Réflexions autour de l’attentat du Musée juif à Bruxelles


Ce qui s’est passé samedi 24 mai au Musée juif de Bruxelles soulève le coeur. Comme je l’indiquais dans un tweet, cet acte injustifiable, révoltant, suscite un sentiment d’indignation et de dégoût.

Rien, en effet, rien ne peut excuser ce genre de méthodes d’une brutalité inouïe. Celui ou ceux qui se sont levés samedi en se disant «aujourd’hui, nous allons tuer quelques juifs» et qui sont ensuite passés à l’action ne méritent aucune circonstance atténuante. Ils ne doivent inspirer qu’opprobre et mépris. Et aussi recevoir un châtiment juste et exemplaire.

Un de nos «amis» sur Facebook lançait cette suggestion dès samedi: la meilleure façon de condamner ce crime est d’aller tous visiter le Musée juif. Celui qui s’exprimait avait un patronyme arabe. Une bonne idée. Car la condamnation doit prendre la forme de la solidarité envers les victimes, celles qui ont payé de leur vie parce que juives ou qu’elles se trouvaient dans un endroit dédié aux juifs.

La récupération politique de ce sombre événement ne laisse pourtant pas par ailleurs de surprendre sur le toupet de certains. Ainsi, quand Alain Desthexe écrit sur Facebook, en substance, «Je vous l’avais bien dit… Il ne vous reste qu’à voter pour moi», il dépasse les bornes de la décence.

En exprimant son émotion et sa condamnation, Simone Susskind, elle, avait veillé à aussi glisser qu’on n’en était pas revenu aux années 38-40, que parler d’un retour en force de l’antisémitisme lui semblait exagéré. Je crois qu’elle a raison. L’antisémitisme reste une maladie honteuse et c’est très bien ainsi. Peu osent d’ailleurs s’en revendiquer, de crainte d’être instantanément stigmatisés. Les juifs belges ne subissent du reste pas de discriminations, contrairement à d’autres parties de la population. Mais l’attentat de samedi vient rappeler qu’ils ne sont pas en sécurité, et cela inspire de lourdes inquiétudes.

Ce danger ne paraît pas provenir des nostalgiques du nazisme, même s’il en reste sans doute ici ou là. Rien n’indique en tout cas que ceux-là voulaient passer à l’acte. En revanche, oui, il existe une frange extrémiste, infiniment minoritaire, au sein des populations musulmanes, que la haine habite en raison de la situation au Proche-Orient et des souffrances du peuple palestinien. Il y a eu des «Mort aux juifs!» proférés en arabe lors de la manifestation à Bruxelles contre la sanglante offensive israélienne sur Gaza en décembre 2008-janvier 2009. Amalgame stupide, injuste, nauséabond, mais aussi donc dangereux.

En Israël, la réaction à l’attentat bruxellois du Premier ministre Binyamin Netanyahou lui a ressemblé, lui qui a incriminé «les calomnies et les mensonges contre l’Etat d’Israël» diffusés en Europe. C’est le retour à l’habituel chantage à l’antisémitisme sur lequel des livres entiers ont été écrits. La «leçon» sous-entendue: ne critiquez pas Israël, ce serait de l’antisémitisme et voilà ce qui arrive quand on n’écoute pas ce conseil, cela se termine en attentat antisémite. Il s’agit là en fait d’un autre amalgame souvent mal intentionné: celui que d’aucuns insinuent entre la critique de la politique d’Israël et l’antisémitisme. C’est gros, très gros, mais certains reprennent ce raisonnement au premier degré et je sais de quoi je parle depuis vingt-quatre ans.

Les malheurs du peuple palestinien se trouvent-ils à l’origine de l’odieux attentat du Musée juif? Si c’est bien le cas, il faut être clair: les Palestiniens ont certes droit à la justice, et ils ne l’attendent que depuis trop longtemps; mais s’en prendre aux juifs dans le monde (ou aux civils israéliens) par des attentats qui inspirent la répulsion n’assouvit que des pulsions haineuses sans aider à leur cause, bien au contraire.

BAUDOUIN LOOS

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Meurtres à Betunia, Cisjordanie occupée


Baudouin Loos

La vidéo qui accuse l’armée d’Israël de meurtres de sang-froid

Le document filmé, qui fait le buzz dans les réseaux sociaux, montre comment deux adolescents palestiniens non armés ont été froidement abattus à distance par un ou des soldats de l’armée israélienne le 15 mai dernier.

La scène se passe à Betunia, près de Ramallah, en territoire palestinien occupé. Devant la prison de l’armée israélienne appelée « Ofer ». Nous sommes le 15 mai, jour de la commémoration annuelle de la « nakba » (catastrophe) depuis 1948, la journée considérée comme celle du souvenir de la dépossession par les Palestiniens, marquée par des manifestations multiples.

Une manifestation se déroule en face de la prison en solidarité avec 125 prisonniers détenus sans charges qui observent une grève de la faim depuis 22 jours. Deux cents personnes environ, des jeunes souvent masquées. Des pierres sont jetées, à la main ou à l’aide de frondes, vers le bâtiment fortifié. Des caméras de surveillance d’un magasin palestinien situé en face de la prison filment l’événement. Selon un montage de ces images diffusé par l’ONG Defence for Children International Palestine (DCI-Palestine), on peut voir comment Mohamed Abou Thahar, 15 ans et Nadim Nuwara, 17 ans, sont abattus – l’un d’une balle dans le dos – alors qu’ils marchaient à leur aise sans menacer quiconque.

L’affaire, la semaine dernière, n’avait pas fait les grands titres en Israël. Elle avait en revanche choqué les Palestiniens. La diffusion de cette vidéo bouleverse la donne. Car l’armée israélienne qui a indiqué n’avoir recouru qu’à des balles de caoutchouc (« rubber bullets ») va devoir s’expliquer. Selon Salim Saliba, le médecin qui dirige les urgences à l’hôpital de Ramallah, qui a examiné les deux victimes, celles-ci ont succombé à des balles réelles.

Les règles internes de l’armée israélienne stipulent que le recours aux munitions de guerre est uniquement réservé aux « circonstances de vrai danger mortel » (pour les soldats). DCI-Palestine fait remarquer que cette règle est fréquemment ignorée, et cite des rapports, le sien , celui datant de 2013 de Betselem , une célèbre organisation israélienne qui comptabilise les violations des droits de l’homme dans les territoires occupés, et celui d’Amnesty International de février 2014. Selon le décompte de DCI-Palestine, quelque 1.400 mineurs d’âge ont été tués par l’armée d’occupation ou des colons israéliens depuis l’an 2000.
« Biaisée »

La version de l’armée israélienne répercutée par le journal Haaretz dit ceci : « Jeudi dernier, des troubles violents et illégaux ont eu lieu à Betunia. La vidéo en question a été éditée de manière biaisée et ne reflète pas la violence des troubles. Une enquête initiale indique que les forces opérant dans la zone concernée n’ont pas utilisé de balles réelles. Néanmoins, le procureur militaire a ordonné une enquête interne limitée ».

