Le Consortium 12-12 ravi des initiatives citoyennes en faveur des Syriens


Mis en ligne le 26/04/2013 à 13h19

« L’organisation d’actions de solidarité en faveur des victimes du conflit syrien commence à faire son chemin », s’est réjoui vendredi Erik Todts, le président du Consortium 12-12, à l’initiative de la « Journée nationale d’action » pour la Syrie, ce 26 avril. En vue de récolter des fonds, le Consortium avait lancé un appel pour organiser partout dans le pays des actions de solidarité invitant les citoyens à boire du thé, comme le veut la tradition syrienne.

« La journée nationale d’action a bénéficié d’une attention médiatique importante », explique Erik Todts. « Des reportages sur la violence en Syrie seront non seulement diffusés dans les médias, mais de plus petites actions de solidarité imaginées par les citoyens se sont également mises en place », avance-t-il. « Ce matin par exemple, quatre amies ont aménagé un salon de thé dans un train reliant Gand à Bruxelles pour récolter des fonds pour l’action 12-12. »

Les organisations musulmanes se sont aussi mobilisées. « Leur participation, notamment à Anvers, est bien plus importante que ce que nous avions espéré », selon Eric Todts. Ce vendredi 26 avril est un point de départ pour les actions de solidarité, qui se dérouleront jusqu’en juin. Le fait de boire un thé noir sucré est un acte symbolique, mais d’autres formes de sensibilisation à la crise syrienne sont possibles.

« Les personnes qui cherchent de l’inspiration peuvent se rendre sur notre site www.1212.be« , assure Erik Todts, qui appelle les associations de quartier, les communes, les écoles et les entreprises à se lancer dans le projet. La violence du conflit syrien a rendu 5,2 millions de personnes dépendantes de l’aide humanitaire, dont 1,2 million ont fui dans les pays voisins comme la Jordanie, le Liban, la Turquie ou l’Irak. L’animateur de radio Thomas Van Hamme, qui soutient l’action 12-12 et s’est rendu dans des camps de réfugiés en Jordanie, témoignera de son expérience samedi avec les médias. Le Consortium 12-12 est composé de Caritas International, Handicap International, Médecins du Monde, Oxfam-Solidarité et Unicef Belgique. (Belga)

© BELGA
BRUXELLES 26/04 (BELGA)

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Burn-out : quand le travail consume le salarié


Classé dans les risques psychosociaux, le syndrome d’épuisement professionnel commence par une phase de résistance; arrive ensuite la rupture, suivie de l’épuisement.

Le verbe anglais to burn signifie brûler en français. C’est une Américaine, Loretta Bradley, qui, en 1969 et pour la première fois, désigne un stress lié au travail sous le terme de burn-out, traduit depuis par syndrome d’épuisement professionnel. En 1974, un psychanalyste américain, Herbert J. Freudenberger, écrivait: «En tant que praticien, je me suis rendu compte que les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles. Leurs ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur.»

À l’automne dernier, le cabinet Technologia consacrait toute une matinée de réflexion au burn-out. Le Dr Agnès Martineau-Arbes, médecin du travail, a décrit les signes cliniques de la maladie: «Il s’agit d’une spirale ascendante dont les premiers signes apparaissent au bout de six mois de stress professionnel. Il y a d’abord une phase de résistance, puis arrive la rupture, suivie de l’épuisement.» Un épuisement dû à une demande excessive de forces ou d’énergie, d’où la métaphore de la bougie qui, après avoir éclairé pendant des heures, n’offre plus qu’une toute petite flamme. D’où encore l’expression: «Pour être consumé (burn out), il faut avoir été enflammé.»

En introduction à cette matinée, le député UMP Jean-Frédéric Poisson, ancien rapporteur de la mission d’information sur les risques psychosociaux à l’Assemblée nationale, confirmait que «le burn-out n’est pas lié à un tempérament prédisposé; c’est le résultat d’une certaine organisation du travail». Pour le parlementaire, «la seule manière d’avoir une influence sur les entreprises viendra de l’impact sur les cotisations versées quand il sera déclaré comme maladie professionnelle». C’est tout l’enjeu.

UNE BOUGIE QUI S’ÉTEINT

«Le coût du burn-out est supporté par la Sécurité sociale», a expliqué Jean-Claude Delgènes, directeur général de Technologia, qui plaide pour l’inscription du syndrome d’épuisement professionnel dans les accidents du travail-maladies professionnelles (AT-MP), «avec la présomption d’imputabilité qui l’accompagne». Ce serait le 99e tableau et cela permettrait de faire payer à l’employeur ce qui est actuellement supporté par la Sécu: aujourd’hui, la branche AT-MP ne reverse que 80 millions d’euros au titre des répercussions, sur la santé publique, des conditions de travail.

Toutefois, le Dr Martine Keryer s’est interrogée sur l’entrée du burn-out dans les AT-MP: «Bien sûr, a-t-elle reconnu, ce serait une aide importante, notamment pour les CHSCT.» Mais elle doute que cela soit suffisant: «L’entreprise paye mais ne change pas! Cela ne lui coûte pas assez cher.»

