Israël ne ménage pas sa peine, ni son chantage à l’antisémitisme et instrumentalisation du génocide des juifs, pour amener les députés européens à revenir sur leurs directives de cet été qui mettent en application le droit international. Ci-dessous un article du journal La Croix qui en témoigne et qui montre qu’il est nécessaire de s’adresser, sans perdre de temps, à nos députés européens, afin de leur rappeler qu’ils n’ont pas été élus pour représenter les volontés de l’occupant israélien, mais les nôtres. « Israël négocie avec Bruxelles pour garder la manne de la recherche européenne
Une directive européenne risque de priver Israël de financements pour ses laboratoires opérant au-delà de la Ligne verte. L’État hébreu s’enorgueillit de ses innovations technologiques et de ses liens avec la recherche européenne.
Début août, l’Union européenne adoptait une directive imposant à l’État d’Israël d’indiquer par écrit, à compter de janvier 2014, dans tout accord de coopération avec l’UE, qu’il n’est pas souverain dans les Territoires occupés de Cisjordanie, Jérusalem-Est et du Golan. Objectif déclaré : bloquer les transferts de fonds publics européens à des institutions israéliennes sises au-delà de la Ligne verte démarquant Israël des territoires conquis en 1967 ou entretenant des liens avec les colonies juives.
Le premier ministre Benyamin Netanyahou a vivement protesté contre la directive européenne. « Elle préjuge de l’issue des pourparlers de paix en cours avec les Palestiniens sur le futur tracé des frontières », a-t-il dit en insinuant qu’Israël allait renoncer à participer à « Horizon 2020 ». Son ministre de la défense, Moshe Yaalon, a même haussé le ton en ordonnant à l’armée de stopper toute coopération avec l’UE pour des projets en Cisjordanie.
Négocier les conditions d’éligibilité
« Les Européens utilisent l’artillerie lourde pour abattre une mouche », s’insurge le négociateur israélien, Marcel Szatan. Ces sept dernières années, sur les quelque 900 millions d’euros octroyés par Bruxelles à Israël au titre de la recherche et du développement, seuls 0,5 % ont bénéficié à des projets dans les implantations.
Depuis, les négociateurs israéliens et européens se sont retrouvés plusieurs fois à Tel-Aviv, pour parler des conditions d’éligibilité au pactole de 70 milliards d’euros que l’Union européenne va affecter à la recherche et au développement durant les sept années à venir, pour son programme-cadre « Horizon 2020 », le huitième du genre.
« La rupture avec l’UE aurait des conséquences dramatiques », avertit Galia Blum. Cette pharmacologue figure parmi les 32 jeunes chercheurs israéliens qui ont chacun obtenu cette année à Bruxelles une bourse de 1,5 million d’euros pour poursuivre leurs travaux. « J’ai exposé mon projet en dix minutes à une assemblée d’experts et je les ai convaincus », raconte-t-elle fièrement.
« Notre richesse, c’est la matière grise »
La concurrence est sévère. Sur 3 329 dossiers soumis par les chercheurs de 22 pays après une présélection drastique, seuls 287 ont reçu le feu vert, soit 9 % en moyenne, contre 31 % pour les Israéliens, qui se taillent régulièrement la part du lion. Cette année, ils se sont classés en troisième position derrière la Grande-Bretagne (60 bourses) et l’Allemagne (40), mais très largement en tête, compte tenu de la population d’Israël, huit millions d’habitants seulement.
« Notre richesse, c’est la matière grise », se flatte le président Shimon Peres. Il fait allusion notamment à l’excellence de l’Université hébraïque de Jérusalem, du Technion de Haïfa ou de l’Institut Weizman de Rehovot, véritables locomotives du développement économique. Les inventions d’Israël, qui se présente comme « l’État start-up », ont fait le tour du monde : irrigation au goutte à goutte, tomates cerises, clé USB… Un soutien financier crucial
Israël est le seul pays non européen participant à « Horizon 2020 ». Sa quote-part au fonds commun du précédent programme-cadre a atteint 600 millions d’euros et les retombées, y compris les droits sur la propriété intellectuelle, ont dépassé 1,5 milliard d’euros. L’UE est ainsi devenue le second bailleur de fonds des chercheurs de l’État hébreu, derrière la Fondation pour la science en Israël.
« Se couper de l’UE reviendrait à se tirer une balle dans le pied, mais aussi dans la tête », plaide Ada Yonath, prix Nobel de chimie 2009. Selon elle, le soutien financier de Bruxelles est « crucial » pour les scientifiques et industriels israéliens et « la recherche en vase clos est impossible ».
