Nouveaux heurts en Tunisie, Ben Ali parle de terrorisme


Tarek Amara

TUNIS (Reuters) – La police a ouvert le feu lundi pour disperser la foule rassemblée dans deux villes de Tunisie, rapportent des témoins, au lendemain d’un week-end marqué par la mort de 14 personnes.

Aucune nouvelle victime n’a été signalée.

Mobilisés depuis la mi-décembre, les manifestants disent dénoncer la pénurie d’emplois pour les jeunes en Tunisie.

Le gouvernement impute les troubles à des extrémistes qui s’en sont pris aux forces de l’ordre. Le président Zine el Abidine Ben Ali lundi a mis en cause des « éléments étrangers ».

« Les événements furent l’oeuvre de bandes masquées qui ont attaqué la nuit des édifices publics et même des civils à leur domicile lors d’un acte terroriste qu’on ne saurait taire », a-t-il déclaré dans un discours retransmis à la télévision publique.

« Les événements sont dirigés par des éléments étrangers qui ne veulent pas le bien du pays (…) La justice a pris son cours pour élucider les circonstances de ces événements et en déterminer les responsabilités », a ajouté le chef de l’Etat, qui est au pouvoir depuis 23 ans et intervenait pour la deuxième fois à la télévision depuis le début des troubles.

A Bruxelles, Maja Kocijancic, porte-parole de la Commission européenne pour les Affaires étrangères, a lancé « un appel à la retenue dans le recours à la force et au respect des libertés fondamentales ».

AMBASSADEUR AMÉRICAIN CONVOQUÉ

À Paris, Bernard Valero, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, a de même invité à l’apaisement.

« Nous déplorons les violences, qui ont fait des victimes, et appelons à l’apaisement. Nous sommes profondément attristés par le bilan humain des affrontements meurtriers du week-end en Tunisie », a-t-il déclaré.

« La Tunisie est confrontée à des problèmes économiques et sociaux. Seul le dialogue permettra aux Tunisiens de les surmonter. La coopération entre la France et la Tunisie, qui est fortement orientée sur l’emploi, le restera », a-t-il ajouté.

La semaine dernière, les Etats-Unis avaient exprimé leur préoccupation au sujet de l’attitude des autorités face aux manifestants. Le ministère tunisien des Affaires étrangères annonce lundi avoir convoqué l’ambassadeur des Etats-Unis pour lui exprimer son étonnement.

La déclaration américaine était fondée sur des récits d’éléments hostiles qui n’ont pas été vérifiés, estime le ministère dans un communiqué lu à la télévision publique.

« Nous confirmons que toutes les libertés sont respectées (…) Nous espérons que les Etats-Unis feront preuve d’objectivité et de compréhension, et qu’ils refléteront le degré de coopération entre les deux pays », poursuit-il.

Le ministère annonce en outre la remise en liberté d’un nombre indéterminé de « saboteurs » de sites internet gouvernementaux et le maintien en détention de deux d’entre eux, inculpés pour des faits non précisés.

RASSEMBLEMENT ÉTUDIANT À TUNIS

A Kassérine, à 200 km au sud-ouest de la capitale, un témoin a déclaré qu’une marche funèbre pour des civils tués lors du week-end avait tourné à la confrontation avec la police. Les forces de l’ordre ont tiré en l’air, a raconté à Reuters Mohamed Ali Nasri, joint par téléphone.

A Regueb, des témoins font également état de heurts en marge de processions à la mémoire de victimes de précédents affrontements.

« L’agglomération est cernée par la police. Il y a 2.000 contestataires dans une confrontation à travers la ville avec la police, qui tire des grenades lacrymogènes et ouvre le feu », a déclaré a Reuters Kamel Labidi, qui affirme être sur place.

Aucun représentant des autorités n’a pu être joint.

Dans la capitale jusqu’ici épargnée par ces troubles, rares en Tunisie, des étudiants ont organisé une manifestation lundi pour dénoncer la réaction de la police.

Selon un correspondant de Reuters sur place, des dizaines de policiers anti-émeutes ont pris position autour de l’université Al Manar, dont ils ont fermé les accès. Quelques centaines d’étudiants étaient rassemblées à l’intérieur.

Dans le centre-ville, les magasins étaient ouverts et le dispositif de sécurité était à peine visible.

Dans les villes de province où ont été signalés des troubles, comme Thala, Kassérine, Seliana, Regueb et Meknassi, des camions de l’armée ont été dépêchés pour renforcer les policiers, ont rapporté des habitants.

Eric Faye, Jean-Loup Fiévet et Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Gilles Trequesser

 

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Affrontements sanglants ce week-end en Tunisie


Depuis la mi-décembre 2010, des affrontements opposent forces de l'ordre et manifestants protestant contre la vie chère et le chômage touchant une large partie de la population. 

Depuis la mi-décembre 2010, des affrontements opposent forces de l’ordre et manifestants protestant contre la vie chère et le chômage touchant une large partie de la population. 

AFP PHOTO/STR
Par RFI

Selon un bilan officiel communiqué ce dimanche 9 janvier 2011, on déplore huit morts et neuf blessés lors des affrontements survenus ce week-end en Tunisie, dans le centre du pays. Le dirigeant de l’opposition Ahmed Nejib Chebbi, lui, fait état de 20 personnes tuées à Thala et Kasserine, deux localités du centre-ouest du pays.Il a appelé le président à faire cesser le feu. Les troubles qui secouent la Tunisie entrent dans leur quatrième semaine.

Samir Rabhi, syndicaliste

Toutes les sources syndicalistes et politiques indiquent et assurent qu’il y a plus d’une vingtaine de morts et que ce nombre peut s’accroître.

09/01/2011 par Olivier Da Lage

Ce sont des révoltes sans précédent qui se sont produites dans le centre-ouest de la Tunisie ce week-end. Les rassemblements revendicatifs se sont étendus ce dimanche 9 janvier 2010 à Kasserine, chef-lieu de la province du même nom.Comme dans la localité voisine de Thala, hier soir, où les manifestants se sont affrontés aux forces de l’ordre : 8 morts et 9 blessés parmi les manifestants, c’est le dernier bilan officiel donné par le ministère de l’Intérieur.