Il revenait au fondateur de Technologia d’évoquer le contexte dans lequel se développe le burn-out: trente ans de chômage de masse, une précarité intégrée, même quand elle est «virtuelle», mais aussi de plus en plus de directions fixant des objectifs de moins en moins réalistes. Jean-Claude Delgènes invite donc les salariés à se fixer des limites et… à apprendre à dire «non».

SOURCE / Article paru dans FO Hebdo n°3071

Drame d’une famille syrienne


Par Pierre Magnan | Publié le 25/04/2013 à 10H45, mis à jour le 25/04/2013 à 10H45

Grece evros
Un garde-frontière grec contrôle la clôture entre la Grèce et la Turquie, sur le fleuve Evros. Une barrière destinée à empêcher l’immigration en Grèce, porte d’entrée de l’espace Schengen. © AFP/FAYEZ NURELDINE

Nous reproduisons ici un témoignage recueilli par une journaliste de l’AFP, Isabelle Malsang, qui raconte l’histoire d’une famille syrienne qui s’est noyée entre Grèce et Turquie, en tentant de gagner l’Europe. Récit dramatique sur la Grèce, la Syrie mais aussi sur les drames de l’immigration.

Husam Hashash retient ses larmes. Un mois que ce Syrien, vivant à Athènes depuis six ans, a perdu dans l’exode syrien son frère, sa belle-sœur et ses trois neveux et nièces. Noyés en mer Egée, entre la Turquie et l’île grecque de Lesbos.

Dans le salon nu de son appartement athénien, Husam a le regard perdu. L’atelier de textile dans lequel il travaille appartenait à son frère: «Un touriste a trouvé son corps sur une plage, alors que nous le cherchions depuis plusieurs jours», raconte le trentenaire.

Crise en Grèce
Le défunt, Omar, un chef d’entreprise de 40 ans, implanté depuis 15 ans en Grèce était détenteur d’un permis de résident et employait une vingtaine de salariés.

Quand la crise économique a commencé à frapper la Grèce en 2010, il est retourné vivre en Syrie, où il a monté une autre entreprise. Son dernier enfant y est né.

Mais en Syrie, la guerre civile et l’insécurité l’ont rattrapé.

«Là aussi, il a eu des problèmes, son magasin a été volé, l’activité s’est arrêtée», raconte Husam. Il décide de rentrer en Grèce, mais entretemps, son permis de résident a expiré et ne peut pas être renouvelé en Syrie.

La famille essaie d’abord de passer la frontière terrestre avec la Turquie avec le document périmé, mais se fait refouler.

Les contrôles douaniers le long de la frontière terrestre entre la Turquie  et la Grèce, une des principales portes d’entrée de l’immigration illégale dans l’Union Européenne, ont été renforcés ces dernières années à la demande des partenaires européens, qui sont aussi les principaux bailleurs de fonds du pays surendetté.

Clôture sur le fleuve Evros
Une clôture barbelée de 10 kilomètres a été construite là où le passage n’était qu’une marche à travers champs, à l’écart du fleuve frontalier Evros.

Ne reste plus alors à la famille qu’à tenter le passage par mer. Neuf personnes s’embarquent ce soir-là sur une côte turque dans un canot gonflable. Direction les côtes toutes proches de Lesbos (Mytilène).

«La dernière fois que nous avons parlé à notre frère, c’était le matin du départ», dit Husam. Il avait payé la somme due, 1.200 euros pour lui et sa famille à un passeur. «Vers minuit, il a appelé une connaissance pour dire qu’il était tout près d’arriver.» Puis plus rien.

Les neuf personnes à bord du bateau cette nuit-là ont péri.

«Une telle tragédie n’était qu’une question de temps»
«Ensuite nous avons appelé sur son portable et il ne répondait jamais. S’il  avait été arrêté par la police, il aurait trouvé le moyen de dire quelque  chose. Il parlait très bien grec. Mon autre frère a immédiatement compris qu’il  se passait quelque chose, il est parti à Mytilène». Commence alors une macabre recherche des corps livrés par la mer. «Les passeurs (…) nous mentaient tout le temps. Ils nous ont dit qu’ils étaient à Chios, une île proche. Et pendant deux jours, lorsque mon frère a écumé les îles, les autorités ne l’aidaient pas» non plus, raconte Husam.

Husam est toujours effondré. Après avoir retrouvé les corps, il a dû faire des pieds et des mains pour qu’ils soient enterrés dans l’un des seuls cimetières musulmans de Grèce, à Komotini (nord), près de la frontière turque.

Le corps d’un des trois enfants n’a jamais été retrouvé.

«Une telle tragédie n’était qu’une question de temps» depuis le renforcement des frontières, a déploré John Dalhuisen, directeur du programme de l’ONG Amnesty International pour l’Europe et l’Asie centrale.

source

Syrie : « Solidarité avec la lutte des Syriennes et des Syriens pour la dignité et la liberté »


 

Collectif

Nous, soussignés, sommes solidaires avec les millions de Syriens et Syriennes qui luttent pour la dignité et la liberté depuis mars 2011. Nous appelons les peuples du monde à faire pression sur le régime syrien pour mettre fin à son oppression et à sa guerre contre le peuple syrien. Nous exigeons que Bachar el-Assad abandonne le pouvoir, immédiatement et sans excuse, afin que la Syrie puisse initier un prompt redressement dans la perspective d’un avenir démocratique.

