Plus d’un millier de Syriens ont fui en Turquie en 24 heures


LEMONDE.FR avec AFP | 09.06.11 | 10h28  •  Mis à jour le 09.06.11 | 16h51

 

Un camp de réfugiés en Turquie, près de la frontière syrienne, le 9 juin.

Un camp de réfugiés en Turquie, près de la frontière syrienne, le 9 juin.REUTERS/OSMAN ORSAL

1 250 nouveaux Syriens fuyant la répression sont arrivés en territoire turc ces dernières vingt-quatre heures selon l’agence de presse turque semi-officielle Anatolie, qui précise que depuis le début de la contestation en Syrie, il y a trois mois, ce sont 1 777 réfugiés au total qui sont pris en charge par le Croissant-Rouge, à Yayladagi (province de Hatay) après avoir passé la frontière nord-ouest de leur pays.

La ville turque, située à l’extrémité d’une langue de terre s’enfonçant de 150 km vers le sud, est une sorte de poste avancé de la Turquie au Proche Orient. La ville syrienne de Jisr Al-Choughour, où l’armée mène des opérations de ratissage meurtrières, n’est qu’à une quarantaine de kilomètres. C’est donc là, derrière les grilles d’un ancien centre de traitement du tabac, que le Croissant-Rouge turc a érigé fin avril, après l’arrivée d’un premier groupe d’environ 250 Syriens, un village de tentes capable d’accueillir des milliers de réfugiés.

Pour l’heure, seule une centaine de tentes ont été montées, sur six hectares, mais 900 autres sont prêtes à l’emploi, selon des chiffres fournis fin avril par le Croissant-Rouge, qui mentionne aussi 8 500 couvertures et des équipements de cuisine pour 10 000 personnes.

LE SOUVENIR DU MASSIF EXODE KURDE

Ces derniers jours le rythme des arrivées s’accélère. Et Ankara ne veut pas revivre le drame de l’exode massif des Kurdes d’Irak en Turquie, en 1991. A cette époque, les forces de Saddam Hussein avaient lancé une vaste offensive contre ce peuple dans le nord du pays. Des centaines de milliers de Kurdes d’Irak avaient fui en Turquie, qui débordée, avait laborieusement tenté de venir en aide à ces populations, avec l’aide internationale. Mais des dizaines de réfugiés étaient morts de maladies et de blessures.

« Nous avons pris toutes les précautions nécessaires à la frontière », a cependant affirmé, mercredi, le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, soulignant que la situation était pour le moment « sous contrôle ». Et le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a assuré que les frontières de la Turquie restaient ouvertes aux réfugiés syriens.

POSITION INCONFORTABLE D’ANKARA FACE À DAMAS

« Sous contrôle », la diffusion des informations l’est également : impossible pour les journalistes de pénétrer dans le camp. Tout juste peut-on apercevoir, entre les grilles, quelques fillettes syriennes faire de la balançoire. Même le Haut-Commissariat de l’ONU aux réfugiés n’a pas été convié dans l’enceinte, selon un des ses responsables.

Hors de question également de parler avec les réfugiés qui viennent de franchir la frontière : ils sont immédiatement pris en charge par des unités de gendarmerie, qui dirigent les personnes valides vers le camp, les blessés vers des hôpitaux, où la consigne est de ne pas admettre la presse.

C’est que la Turquie, qui a aboli les visas avec la Syrie, se trouve dans une position inconfortable : la capitale turque a noué ces dernières années des liens étroits avec Damas, et elle redoute la chaos qui pourrait s’installer chez son voisin en cas d’une chute de Bachar Al-Assad. « Le gouvernement turc ne veut pas trop parler de ce qui se passe ici parce qu’il a peur qu’Assad lâche sur la Turquie les rebelles kurdes du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) », avance un dissident syrien installé à Antakya, parlant sous couvert de l’anonymat.

RAPPORTS ALARMANTS

Le chef du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), Antonio Guterres, a jugé très préoccupant le grand nombre de Syriens qui fuient la répression, et souligne la nécessité d’aider ces réfugiés en Turquie, mais aussi dans le nord du Liban, où cinq mille réfugiés syriens au moins ont été dénombrés depuis avril.

Navi Pillay, haut-commissaire de l’ONU pour les droits de l’homme, a appellé, jeudi, les autorités syriennes « à cesser leurs attaques » contre leur peuple. « Nous recevons un nombre croissant de rapports alarmants indiquant les efforts continus du gouvernement syrien pour écraser impitoyablement les manifestations civiles », affirme-t-elle dans un communiqué. « Il est tout à fait déplorable qu’un gouvernement essaie de soumettre sa population par la force, en utilisant des chars, de l’artillerie et des tireurs d’élite », a-t-elle ajouté.