« Faire cesser le feu immédiatement »

Mais une partie de l’opposition et de la société civile tunisienne évoque un bilan plus lourd. Une vingtaine de morts, selon le secrétaire général adjoint de l’UGTT, la seule centrale syndicale tunisienne. Abid Brigui déclare que l’UGTT soutient les revendications de ce mouvement social.

L’opposant Ahmed Nejib Chebbi donne lui le chiffre de 26 manifestants tombés sous les balles de la police ou de l’armée à Thala et à Kasserine. Le chef du parti démocratique progressiste appelle le président Ben Ali à « faire cesser le feu immédiatement ».

Depuis mi-décembre, la Tunisie est confrontée à une révolte contre le chômage qui, avant de gagner différentes régions du pays, avait débuté à Sidi-Bouzid dans le centre du pays, où un jeune marchand de légumes s’était immolé par le feu.

source

Appel au secours de Tala – Tunisie


manche 9 janvier 2011

Appel lançé par un habitant de la région sous le pseudo TH dans une interview diffusée sur Facebook :
https://login.facebook.com/ebtasem
ou https://upload.facebook.com/ebtasem

Témoignage enregistré aujourd’hui d’un habitant de Tala. Ci-après transcription et mise en forme des propos enregistrés:

Ce que j’ai vu ça ressemble à Stalingrad; les incendies sont partout, les rues jonchées de pierres; les maisons endeuillées avec leurs cris de douleur; les portes des boutiques éventrées non pas par les jeunes révoltés mais par la police qui défonse les portes et met le feu aux boutiques, comme cela a pu être filmé la semaine dernière à Tala même.
On compte 7 morts transportés à l’Hôpital; mais ce matin on a repêché 4 cadavres de la rivière proche de l’Hôpital; hier on en a repêché deux; [le témoin semble signifier que ces cadavres viennent de l’hôpital].

Lors des affrontements, les blessés ont été traînés par terre par la police anti-émeutes (Brigade d’Ordre Public, B.O.P.) en leur disant : « meurs comme ça; on ne te soignera pas! ».

L’armée s’est contentée de défendre le siège de la Sous Préfecture et des Impôts et n’est pas intervenue dans la répression.

Seuls la Mairie et le siège du parti au pouvoir ont été incendiés.
Toutes les catégories de la population ont été touchées [par ce massacre]; elles sont sans secours et ne peuvent se défendre face à des forces armées [qui continuent à les menacer].
source

Tunisie: l’opposition parle de 20 morts


Photo : L'Humanité

Dimanche 9 janvier 2011

La Tunisie connaît depuis la fin décembre une rare agitation sociale, les jeunes dénonçant la pénurie d’emplois. Les troubles ont été déclenchés par le suicide d’un vendeur sans permis qui s’était fait confisquer sa marchandise de fruits et légumes à Sidi Bouzid (265 km au sud de Tunis) et qui s’est immolé par le feu le 17 décembre.

Un dirigeant de l’opposition a fait état dimanche d’au moins 20 personnes tuées par balles à Thala et Kasserine, dans le centre-ouest de la Tunisie, et a appelé le président Zine El Abidine Ben Ali à « faire cesser le feu ». Le gouvernement tunisien a, quant à lui, déclaré dans un communiqué que huit personnes étaient mortes au total dans des affrontements avec la police au cours des dernières 24 heures.

« Les informations qui nous proviennent de Kasserine et Thala font état d’au moins vingt morts tombés sous les balles depuis samedi dans des affrontements qui se poursuivaient ce matin même », a déclaré Ahmed Nejib Chebbi, chef historique du Parti démocratique progressiste (PDP, opposition légale). « On a tiré sur les cortèges funèbres », a-t-il affirmé, expliquant tenir ses informations des relais de son parti dans les deux villes.

Affirmant vouloir attirer l’attention du chef de l’Etat sur « la gravité de la situation », M. Chebbi l’a appelé à « faire cesser le feu immédiatement ». « J’adresse un appel urgent au président de la République pour lui demander de faire cesser le feu immédiatement afin d’épargner la vie des citoyens innocents et de respecter leur droit à manifester », a-t-il déclaré.

Samedi soir, des affrontements à Thala, localité situé à 50 km de Kasserine, avaient fait au moins quatre morts et six blessés graves, selon des sources syndicales. Le ministère de l’Intérieur a donné un bilan de deux tués et huit blessés par balles parmi la population de Thala.

Samedi, un nouveau marchand ambulant s’est immolé par le feu à Sidi Bouzid. Agé de 50 ans, Moncef Ben K., marié et père de famille, s’est aspergé d’essence alors que se tenait le marché de la ville. Il a été emmené en ambulance et son état est jugé grave.

A Tunis, lors d’un rassemblement public samedi, la centrale syndicale unique, l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), a proclamé son appui aux revendications « légitimes » du mouvement. « Nous soutenons les revendications de la population de Sidi Bouzid et des régions intérieures », a-t-il déclaré à la foule depuis les locaux de la centrale, sur la place Mohamed Ali. « Il est contre nature de condamner ce mouvement, il n’est pas normal d’y répondre par des balles », a-t-il lancé sous les applaudissements, appelant plutôt au « dialogue avec les jeunes ». La foule a observé une minute de silence à « la mémoire des martyrs » du mouvement social, entre hymne national et chansons engagées diffusés par hauts-parleurs.

Le dossier Tunisie
Les dernières mises à jour

© Journal L’Humanité
Publié le 9 janvier 2011 avec l’aimable autorisation de L’Humanité

 


Source : Le web de l’Humanité
http://www.humanite.fr/…

 

Le martyr al-Qawasmi tué par 13 balles dans le cœur et dans la tête


07/01/2011  Les forces de l’occupation israélienne ont exécuté le sexagénaire Omar Salim Qawasmi alors qu’il dormait dans son lit dans le quartier AlCheikh, au centre de la ville d’AlKhalil (Hébron), au sud de la Cisjordanie occupée.