L’armée israélienne se mettra-t-elle en devoir d’enquêter en profondeur sur les deux tirs létaux du 15 mai à Betunia ? On peut le penser. Certes, en Israël, l’armée appelée « Tsahal » (l’acronyme hébreu d’Armée de défense nationale) jouit d’un immense prestige et beaucoup aiment à lui prêter la qualité d’« armée la plus morale du monde », cela au grand dam des milliers de ses victimes palestiniennes. Mais, cette fois, le retentissement mondial de la vidéo sur les réseaux sociaux n’a pas échappé aux médias israéliens, qui s’en sont emparés.

BAUDOUIN LOOS

Mardi 20 mai 2014

la video

[youtube http://youtu.be/CaibEqx2m_k?]

Les sidérants déboires du meilleur spécialiste du Maroc


Un journaliste espagnol compétent qui se voit retirer la couverture du dossier, le Maroc, dont il est sans doute le plus grand spécialiste au monde: une affaire atypique où se cachent sous couvert de «terrorisme» de sournoises influences politiques…

Une information sidérante. Voilà comment on a envie de commenter la mésaventure subie par notre confrère espagnol Ignacio Cembrero au sein de la rédaction du quotidien El Pais. Cet éminent spécialiste du Maroc s’est vu retirer brutalement en février la couverture de ce dossier qu’il couvrait depuis une vingtaine d’années. Il est dorénavant rattaché à l’équipe du dimanche au journal. Mais pourquoi ? La direction du journal répond de manière laconique qu’il s’agit d’«une décision interne» qu’elle n’a pas à commenter, «un changement normal, pas étrange».

Vraiment? C’est se moquer du monde. Le contexte de l’affaire suggère en effet plutôt des explications d’ordre politique: El Pais aurait en l’occurrence retiré la couverture marocaine à Cembrero à la suite de la plainte, bien établie celle-là, du gouvernement du Maroc contre le directeur d’El Pais et contre ce journaliste. La plainte a été déposée le 20 décembre dernier à Madrid pour la diffusion sur le site internet du quotidien – en fait sur le blog de Cembrero, «Orilla Sur» – d’une vidéo intitulée «Maroc, Royaume de corruption et de despotisme». Le parquet espagnol précise que la plainte se réfère au titre du deuxième paragraphe de l’article 579.1 du code pénal espagnol relatif au délit «d’apologie du terrorisme». Diantre!

Cette vidéo a en réalité déjà fait couler beaucoup d’encre. Elle a été en effet postée le 12 septembre 2013 sur internet par Al-Andalous, un site proche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Comme l’explique le remuant site marocain, Demainonline, dans cette vidéo d’une quarantaine de minutes, «Aqmi reprend une série d’informations publiées par des médias relatives à la corruption du régime marocain, de la monarchie et de son entourage en particulier, avant d’appeler les jeunes musulmans marocains au djihad contre le régime».

A l’époque, Ali Anouzla, le directeur de la partie arabe d’un journal en ligne marocain, Lakome, également connu pour son indépendance et son esprit critique, avait parlé de cette vidéo dans un article qui donnait en hyperlien un article du blog d’Ignacio Cembrero, sur le site d’El Pais, lequel article donnait en hyperlien la fameuse vidéo des terroristes d’Aqmi.

Anouzla et Lakome ont payé cher ce papier. Le site a été fermé d’autorité et le journaliste a été emprisonné pendant cinq semaines puis libéré, son procès pour «assistance matérielle au terrorisme», «apologie du terrorisme» et «incitation à l’exécution d’actes terroriste» aura en principe lieu le 20 mai. Il risque gros et se tait dans toutes les langues depuis lors.

Curieusement, alors qu’Anouzla n’avait fait que renvoyer au blog de Cembrero, son confrère Aboubakr Jamaï, directeur de la partie francophone de Lakome, n’a jamais été poursuivi par la justice de son pays alors qu’il a fait pire, de son côté, puisqu’il a mis directement la vidéo controversée en hyperlien internet dans un article consacré au sujet.

Ajoutons que Cembrero, Anouzla et Jamaï, quand ils ont parlé de la vidéo d’Aqmi, ont tous trois bien précisé qu’il s’agissait d’une vidéo de propagande.

Alors pourquoi le gouvernement marocain attaque-t-il El Pais et à Cembrero (et pas à d’autres sites dans le monde spécialisés dans les affaires de terrorisme et qui reprennent la vidéo litigieuse)? Seule explication plausible: parce que Cembrero n’est pas un journaliste comme les autres. «C’est le meilleur spécialiste du Maroc dans le monde !, s’exclame Ali Lmrabet, notre confrère marocain qui a lancé Demainonline, contacté à Tétouan. C’est un véritable puits d’informations sur mon pays, il ne rate jamais une info et il en sait bien plus que nous les Marocains car lui jouit – faut-il dire «jouissait?» – de la liberté de la presse dans son pays. Il n’empêche, je n’en reviens pas qu’El Pais ait cédé aux pressions et lui ait retiré la couverture du Maroc. »

On peut comprendre l’hostilité qu’Ignacio Cembrero suscite en haut lieu à Rabat. C’est lui, par exemple, qui a éventé l’information l’été dernier, de la libération et du transfert vers l’Espagne du pédophile espagnol Daniel Galvan, condamné au Maroc à 30 ans de prison pour le viol de onze enfants. Il avait bénéficié d’une grâce royale, une bourde monumentale qui avait indigné tous les Marocains et obligé le palais à faire – trop tard – machine arrière. Cette affaire porte désormais le nom de «Danielgate».

Expliquer l’inimitié du régime marocain pour un journaliste de cette trempe est donc chose aisée. Ce qui l’est bien moins, c’est de trouver une explication au sort funeste subi par ledit journaliste au sein même de sa rédaction. Contacté par Le Monde cette semaine, Ignacio Cembrero n’a pas souhaité réagir. Mais, dès le 22 février, Demainonline, qui avait révélé ses ennuis à El Pais, lançait des pistes: «Apparemment, le Makhzen – le pouvoir marocain, NDLR – a réussi à convaincre les principaux dirigeants du journal, surtout Juan Luis Cebrian, le président de Prisa, la maison mère du journal, qui se trouve être un ami personnel de Felipe Gonzalez, l’ancien président du gouvernement espagnol devenu cette dernière décennie le plus efficace lobbyiste du Maroc en Espagne.» Filipe Gonzalez est un membre éminent du parti socialiste espagnol bien en cour à Rabat et El Pais un journal de gauche.

Le Monde a diffusé ce 18 mars un extrait d’une lettre qu’Ignacio Cembrero a adressée à ses amis marocains, dans laquelle il les remercie pour «toutes les infos, les impressions et les réflexions, émaillées de thé ou de couscous, que vous m’avez transmises tout au long de ces années et qui m’ont tant aidé à faire mon boulot de journaliste».

Le journaliste a été sanctionné par sa direction mais il n’est pas encore condamné en justice. «L’Audience nationale (parquet général) étudie la plainte marocaine, constate Ali Lmrabet, mais elle n’a pas encore décidé si elle poursuivra le journal et le journaliste. Et même si c’était le cas, rien ne dit que la justice espagnole les condamnera.»

