Israël-Palestine : vers une troisième Intifada ?


19 décembre 2012 – Armin Arefi – Le Point

Pendant que la colonisation israélienne s’accélère, un nouveau groupe palestinien appelle à un soulèvement contre l’État hébreu. Décryptage.

 

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Dans une vidéo, les Brigades de l’unité nationale affirment qu’elles « poursuivront leur lutte armée jusqu’à ce qu’elles expulsent l’occupation et libèrent toute la Palestine ».

Capture d’écran Youtube

C’est la dernière riposte en date d’Israël au changement de statut de la Palestine à l’ONU. L’ONG israélienne La Paix maintenant a révélé mardi que l’État hébreu était sur le point d’approuver de nouveaux projets massifs de colonisation à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Mercredi, « la commission de planification (municipale) va donner son accord au vaste projet de Givat Hamatos A« , pour lequel des appels d’offres devraient être publiés dans les prochains mois, a déclaré à l’AFP Hagit Ofran, porte-parole de l’association anti-colonisation.

Les nouvelles constructions, situées près de Bethléem, couperaient délibérément cette ville palestinienne de Jérusalem. Ainsi, d’après la militante, ce plan « est susceptible à lui seul de faire capoter la possibilité d’une solution à deux États (palestinien et israélien) ». L’ONG ajoute que le ministère israélien du Logement se prépare à lancer, dès la semaine prochaine, des appels d’offres pour des centaines de logements dans les implantations de Givat Zeev, de Karnei Shomron et d’Efrat, en Cisjordanie. Une accélération de la colonisation en territoire palestinien qui n’a pas plu au principal allié de l’État hébreu. Mardi, le département d’État américain s’est dit « profondément déçu qu’Israël persiste à poursuivre ce schéma d’actions de provocation« , estimant que cela allait « à l’encontre de la paix ».
Colonisation de Jérusalem-Est : une politique « délibérée »

L’État hébreu s’était déjà attiré de nombreuses critiques occidentales lorsque, au lendemain de l’accession de la Palestine au statut d’État observateur non membre à l’ONU, il avait annoncé en représailles son souhait de construire 3 000 nouveaux logements à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, notamment dans la zone E1, située près de la ville sainte. Un projet déjà hautement controversé, car il couperait en deux la Cisjordanie et l’isolerait de Jérusalem-Est.

« Outre la question des mesures de rétorsion, il existe chez le gouvernement israélien une politique délibérée s’opposant à tout gel officiel ou officieux de la colonisation à Jérusalem, cette ville étant considérée comme la capitale (unifiée et indivisible) d’Israël« , explique au Point.fr Denis Charbit, professeur de sciences politiques à l’Université ouverte d’Israël. « Ainsi, ces constructions renforcent l’assise de la terre d’Israël dans les zones occupées. » Mais le chercheur israélien voit également dans ces nouveaux projets une manoeuvre électorale en vue des législatives anticipées du 22 janvier prochain.

Manoeuvre électorale

« D’un côté, le Likoud [parti de droite du Premier ministre, Netanyahou, NDLR], engagé dans une coalition de droite [avec les ultranationalistes d’Israël Beitenou, NDLR], souhaite montrer qu’il n’oublie pas son engagement à soutenir la colonisation« , soutient Denis Charbit. « De l’autre, ajoute le chercheur, Benyamin Netanyahou cherche à piéger le centre et la gauche israélienne, qui ne peuvent se permettre de s’opposer à la colonisation à Jérusalem, celle-ci faisant consensus en Israël. Ainsi, le Premier ministre israélien veut ramener le débat aux questions sécuritaires, où il a le vent en poupe, au contraire des sujets sociaux. »

Le jeu demeure tout de même dangereux. Comme l’a rappelé lundi la dirigeante du parti Meretz (gauche laïque israélienne), Zehava Galon, « le Premier ministre est prêt à tout pour tenter d’arracher des voix au Foyer juif [parti d’extrême droite proche des colons, NDLR], même au prix d’une crise internationale ou d’une troisième Intifada » palestinienne.

Hasard du calendrier, le même jour est né à Hébron, en Cisjordanie, un nouveau mouvement palestinien. Baptisée « Brigades de l’unité nationale« , en référence à la réconciliation inachevée du Fatah et du Hamas, cette formation, composée de jeunes membres de toutes les factions palestiniennes – Fatah, Hamas, Jihad islamique et Front populaire de libération de la Palestine -, appelle ni plus ni moins à l’avènement d’une troisième Intifada (soulèvement en arabe).

Menaces des Brigades de l’unité nationale

Dans une vidéo de quatre minutes, révélée par le quotidien israélien Jerusalem Post, ses membres encagoulés menacent de frapper avec « une main de fer » l’État hébreu s’il ne cesse ses « agressions contre le peuple palestinien« . Brandissant un coran, ils avertissent les soldats de Tsahal qu’ils n’hésiteront pas à les kidnapper s’ils continuent à arrêter ou tuer leurs concitoyens (un jeune Palestinien de Hébron, âgé de 16 ans, a été abattu par balle la semaine dernière par une garde-frontière israélienne). Leurs revendications sont précises : les membres des Brigades de l’unité nationale réclament :

- la suppression des check-points israéliens en Cisjordanie,
- la libération des prisonniers palestiniens détenus en Israël,
- ainsi qu’un retrait israélien total de la Palestine.

Ce dernier point fait l’objet d’une précision sans ambiguïté. Le groupe promet de ne pas céder « un centimètre de la Palestine, de la mer (Méditerranée) à la rivière (du Jourdain) ». Une menace à prendre au sérieux ? « De tels mouvements ponctuels se créent régulièrement en territoire palestinien« , analyse Olivier Danino (*), spécialiste des groupes palestiniens à l’Institut français d’analyse stratégique (Ifas). « Ce nouveau groupe se démarque toutefois du Hamas et du Fatah en affirmant que la solution ne passera que par la force. »

Le pragmatisme du Hamas

Depuis la seconde Intifada, achevée en 2004, le Fatah, parti laïque dirigeant l’Autorité palestinienne au pouvoir en Cisjordanie, a abandonné la lutte armée au profit de négociations avec Israël sur la base de deux États. Mais son échec a fini de discréditer le mouvement de Mahmoud Abbas auprès des Palestiniens. De son côté, depuis sa prise de pouvoir de la bande de Gaza en 2007, le Hamas, parti islamiste rival, s’est inscrit dans une stratégie plus pragmatique, alliant lutte armée limitée et quête de crédibilité politique. « Les membres du Hamas ont fait en sorte de maintenir le calme avec Israël pour pouvoir appliquer leur politique à Gaza« , souligne Olivier Danino. Les islamistes n’en restent pas moins flous quant à leurs intentions réelles sur la question des frontières définitives d’un futur État palestinien.

Lors de sa récente visite à Gaza, le chef politique du Hamas, Khaled Mechaal, qui a pourtant soutenu la démarche onusienne de Mahmoud Abbas, a ainsi appelé – lui aussi – à « libérer toute la Palestine (…), de la mer (Méditerranée) au fleuve (Jourdain) ». En tout cas, la stratégie semble fonctionner. Désormais soutenus ouvertement par l’émir du Qatar, mais aussi par les Frères musulmans au pouvoir en Égypte, les islamistes de Gaza sont parvenus, au terme de la guerre de Gaza, à se hisser au rang de principal interlocuteur du peuple palestinien face à Israël.

