Le gouvernement Netanyahu savait que les adolescents étaient morts, alors qu’il poussait au délire raciste
Le gouvernement Netanyahu savait que les adolescents étaient morts, alors qu’il poussait au délire raciste
Max Blumenthal – The Electronic Intifada – 8 juillet 2014

Lors d’une manifestation de la droite à Jérusalem, une pancarte proclame « Que Dieu venge leur sang » et un jeune porte un autocollant déclarant « Kahane avait raison », en référence au dirigeant du mouvement violent des colons, originaire de Brooklyn. 1er juillet 2014. (Tali Mayer/ActiveStills)
« Maudit soit celui qui dira, « Venger ça » »
Chaim Bialik, « Sur le massacre »
Dès l’instant où les trois adolescents israéliens ont été portés disparus le mois dernier, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’appareil de l’armée et des renseignements du pays ont bloqué toute circulation de l’information vers le grand public. Par un mélange toxique de propagande, de subterfuge et d’incitation, ils ont enflammé une situation précaire, manipulant les Israéliens pour tenir leur agenda, jusqu’à ce qu’ils rendent un cauchemar tout à fait évitable, inévitable.
Les chefs de la police et des renseignements et Netanyahu savaient dans les heures qui suivirent l’enlèvement et le meurtre des trois jeunes qu’ils avaient été tués. Et ils savaient qui étaient les principaux suspects moins d’un jour après que l’enlèvement a été signalé.
Plutôt que de révéler ces précisions au public, l’agence des renseignements d’Israël, le Shin Bet, a donné l’ordre du silence aux médias nationaux, interdisant aux agences d’information de dire que les adolescents avaient été presque certainement tués, et de révéler également l’identité des meurtriers présumés. Le Shin Bet a même menti aux parents des adolescents enlevés, leur faisant croire que leurs fils étaient en vie.
Au lieu de monter une action limitée pour arrêter les auteurs présumés et récupérer les corps des adolescents, Netanyahu a organisé toute une campagne agressive de relations publiques, de niveau international, exigeant la compassion et l’indignation des dirigeants dans le monde, lesquels avaient, eux aussi, le sentiment que les jeunes disparus étaient toujours vivants.
En attendant, les forces armées d’Israël saccageaient toute la Cisjordanie occupée et bombardaient la bande de Gaza dans une campagne de punition collective vendue mensongèrement aux Israéliens et au monde comme une mission de sauvetage.
Des détails essentiels qui étaient connus depuis le début par l’appareil armée-renseignements et Netanyahu n’ont été relayés vers l’opinion israélienne qu’après l’enlèvement de plus de 560 Palestiniens, dont au moins 200 sont toujours détenus sans inculpation ; après des raids sur les universités palestiniennes et des mises à sac d’innombrables maisons ; après que six civils palestiniens eurent été tués par les forces israéliennes ; après que la police de l’Autorité palestinienne entraînée par les Américains eut aidé les soldats israéliens dans des attaques contre des jeunes Palestiniens dans le centre de Ramallah ; après que furent allégués des vols qu’auraient commis les troupes israéliennes pour 3 millions de dollars US ; et après que la grand-messe de relations publiques internationales d’Israël fut arrivée à son terme.
L’assaut contre la Cisjordanie a suivi de près l’effondrement des négociations sous l’égide des USA, que les USA ont reproché à Netanyahu, et est venu immédiatement après la ratification par le Hamas d’un accord d’union avec l’Autorité palestinienne contrôlée par le Fatah. Netanyahu était toujours sous le coup de la reconnaissance américaine du gouvernement d’union quand la nouvelle de l’enlèvement lui est parvenue. Ne ratant jamais une occasion d’affaiblir les Palestiniens, lui et son entourage immédiat se sont résolus à tirer de l’enlèvement une propagande du meilleur niveau possible.
Des semaines après les faits, il est maintenant clair que le gouvernement israélien, ses services de renseignements et l’armée se sont engagés dans une opération de camouflage pour assurer l’espace politique dont ils avaient besoin pour une campagne militaire qui avait très peu à voir avec le sauvetage des adolescents enlevés.