Depuis mars 2011, le régime d’Assad a régulièrement augmenté sa violence contre le peuple syrien, en lançant des missiles Scud, en utilisant des armes interdites par la Convention de Genève telles que les bombes à sous-munitions et des incendiaires, et en utilisant les bombardements aériens. Le régime a arrêté et torturé des dizaines de milliers de personnes et commis des massacres indicibles. Il a rejeté les règlements politiques du conflit qui ne comprenaient pas le maintien d’Assad au pouvoir, et il a polarisé la société par des actes stratégiques de violence et en semant des graines de division. Le régime a aussi, depuis les premiers jours de l’insurrection, cherché à internationaliser la crise afin de la placer dans des batailles géopolitiques qui ne feraient que le renforcer. Fidèle à la logique d’un régime autoritaire, Assad ne pourra jamais accepter les demandes légitimes du peuple syrien pour la liberté et la dignité. Dès lors, il n’y a pas d’espoir pour une Syrie libre, unifiée et indépendante tant que son régime se maintient au pouvoir.

Il s’agit d’une révolte qui a été déclenchée par les enfants de Deraa [la bourgade où la révolte a commencé], les sit-in et les manifestations de la jeunesse dans les villes, par les paysans des zones rurales, et les déshérités et marginalisés de la Syrie. Ce sont eux qui se sont mobilisés de manière non violente par des protestations et des chants, avant qu’intervienne la répression brutale du régime. Depuis lors, le régime a poussé à la militarisation du mouvement non-violent en Syrie. En conséquence, les jeunes hommes ont pris les armes, tout d’abord pour l’autodéfense. Mais, par la suite, ce processus a donné lieu à des tentatives de la part de quelques groupes qui luttent contre le régime de créer un climat de bipolarisation et de négation de l’Autre en termes politiques, sociaux et culturels. Ces actes sont en tant que tels des actions contre la révolution pour la liberté et la dignité.

Néanmoins, la révolution pour la liberté et la dignité continue fermement. C’est la raison pour laquelle nous, soussignés, lançons un appel à la société civile mondiale et non aux gouvernements inefficaces et manipulateurs pour qu’elle défende les conquêtes des révolutionnaires syriens et pour défendre notre point de vue : la libération du joug de l’autoritarisme et l’appui à la révolution syrienne comme parties intégrales des luttes pour la liberté et la dignité dans la région et dans le monde.

La lutte en Syrie est une extension de la lutte pour la liberté aussi bien au niveau régional qu’à l’échelle mondiale. Elle ne peut être séparée des luttes de la population de Bahreïn, d’Egypte, de Tunisie, de Libye, du Yémen et d’autres peuples qui se sont rebellés contre l’oppression et l’autoritarisme ; au même titre que des luttes contre ceux qui cherchent à usurper ou à détruire les soulèvements et à les dévier de leur propre programme. Ce combat se lie à celui des Palestiniens pour la liberté, la dignité et l’égalité. La révolution en Syrie est une partie fondamentale des révolutions du nord de l’Afrique ; mais elle est aussi une extension de la révolte zapatiste au Mexique, du Mouvement des sans-terre au Brésil, des mobilisations en Europe et en Amérique du Nord contre l’exploitation néolibérale. Elle fait aussi écho aux mouvements pour la liberté en Iran, en Russie et en Chine.

La révolution syrienne s’affronte à un monde sens dessus dessous où les Etats qui étaient prétendument amis des peuples arabes, comme la Russie, la Chine et l’Iran, ont maintenu leur appui au régime syrien malgré les massacres perpétrés contre la population, cela alors que des Etats qui jamais n’ont réellement appuyé la démocratie et l’indépendance, spécialement les Etats-Unis et leurs alliés du Golfe, sont intervenus pour appuyer les révolutionnaires. Ils l’ont fait de manière claire et cynique dans leur propre intérêt. De fait, leur intervention a visé à faire plier et à subvertir le soulèvement tout en diffusant des illusions et des mensonges trompeurs.

Prenant en considération que les puissances régionales et mondiales ont laissé seul le peuple syrien, nous vous demandons d’assurer de votre appui les Syriens et Syriennes qui continuent à lutter pour la justice, la dignité et la liberté et qui ont résisté aux résonances assourdissantes de la bataille, au même titre où ils rejettent les illusions propagées par les ennemis de la liberté.

