Le Conflit au Congo La Vérité Dévoilée


Mise en ligne le 4 juil. 2011
Le Conflit au Congo : La Vérité Dévoilée explore le rôle joué par les Etats-Unis et leurs alliés rwandais et ougandais dans le déclenchement de la plus grande crise humanitaire à l’aube du 21ème siècle. Ce film est la version écourtée d’un long métrage qui sortira prochainement. Il replace le Congo dans un contexte historique, social et politique. Le film dévoile des analyses et prescriptions inaccessibles au grand public formulées par d’éminents experts, praticiens, militants et intellectuels. Ce film est un appel à la conscience et à l’action.

Des millions de congolais ont perdu la vie dans un conflit que les Etats-Unis décrivent comme le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre Mondiale. Les alliés des Etats-Unis, le Rwanda et l’Ouganda ont envahi le Congo (ex-Zaïre) en 1996, puis en 1998, provoquant ainsi la mort de millions de personnes, ainsi que des violences sexuelles et des viols systématiques et un pillage généralisé des spectaculaires ressources naturelles du Congo.

Le conflit actuel, les faibles institutions, la dépendance et l’appauvrissement du Congo sont le produit de plus de 125 années d’une tragique expérience d’esclavage, de travail forcé, de colonialisme, d’assassinats, de dictatures, de guerres, d’interventions étrangères et de pouvoir corrompu. Les analystes interviewés s’interrogent sur le rôle des politiques des compagnies privées américaines et du gouvernement américain, qui soutiennent des hommes forts et favorisent le profit au détriment du peuple, dans l’exacerbation de cette tragique instabilité en plein cœur de l’Afrique.

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Quand Jaurès parlait des « fanatiques de l’Islam »


Précision importante : le texte qui suit prend la forme d’une intervention de Jaurès à la Chambre des députés. Elle compile en réalité deux interventions différentes (l’une de 1908, l’autre de 1912) et quelques phrases extraites d’un discours de 1905 (à Limoges) et d’un article de 1912 (dans l’Humanité). Mais tous les propos que Jaurès y tient (1) sont bien de Jaurès !

JAURÈS : Messieurs,

Il paraît que les habitants des colonies sont une sorte de bétail innombrable et inférieur que les races blanches peuvent exploiter, décimer, asservir. Voilà un préjugé barbare, un préjugé d’ignorance, de sauvagerie et de rapine. Ces peuples sont composés d’hommes et cela devrait suffire ; mais ils sont composés d’hommes qui pensent, qui travaillent, qui échangent et qui ne sont pas résignés à subir indéfiniment les violences d’une Europe qui abusait de leur apparente faiblesse.

Aujourd’hui c’est d’Afrique, du Congo, du Maroc, que chaque jour nous arrivent des récits accablants sur les actions de nos soldats devenus de véritables mercenaires incontrôlés : assassinats sadiques, incendies de villages, pillages permanents, violations de sépultures…

 

Légende de ce dessin de 1911 : « La France va pouvoir porter librement au Maroc la civilisation, la richesse et la paix. » ! Légende de ce dessin de 1911 : « La France va pouvoir porter librement au Maroc la civilisation, la richesse et la paix. » !

VOIX : Monsieur Jaurès, en tant que Président de la Chambre, je dois vous le rappeler : Il n’est pas de soldat plus généreux et plus humain que le soldat français.

JAURÈS : Rassurez-vous, je ne l’ignore pas plus que Monsieur le Président du Conseil (nde : Clemenceau), qui écrivait il n’y a pas si longtemps, en parlant de la Chine : « On a tué, massacré, violé, pillé tout à l’aise, dans un pays sans défense ; l’histoire de cette frénésie de meurtres et de rapines ne sera jamais connue, les Européens ayant trop de motifs pour faire le silence »

VOIX : Mais qu’est-ce que cela à a voir avec l’Afrique ?