« Aujourd’hui, le Hamas, qui se cherche une reconnaissance internationale, souhaite obtenir une ouverture des frontières de la bande de Gaza, ainsi que la fin du blocus« , explique Olivier Danino. « Des intérêts qui ne correspondent pas au déclenchement d’une troisième Intifada. » De retour de Cisjordanie, le chercheur dit ne pas avoir ressenti les prémices d’un nouveau soulèvement palestinien. Toutefois, il note que « la colonisation israélienne crée inévitablement des tensions supplémentaires, en montrant aux Palestiniens que l’accession de leur pays à l’ONU ne change rien sur le terrain« .
(*) Olivier Danino, auteur de Le Hamas et l’édification de l’État palestinien (éditions Karthala).

19 décembre 2012 – Le Point.frhttp://www.lepoint.fr/monde/israel-palestine-vers-une-troisieme-intifada-19-12-2012-1603697_24.php


«Les islamistes syriens sont connus pour leur modération»


anniebannie : Réactions typiques de lecteurs du Figaro; je peux m »en passer; quant à Riad Seif j’ai confiance en lui

Par Georges Malbrunot Publié le 14/12/2012 à 18:10 Réactions (71)

«Les Syriens ne veulent plus d’une intervention étrangère», explique Riad Seif, Crédits photo : Michael Gottschalk/dapd

INTERVIEW – Riad Seif, l’inspirateur de la Coalition nationale, met en garde contre la tentation d’un pouvoir affaibli de recourir «aux armes de plus en plus sophistiquées».

Ancien député, détenu à quatre reprises par le régime de Damas, Riad Seif est l’inspirateur de la Coalition nationale, qui vient d’être reconnue comme «le représentant légitime» du peuple syrien par plus de cent pays, réunis à Marrakech. Le dirigeant de l’opposition met en garde contre la tentation d’un pouvoir affaibli de recourir «aux armes de plus en plus sophistiquées», et assure que l’islamisme syrien est «modéré».

LE FIGARO.- Comment convertir les acquis de Marrakech en victoire contre le régime de Bachar el-Assad?

Riad SEIF. – Cette large reconnaissance internationale ajoutée à la récente unification des groupes armés sur le terrain nous donnent beaucoup d’espoir. En se regroupant, nos forces sont plus puissantes. Cette unification nous permettra de recevoir des armes de qualité contre les tanks et contre les avions. Les craintes des Occidentaux que ces armes tombent entre de soi-disant mauvaises mains ne sont plus justifiées. D’autre part, en recourant aux missiles Scud, Bachar el-Assad avoue sa faiblesse. Il est possible que le régime ne puisse plus utiliser ses avions. Il s’affaiblit de plus en plus. Et plus il s’affaiblira, plus il sera contraint d’utiliser des armes sophistiquées.

Y compris à Damas?

Oui, il a dû retirer des militaires du nord, et surtout des régions est du pays pour défendre la capitale. Mais une attaque contre le pouvoir peut aussi venir du sud. L’heure de la victoire approche. Et même ses alliés russes semblent faire le même constat.

C’est pourquoi vous ne réclamez plus une intervention militaire extérieure?

Les Syriens ne veulent plus d’une intervention étrangère. Ils pensent que les conditions d’une victoire sont sur le point d’être réunies. Ce que nous demandons, c’est une zone de protection aérienne et des armes de qualité contre les tanks et les avions.

L’opposition refuse de clarifier ses relations avec Jabhat al-Nosra, que les Américains viennent d’inscrire sur la liste des organisations terroristes. N’est-ce pas jouer avec le feu?

La Coalition nationale est opposée à toute action terroriste, mais nous ne devons pas oublier que le régime dès le début de la révolution a fabulé en créant des films dans lesquels il accusait ses opposants d’être responsables de ses crimes. J’ai rencontré moi-même en prison des détenus qui m’ont dit avoir dû jouer dans des vidéos bidons. S’il y a de l’extrémisme aujourd’hui dans nos rangs, il est très limité. Il ne faut pas oublier que la répression a tué plus de 50.000 personnes et que des massacres ont été commis. Malgré toutes ces atrocités, rien ne prouve que Jabhat al-Nosra est un mouvement terroriste. La majorité de ses éléments respectent les ordres qui leur sont donnés. Ils ne font de mal à personne. D’une manière générale, les islamistes syriens sont connus pour leur modération. Mais dès le départ, le régime a utilisé les alaouites pour se protéger, ce qui a contribué à créer des ressentiments chez les sunnites contre les alaouites.

À Marrakech, Moaz al-Khatib, le président de la Coalition, a tendu la main aux alaouites, mais il n’a eu aucun mot de compassion à l’égard de la centaine d’alaouites qui venait d’être tués à Aqrab. Est-ce ainsi que l’on prône la réconciliation?

Il n’y a jamais eu de massacres commis par les sunnites contre les alaouites. Et il est très probable que ce sont les chabihas (miliciens pro-régime, NDLR) eux-mêmes qui aient commis ce massacre à Aqrab. Je connais Moaz al-Khatib depuis des années, et sa philosophie c’est la paix entre les communautés.

Croyez-vous à une désagrégation du pouvoir, qui se replierait ensuite sur son fief alaouite?

Il y a un consensus international pour ne jamais accepter la division de la région en mini états. La division de la Syrie est une ligne rouge très claire à ne jamais dépasser. Le peuple, et même la majorité des alaouites, n’accepteront jamais ces scénarios.

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Risque de crise humanitaire en Syrie


LE MONDE | 19.12.2012 à 14h02 Par Fuat Keyman, Hany El Banna, Anthony Giddens

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La Turquie a maintenu ses frontières ouvertes depuis le jour où les premiers Syriens ont commencé à fuir les violences et les attaques du régime syrien dans leur pays, en mai 2011.

Elle fournit maintenant des abris et une aide humanitaire à plus de 120 000 réfugiés syriens, dépensant plus de 300 millions de dollars (227,6 millions d’euros).

Les Syriens, traumatisés par la perte de leurs proches, la destruction de leurs maisons et le terrible carnage de la guerre civile, ont été accueillis et hébergés dans d’excellentes conditions.

Cependant, dix-huit mois plus tard, il ne semble pas y avoir de fin au conflit en Syrie, et l’ONU signale maintenant que le nombre de personnes en Syrie nécessitant une aide humanitaire pourrait passer de 2,5 millions à 4 millions d’ici au début de l’année 2013.

LA TURQUIE NE DOIT PLUS ASSUMER SEULE CETTE CHARGE

Dans ce contexte de crise humanitaire aiguë et alors que chacun d’entre nous a sa propre perspective de la crise syrienne, nous croyons à l’unisson que l’on doit faire davantage pour aider les Syriens qui n’ont pas d’autre choix que de fuir.

Face à l’afflux croissant de civils, on comprend que la Turquie commence à ressentir le poids certain de cette aide humanitaire essentielle dispensée sur son territoire. Répondre à cette crise implique des efforts d’une ampleur sans précédent.

La Croix-Rouge estime que la Turquie aurait besoin de plusieurs millions de dollars d’aide étrangère pour faire face. La Turquie ne doit plus assumer seule cette charge.

Nous croyons que la communauté internationale et les pays donateurs, particulièrement les pays du Golfe, doivent de toute urgence augmenter leur aide à la Turquie ainsi qu’à tous les pays voisins qui accueillent des réfugiés syriens.

A l’approche de l’hiver rigoureux, cet impératif est plus important que jamais.

488 MILLIONS DE DOLLARS

Il est inacceptable que le plan d’action régional des Nations unies en faveur des réfugiés syriens de 488 millions de dollars ne soit financé qu’à hauteur d’un tiers.