BAUDOUIN LOOS

ADDENDUM du 3 mai 2014

Ignacio Cembrero a finalement quitté El Pais. Il a diffusé ce communiqué le 3 mai 2014: “Après plus de trois décennies de travail à El Pais je quitte le journal suite à des désaccords avec la direction. Je n’ai pas été soutenu par la direction depuis que le premier ministre du Maroc a porté en Espagne plainte contre moi pour apologie du terrorisme. La plainte sera probablement classée sous peu.” Il y a ajouté une revue de presse qui débute par l’article de ce blog ci-dessus.

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Moncef Marzouki : «On aurait souhaité plus d’appui de l’Europe!»


marzouki

Le président de la république tunisienne tire le bilan de l’expérience post-dictature pour Le Soir. Il regrette qu’on n’ait pas pris la question de la corruption à bras-le-corps en Tunisie, demande plus aux Européens et… répond “oui et non!” à la question de savoir s’il veut rempiler.
Moncef Marzouki, l’un des plus célèbres opposants au régime de Ben Ali, dort au palais de Carthage depuis le 13 décembre 2011, onze mois exactement après la fuite du dictateur. De passage à Bruxelles pour le sommet UE-Afrique, il s’est confié au Soir.

Pouvez-vous tirer un bilan provisoire de votre présidence?

Je préfère parler de la Tunisie en général. Qui a eu trois crises à affronter en même temps: politique, sécuritaire et économique. On peut dire que nous avons surmonté le volet politique, avec l’adoption d’une constitution et la tenue d’élections avant la fin de cette année. Pour la sécurité, nous sommes tombés au mauvais moment, entre la révolte libyenne, égyptienne, syrienne, etc. Nous avons dû faire face à des actes terroristes, mais nous avons éradiqué le phénomène et la Tunisie est sûre maintenant. Quant à l’économie, elle a pris un sérieux coup avec la révolution qui a affecté les revenus du tourisme, mobilisé les revendications salariales, suscité des grèves et fait refluer les investissements étrangers. Avec ces trois crises concomitantes, le pays a pu parfois donner l’impression de chavirer, de sombrer dans le chaos.

L’expérience politique unique de la «troïka» (la coalition gouvernementale entre décembre 2011 et janvier 2014 emmenée par les islamistes d’Ennahda avec deux partis laïcs, dont le CPR fondé par Moncef Marzouki, NDLR) a constitué une approche pragmatique qui a consisté pour nous, paradoxe apparent, à travailler à une construction démocratique avec Ennahda pour dépasser la bipolarisation islamistes-laïques. Elle a permis la rédaction et l’adoption non sans difficultés d’une constitution consensuelle votée en janvier par 200 députés sur 217. Tout cela me porte à l’optimisme. Notre pays a souvent été près du gouffre mais il a tenu bon. Notamment grâce à notre très forte société civile et au fait que nous sommes un peuple homogène.

Avez-vous de regrets, pensez-vous à des erreurs commises?

Bien sûr. La plus grande erreur, stratégique, a été le fait du premier gouvernement de la troïka, sous Hamadi Jebali. Elle a consisté à chercher un modus vivendi avec ceux de l’ancien régime, à ne pas mettre en œuvre une lutte efficace contre la corruption et à faire attendre le lancement de la nécessaire justice transitionnelle. Cela a indigné les Tunisiens qui ont continué à voir les mêmes corrompus parader. Je le dis: il ne peut y avoir d’impunité et l’argent volé doit être rendu aux Tunisiens.

On voit en effet des anciens caciques du RCD au pouvoir sous la dictature se balader sur les plateaux de télévision, cela vous choque?

Et comment! Leur arrogance, leur mépris, leur faconde! Mais c’est illusoire, je crois: les électeurs sauront s’en souvenir.

A propos d’élections, votre parti qui avait terminé second pour la constituante en 2011 paraît moins fringant, craignez-vous pour lui?

J’en suis le fondateur mais n’en suis plus membre depuis que je suis président de la république. Je reste proche de ses idées et je rappelle qu’on ne donnait pas cher de sa peau à l’élection de 2011. La Tunisie a besoin d’un rassemblement de partis innovants, dans un spectre assez large, allant dans le sens de la révolution pour faire face à la contre-révolution, coupant tous les ponts avec l’ancien régime, comme un front patriotique.

Vous-mêmes avez accepté une présidence de la république amputée d’une bonne partie de ses prérogatives, à part la défense et les affaires étrangères, n’en concevez-vous pas de la frustration?

C’est moi qui ai théorisé le système. Le partage des pouvoirs entre le président et le Premier ministre a pour but d’éviter les tentations dictatoriales grâce à ce régime mixte, bicéphale. Ainsi le président contrôle l’armée, le Premier ministre la police. C’est certes un peu frustrant mais cela reste le meilleur moyen de consolider la démocratie pendant les prochaines années.

Pourtant, un de vos proches, Aziz Krichen, dit qu’Ennahda avait succombé à «la tentation hégémonique» et avait traité ses partenaires comme votre parti comme des «larbins»…

Je ne cautionne pas ce dernier mot mais tentation hégémonique il y a eu. C’est pourquoi j’ai poursuivi la stratégie d’union, pour dépasser le clivage islamistes/laïques.

Avez-vous envie de rempiler?

Oui et non! Oui car il reste beaucoup à faire, et non car c’est le métier le plus difficile au monde. Je me prononcerai un mois avant l’élection, qui doit avoir lieu avant la fin de cette année selon la Constitution. En attendant, je continue à travailler tous les jours pour contribuer à amener le bateau Tunisie à quai.

L’Union européenne était proche du dictateur, comment jugez-vous son action actuellement?

Le passé est le passé. Après le départ de Ben Ali, on aurait souhaité plus d’appui. Certes, nous sommes mal tombés, il y avait la Grèce, maintenant l’Ukraine. L’Europe a toujours plus regardé vers l’est que vers le sud. Elle n’a pas porté assez de considération aux printemps arabes, or ce séisme va se prolonger pendant des décennies, porteur de chances et de dangers. J’ai l’impression que l’Europe n’a pas de vision stratégique vis-à-vis du monde arabe. Exemple simple: il n’y a jamais de sommet UE-monde arabe. Or si nous basculons dans le chaos, comment l’Europe pourrait-elle s’en protéger?

Qu’attendez-vous, de l’argent?

Surtout des investissements. Et cette idée que j’ai lancée de transformer la dette en projets: nous payons notre dette en faisant travailler vos entreprises à des projets de développement chez nous. Tout le monde s’y retrouve. Le service de notre dette nous coûte 4 milliards de dinars par an (1,8 milliard d’euros), avec ma suggestion on pourrait doubler l’investissement régional.

Que vous répond-on en Europe?

Je n’ai qu’un faible écho jusqu’à présent. J’espère pouvoir capitaliser des soutiens venant des sociétés civiles et des partis politiques.

Un mot sur la Syrie, où le carnage continue?