JAURÈS : Il faut en tout cas espérer, Messieurs, que nos soldats s’attellent chaque jour, par leurs manières hautement généreuses, lorsqu’ils pacifient les populations africaines, à corriger ce que votre maître Tocqueville disait en 1847 : « Nous avons rendu la société musulmane beaucoup plus misérable, plus désordonnée, plus ignorante et plus barbare qu’elle ne l’était avant de nous connaître. »

VOIX : Ces Africains sont des fanatiques !

JAURÈS : Des fanatiques ?

Alors là, messieurs, je ne comprends pas : quand un Français vous dit qu’il serait prêt à défendre, jusqu’à la dernière goutte de son sang, l’intégrité de son pays, vous le félicitez. Vous affirmez même que des hommes qui ne voudraient pas mourir pour leur pays seraient les derniers des lâches !

Mais quand ces hommes sont des Africains qui voient venir ce qui pour nous est la France, mais ce qui pour eux est l’étranger, qui voient venir des hommes en armes et des obus pleuvoir ; quand eux se défendent et défendent leur pays, vous les déshonorez du nom de fanatiques !

Ces hommes que vous insultez, messieurs, sont seulement aussi patriotes que vous. Et aussi attachés que vous à défendre leur pays et leur civilisation.

(Brouhaha fort)

JAURÈS : Une fois de plus, c’est le préjugé d’ignorance qui vous mène.
C’est à vous, à la France, à toute la France pensante, qu’il faudrait enseigner ce qu’est cette civilisation arabe que vous ignorez et méprisez, ce qu’est cette admirable et ancienne civilisation. À laquelle les pays européens, je dis bien les pays européens, viennent montrer le visage hideux de l’invasion et de la répression.
…

Ce monde musulman que vous méconnaissez tant, messieurs, depuis quelques décennies prend conscience de son unité et de sa dignité. Deux mouvements, deux tendances inverses s’y trouvent : il y a les fanatiques, oui, il y a des fanatiques, qui veulent en finir par la crainte, le fer et le feu avec la civilisation européenne et chrétienne,

VOIX : Vous voyez bien que ce sont des sauvages !

JAURÈS : Alors, monsieur, précisez-le : des sauvages qui veulent porter le fer et le feu contre une civilisation sauvage qui est venue à eux, qui est venue contre eux en portant le fer et le feu…

(Brouhaha très fort)

JAURÈS : … il y a des fanatiques, mais il y a les hommes modernes, les hommes nouveaux… Il y a toute une élite qui dit : l’Islam ne se sauvera qu’en se renouvelant, qu’en interprétant son vieux livre religieux selon un esprit nouveau de liberté, de fraternité, de paix.

Et c’est à l’heure où ce mouvement se dessine que vous fournissez aux fanatiques de l’Islam l’occasion de dire : comment serait-il possible de se réconcilier avec cette Europe brutale ? Avec cette France, qui se dit de justice et de liberté, mais qui n’a contre nous d’autres gestes que les canons et les fusils ?
…

Oui, messieurs, si les violences auxquelles se livre l’Europe en Afrique achèvent d’exaspérer la fibre blessée des musulmans, si l’Islam un jour répond par un fanatisme farouche et une vaste révolte à l’universelle agression, qui pourra s’étonner ? Qui aura le droit de s’indigner ?

VOIX : Ce n’est pas servir la patrie, Monsieur Jaurès, que de nous accuser de…

JAURÈS : C’est toujours servir la patrie que d’éviter que se renouvellent les blessures qu’elle a infligées à l’humanité et au droit. Que de l’amener à se demander quelles semences de colère, de douleur et de haine elle sème là-bas et quelle triste moisson lèvera demain…

(1) : comme sont également authentiques toutes les interventions des députés.

 

Sur ce sujet, voir aussi le billet : Jaurès et le colonialisme : de l’acceptation à l’opposition

Mourad Boucif, jury des Mokhtar Awards 2014


[youtube http://youtu.be/Abcr53Cvuzc?]

