Un affrontement Onusien, Serge Grossvak


serge grossvak

Nos « grands » médias sont au pas, il faut de l’information légère, aussi inconsistante que possible (la galette des rois, les soldes, la rentrée des classes de janvier…). Bref, notre presse est libre… de ne pas informer. Alors comment suivre et donner sens aux 3 mots égarés sur des prompteurs ?

Pourtant, ce doit être du lourd à voir la réaction courroucée de Netanyahou (ça, déjà ça fait plaisir !).
Que savons-nous ? 1/ La Palestine n’est pas parvenue à obtenir la majorité pour les conditions de la paix. (Il s’en est fallu d’une voix)
Encore faut-il regarder de plus près cette situation. Il a manqué une voix mais il aurait suffi d’attendre une semaine pour être garanti de la majorité puisque c’est une représentation tournante (sauf les 5 permanents du Conseil). Le Venezuela et la Malaisie arrivaient. Est-ce une idiotie du gouvernement palestinien comme l’affirme E. Barnavi ou plutôt un choix stratégique : éviter le Veto américain dans une situation d’évolution du positionnement américain ? Il m’est difficile de prendre des protagonistes de ce niveau pour des idiots. Je suis convaincu que nous assistons à un combat entre les 2 protagonistes, combat de ruses, de pressions, de mots pour la façade. Et dans ce combat, c’est la Palestine qui est à l’initiative.
Que voyons-nous ensuite ? 2/ Netanyahou chanter victoire et s’étouffer à la fin de son numéro : la Palestine entre au TPI. Les rodomontades de Netanyahou se suivent, appelant les pays à rejeter l’adhésion de la Palestine, menaçant de déposer plainte contre le Hamas… Sans effet. Et nous sentons la panique gagner le gouvernement israélien. Pour étrangler l’Autorité Palestinienne un pas de plus dans l’insupportable : voler l’argent de la Palestine. Un geste pour écraser, mais un geste qui va encore plus isoler Israël… Une fuite en avant… Et maintenant des menaces de frappes.

Difficile de ne pas voir la mauvaise posture d’Israël depuis son agression contre Gaza. Tout s’affaisse à un rythme de plus en plus rapide : l’hypothèse d’une solution armée, le soutien international, la crise interne avec la radicalisation des fins de régimes qui scinde la société…
La résistance armée du peuple palestinien a sans nul doute apporté la possibilité de cette issue libératrice pour tous, juifs compris, mais le combat politique est aujourd’hui le cœur de ce qui est appelé à évoluer. Le boycott d’Israël demeure nécessaire, plus que jamais, mais rendre compte de ce combat politique est devenu un devoir pour ceux qui veulent parvenir à la paix avec justice. Ce sont nos engagements qui ont amené le vote favorable de la France (avec un discours gêné de Fabius)
Ensemble, montrons notre exigence de reconnaissance de la Palestine, notre exigence de convocation du Tribunal.

Serge Grossvak
Le 5/01/15

sur FB

Lettre à Kamel Daoud


 

Posté par Rédaction LQA le 26 déc, 2014 // 14 Commentaires –

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Cher Kamel,

Il s’en est fallu d’un cheveu pour que tu décroches le Goncourt, le prix le plus prestigieux de la littérature française. J’espère que tu n’en conçois pas une amertume excessive. Cet « échec » ne le mérite pas.

Bien peu de gens pourraient donner une liste de noms d’écrivains ayant obtenu le Goncourt. La plupart d’entre eux sont retournés à l’oubli. C’est dire si cette distinction doit être relativisée. Pour ma part, j’ai retenu celui de Tahar Ben Jelloun, peut-être parce qu’il continue de sévir dans le jury qui attribue le prix en question. Je me rappelle avoir tenté, sans succès, de lire le livre qui lui a valu la récompense. C’était « La nuit sacrée ». Il m’est tombé des mains à plusieurs reprises. Je l’ai rattrapé souvent puis je l’ai laissé définitivement choir au bout d’une dizaine d’essais infructueux. Trop mal écrit!