C’est un cauchemar pour moi. Au sommet arabe il y a quelques jours, j’ai fait un appel de médecin à médecin (Moncef Marzouki est médecin et Bachar el-Assad ophtalmologue de formation, NDLR) et j’ai proposé qu’on envoie des médecins arabes au camp palestinien de Yarmouk à Damas. Je n’ai pas eu de réponse. Cet homme et son système sont psychotiques. Il n’y a rien à espérer d’eux. Ils sont insensibles à la cruauté. C’est un univers mental qui me dépasse. Le seul espoir qu’on peut entretenir repose sur un sursaut éventuel d’hommes de raison chez les Iraniens et chez les Russes. Sinon, ils détruiront la région.
Propos recueillis
par BAUDOUIN LOOS

Une version légèrement plus courte a été publiée dans les colonnes du Soir le jeudi 3 avril 2014.

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Syrie : mettre fin à trois ans d’abjections


Baudouin Loos
Mis en ligne samedi 15 mars 2014, 9h24

Nous en avons vu la semaine dernière dans le camp de réfugiés de Zaatari, à la frontière jordanienne. Des dizaines de milliers de Syriens qui ont fui et continuent à fuir les zones de combats, développant une catastrophe humanitaire sans précédent au XXIe siècle. Combats ? En fait de combats, ce sont souvent des sièges et des bombardements cruels. «  Plus de 250.000 personnes, dénonce une commission de l’ONU ce 5 mars, sont soumises à un siège en Syrie, régulièrement bombardées par l’artillerie et l’aviation. Elles sont privées d’aide humanitaire, de nourriture, de soins médicaux et doivent choisir entre la famine et la reddition. » Des gens meurent de faim en Syrie ! La faim comme arme de guerre. A Yarmouk, un camp palestinien de Damas assiégé, un habitant cité par l’AFP témoigne : «  Des gens meurent chez eux et les rats s’en nourrissent avant même que les voisins ne les découvrent.  » Abjecte méthode.

Les rapports s’accumulent aussi sur la torture généralisée utilisée par le régime, la torture à mort puisque c’est ainsi que, souvent, elle se termine. Le voile se lève aussi peu à peu sur le recours systématique au viol des femmes, qui brise tout un tissu social. Et que dire de la méthode barbare du largage par hélicoptère de barils remplis d’explosifs et de pièces de métal ? Maisons soufflées, corps déchiquetés… Abjectes méthodes.

Et il y a des gens, chez nous et ailleurs, qui défendent peu ou prou ce régime. Par idéologie. Ou par crainte « du pire ». Car l’Occident observe tout cela tétanisé par une angoisse insurmontable : les djihadistes prolifèrent dans le camp des rebelles, dit-on, ils ont même pris l’avantage parmi eux ; un jour, s’ils gagnent, ces partisans du califat se retourneront contre nous, rappelez-vous le 11-Septembre ! En somme, entre deux maux, et puisqu’il n’y en a pas de moindre, on choisit le camp qui se proclame défenseur des laïques, des minorités dont les chrétiens. Et tant pis si ce « laïque » est l’allié sinon l’obligé des très islamistes iraniens et du Hezbollah libanais…

Oui, les djihadistes sont là. Les mafieux aussi d’ailleurs. Certes, l’opposition (mal) armée est hétéroclite et déchirée. Elle recourt parfois à des méthodes atroces. Mais c’est bien la barbarie du régime qui nourrit l’extrémisme islamiste en Syrie. Pas l’inverse.

Que faire, alors ? Développer notre assistance aux déplacés et aux exilés. L’Union européenne fait déjà beaucoup dans la région (mais elle en accueille très peu), et de nombreuses ONG comme Handicap International aussi. Il faut plus de moyens encore. Puis, peut-on laisser les rebelles perdre la guerre ? Risquer l’exode de 15 millions d’êtres humains ? Ou doit-on les aider, comme dans le sud de la Syrie, où ils seraient proches d’une grande offensive sans le concours des brigades d’Al-Qaïda, qui n’est pas partout ?

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En Belgique, Rabat veut contrôler


Et voici un copié collé de l’article signé Baudouin Loos : »En Belgique, Rabat veut contrôler » (Le Soir du 22 février 2014)
Bonne lecture.

« Rabat veut contrôler

Comment contrôler l’immigration? Cette question s’est posée au Maroc dès les années 1960 et le roi Hassan II, à l’époque, n’a pas hésité à investir dans cette tâche. Objectif: maintenir les immigrés dans le giron de son pouvoir, les détourner de la politique et, si possible, faire taire par l’intimidation les opposants exilés.

Ecoutons Mustapha Halla, de Charleroi, un ancien prisonnier politique: «A l’époque, le Maroc envoie, dans toutes les nations où résident des immigrés marocains, des sortes de milices privées nommées les Amicales. Celles-ci ont pour mission d’empêcher leurs congénères de participer à toute forme d’organisation syndicale ou autre organisation de la société civile ainsi que de se faire naturaliser. Ces milices sont actives à partir des années 60 jusque dans les années 90. Ceci n’a évidemment pas favorisé l’intégration, que du contraire. Cette même stratégie se poursuit actuellement par le biais des mosquées.»

Le royaume chérifien ne lésine pas sur les moyens et on sait que des éléments de la Direction générale des études et de la documentation (DGED, soit les services de renseignement) sont également mis à contribution quand la sécurité du royaume est jugée en cause. La Belgique avait demandé en 2008 le renvoi au Maroc de trois agents du DGED en raison de leur «ingérence» et autres «activités hostiles»…

Certaines mauvaises langues vont jusqu’à affirmer que les dossiers qui ont abouti au Maroc aux lourdes condamnations pour terrorisme de deux Belgo-Marocains, Abdelkader Belliraj (perpétuité en 2008) et Ali Aarrass (12 ans en 2011), n’avaient d’autres raisons que de justifier aux yeux des Belges les activités policières marocaines en dehors du territoire national. Ces allégations ne peuvent être prouvées, mais les deux enquêtes fondant ces procès et verdicts au Maroc ont attiré la suspicion, les deux hommes ayant notamment affirmé avoir été torturés…

Amicales, peu amicales, mosquées sous influence, espions zélés: faut-il s’étonner, dans ces conditions, qu’une certaine peur continue à régner chez les Belges de souche marocaine? «La plupart des Marocains de Belgique, explique Radouane el-Baroudi, caméraman-réalisateur et fils d’un opposant notoire décédé en exil en Belgique en 2007, sont issus de couches immigrées peu éduquées, souvent analphabètes à l’arrivée ici. Chez eux, la peur subsiste en Belgique encore maintenant. Dans la communauté marocaine, on ne cause pas de politique. On peut parler d’omertà. La peur est dans le code génétique des Marocains de Belgique depuis Hassan II.»