L’histoire de ces hommes, en 1939, tirailleurs Marocains, arrachés et enrôlés (pour certains de force et mineurs) dans l’armée Française… Puis envoyés, dans les Ardennes, sur le front, afin de combattre les troupes Allemandes

Retrouvez notre jury au festival des Mokhtar : http://www.mokhtarawards.com/info-resa
Rencontre avec Mourad Boucif, président d’honneur du jury 2014 des Mokhtar, qui nous parle de son engagement et son dernier film en cours de production : les hommes d’argile

Le film sortira en salle à la rentrée 2015 inshAllah et nous invitons chaque personne à diffuser l’information et soutenir ce film qui retrace le parcours des soldats issus des colonies durant la seconde guerre mondiale.
Master class / conférence
Mourad Boucif donnera une master-class (conférence) sur l’engagement et le cinéma au festival des Mokhtar.

Réservez vos billets ici pour y assister (découvrez le programme  sur 2 jours des master-class dédiées au cinéma et à l’esthétique musulmane)
La Team Mokhtar,
Paris 
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La Dernière Colonie de Peuplement


Rudi Barnet

L’être humain a décidément une étrange faculté d’oubli ou d’occultation de l’information.

En Belgique, de nombreuses statues proclament la gloire de Léopold II, le « roi bâtisseur »… Qui, avec la collaboration des politiques, religieux et investisseurs divers, a laissé plus de dix millions de cadavres dans la colonie africaine qu’il a conquise et exploitée. ([1])

Apparemment, ces massacres sont dérisoires pour la plupart des habitants qui continuent d’honorer la « grande œuvre civilisatrice » du roi des Belges.

Etrange absence de conscience… Comme si l’information n’arrivait pas au cerveau.

Certains disent que cette cécité ou surdité est due au trop-plein déversé par les médias, d’autres adoptent l’attitude des trois singes de la mythologie chinoise : rien voir, rien entendre, rien dire…. Meilleur moyen de vivre sans stress, en bon consommateur!

D’autres encore disent que c’est l’idéologie ou la foi religieuse qui obstrue le passage de toute information contradictoire… Sans oublier toutes ces officines de propagande qui travaillent, souvent avec la collaboration des medias dits « officiels », à la cacher ou à la décrédibiliser,

N’en reste pas moins que, comme le dit le proverbe « Les faits sont têtus » et qu’il y a des réalités vérifiables pour qui ne se bouche pas les yeux et les oreilles.

… Comme le constat qu’Israël, bien loin d’être un projet démocratique, est bien, avec le Tibet

la dernière colonie de peuplement de l’ère moderne

 

L’Histoire de l’Humanité est jalonnée d’invasions, de massacres, de nettoyages ethniques et autres « joyeusetés » perpétrées sous les prétextes les plus divers : apporter le vrai dieu, instaurer la démocratie, imposer la civilisation à des barbares…

On ne recule devant aucune ineptie, aucune tartuferie.

C’est ainsi que les envahisseurs espagnols et portugais conquirent l’Amérique latine et décimèrent les civilisations locales. C’est ainsi que ceux venant de France, d’Angleterre ou d’Allemagne, créèrent les Etats-Unis d’Amérique et le Canada.

C’est ainsi que les conquérants européens imposèrent leur joug aux populations d’Afrique et d’Orient.

Carnages et exactions furent sans nombre : le peuple patagon fut rayé des humains, les Aborigènes asservis au rang de sous-hommes, les Amérindiens réduits à la misère, les Africains soumis au travail forcé… etc.

Partout, le colonisateur imposa son pouvoir par la force.

A y regarder d’un peu plus près, on voit cependant qu’il y a deux types distincts de colonisations, celles d’exploitation et celles de peuplement.

L’objectif de la première est essentiellement l’appropriation des richesses!

Le nombre de colonisateurs se limite alors à la nécessité de contrôle du territoire et à la soumission des indigènes.

Ce fut le cas de la plupart des colonies africaines, du Vietnam, de l’Inde…

Le projet de la seconde est bien plus vaste!