La communauté internationale doit maintenant financer les opérations de prise en charge les réfugiés syriens. Tous les pays d’accueil de réfugiés doivent autoriser les ONG humanitaires internationales à opérer à l’intérieur de leurs frontières.

Nous appelons la Turquie à se joindre à la Jordanie et au Liban en permettant à ces ONG de soutenir l’effort turc et de déployer leurs compétences et ressources techniques.

L’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO), les agences onusiennes, le Comité international de la Croix-Rouge et les ONG des pays possédant une expertise dans l’assistance aux réfugiés sont prêts à répondre aux besoins.

Cependant, des obstacles politiques, légaux et bureaucratiques entravent la pleine coopération entre la Turquie et les ONG humanitaires.

Sauf exception, les ONG turques et internationales n’ont pas accès aux camps de réfugiés en Turquie !

Autoriser les agences humanitaires de l’ONU et les ONG internationales à opérer en Turquie pourrait atténuer l’impact que le nombre croissant de réfugiés a sur les communautés d’accueil.

Cela permettrait aussi de débloquer des fonds européens supplémentaires. Enfin, cela apporterait des expertises techniques pour aider à surmonter les traumatismes.

La Turquie craint peut-être que des acteurs extérieurs suivent des agendas politiques ou qu’ils constituent une menace pour la souveraineté turque.

PRINCIPES INTERNATIONAUX DES CONVENTIONS DE GENÈVE

Cependant, ces organisations humanitaires professionnelles ont une longue expérience d’actions menées en toute impartialité et neutralité dans de nombreuses crises de réfugiés telles que celle des réfugiés somaliens au Kenya ou bien encore celle des réfugiés libyens en Tunisie.

Ces organisations sont guidées par les valeurs universelles et les principes internationaux des Conventions de Genève.

Il est temps que le monde soutienne la Turquie et qu’elle reçoive l’aide de ses amis de la société civile internationale et des bailleurs de fonds, afin de fournir l’asile aux milliers d’autres Syriens qui attendent encore avant de fuir la guerre civile dans leur pays.

C’est notre espoir et notre souhait qu’ils puissent continuer à trouver un lieu sûr en Turquie.

Fuat Keyman, professeur à l’université de Sabanci; Hany El Banna, fondateur de l’ONG Islamic Relief ; Anthony Giddens, ex-directeur de la London School of Economics

Fuat Keyman, Hany El Banna, Anthony Giddens

Syrie : Jabhat al-Nusra, l’erreur américaine


12 décembre 2012 Par Thomas Pierret

La décision annoncée hier par le gouvernement américain d’inscrire le groupe syrien Jabhat al-Nusra (le Front du Soutien) sur la liste des organisations terroristes internationales est une erreur aux conséquences potentiellement désastreuses.

Les Etats-Unis n’ont pas nécessairement tort d’affirmer que Jabhat al-Nusra est liée à al-Qaeda : cette dernière n’a pas formellement adoubé al-Nusra mais l’organisation syrienne a néanmoins reçu l’approbation du site Shumukh al-Islam, considéré comme une référence dans les milieux salafistes-jihadistes. Par ailleurs, Jabhat al-Nusra s’est distingué des autres groupes armés syriens en revendiquant des attentats qui, visant des cibles militaires et sécuritaires en zone urbaine, témoignaient d’une totale indifférence à l’égard des civils qui pouvaient se trouver dans les environs. Enfin, la rhétorique anti-alaouite adoptée par le groupe est indéniablement inquiétante. Mon propos n’est toutefois pas ici d’évaluer le caractère plus ou moins « terroriste » de Jabhat al-Nusra mais plutôt de souligner le caractère politiquement inopportun de la décision américaine.

Premièrement, l’inscription de Jabhat al-Nusra sur la liste des organisations terroristes internationales est un merveilleux cadeau fait à Assad, qui a qualifié ses opposants de terroristes islamistes dès les premiers jours de la révolution. Souhaitant ardemment affronter des jihadistes plutôt qu’un mouvement démocratique, le régime syrien a, dans les premières semaines du soulèvement, libéré des islamistes radicaux dont certains ont ultérieurement participé à la création de groupes tels que Jabhat al-Nusra. La genèse de ce dernier mouvement est d’ailleurs obscure, de lourds soupçons existant quant à une possible manipulation de la part des services secrets d’Assad (voir à ce propos l’article de François Burgat et Romain Caillet).

Paradoxalement, la criminalisation de Jabhat al-Nusra par les USA est aussi un cadeau fait au groupe lui-même puisqu’elle lui confère un surcroît de crédibilité en raison de la haine croissante de l’Occident observée parmi les Syriens. Depuis deux ans, ces derniers ont été abandonnés à une répression effroyable par les acteurs internationaux, qui ont assisté sans broncher à la destruction de villes entières par des bombardements terrestres et aériens. Sur le plan diplomatique, les Etats-Unis ont donné et continuent de donner du temps au régime syrien en soutenant qu’il est possible d’arriver à une « solution politique » en discutant avec les Russes et cela en dépit du fait que leurs échecs répétés ont démontré le caractère totalement vain de cette démarche. Qui plus est, les USA ont entravé les livraisons d’armes aux insurgés syriens, posant en particulier leur veto à l’acquisition par ces derniers de missiles antiaériens dont ils ont cruellement besoin pour se défendre face aux bombardiers du régime.

Dans un tel contexte, l’inscription de Jabhat al-Nusra sur la liste des organisations terroristes est perçue comme une ultime trahison par une grande partie des Syriens. Il faut bien comprendre que ces derniers ne perçoivent pas le groupe jihadiste du point de vue de la guerre américaine contre le terrorisme, dont ils n’ont que faire dans les circonstances actuelles, mais plutôt sur la base de leurs réalités quotidiennes. Dans cette perspective, Jabhat al-Nusra est perçue comme un groupe défendant la population contre les forces d’Assad et cela en raison de son efficacité redoutable sur le plan militaire. Certes, le groupe a d’abord suscité la réprobation, en raison des soupçons de manipulation par le régime et des nombreuses victimes civiles de ses attentats. Toutefois, les choses ont changé au cours des derniers mois en raison de l’implication croissante de Jabhat al-Nusra dans des opérations de guérilla classiques, en particulier dans la région d’Alep. Le groupe y a ainsi participé au siège de nombreuses positions de l’armée d’Assad en collaboration avec d’autres bataillons rebelles. Déterminés à mourrir en martyrs, les combattants d’al-Nusra montent systématiquement en première ligne et y font preuve d’un courage qui impressionne leurs compagnons d’armes. Ajoutons que les jihadistes suscitent également la sympathie en raison de leur discipline, qui contraste avec les pillages et enlèvements crapuleux pratiqués par certains éléments de la rébellion. L’autorité morale acquise par les membres de Jabhat al-Nusra dans certaines régions a parfois conduit d’autres groupes armés à solliciter leur arbitrage dans les conflits qui les opposent. En résumé, le profond désespoir qui s’est emparé des Syriens après deux ans de massacres a fait de Jabhat al-Nusra un acteur légitime aux yeux d’un grand nombre de gens qui ne sont nullement des extrémistes : tout ce qui les préoccupe est que les jihadistes se battent dans leur camp à l’heure où le reste du monde les a abandonnés. C’est de ce point de vue qu’il faut comprendre la dénonciation de la décision américaine par de larges segments de l’opposition syrienne qui rejettent pourtant les idées et méthodes de Jabhat al-Nusra.