La campagne de désinformation qu’ils ont menée a conduit une population endoctrinée, entièrement militarisée, à un délire tribaliste, provoquant une vague d’incitation à un haut degré, au meurtre vengeur consternant d’un adolescent palestinien innocent et à des émeutes à travers Jérusalem-Est.
Quand le chaos finira, et jusqu’où il se propagera, nul ne le sait. Mais son origine est de plus en plus claire.
Bâillonement des médias, mensonge aux parents des adolescents
Le 12 juin, trois jeunes Israéliens juifs, Naftali Frenkel, Gilad Shaar et Eyal Yifrach, disparaissent alors qu’ils font de l’autostop en partant de Kfar Etzion, une colonie illégale en Cisjordanie occupée. A 22 h 25, Shaar lance un appel paniqué à la police israélienne.
Durant cet appel étrange qui dure deux minutes et neuf secondes, on entend les présumés ravisseurs ordonner aux jeunes de garder la tête baissée. On entend aussi Radio Israël en bruit de fond, alors que Shaar appelle à l’aide à plusieurs reprises. Puis, ce sont plusieurs coups de feu, suivis de chants de fête, alors les ravisseurs remarquent, « Nous en avons eu trois ». Les trois ont été tués.
Il faut attendre jusqu’au lendemain matin pour que la police fasse le lien entre l’appel et la plainte pour personnes disparues déposée par les parents des jeunes. Lors d’une réunion avec des responsables du Shin Bet ce jour-là, les parents des adolescents écoutent un enregistrement de l’appel téléphonique.
Bat Galim Shaar, la mère de Gilad Shaar, demande aux enquêteurs de lui expliquer les coups de feu entendus en bruit de fond, et si cela veut dire que son fils est mort.
Selon Bat Galim Shaar, la police va déclarer que les balles étaient « des balles à blanc ». Quand la voiture utilisée par les présumés ravisseurs a été découverte carbonisée sur le bord d’une route, le Shin Bet lui dit qu’aucun ADN n’avait été trouvé. En réalité, il y a des balles et du sang partout à l’intérieur de la voiture. Le Shin Bet ment aux parents des jeunes disparus afin d’entretenir le faux espoir que leurs fils sont en vie.

« Quand (le Shin Bet) me dit finalement à 6 h du matin, vendredi, que l’armée est au travail, je me sens mieux – comme si nous étions entre de bonnes mains, » a dit Bat Galim Shaar sur Channel 10 d’Israël. « J’ai été naïve, j’ai dit à tout le monde que Gilad serait à la maison avant le Shabbat. »
Après avoir trompé les parents des victimes, l’appareil armée-renseignements d’Israël a été amené à dissimuler la vérité au grand public, donnant un ordre de silence qui interdisait aux médias du pays de faire des révélations sur les coups de feu entendus dans l’appel enregistré à la police.
Selon le texte de l’ordre de silence, qui a d’abord été publié en anglais sur Mondoweiss, l’armée interdit aux journalistes israéliens de rendre publics « tous les détails de l’enquête » et « tout détail qui pourrait identifier le suspect ».
Non seulement tous ceux qui participaient à l’enquête – Netanyahu, le Shin Bet, l’armée – ont su tout de suite que les trois adolescents disparus étaient presque certainement morts, mais ils avaient aussi identifié les deux hommes qu’ils pensaient être les responsables un peu plus d’un jour après le crime.
Pour légitimer les objectifs plus vastes de l’armée, ils n’ont pas divulgué cette information.
Cacher les suspects
Le 17 juin, le site d’information de langue arabe, Rai Al Youm, rapporte que la police israélienne et les agents du Shin Bet ont investi les maisons de Marwan Qawasmeh et d’Amer Abu Eishe, les principaux suspects, près d’Hébron en Cisjordanie du sud. En tant qu’organe d’informations palestinien basé à Londres, Rai Al Youm n’était pas soumis à l’ordre de silence de l’armée israélienne et était, par conséquent, libre de publier les noms des deux personnes accusées d’être les ravisseurs.