Il faut dire que les méthodes, même encore maintenant, peuvent faire réfléchir. «Moi je fais un travail d’archivage de témoignages sur vidéo, poursuit Radouane el-Baroudi. Par exemple, j’ai interrogé les frères Boureqat, victimes du terrible bagne de Tazmamart dans les années 70. Eh bien! on me conseille de me calmer. Ou on passe tout simplement aux menaces: sur YouTube en avril 2011, il y a eu diffusion de mon nom, mon adresse, mon téléphone avec ce commentaire: Ce traître veut semer la zizanie au Maroc. J’ai porté plainte et la police a pris l’affaire très au sérieux. Il y a quand même eu l’agression en 2010 en plein boulevard Lemonnier à Bruxelles d’Ahmed Marzouki, autre rescapé de Tazmamart…»

Le comédien et metteur en scène Sam Touzani abonde dans ce sens. Il se souvient par exemple qu’en 2005, le directeur… d’origine marocaine du Mrax (Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie), Raoudane Bouhlal, avait reçu une lettre officielle du consul du Maroc lui demandant de retirer du site de l’organisme une interview de l’acteur…

Mais les moyens de contrôle se révèlent aussi plus «soft». Ainsi en est-il des efforts constants de récupération par le Palais des dizaines d’élus issus de l’immigration marocaine. «La grande majorité des élus d’origine marocaine sont courtisés par Rabat, où ils sont reçus, constate Radouane el-Baroudi. En 2011, des mosquées ont été utilisées pour le référendum sur la Constitution, ce n’est pas normal.»

Sam Touzani confirme: «Depuis que les immigrés ont le droit de vote, le Maroc s’assure l’allégeance des élus d’origine marocaine, il n’y a que cinq d’entre eux qui refusent cette mascarade. Il y a des élus qui sont des agents marocains dans les trois grands partis traditionnels. Mais des Belges y participent aussi, comme Philippe Moureaux, qui a organisé naguère des soirées en faveur de la marocanité du Sahara occidental payées par des deniers belges!»

L’histoire personnelle de Touzani est frappante: «En 1972, ma mère s’était rendue avec une grande sœur au consulat du Maroc à Bruxelles pour obtenir des cartes d’identité. Là, on a exigé un bakchich et ma maman, indignée, a refusé. Des gorilles ont surgi, les ont giflées devant tout le monde puis les ont traînées dans les caves pour les tabasser avant de finir par les jeter sur le trottoir. Personne n’avait levé le petit doigt pour elles. Elles ont dû aller à l’hôpital, ont porté plainte, et ensuite subi des menaces pendant des semaines de flics marocains en civil. J’avais 4 ans. J’ai été marqué à vie. C’est mon héritage.»

BAUDOUIN LOOS

 

Sam Touzani : « Un drame a fondé mon héritage »


Acteur, humoriste, auteur, metteur en scène, etc.: Sam Touzani, né il y a 45 ans, n’est plus à présenter. Ce qu’on ignore parfois, ce sont ses rapports difficiles avec le pays d’où viennent ses parents, le Maroc. Explications.

Comment vos parents se sont-ils retrouvés en Belgique?

C’était en 1965. Mon père vient d’un village berbère, Bni Touzine, à 30 km de Nador, dans le Rif; ma mère est de Tanger. Ils étaient de milieu modeste et analphabètes. Mon père, passé en Algérie française, avait combattu à 16 ans et demi en Italie pendant la Seconde Guerre mondiale, à Monte Cassino. Quatre de leurs enfants sont nés au Maroc, trois, dont moi, à Bruxelles. J’en profite pour tirer mon chapeau: comment ils ont pu élever tant d’enfants avec si peu de moyens, un père manœuvre, une mère femme de ménage, c’est inouï!

Pourquoi refusez-vous d’aller au Maroc?

A cause d’un vrai drame qui a eu lieu en 1972 et qui m’a marqué à vie. Ma mère s’était rendue avec une grande sœur au consulat du Maroc à Bruxelles pour obtenir des cartes d’identité. Pour rentrer au pays, c’était l’idée initiale de tous les Marocains immigrés, celle du retour. Après, avec les enfants nés ici, ces projets se sont souvent évanouis. Là, donc, on a exigé un bakchich et ma maman, indignée, a refusé. Des gorilles ont surgi, les ont giflées devant tout le monde puis les ont traînées dans les caves pour les tabasser avant de finir par les jeter sur le trottoir. Personne n’avait levé le petit doigt pour elles. Elles ont dû aller à l’hôpital, ont porté plainte, et ensuite subi des menaces pendant des semaines de flics marocains en civil. J’avais 4 ans. C’est mon héritage.

Votre père n’était pas un opposant?

Non, il avait, comme beaucoup de Rifains, une grosse méfiance de ce qui venait du «makhzen» (pouvoir pyramidal autour de la personne royale). Ils ont alors tenté d’acheter mes parents pour éviter un procès, ils ont offert un million de francs belges, une somme énorme en 1972, mais ma mère a refusé, elle a dit non à l’oppression, à l’injustice, au dictateur. Tout ce que je suis devenu depuis lors, c’est à partir de cet ancrage-là. Je précise que nous avons été aidés par des opposants, Abdelrahmane Cherradi et Mohamed el-Baroudi. Ce dernier était un compagnon de Mehdi Ben Barka, le grand leader de l’opposition marocaine assassiné en 1966 en France.

Comment le makhzen entend-il contrôler l’immigration?

Il y a eu longtemps les «amicales», ces associations marocaines dans les divers pays d’immigration où des barbouzes faisaient la loi. Les mosquées, aussi, ou les professeurs de religion islamique. Une toile tentaculaire. Et les gens avaient peur, surtout qu’ils rentraient les étés au Maroc. Pensez que des gens disparaissaient ! Maintenant, l’omerta continue dans les familles marocaines mais c’est plus policé, c’est en costume trois-pièces. Mohammed VI n’est pas sanguinaire. Mais on continue à étouffer tout projet de résistance dans l’œuf. Depuis que les immigrés ont le droit de vote, le Maroc s’assure l’allégeance des élus d’origine marocaine, il n’y a que cinq d’entre eux qui refusent cette mascarade. Il y a des élus qui sont des agents marocains dans les trois grands partis traditionnels. Mais des Belges y participent aussi, comme Philippe Moureaux, qui a organisé naguère des soirées en faveur de la «marocanité» du Sahara occidental payées par des deniers belges !

Et la Belgique entretient de bons rapports avec le royaume…

Cela cache quels intérêts? Qui a peur de la démocratie au Maroc chez nos politiques? Il y a 250 militants du mouvement du 20 Février (dans le sillage des «printemps arabes» en 2011, NDLR) qui sont en prison et personne n’en parle ! Le roi est l’une des plus grosses fortunes au monde, il est plus riche que l’émir du Qatar, selon le magazine Forbes, c’est le premier assureur au Maroc, premier banquier, premier propriétaire terrien, etc. cela sur le dos du peuple, c’est honteux. Mais cela ne durera pas, on va vers la fin de la monarchie…

BAUDOUIN LOOS

A lire dans Le Soir version papier, ce samedi 22 février 2014, mon reportage dans la région de Nador (Rif), et aussi un article sur la volonté du Maroc de contrôler les populations de l’immigration marocaine. voir ici