L’idée selon laquelle l’inscription de Jabhat al-Nusra sur la liste américaine des organisations terroristes risque de renforcer la popularité du groupe n’est pas un simple hypothèse mais s’appuie déjà sur des faits. J’étais hier soir en compagnie d’un opposant syrien, coordinateur d’une coalition politico-militaire rassemblant bataillons rebelles et activistes de la société civile dans la région d’Alep. Pendant notre discussion, mon interlocuteur reçut un message lui annonçant que quatre bataillons de sa coalition quittaient cette dernière pour rejoindre Jabhat al-Nusra …

Un dernier problème est que la criminalisation de Jabhat al-Nusra par les Etats-Unis risque de rendre impossible la réintégration future de certains de ses éléments dans le mainstream de l’opposition syrienne. La montée en puissance du groupe au cours des derniers mois et sa popularité croissante se sont traduites par le recrutement d’un nombre croissante de (très) jeunes syriens qui ne sont pas forcément des partisans déterminés du jihad global ou de l’extermination des alaouites. Il aurait été préférable de laisser la porte ouverte à ces éléments plutôt que de les conforter dans l’idée que le monde entier fait le jeu du régime.

Pour conclure : si les Etats-Unis souhaitaient sincèrement limiter l’importance du courant salafiste-jihadiste au sein de l’opposition syrienne, ils auraient dû soutenir sérieusement les autres composantes de cette dernière, option qu’ils ont constamment rejetée au profit de palabres diplomatiques dont ils savent pertinemment bien qu’ils sont voués à l’échec.

&quot;Le Front du Soutien aux Gens de Syrie&quot;« Le Front du Soutien aux Gens de Syrie »

Tous avec Bachar !


Une fête secrète devant la tour Eiffel avec les derniers partisans du régime

Par Julien Morel


Le jeune Florent affiche son soutien à Bachar al-Assad. C’est la deuxième fois qu’il manifeste en faveur du régime.

Samedi 20 octobre, sur le parvis du Trocadéro à Paris, une quarantaine de personnes sont réunies avec des pancartes, des sifflets et ce qui ressemble à un gigantesque drapeau syrien. Postés devant la tour Eiffel, ces militants sont venus pour revendiquer la souveraineté de la Syrie et célébrer leur soutien à la dynastie al-Assad. En me rapprochant du groupe, entre les touristes et deux autres manifestations prenant place sur ce même parvis – des militants pour l’indépendance du Sud marocain et une dizaine d’Ivoiriens réunis autour d’une table –, j’aperçois plusieurs panneaux à l’effigie du dictateur le plus détesté sur Terre, responsable de plus de 20 000 morts en 20 mois de guerre civile: Bachar al-Assad.

Sur les pancartes (montrant des photos si retouchées qu’on a l’impression de regarder une peinture), celui-ci est en costume gris, arborant un sourire gêné qui semble indiquer sa situation à l’heure actuelle: celle d’un mec dont les autorités mondiales souhaitent le départ. Saïd, un Franco-Syrien d’une trentaine d’années, insiste sur le look impeccable du chef d’État syrien : « Regarde un peu le costume. Y’a rien à dire, il est élégant. » Alors que je discute avec lui, essayant de discerner ses arguments au milieu des coups de sifflet et des applaudissements, il me précise que lui et sa famille soutiennent Assad depuis le début des révoltes. Il est musulman sunnite par son père, chrétien par sa mère, et est convaincu que le régime d’Assad est le seul qui puisse faire régner la laïcité dans son pays d’origine : « Avec Bachar, les différentes religions pouvaient vivre ensemble. Si les États-Unis le font partir, c’est foutu. Les salafistes vont s’emparer du pouvoir et tuer tout le monde. »

Tout le monde signifie en fait la majorité des personnes présentes aujourd’hui sur le parvis: familles de hauts dignitaires du régime, chrétiens de Syrie et membres de la frange musulmane chiite la plus implantée au nord du Proche-Orient, les alaouites. Al-Assad étant lui-même de confession alaouite, on comprend facilement que ceux-ci soient inquiets pour leur avenir si jamais le dirigeant venait à s’exiler. C’est ce que me confirme Nordine, pilote de chasse français d’origine syrienne, venu ici en costume militaire et casquette ornée du drapeau syrien. De loin, il a l’air d’un gros con. De près, c’est pire. « J’ai étudié et appris mon travail aux États-Unis; protéger et servir mon pays. En tant qu’alaouite syrien, je ferai de mon mieux pour protéger les miens des barbares. » Lorsque je demande ce qu’il entend par « barbares », sa réponse est immédiate – comme apprise par cœur : « Ceux qui tuent femmes et enfants. Les salafistes, les Saoudiens, les Qataris. » Il marque une pause, remarquant mon air circonspect. « Les juifs. »

Derrière lui s’amassent des gens qui ne cessent d’applaudir et de chanter. Nordine s’approche d’eux et confirme son rôle de meneur. Il entreprend un nouveau chant, viril, comme une menace à destination du président français : Hollande, casse-toi, la Syrie n’est pas à toi ! Réunis autour du grand drapeau syrien, tous côte à côte autour de l’immense morceau de tissu vert, blanc et rouge (dans la pure tradition des photos illustrant la libération des peuples), ils se mettent à entonner un nouveau slogan, cryptique : Fabius [ministre français des Affaires étrangères], Hollande, ONU en Syrie? Pas de place pour les fascistes dans le pays! Ce refrain laisse plusieurs manifestants dubitatifs, qui préfèrent taper dans leurs mains en souriant.


Ces trois Syriennes vivant à Paris sourient pour leur dictateur préféré.

Ce n’est pas le cas de Florent, 17 ans, qui chante si fort qu’il a l’air de torpiller les tympans de la mère de famille syrienne à côté de lui. Il est Français de souche, porte un appareil dentaire et est venu au Trocadéro pour défendre ses convictions politiques – pour autant qu’on puisse en avoir à cet âge. « Mes parents pensent comme moi mais ne sont pas là aujourd’hui. C’est la deuxième fois que je viens défendre l’armée nationale de Syrie. »

Il était présent lors de la première manifestation pro-Assad à Paris qui se tenait entre Saint-Michel et le Panthéon le 16 septembre 2012. Il affirme être venu après avoir vu l’annonce du rassemblement sur le site jeuxvideo.com. Alors que je lui demande si sa vision politique correspond à celle des autres adolescents présents sur le forum, il semble décontenancé et bafouille une réponse, visiblement trop excité. « Jeuxvideo.com brasse plein de sujets : musique, cinéma, politique… Tous les gens n’ont pas le même avis. Je suis l’un des seuls à être impliqué politiquement, me dit-il. Quand j’aurai l’âge de voter, je ne donnerai pas mon bulletin aux gauchos! »

Outre les manifestants d’origine arabe qui constituent environ 90 % de la population présente – et de deux, trois pères de famille communistes égarés là, opposés au droit d’ingérence de l’ONU – le reste est composé de militants de droite dure disposant d’une connexion Internet. On les reconnaît puisqu’ils sont les seuls à être mal à l’aise; malgré leur enthousiasme de façade (illustré par leurs « Allez la Syrie ! » répétés en tapant des mains), ils ont conscience de ne pas être acceptés par la communauté syrienne, qui ne leur adressera pas la parole de l’après-midi.