Comme intellectuels, académiciens, militants, artistes, citoyens engagés et en tant que mouvements sociaux nous nous solidarisons avec le peuple syrien afin de souligner la dimension révolutionnaire de sa lutte et pour éviter les batailles géopolitiques et les guerres de pouvoir qui se développent dans son pays. Nous vous demandons de donner votre appui à tous les Syriens qui réclament une transition pacifique vers un pouvoir, une transition où tous les Syriens et Syriennes puissent avoir la parole et décider de leur propre destin. De même, nous rejetons toute tentative d’un quelconque groupe de monopoliser le pouvoir et d’imposer son propre programme, ou encore de dicter des identités uniformisées ou homogènes au peuple de la Syrie. Nous vous demandons d’appuyer les personnes et les organisations de base qui défendent toujours les idéaux d’une société syrienne libre et démocratique.

Frederic Jameson (Duke University, United States)

Tariq Ali (British Pakistani writer, journalist, and filmmaker, United Kingdom/ Pakistan)

Ilan Pappe (University of Exeter, United Kingdom)

Etienne Balibar (Columbia University, United States/ France)

Nigel Gibson (Emerson college, United States/ Britain)

Norman Finkelstein (American researcher and writer, United Sates)

John Holloway (Benemérita Universidad Autónoma de Puebla, United States/ Mexico)

Vijay Prashad (Trinity College, United States/ India)

Salameh Kaileh (Intellectual, Syria/Palestine)

Bill Ayers (University of Illinois at Chicago, United States)

Bernardine Dohrn (Northwestern University, United States)

Rashid Khalidi (Columbia University, United States/Palestine)

Lieven de Cuater (Philosopher, Belgium)

Jihane Sfeir (l’Université Libre de Bruxelles, Lebanon/ Belgium)

Jean-Pierre Filiu (Institut d’études politiques de Paris, France)

Farouk Mardam Bey (Intellectual, Syria)

Faraj Bayrakdar (Poet, Syria)

Ziad Majed (American University of Paris, Lebanon/ France)

Kamal Bandara (Intellectual, Tunisia)

Francois Burgat (CNRS, France)

Adam Shapiro (Activist, United States)

Razan Ghazzawi (Activist, Syria)

Yassin el-Haj Saleh (Intellectual, Syria)

Thierry Boissière (Institut français du Proche-Orient, France)

Olivier Le Cour Grandmaison (universitaire, France)

Jens Hanssen (University of Tornoto, Canada/ Germany)

Ghassan Hage (The University of Melbourne, Australia/ Lebanon)

Hani al-Sayed (American University of Cairo, Syria/ Egypt)

Hazem al-Azmeh (Intellectual, Syria)

Sadri Khiari (Intellectual, Tunisia)

Oussama Mohamad (Film maker, Syria/ France)

Jihad Yazigi (Journalist, Syria)

Saad Hajo (Cartoonist, Syria)

Wendy Brown (UC Berkeley, United States)

R. Radhakrishnan (UC Irvine, United States/ India)

Ann Ferguson (Philosopher, United States)

Samir Aita (Le Monde Diplomatique editions arabes, Cercle des Economistes Arabes)

Santiago de Rico Alba (Philosopher, Spain)

Gilbert Achcar (SOAS, London University)

Asef Bayat (University of Illinois, USA)

Chela Sandoval (University of California, Santa Barbara)

source

Syrie : pétition pour Pierre Piccinin


Pierre Piccinin da Prata, politologue et professeur belge, a disparu depuis près de deux semaines dans l’Ouest de la Syrie. Journaliste et expert du monde arabe, il tenait un blog en ligne : http://www.pierrepiccinin.eu/ où il partageait ses opinions et témoignages de ses voyages au Moyen-Orient. Après un voyage difficile en Syrie au printemps 2012, Pierre Piccinin est devenu un fervent défenseur de la cause rebelle syrienne, critiquant le régime autoritaire de Bashar al-Assad.

Auteur du livre La Bataille d’Alep : Chroniques de la Révolution Syrienne aux éditions Harmattan 2012 et du documentaire du même nom, Pierre Piccinin est un acteur important de la communauté internationale face à la guerre civile en Syrie.

Aidez-nous à le retrouver ! Chaque signature compte énormément pour montrer à l’état belge l’urgence de le retrouver.

La pétition ici

Alep, de guerre lasse… Récit d’une visite en Syrie


Ammar Abd Rabbo

Avant même que d’entrer dans le pays, organiser un reportage à Alep, dans le nord, se révèle une épreuve de longue haleine, nécessitant plusieurs semaines de négociations à distance. Surtout quand le journaliste est d’origine syrienne, ce qui est mon cas et ce qui ne facilite pas la prise de contact avec les rebelles. D’abord à cause de la paranoïa ambiante. Ils se méfient en effet des journalistes syriens ou libanais, trop « perméables » selon eux aux pressions des services de renseignements du régime de Bachar al-Assad, et qui pourraient révéler des positions, des noms, et mettre en danger telle ou telle brigade. En revanche, une fois la frontière turque franchie, avec son poste de Bab Assalameh aux couleurs de la Syrie libre, la route vers Alep se révèle alors très courte : moins d’une heure de trajet.