Mme Pillay exhorte ainsi Damas « à cesser ses atteintes aux droits les plus fondamentaux de son propre peuple ». De son côté, le Conseil de sécurité des Nations unies a commencé à débattre d’un projet de condamnation de la répression en Syrie.

Recevant le nouvel ambassadeur de Syrie auprès du Saint-Siège, Hussan Edin Aala, le pape Benoît XVI a pour sa part demandé aux autorités syriennes la « reconnaissance de la dignité inaliénable de la personne humaine ».

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On tue en Syrie et personne n’ose bouger


BAUDOUIN LOOS

jeudi 09 juin 2011, 06:29

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Amère Syrie. Monstrueuse dictature qui tire sur son peuple. Que veut celui-ci ? La liberté ! En réponse, le régime n’hésite pas à perpétrer des massacres. « Ils ont tiré sur les gens depuis des hélicoptères, ils tiraient au hasard », déclarait par exemple mardi un témoin après avoir passé la frontière turque, non loin de Jisr al-Choughour, la ville où il avait vu la mort de près.

Au début de ce qu’on appelle désormais « le printemps arabe », Bachar el-Assad, le despote local, avait cru pouvoir déclarer – c’était au Wall Street Journal, le 31 janvier – que son pays resterait stable, parce que lui écoutait la rue. Naïveté ou cynisme ?

Sans doute pensait-il ce qu’il disait. L’homme était populaire dans certains milieux. Les réformes qu’il avait annoncées en succédant à son père en 2000 se faisaient sans doute attendre, mais beaucoup y croyaient, se félicitaient de timides débuts d’ouverture.

Mais le « système » syrien est rétif aux réformes. Elles incarnent la fin des privilèges, des passe-droits, de la prédation économique. Voire, à plus long terme, et si la démocratie devait prévaloir, l’inquiétant horizon qui consisterait à devoir un jour rendre des comptes. Pour les larcins, mais aussi pour les mille et une violations des droits humains qui font que, en Syrie, un citoyen n’existe pas, il n’est qu’un sous-être qui doit filer doux et se taire, ou risquer la torture, l’emprisonnement, la mort…

Cet univers totalitaire qui fait de la peur aux tripes une lancinante compagne s’est doublé, depuis plusieurs semaines, d’une répression généralisée, où les morts par balles ne se comptent plus.

Et la communauté internationale ? Elle regarde le sol. Personne n’ose bouger. La Syrie voisine l’Irak, le Liban, Israël, la Turquie, et est l’alliée de l’Iran. La peur de l’inconnu. Du vide.

Alors on adopte juste des sanctions. Qui ne menacent pas le régime. L’ONU renâcle. Paris et Londres proposent une résolution « condamnant la répression et exigeant des comptes ainsi qu’une action humanitaire ». Mais Moscou risque de mettre son veto.

En Syrie, pendant ce temps, on tire sur la foule. Encore et toujours. Seule une mutinerie générale de l’armée pourrait interrompre le massacre. Ou provoquer une guerre civile. Amère Syrie, décidément.

Israël, parlons-en !, le livre tabou réédité et actualisé


Vous avez été nombreux à demander des nouvelles d’Israël, parlons-en ! devenu introuvable en librairie… En fait, nous étions en train de préparer une nouvelle version, actualisée. Quel impact les révoltes arabes auront-elles sur Israël ? Comment évoluera l’Egypte ? Les USA risquent-ils de perdre le contrôle du Moyen-Orient ? Quels nouveaux acteurs sont en train de changer les rapports de forces ? Michel Collon explique pourquoi cette nouvelle version et tire le bilan de ses nombreuses rencontres avec le public…