Alors que la fête bat son plein, j’en oublie presque que les gens devant moi sont en train de soutenir gaiement un régime indéfendable. Étant le seul journaliste présent, on me considère désormais comme un « ami » ; plein de gens tiennent à me serrer la main. Parmi eux, j’ai retenu : un gamin de 20 ans (il pourrait en avoir 30) qui lançait les chants autour du drapeau quelques minutes plus tôt, deux vieux Syriens chiites en djellaba et une meuf d’une quinzaine d’années en tenue camouflage. Celle-ci porte une pancarte à l’effigie de Mouammar Kadhafi. « Il représente la liberté des peuples arabes, précise-t-elle. Il ne s’est jamais rendu devant l’empire américano-sioniste. Comme moi. »

Ça fait bientôt deux heures que je suis sous la pluie. Alors que la fête laisse place à des discussions agitées entre manifestants (j’entends un « ONU, trous du cul ! » pas loin de moi), je décide de me tirer. Tandis que je marche en direction du métro, une femme d’un certain âge m’aborde; douce et amicale, elle me raconte les raisons qui l’ont poussée à venir manifester. Sa famille vit toujours sous les bombes à Damas. « J’y suis allée quatre fois depuis le début de la guerre. C’est terrible. J’ai vu des gens mourir sous mes yeux. En revenant en avion, j’ai pleuré tout le long du trajet. Les rebelles tuent n’importe qui. » Chrétienne, elle est terrifiée à l’idée du sort réservé à ses proches si la rébellion venait à l’emporter. Alors qu’elle passe en revue toutes les nations impliquées dans le conflit syrien, elle termine, épuisée : « Vous savez bien qui est derrière tout ça, hein ? » Pour signifier mon ignorance, je réponds par une grimace. « Eux, comme toujours. Les juifs. »

Photos par Hugo Denis-Queinec.

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Syrie: progression rebelle dans le camp Yarmouk, l’armée prépare une riposte


18 décembre 2012 à 15:39
Capture d'écran d'une vidéo diffusée sur YouTube disant montrer des victimes après un bombardement des forces syriennes sur le camp palestinien de Yarmouk, près de Damas, le 16 décembre 2012

Capture d’écran d’une vidéo diffusée sur YouTube disant montrer des victimes après un bombardement des forces syriennes sur le camp palestinien de Yarmouk, près de Damas, le 16 décembre 2012 (Photo AFP)

Les rebelles ont pris le contrôle d’une importante partie de Yarmouk, grand camp palestinien du sud de Damas, mais l’armée se préparait mardi à une contre-attaque d’envergure, poussant les habitants à un exode massif.

Alors que le nord du pays est devenu dangereux en raison de la présence de jihadistes, un journaliste américain de la chaîne NBC News, Richard Engel, libéré en Syrie après y avoir été capturé il y a cinq jours, a affirmé avoir été enlevé par des chabbiha, milices favorables au régime du président Bachar al-Assad.

A Ankara, le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a appelé l’Iran, allié de Damas, à « envoyer des messages clairs » au régime syrien en vue de le pousser à mettre fin aux violences.

Dans le sud de la capitale, les rebelles ont réussi à chasser d’une grande partie du camp de Yarmouk les milices palestiniennes favorables au régime, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui s’appuie sur un large réseau de militants et médecins en Syrie.

Selon un habitant de Yarmouk venu récupérer des affaires chez lui, « des centaines d’insurgés de l’Armée syrienne libre (ASL) se trouvent mardi à l’intérieur » du camp. Il a assuré que l’armée syrienne a donné jusqu’à 12H00 (10H00 GMT) aux 150.000 habitants pour prendre leurs affaires et partir.

« Des habitants ont décidé d’obtempérer mais d’autres de rester », a affirmé à l’AFP un autre habitant.

Le quotidien al-Watan, proche du pouvoir, a affirmé que « l’armée se préparait à une opération militaire dans le camp ».

la moitié de la population a fui

Des soldats interdisaient l’entrée nord du camp et une centaine d’hommes et d’enfants, chargés de valises, se préparaient à quitter les lieux à bord de camionnettes, a constaté une journaliste de l’AFP.

« L’armée n’attaque pas d’en bas avec les chars mais d’en haut avec les avions », a lancé un habitant, en référence à un raid aérien meurtrier mené dimanche par le régime.

Par ailleurs, de nombreux Palestiniens, entassés dans des bus et voitures, attendent d’entrer au Liban au poste-frontière de Masnaa, a constaté le photographe de l’AFP. Selon la Sureté générale et l’UNRWA (agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens), 2.000 Palestiniens ont traversé la frontière dimanche et lundi, mais mardi l’affluence était encore plus grande.

Le porte-parole de l’UNRWA à Jérusalem, Sami Mhasha, a indiqué que « selon des estimations prudentes, au moins 50% ont quitté ou quittent le camp pour trouver refuge dans d’autres quartiers de la capitale ».

La Syrie compte 490.000 Palestiniens, en majorité venus du nord de la Palestine lors de la première guerre israélo-arabe de 1948, rejoints par d’autres au fil des conflits.

Beaucoup pensaient revenir rapidement chez eux et ont vécu d’abord dans des camps de tentes. Quand l’espoir du retour s’est évanoui, les tentes ont cedé la place à des maisons en dur puis à des immeubles. Les « camps » sont devenus des quartiers de Damas ou d’autres villes, entourés par des constructions informelles nées de l’exode rural. Ainsi, à Yarmouk vivent des Palestiniens mais aussi des Syriens pauvres.

« Nous ne pouvons pas dire pour le moment que quelqu’un a pris totalement le contrôle du camp » a indiqué via Skype à l’AFP Abou al-Soukan, un militant habitant le camp, soulignant que l’armée du régime, toujours déployée dans le quartier mitoyen de Tadamoun, pouvait revenir à tout moment.

Dans la région de Hama, au centre de la Syrie, l’armée s’est retirée de plusieurs positions et localités du nord de la province à la suite d’attaques menées par les rebelles ces dernières 48 heures, a affirmé l’OSDH, précisant que des soldats ont été tués et des véhicules saisis.

Par ailleurs, la Russie, principale allié avec l’Iran du régime syrien, a envoyé une nouvelle flottille de navires de guerre en Méditerranée vers les côtes syriennes, a indiqué le ministère de la Défense russe.

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En Tunisie, qui trahit la révolution ?


Pour l’édition numérique du Soir (17 heures,)

Les temps sont durs pour la révolution tunisienne. Ce lundi 17 décembre, d’aucuns ont voulu célébrer les deux ans du geste terrible de Mohamed Bouazizi, ce vendeur ambulant désespéré qui s’était immolé par le feu dans la petite ville de Sidi Bouzid dans le centre déshérité du pays. Mal leur en prit, des incidents ont éclaté et la visite du président de la république et du président de l’Assemblée constituante a dû être écourtée.

Au moins MM. Moncef Marzouki et Mustapha Ben Jaafar avaient-ils eu le courage de se rendre ce lundi à Sidi Bouzid : leur collègue Premier ministre, l’islamiste Hamadi Jebali, avait préféré invoquer une grippe et se faire porter pâle.
Jebali avait sans doute anticipé la probable colère de la population de Sidi Bouzid : une partie de la foule de 5.000 personnes réunie sur la place où Bouazizi avait commis son geste fatal s’est d’abord mise à huer le discours du premier orateur, pour finir par lancer des pierres vers ces invités de marque, qui n’ont eu d’autre solution que de quitter les lieux dans la précipitation.

Les frustrations des habitants de Sidi Bouzid ressemblent à s’y méprendre à celles de toute la Tunisie « profonde », où la misère qui y règne depuis des décennies, loin d’être en déclin, s’est sans doute accentuée depuis la révolution de janvier 2011 qui a chassé le tyran local, Ben Ali.