Célébration du 2ème anniversaire de la révolution à Salaheddine (Alep)
(@ Ammar Abd Rabbo)

On traverse Azaz, ville martyrisée, aux rues jonchées de tanks brûlés et à la mosquée éventrée par les bombardements. Puis on longe l’académie d’infanterie, lieu d’intenses combats entre loyalistes et insurgés, aux murs désormais couverts de fresques anti-Assad et de sourates du Coran glorifiant la lutte et les martyrs. Ensuite, c’est l’entrée dans la grande agglomération de la capitale économique (trois millions d’habitants), par un immense marché de fruits et légumes : l’irruption de la vie dans ce voyage plutôt sombre jusqu’à présent. L’endroit a une allure normale, mais les gens se pressent quand même : à deux pâtés de maison, il y a trois semaines, un missile Scud est tombé, faisant des dizaines de morts.

Des passants se hâtent sur « l’Allée des Francs-tireurs » à Alep
(@ Ammar Abd Rabbo)

En ce mois de mars 2013, cela fait deux ans qu’une partie du pays s’est soulevée et neuf mois que la grande métropole du nord est entrée en rébellion. Alep était restée calme pendant toute la première année de la révolution syrienne, offrant même au régime de Bachar al-Assad ses plus belles manifestations de soutien. Mais, en juillet 2012, les quartiers populaires de la ville ont commencé à résister, lançant la « bataille d’Alep », très vite décrétée « cruciale pour le destin de la Syrie » par le raïs de Damas.

ESPOIR ET SYSTÈME D

En quelques mois, Alep a tout connu : les règlements de comptes, les lynchages et les exécutions sommaires, les charniers, les bombardements aériens, les batailles de rue, les combats de chars, les barils d’explosifs jetés depuis les hélicoptères… Rien n’aura été épargné à l’une des plus vieilles cités au monde – les historiens ont des preuves de son occupation qui remontent à 7 000 ans -, coupée en deux aujourd’hui, et qui apprend à vivre avec une guerre « lente », sans offensive spectaculaire ni grandes avancées. Depuis octobre, deux tiers de la ville sont aux mains de la rébellion et les forces en présence campent sur leurs positions. Dans la partie « libérée », c’est-à-dire débarrassée des moukhabarat, les redoutables services de sécurité de Bachar al-Assad, et de leurs méthodes, la population apprend à vivre sans eau ni électricité, mais avec espoir et système D.

Une patrouille du Liwa al-Tawhid de l’ASL dans la vieille ville d’Alep
(@ Ammar Abd Rabbo)

Il a d’abord fallu installer d’urgence des instances « de base », ne serait-ce qu’un service d’état civil pour noter les naissances, les mariages et les décès. Un haut comité légal a donc été formé. Y siègent des magistrats indépendants et des représentants des bataillons (ou katibas) qui ont investi la ville. Il est installé dans les locaux d’un ancien hôpital. C’est aussi ici que l’on juge les affaires courantes, les vols, les disputes… Le comité lance aussi des mandats d’arrêt et a autorité pour emprisonner, voire exécuter, les personnes qu’il a condamnées. Des jeunes révolutionnaires se plaignent de certaines de ses méthodes, qu’ils comparent à celles du régime. Ils rêvent d’une police qui viendrait chercher l’accusé « à l’anglaise », me disent-ils, en respectant ses droits et en lui « parlant bien » ! Un responsable d’une brigade qui connaît ces critiques se défend : « Vous croyez vraiment que si on arrive “gentiment” chez un suspect et qu’on lui demande de nous suivre, il va le faire? Je ne compte plus les arrestations qui se passent mal. Nous sommes en temps de guerre, tout le monde est armé et tout le monde croit que la liberté signifie ne plus se soumettre à aucun ordre! »

LAMPE DE POCHE ET KALACHNIKOV

Le soir venu, Alep « libérée » devient une ville fantôme, on aperçoit quelques ombres se promener lampe de poche à la main et kalachnikov à l’épaule. Les rares commerces ouverts sont ceux qui ont investi dans des groupes électrogènes. Régulièrement, les bombardements plus ou moins lointains viennent troubler le ronronnement des moteurs de ces générateurs électriques installés sur les trottoirs. Cette ville qui a été le grand carrefour commercial de la région depuis des millénaires, aux souks légendaires qui font plusieurs dizaines de kilomètres, est désormais une ville morte, où règne une odeur d’ordures brûlées et de poudre des bombardements…

Sur la ligne de front, dans le quartier de Jdaydeh à Alep
(@ Ammar Abd Rabbo)

C’est par ces fameux marchés couverts, inscrits par l’Unesco au patrimoine mondial, et à travers les échoppes de parfum et d’anciennes merceries, qu’il faut passer pour accéder à la Grande Mosquée omeyyade. L’édifice date de plus de mille ans. Il abrite le tombeau du prophète Zacharie. Les combats l’ont sérieusement endommagé. Les rebelles, qui ont pris le contrôle du monument ô combien symbolique il y a quelques semaines, tentent de nettoyer les gravats et de colmater les brèches dans les grosses pierres anciennes. Mais ils restent très prudents : les soldats fidèles au régime se trouvent juste derrière le mur d’enceinte, à une vingtaine de mètres à peine. Certains soirs, les jeunes révolutionnaires parlent avec eux !