Boycotter Israël, une idée qui gagne du terrain


Boycotter Israël. Serait-ce le moyen pacifique ultime pour convaincre les Israéliens et leurs autorités d’accepter la légalité internationale et d’évacuer les territoires palestiniens occupés? Les partisans les plus zélés des droits des Palestiniens en sont persuadés depuis longtemps. Ce qui est nouveau, c’est que l’idée progresse ces derniers temps dans le monde au point que d’aucuns en Israël, dont des ministres, s’en inquiètent très sérieusement.
De nombreuses voix au sein de la société civile palestinienne, lasses de voir les colonies juives dans les territoires occupés s’étendre sans réactions tangibles du monde extérieur, promeuvent ce type de pressions. Le 9 juillet 2005, une grosse centaine d’ONG, associations, syndicats et partis palestiniens avaient signé un appel au boycott, au désinvestissement et aux sanctions (BDS) contre Israël, sur le modèle de ce qu’a subi l’Afrique du Sud raciste naguère. Le texte appelait aussi à l’égalité pour les citoyens arabo-palestiniens d’Israël et demandait le droit au retour des réfugiés palestiniens.
Dans le monde, les progrès des partisans du BDS ont d’abord été lents mais ensuite réguliers. Assez en tout cas pour décider la Knesset d’adopter le 11 juillet 2011 une loi qui autorise les poursuites judiciaires contre ceux qui prônent le boycott économique, culturel ou académique d’Israël. La légalité du boycott vu d’ailleurs dans le monde recouvre en revanche des réalités fluctuantes (1).
Des initiatives se sont en tout cas multipliées ces derniers mois, aux Etats-Unis et en Europe. Ainsi, dans un geste spectaculaire, plusieurs importants fonds européens, néerlandais et norvégien ont tout récemment retiré leur participation dans des banques israéliennes qui financent la colonisation. En tout, une dizaine de compagnies publiques et privées ont récemment rompu leurs liens avec des firmes israéliennes impliquées dans les colonies, selon un encadré publié la semaine dernière dans le grand quotidien israélien Yediot Aharonot.
La prise de position de l’ASA, aux States, a également frappé les esprits. Il s’agit d’un influent syndicat du monde universitaire américain qui a décidé en décembre 2013 de boycotter les institutions universitaires israéliennes – mais pas les individus qui y travaillent -, provoquant un choc dans la communauté américaine des universités, même si cette décision reste très minoritaire. Le président du Congrès juif mondial, Ronald S. Lauder, a vivement réagi à cette nouvelle, estimant qu’elle démontrait «l’antisémitisme orwellien» de ses auteurs.
Le ralliement du fameux physicien britannique Stephen Hawking, en mai 2013, au boycott universitaire d’Israël, avait déjà jeté la stupeur dans ce pays: le professeur de mathématique de l’université de Cambridge avait adressé une lettre au président israélien, Shimon Peres, pour expliquer sa décision de ne pas assister de la conférence qu’il organisait en juin en Israël…

Les artistes, aussi…

La campagne BDS réunit aussi un certain nombre de personnalités du monde artistique, qui relaient le mot d’ordre de boycott dans leur domaine. Ainsi en est-il, par exemple du célèbre metteur en scène Ken Loach. Répondant aux questions du site lemuradesoreilles.org/ le 24 octobre dernier, le Britannique regrettait que l’Occident soutienne «un pays qui prétend être une démocratie, nous le soutenons à tous les niveaux, et pourtant, il est impliqué dans des crimes contre l’humanité. (…) Un boycott, c’est une tactique. Celle-ci est efficace contre Israël parce qu’Israël se présente comme un pilier culturel. Le boycott culturel le gêne donc beaucoup. Nous devrions n’être impliqués dans aucun projet soutenu par le gouvernement israélien. Les individus ne sont évidemment pas concernés, ce sont les actions de l’État israélien qu’il nous faut cibler».
Jean-Claude Lefort, ex-député communiste français et président d’honneur de l’Association France Palestine Solidarité, insiste lui sur le droit des Palestiniens à établir un Etat. «Depuis plus de 40 ans, nous dit-il, pour ne pas remonter plus loin, le droit édicté par l’ONU est bafoué, refusé, défié cyniquement par les dirigeants israéliens qui ne s’en cachent pas: ils refusent l’existence d’un Etat palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale. Dans pareil cas, la communauté internationale devrait en tirer les conclusions et agir. (…) Le boycott c’est créer un mouvement citoyen pacifique visant à faire bouger les lignes jusqu’à rendre intenable l’inaction des autorités qualifiées. C’est contraindre les dirigeants israéliens à respecter le droit. Qu’ils le fassent et cette campagne s’arrêtera aussitôt.»

Bruxelles clarifie sa position

Même l’Union européenne s’y est mise. Non pas en adoptant les consignes du BDS, loin de là, mais au moins en clarifiant ses positions par rapport aux colonies juives. Le 19 juillet 2013, Bruxelles a ainsi promulgué au grand dam du gouvernement israélien ses «lignes directrices» qui excluent, à partir de 2014, la coopération de l’UE avec Israël les institutions et entreprises israéliennes ayant des activités dans les territoires palestiniens (Cisjordanie, Jérusalem-Est, bande de Gaza) et syrien (Golan) occupés depuis 1967.
Comme beaucoup de voix critiques d’Israël, l’UE entend concentrer son effort sur les colonies, illégales aux yeux du droit international. Un avis qui satisfait un pacifiste israélien vétéran comme Uri Avnery, qui nous donnait son avis chez lui à Tel-Aviv en novembre: «Nous voulons isoler les colons par rapport au public israélien, c’est une précondition avant de les déloger d’où ils sont. Mais si on boycotte tout Israël, le grand public israélien va au contraire se ranger dans le camp des colons, c’est donc contre-productif».
Une opinion partagée par… Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, telle qu’il l’a exprimée le 10 décembre et qui lui a valu une volée de bois vert en Palestine. Omar Barghouti, l’un des principaux porte-voix du mouvement BDS lâchait ainsi en réponse: «Il n’y a pas de parti politique palestinien, syndicat, réseau d’ONG ou organisation de masse qui ne soutienne le BDS. Aussi, un responsable palestinien dépourvu de mandat démocratique et de tout soutien public réel ne peut prétendre parler au nom du peuple palestinien quand il s’agit de décider de nos stratégies ou de notre résistance au régime d’occupation, de colonisation et d’apartheid israéliens».

«L’économie israélienne en pâtira»

En Israël même, la perspective d’un boycott croissant commence à faire réfléchir. Le Premier ministre Binyamin Netanyahou va bientôt convoquer une réunion ministérielle qui y sera consacrée. Tzipi Livni, la ministre de la Justice qui est aussi en charge des négociations avec les Palestiniens, ne l’a pas attendu pour prévenir le 31 décembre: «Le boycott progresse de façon exponentielle. Ceux qui refusent de le voir vont finir par le ressentir».
Et elle n’est pas la seule responsable à tenir ce discours: en date de ce 31 janvier, cité sur le site de la Chambre de commerce France-Israël Israelvalley.com, le ministre israélien des Finances Yaïr Lapid ne prend pas non plus de gants: «Si les négociations avec les Palestiniens échouent, dit-il, et que le boycott européen intervient, même partiellement, l’économie israélienne en pâtira et tout Israélien sera directement affecté, d’un point de vue économique. S’il n’y a pas de règlement politique entre l’Autorité palestinienne et Israël, alors l’économie israélienne connaîtra une phase de récession importante, préjudiciable à tout Israélien».
L’Américain John Kerry lui-même a saisi cette balle au bond pour faire pression sur l’Etat hébreu quand il a fait une allusion à cette perspective ce week-end en Allemagne: «Les risques pour Israël sont très grands, a-t-il déclaré à propos d’une faillite possible des pourparlers de paix israélo-palestiniennes dont il est l’initiateur. Les gens parlent de boycott. Cela s’intensifiera en cas d’échec. Nous avons tous intérêt à la solution de ce conflit. »
BAUDOUIN LOOS