Comme avait eu le temps de dire à la foule le président Marzouki, « le gouvernement n’a pas de baguette magique pour changer les choses (…). Il a besoin de temps pour solder l’héritage de 50 ans de dictature ». Mais le sentiment qui prévaut est celui d’une trahison de la révolution. Et, aux maux endémiques d’une économie aux abois s’ajoute l’insécurité qui rend parfois incertaines les routes dans la Tunisie de l’intérieur, où les trafics en tous genres se multiplient.

La « troïka » qui réunit au gouvernement les islamistes d’Ennahda à deux partis de centre gauche, le Congrès pour la république et Ettakatol, n’en finit pas de piétiner. Non seulement les problèmes économiques et sociaux demeurent inextricables alors que les caisses sont vides, mais même les questions constitutionnelles ne trouvent de réponses alors que l’Assemblée constituante a déjà 14 mois d’âge.
La gestion du gouvernement dominé par Ennahda fait l’objet, dans ce contexte déprimant, de maintes critiques acerbes. D’autant que le parti islamiste, arrivé en tête aux élections du 23 octobre 2011 sans toutefois disposer d’une majorité absolue, montre les stigmates d’une formation soucieuse de s’arroger un pouvoir sans partage.

« Ennahda refuse l’option d’un gouvernement de technocrates, qui pourrait aider le pays à se redresser, nous dit un intellectuel tunisien. Ils veulent faire table rase du passé et ils multiplient les nominations de leurs membres dans les administrations centrale et locale, jusqu’au plus petit responsable de quartier. Avec, à la clé, une baisse funeste des compétences qui aggrave d’importance les problèmes. »

Pour autant, les deux partis « laïques » qui se sont alliés avec Ennahda se sont-ils fourvoyés dans un équipage où ils servent de faire-valoir ? Mustapha Ben Jaafar a répondu à cette question par l’absurde : « Sans notre alliance avec les islamistes, a-t-il déclaré au Figaro le 17 octobre dernier, le processus de transition n’était pas assuré, et le pays aurait sans doute connu le chaos. Pouvait-on, au lendemain des élections, constituer un assemblage cacophonique de tout ce qui n’était pas Ennahda et laisser les islamistes dans la rue ? Je n’ose imaginer ce qu’aurait donné ce scénario ».

Ce raisonnement imparable omet cependant d’aborder la question de la dérive apparemment hégémonique d’Ennahda par ailleurs très conciliant avec les extrémistes salafistes qui, par leurs méthodes volontiers violentes, présentent pourtant un clair danger de déstabilisation.
Pour le politologue français Vincent Geisser, « on a parfois l’impression que le ciel leur est tombé sur la tête des Tunisiens, alors que la situation, en dépit des graves difficultés sociales et économiques, est meilleure que celle de la plupart des pays de la région qui connaissent eux aussi des tensions. Que l’on songe à la situation en Libye, en Egypte, au Yémen ou en Syrie (…). Mais c’est le propre de toutes les transitions post-révolutionnaires que d’exacerber les inquiétudes, les peurs et les différends qui sont restés ’’sous le couvercle’’ de la dictature et qui désormais s’expriment au grand jour ».

BAUDOUIN LOOS

Syrie: aucun des belligérants ne peut l’emporter selon le vice-président


anniebannie:les rebelles ne veulent pas négocier avec ce régime assassin

Le vice-président syrien Farouk al-Chareh a affirmé au quotidien libanais pro-syrien al-Akhbar qu'aucun des belligérants n'était en mesure de l'emporter après 21 mois de violences en Syrie, selon les premiers extraits d'un entretien qui doit être publié lundi.<br /> (c) Afp

Le vice-président syrien Farouk al-Chareh a affirmé au quotidien libanais pro-syrien al-Akhbar qu’aucun des belligérants n’était en mesure de l’emporter après 21 mois de violences en Syrie, selon les premiers extraits d’un entretien qui doit être publié lundi. (c) Afp

DAMAS (AFP) – Le vice-président syrien Farouk al-Chareh a affirmé qu’aucun des belligérants n’était en mesure de l’emporter après 21 mois de conflit en Syrie où les violences ont franchi dimanche un nouveau cap avec des raids aériens menés pour la première fois sur un camp palestinien à Damas.

« Aucune rébellion ne peut mettre un terme à la bataille militairement. Tout comme (les opérations) des forces de sécurité et des unités de l’armée ne mettront pas un terme à la bataille » non plus, a affirmé M. Chareh au quotidien libanais pro-syrien al-Akhbar.

Le vice-président sunnite, un temps évoqué pour remplacer le président Bachar al-Assad, de confession alaouite (une banche du chiisme), en cas de transition négociée, a appelé de ses voeux un accord « historique » entre les parties. M. Chareh serait en résidence surveillée à Damas selon certains opposants.

« Nous devons défendre l’existence de la Syrie et pas mener une bataille pour un homme ou pour un régime », a-t-il ajouté selon les premiers extraits d’un entretien mené à Damas il y a deux jours selon le quotidien.

Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a jugé de son côté que « la fin se rapprochait » pour M. Assad.

Une série de déclarations convergentes récentes sur la chute imminente du régime, émanant des Occidentaux et, plus surprenant, d’un responsable russe, sont le signe que l’opposition se renforce, mais des experts estiment que le régime semble néanmoins tenir bon autour de M. Assad.

Preuve que Damas n’est pas prêt à lâcher, l’aviation a bombardé pour la première fois le camp palestinien de Yarmouk à Damas, franchissant une nouvelle étape dans sa guerre pour chasser les rebelles de la capitale.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), au moins huit civils ont été tués dans cette opération qui a visé, d’après des habitants, une mosquée où étaient réfugiés 600 déplacés.

Le président palestinien Mahmoud Abbas et le Hamas ont appelé à l’arrêt immédiat des bombardements sur les camps, le premier exhortant « toutes les parties belligérantes à épargner les Palestiniens ».

« C’est vraiment la guerre »

L’aviation a également bombardé plusieurs quartiers du sud de Damas, où le régime mène une vaste campagne militaire pour chasser les rebelles de la capitale et écraser leurs bases arrière dans la périphérie de la métropole.

A Yarmouk, le plus grand camp palestinien de Syrie, longtemps considéré comme une zone sûre pour les déplacés, « c’est vraiment la guerre maintenant », a affirmé un militant joint par l’AFP via internet.

Il a estimé que « le raid aérien (avait) eu lieu parce que l’Armée syrienne libre (ASL, rebelles) progressait dans le camp », faisant état de violents affrontements entre rebelles et combattants palestiniens du Front populaire de Libération de la Palestine d’Ahmad Jibril (FPLP-CG, pro-régime syrien).

Le FPLP-CG a affirmé pour sa part, dans un communiqué diffusé par la télévision d’Etat, avoir repoussé des offensives « terroristes ».

Les 500.000 Palestiniens de Syrie, restés un temps en dehors des affrontements qui déchirent le pays depuis mi-mars 2011, sont désormais entrés dans le conflit, mais ils sont divisés sur la question. Certains ont même pris les armes dans les camps opposés.

Au total, 127 personnes ont péri à travers le pays dimanche, selon un bilan provisoire de l’OSDH, qui a recensé plus de 43.000 morts depuis mars 2011.

Le régime assimile rebelles et opposants à des « terroristes » et appelle régulièrement au dialogue, une option rejetée par l’opposition qui réclame au préalable le départ du président Assad.

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« Connaître son héritage arabe n’empêche pas d’être français »


Depuis plus d’un demi-siècle, André Miquel traduit inlassablement les plus beaux textes du patrimoine arabe. À l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, « Entretiens de Bagdad », nous l’avons rencontré.