Mais qu’est-ce qui lui a valu cette récompense? Certainement pas son style ni sa syntaxe approximative ! Peut-être a-t-il obtenu la juste rétribution de ses efforts pour entrer dans la peau du Marocain idéal, celui qui exhale un petit parfum d’exotisme, qui a la délicatesse de ne jamais évoquer les « vicissitudes » de la colonisation, qui dénonce les travers de sa société mais qui épargne prudemment  le roi, tellement prisé par la France des riads et du tourisme sexuel. C’est aussi l’homme qui désarme le raciste qui sommeille au fond de l’âme de l’ami condescendant et qui arriverait presque à toucher le cœur du raciste primaire par ses efforts obstinés pour lui ressembler. Songez donc : pour dénoncer le racisme, il utilise les mêmes accents que ses amis « de souche » ! En fait, il s’insurge, non pas contre la haine de l’Arabe mais contre celle qui prend pour cible un Arabe qui se voudrait français !

Dans la catégorie de Ben Jelloun, il y en a bien d’autres, des écrivains algériens, tunisiens, marocains, dont l’œuvre tout entière est tendue vers la quête du Graal littéraire, qu’il prenne la forme du Goncourt, du Renaudot, voire du Nobel ! Certains ne résistent pas à exprimer à haute voix leur amertume et leur incompréhension d’avoir été « oubliés ». Leurs amis attentifs font en sorte que leur soit décerné un prix de consolation, une sorte de médaille en chocolat. Dans leur tension vers la conquête de ce qu’ils croient être une consécration, ils vont de plus en plus loin. Sansal, après le courageux « Serment des barbares », s’est engagé dans une longue dérive dans laquelle il décrit un mouvement de libération nazifié, et finit par regretter la période coloniale en expliquant que l’état du peuple d’Algérie aujourd’hui est bien pire que ce qu’il était sous l’occupation française ! Inutile de dire à quel point ce discours est bien accueilli en France et la reconnaissance qu’il lui vaut auprès de cette tranche de l’opinion française, vaguement rongée par un sentiment de culpabilité et qui se réveille innocente ipso facto ! Sansal a lui aussi bénéficié de quelques prix de consolation. Il n’a pas accédé au titre suprême. C’est qu’il faut quand même un peu de talent littéraire en plus de celui de collaborateur zélé !

Kamel, tu es d’une autre étoffe. Tu as une belle plume, inventive, insouciante des effets de mode. Tu es un vrai écrivain, en ce sens que tu n’es tendu que vers l’expression de toi-même et que ta quête d’une sorte de vérité ne saurait se confondre avec celle d’un prix décerné par un aréopage français, on ne peut plus éloigné de la réalité de ton pays.

En fait, il y a eu une espèce de malentendu qui a régné tout au long de la montée vers la finale du concours. Tu as sans doute été perçu en France comme un possible Sansal qui aurait du talent, et qui se serait donné la mission subliminale de réhabiliter a posteriori la colonisation à travers une réalgérianisation de Camus, ou plutôt une « camusation » de l’Algérie qui frapperait d’illégitimité l’Algérie indépendante. A travers précisément l’œuvre de négation de l’Algérie indépendante qu’ils ont cru déceler dans ton parcours, notamment à travers tes billets quotidiens, le jury du Goncourt a peut-être cru voir une entreprise de réhabilitation de l’Algérie de Camus, celle où les bons sentiments de l’écrivain philosophe devaient constituer un viatique suffisant pour faire oublier au peuple algérien ses aspirations à l’indépendance. Je ne crois pas au complot mais à la tyrannie de l’inconscient. Les membres du jury n’échappent pas à l’emprise de l’inconscient collectif français qui considère que l’Algérie a été dérobée à la France et non rendue à elle-même. Surtout, encore une fois, ils ne connaissent rien de l’Algérie réelle ni du sport favori des Algériens qui consiste à s’auto flageller en permanence, une tendance nourrie par la haine de soi qui les caractérise. Beaucoup de gens prennent cette tendance au premier degré et en tirent des conclusions fautives. En réalité, ce regard âpre que nous promenons sur nous-mêmes est celui d’écorchés vifs paradoxalement silencieux et immobiles en dépit du bruit et de l’agitation de nos rues. Ce bruit sert de paravent à nos blessures secrètes, celles d’avoir perdu des millions des nôtres durant la période de la colonisation et la guerre de libération, des centaines de milliers du fait du terrorisme durant la décennie noire, victimes mangées par l’oubli. Blessure aussi de n’avoir même pas pu fêter bien longtemps l’avènement de l’indépendance puisque des pouvoirs dictatoriaux nous ont immédiatement intimé le silence…

