et des cils… une histoire à faire rougir de honte tout marocain digne et fier. Présent lors du procès le blogueur Larbi rapporte :

La preuve que les détenus ont subi des sévices physiques et psychi: un a été oblige de signerun pv s’engageant « a se retirer de #feb20 » !

— Larbi.org (@Larbi_org) Septembre 2, 2012

Devant leur familles en larmes et l’ensemble des présents abasourdis par de tels faits, ils ont relaté les détails du traitement inhumain subi depuis leur arrestation. Ci – dessous leur récit dans une lettre ouverte adressée à l’opinion publique agrémenté des détails de leur témoignages :

Après la manifestation réprimée du 22.07.2012 pour dénoncer la hausse des prix, la cherté de la vie et les détentions politiques, nous avons été kidnappés individuellement, par la police civile. Ils nous ont embarqué dans une fourgonnette, nous ont bandé les yeux et ont commencé à nous rouer de coups de poing, de pieds et de matraque. Tout cela était agrémenté d’humiliations et d’insultes.

Une fois arrivés au commissariat de police, ils nous ont dépouillés de nos vêtements et ont introduits des objets durs dans nos anus, ils ont également arraché nos cils, rapporte Nour Essalam Kartachi pour nous obliger à scander « Vive le Roi ». Samir Bradelly rapporte également au juge que cette scène lui a rappelé les vidéos de la Syrie où on leur demandait de dire « la ilaha illa bachar».

Ensuite, lors des interrogatoires et pour nous intimider, la police nous a raconté tous les détails de nos vies antérieures.

Après notre refus de signer le PV, sans l’avoir lu, ils ont essayé de nous arracher les ongles avec une tenaille rapporte Tarek Rouchdi. La police lui a dit : «Mal Rabbek Kats7ab Rassek F l’Espagne ?  Hmazal Ma Wsalna Lih», traduction « (juron) Te crois-tu en Espagne? On n’en est  pas encore là» 

Ils ont refusé de nous soigner, notamment Samir Bradelly qui avait une plaie profonde sur la tête, qui nécessitait plusieurs points de suture. Il a demandé de l’aide plusieurs fois mais en vain, il en a conclu qu’il allait passer la nuit ainsi, obligé de rester éveillé sans reposer sa tête sur le sol pour éviter une inflammation.

Après une grève de la faim, la police a enfin accepté à nous amener à un petit hôpital de quartier. Le plus gravement blessé, Samir a été soigné seulement avec de la Betadine. Pour les autres, le médecin s’est contenté de nous demander les noms sans administrer de soin.

Cependant, notre périple n’était pas terminé pour autant. Une fois arrivés au sein de la prison d’Oukacha, plusieurs prisonniers ont été enrôlés pour nous provoquer, nous agresser et nous harceler.

Laila quant à elle est poursuivie en état de liberté provisoire. Elle a constamment mal au dos à cause du tabassage, elle a rapporté avoir été matraquée sur sa poitrine et rouée de coups également.

A la fin nous :

  • Réaffirmons notre attachement à toutes nos revendications pour lesquelles nous sommes sortis en tant que militants du mouvement du 20 février.
  • Exigeons notre libération immédiate et sans conditions.
  • Affirmons notre solidarité inconditionnelle avec tous les détenus d’opinion.
  • Saluons ceux qui nous ont apporté leur soutien ou exprimé leur solidarité avec nous.
  • Invitons tous les militants libres de rester fidèles aux protestation dans la rue et à défier ce cordon de répression qui étouffe les masses populaires de ce pays.

source

Non au traité ACAA entre l’UE et Israël ! Signez la pétition !


http://www.change.org/petitions/l-exploitation-du-peuple-palestinien-pas-pour-moi-rejetez-acca

Vote des députés européens de la Commission du Commerce International ce 18 septembre 2012 !

 

Chers amis, 

Il est primordial de se mobiliser, massivement, si nous voulons voir l’accord ACAA rejeté (accord UE-Israël sur l’évaluation de la conformité et l’acceptation des produits industriels).  Le vote en Commission du commerce international du Parlement européen aura lieu ce 18 septembre et en octobre en plénière. Le service d’action extérieure et les ministres européens souhaitent qu’il soit adopté le plus rapidement possible. ACAA fait partie de l’ensemble des mesures qui permettent une intégration progressive d’Israël à l’Union européenne. Il faut donc s’y opposer tant qu’Israël continue de bafouer le droit international!

 

Merci de signer et de partager cette pétition!