Citant un article du site d’informations israélien Walla !, article retiré en raison de l’ordre de silence ou rendu autrement inaccessible, Rai Al Youm résume le récit du père d’Abu Eishe comme suit : « Samedi, à l’aube (deux jours après que l’enlèvement présumé eut été diffusé), les forces spéciales de l’armée israélienne ont investi la maison et interrogé les fils de la famille, tentant de trouver une information qui pourrait les guider là où il se trouvait, mais ils ont échoué ».
Le père d’Abu Eishé ajoute que le Shin Bet a aussi arrêté l’épouse de son fils pour l’interroger sur l’endroit où il pourrait se trouver. Un oncle de Qawasmeh remarque que quatre des frères de son neveu et son épouse ont été arrêtés le lendemain du présumé enlèvement, et interrogés.
Rai Al Youm ajoute : « Plusieurs des correspondants militaires des médias hébreux ont publié vendredi dernier une déclaration attribuée à un dirigeant de la sécurité palestinienne où il dit que l’AP (Autorité palestinienne) a pisté deux membres du Hamas qui avaient disparu jeudi dernier (le jour de l’enlèvement) et que les forces de sécurité de l’AP ont donné l’information qu’elles détenaient à Israël. Et maintenant, il est clair que ce récit est véridique, et qu’Israël les recherche et les accuse d’être derrière l’enlèvement. »
Allison Deger, correspondante Mondoweiss, s’est rendue à la maison de Qawasmeh et confirme que l’armée et le Shin Bet ont emmené plusieurs hommes de la famille pour interrogatoire le 14 juin.

Dans une enquête criminelle normale d’envergure, les noms des suspects en fuite sont largement diffusés. Les enquêteurs affichent, bien en évidence, les photos des criminels recherchés dans des espaces publics pendant que les responsables de la police organisent des conférences de presse pour faire appel à l’aide du public. Dans ce cas-ci, toutefois, les services de renseignements d’Israël ont fait le choix de garder les identités de leurs suspects jalousement secrètes pendant deux semaines.
Alors que Netanyahu et ses principaux adjoints accusaient l’ensemble des membres du Hamas de l’enlèvement, le Shin Bet donnait l’ordre de taire toute information liée à l’identité des suspects jusqu’au 26 juin. Aussi loin que l’opinion publique israélienne était informée, les ravisseurs auraient pu être n’importe où en Cisjordanie, dans une école ou un café, ou un poulailler, là où quiconque affilié au Hamas peut se rassembler.
Ayant manipulé une population exceptionnellement influençable grâce à une gestion méticuleuse de l’information, l’armée a obtenu toute la latitude politique dont elle avait besoin pour se déchaîner dans les villes éloignées de la scène du crime.
Durant un raid sur l’université de Birzeit, près de Ramallah, les troupes israéliennes se sont emparées de centaines de drapeaux Hamas, les emmenant par camions comme si elles avaient récupéré là une preuve d’importance. Quand l’armée a bombardé la bande de Gaza, la seule justification dont elle a eu besoin était que le territoire côtier assiégé était gouverné par le Hamas.
Un sondage publié le 2 juillet révèle que 76 % des Israéliens juifs approuvent les actions de l’armée et expriment un soutien massif à Shin Bet.
À court terme, l’ordre de silence avait produit le résultat recherché.
Un élément isolé
Bien que Qawasmeh et Abu Eishe soient largement identifiés comme d’anciens membres de la branche militaire du Hamas, ils constituent un élément isolé susceptible d’avoir agi à l’insu et contre le volonté de la direction du Hamas.
Selon le journaliste israélien Shlomi Eldar, les membres du clan Qawasmeh d’Hébron ont la réputation d’attaquer des cibles civiles israéliennes pendant les cessez-le-feu entre Hamas et Israël.