Destructions dans la grande mosquée omeyyade d’Alep
(@ Ammar Abd Rabbo)

À quelques kilomètres de là, dans le quartier de Salaheddine (Saladin), le premier à avoir été libéré, je croise Guevara, une sniper dont j’avais vu des interviews ici ou là. Cette Syrienne originaire de Palestine, formée au maniement des armes, était professeure d’anglais. Elle en a eu assez de voir ses élèves se faire tuer par le régime. En ce jour anniversaire, deux ans de révolution, les jeunes de l’Armée libre, les chabab, sont galvanisés, affirmant qu’ils vont aller chanter et danser sur la ligne de front. À un officier qui leur demande de ne pas faire de provocation et leur rappelle les morts de dizaines de leurs amis dans la même rue ils répondent : « Et alors ? Que vont-ils faire ? Nous tirer dessus ? Nous tuer ? Nous n’avons pas peur ! Maintenant, ce sont eux qui ont peur de nous ! » Les jeunes iront bien manifester et danser, mais dans une rue qui n’est pas exposée aux tirs des snipers.

« Guevara », dans le quartier de Salaheddine à Alep
(@Ammar Abd Rabbo)

En ce qui me concerne, c’est la première fois que je vois une ville assiégée, en état de guerre, où les combattants veulent danser et chanter ! Parmi eux, âgé d’environ douze ans, un jeune surnommé Qashoush, en hommage à Ibrahim Qashoush, à qui les hommes de Bachar ont tranché la gorge en juillet 2011. Son crime : avoir chanté contre Assad. Chaque quartier est fier d’avoir son « Qashoush », dont le principal talent consiste à communiquer à la foule une énergie impressionnante! Apprenant que je suis de Damas, les jeunes révolutionnaires entament des chants invitant ma ville natale à imiter Alep et à se débarrasser du régime. Quand la musique se calme, je peux discuter avec eux, leur demander s’ils ont conscience que l’Occident les trouve « trop islamistes ». Ils répondent : « Et alors? Nous sommes pour le moment sous le feu d’un tyran sans pitié et vous nous dites “attention à ne pas voiler vos femmes dans la Syrie de demain”. Vous êtes sérieux ? » Beaucoup sont en effet islamistes, la majorité, et ils en ont tous le look : barbe fournie, bandeau sur la tête, parfois même le qamis, cette chemise longue qui arrive aux genoux… Mais, à part la tenue, ils n’ont rien à voir avec ce que les médias officiels syriens, ou leurs relais en Europe et dans le monde, appellent des « djihadistes ».

Deux jeunes combattants détruisant une photo de Bachar al-Assad à Alep
(@ Ammar Abd Rabbo)

Je n’ai pas rencontré un seul combattant étranger pendant que j’étais avec eux. Je n’ai vu que des habitants d’Alep à Alep, des habitants d’Azaz à Azaz, etc. Des chauffeurs, menuisiers, ingénieurs, étudiants, qui ont pris les armes, rejoints par les déserteurs du camp adverse. En revanche, j’ai croisé d’autres hommes venus de l’étranger à la frontière avec la Turquie, six exactement, avec un air un peu perdu, arrivés du Kosovo pour combattre. Il y a aussi des Libyens, des Tchétchènes, des Tunisiens, mais très peu, quelques dizaines : une goutte d’eau sur l’ensemble des combattants. Les jeunes avec qui je discute sont déçus par la communauté internationale. Ils me disent : « Tu fais un reportage ? À quoi bon ? Les gens savent ce qui se passe en Syrie, non ? Depuis deux ans, tout est là, sur YouTube ou ailleurs, tout le monde sait ce qui nous arrive, et pourtant on regarde ailleurs ! Ton reportage, il ne va rien changer ! »

ISLAMISTES IRRÉSISTIBLES

C’est ce sentiment d’abandon qui fait le succès des islamistes. Ils sont en effet irrésistibles quand ils donnent une arme, un salaire (petit), aident la famille du combattant, livrent des aliments, assurent les soins… Mais cela ne signifie pas qu’ils veulent transformer la Syrie en « émirat islamique ». Dans leur vie quotidienne, beaucoup continuent de fumer (alors que c’est rigoureusement interdit par les groupes islamistes), à aller sur internet et chatter avec des filles. Ils veulent rire, travailler, continuer leur vie normalement. Ils ne font même pas toutes les prières qu’on attend d’eux !

Hommes en prière dans une rue d’Alep désertée par ses habitants
(@ Ammar Abd Rabbo)

Ce même sentiment d’abandon est aussi très palpable dans les hôpitaux de campagne, particulièrement visés par le régime, où les urgentistes travaillent sans relâche. Certains n’en reviennent pas d’être ainsi régulièrement visés par le pouvoir. Mais ils ont encore la force de rire en repensant à la phrase d’un confrère palestinien, qui leur a proposé de faire comme à Gaza : déployer un grand croissant rouge sur le toit de l’hôpital pour le signaler aux avions et éviter ainsi qu’il ne soit bombardé ! « Même les Israéliens respectent les hôpitaux ! Ils n’ont pas tué 100 000 Arabes en soixante-cinq ans de guerre ! » Dans les dispensaires, comme celui géré par l’association Sedk, on traite à la fois les abcès dentaires, les consultations gynécologiques, les vaccinations… Manquant de produits et de médicaments, privée d’eau, l’équipe fait de son mieux. Cependant, de vieilles maladies, d’un autre temps, refont surface : gale, choléra et même quelques cas de peste.