La mort dans l’âme, Marcel Szatan souligne que « le boycottage évoque des souvenirs cruels chez les juifs ». Il espère que l’UE pourra résilier la « clause de territorialité » s’agissant d’Horizon 2020, voire l’édulcorer ou préciser son côté « approximatif ». Exemple : les 15 très importantes sociétés (Teva, Rafa ou Intel) du parc industriel de Har Hotsvim, à Jérusalem, qui étaient dans le collimateur, parce qu’elles se trouvent à l’extrême limite de l’ancien no man’s land qui séparait Israël de la Jordanie jusqu’en 1967. Ces 15 sociétés viennent tout juste de se tirer d’affaire, en justifiant de leur situation géographique exacte. Une décision qui a donné un ton nouveau aux négociations : elles se poursuivent désormais dans une ambiance plutôt conciliante. »
Cliquez sur les pays en rouge pour connaître leur rang au classement RSF de la liberté de la presse, et découvrir quels marchands d’armes les ont visités.
Selon les révélations de l’unité de contre-espionnage de WikiLeaks, auxquelles Rue89 a eu accès avec 18 médias étrangers, les marchands de surveillance numérique privilégient les pays peu regardants sur les droits de l’homme.
Les marchands d’armes n’aiment guère la publicité. Problème : les télécommunications, ça laisse des traces, opportunément exploitées par la NSA (entre autres), comme Edward Snowden l’a amplement démontré.
WikiLeaks a décidé de rendre publique la liste des pays visités par les principaux marchands d’armes de surveillance numérique, dont trois « sociétés ennemies d’Internet » – pointées du doigt par Reporters sans frontières pour avoir vendu des logiciels espions à des pays eux aussi considérés par RSF comme des « ennemis d’Internet ».
En 2011, WikiLeaks avait rendu publics, avec ses « SpyFiles », des centaines de documents internes révélant l’ampleur du business des logiciels et systèmes d’espionnage et de surveillance des télécommunications.
Dans une nouvelle série de révélations, intitulée « SpyFiles 3 », à laquelle Rue89 a eu accès en partenariat avec dix-huit autres médias étrangers, WikiLeaks révèle que la WLCIU (pour WikiLeaks Counter Intelligence Unit), son « unité de contre-espionnage » (sic), a recensé les pays d’où se sont connectés les téléphones portables de dix-neuf employés ou responsables de onze marchands d’armes de surveillance numérique.
Surveillés depuis des mois par WikiLeaks
Du 4 au 6 juin derniers, le gotha de la surveillance des télécommunications se réunissait au Clarion Congress Hotel de Prague, à l’invitation d’ISS World. L’entrée de ce salon itinérant, interdit aux journalistes mais organisé sur les cinq continents, facturée entre 995 et 2 295 dollars (entre 755 et 1 742 euros), est réservée aux représentants de services de renseignement, forces de l’ordre et gouvernements.
ISS World, le supermarché des marchands d’armes de surveillance numérique
Les participants viennent y découvrir les dernières nouveautés en matière de surveillance et d’interception des télécommunications, assister à des démonstrations « live » de logiciels espions, et à des dizaines de conférences où les marchands d’armes expliquent comment leurs systèmes et logiciels peuvent aider les autorités à surveiller et combattre « les activités criminelles conduites sur les réseaux de télécommunication, l’Internet et les réseaux sociaux ».
Du 7 au 9 juillet, plusieurs de ces marchands d’armes se retrouvaient à Lyon, au forum Technology Against Crime, qui se targue de vouloir devenir le « Davos de la sécurité » puis, du 22 au 25, au Brésil, pour l’édition sud-américaine du salon ISS.
Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que plusieurs d’entre eux étaient surveillés, depuis des mois et pour certains des années, par l’unité de contre-espionnage de WikiLeaks.
Et force est de constater que, lorsqu’ils sont en voyage d’affaires, ces mercenaires du numérique ont une furieuse tendance à privilégier les pays peu regardants en matière de droits de l’homme. (Dans la carte ci-dessus, cliquez sur les pays en rouge pour connaître leur rang au classement RSF de la liberté de la presse, et découvrir quels marchands d’armes les ont visités.)
Droits de l’homme et bord de mer
L’allemand Trovicor, ex-Nokia Siemens Networks, est l’un des plus gros fournisseurs de solutions légales d’interception dans le monde. Plus de 100 pays utiliseraient ses technologies, et c’est le principal sponsor du salon ISS. Son code de bonne conduite précise, au chapitre « business ethics » que l’objectif de l’entreprise est de faire partie des industries leaders en matière de responsabilité sociale et de respect des droits de l’homme.