Syrie : un vétéran de l’humanitaire réclame une zone d’exclusion aérienne


lundi 3 septembre 2012, par La Rédaction

Pour Jacques Bérès, chirurgien de guerre et cofondateur de Médecins sans frontières, en mission à Alep, la mise en place d’une zone d’interdiction aérienne en Syrie est d’une urgence absolue face au nombre croissant de victimes de bombardements aériens.
« Il y a au moins 50.000 morts, plus tous les disparus. C’est honteux ! », s’insurge le médecin français, rencontré par l’AFP dans un hôpital près de la ligne de front à Alep, la grande métropole du nord de la Syrie, théâtre depuis plus d’un mois d’une bataille cruciale pour le régime comme les rebelles.
Selon lui, le bilan de plus de 26.000 morts depuis mars 2011 établi par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), installé en Angleterre et s’appuyant sur un réseau de militants et de témoins, est nettement sous-évalué.
« Je suis sûr que les morts que j’ai ici ne sont pas comptabilisés à Londres », insiste ce septuagénaire à la barbe blanche. Au cours des deux dernières semaines, le Pr Bérès estime avoir soigné entre 20 et 45 combattants rebelles par jour, et enregistré deux à six décès quotidiens.
Et ces chiffres ne concernent qu’un hôpital relativement petit dans une immense métropole où la situation évolue très vite, avec des commerces ouverts et des piétons dans les rues dans certains quartiers tandis que d’autres zones sont sous les bombes.
« C’est un massacre incroyable. Même si maintenant, c’est devenu une guerre civile. Mais c’est quand même très très asymétrique comme conflit. Des armes légères contre des chars et des bombardements aériens », dénonce le médecin, qui a arpenté la plupart des champs de bataille depuis le Vietnam dans les années 1960 jusqu’à la Libye l’année dernière.
Et pourtant, les rebelles « vont gagner. Ils méritent de gagner. Ce sont des hommes braves, ils sont très courageux. Ils souffrent beaucoup et il y a beaucoup de pertes », déclare-t-il en posant sa tasse de thé pour examiner des radios et conseiller un collègue syrien sur le meilleur moyen de retirer une balle de la jambe d’un blessé.
Face à ce drame, l’inaction de la communauté internationale met le vétéran de l’aide humanitaire hors de lui : « C’est honteux qu’on n’ait pas fait une zone d’exclusion aérienne ».
Le régime de Damas est « un gouvernement assassin de son propre peuple.
C’est assez rare, un gouvernement qui tue son peuple. (Le dirigeant libyen Mouammar) Kadhafi a essayé, mais heureusement, il a eu l’intervention » militaire internationale en soutien à la rébellion libyenne, souligne-t-il. « En une seconde, un bombardement fait plus de blessés que ce qu’un chirurgien peut réparer en une journée », rappelle-t-il.
Dans les zones contrôlées au sol par les rebelles, l’armée multiplie en effet les attaques aériennes. Lundi matin, un raid mené par un avion de combat a fait au moins 18 morts, dont des femmes et des enfants, à Al-Bab, à 30 km au nord-est d’Alep, selon l’OSDH.
C’est la troisième fois que Jacques Bérès est en mission clandestine en Syrie cette année, avec le soutien de petites associations françaises.
En mai, il a sillonné la région d’Idleb (nord-ouest), où il assure que des soldats ont détruit des pharmacies et incendié des centres de soins. Et auparavant, il était à Homs (centre) en février, quand l’armée pilonnait le quartier de Baba Amr.
« C’est beaucoup de souffrance, beaucoup de malheur, des familles détruites… Des orphelins… Tout ça parce qu’ils ont demandé un peu de liberté, qu’ils ont dit qu’ils en avaient un peu marre » du président Bachar al-Assad, s’indigne-t-il.