Les fidèles arrivent à la Grande Mosquée de Paris le 26 octobre 2012, pour célébrer l'Aïd-el-Adha.Les fidèles arrivent à la Grande Mosquée de Paris le 26 octobre 2012, pour célébrer l’Aïd-el-Adha. © Miguel Medina / AFP

Depuis plus d’un demi-siècle, André Miquel traduit inlassablement les plus beaux textes du patrimoine arabe, des vers de Qays, le fou d’amour de Leyla, aux Mille et une nuits, en passant par les grands géographes. Né en 1929, ce poète-écrivain-traducteur nous a permis de pénétrer des textes rares, parfois difficiles, avec toujours la même passion de transmettre. Mais quelle place tient cet Islam raffiné qu’il aime tant dans le monde d’aujourd’hui ? Est-ce pour conjurer les démons de la violence et de l’ignorance qui accompagnent souvent le développement de la deuxième religion du monde que cet ancien professeur au Collège de France consacre à un étonnant calife du IXe siècle ses Entretiens de Bagdad (Bayard, 2012) ? Cette ode à la sagesse et à la tolérance est-elle un rêve de poète ou le message d’un sage ? L’Islam d’André Miquel n’est-il pas trop beau pour être vrai ? Entretien autour d’une civilisation mythique, l’Islam des Lumières.

Le Point.fr : Dans votre dernier livre, vous mettez en scène le calife abbasside Ma’mûn et des sages musulmans discutant de Dieu, de l’amour et du pouvoir avec des chrétiens et des juifs. Un joli conte ?

André Miquel : Ce livre exprime ce que pour moi l’Islam pourrait être. C’est mon testament d’arabisant, après cinquante-cinq ans de carrière. J’ai toujours ressenti une estime particulière pour Ma’Mûn, ce fils du fameux Haroun al-Rachid. Au IXe siècle, alors que l’Occident chrétien peine à sortir d’une époque de troubles, ce calife de Bagdad encourage la traduction en arabe des oeuvres grecques, fonde un institut des sciences et invite ses frères à discuter des rapports entre religion et raison, débat aujourd’hui encore d’une étonnante actualité. J’ai donc voulu le faire revivre en renouant avec un genre très en honneur dans la littérature arabe classique : les maqâmât, des entretiens autour d’un sujet convenu ou sans programme préétabli.

Ma’mûn est aussi le calife qui favorisa les mu’tazilites, ces penseurs musulmans qui défendaient au nom de la raison la liberté de l’homme face à Dieu, mais qui se montrèrent d’une rare intolérance…

C’est vrai que, comme d’autres, ces penseurs ont été tentés d’imposer leur vue. Mais ils ont posé le problème essentiel : les rapports de la foi avec la raison.

Cette période est souvent désignée aujourd’hui comme l’Islam des Lumières. Mais n’est-ce pas un mythe ?

Les Lumières sont certes un phénomène occidental, directement lié à l’évolution des sciences et du christianisme. Mais ce mouvement a pu dans certains pays être orchestré ou favorisé par un pouvoir « éclairé » : Louis XV, par le relais de Madame de Pompadour, ou Frédéric II de Prusse ont fait au XVIIIe siècle ce que Ma’mûn a tenté au IXe, favoriser les sciences et les arts. Certes, ce calife n’a pas tout inventé : les traductions des oeuvres grecques avaient commencé avant lui et le mouvement s’est amplifié du fait de l’ouverture du monde musulman à l’Iran et à l’Inde. J’ai d’ailleurs pris un peu de liberté avec la chronologie, pour les besoins de la cause, notamment quand Ma’mûn évoque l’envoi d’ambassadeurs vers la Russie, la Chine et l’Inde, qui est en fait postérieur. Ce que j’ai voulu montrer, c’est l’ouverture d’un Islam trop oublié aujourd’hui.

Vous décrivez des chrétiens et des juifs débattant librement avec le calife. Quel était leur statut dans cet Islam du IXe siècle ?

En contrepartie d’un impôt, ils restaient libres de pratiquer leur foi, avec l’assurance de la protection du pouvoir. Bien des non-chrétiens auraient sans doute souhaité bénéficier d’un statut aussi favorable dans l’Europe du temps. Est-ce que je m’en contenterais aujourd’hui ? Non. Les temps ont changé. La tolérance sous Ma’mûn demeurait effectivement un statut octroyé, et notre époque doit rêver d’autre chose, qui a pour nom fraternité. Mais il faut juger ce calife dans son contexte.

Mais vous qui êtes chrétien, n’avez-vous jamais été rejeté par les musulmans ?

Jamais. Le problème ne s’est posé ni avec mes amis, ni avec mes collègues, ni avec mes étudiants musulmans. Je savais qui ils étaient, ils savaient qui j’étais et nous nous respections. En tant que croyant chrétien, je ne peux que comprendre et respecter l’islam, cette religion qui répète inlassablement le mystère de l’unité de Dieu : Dieu est un. Mais ce que je demande, c’est qu’on me laisse imaginer cette unité à travers le mystère de la Trinité.

Dans les années cinquante, qu’est-ce qui peut intéresser un fils d’instituteurs de l’Hérault à s’intéresser à la culture islamique ?

C’est une longue histoire. Quand je suis entré à Normale Sup, j’étais désigné pour faire carrière dans les langues classiques, mais je rêvais de désert, de palmiers, de minarets. J’ai appris l’arabe par pur plaisir, puis suis parti à Damas comme boursier. Entre-temps, mon maître Régis Blachère m’a confié la traduction d’un livre de fables, Kalîla wa Dimna, d’Ibn-al-Muqaffa. Ce fut extraordinaire. Je voulais poursuivre dans cette voie, mais, parce que je n’avais pas l’agrégation d’arabe, je n’ai pas pu aller à l’institut français du Caire ou de Damas. Alors, dépité, j’ai participé à des fouilles en Éthiopie, j’ai été professeur de lycée à Clermont-Ferrand, puis j’ai travaillé à la direction des affaires culturelles du Quai d’Orsay pour l’Afrique et l’Asie.

Et comment vous retrouvez-vous en 1961 en prison au Caire ?

J’avais cru avoir vocation à être diplomate et j’ai accepté un poste de chargé de mission culturelle, en République arabe unie, celle de Nasser. Ce fut une réussite : deux mois après mon arrivée au Caire, j’étais, avec mes collègues, accusé d’espionnage, de complot contre la sûreté d’État et de tentative d’assassinat du président Nasser. Un procès monté de toutes pièces, à un moment où la guerre d’Algérie n’en finissait pas de finir… J’ai été libéré en avril 62, après que les Français ont libéré Ben Bella, le leader algérien.

Cinq mois de réflexion…

Oui, et au secret absolu, comme je l’ai raconté en 1964 dans mon livre Le repas du soir (Flammarion). Cela m’a donné le temps de conclure qu’il n’y avait pas de plus beau métier que la recherche et l’écriture. À partir de là, ma voie a été tracée : être chercheur, écrire si possible des livres compris par un public honnêtement cultivé, mais aussi me donner le temps de l’écriture libre, celle des romans, des nouvelles et de la poésie. C’est ainsi qu’après avoir été maître assistant à Aix-en-Provence en langue et civilisation arabes, je suis entré à l’École pratique des hautes études, puis j’ai enseigné à Paris VIII-Vincennes, à Paris-III, et enfin au Collège de France.

Vous avez écrit sur la littérature et la civilisation arabes, mais jamais sur la religion musulmane. Pourquoi ?

Je ne suis pas un islamologue. Ce qui m’intéresse, ce sont les hommes et la société que cette religion a modelés. J’ai voulu savoir si la poésie, et en particulier la poésie classique, participait des mêmes joies, des mêmes bonheurs et angoisses que les nôtres. Comment elle parlait de l’amour, de la mort, de l’au-delà.