Elle n’en a pas moins fourni des systèmes d’interception à l’Iran, au Bahreïn et en Syrie, ce qui en a fait l’un des principaux « ennemis d’Internet » pour RSF. Sur ses 170 employés, un seul était surveillé par la WLCIU, qui avance que, depuis janvier, il a été deux fois aux Emirats arabes unis (où Trovicor a une filiale), ainsi qu’en Bulgarie, Serbie, et en Thaïlande, l’un des quatorze pays placés « sous surveillance » par RSF en 2012, en raison de ses velléités de contrôle, de filtrage et de censure d’Internet.
Contactée, la responsable communication de Trovicor à répondu à Rue89 que la liste de ces pays lui fait penser à l’itinéraire de quelqu’un qui apprécierait particulièrement les pays en bord de mer, et que son employeur s’interdit par ailleurs de vendre ses solutions à tout pays en guerre civile…
Mr Q. au Turkménistan
Elaman, elle aussi allemande, se présente comme spécialiste des « solutions de sécurité gouvernementale ». Son catalogue, que WikiLeaks avait rendu public à l’occasion des Spy Files, est un inventaire de tout ce dont aurait rêvé le Mr Q. de James Bond.
Sur la page d’accueil de son site web, Elaman avance que « la confidentialité est essentielle dans le business de la sécurité ». Elle aurait donc probablement préféré que l’on ne sache pas que, du 21 au 24 janvier dernier, puis les 12 et 13 juin, son responsable commercial, Holger Rumscheidt, était au Turkménistan, 177e (sur 179) au classement RSF de la liberté de la presse, un des douze pays considérés par l’ONG, en 2012, comme faisant partie des « ennemis d’Internet ».
Décrit par RSF comme « l’un des plus fermés au monde », le Turkménistan est aussi l’« un des pays les plus hostiles à la liberté d’expression ». Facebook, Twitter, YouTube et Gmail y sont bloqués et « les possesseurs d’antennes paraboliques ou de téléphones portables sont considérés comme des ennemis en puissance ».
La liste des pays d’où Rumscheidt s’est connecté au réseau téléphonique indique qu’il a aussi visité l’Azerbaïdjan (156e du classement RSF) en février 2012, la Jordanie (134e) en avril dernier, et multiplié les déplacements au Liban (101e), au sultanat d’Oman (141e) et aux Emirats arabes unis (114e), par ailleurs placés « sous surveillance » par RSF en 2012, suite aux « arrestations arbitraires » de plusieurs blogueurs qui avaient osé demander aux autorités de procéder à des réformes, ce qui leur avait valu des condamnations de deux à trois années de prison.
Les logiciels espions des Printemps arabes
Le groupe britannique Gamma, une des cinq sociétés classées « ennemies d’Internet » par RSF, n’est pas en reste : entre les 2 et 10 mars 2013, pas moins de quatre de ses principaux responsables se rendaient ainsi aux Emirats arabes unis, en compagnie d’Holger Rumscheidt (Gamma a noué une alliance de sécurité avec Elaman). Au total, huit des onze entreprises surveillées par la WLCIU ont visité les Emirats l’an passé.
La liste de WikiLeaks révèle que les employés de Gamma placés sous surveillance auraient par ailleurs visité le sultanat d’Oman, le Liban, l’Ouganda (104e au classement RSF), le Qatar (110e), le Nigéria (115e), Brunei (122e), l’Ethiopie (137e), l’Indonésie (139e) et la Guinée Equatoriale (166e), ainsi que deux des douze pays placés « sous surveillance » par RSF à l’occasion de son rapport sur les « ennemis d’Internet » : la Malaisie (145e) et le Kazakhstan (160e).
L’employé de Gamma dont le téléphone portable était, du 9 au 12 juin dernier, localisé au Kazakhstan, est un « usual suspect » : Martin Münch, né en 1981, est le responsable de FinFisher, une suite de logiciels espions (ou « chevaux de Troie ») qui ont beaucoup fait parler d’eux depuis que, Printemps arabes aidant, on a découvert qu’ils avaient été utilisés en Egypte, pour espionner des dissidents au Bahrein, ainsi que, comme l’ont révélé des chercheurs américains au printemps dernier, dans au moins 35 pays, dont quinze des pays visités par les employés de Gamma et de ses filiales l’an passé (Brunei, Nigeria, Afrique du Sud, République tchèque, Ethiopie, Indonésie, Malaisie, Mexique, Qatar, Serbie, Singapour, Turkménistan, Royaume-Uni, Etats-Unis, Emirats arabes unis).