Alors, nous nous adonnons tous, ou presque, à ce jeu de massacre qui consiste à nous dépeindre sous les traits de barbares sales et paresseux. Il y avait initialement de la tendresse qui transparaissait tout de même mais cette tendresse s’est évanouie à mesure de la montée des désespoirs et de l’absence de perspectives. Nous riions au début des portraits que nous faisions de nous-mêmes à travers ceux de nos compatriotes. Il y avait quelque chose qui atténuait la cruauté des traits, quelque chose qui s’appelle l’empathie. C’est cela qui a disparu, ou presque. En tout cas, on a de plus en plus de mal à la discerner dans les écrits, les caricatures… L’absence d’empathie creuse un fossé qui va grandissant entre les producteurs de ces portraits, écrivains, intellectuels… et notre peuple. Le résultat est que la dénonciation de ses tares, dénonciation factuellement pertinente mais dépourvue de bienveillance et rarement assortie de propositions de sortie par le haut, conduit au résultat inverse, c’est-à-dire à la pérennisation, voire l’aggravation desdites tares. Ta prose est une parfaite illustration de cette tendance. J’ai souvent trouvé sa vigueur féroce bienvenue. Et puis, au fil du temps, à mesure que s’éloignait la perspective d’un changement dans notre pays, le voile d’amitié silencieuse qui en atténuait les aspérités s’est progressivement déchiré. Il n’avait sans doute pas disparu mais tu ne le convoquais plus parce que l’amertume, parce que le désespoir…  La lecture du billet quotidien devenait de plus en plus douloureuse pour un grand nombre d’Algériens. Sa fonction de stimulation que ton billet remplissait s’était atténuée pour devenir un aliment de plus à la sinistrose nationale. Parallèlement, la cote de cette littérature journalière montait en France. La sortie de ton livre a fait événement, une sorte de retour de Camus. Le thème, mais aussi les qualités d’écriture en ont fait le candidat le plus sérieux au Goncourt. « Ils » croyaient tenir l’ « arabe » tant recherché, celui qui a intégré la doxa occidentale et qui s’est défait de cet être culturel  qu’« Ils » honnissent. Sans doute s’appuyaient-« Ils » en particulier sur deux éléments qui ont fait florès sous ta plume. Il y a eu d’abord la mise entre guillemets du mot « arabe » (le monde dit « arabe » par exemple). Il y a eu également une mini-série sur la Palestine, au moment de l’agression israélienne sur Gaza.

Le rejet de la dimension arabe de l’Algérie a été aussi mal perçu au pays qu’il t’a valu de regain de faveur en France.  Revoilà l’inconscient collectif français presque en pâmoison devant la confirmation de l’effacement (l’assassinat) de l’Arabe, (sans guillemets dans l’Etranger). Camus, après en avoir fait un élément récurrent du décor, le tue. Kamel Daoud le supprime. Je t’entends d’ici te récrier. Oui, tu as voulu au contraire le rendre au monde, cet Arabe évanescent, mais tu l’amputes, pas dans le roman, mais dans ta littérature quotidienne, de cette dimension. Il y a une sorte de jouissance morbide à s’évertuer à gommer de la personnalité algérienne tout ce qui fait société, tout ce qui est de l’ordre du partage. Que je sache, l’Arabe était la langue principale de communication et d’échange dans l’Algérie précoloniale, y compris dans les centaines de zaouïas de Kabylie ! On peut remonter jusqu’à l’un des plus illustres natifs d’Algérie, le berbère Tarek Ibn Zyad, qui apostrophait ses guerriers en arabe ! Mais pourquoi diable cette fixation sur ce pan de notre culture qui nous a donné le chaâbi, le melhoun, Kaki ou Alloula ? Peut-être qu’il y a malentendu. J’entends pour ma part que l’on est arabe, non par le sang, mais par l’usage de la langue, que nous avons en partage avec Ibn Rochd, Ibn Sina, Ibn Khaldoun. Le chaâbi, précisément, doit ses lettres de noblesse à des chanteurs qui pouvaient être originaires de régions arabophone ou berbérophones, qui pouvaient être musulmans ou juifs ! Je crois au contraire que nous devons réhabiliter cette langue, la refaire vivre et qu’elle soit un élément fort de la cohésion de notre société ! C’est la langue, maison de l’être, dieu dans la chair incarné, qui prémunit les sociétés contre la tentation du glissement vers la plus mauvaise part d’elle-même. Ces mêmes personnalités de France qui se retiennent d’applaudir à chaque fois que, du monde arabophone, monte une voix qui ostracise la langue arabe, ne sont pas  les dernières à monter une garde ferme contre tout ce qui serait de nature à remettre en cause ou à dégrader la qualité de la langue française… Là aussi, il a sans doute un malentendu. Tu n’appelles pas à la disparition de la langue arabe, enfin je ne le crois pas. Mais tes écrits les plus récents peuvent donner cette impression et faire de toi, volens nolens, tu as pu susciter l’espoir de voir en toi un nouveau soldat de l’Empire préposé à la destruction des cultures autres qu’occidentales du monde, pour faire des sociétés concernées des groupes épars, des communautés de hasard, voués à échanger les richesses naturelles dont la Nature les a dotés contre des biens périssables.