Cette recherche de l’Autre dans ce qu’il a de plus intime vous a-t-elle permis de devenir « arabe » ?

Non. Il y a dans chaque culture un jardin clos absolument irréductible. Pour moi, c’est la musique. Bien sûr, je peux prendre plaisir à écouter un morceau de musique « orientale », mais elle ne me procure pas la même émotion que la mienne. J’explore donc un autre jardin, immense, ouvert sur le monde, la littérature. Les chefs-d’oeuvre, évidemment, comme Kalila, et les Mille et une nuits, que j’ai traduites avec Jamel Eddine Bencheikh pour la Pléiade. Mais aussi la littérature qui échappe aux doctes, aux savants, celle des géographes arabes ou les Mémoires d’Oussama ibn Mounqidh, un chevalier syrien en contact avec les Templiers, qui, fait rare en son temps, a laissé une autobiographie. Lisez son portrait des Francs : c’était déjà une leçon d’ouverture aux autres.

Mais peut-on vraiment traduire dans sa véracité la poésie arabe ? On vous a accusé de transformer les oeuvres…

Il y a une sacrée différence entre le poème arabe à rime unique et le poème français. Un jour, l’idée m’est venue que cette poésie pouvait être lue comme une poésie classique française, avec son jeu de rimes et ses rythmes, de manière que le lecteur français soit dans le même contexte d’accueil qu’un Arabe le lisant dans sa langue d’origine. Évidemment, on m’a accusé de ne pas être assez fidèle au texte original. Mais je ne fais que mettre en évidence les correspondances. Quand Qays, le fou de Leyla, s’imagine avec la femme aimée, il décrit ainsi deux poissons qu’agite l’abîme de la mer. « Deux poissons dans les flots : je rêve et crois nous voir/Lorsque la vaste mer nous berce avec le soir/Je rêve, je nous vois : ma vie, ta vie, ensemble !/Je vois, je rêve, et la mort même nous rassemble. » Pour traduire cela, j’ai tourné autour du pot pendant des jours et des jours, et je me suis finalement souvenu des Fleurs du mal de Baudelaire : « La mer, la vaste mer, console nos labeurs. » Et j’ai traduit le « ballotter » de l’original par « bercer ». Je crois avoir été dans le ton, même si je n’ai pas respecté la littéralité stricte. Je préfère une autre littéralité qui est la fidélité minimale au sens, et maximale au contexte.

Vous évoquez la beauté, la tolérance de la culture arabe. Mais cette pensée n’est-elle pas surtout une réflexion sur le déclin ?

Il y a sa part. Les Arabes ont été les maîtres du monde seulement pendant un siècle et demi, du VIIe siècle au milieu du VIIIe siècle. Ensuite, ils se sont politiquement effacés derrière les Iraniens, les Turcs, les Mongols, etc. Ces gens ont vécu dans la peur latente des invasions. Ibn Khaldoun et aussi Ibn Battûta vivent le problème de la naissance et de la mort des civilisations, même s’ils veulent croire que l’Islam, lui, ne mourra pas. Quant à l’Égyptien Suyyuti, il a écrit plus de 500 ouvrages en trente ans, tous consacrés à transmettre le patrimoine arabe. Pourquoi ? La peur obscure que cela ne se perde ? La volonté, en tout cas, de retrouver la grandeur du passé, portée par la puissance de la littérature.

Et qui peut expliquer la violence de l’Islam aujourd’hui ?

Dans le cas français, le problème est surtout celui de l’échec scolaire. Pour être un homme dans la cité, il faut d’abord avoir les moyens de réussir sa scolarité. Dans mon Hérault natal, mes parents enseignaient à des enfants dont les parents étaient parfois des immigrés espagnols. Quand ces enfants étaient bons élèves, leurs parents comme mes parents étaient fiers. C’est cela qui manque trop souvent aujourd’hui, cette fierté de part et d’autre.

La France a connu de très grands orientalistes : Henry Corbin, Louis Massignon, Jacques Berque, etc. Pourtant, l’Islam est très mal connu en France. Pourquoi, selon vous ?

Par manque d’intérêt. C’est aussi cela, notre échec. La civilisation musulmane n’est pas toujours connue des Français, ni même des musulmans. Pourtant, connaître l’héritage arabe n’empêche pas d’être français à part entière. Mais les médias ont leur part de responsabilité, non ? Les orientalistes sont trop souvent sollicités dans deux situations : pour qu’ils confortent les clichés qu’a l’Occident de l’Islam, ou pour tenter d’expliquer la situation en temps de crise. N’est-ce pas dommage ?

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Syrie: pour les manifestants, le « terroriste » c’est Assad et pas Al-Nosra


Dépêches
14 décembre 2012 à 17:51
Un combattant rebelle syrien à l'arrière d'un camion, le 14 décembre 2012, dans la ville du nord de Darkush

Un combattant rebelle syrien à l’arrière d’un camion, le 14 décembre 2012, dans la ville du nord de Darkush (Photo Odd Andersen. AFP)

Pour les Syriens, qui manifestent chaque vendredi depuis mars 2011, le seul « terroriste » en Syrie est le président Bachar al-Assad et non les jihadistes du Front al-Nosra, que les Etats-Unis ont inscrit sur leur liste noire.

« Merci à tous les +terroristes+ en Syrie qui combattent Assad. Nous appartenons tous au Front al-Nosra », proclamait une pancarte dans la Ghouta orientale, autour de Damas, devenue un champ de bataille entre les rebelles et l’armée.

Arborant des drapeaux de la révolution, des files d’hommes et d’enfants ont ainsi défilé dans les rues de Haza en appelant à la chute du régime, sous le regard des commerçant.

Sur leur page Facebook « Syrian Revolution 2011 », des militants ont publié une rétrospective des scènes les plus fortes des 22 mois d’insurrection, évoquant par exemple les premières manifestations à Deraa (sud) et les victimes du massacre de Houla (centre).

« Depuis le vendredi de la dignité (le 18 mars 2011 à Deraa), nous manifestons dans les villes et les localités afin que le liberté ne soit plus un rêve mais une réalité », assure un sous-titre accompagné par une musique.

Dans ce montage réalisé sur le modèle d’une bande-annonce de film, les militants affirment: « L’Occident se sent menacé et essaye de minimiser notre grande révolution en dépeignant les révolutionnaires comme des terroristes (…). Nous ne laisserons personne interférer dans nos affaires intérieures ».

La décision américaine contre le Front al-Nosra a déclenché une vague de critiques en Syrie et a provoqué un élan de sympathie à l’égard de ce mouvement radical parmi les militants et les rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL, rebelles).

Al-Nosra, qui a revendiqué la plupart des attentats suicide et est désormais présent sur la quasi-totalité des fronts en Syrie, a affirmé que deux de ses kamikazes avaient mené l’attentat qui a visé mercredi le ministère de l’Intérieur à Damas, blessant le ministre Mohammad Ibrahim al-Chaar.

Les manifestants ont également commenté la récente déclaration d’un responsable russe affirmant ne pas exclure une victoire de l’opposition en Syrie.

A Kfar Nabal (nord-ouest), une pancarte proclamait « Autant en emporte le vent » à côté d’une caricature montrant M. Assad s’écroulant dans les bras du président russe Vladimir Poutine.

Dans le même temps, une pancarte à Damas lançait: « Le quartier de Assali réclame à la Coalition syrienne (opposition) du pain, des médicaments et des balles ».

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