En sus de l’exploitation des ressources, elle a une motivation géostratégique et vise à établir le pouvoir permanent des colons, emprisonnant, tuant ou chassant les habitants autochtones qui refusent la domination.

Ce fut le cas, entre autres, de l’Afrique du sud et de l’Algérie… Et bien entendu celui des deux Amériques.

Cette différence de nature aura comme conséquence que la décolonisation sera parfois plus rapide et moins violente pour les colonies d’exploitation que pour celles de peuplement.

La décolonisation du Maroc et de la Tunisie, pays sans grande implantation française, comparée aux atrocités de la guerre d’Algérie – occupée par un million de colons – est un exemple manifeste des conséquences de cette différence fondamentale.

Aujourd’hui, la violence a plus ou moins cessé dans les colonies les plus anciennes et, surtout, des Etats en sont nés.

Les Amérindiens se sont soumis, idem pour la plupart des autres peuples colonisés qui ne constituent plus que des minorités sans pouvoir… Là, les colonisateurs ont vaincu!

Dans d’autres cas, la décolonisation a vu l’émergence de nations autochtones.

Même si une nouvelle forme de colonisation, celle des multinationales et des pouvoirs financiers, les maintient sous contrôle, les peuples d’Afrique ont acquis leur indépendance territoriale et politique, idem pour les Indiens, Vietnamiens…

Reste Israël.

J’entends déjà les cris d’orfraie des sionistes fanatiques (« Comment ose-t-il? Blasphème! C’est de l’antisémitisme! ») ainsi que ceux des citoyens qui amalgament religion et culture juives avec le régime politique israélien (« Israël ne peut être critiqué! C’est le pays des Justes! C’est une démocratie qui se défend! »).

Peut-on  guérir d’un lavage de cerveau atavique?

… Mais pour quiconque veut vivre les yeux et l’esprit ouverts, les similitudes avec les colonisations impérialistes sud-africaines et américaines, leurs pratiques et justifications,  sont frappantes!

Même mode opératoire, mêmes stratagèmes.

Tout d’abord, la justification!

Outre l’instrumentalisation de la tragédie de la « Shoah » ([2] ) la principale motivation de ce débarquement d’Occidentaux dans un pays peuplé d’arabes/sémites a été « C’est le pays de nos ancêtres! Nous y vivions et en avons été chassé! Nous ne faisons que récupérer ce qui est à nous! »

Il est pourtant démontré aujourd’hui que les Romains n’ont jamais chassé les juifs et que les occupants actuels, étant essentiellement les descendants d’Européens et Arabes convertis au judaïsme, n’ont pas de lien « ethnique » avec ce pays. ([3])

… Mais ce mensonge continue d’être brandi comme un étendard par les fanatiques sionistes, quand ils ne vous assènent pas « C’est Dieu qui nous a donné cette terre! »

Ensuite, les pratiques!

Si la population autochtone est inorganisée, n’a pas les moyens de s’opposer à l’envahisseur, la colonisation et ses exactions se passent dans la discrétion.

Qui connaissait, par exemple, le drame des Aborigènes d’Australie avant la fin du 20ème siècle?

… Mais quand la population tente de s’opposer par la lutte armée, c’est une toute autre affaire.

Seule la force comptera alors!

L’objectif de soumission est prioritaire.

Pour y arriver, pour instaurer la suprématie des colons, on établit des règles contraignantes et des lois spécifiques pour les autochtones.

Au cas où la résistance des indigènes perdure, des moyens de rétorsion violents seront alors utilisés pour les mater !

A l’intérieur de l’Etat israélien ces mesures contraignantes sont appliquées en permanence par le régime envers les quelques 20% de citoyens originels : tribunaux militaires pour les « Arabo-Israéliens », carte d’identité spécifique, discrimination à l’embauche, transports publics réservés aux Israéliens, « filtrage » des étudiants arabo/israéliens visant à les exclure des universités… Etc, Etc.

C’est, indéniablement, un régime d’apartheid, émule de celui qui était pratiqué en Afrique du Sud!