Finfisher Spying & Monitoring Tools
Par Guillaume Dasquié
25 200 euros le « kit d’intrusion »
WikiLeaks publie par ailleurs une dizaine de documents révélant comment FinFisher et une entreprise suisse, DreamLab, ont vendu un « proxy d’infection » afin de pouvoir infecter les ordinateurs des citoyens ou résidents d’Oman et du Turkménistan (à la demande de leur gouvernement), ainsi qu’une fiche confidentielle révélant combien sont facturés ces logiciels espion.
Comptez 25 200 euros le « kit d’intrusion », ou bien 100 000 euros la licence de FinSpy, sa solution complète d’intrusion à distance, si vous voulez espionner de une à dix cibles, mais 250 000 euros si vous voulez en surveiller plusieurs centaines, plus 9 500 euros de licence (par client). Le support technique, et les mises à jour, sont facturés 255 338 euros la première année, ou 308 960 euros pour trois ans. Les formations, elles, sont facturées 22 500 euros, les cinq jours. Un juteux business qui a d’ailleurs conduit Gamma à ouvrir un compte « offshore » aux Iles vierges britanniques…
Interviewé par un journaliste de Bloomberg, Martin Münch déplorait l’an passé la publicité faite par les nombreux articles expliquant comment les logiciels espions de FinFisher étaient utilisés pour espionner des défenseurs des droits de l’homme et cyberdissidents, et expliquait avoir abandonné toute forme de vie sociale : « Si je rencontre une fille et qu’elle tape mon nom dans Google, je suis sûr qu’elle ne me rappelera jamais »…
Le blog du « voyageur au Moyen-Orient »
D’autres employés n’ont pas ces pudeurs de jeunes filles : Nelson Brydon, qui se présente sur son compte Twitter (@Brydon_N, désormais indisponible) comme « voyageur au Moyen-Orient » a ouvert un blog (désormais indisponible aussi) où il narre ses nombreux voyages en avion entre le Qatar et Dubaï, l’Ouganda, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Munich – siège social d’Elaman, révélant incidemment la liste des pays où sont donc probablement installés des logiciels ou systèmes espions de Gamma, son employeur.
Sur ce blog, Nelson Brydon ne parle pas de son métier mais, une fois par an, il rédige un (très) long billet où il explique ce que cela fait de prendre l’avion, et compare les compagnies aériennes, les stewards, hôtels…
Le dernier billet se conclut par un « rendez-vous en 2013 ». Sans trahir de secret professionnel, la liste de WikiLeaks indique que, rien qu’entre février et août, il a déjà été cette année sept fois au Qatar, ainsi qu’aux Emirats arabes unis, à Oman, en Malaisie, qu’il était à Chypre du 8 au 29 juillet (en vacances ?), et qu’il était de nouveau au Qatar du 18 au 22 août derniers.
Les petits secrets d’Hacking Team
L’unité de contre-espionnage de WikiLeaks s’est également intéressée au principal concurrent de FinFisher, Hacking Team, une entreprise italienne elle aussi placée dans la liste des « ennemis d’Internet » de RSF. Elle s’était en effet fait connaître après que des journalistes marocains, et un blogueur des Emirats arabes unis, ont reçu des e-mails infectés par « Da Vinci », son logiciel espion.
En avril dernier, une étude de Kaspersky Lab avait révélé que le cheval de Troie d’Hacking Team était particulièrement utilisé au Mexique, en Italie, au Vietnam, aux Emirats arabes unis, en Irak, au Liban et au Maroc. La WLCIU révèle aujourd’hui que les deux employés de Hacking Team qu’elle a surveillé ont multiplié les courts séjours (de deux jours) au Maroc en 2011, 2012 et 2013, ainsi qu’aux Emirats arabes unis, à Singapour, en Serbie, en Espagne, Egypte, Arabie saoudite, au Qatar, Liban, en Malaisie et à Oman.
Eric Rabe, conseiller juridique de Hacking Team, a refusé de commenter la liste des pays visités, mais a tenu à préciser que son employeur avait constitué un panel d’experts indépendants habilité à opposer un veto à tout contrat, qu’il vérifie systématiquement si leurs nouveaux clients pourraient se servir de leurs logiciels espions pour commettre des violations des droits de l’homme, et qu’Hacking Team se réserve le droit de refuser ou suspendre tout contrat en pareil cas, ce qui serait déjà arrivé.
Interrogé sur les soupçons d’utilisation de leur cheval de troie pour espionner des opposants marocains et émiratis, Eric Rabe refuse de rendre publiques les conclusions de leur contre-enquête, ni d’éventuelles mesures prises depuis. Il refuse également de révéler l’identité des experts indépendants, non plus que de leur permettre de répondre aux questions des journalistes, afin d’éviter qu’ils ne fassent l’objet de « pressions pouvant influencer leurs décisions »…
Julian Assange : « Surveiller les surveillants »
Et c’est précisément, explique le fondateur Julian Assange, pour « mettre en lumière cette industrie secrète de la surveillance, qui travaille main dans la main avec les gouvernements de par le monde pour autoriser l’espionnage illégitime de citoyens » que WikiLeaks a lancé ces « SpyFiles 3 », qui permet de doubler le nombre de documents, brochures, plaquettes et autres portfolios émanant des marchands d’armes de surveillance numérique contenus dans la base de données de l’ONG.