Si une grande famille de plus de 10 000 membres ne peut guère être blâmée pour les actions de quelques-uns de ses membres, il est notoire que les attaques effectuées par des combattants de la famille ont été critiquées en privé par les hauts dirigeants du Hamas, comme l’explique Eldar. La direction du Hamas considérait ces opérations comme des actes anarchiques autodestructeurs et qu’il fallait les payer souvent sous forme d’assassinats par Israël. Dans chaque cas, la violence a brisé les cessez-le-feu et inspiré de nouvelles périodes d’effusion de sang.
« Il en va de même aujourd’hui, » écrit Eldar. « Marwan Qawasmeh et Amer Abu Eishe ont placé le Hamas là où sa direction n’avait pas l’intention d’aller ».
La direction du Hamas n’a pas encore assumé la responsabilité de l’enlèvement et n’avait probablement aucune connaissance du projet. Comme le correspondant militaire de Ha’aretz, Amos Harel, le note, « Jusqu’à présent, il n’existe aucune preuve que la direction du Hamas, à Gaza ou à l’étranger, ne soit impliquée dans l’enlèvement. » Harel ajoute que les retombées de l’enlèvement « figent efficacement la réconciliation Fatah-Hamas ».
Pourquoi la direction du Hamas aurait-elle autorisé une opération qui menaçait si clairement de remettre en cause les succès politiques du mouvement, réduisant à néant l’accord d’union tant vanté et laissant Abbas sans rival en Cisjordanie ?
L’attaque-éclair de la propagande du gouvernement israélien a couvert les questions qui donnent à réfléchir comme celles-ci. Quant à l’ordre de silence, il a obstrué la circulation de l’information qui aurait compliqué la propagande.
Déterminé à recadrer le récit de la presse internationale autour de la position difficile d’Israël aux mains du terrorisme palestinien, Netanyahu est passé à l’offensive.
#BringBackOurBoys
Le 17 juin, le même jour où l’armée israélienne confisquait de force les caméras de vidéosurveillance à Beitunia, qui avaient enregistré l’assassinat par ses soldats de deux garçons palestiniens désarmés lors d’une manifestation pour la Journée de la Nakba, l’ambassadeur israélien aux Nations-Unies, Ron Prosor, se montrait derrière un pupitre à la Mission des Nations-Unies à New York.
« Cela fait cinq jours que nos garçons ont disparu, » a tonné Prosor, « et j’interroge la communauté internationale, où êtes-vous ? Où êtes-vous ?! »
Se référant au gouvernement d’union Fatah-Hamas, Prosor d’ajouter : « Tous ceux dans la communauté internationale qui se sont précipités pour bénir ce mariage devraient regarder dans les yeux les parents qui ont le cœur brisé, et avoir le courage de prendre leur responsabilité en condamnant l’enlèvement. La communauté internationale a adhéré à un mauvais accord, et Israël paie pour cela. »
À côté de Prosor, il y avait un grand panneau sur lequel étaient représentés les visages souriants des trois adolescents disparus, sous un hastag marquant #BringBackOurBoys. L’attaque-éclair propagandiste d’Israël approchait de son apogée.
Pendant des jours, les dirigeants des brigades israéliennes entraînées à la propagande en ligne – qui vont de l’unité du porte-parole de l’armée israélienne à l’Agence juive et au bureau du Premier ministre – ces dirigeants ont inondé les médias sociaux avec le hashtag #BringBackOurBoys. Copiant Michelle Obama dans sa promotion du hashtag #BringBackOurGirls qui visait à sensibiliser l’opinion sur l’enlèvement des écolières nigériennes par des militants islamiques, l’épouse renfrognée du Premier ministre israélien, Sara, a posté un portrait d’elle-même sur Facebook, tenant une carte où est écrit#BringBackOurBoys

La campagne de médias sociaux a résonné à travers les communautés juives aux USA, où les synagogues du pays ont exposé des rubans jaunes dans une démonstration de solidarité soigneusement coordonnée avec les adolescents disparus. À New York, les politiciens de la ville se sont montrés aux rassemblements pro-Israël, pendant que des diplomates américains, de l’ambassadrice US aux Nations-Unies, Samantha Power, à l’ambassadrice Susan Rice, rivalisaient tour à tour pour rendre l’hommage le plus émouvant aux adolescents enlevés.