Pour les opposants « extérieurs » (ceux des territoires occupés depuis 1967), des moyens plus brutaux et pervers sont mis en œuvre.

Outre les impositions racistes, les Palestiniens de Cisjordanie doivent aussi faire face à d’autres répressions : humiliations (plus de 500 barrages et check-points), intimidations (contrôles armés, de nuit, dans les maisons), destruction des maisons et des récoltes, capitalisation de l’eau (70 litres/jour contre 300 litres/jour pour les Israéliens), confinement des Bédouins dans des « townships », routes interdites aux Palestiniens, « bouclage » armé et bombardements journaliers sur Gaza… Etc, Etc.

Israël est donc bien, prioritairement, une colonie de peuplement!

Toute analyse de la politique et des agissements de ce régime doit donc être abordée en tenant compte de sa véritable nature : Colonisateurs occidentaux au Moyen-Orient!

… Et une série de termes devraient être exclus du vocabulaire : « conflit », « représailles », « terroristes »… car ils ne conviennent ni aux actes ni au statut d’un peuple résistant à un colonisateur.

Il faut se rendre à l’évidence, cessez de rêvez!

Colonialistes cohérents, les différents gouvernements israéliens, tendus vers leur but ultime, n’ont jamais cherché la paix, hormis à des conditions impliquant la soumission des Palestiniens.

Les trêves, armistices, conférences ou négociations n’ont jamais été que des moyens de « faire durer », des péripéties au service de la stratégie visant à finaliser l’expansion territoriale.

Toute l’Histoire de cette région, de1948 à nos jours, met en lumière que l’impérialisme sioniste ne connaît pas de frein et qu’il faut, une fois pour toutes, admettre que ceux qui ont cru ou qui croient encore à une volonté de paix sont des idéalistes naïfs… J’en étais.

Il est illusoire d’espérer qu’Israël rende volontairement le Golan.

Illusoire aussi de croire à l’arrêt des « implantations » et à la restitution d’une partie des terres.

Le projet de « deux Etats » est un leurre de plus pour masquer le véritable objectif : Eretz Israël du Nil au Litani et du Jourdain à la Méditerranée!… En attendant d’autres expansions?

Il importe d’ailleurs peu que deux Etats existent demain.

Ce qui est essentiel c’est que le peuple palestinien vive libre, que les lois d’apartheid soient éradiquées.
Ce qui est fondamental, c’est l’arrêt de l’oppression colonialiste et que le peuple israélien  respecte et collabore loyalement avec son semblable!

Comme l’affirmait Frantz Fanon : « Les damnés de la terre, c’est nous, les colonisés, victimes de l’exploitation et du racisme » ([4])

… C’est bien  l’idéologie colonialiste d’Israël qu’il faut extirper, car on ne demande pas la restitution d’une part du butin aux « conquistadors », à ceux que Albert Einstein et Hanna Arendt appelaient, des fascistes! ([5])

Rudi Barnet

(novembre 2011)


[1] Lire « Les Fantômes du roi Léopold » de Adam Hochschild » (éditions Tallandier)

[2] Pour mémoire : Ben Gourion, fondateur de l’Etat d’Israël, déclarait 1942 : “le désastre qu’affronte le Judaïsme européen n’est pas mon affaire

[3] Lire Israël Bartal, Doyen de la Faculté de Lettres de l’Université Hébraïque de Jérusalem  (Haaretz du

6/7/2008) et  “Comment fut inventé le peuple juif“ de Shlomo Sand, Fayard Poche

[4] Lire ou relire « Les Damnés de la Terre » de Frantz Fanon (François Maspero 1966)

[5] “New York Times“ du 2/12/1948

Comment le racisme s’est fabriqué


MESKENS, JOELLE

Page 29 LeSoir

Mardi 29 novembre 2011

Exposition Le quai Branly met en lumière l’histoire des « zoos humains »

PARIS

De notre envoyée permanente

Ils furent exposés dans des foires, des cirques, des cabarets, des expos universelles. Parce qu’ils étaient affligés de handicaps, de maladies rares ou, plus tard, parce qu’ils venaient simplement de contrées inconnues dont l’Occident était alors curieux. Le musée du quai Branly rend hommage à tous ces « sauvages » venus de gré ou de force d’Afrique, d’Asie, d’Océanie ou d’Amérique et qui firent l’attraction pendant cinq siècles. Des dizaines de milliers d’hommes et de femmes qui furent montrés à plus d’un milliard de visiteurs non pas pour ce qu’ils faisaient mais pour ce qu’ils étaient censés être : des individus différents, anormaux et inférieurs.