Interrogé sur ce qui lui avait permis de mener l’opération de « location tracking » (sic), Julian Assange oppose un « no comment » ferme et définitif. Tout juste consent-il à expliquer que « le rôle de la WLCIU est de protéger les actifs, personnels et sources de WikiLeaks de toute opération d’espionnage hostile, et de révéler la nature des menaces en terme d’espionnage qui pèsent sur les journalistes et leurs sources » :
« Cela comprend des mesures de contre-espionnage incluant, par exemple, la détection de mesures de surveillance mais également le fait de recevoir des informations émanant de sources internes aux organisations susceptibles de menacer la sécurité des journalistes.
Les données collectées par la WLCIU et révélées dans ces SpyFiles 3 permettent aux journalistes et citoyens d’aller plus loin dans leurs recherches portant sur l’industrie de la surveillance, et de surveiller les surveillants. »
Les révélations de la WLCIU ont permis au magazine espagnol Publico de découvrir que la Guardia Civil et l’armée espagnole avaient passé un contrat avec Gamma. En février dernier, plusieurs ONG, dont Reporters sans frontières et Privacy International, portaient plainte contre Gamma et Trovicor, qui auraient violé onze des principes directeurs de l’OCDE, censés garantir la responsabilité sociale des multinationales, en fournissant des armes de surveillance numérique au Bahreïn.
Les nouvelles révélations de WikiLeaks, et la liste des pays, pourraient donner de nouveaux arguments à ceux qui plaident pour un contrôle à l’exportation des systèmes et outils de surveillance et d’interception des télécommunications qui, à ce jour, ne sont pas considérés comme des « armes », et peuvent donc être vendus à des pays connus pour bafouer les droits de l’homme, en toute légalité.
Le Monde.fr | 03.09.2013 à 02h08 • Mis à jour le 03.09.2013 à 09h56
Le quotidien britannique The Independenta révélé que le gouvernement britannique a autorisé une entreprise, le 17 janvier 2012, à livrer à la Syrie du fluorure de sodium et de potassium. Il s’agit de substances chimiques pouvant servir à créer des agents neurotoxiques similaires au sarin, du gaz que le régime de Damas aurait utilisé contre la population syrienne.
Le ministre du commerce, Vince Cable, a reconnu dans une lettre écrite l’année dernière, mais publiée seulement maintenant, que cette autorisation était restée valable pendant six mois. Mais les livraisons n’avaient en fin de compte pas été finalisées. Le ministère précise toutefois que « ces agents chimiques étaient destinés à une utilisation civile ».
Le journal ajoute lui que « les services de renseignement occidentaux soupçonnent depuis longtemps le régime syrien d’utiliser des entreprises fantômes pour justifier l’importation de composants pouvant être utilisés dans des armes ».
LA SUISSE APPROCHÉE QUATORZE FOIS EN QUINZE ANS
C’est d’ailleurs ce qu’a révélé la Suisse lundi. Le régime de Damas aurait tenté d’approcher des fabricants suisses par le biais de sociétés écrans, avant que Berne ne soit alerté de la manœuvre par « un pays partenaire ». Le gouvernement suisse a précisé avoir rejeté à quatorze reprises l’exportation de matériel sensible à destination de Damas lors des quinze dernières années.
Selon une porte-parole du secrétariat d’Etat à l’économie, le matériel en question – une pompe à vide, des valves et un bioréacteur – aurait pu permettre de mettre au point des armes de destruction massive. « Il y avait des raisons de [le] croire », a-t-elle précisé. L’Union européenne a interdit, le 17 juin 2012, l’exportation de composants chimiques vers la Syrie.
Il ne se souvient plus pourquoi il a acheté toutes ces merdes à la braderie de Lille
2 septembre 2013 17:48
Lille – Dur réveil pour cet habitant de Lille qui a trouvé son appartement encombré d’objets divers achetés hier lors de la grande braderie de Lille. Le jeune homme affirme ne plus se souvenir des raisons qui l’ont poussé à acheter tant d’objets manifestement sans intérêt, hors d’âge, et esthétiquement douteux.