Selon le fils du martyr, « les soldats de l’occupation ont pris d’assaut la maison pendant que ma mère faisait la prière du matin. Ils l’ont sommée de rester dans la chambre de mon frère handicapé, ont pénétré  dans la chambre à coucher de mon père et ont tiré des balles sur lui. Ils ont ensuite arrêté notre voisin Wael AlBitar qui habitait au deuxième étage de notre maison ». Le fils du martyr a ajouté : « Après l’arrestation de notre voisin, nous sommes rentrés chez nous. Nous avons été choqués de voir mon père baigner dans son sang. Nous n’avons pas entendu les tirs, ils semblent qu’ils aient utilisé un silencieux pour tuer mon père. Les soldats croyaient que la personne recherchée (AlBitar) était bien mon père. Ils l’ont tué avant de s’assurer de son identité ».

De sources médicales palestiniennes on indique que le martyr Qawasmi est arrivé à l’hôpital criblé de balles, surtout dans la partie supérieur de son corps. « Son visage étant déchiqueté« .  Wael AlBitar a été libéré jeudi dernier avec cinq membres du mouvement Hamas du centre de détention des services de renseignements palestiniens, à la suite d’un décret du Président Mahmoud Abbas. Mais les soldats de l’occupation les ont tous arrêtés ce vendredi matin. Il s’agit de Majdi Obeid, Ahmad Ouewi, Mouhannad Nirouch,Wissam Qawasmi et Mohammad Souqiyeh.

Sur un autre plan, des dizaines de colons sionistes, accompagnés de soldats israéliens, ont confisqué la principale source d’eau de la localité de Douma, au sud-est de Naplouse. Les colons ont empêché les Palestiniens de s’y approcher et ont pollué l’eau après s’y être plongés pour se baigner.  Les habitants palestiniens de Douma ont maintes fois averti que les confiscations sionistes de leurs terres et l’interdiction à leurs propriétaires de les labourer, sous le prétexte de mesures de sécurité, sont la preuve sur la présence d’un projet qui vise à mettre la main définitivement sur cette localité, déjà entourée de plusieurs colonies.

http://www.almanar.com.lb/newssite/NewsDetails.aspx?id=169033&language=fr

Palestine automne 2010


Jacques Fournier

Je suis allé deux fois en Palestine en cet automne 2010. D’abord pour un colloque sur la législation organisé par l’institut de droit de Bir Zeit. Ensuite pour une mission de coopération à Jérusalem et à Ramallah suivie d’un passage à Tel Aviv et d’une visite à Gaza. On trouvera ci-dessous quelques notations consécutives à ces déplacements. Beaucoup d’entre elles ne sont pas nouvelles. Mais il n’est pas inutile de les répéter tant certaines informations passent mal sur ce sujet.

Sur l’administration palestinienne

(JPG) Le Premier ministre Salam Fayad s’est engagé avec ténacité sur la voie de la construction de l’État palestinien. Il est très présent sur le terrain. Il s’est fixé une échéance, août 2011. Tout ce que l’on pourra faire des côtés européen et français pour appuyer cette démarche va dans le bon sens.

Beaucoup de progrès restent à réaliser. Il nous en a semblé conscient. L’administration palestinienne n’a pas encore l’expérience et les traditions de celles des pays qui l’entourent. Il reste beaucoup à faire pour mieux former ses cadres, améliorer son organisation, conforter l’état de droit. Je suis pour ma part heureux de pouvoir si peu que ce soit y contribuer.

Ceci dit il faudra bien aussi, si l’État palestinien veut demain être présent sur la scène internationale, qu’il dispose d’une palette institutionnelle complète. A l’heure actuelle, et à la suite de la scission qui est intervenue entre la Cisjordanie et Gaza, le pouvoir législatif ne fonctionne plus. Les textes à valeur législative ne peuvent être pris que par le Président, en cas d’urgence, sur la base de l’article 43 de la loi fondamentale et dans des conditions qui, inévitablement, prêtent à controverse. Il faudra sortir de cette situation. Cela pose le problème de la « réconciliation nationale » sur lequel je reviendrai plus loin.

Sur la situation à Gaza

Je suis allé le 4 décembre à Tel Aviv et à Jaffa pour y rencontrer des amis israéliens et palestiniens, puis le 5 et 6 décembre à Gaza où je suis intervenu devant des étudiants en langue française de l’université Al Aqsa.

Le contraste entre Tel Aviv et Gaza est saisissant. Voici deux villes situées comme je les aime, le long d’une immense plage de sable qui borde la Méditerranée. D’un côté la prospérité des grands immeubles, hôtels et sièges sociaux et l’insouciance de la foule des promeneurs tout au long du front de mer. De l’autre la désolation d’une plage déserte et insalubre en avant d’une ville dévastée que les coupures de courant plongent dans l’obscurité à partir de la tombée du jour.

Le blocus israélien a été allégé mais il demeure inflexible vis-à-vis de tout ce qui pourrait si peu que ce soit contribuer à une quelconque production. Pas de matériaux de construction : le futur bâtiment du Centre culturel français est toujours en attente des autorisations nécessaires pour pouvoir recevoir du ciment. Heureusement il y a les tunnels. Hypocrisie supplémentaire dans une contrée qui en est pleine. Ils se déploient au vu et au su de tout le monde, tout près de la frontière avec l’Égypte que l’on peut apercevoir à quelques centaines de mètres de là. C’est le poumon qui permet, mais à quel prix, de maintenir un minimum de vie économique.

A propos du Hamas

Politiquement le Hamas gouverne. Il est bien là. Les intervenants étrangers ne peuvent pas ne pas le voir. Mais, encore une hypocrisie, ils se comportent comme s’il n’existait pas, quitte à être bien obligés, de temps en temps, de composer avec lui.