La Palestine…

Il y eu, je crois, trois billets parus dans le Quotidien d’Oran, au moment même de l’agression israélienne sur Gaza. Tu y tournais en dérision la « solidarité » (les guillemets sont de toi) avec la Palestine. Evidemment, il fallait les lire au second degré. Ce n’était pas la solidarité avec la Palestine que tu moquais mais les lâchetés, les hypocrisies, qui se sont exprimées sous couvert de cette solidarité, notamment dans le monde arabe. Mais des piques mal venues parsemaient ces textes, tel ce passage où tu accusais les gens qui se déclaraient proches des Palestiniens d’être en réalité des antisémites. Cette même accusation est très régulièrement brandie, notamment par les dirigeants du CRIF en France, ce CRIF qui est en réalité une ambassade israélienne. Est-il besoin de le souligner ? Cette accusation n’est pas seulement infamante. Elle est fausse pour l’écrasante majorité des gens qui marchent, distribuent des tracts, boycottent les produits israéliens. Je suis personnellement investi en France dans la bataille pour la reconnaissance des droits des Palestiniens, dans différentes associations. Mon expérience la plus marquante a été la participation à la fondation et aux travaux du Tribunal Russell sur la Palestine. J’ai rencontré beaucoup de monde, des citoyens anonymes aussi bien que des ambassadeurs, d’anciens ministres, des stars, comme Roger Waters, des écrivains comme Alice Walker (la couleur pourpre), des activistes mythiques comme Angela Davis, des prix Nobel de la Paix comme Maired Maguirre, des personnalités palestiniennes comme Leïla Shahid, Raji Sourani, Marie-Claude El Hamchari, veuve du délégué de l’OLP Mohamed El Hamchari, assassiné par le Mossad à Paris… Il y a eu aussi des juifs rescapés du ghetto de Varsovie comme le psychiatre Stanislaw Tomkiewicz, ou revenue des camps de concentration comme Eva Tischauer. J’ai connu tout cela dans la compagnie de la haute figure de Stéphane Hessel… Il n’y a jamais eu, au grand jamais, le moindre soupçon de quelque forme de racisme que ce soit durant les très nombreuses journées de travail que nous organisions. Alors, laisse, s’il te plaît, ces accusations au CRIF et à ses affidés de la Ligue de Défense Juive ! Quand des gens marchent au nom d’une cause dont tu te déclares toi-même solidaire, accorde-leur un préjugé favorable plutôt que de chercher un mobile inavouable à leur engagement.