Ce Lillois se souviendra longtemps de la grande braderie de Lille. En cause, les très nombreux objets inutiles dont il a fait l’acquisition. « Je suis sorti de ma chambre et je suis tombé nez à nez avec une tête d’élan empaillée » raconte-t-il à Nord-Éclair. Comme beaucoup, il a participé à la très célèbre braderie de Lille qui attire chaque année des dizaines de milliers de chineurs à la recherche de la perle rare. Mais hélas pour lui, il ne comprend pas pourquoi il a acheté tout ça. « Il y a un cendrier bleu « Vive les Vosges », une Super NES qui ne marche pas alors que j’ai jamais aimé les jeux vidéo ». Plus loin, dans le hall d’entrée, plusieurs cartons remplis de vieux livres, une lampe moche en forme de canard.
Le jeune homme n’a hélas aucune explication. « J’aimerais dire qu’il s’agit d’achats compulsifs. Mais je ne sais pas » dit-il en ouvrant un carton plein de tee-shirts taille enfant aux couleurs de My Little Pony et de faire une moue de dégoût. « Pourquoi, qu’est-ce qui m’a pris ce week-end ? » ne cesse de répéter le jeune homme en s’asseyant à une table d’écolier, elle aussi achetée la veille. « Mon appartement est trop petit, je ne comprends pas ce qui s’est passé », montrant du doigt une édition du film Titanic en Laserdisc et l’intégrale de la série Friends en VHS. « Peut-être était-ce le prix, juste 10€ » s’excuse-t-il maladroitement en s’asseyant sur un ballon sauteur à moitié dégonflé.
Dans l’immédiat le jeune homme a annoncé qu’il allait procéder à un inventaire de tous les objets achetés la veille. «Je me rassure en me disant que je ne suis pas le seul dans ce cas. Un ami vient de m’appeler pour me dire qu’il venait de trouver dans sa cuisine une luge, une famille complète de nains de jardin, deux Megadrive sans jeu et un radiateur en fonte. Lui non plus n’a aucune explication ». Il a en outre invité les autres personnes qui, ce week-end, auraient été victimes de tels achats compulsifs à le contacter pour la création d’une association d’aide. « Il ne faut pas avoir honte d’avoir parfois des goûts douteux en matière d’achat. Ensemble, on peut s’en sortir ».
En attendant, le jeune homme pourrait à son tour organiser sa propre braderie pour se séparer de ces objets encombrants ou simplement attendre celle de l’an prochain, comme le font la grande majorité des acheteurs.
MONDE | Mis à jour le lundi 2 septembre 2013 à 21h30
Le président syrien Bachar al-Assad a mis en garde lundi contre le risque d’une « guerre régionale » en cas d’action militaire occidentale, alors que Washington et Paris tentent de convaincre leurs opinions de la nécessité de frapper le régime syrien. Selon une source française, des documents permettent d’affirmer que l’attaque chimique provenait de zones tenues par le régime.
« Le Moyen-Orient est un baril de poudre et le feu s’en approche aujourd’hui (…) Tout le monde perdra le contrôle de la situation lorsque le baril de poudre explosera. Le chaos et l’extrémisme se répandront. Le risque d’une guerre régionale existe« , a déclaré le président syrien au journal Le Figaro.
Alors que Paris est en première ligne au côté de Washington pour mener une riposte, le président Assad a mis en garde contre une « politique hostile au peuple syrien« .
La France menacée
« Le peuple français n’est pas notre ennemi, mais (…) dans la mesure où la politique de l’Etat français est hostile au peuple syrien, cet Etat sera son ennemi« . »Il y a aura des répercussions, négatives bien entendu, sur les intérêts de la France« , a-t-il menacé.
Le président François Hollande s’est déclaré la semaine dernière « déterminé » à frapper le régime de Damas, accusé d’avoir utilisé des armes chimiques le 21 août, une attaque qui a fait « au moins 281 morts » selon Paris. Il s’agit d’informations des services de renseignement français rendues publiques lundi par le gouvernement. Cette attaque était « massive. Nous, nous identifions au moins 281 décès« , a-t-on précisé de source gouvernementale française. Cette évaluation est bien inférieure à celle livrée par les Etats-Unis qui avaient estimé vendredi à 1.429 morts dont 426 enfants le bilan de cette attaque.
La France dit avoir identifié l’origine de l’attaque
Sous couvert de l’anonymat, une source gouvernementale française sur la base d’un document des services de renseignement assure que l’attaque chimique du 21 août près de Damas est partie de zones tenues par le régime de Bachar el-Assad vers des quartiers rebelles: « L’imagerie montre que les zones de départ des roquettes étaient tenues par le régime et que les zones de frappes étaient tenues par les rebelles« , a déclaré cette source. La note des services de renseignement diffusée lundi par le gouvernement évoque « un emploi massif et coordonné d’agents chimiques contre la population civile le 21 août« , « sur la base d’une analyse technique méthodique de 47 vidéos originales« .