On me dit que le Hamas est traversé, et cela n’a rien de surprenant, par des tendances différentes, avec deux lignes possibles de clivage, qui ne coïncident pas nécessairement, sur le terrain de la vie sociale et sur celui des rapports avec l’occupant israélien. Sur les rapports avec Israël, Ismail Haniyé, Premier ministre à Gaza, a eu récemment des déclarations relativement conciliantes, évoquant la possibilité d’une ratification par referendum d’un éventuel accord. Il semble que la direction du mouvement à Damas ait, avec Khaled Mechal, des positions plus dures.

Sur l’organisation de la vie sociale, les prescriptions d’inspiration religieuse se font, semble-t-il, plus pressantes, sinon dans les textes du moins dans les faits, notamment en ce qui concerne les rapports entre les sexes : non mixité dans les établissements d’enseignement, interdiction faite aux femmes de fumer le narguilé en public, bannissement des mannequins trop découverts dans les vitrines de mode, port du voile. A Gaza, le voile classique (hijab) est la règle. Mais le niqab (voile intégral) n’est pas rare, contrairement à ce qui se passe en Cisjordanie où son port est exceptionnel. La concurrence de la mouvance salafiste, présente dans le sud de la zone, ne serait pas étrangère à ce durcissement.

J’ai rencontré le plus haut responsable de l’UNWRA (United Nations relief and work Agency for palestinian refugee in the Near East) qui a en charge, pour l’éducation, la santé, les besoins sociaux les plus criants, la grande majorité de la population de Gaza. J’ai fait une visite au PCHR (Palestinian Center for human rights), l’organisation de défense des droits de l’homme, qui a toujours pignon sur rue dans l’artère principale de la ville et qui dénonce, là comme ailleurs, les abus, d’où qu’ils viennent, que ses enquêteurs relèvent en ce domaine.

L’un comme l’autre ont formulé la même recommandation : il faut parler. Il faut, c’est ce que fait le PCHR, s’adresser chaque fois que de besoin aux autorités. L’expérience montre que les protestations peuvent être écoutées et que telle ONG, à l’activité de laquelle les autorités locales avaient un moment fait obstacle, sera finalement autorisée à les poursuivre. Il faut aussi, comme le souligne l’UNWRA, prendre en compte, qu’on le veuille ou non, le point de vue que représente le vote Hamas, tel qu’il s’est manifesté lors des élections de 2006. Il n’aura pas forcément le même poids en cas de consultation nouvelle, mais, n’en doutons pas, il sera présent et il mérite d’être écouté.

Le Hamas est aujourd’hui rangé dans la catégorie des organisations terroristes. C’est, de mon point de vue, une aberration. Le Hamas n’est pas terroriste, pas plus que le Hezbollah au Liban, qui n’est pas sur la liste. Le maintien de cette qualification est particulièrement commode pour Israël, qui peut, à partir de cette diabolisation, continuer à faire de Gaza une prison à ciel ouvert. Elle rend extrêmement difficile toute réconciliation à l’intérieur du camp palestinien et elle compromet gravement l’aboutissement du processus de paix. Les organisations favorables à la cause palestinienne ont toujours une certaine retenue lorsque l’on évoque ce problème. Elles craignent sans doute qu’une prise de position en faveur d’une discussion avec le Hamas puisse être vue comme une approbation de ses thèses sur les droits de la femme dans la société. Mais pourquoi ce qui n’interdit pas de parler au régime saoudien, beaucoup plus rigide sur ce thème, devrait-il s’opposer à un dialogue avec l’une des composantes du peuple palestinien ?

Réintégrer le Hamas dans le jeu politique et diplomatique, c’est ce que fait déjà, comme me l’a fait remarquer le directeur de l’UNWRA, l’un des membres du Quartet, la Russie. C’est ce que commencent à faire d’autres, sans le faire savoir, encore une hypocrisie. Ce devrait être à mon sens un objectif affiché de tous ceux qui se battent pour le retour de la paix dans la région.

A l’université de Gaza mon auditoire était mixte. Mon thème était la démocratie française. Nous avons parlé de l’état de droit, du pluralisme et de l’alternance en politique. Nous avons évoqué très librement les élections qui venaient d’avoir lieu en Haïti, en Côte d’Ivoire où, beaucoup plus près, en Égypte. Trois semaines plus tôt, à Bir Zeit, j’avais choisi de faire, devant des étudiants en droit, le commentaire de la loi française toute récente sur l’interdiction de la dissimulation du visage dans l’espace public et de l’arrêt du Conseil Constitutionnel qui venait de la valider. Ce pourraient être des sujets qui fâchent. Il est pourtant possible d’en discuter sereinement et dans le respect des opinions réciproques.

Capitulation américaine

« Capitulation en rase campagne » : ce sont les mots qui me viennent à l’esprit pour caractériser la dernière position américaine sur la reprise des négociations entre Israël et l’Autorité palestinienne. Ma déception est grande, à la hauteur des espoirs que j’avais pu placer dans la présidence Obama.

Quel peut être l’avenir de pourparlers de paix quand l’un des belligérants s’autorise à déplacer à son gré la ligne d’armistice ?

C’est pourtant ce qu’impose Israël et ce qu’accepte l’administration Obama.

- Premier temps : le discours du Caire, en juin 2009. J’en reproduis les termes « les Israéliens doivent reconnaître que, tout comme le droit d’Israël à exister ne peut pas être nié, celui de la Palestine ne peut pas l’être non plus. Les États-Unis n’acceptent pas la légitimité de la continuation de la colonisation. Ces constructions violent les accords précédents et sapent les efforts consentis pour parvenir à la paix. Il est temps que ces colonies cessent. »

- Second temps : le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou annonce fin novembre 2009 un gel de dix mois de la colonisation en Cisjordanie. Ce gel ne s’applique pas à Jérusalem-Est. Il est à l’évidence insuffisant pour créer un climat propice à la reprise des négociations. Mais c’est tout de même un geste, une décision « douloureuse », dira alors Netanyaou.