Le mythe de la caverne est un récit allégorique de Platon. Il commence par la description d’une caverne dans laquelle des prisonniers enchaînés tournent le dos à l’entrée ouverte à la lumière. Derrière les prisonniers, un sentier escarpé sur lequel vont et viennent des hommes portant des statuettes. Derrière le sentier brûle un feu. Les prisonniers, nos semblables, ne pouvant tourner la tête, ne voient pas la lumière du feu mais seulement les ombres qu’il projette sur la paroi de la caverne, ombres qu’ils jugent seules porteuses de réalité, constitutives avec la prison du monde sensible, celui auquel nous accédons par nos sens. L’extérieur de la caverne figure le monde des idées. Un jour, un des prisonniers est conduit à la lumière du jour. C’est ce que Platon appelle la dialectique ascendante. Après une phase d’aveuglement dû à l’intensité de la lumière, il voit les objets naturels. Il sera par la suite heureux de cette connaissance et ne voudra pas retourner en esclavage. Si par amour pour ses semblables, il retourne quand même dans la caverne (dialectique descendante), il n’y distinguera d’abord que peu de choses, ses yeux s’étant habitués à la lumière. Puis, il expliquera à ses anciens compagnons l’erreur qu’ils commettent à prendre pour réalité ce qui n’est qu’illusion. Selon Platon, ses compagnons le prendront peut-être pour un fou et lui feront subir le sort de Socrate en le condamnant à mort. Peut-être peut-on envisager un sort plus heureux pour tel de nos penseurs ou de nos écrivains qui ferait cette démarche ?

Gadamer, philosophe allemand, élève de Heidegger, démontre que « le plus grand préjugé des Lumières,  c’est le préjugé contre les préjugés et que l’explicitation du préjugé peut mener à un plus grand niveau de compréhension ». C’est dans ce sens, ajoute-t-il, que « le préjugé peut être vu de façon positive ». Notre inconscient collectif est peuplé de préjugés. Ce sont eux qui nous paralysent, qui désarment toute tentative d’innovation. Ce sont eux qui nous dictent notre comportement moutonnier, notre conformisme en matière d’accoutrement… Plutôt que de nous contenter de les dénoncer de manière récurrente, interrogeons-les, cherchons-y un sens. C’est le moyen de nous en affranchir. La caverne de Platon, c’est nous. La dialectique ascendante, nous devons la réaliser à partir de nous-mêmes, nous élever au-dessus de notre condition actuelle pour accéder à la vérité des idées. Mais nous ne pouvons le faire seuls. Nous sommes lestés de trop de liens, trop de poids. Nous avons besoin de l’aide d’autres nous-mêmes, qui nous ressemblent, que notre sort intéresse, et qui ont fait l’expérience de la sortie vers la lumière. Mais, pour ce faire, encore faut-il aller vers eux, les connaître, ou plutôt les Reconnaître, refaire avec eux la route difficile vers la connaissance. Il nous faut rompre avec la tentation de la dissolution de notre être et revenir au contraire vers ce qui nous fonde et que nous ne voulons plus voir. Nous avons à reconstruire notre destin, à prendre à notre compte nos mémoires, notre imaginaire, plutôt que d’adhérer à un universalisme décharné qui s’est construit sans nous, voire contre nous depuis des siècles.

Descendons dans la caverne, Kamel, retournons auprès des nôtres. Refaisons avec eux l’ascension du chemin escarpé vers la plus haute des libertés, celle de l’esprit. Nous aurons en retour le prix inestimable de la reconnaissance de notre peuple. Pour moi sûrement, pour toi, je crois, elle nous est plus précieuse et plus utile que celle d’un groupe d’écrivains ou assimilés, réunis une fois l’an pour désigner un ou une lauréat(e), tout en essayant de se rappeler, à proximité de l’heure du déjeuner, si c’est l’année du gibier à poils ou du gibier à plumes.

Je te souhaite, je nous souhaite le meilleur et que ce meilleur soit aussi le meilleur pour notre pays, l’Algérie…

Brahim Senouci

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JULIEN JALAL EDDINE WEISS RIP


 

weissIl  vient de quitter ce monde suite à une longue maladie. 

L’ouverture des horizons culturels
Alsacien par son père, suisse par sa mère, Bernard Weiss est né et a grandi à Paris.
Au début des années 70, comme beaucoup d’adolescents de sa génération, ce guitariste de formation classique (il entre en 1965 à l’Ecole Normale de Musique) remet en question les valeurs de la culture occidentale et se laisse happer par la fièvre de la route. Ses voyages le mènent en Californie, au Maroc, puis aux Antilles ; il ouvre ses horizons culturels et se fait rebaptiser Julien par une jeune vénézuélienne, Isabelle Sotto, fille du fondateur de l’art cinétique.De retour en France en 1974, il compose plusieurs pièces pour la guitare classique, et participe à une création du metteur en scène tunisien Sharif Allaoui.
En 1976 à Paris, lors d’une soirée chez le futur ministre de la culture Egyptienne, Farouk Hosni, l’écoute d’un disque du musicien irakien Mounir Bachir, grand maître du Oud (luth oriental le bouleverse au point qu’il abandonne la guitare classique et les harmonies jazz pour se lancer corps et âmes dans l’étude du luth arabe et des lois raffinées régissant la musique micro tonale orientale. Mais très vite, les limites de l’instrument le frustrent et lorsqu’il découvre les richesses offertes par la cithare orientale « le qanûn » la quête de Julien Weiss prend tout son sens. Dès lors il parcourt l’Orient et, de Tunis à Beyrouth, de Bagdad au Caire, d’Istanbul à Damas, il suit l’enseignement de grands maîtres. C’est ainsi qu’il devient le disciple puis l’ami de Mounir Bachir en l’honneur duquel il composera une « Suite Bagdadienne » interprétée lors du Festival de Babylone en Irak.