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L’armée syrienne sort l’arme du bulldozer
Des bulldozers de l’armée syrienne ont rasé des habitations lundi dans l’ouest de Damas, poursuivant une stratégie de punition collective dans les quartiers sunnites hostiles au président Bachar al Assad, rapporte l’opposition.
Dans le nord de la Syrie, 18 cadavres ont été découverts dans les décombres d’une maison bombardée par un avion de chasse gouvernemental dans la ville d’Al Bab, contrôlée par la rébellion dans la province d’Alep, et 13 personnes sont portées disparues, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).
A Taouahine, un quartier pauvre de la capitale syrienne proche de l’autoroute Damas-Beyrouth, les bulldozers sont entrés en action lundi matin, détruisant des boutiques et des maisons, ont déclaré habitants et militants d’opposition.
« Ils ont commencé il y a trois heures. Les habitants sont dans la rue », a déclaré une femme habitant un immeuble dominant le secteur.
Ces informations restent invérifiables en raison des restrictions imposées par les autorités syriennes aux médias indépendants.
Selon des opposants, l’armée a obligé des riverains à effacer des graffiti anti-Assad ou à écrire des slogans à la gloire du président syrien, contesté par la rue depuis mars 2011.
« C’est un acte de punition collective sans justification. Les rebelles sont partis, il n’y a même plus de manifestations dans le quartier », a déclaré un militant, Mouaz al Chami, dans une vidéo montrant les démolitions.
« Le régime ne peut s’empêcher de se montrer aussi brutal que dans les années 1980 », a-t-il ajouté, faisant allusion aux massacres et aux destructions commis à Hama en 1982 contre un soulèvement islamiste sur ordre du père de Bachar, Hafez el Assad.
Alors que les sunnites sont largement majoritaires en Syrie, le clan Assad et la plupart des membres de l’élite au pouvoir appartiennent à la minorité alaouite, issue du chiisme.
Selon des militants, l’armée a également rasé ou incendié au moins 200 maisons et boutiques dans la vieille ville de Deraa, dans le sud du pays, au cours des derniers jours. Les bombardements des forces gouvernementales ont pratiquement vidé le secteur, forçant 40.000 habitants à se réfugier en Jordanie.
Cette dernière vague de démolitions fait suite à la destruction de plusieurs dizaines de bâtiments dans une zone proche de Taouahine dimanche et dans le quartier sunnite de Kaboun le mois dernier à Damas.
« Je me suis rendu hier à Kaboun. Ce n’est plus un quartier dense. On peut voir d’un bout à l’autre du quartier car de nombreux bâtiments ont été rasés », explique une militante.
L’armée syrienne, qui a repris le contrôle de Damas que les insurgés avaient attaquée à la mi-juillet, a bombardé la nuit dernière des quartiers périphériques à l’ouest et au sud de la capitale pour tenter d’en chasser des rebelles, rapportent des opposants. Au moins deux personnes ont été tuées dans le quartier sud de Kadam, ajoutent-ils.
Selon l’OSDH, cinq personnes ont par ailleurs péri dans l’explosion lundi d’une voiture piégée dans la commune de Jaramanah, au sud-est de la capitale. Vingt-sept autres ont été blessées, ajoute le groupe basé en Grande-Bretagne.
Une bombe avait fait 12 morts dans le même quartier la semaine dernière. Gouvernement et opposition s’étaient renvoyé la responsabilité de l’attentat. Plus de 20.000 personnes ont été tuées dans les violences en Syrie depuis les premières manifestations pacifiques de mars 2011.
Quelque 10.000 réfugiés syriens fuyant les combats sont bloqués depuis une semaine à la frontière turque, un afflux qui pourrait s’accélérer en raison des bombardements de l’aviation et de l’artillerie syriennes sur Azaz, située à trois km de la frontière, ont rapporté des militants anti-Assad.
Azaz, qui serait aux mains de l’insurrection, est souvent la cible de tirs nocturnes d’artillerie émanant d’un aérodrome militaire proche. La moitié de ses quelque 70.000 habitants se sont déjà enfuis.
La Turquie, qui abrite déjà plus de 80.000 Syriens, pousse à l’instauration de « zones de sécurité » dans le nord de la Syrie, sans succès jusqu’ici auprès de la communauté internationale.
Le « Quotidien du Peuple », organe du PC chinois, a jugé que la proposition d’Ankara, qui nécessiterait la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne, n’était pas « une bonne mesure » car elle ne permettrait pas une véritable protection des réfugiés.
Les tentatives diplomatiques visant à sortir du conflit en Syrie sont « quasi impossibles » et insuffisantes pour mettre un terme aux combats, a de son côté reconnu le nouvel émissaire international sur la Syrie, l’Algérien Lakhdar Brahimi.

(03 Septembre 2012 – Avec les agences de presse)

source

Caricatures, sketches : l’art syrien suit le rythme de la révolution


Marie Kostrz | Journaliste Rue89

La révolution syrienne, c’est beaucoup de violence, de sang versé et d’inquiétudes quant à l’avenir du pays, mais pas seulement. Le soulèvement populaire s’accompagne aussi de transformations positives de la société : en témoigne le renouveau de l’art depuis mars 2011.

Ce constat est partagé par nombre d’artistes du pays. Plus libre, l’art y est aussi devenu plus accessible. Internet, vecteur majeur de la révolution, en est en grande partie responsable. Grâce à lui, chansons, photographies, sketches et petits films peuvent être partagés avec le plus grand nombre.

Mohamad Omran est plasticien et utilise sa production artistique pour exprimer son engagement dans la révolution. Il explique qu’avec le soulèvement populaire, les supports artistiques utilisés ont changé, afin que l’art soit visible par tous :

« L’important est de partager ce que je créée, c’est ma manière de m’engager. Avant, je faisais essentiellement des sculptures, mais aujourd’hui, je publie régulièrement des dessins sur Facebook. Il est évident que cela est plus facile de toucher davantage de personnes avec un dessin qu’une statue. »

article complet ici

Conte de printemps


Mohamad Omran a participé au premier festival de courts-métrages organisé sur Facebook, dont le gagnant était désigné en fonction du nombre de « like » obtenus. L’idée lui a beaucoup plu :

« La vidéo permet de transmettre un message court, qui correspond au temps immédiat de la révolution. C’est très différent d’une sculpture ou d’un tableau. Là, on est davantage dans le temps de la réalité. »

Car il s’agit bien de cela : l’art révolutionnaire se nourrit de la réalité vécue au quotidien. Dans le court-métrage qu’il a présenté, « Conte de printemps », Mohamad Omran a décidé d’inclure à la fin une vidéo de Homs qu’il a trouvée sur YouTube :

« Il s’agissait de dire que la réalité est plus forte que tout le reste. »

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