Rachel Frenkel, la mère de Naftali Frenkel, enlevé, a été déléguée par le gouvernement israélien auprès du Comité des droits de l’homme des Nations-Unies à Genève, en Suisse, pour implorer une aide internationale afin de secourir son fils.
Toute la campagne de propagande est passée à la vitesse supérieure malgré Netanyahu et son entourage immédiat qui savaient que les adolescents étaient déjà certainement morts. Et elle a été possible grâce à l’ordre de silence du Shin Bet, que même des correspondants étrangers comme la chef du bureau du The New York Times à Jérusalem, Jodi Rudoren, a honoré. Le gouvernement israélien n’a pas voulu permettre aux faits d’interférer avec ce qui semblait être une opportunité politique.
Derrière l’image de pitié qu’elle affectait devant le monde, la société israélienne rageait de sa soif de sang. Une page Facebook créée spontanément, demandant qu’un prisonnier palestinien soit exécuté chaque jour que les adolescents resteront disparus, a recueilli plus de 35 000 « J’aime », la plupart venant de jeunes Israéliens, cela en quelques jours seulement. La page était appelée, « Le peuple d’Israël réclame vengeance ».
Manipulée par une campagne de haut niveau de tromperie et de désinformation, faisant croire que « leurs garçons » étaient toujours vivants, l’opinion israélienne n’allait pas tarder à recevoir des informations choquantes.
Sous une mince couche de terre
À 6 h du matin, le 30 juin, les corps de Frenkel, Shaar et Yifrach étaient trouvés à Halhoul, à l’entrée nord d’Hébron, en Cisjordanie occupée. Ils étaient allongés dans un trou peu profond sur un terrain appartenant à Marwan Qawasmeh, l’un des deux hommes suspectés de leur enlèvement et meurtre.
Les corps ont été découverts non pas par le Shin Bet, mais par une équipe de bénévoles de l’école agricole de Kfar Etzion qui a conduit les soldats sur place. Pour sa part, l’armée avait été trop occupée par l’invasion des maisons palestiniennes dans des régions aussi éloignées que Naplouse, pour passer efficacement au peigne fin la propriété d’un suspect à moins de 10 km du lieu de l’enlèvement.
Des heures après la découverte, les forces israéliennes ont placé des charges explosives dans les maisons familiales de Qawasmeh et Abu Eishe et les ont fait sauter. La destruction faisait suite à l’annonce que l’armée reprenait sa politique de démolitions punitives des maisons contre les familles de Palestiniens accusés de terrorisme.
Cet après-midi, Netanyahu a donné le ton pour une réponse nationale, publiant des commentaires sur son compte Twitter personnel qu’il venait juste de tenir à sa réunion de cabinet :
Le Premier ministre à la réunion de cabinet, 23 h 40, le 30 juin 2014 :
« C’est avec une grande peine que nous avons trouvé trois corps. Tout indique que ce sont les corps de nos jeunes enlevés, Eyal, Gilad et Naftali.
« Ils ont été enlevés et assassinés de sang-froid par des animaux humains. Au nom du peuple juif tout entier, je veux dire à leurs chères familles…
« Aux mères, pères, grands-mères et grands-pères, frères et sœurs – nous sommes profondément attristés, la nation tout entière pleure avec vous.
« Vengeance pour le sang d’un petit enfant, que Satan n’a pas encore créé. Aucun n’a une vengeance pour le sang pour trois jeunes purs qui étaient sur le…
« …chemin de la maison de leurs parents qui ne les reverront plus. Le Hamas est responsable et le Hamas paiera. Que les mémoires des trois garçons soient bénies. »
Les propos de Netanyahu ont laissé perplexes les gens de l’extérieur, mais chez ceux qui sont ancrés dans les limites étroites de la vie israélienne juive, ils ont eu eu une résonance familière.