La vieille mosquée omeyyade ravagée par les combats
(@ Ammar Abd Rabbo)

Je quitte Alep le cœur serré. Les Syriens libres avec qui j’ai passé quelques jours seront-ils toujours là quand je reviendrai une prochaine fois ? Tous ont déjà perdu un frère, un père, un fils… Mais aucun ne doute un instant de la fin de Bachar al-Assad. « Il se débat, il bouge encore, mais il est fini », disent-ils. Sur le terrain, loin des conférences et autres initiatives destinées à leur venir en aide, des discussions interminables de l’opposition, on sent que les chabab ont fait le plus difficile : en finir avec la peur. Le dénouement n’est plus qu’une affaire de temps.

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Reproduit avec l’autorisation d’Afrique Magazine
http://www.afriquemagazine.com

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Ammar Abd Rabbo
Journaliste et photographe
http://www.flickr.com/photos/byammar

Pour la Syrie : demain, vendredi devant la Gare Centrale


A Esplanade de la Gare Centrale – Bruxelles

Contre le silence et l’apathie de la communauté internationale qui sont le meilleur soutien au régime, ActionSyrie a fait le choix de mobiliser la société civile belge et européenne en solidarité avec le peuple syrien.Dans ce cadre, ActionSyrie soutient la campagne du Consortium 12-12 pour contribuer à l’effort humanitaire en faveur des plus de 5 millions de réfugiés et des victimes.Un sit-in de solidarité se tiendra à Bruxelles ce VENDREDI 26 AVRIL 2013 à 18h00 sur l’esplanade de la Gare Centrale!

http://www.facebook.com/Actionsyrie
http://www.facebook.com/1212consortium

Le suppôt de l’Empire


Sans doute, cette vidéo a déjà été publiée. Seulement, il me semble opportun de la publier pour plusieurs raisons.

C’est un débat qui date de 1999. Même s’il ne dure que vingt minutes, un certain nombre de problème cruciaux y sont soulevés : la place des artistes, le journalisme, le rôle des humoristes, Le Pen et les anti-lepenistes, l’importance des mots…

Nabe y développe des points de vue à contre-courant, suscitant l’étonnement et l’effroi des autres intervenants. Dieudonné M’bala M’bala était à ce moment là du côté des fréquentables.

Certains, ici, m’ont reproché d’apprécier Nabe.

Je leur rappellerai une chose : la France est un pays de littérature. Que cela leur plaise ou non, Nabe est un grand écrivain.

Les deux principaux reproches adressés à Nabe :

– Le fait qu’il rejette la théorie du complot. Son point de vue sur le 11 septembre 2001 en irrite beaucoup. Personnellement, je crois que la version officielle est fausse, mais je m’arrête là. Je ne suis pas un enquêteur et n’ai pas la prétention de l’être.

– Son opposition au régime de Bashar Al Assad. Désormais, tout opposant au régime d’Al Assad est déclaré suppot de l’Empire. Dans l’esprit de certains, si vous émettez la moindre critique sur Al Assad, vous êtes de facto avec l’Empire. Ca me rappelle la phrase de G.W Bush : « Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous ». Je voudrais quand même dire à ceux qui pensent de la sorte que Nabe est un anarchiste, il ne saurait donc apporter son soutien à un débile mental assoiffé de sang qui pratique la politique de la terre brulée pour sauvegarder son funeste pouvoir.

Mis à part ça, délectez-vous de cette vidéo car ces débats vifs animés se font de plus en plus rares sur votre petit écran.

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L’enseignant belge Pierre Piccinin a disparu dans l’ouest syrien


Disparu en Syrie. L’enseignant belge Pierre Piccinin da Prata, entré en Syrie dans les tout premiers jours d’avril pour un séjour dans l’Ouest côté rebelle, n’est pas rentré en Belgique pour le 14 avril comme prévu. Les dernières nouvelles de sa part datent de 14 jours. Sa famille, ses amis et la direction de l’athénée Jean Rostand, à Philippeville, où il enseigne, ne cachent pas leur vive inquiétude.

Depuis plusieurs années, Pierre Piccinin a été pris par le virus de la politique proche-orientale, qu’il dissèque sur son blog et qu’il appréhende par des visites sur le terrain malgré, parfois, les risques encourus. Les «printemps arabes», en 2011, l’avaient particulièrement passionné (1). Mais il avait vite marqué ses distances avec certaines rébellions, en Libye et en Syrie, surtout, où il s’était rendu côté officiel. En mai 2012, cependant, son troisième séjour en Syrie avait constitué un électrochoc intense: emprisonné par la police locale en province, il avait été lui-même torturé et il avait vu des opposants syriens subir d’atroces supplices.