- Troisième temps : les États-Unis pressent pour une reprise des négociations d’abord indirectes, par l’entremise de leur émissaire dans la région George Mitchell, puis directes, qui devraient démarrer en septembre 2010. C’est précisément le moment où expire le moratoire de dix mois. Il va de soi que, si l’on veut que les pourparlers aient quelque chance d’aboutir, le moratoire devra être prolongé. Lié par son extrême droite Netanayou s’y refuse. Obama, dans son discours du 23 septembre à l’ONU se réfère toujours à la même ligne mais il a mis de l’eau dans son vin : « nous continuerons à souligner que les États-Unis n’acceptent pas la légitimité des implantations israéliennes qui se poursuivent ».

- Épilogue : en dépit de toutes les pressions, Israël persiste dans son refus. L’administration américaine est allée jusqu’à lui promettre des armes et de l’argent, pour une prolongation du gel de trois mois seulement et toujours partielle. L’inanité d’une telle transaction éclate aux yeux. Elle ne se fera pas. Les États-Unis capitulent, purement et simplement. Dépêche AFP du 8 décembre 2010 : « Les États-Unis ont abandonné l’idée d’obtenir un gel de la colonisation israélienne en Cisjordanie afin de relancer les négociations au Proche-Orient et vont désormais essayer de parvenir à la paix en se concentrant sur les “problèmes centraux” du conflit ».

L’habit ne fait pas le moine. Le beau discours ne fait pas le grand homme d’Etat. Il est rare qu’une personnalité, aussi forte soit elle, puisse changer le cours des choses. J’ai bien peur que ce ne soit pas le cas pour Barak Obama.

Des sanctions contre Israël ?

L’espoir peut-il venir d’Europe ? On voudrait y croire même si l’on sait que le rôle principal dans cette affaire continuera longtemps encore d’être joué par les État-Unis. En tout cas il faut saluer l’initiative que viennent de prendre 26 anciens dirigeants des pays de l’Union européenne dans une lettre qu’ils ont adressée au président de l’Union.

Plusieurs Français parmi eux, de tous bords politiques : Hubert Védrine, Hervé de Charrette, Roland Dumas, Lionel Jospin, Jean François-Poncet et aussi quelques poids lourds de la politique européenne : Felipe Gonzales, Romano Prodi, Helmut Schmidt, Javier Solana, entre autres. Pour les signataires de ce document l’Europe ne doit plus se borner à adopter des déclarations de principe, comme elle l’avait fait l’an dernier dans une résolution adoptée le 8 décembre 2009, qui réaffirmait, y compris pour Jérusalem-Est, les frontières d’avant 1967, condamnait l’implantation des colonies, demandait la levée du blocus de Gaza.

Elle doit maintenant passer à l’action, prendre des initiatives, adopter des mesures concrètes, fixer des délais au delà desquels elle se reconnaitra le droit de saisir les instances internationales .

Les signataires lui suggèrent ainsi d’envoyer une délégation de haut niveau à Jérusalem-Est pour attirer l’attention sur l’érosion de la présence palestinienne en ce lieu et revenir avec des propositions visant à arrêter et renverser la détérioration de la situation sur le terrain.

Ils l’incitent à piloter la recherche d’une solution permettant l’ouverture des frontières de Gaza à un commerce normal, y compris entre Gaza et la Cisjordanie, en attendant la formation d’un gouvernement palestinien d’unité.

Ils lui demandent fermement de mettre fin à l’importation de produits en provenance des colonies et illégalement présentés comme venant d’Israël. Elle doit, a fortiori, estiment-ils, exclure tout régime préférentiel susceptible de s’appliquer à de tels produits.

En bref, il s’agit de passer de l’incantation à l’action. Le mot de sanction n’est pas prononcé mais l’idée est bien présente. Je pense que c’est un pas qu’il faudra se décider à franchir. Il ne saurait y avoir d’immunité en faveur d’un État qui, de façon récurrente, se met délibérément en infraction avec les règles du droit international.

L’appel de ces dirigeants respectés du vieux continent n’aura pas de suite immédiate. Mais il marque une étape dans la voie d’une prise de conscience du rôle que pourrait et devrait jouer l’Europe dans la solution du conflit. Il mérite, à ce titre, d’être largement diffusé et soutenu.
Du même auteur :

- La Shoah, Israël et les Palestiniens – BabelMed
- Jérusalem-Est : volonté d’annexion – BabelMed

17 décembre 2010 – Blog Jacques Fournier

http://jacquesfournier.blog.lemonde.fr/2010/12/17/palestine-automne-2010/
et sur : http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=9933

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Plus l’article de Ziad Medoukh sur le même sujet :

Gaza 

Le département de français reçoit un Conseiller d’Etat français
Ziad Medoukh

Vendredi 7 janvier 2011

L’année 2010 s’est terminée à l’université Al-Aqsa de Gaza par la réception dans ses locaux d’un visiteur de marque : Monsieur Jacques Fournier, conseiller d’Etat honoraire, ancien secrétaire général du gouvernement français, et ex-président de la SCNF et du Gaz de France.

Le Conseiller d’Etat  était accompagné d’une importante délégation  du Consulat Général de France à Jérusalem, ainsi que de Monsieur Jean-Mathiot, directeur du Centre Culturel français de Gaza.

Le visiteur est venu à la rencontre des étudiants de  notre département afin de partager avec eux son expérience, et de leur parler de son travail dans les différentes administrations françaises, afin d’ évoquer aussi la situation actuelle dans les Territoires palestiniens et dans la bande de Gaza en particulier.

La délégation française a été accueillie par Mme Mirvet Al-Rayess, professeur de français et par les assistants de langue. Après le mot de bienvenue, un débat s’est ouvert entre l’invité et les 32 étudiantes et étudiants, tous niveaux confondus, qui participaient à la rencontre.