Avis aux complotistes: La Mère Agnès-Mariam de la Croix est en tournée de propagande en Israël: la presse israélienne annonce cette visite de la religieuse qui constitue une des principales cartes des relations publiques du régime syrien (http://www.haaretz.co.il/magazine/twilightzone/.premium-1.2110268).
Le régime Assad a envoyé sa porte-parole chargée de dénoncer les « menaces djihadistes » et de nier les massacres commis par le régime. Nous avions déjà rendu-compte de l’organisation d’une conférence de la même propagandiste à Paris par une organisation liée à la droite radicale israélienne. Parallèlement le père Paolo Dall’Oglio qui vit en Syrie et soutient la rébellion est toujours porté disparu, enlevé sans doutes par les services secrets du régime. Les complotistes et autres tenant de l’ extrême-droite soutenant Assad, qui ne cessent de mettre en avant une prétendue alliance entre la rébellion syrienne, Israël et Al-Qaida (sic!) doivent réviser d’urgence leur éléments de langage fournis directement par Damas; voir:
DOCUMENT EXCLUSIF – Un document de quatre pages, qui expose clairement l’étendue du programme d’armement chimique syrien, a été remis aux plus hautes autorités de l’État afin que son contenu soit déclassifié et rendu public. Cette synthèse établie par la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) et la DRM (Direction du renseignement militaire) représente des milliers d’heures de travail réalisé par les agents français. Voici la note que le JDD s’est procurée.
Oui, le scepticisme des opinions publiques est réel. Oui, la Syrie est un théâtre d’opérations complexe. Oui, le scénario de l’après-riposte est opaque. Mais après les attaques chimiques de la fin août, ne rien faire serait la pire des solutions.
– Une victime des attaques chimiques près de Damas, le 21 août 2013. REUTERS/Bassam Khabieh. –
Les questions soulevées sont multiples: légalité et légitimité de ces frappes éventuelles compte tenu du blocage du Conseil de sécurité des Nations Unies; rôle et influence de ce que l’on dénomme l’Occident; incidence du refus britannique et du scepticisme des opinions, au sein desquelles la crainte l’emporte sur l’indignation; jeu mortifère de la Russie de Poutine; sort des batailles qui déchirent le monde arabe. La liste n’est pas limitative.
Ce qui frappe le plus toutefois, c’est bien le scepticisme, voire l’hostilité d’une large fraction de l’opinion européenne, opposée à toute action militaire. Sauf que l’opinion se trompe. Elle croit, comme en Grande-Bretagne, où ce réflexe est particulièrement accusé, assister à un remake de l’Irak. Le prix à payer, du fait des folies de George W. Bush, est ainsi très élevé et risque de l’être pour longtemps. Fondé sur le mensonge des armes de destructions massives, l’expédition d’Irak, désastre stratégique, est la source principale de cette méfiance généralisée.
Or, l’Irak n’est pas la bonne comparaison. Plus pertinente serait l’analogie avec le Kosovo: c’est-à-dire une campagne de frappes aériennes déclenchée sous l’égide de l’Otan et non des Nations Unies, qui avait obligé les Serbes à se retirer. Et il n’a pas été indifférent que Milosevic ait été mis au banc de la communauté internationale: cela a aidé à la résolution politique du conflit.
A l’époque, Bill Clinton avait invoqué, à l’appui de cette campagne aérienne qui avait duré deux mois et demi, la nécessité d’éviter qu’il y ait cent mille morts au Kosovo. En Syrie, les cent mille morts sont déjà là. Force est de constater que ceux qui auraient voulu empêcher le massacre ont deux ans de retard…
Limites du précédent du Kosovo
La décision de Barack Obama de n’agir qu’après un vote formel du Congrès répond en tous cas à ce scepticisme ambiant. Le président américain cherche à se prémunir contre ce qu’il avait subi lors des opérations libyennes: les Etats-Unis avaient fortement appuyé l’initiative franco-britannique avant de faire marche arrière sous la pression du Congrès. Barack Obama cherche aussi à compenser la tiédeur de beaucoup de pays, dont la Grande-Bretagne, par une réaffirmation de légitimité intérieure. Reste à savoir quelles conditions mettra le Congrès à l’intervention demandée par le président américain.
Précisément, le précédent du Kosovo, invoqué par Obama, souligne les limites de ce qui est envisagé, à savoir des frappes aériennes limitées et brèves, de ce fait destinées à n’avoir qu’une portée symbolique. Or, pour qu’une telle opération soit utile, il faudrait qu’elle ait un objectif politique. Et surtout, il faudrait que soit envisagé «l’après».