Acharnement et recherches musicales approfondies

Peu à peu Julien Weiss, par son acharnement et six heures de travail quotidien, devient un virtuose du qânun (cithare trapézoïdale à cordes pincées munie de résonateurs en peaux de poissons). C’est aussi un expert de la musique arabe classique, dominant toutes les complexités des gammes et des modes orientaux. Il se consacre de nombreuses années à l’étude des traités musicaux des Grecs Antiques comme ceux d’Aristoxène de Tarante et des Arabo-Persans comme Al-Kindî, Al-Farabî, Avicenne, ainsi que les théoriciens turcs, byzantins et même occidentaux, puis se livre à une étude comparative avec la pratique empirique des musiciens et chanteurs de l’Orient moderne.
Ainsi, il s’aperçoit au cours de ses continuels voyages que la notion de modalité, loin d’être fixe auprès de la conscience musicale arabe, fluctue d’un pays à l’autre et à l’intérieur même d’une région, variantes qui ne semblent guère embarrasser les musiciens. Il a donc cherché par tous les moyens à imposer un jeu où la justesse prend le pas sur la marge de tolérance accordée ici et là. Ses recherches le conduisent à faire construire à Izmir un qanûn original, par le luthier turc Egder Gülec : un système judicieux de clapets lui permet d’obtenir une division du demi-ton en micros tons inégaux de sept parties et huit intervalles, le nombre de cordes porté des 78 habituelles à 102 étend les possibilités de l’instrument à 5 octaves et lui donne dans le grave une couleur toute nouvelle. Avec cet instrument prototype (en fait une série de 9 vont se succéder), il peut ainsi accompagner avec une précision diabolique un musicien quel qu’il soit et d’où qu’il vienne. En 1990, le Prix de la Villa Médicis Hors les Murs, vient consacrer ses travaux sur la micro tonalité en musique arabe.

Musique instrumentale et chant classique

En 1983, il fonde l’ensemble instrumental Al-Kindî dont le nom fait référence au philosophe, mathématicien et astronome irakien du IXe siècle, Abu Yusuf Al-Kindî, père de la théorie scientifique de la musique arabo-musulmane.
Al-Kîndi est conçu comme un takht, un regroupement de solistes dont le joueur de ney Ziyâd Kâdî Amin, le luthiste Muhammad Qadri Dalal et le percussionniste égyptien Adel Shams el Din sont désormais les piliers. Ensemble, ils explorent les répertoires classiques sacrés et profanes en recherchant les œuvres les plus authentiques et les moins diffusées.
Conçu à l’origine comme un groupe exclusivement musical, JJ. Weiss se rend à l’évidence qu’en musique arabe le chant est indissociable de la musique, et que c’est dans le chant que s’exprime toute la richesse et les nuances de cet art. Seul ou avec Al-Kindî, il accompagne dès lors les grands interprètes du chant profane ou sacré, tels le tunisien Loufti Bouchnak, l’irakien Hussein Ismâïl-al-Azami, les syriens Sabri Moudallal, Omar Sarmini et Adib Daiykh, ainsi que l’hymnode de la Grande Mosquée de Damas Sheikh Hamza Shakkûr. Avec ce dernier, il explore la liturgie soufie de Damas et élabore un programme musical envoûtant, concert sacré rythmé par la danse rituelle des Derviches Tourneurs et présenté depuis sa création en 94 sur les plus prestigieuses scènes du monde entier.
En 2003, il explore le sublime répertoire de la confrérie soufie Qaderiya d’Alep avec le chanteur Sheikh Habboush.
Depuis, JJ. Weiss enrichit ses rencontres notamment dans la ville d’Istamboul où il a élu domicile depuis 2005 en collaborant notamment avec le chanteur Dogan Dikmen, spécilaliste de l’époque ottomane.