Monsieur Fournier a d’abord  exprimé son émotion d’être là  à Gaza et de pouvoir  rencontrer de jeunes Palestiniens, afin de discuter avec eux sur différents thèmes, tel que la démocratie en France, les droits de l’homme, et les droits des étrangers dans son pays.  Puis il a parcouru rapidement l’histoire de sa carrière dans le milieu politique et économique en France, il a évoqué ses  différentes fonctions au sein de l’Etat français, et il a parlé de  la démocratie en France, démocratie politique, démocratie économique et sociale.

Il a beaucoup insisté sur les droits des étrangers en France, sur les différentes lois, débats et discussions sur ce thème polémique dans une démocratie comme celle de la France. Il a donné sur ce sujet maints exemples.

Il a parlé enfin de sa visite en Palestine et sa venue à Gaza. Il a pu constater que la situation des Gazaouis sous blocus est insupportable et en a conclu que ce blocus imposé par les occupants israéliens doit être impérativement levé.

Les étudiants présents  à cette rencontre  ont ensuite longuement questionné  Monsieur Fournier sur  sa vision de la politique française, en France et à l’étranger, sur la situation actuelle à Gaza, sur la situation mondiale  au niveau politique, au niveau  économique, avec la mondialisation.

L’auditoire  a beaucoup apprécié la visite de Monsieur Fournier. Cette visite prouve que, lorsqu’elles le peuvent, et malgré les énorme difficultés de passage à Ertez, à cause des mesures draconiennes imposées par  Les occupants israéliens, les personnalités françaises sont toujours présentes dans la bande de Gaza, afin de manifester leur solidarité à ses habitants.

La visite remarquée de ce Conseille d’Etat montre que les institutions françaises apprécient beaucoup la qualité du travail effectué dans ce département mixte, unique dans les universités de Gaza et lui accordent leur confiance.

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Le centre de la paix
Les messages d’Al Aqsa
Les analyses et poèmes de Ziad Medoukh
Dernières mises à jour

 

Source : Ziad Medoukh

 

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Il n’y aura pas d’Etat palestinien


L’Institut Marcel Liebman et l’UPJB

organisent une conférence-débat

le mercredi 5 janvier 2011 à 20h

à l’UPJB, 61 Rue de la Victoire, 1060 Bruxelles

avec

Zyiad CLOT

autour de son livre

Il n’y aura pas d’Etat palestinien

Ziyad Clot est un jeune juriste franco-palestinien. Son récit commence par un «
retour ». Il retrouve la maison de Haïfa dont sa famille palestinienne, avec sa
mère alors âgée de quelques mois, a fui en 1948 pour se retrouver dans un camp
de réfugiés. Lors de rencontres avec des responsables palestiniens, il accepte
un poste de conseiller juridique de l’OLP. Puis, de fil en aiguille, il devient
négociateur, participant – en tant que spécialiste de la question des réfugiés –
aux négociations de paix d’Annapolis en 2008 sous l’égide de la secrétaire
d’Etat américaine Condoleezza Rice. Pour la première fois – en tout cas du côté
palestinien – nous avons droit à une relation des négociations vues de
l’intérieur. Zyiad Clot nous épargne la langue de bois diplomatique de
circonstance pour nous dresser un tableau sans fard des négociations. S’il se
montre cinglant envers les Israéliens qui prétendent, jour après jour, faire des
« propositions généreuses », il ne ménage pas son propre camp auquel il
reproche, exemples à l’appui, une couardise dictée par la crainte d’un
froncement de sourcil de la Maison Blanche.

Par son témoignage, Ziyad Clot entend nous montrer comment et pourquoi les
négociations – mettant en présence la force des uns et la faiblesse des autres –
sont devenues vaines. Etant donné l’état de la situation sur le terrain,
l’ex-négociateur ne voit de solution pacifique que dans l’établissement d’un
Etat unique au sein duquel Palestiniens et Israéliens devront vivre ensemble.

PAF : 6 €, 4 € pour les membres, tarif réduit 2 €

Institut Marcel Liebman UPJB
institut.liebman@ulb.ac.be upjb2@skynet.be
www.institutliebman.be www.upjb.be

Toujours intéressant : René Naba | 02.01.2011 | Paris


Agenda diplomatique janvier 2011

La capitulation de Barack Obama, président de la première puissance militaire de la planète, devant le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu sur les conditions de déroulement des négociations israélo-palestiniennes, la pression permanente exercée par Israël sur les Etats-Unis et l’Europe, tant en ce qui concerne la neutralisation du potentiel nucléaire iranien que sur les conclusions de l’enquête internationale du Tribunal spécial sur le Liban concernant l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, illustrent la prédominance du fait israélien dans la détermination de la diplomatie occidentale, au point de brider sa marge de manœuvre entraînant, par contre coup, sa perte d’autonomie; Un fait qui explique une part du rejet occidental dans la sphère arabo musulmane.

renenaba.com revient, dans une série de trois papiers, sur les ressorts de cette prééminence israélienne, comme en témoignent les révélations du site en ligne WikiLeaks du 1er décembre 2010.

05 janvier 2011 | Israël: De la propagande part 1/3

Du bon usage de la Bible, la terre promise, le peuple élu et la controverse avec l’Eglise d’Orient
Pour la première fois dans le débat public international, l’Eglise d’Orient a mis en question le bien fondé théologique de la mise en œuvre de la notion de «terre promise» pour « justifier le retour des Juifs en Israël et l’expatriation des Palestiniens ».
Sujet tabou s’il en est, cette position a été affirmée par Mgr Cyrille Salim Bustros, Archevêque de Newton (Etats-Unis) à l’occasion du synode des Eglises d’Orient, qui est tenu du 14 au 24 octobre 2010, au Vatican. Véritable électrochoc, cette déclaration inhabituelle tant sur le fond que sur la forme, en tout cas dans les sphères occidentales a entraîné une réplique du Centre Simon Wiesentahl accusant son auteur d’ «antisémitisme». La controverse suscitée à propos de cette déclaration épiscopale témoigne de la sensibilité du sujet.