Dans la période récente, la France et la Grande-Bretagne, aidées des Etats Unis, sont intervenues en Libye. L’opération militaire a réussi et avait atteint son but avec la chute de Kadhafi. Mais «l’après» n’ayant été ni pensé, ni organisé, ni accompagné, la France a du reprendre les armes au Mali, où s’étaient déplacés et déployés hommes et armes djihadistes venus de Libye.
La Syrie est bien sûr un théâtre d’opérations plus complexe. Une bonne part de la réticence des opinions vient d’ailleurs du fait que les oppositions syriennes, un peu comme l’avaient été les oppositions tchéchènes, ont été pénétrées par des djihadistes proches d’al-Qaida. Ce fait est avéré.
Cela rend particulièrement difficile d’aider le Conseil national syrien. Mais on oublie un peu vite que Bachar el-Assad est si fort parce qu’il est aidé de pasdarans iraniens et de miliciens du Hezbollah, lesquels, en matière d’extrémisme, n’ont rien à envier aux djihadistes qui le combattent.
Au reste, l’énoncé de cette complexité suffit à expliquer une part non négligeable de l’hostilité ambiante à toute intervention. En substance, la réaction est celle-ci: pourquoi ne pas les laisser s’entretuer sans nous en mêler? Ce que Jean-Pierre Chevènement exprime lorsqu’il explique qu’il ne faut pas entrer dans cette «guerre de religion». Un autre motif d’hostilité, explicité cette fois par François Bayrou, tient à la sensibilité chrétienne qui, sur place, a pris fait et cause pour Bachar el-Assad.
Un scénario d’après-riposte opaque
Le contexte international rend aussi opaque le scénario de l’après-riposte. Face aux Etats-Unis, en effet, s’est constitué un axe Russie/Iran/Syrie qui paraît aujourd’hui victorieux. Face à cet axe, Barack Obama a paru pusillanime, sans autre option que des protestations verbales, au point d’avoir tracé il y a un an une «ligne rouge», l’usage d’armes chimiques, laquelle avait été déjà franchie sans être sanctionnée.
Il y a deux ans, au commencement de ce qui était alors une protestation démocratique et à dominante laïque, Barack Obama avait refusé de s’engager là où la solution d’une no fly zone, suggérée par ceux qui voulaient prévenir un bain de sang, eût été préférable aux atermoiements du gouvernement américain. Il est vrai qu’Obama a rappelé lui-même qu’il avait été élu pour mettre fin à deux guerres, en Irak et en Afghanistan, et qu’il lui était donc particulièrement difficile d’envisager des actions militaires.
Le prix à payer est ici une perte de crédibilité qui ne peut qu’encourager l’Iran dans son propre programme nucléaire. Ce n’est pas là le moindre enjeu de cette guerre civile syrienne qu’avec l’usage des gaz Bachar el-Assad aura réussi à internationaliser. En tous cas, au point où nous en sommes, comme le dit Hubert Védrine, «la pire des solutions serait de ne rien faire».
S’agissant plus spécifiquement de la France et de la Grande-Bretagne, pays qui ont été, non pas suivistes à l’égard des Etats-Unis, mais bel et bien en pointe dans l’alerte comme dans l’initiative diplomatique (c’est la France qui, la première, a reconnu le Conseil national syrien), il se produit un curieux chassé-croisé. L’éditorial du Financial Times l’exprime sans ambages en écrivant, en substance, que lorsque la France est prête à l’usage de la force contre un dictateur meurtrier, et que la Grande-Bretagne ne l’est pas, il est difficile de ne pas craindre pour le futur de la Grande-Bretagne en tant qu’«acteur global». La tonalité, en Grande-Bretagne, est d’ailleurs d’expliquer que la décision des députés britanniques de refuser à leur gouvernement une action militaire «réduit la taille de la nation».
On est là sans doute au cœur de la réaction à l’événement d’un François Hollande qui est, à juste titre, hanté par la crainte du déclin. Ne place-t-il pas constamment la politique de désendettement sous l’obligation, pour la France, de recouvrer «sa souveraineté»? C’est pourquoi, du Mali à la Syrie, il n’hésite pas à se placer en avant, persuadé, comme François Mitterrand, qu’il entre dans le mandat qu’il a reçu de faire en sorte que «la France puisse tenir son rang».
Jean-Marie Colombani
L’AUTEUR Jean-Marie Colombani Jean-Marie Colombani est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste et essayiste, il a été directeur du journal Le Monde de 1994 à 2007. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont Un Américain à Paris et J’adopte: journal.