En 1983, il crée également une rubrique sur la musique arabe dans la revue de sciences politiques « Grand Maghreb ».
En 1986, le Français se convertit à l’Islam et devient Jalal Eddine  en hommage au fondateur de l’ordre des derviches tourneurs Jâlal Eddine Rûmi.
La même année, commence une collaboration avec Mohamed Aziza, recteur de l’Université Euro-Arabe itinérante ; il organise des concerts dans le cadre des conférences données par l’Université, et dirige un Festival de Musique à Bologne en 87, pour la célébration du Ixième centenaire de la première Université d’Europe. Il reçoit à cette occasion la médaille Alma Mater Studiorum.

La rigueur et la qualité du travail de l’ensemble Al-Kindî, ses créations originales inspirées par des thèmes évocateurs de l’Orient « Le Salon de Musique d’Alep », « La Passion des Mille et Une Nuits », « L’Art Sublime du Ghazal», « Poètes et Musiques Arabes du Temps des Croisades »…lui ont valu de nombreuses distinctions discographiques (Diapason d’Or, Choc du Monde de la Musique…), la reconnaissance des médias (reportages, portraits, documentaire produit par Canal Plus en 1997), et la fidélité d’un public toujours plus large, et présent chaque année aux rendez-vous donnés au théâtre de la Ville de Paris, au Queen Elisabeth Hall de Londres…

L’aboutissement du « rêve d’Orient »

Poussant toujours plus loin son immersion dans la culture orientale, Julien Weiss fait l’acquisition en 1995 de la maison de ses rêves, un palais Mamelouk du XIVéme, niché au cœur de la vieille ville syrienne d’Alep, à proximité de ses Souks millénaires et de leurs senteurs orientales. Dans ce lieu magique et stimulant, quand les prestigieuses tournées internationales et les enregistrements discographiques lui en laissent le temps, il travaille à la préparation de nouveaux répertoires, à la découverte de voix et de traditions méconnues, à l’observation des nombreuses confréries mystiques qui l’environnent et se passionne pour l’art architectural et décoratif islamique.
Enfin, dans son salon de musique, renouant avec d’ancestrales traditions de cette cité mythique, réputée pour être une des villes les plus mélomanes du monde arabe, il convie régulièrement des musiciens, des voisins ou des  étrangers de passage qui autour d’une tasse de thé ou de café partagent des heures durant les délices de la musique arabe classique la plus pure qu’elle soit sacrée ou profane

…..

Le 14 juillet 2001, il a été ordonné Officier des Arts et des Lettres par le Ministre de la Culture Française, Catherine Tasca.

Ecoutez

source

[youtube http://youtu.be/ssdmglJD8s0?]

Le serment – La Série diffusée sur Arte (bis)


Vous pouvez voir la série gratuitement sur Arte ici : http://www.arte.tv/guide/fr/042264-001/le-serment-1-4
La chaîne ARTE l’a diffusé le 31  décembre, malgré les protestations du CRIF (Arte rediffuse la série “The Promise” boycottée par le CRIF. Lire article ICI)
 Vous pouvez voir le programme en louant les quatre épisodes ici pour 9,99Euros ou 2,49Euros par épisode ou encore l’acheter chez amazon.
Le serment - La Série

Réalisateur : Peter Kosminsky
Acteurs : Perdita Weeks, Itay Tiran, Ben Miles, Christian Cooke, Claire Foy
Producteurs : BREAKOUT FILMS, DAYBREAK PICTURES

Erin, jeune Londonienne de 18 ans, s’apprête à partir passer l’été avec sa meilleure amie, Eliza Meyer, en Israël. Eliza doit y effectuer son service militaire.

À travers un double regard – celui d’une jeune Londonienne qui se rend pour la première fois en Israël et celui de son grand-père, soldat britannique dans la Palestine des années 1940 –, Peter Kosminsky (Warriors, Les années Tony Blair) retrace l’histoire du conflit israélo-palestinien de 1946 à nos jours. Captivant.

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