10 janvier 2011 | Israël: De la propagande part 2/3

Hasbara, Kiss, GIYUS. ORG, Spot and Shoot, Vade-mecum des outils de la stratégie israélienne de communication.

La place prépondérante qu’occupe Israël en termes d’ «unités de bruit médiatique» s’explique aussi par sa maîtrise des outils de la stratégie de communication moderne grâce à des techniques qui ont pour nom Hasbara, Kiss, termes abscons pour le grand public. Mais L’argumentaire de base contenu dans “The Israël Project’s 2009, Global Language Dictionary» repose sur l’axiome selon lequel le langage d’Israël et le langage des Etats-Unis sont synonymes, s’articulant sur des mots basiques: «démocratie», «liberté», «sécurité».

15 janvier 2011 | Israël: De la propagande part 3/3

La Soft Warfare” (La douce guerre): Al Jazira en exemple et les Sayanim à contribution.

Israël considère qu’il fait l’objet d’une campagne de dénigrement, laquelle si elle venait à persister «érodera la légitimité d’Israël sur la scène internationale», à l’effet de créer les conditions d’un boycott tous azimuts contre Israël, sur le modèle du boycott de l’Afrique du Sud du temps de l’Apartheid.

Pour neutraliser cette campagne de délégitimation, «Le document de travail pour la Conférence de 2010 Herzliya», préconise de lancer une chaîne de télévision similaire à la chaîne transfrontière arabe «Al Jazira», en quatre langues anglais, français, arabe et russe, premier cas de retournement de tendance pour Israël dont la tendance habituelle est de mépriser plutôt que d’imiter les Arabes.

Israël compte aussi sur les «Sayanim», les informateurs recrutés au sein des juifs de la diaspora qui, par «patriotisme», acceptent de collaborer ponctuellement avec le Mossad.

Pour aller plus loin

Sur la stratégie globale de l’occident
Cf à ce propos «La fin de l’histoire militaire? Les Etats-Unis, Israël et l’échec de l’art occidental de la guerre par Andrew J. Bacevich, Professeur d’Histoire et de relations internationales à la Boston University, mis en ligne le 27 Décembre 2010 sur tom dispatch.com. Texte traduit en français par Albert Caillé.
https://docs.google.com/viewer?a=v&pid=gmail&attid=0.1&thid=12d2e2f02a282719&mt=application/ Dernier ouvrage de cet auteur, paru en juillet 2010, «Washington rules America’s path to permanent war».

Golfe / Armement

Sur fond de grande incertitude sur la succession politique au sein des deux pays arabes, alliés majeurs de l’Occident, l’Arabie saoudite et l’Egypte, fragilisés par la santé de leurs dirigeants octogénaires, le Roi Abdallah (87 ans), et, le président Hosni Moubarak (84 ans), où la guerre de succession fait rage, les révélations du site américain Wikileaks sur la position belliqueuse des pétromonarchies face à l’Iran illustre la logique de vassalité des «émirats mirage» face à l’Amérique, particulièrement dans le domaine de la défense, en ce qu’ils incitent les Américains à faire la guerre à leur voisin iranien pour neutraliser son potentiel nucléaire, plutôt que de doter le Monde arabe d’une capacité d’autosuffisance stratégique, comme en témoigne le contrat de l’ordre de 123 milliards de dollars, conclu à l’automne entre l’Amérique et quatre pays du Golfe, en vue de renforcer leur capacité défensive «face à l’Iran».

renenaba.com revient sur ce singulier contrat, à tous égards, qui outre passe les capacités d’absorption des bénéficiaires de même que les capacités d’assimilation de cet armement par ses servants locaux, où l’Iran sert de croquemitaine à d’effroyables gâchis arabes pour éponger les déficits américains. En une série de deux papiers s’articulant selon la thématique suivante:

20 janvier : Golfe – Armement ; Autant en emporte le vent Part 1/2

Le Golfe, une gigantesque base flottante américaine, une pompe à finance des déficits américains.

Face à l’Iran, la constellation des pétromonarchies du Golfe s’est transformée en une véritable base flottante américaine, au point que se pose la question de la viabilité stratégique et de la pertinence politique du plus important contrat d’armement de l’histoire, jamais conclu, en temps de paix, entre les Etats Unis et quatre pays membres de la zone. Un singulier contrat à tous égards, de l’ordre de 123 milliards de dollars, qui outrepasse les capacités d’absorption des bénéficiaires de même que les capacités d’assimilation de cet armement par ses servants locaux.

25 janvier : Golfe – Armement ; Autant en emporte le vent Part 2/2

La victoire des marchands d’armes sur les producteurs de pétrole.

Le Monde arabe a engagé près de deux mille milliards de dollars au titre des dépenses militaires depuis le dernier tiers du XX me siècle, soit environ 50 milliards de dollars par an en moyenne, sans avoir pu se doter ni d’une capacité de projection de puissance, ni d’une capacité de dissuasion nucléaire, encore moins de la capacité spatiale du renseignement, autant d’attributs de la puissance moderne qui lui font cruellement défaut à l’ère de la société de l’information et de son application militaire, l’info guerre.

En contrepoint Israël a bénéficié de cinquante et un (51) milliards de dollars de subventions militaires depuis 1949, la majeure partie depuis 1974, plus qu‘aucun autre pays de la période postérieure à la II me Guerre mondiale, selon une étude du spécialiste des affaires militaires Gabriel Kolko, parue dans la revue «Counter punch» en date du 3O mars 2007. Une telle disparité de traitement entre Israéliens et Arabes au regard des Américains, l’un s’équipant à l’œil, alors que les autres sont contraints de payer cash, en dépit de la contribution financière et humaine des pays arabes aux équipées américaines tant en Afghanistan qu’au Nicaragua contre le bloc soviétique, de même que leur comportement erratique à l’égard de leurs alliés naturels (l’Union soviétique et l’Iran), expliquent le discrédit du monde arabe sur la scène internationale et une part de son collapsus stratégique.

source

Israel : l’année où les masques sont tombés, par Gideon LEVY


Le journaliste israélien se félicite dans le journal Haaretz de ce que l’année écoulée soit au moins celle où plus personne ne peut avoir d’illusions sur l’Etat d’Israël. 