INTERVIEW : INVESTIG’ACTION
 
Vous rééditez Israël, parlons-en ! dont la première édition était sortie il y a tout juste un an. Pourquoi ?
Michel Collon : Pour deux raisons. D’abord, la demande du public a été et reste très forte…
Des chiffres ?
7000 exemplaires vendus en un an.
Pourtant, on n’en a pas beaucoup parlé dans les médias !
Pas du tout, en fait. Pas une seconde à la télé, pas une ligne dans la presse. Nulle part.
Les médias étaient au courant ?
Bien sûr, avec communiqués, service de presse et tout. Mais critiquer les médiamensonges qui entourent Israël, c’est le plus grand tabou actuel.
Le public montre plus de curiosité ?
Oui, nous avons reçu un énorme courrier : remerciements, encouragements, questions, propositions pour diffuser…
Et votre deuxième raison pour rééditer ?
Il y a urgence politique. Les révoltes arabes ont affaibli les Etats-Unis et il est possible d’isoler Israël.
Vous y croyez ?
De plus en plus. Les Etats-Unis, déjà affaiblis par leur déclin économique, leur endettement colossal, leurs guerres perdues, la montée en puissance de la Chine, la volonté d’indépendance des pays du Sud (Brésil, Venezuela, Inde, Pakistan, Turquie…), sont en train de perdre leur domination mondiale. Si le parrain d’Israël est de plus en plus fragile, il faut absolument en profiter pour aider les Palestiniens à obtenir leurs droits.
Votre livre n’est pas passé à la télé. Par contre, vous avez été fort invité par le monde associatif : près de cinquante conférences, qui se déroulaient selon une méthode originale à ce qu’il paraît…
Oui, j’avais choisi de bousculer un peu les habitudes. Au lieu du traditionnel « exposé, questions, réponses », je commençais par interroger le public.
Original en effet, et pourquoi ?
Pour partir de son expérience, des questions que les gens se posaient et des difficultés qu’ils rencontraient en parlant d’Israël dans leur milieu. Après, j’adaptais mon exposé pour répondre à ces questions spécifiques.
Et que vous a appris leur expérience ?
Un grand paradoxe. D’un côté, les gens comprennent parfaitement que la question d’Israël – le flic des USA pour contrôler le Moyen-Orient et le pétrole – est d’une importance décisive pour le rapport des forces dans le monde, et c’est le problème international qui sensibilise et mobilise le plus aujourd’hui en Europe, de très loin. Et de l’autre côté, c’est la question sur laquelle les gens se sentent le moins en état de changer les choses. Il y a un grand désarroi, un sentiment d’impuissance. On ne sait pas comment s’y prendre !
C’est pourquoi après les interviews de Chomsky, Ramadan, Sand, Gresh, Warschawski, Hassan, qui éclairent chacun un aspect d’Israël et de son histoire, vous concluez par votre apport personnel : « Comment parler d’Israël ? »
Oui, je propose une méthode concrète pour discuter efficacement autour de soi.
Ca marche ?
J’ai reçu beaucoup de mails et de témoignages de gens que cela a bien aidé, oui. Et pour moi, c’est ça la meilleure récompense d’un grand travail. Le plus important n’est pas d’avoir écrit un livre, c’est ce que les gens en font après. C’est alors que commence le vrai travail…
Justement, un tel livre, c’est un gros boulot ?
Oui, mais heureusement, j’ai pu compter sur l’aide précieuse d’Abdellah, Aurore, Ihsane, Vinciane et de nombreuses autres personnes. La démarche d’Investig’Action c’est ça : un engagement bénévole, citoyen, militant, pour apporter à chacun les instruments dont il a besoin pour être actif et efficace.
Bon, mais votre livre s’adresse quand même essentiellement aux déjà convaincus »…
Non. Le courrier reçu montre que ce livre touche deux sortes de publics : 1. Les convaincus qui ne savent pas comment répondre à certaines thèses des pro-Israël et des médias. 2. Les curieux, les gens qui n’ont pas encore pris position et cherchent à voir clair dans la confusion des infos quotidiennes.
Là, vous êtes en train de demander aux « convaincus » d’offrir ce livre aux « pas convaincus » !
Oui, nos lecteurs le savent : tous les revenus de nos livres et films servent à soutenir la réalisation du site www.michelcollon.info , en finançant des emplois de jeunes journalistes. Acheter, offrir, diffuser nos livres c’est investir dans l’info libre.
Vous n’avez jamais débattu de ce livre avec des porte-paroles du sionisme, du lobby pro-Israël ? Vous ne voulez pas ?
Je veux bien, mais lorsqu’ils ont été sollicités par diverses associations, ils ont tous refusé.
Pourquoi ?
Il faudrait leur demander. Parce qu’ils n’ont pas d’arguments solides ? Moi, je souhaite qu’il y ait enfin sur Israël un vrai débat poli, calme, basé sur des faits vérifiables par chacun. Ce serait très utile pour faire avancer la vérité et la justice, donc la paix un jour !
Le monde arabe vient de se réveiller. Cela aura-t-il un impact sur le conflit israélo-palestinien ?
Evidemment. C’est pourquoi nous avons complété le livre en organisant un débat entre Samir Amin au Caire, Michel Warschawski à Jérusalem et Mohamed Hassan à Bruxelles. Ils éclairent la relation USA – Egypte – Israël et permettent de comprendre les bouleversements qui s’annoncent.

C’est-à-dire ?
Les dirigeants d’Israël sont très inquiets et risquent – comme d’habitude dans ce cas-là – de se lancer dans de nouvelles agressions. C’est notre responsabilité à tous d’empêcher cela en informant au maximum chacun là où nous sommes.

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