L’invention du sauvage, qui se tient à Paris jusqu’au mois de juin, est une expo à ne manquer sous aucun prétexte. D’abord, parce que les six cents pièces qu’elle rassemble (affiches, cartes postales, tableaux, sculptures, documents audio-visuels) offrent un témoignage inédit sur ces épouvantables « zoos humains ». Qui sait encore que le cirque Barnum s’en était fait une spécialité ? Qu’à Paris, les Folies Bergère ou le Cirque d’hiver se vantaient d’organiser les meilleures exhibitions ? Mais l’expo vaut aussi la visite parce qu’elle offre une réflexion sur la société d’aujourd’hui en l’interrogeant sur l’altérité. Nous sommes tous le « sauvage » de quelqu’un, comme nous le rappellent les miroirs déformants judicieusement installés tout au long du parcours…

« L’invention du sauvage commence déjà avec Christophe Colomb, quand il découvre le nouveau monde et ramène six Indiens qu’il présente à la cour d’Espagne, explique Nanette Snoep, l’une des commissaires scientifiques de l’exposition. Mais cette forme d’exhibition humaine culmine au XIXe et au début du XXe siècle, en pleine époque coloniale. Elle devient alors un phénomène de masse, notamment en Europe. »

L’exposition vise à rendre hommage à ces hommes et ces femmes soudain sortis de l’anonymat. Comme la fameuse « Vénus hottentote » qui fut exhibée à Londres et Paris de 1810 à 1815. Originaire d’Afrique du Sud, Saartje Baartman, véritable phénomène de foire, suscitait la curiosité par son anatomie « au postérieur exubérant ». Elle servit de démonstration au discours scientifique ambiant sur la différenciation des races et, bien sûr, sur la supériorité de l’une d’entre elles sur les autres. En plein débat sur les théories de l’évolution, ces « sauvages » étaient présentés comme « le chaînon manquant entre l’homme et le singe ». Car les stéréotypes ne sont pas nés de l’ignorance. Ils ont au contraire été fabriqués, légitimés par ceux qui prétendaient détenir la connaissance…

L’histoire est évidemment au cœur de la démarche. C’est seulement en s’interrogeant sur le passé que nos sociétés peuvent comprendre comment s’est forgé le racisme et mieux le combattre. Mais en nous interpellant sur l’origine de la norme, l’expo du quai Branly nous invite aussi à réfléchir sur les rapports hommes-femmes, sur les handicapés, ou sur l’homosexualité. Sur tout ce qui fait que des individus sont parfois perçus comme des êtres différents. Comme le dit l’artiste vidéaste Vincent Elka dont une œuvre originale clôt l’exposition, les parias ont changé, mais ils restent rejetés comme des monstres de foire…

P. 30 l’interview de Lilian thuram, commissaire de l’expo

« Le racisme est une fabrication intellectuelle que l’on peut déconstruire par la connaissance du passé.