(1) Nous avons interrogé François Dubuisson, chargé de cours de droit international à l’ULB, sur la légalité d’un boycott d’Israël.
«Les appels au boycott des produits originaires d’Israël lancés par des associations militantes s’inscrivent dans l’exercice de la liberté d’expression et sont dès lors légales, indépendamment de l’avis que l’on peut avoir sur leur opportunité. Il existe une jurisprudence constante de la Cour européenne des droits de l’homme accordant aux ONG une protection renforcée de leur liberté d’expression, compte tenu de leur rôle essentiel dans le débat public, et les autorisant même à recourir à une certaine dose d’exagération. En Belgique, il n’y a jamais eu de poursuites à l’égard des campagnes de boycott menées par diverses associations. En Europe, seule la France fait exception puisque plusieurs militants y ont été condamnés pour « incitation à la discrimination ». Mais les juges sont divisés, plusieurs décisions ayant acquitté les personnes poursuivies, considérant que l’appel citoyen au boycott est couvert par la liberté d’expression.»

NB Une version plus courte de cet article est parue dans Le Soir du samedi 1er février 2014 sous le titre «De plus en plus d’Européens et d’Américains conscientisés», en complément d’un reportage de Serge Dumont en Israël et dans les territoires occupés.

Une conférence sur la Syrie vouée à l’échec?


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Baudouin Loos
Mis en ligne mercredi 22 janvier 2014, 7h57

Peut-on raisonnablement attendre de la conférence internationale sur la Syrie qui s’ouvre ce 22 janvier en Suisse sous l’appellation de « Genève 2 » qu’elle inaugure une ère nouvelle qui verrait les protagonistes de cet âpre conflit se diriger vers une issue pacifique ? Il serait bien malaisé de trouver un seul observateur sérieux prêt à parier quelques malheureux centimes sur cette perspective.

Tout se passe comme si l’échec de Genève 2 était déjà écrit, validé par la réalité d’une sanglante confrontation où les camps sont multiples et leurs raisons d’être variées. Face au féroce régime mafieux syrien qui tuerait la moitié de son peuple pour rester au pouvoir, l’opposition militaire paraît en effet bien morcelée, entre des rebelles nationalistes et/ou islamistes plus ou moins radicaux, des Kurdes en session sécessionniste et des djihadistes extrémistes hantés par le retour du califat…

Le régime et une partie de l’opposition exilée se retrouvent donc néanmoins à Montreux ce mercredi, avant de poursuivre en tête-à-tête à partir de vendredi à Genève. Le premier veut voir consacrer sa « lutte contre le terrorisme » qu’il dit mener depuis mars 2011 même si les premiers djihadistes firent leur apparition près d’un an plus tard. Les seconds n’imaginent pas de « gouvernement de transition », le but officiel des négociations, sans le départ irrévocable du « boucher de Damas ». On voit mal où gisent les termes d’un possible compromis entre de tels ennemis. Même leurs puissants parrains respectifs n’arriveraient pas à les convaincre…

De manière habile autant que perverse, le régime a réussi l’impossible : faire accroire à une bonne partie de la communauté internationale que ce conflit met aux prises un Etat laïque civilisé et des fous d’Allah coupeurs de tête. Alors que c’est lui, par ses méthodes qui consistent à terrifier par des bombardements massifs les populations rebellées, qui porte la plus lourde des responsabilités. Sauf que les atermoiements de l’Occident, tétanisé par le danger djihadiste, ont aussi rendu ce danger possible et maintenant concret.

Alors, pour que Genève 2 ne soit pas une occasion totalement gâchée, il conviendrait que des mesures d’aides humanitaires y soient adoptées d’urgence. Car ce sont les civils qui souffrent et dans d’effrayantes proportions. Ouverture de couloirs humanitaires, libération des prisonniers, fin de la torture, levée des sièges de villes ou quartiers qui affament : la liste, longue et non exhaustive, doit servir à sauver des vies, là où elles s’éteignent par centaines chaque jour dans d’indicibles souffrances.

 

Avec ces Israéliens qui défendent les Palestiniens


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En territoire occupé, surtout en « zone C » sous contrôle israélien exclusif, la vie des Palestiniens ressemble à un calvaire. Une poignée d’Israéliens se mobilisent et montrent leur solidarité. Reportage dans le sud de la Cisjordanie.

Sept heures du matin : le rendez-vous était bien matinal ce samedi 2 novembre sur le parking d’un parc public à Jérusalem-Ouest. Un à un, Maria, Tamar, Danny et les autres membres de l’organisation « Taayoush » (Vivre ensemble, en arabe) inscrits pour la journée s’y retrouvent pour d’abord écouter les consignes d’Amiel, le quinquagénaire qui mène la petite troupe.

« Comme d’habitude, explique-t-il, nous irons dans les collines au sud de Hébron et nous irons soutenir les villageois palestiniens en butte au harcèlement des colons. Attention, il faudra jouer au chat et à la souris avec l’armée et la police israéliennes qui peuvent nous arrêter, et faire gaffe aux colons les plus agressifs ; vous serez peut-être amenés à devoir courir pour leur échapper. »

La douzaine de personnes, des Israéliens juifs entre 30 et 60 ans équitablement répartis entre les deux sexes, montent dans un minibus et un 4×4, deux véhicules tout sauf neufs. Direction le sud. Le petit convoi entre rapidement en Cisjordanie occupée, longe Bethléem à gauche, prend à un arrêt de bus deux activistes internationaux, une Américaine de 60 ans et un Français de 21 ans. Une bonne heure de route nous attend.

Dès que les véhicules dépassent Hébron, des jeeps de l’armée israélienne se mettent à nous suivre. Le premier arrêt se situe à proximité de la ville palestinienne de Yatta. Dans une immense oliveraie, une vingtaine de Palestiniens, hommes et femmes, ont commencé la cueillette des olives. Les membres de Taayoush se joignent à eux. Souvent, des colons extrémistes des environs viennent perturber le travail. Aujourd’hui, peut-être grâce à la présence d’Israéliens solidaires, le calme règne.

Zone militaire fermée

Moins d’une heure plus tard – il doit être 9 h 30 – notre groupe d’activistes repart, la journée est encore longue. Des nuages obscurcissent l’horizon. A peu de distance, nous arrivons sur les terres du village d’Umm el-Arais, à proximité de Mitzpeh Yair, un « avant-poste », à savoir une colonie juive illégale même au regard du droit israélien (1). Nous empruntons la petite route qui y mène quand un colon, environ 40 ans, lunettes, longue barbe, grosse kippa sur ses cheveux longs, nous barre la route. « C’est Avidal, lâche Amiel, un laïc devenu extrémiste religieux. »

Impossible de passer, des deux côtés le ravin est dissuasif. La Jeep militaire israélienne arrive assez vite, et un sous-officier en sort pour brandir un ordre écrit : « Le coin vient d’être déclaré zone militaire fermée, personne ne peut s’y trouver, veuillez dégager », dit-il poliment, en se gardant bien de signifier l’ordre au colon.