Libéré après six jours, il est devenu, à son retour, un partisan acharné de la cause des rebelles. Il retournera trois fois en Syrie, côté rebelles, à Alep en juillet-août et en octobre, puis dans la région d’Idlib en décembre. Le Soir avait publié ses chroniques de l’été en direct depuis la capitale syrienne économique, des textes bouleversants que Pierre Piccinin a ultérieurement publiés dans un livre. Un documentaire vidéo, réalisé avec Eduardo Ramos Chalen, retrace aussi ces jours épiques à Alep (2).

Malgré une situation très périlleuse dans cette Syrie déchirée, Pierre Piccinin y est donc reparti à Pâques. Il n’a plus donné signe de vie à ses proches en Belgique. Un contact syrien indirect en Turquie dit l’avoir eu sur Skype il y a six jours, une information impossible à recouper. Il allait bien à ce moment, selon cette source qui se disait persuadée d’être rapidement mise au courant en cas de mauvaise nouvelle. Pierre n’est pas parti seul mais bien avec un journaliste européen dont le journal nous a demandé de ne pas l’identifier.

Une série d’hypothèses quant au sort des deux hommes peuvent être envisagées. Depuis la pire jusqu’à la plus rassurante: qu’ils soient simplement empêchés de quitter les lieux où ils se trouvent en raison d’une situation sécuritaire bloquée. Il se peut aussi qu’ils soient entre les mains du régime ou d’un groupe extrémiste. A ce stade, ce ne sont que des spéculations. Après consultations et réflexion, il nous a semblé, au Soir, que la diffusion de l’information de la disparition de Pierre Piccinin pouvait l’aider.

De leur côté, les Affaires étrangères belges nous ont dit ceci: «Nous suivons dans toute la mesure du possible, via plusieurs sources (organismes internationaux, pays partenaires), la situation de ceux qui se sont rendus en Syrie en dépit de tous les avertissements. Mais nous ne commentons pas les cas individuels. Nos moyens en Syrie même sont réduits à leur plus simple expression (notre ambassade à Damas est fermée, NDLR). Nous sommes par contre en mesure de fournir une assistance consulaire dans les pays voisins. Nous appelons aussi tous ceux disposant d’informations à nous les communiquer».

BAUDOUIN LOOS

(1) Ses textes peuvent être consultés sur son blog, www.pierrepiccinin.eu/

(2) La bataille d’Alep, chez L’Harmattan.

Converti sur le chemin de Damas

C‘est l’histoire d’un homme qui s’estimait pour le moins incompris. A droite comme à gauche. Quarante ans, diplômé en histoire et en sciences politiques, professeur d’histoire en humanités et passionné par le monde arabo-musulman, Pierre Piccinin da Prata avait déjà fait couler beaucoup d’encre avant sa récente disparition en Syrie. Grand voyageur pendant les congés scolaires, il s’est rendu en Tunisie, en Libye, en Egypte et même au Yémen avant ses voyages syriens.

Ses écrits reflètent ses indignations. Parfois ingénues, jamais feintes. Il a longtemps fustigé la «désinformation» que les médias occidentaux véhiculaient selon lui à propos des «printemps arabes». Comme en Libye, «une guerre menée par les Français et les Britanniques au nom de leurs intérêts économiques». C’était aussi sa position sur la Syrie, jusqu’à son troisième voyage, en mai 2012, qui le marque au fer rouge. Témoin de tortures, lui-même malmené, il se lie à des prisonniers qui combattent le régime d’Assad. Il change d’avis.

Sa conversion lui attire les foudres de beaucoup de monde. Ses amis du camp anti-impérialiste le répudient prestement. Il en souffre car il continue à partager l’essentiel de leurs convictions, dont fait partie un antisionisme virulent qui lui vaut l’opprobre de nombreux juifs<UN>; pour eux, c’est un simple antisémite. A ceux qui publient cette appréciation, il envoie des droits de réponse indignés.

«L’idiot utile du régime»

Le pire coup lui est assené par le journal Le Monde, qui publie un portrait assassin le 6 juin 2012. «L’idiot utile du régime de Bachar», «un aventurier sans fantaisie, un chercheur sans qualification; touriste de la guerre»: la charge est lourde. Le Monde aura aussi son droit de réponse.

Il reprend le chemin de la Syrie, deux fois à Alep, une fois près d’Idlib, puis ce dernier voyage pascal, quand on perd sa trace quelque part dans l’ouest syrien. Le Soir avait publié ses chroniques depuis Alep en juillet et août. L’horreur de cette sale guerre y éclatait au visage du lecteur. Des textes engagés.

Sur ses six jours dans les geôles du régime, il avait dit ceci: «Je parle au nom des Syriens, ces gens qui m’ont aidé dans les prisons, qui sont martyrisés par le régime, et m’ont dit: tu ne nous dois rien, témoigne de ce que tu as vu ici».

B. L. via facebook

voir Le Soir

Pierre PICCININ
Pierre PICCININ (historien – politologue)

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