« L’année de la vérité

L’année qui s’achèvera ce soir par un baiser a été l’année où a pris fin la mascarade israélienne, l’année où les déguisements ont été arrachés et où la vérité s’est fait jour. Où le vrai visage s’est révélé. Ça été l’année où nous sommes finalement sortis du placard – finis les propos sirupeux et les discours creux sur la justice et l’égalité, finis les enjolivements et les paroles superficielles à propos de la paix et de deux états. Cette année, la vérité a été entendue en public, avec un retentissement fort et clair d’un bout du pays à l’autre, inquiétante et déprimante.

Personne ne parle plus de paix ; cette année, nous avons même mis entre guillemets le « processus de paix », pour nous en gausser comme il le mérite. Tout ce qu’il reste de la paix cette année, c’est l’envoyé spécial des U.S.A., George Mitchell. Et dans les enquêtes d’opinion rien ne subsiste de la vision de deux états chez le premier ministre ou dans la majorité. Cette année, le gouvernement israélien a dit NON, même à un gel temporaire de la construction de colonies, et les Israéliens se sont tus.

Après cette année de vérité, nul ne pourra sérieusement prétendre qu’Israël recherche la paix avec les Palestiniens, ou avec les Syriens, qui ont parlé de paix mais qu’on a laissés sans réponse. Toutes les excuses ont perdu leur valeur – le terrorisme palestinien s’est arrêté et il reste au moins un demi-partenaire, qui est plus modéré qu’aucun autre. Néanmoins, nous campons sur nos positions. Et la vérité est criante : les Israéliens ne veulent pas vraiment la paix, ils lui préfèrent la terre. Les fonctionnements internes de la société israélienne ont aussi été démasqués. L’apparence d’une société démocratique et égalitaire s’est trouvée soudainement remplacée par un portrait authentique, terriblement nationaliste et raciste. Des rabbins et leurs femmes, des maires et des parlementaires ont tous chanté ensemble dans un chœur discordant : non aux Arabes et non aux étrangers. Au cours des années qui ont précédé cette année de vérité, il était encore d’usage d’excommunier les racistes.

En cette année de vérité, nous avons déclaré sans vergogne que Meir Kahane avait raison. Quasiment la moitié des Israéliens s’opposent à la location d’appartements à des Arabes ; plus que la moitié d’entre eux sont favorables à un serment d’allégeance à l’Etat ; des femmes de rabbins s’associent à leurs maris pour conjurer les chastes filles d’Israël de ne pas fréquenter d’Arabes ; un membre de la Knesset déclare qu’à ceux qui font clandestinement entrer des « infiltrateurs » – ainsi qu’on a appelé cette année les travailleurs migrants et les réfugiés de guerre – on devrait faire sauter la cervelle ; et l’un de ses collègues fait porter sur les Russes le blâme des habitudes israéliennes d’ivrognerie.

Dans le même temps, nous avons proposé une loi appelant à l’expulsion d’étrangers critiques à l’égard d’Israël s’ils y viennent en visite ; un directeur d’école de Jaffa n’autorise pas ses élèves à parler arabe ; un militant contre l’occupation a été incarcéré pour avoir pris part à une manifestation protestataire à vélo ; et un défenseur des droits des Bédouins s’est vu jeter en prison pour une durée encore plus longue, pour le délit d’avoir un garage illégal.

Telle est jour après jour la pléthore de comptes-rendus sur la vie du pays au cours de la dernière partie de cette année maudite. De tels rapports nous ont été presque quotidiennement jetés à la figure. L’étranger répand les maladies et la criminalité, et les étudiants arabes veulent nous déshériter pour le prix de location d’un deux pièces. Nous avons également lancé des campagnes d’intimidation et semé la peur de celui qui est autre et différent, qui n’auraient pas fait honte aux régimes les plus douteux du passé. Nous avons tenu des manifestations scandaleuses contre les réfugies et les Arabes, avec les encouragements d’une partie de l’institution et le silence des autres, desquels une tonalité peut être entendue – une tonalité d’arrogance et de nationalisme.

Cela aura aussi été l’année d’Avigdor Liebermann d’Yisrael Beiteinu, qui n’est plus un loup habillé en agneau mais une brute du voisinage qui n’a cure des conséquences. Une tentative pour dénouer la crise avec la Turquie, et Boum ! un bon coup sur la tête. Au lieu des sempiternels discours du président Shimon Peres sur la paix, le ministre des affaires étrangères, cette année, a de manière répétitive giflé le monde entier de notre part. Ce n’est pas seulement Kahane qui avait raison, mais Lieberman aussi. Il dit la vérité, la vérité sur Israël.

Il n’y a rien de tel que le soleil pour désinfecter, de sorte que ç’aura été une plutôt bonne année. Il se peut précisément que ce déluge de douteux sentiments nationalistes émergeant des profondeurs de l’âme, latent depuis des années, va au bout du compte faire bouger cette nation engourdie. Peut-être que, après cette année, la minorité qui pense autrement va enfin ouvrir les yeux. Peut-être que, tandis que les flammes nous encerclent tous, nous allons comprendre que telle n’est pas la société dans laquelle nous avons envie de vivre. Et peut-être que le monde va comprendre ce qui est en jeu.

Ce soir à minuit, quand le champagne français va couler comme de l’eau et que nous embrasserons à pleine bouche nos êtres chers, peut-être allons-nous comprendre que l’année prochaine sera décisive. Ce sera la dernière année où nous pourrons encore sauver quelque chose. Si un miracle se produit et que cela arrive en effet, nous serons reconnaissants à l’année écoulée, l’année de vérité pour Israël. »

Par Gideon Levy

Source : http://www.haaretz.com/print-edition/opinion/the-year-of-truth-1.334416#send-friend-popup

Traduit de l’anglais par Anne-Marie PERRIN pour europalestine


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