Après une longue marche arrière, il est décidé de passer à travers les collines, mais à pied. Le groupe arrive à destination en quinze bonnes minutes : au bas de la colline où Mitzpeh Yair a été bâti (des caravanes et quelques maisons amovibles de bois) se dressent une douzaine de serres en toile érigées par les colons sur des terres palestiniennes et dont la Cour suprême israélienne a exigé le démantèlement avant le 31 octobre. Elles sont toujours bien là.

Les deux propriétaires palestiniens, des familles Awad et Jabarin, sont arrivés sur les lieux avec des amis, des femmes et une dizaine d’enfants. Quelques colons leur font face, protégés par une vingtaine de soldats, l’arme en bandoulière. Le ton monte rapidement, une bousculade s’ensuit et les deux chefs de famille sont emmenés manu militari, menottes au poignet.

Tamar, du groupe de Taayoush, n’y tient plus : elle se met à haranguer les soldats de toutes ses forces. Ils ont presque tous moins de 20 ans. « C’est plus fort qu’elle, nous dit Amiel, elle ne peut s’empêcher de leur faire la morale, de leur dire qu’ils protègent ceux qui violent le droit international et même israélien ». Son speech passionné dure bien un quart d’heure. « D’habitude, j’arrête après quelques phrases, nous confiera-t-elle ensuite. Mais ici, j’ai observé que quelques-uns de ces jeunes soldats m’écoutaient, alors j’ai continué ! »

Maggy, la militante américaine de Bethléem, se montre audacieuse : elle franchit un barbelé et va brièvement parler à un groupe de colons. « J’ai voulu leur dire leurs torts, raconte-t-elle, mais ils m’ont répliqué que Dieu leur avait donné cette terre ; qu’est-ce qu’on peut répondre à cet argument ? »

Au total, le face-à-face durera plus d’une heure et nécessitera que les soldats israéliens se précipitent pour empêcher que plusieurs colons ne sortent du périmètre des serres pour narguer les familles palestiniennes. Amiel, de son côté, s’est isolé plus loin. Il tente de trouver par téléphone un avocat pour les deux Palestiniens arrêtés.

Quand un officier de la police israélienne surgit, la scène prend fin. « Son nom est Gilad Scheuer, on le connaît, nous souffle-t-on. Pas moyen de discuter avec lui. » Et de fait, très remonté, l’homme au crane rasé sous sa casquette bleu marine intime l’ordre aux Palestiniens et aux activistes israéliens de s’en aller, et les soldats l’aident à nous faire obtempérer.

Scène dérisoire

A bord des deux véhicules, nous nous rendons à Umm el-Kheir, un village bédouin créé en 1948 après l’expulsion de plusieurs familles bédouines du côté de Beer Sheva, dans le Néguev. Là, la colonie juive dite Carmel étouffe la petite communauté locale. « Ils veulent nous empêcher d’aller faire boire nos chèvres à la source sur ces terres que nous avons achetées légalement, explique Mouatassem, un jeune d’une quinzaine d’années dans un anglais fort compréhensible. La colonie veut s’étendre plus encore, alors qu’elle empiète déjà sur nos terres. »

Les soldats israéliens présents à Mitzpeh Yair arrivent sur la scène : le père de Mouatassem, qui possède le troupeau de chèvres, se lance dans un laïus énervé, ponctué de « Allah Akbar ! » (Dieu est grand). Avec sa barbe grise, ses cheveux blancs perdus dans un énorme keffieh, ses vêtements en lambeaux et son bras droit qui brandit un bâton en l’air, il semble avoir perdu la raison. Les soldats en rient et le prennent en photo. La scène est dérisoire.

Après quelques minutes de discussions avec les Bédouins, le groupe repart. Pour une expérience qui se révélera peu banale. Quelques kilomètres plus loin, nous arrivons à A-Tawni, un village très pauvre accroché à flanc de colline. Cinquante maisons, tout au plus. Un lunch composé de shawarmas, sorte de sandwich à la viande et aux légumes, permet de reprendre de l’énergie. Le soleil, à présent, a vaincu les nuages. Les collines de Cisjordanie offrent au regard un spectacle magique.

Enfants caillassés

Nous continuons à pied, en compagnie de deux volontaires italiennes, qui résident sur place depuis quelques semaines. « Nous aidons les enfants du village, explique Teresa, 27 ans. Pour aller à l’école la plus proche, ils doivent prendre ce chemin, qui passe à côté d’un avant-poste illégal, Havat-Maon, où les colons leur lancent des pierres tous les matins. »

La quinzaine de personnes de l’équipée empruntent donc ce chemin cahoteux. Il y a environ une demi-heure de marche jusqu’à l’école. Pas d’enfants avec nous, c’est samedi. « Le harcèlement des enfants a lieu depuis une dizaine d’années, explique Amiel. Un comité de la Knesset a ordonné en 2007 que l’armée les escorte à chaque trajet, ce qu’elle fait sans enthousiasme : parfois elle vient, parfois pas. Il est arrivé que les soldats doivent faire entrer la quinzaine d’enfants dans la Jeep car malgré leur présence des colons déchaînés les caillassaient ! »

Nous arrivons à proximité de Havat-Maon, juché sur le sommet de la colline. En contrebas, au loin, une oliveraie fait pitié avec la moitié de ses arbres coupés, résultat d’une action rageuse des colons contre les paysans palestiniens. Soudain, à travers les arbres sur la colline qui domine, des silhouettes apparaissent, furtives, en courant. Ce sont quelques jeunes colons, tous masqués. Ils sont cinq ou six. Les membres de Taayoush branchent leurs caméras. Soudain, l’un d’eux s’écrie : « Attention aux pierres ! ». Et de fait, les pierres commencent à tomber près de notre groupe, qui n’a d’autre solution que de battre en retraite.

Un kilomètre plus tard, nous sommes en sécurité. Assis un peu groggy, le groupe reprend son souffle. Personne n’a été touché. Un peu d’eau est bienvenue. Quelqu’un tente de plaisanter mais sans succès. Amiel annonce qu’il va porter plainte contre les lanceurs de pierres, puis ajoute : « Aucune chance d’aboutir à une inculpation ». Nous rejoignons bientôt nos véhicules. Le soleil va bientôt commencer à se coucher.

Sur le chemin du retour, deux questions nous taraudent. Comment se fait-il que si peu d’Israéliens participent, comme cette admirable ONG Taayoush, à des actions de solidarité avec les Palestiniens harcelés ? Et, surtout, comment peut-on lancer des pierres tous les matins sur des enfants ? BAUDOUIN LOOS

NB Cet article fait partie d’un reportage qui a été publié sur trois pages dans le journal Le Soir des jeudi 7 et vendredi 8 novembre.

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