« Le racisme est

une fabrication intellectuelle que l’on peut déconstruire

par la connaissance du passé. »

Lilian Thuram, P. 30

Jusqu’à l’expo 58

Les exhibitions humaines ont eu lieu partout en Occident. New York, Londres, Paris mais aussi Bruxelles se vantaient aux XIXe et au XXe siècles d’organiser pareils spectacles. C’est même en Belgique que le dernier événement du genre s’est produit. « A l’Expo universelle de 1958, des figurants avaient été engagés pour animer un village congolais », rappelle Nanette Snoep, commissaire de l’expo. Mais le malaise avait grandi auprès des acteurs, des visiteurs et des journalistes. Il était devenu tel que le village avait fini par être fermé. « De tels spectacles n’étaient plus possibles. » En 1897 déjà, lors d’une autre expo universelle à Bruxelles, un « village indigène » avait été montré. Trois cents Congolais avaient été exhibés dans des huttes censées représenter leur environnement habituel. Sept d’entre eux n’avaient pas supporté le climat et en étaient morts.

Thuram : « L’histoire a laissé des traces »

Entretien

Champion du monde de foot en 1998 avec l’équipe de France, Lilian Thuram se consacre depuis à la lutte contre le racisme, notamment à travers sa fondation (www.thuram.org). Il est le commissaire général de l’expo Exhibitions – L’invention du sauvage au quai Branly, à Paris.

Pourquoi cette exposition ?

Le but est de montrer que le racisme est une fabrication intellectuelle que l’on peut déconstruire par la connaissance du passé. Pourquoi, lorsque j’étais footballeur à Turin, certains spectateurs poussaient-ils des cris de singe quand ils me voyaient sur le terrain ? Parce qu’il y a eu, dans l’histoire, des théories qui affirmaient qu’il y avait plusieurs races (alors qu’il n’y a qu’une seule espèce : l’homme !), que la race blanche était supérieure aux autres, que l’homme descendait du singe et que certains individus pouvaient avoir été le « chaînon manquant » entre les deux. Quand on ne sait pas d’où il vient, on ne peut pas lutter contre le racisme.

Rappeler l’histoire de ces zoos humains, c’est pousser l’Occident à la repentance ?

Non, il n’y a aucune approche culpabilisante dans notre démarche. Au contraire, nous avons voulu prendre de la distance, envisager cette histoire de façon dépassionnée. Je ne suis d’ailleurs pas sûr que si l’on nous disait demain que les Martiens existaient et que l’on allait exposer des petits hommes verts au Jardin d’acclimatation, nous n’irions pas. Ce que l’on a voulu montrer, c’est que cette histoire, avec les représentations infériorisantes qu’elle a véhiculées, laisse aujourd’hui des séquelles dans notre société. Tout cela n’est pas si ancien. En 1931 encore, les arrière-grands-parents de mon ami Christian Karembeu étaient exhibés parce qu’ils étaient kanaks.

Les clichés entourent d’ailleurs la notion même de « sauvage »…

Oui, cela me plaît de rappeler que le « sauvage » n’est pas toujours celui que l’on croit. Cette expo rappelle que des Alsaciens et des Bretons aussi ont été exhibés dans ces « zoos humains ».

Pour vous, on ne naît pas raciste, on le devient…

Oui, c’est le regard de la société qui crée le racisme. Le racisme est une construction culturelle. C’est le fruit d’une éducation, d’un environnement. Souvent, dans les écoles, je fais un jeu tout simple avec les enfants. Quand ils me disent qu’ils sont « blancs », je leur demande de prendre une feuille de papier et de comparer. Ils me répondent alors en rigolant qu’ils sont « beiges ». Les enfants reproduisent en fait souvent le discours que les scientifiques tenaient aux XVIIIe et XIXe s. : « les Noirs courent plus vite », les « jaunes sont bons au ping-pong », etc. La société a en fait construit des schémas de pensée. Nous devons fournir des outils pédagogiques pour les démonter. La connaissance du passé en fait partie.

L’exposition n’est pas seulement une démarche historique. Les différences continuent d’être au cœur de nos sociétés…

Oui, les clivages ethniques sont toujours présents. Quand on parle de « minorités visibles », cela veut donc dire qu’il y aurait une « majorité invisible » et que cette majorité serait blanche. Mais le clivage n’est pas qu’ethnique. Le sexisme ou le jugement sur l’orientation sexuelle sont d’autres formes de racisme. Nous devons apprendre à nous connaître pour dépasser ces clivages.