De Kishinev à Jérusalem
La déclaration de Netanyahu fait allusion à la dernière strophe d’un poème de l’auteur hébreu Chaim Bialik, « Sur le massacre » :
Maudit soit celui qui dira : « Venger ça ! »
« Une telle vengeance, vengeance pour le sang d’un petit garçon,
« Que Satan lui-même n’a pas conçu
« Que ce sang transperce l’abîme !
« Que ce sang transperce les profondeurs des ténèbres,
« Laissez-le ronger les ténèbres et puis saper
« Toutes les fondations pourries de la terre ».
Dans sa poésie, une complainte brûlante ancrée dans le langage biblique, le poète Bialik adapte un pogrom de 1903 incité par le tsar russe et où un grand nombre de juifs sont morts, à Kishinev.
Bialik va donner une suite à son premier récit sur Kishinev avec « La ville du massacre », une œuvre incendiaire admonestant les victimes du pogrom pour leur passivité supposée face aux maraudeurs armés. (Les articles sur la résistance féroce des habitants ont été commodément ignorés.) Le poème a aidé à radicaliser des milliers de jeunes juifs à travers l’Europe de l’Est, inspirant la formation de comités d’autodéfense et gagnant des milliers de fidèles à la philosophie militante du sionisme. Parmi les plus influencés par Bialik, il y avait Vladimir Jabotinsky, l’activiste sioniste de droite qui deviendra plus tard un bienfaiteur politique pour le père de Netanyahu, Benzion.
Dans sa grossière appropriation de la poésie de Bialik, Benjamin Netanyahu reprend l’auteur du pogrom russe pour en faire un militant palestinien, traçant une ligne continue entre le cauchemar des juifs dans l’Europe de l’avant-guerre et le vécu israélien de nos jours. Dans l’opinion de Netanayhu, les « animaux humains » de Palestine ont hérité de l’esprit génocidaire des foules du tsar et ils répètent leurs crimes, sauf que les juifs sont prêts à se battre.
Naturellement, les juifs israéliens sont l’exact opposé des habitants des quartiers juifs (Shtetl) du début du siècle, se préparant contre les pogroms et nettoyages ethniques. Contrairement aux exclus persécutés de l’Europe de l’Est, les juifs israéliens comprennent une armée puissante, nucléarisée, qui regarde de haut une population palestinienne exclue, largement sans moyens de défense, et ce, avec le total soutien de la seule superpuissance du monde.
Pour ce qui le concerne, Netanyahu a plus en commun avec le tsar russe qui incitait contre les minorités religieuses pour détourner l’attention de ses problèmes politiques, qu’avec Bialik, le scribe itinérant qui canalisait la douleur des membres les plus faibles de sa société.
L’exploitation de la persécution historique des juifs a été une caractéristique constante de la rhétorique de Netanyahu, avec un étalage sans vergogne lors d’une allocation télévisée nationalement en octobre dernier, où il accuse le mouvement national palestinien d’avoir eu un rôle important dans l’Holocauste.
Cette fois, dans une atmosphère dangereusement tendue, sa démagogie a contribué à mettre en mouvement une vague de violences justicières qui a menacé d’engloutir l’ensemble de la société israélienne. Puis il s’est reculé de la scène publique, gardant un silence ostensible pendant plusieurs jours tandis que les éléments extrémistes qu’il avait enhardis prenaient le contrôle des rues.
« Assassinats, émeutes, incitations, autodéfense »
Alors que des foules de jeunes juifs sillonnaient le centre de Jérusalem, scandant « Mort aux Arabes ! » et cherchaient des Palestiniens pour les agresser, des soldats israéliens en service actif allaient sur Facebook pour réclamer vengeance, postaient des photos d’eux-mêmes avec les armes qu’ils brûlaient d’utiliser.
Avec un sondage de l’opinion publique israélienne réalisé après les funérailles des adolescents israéliens, montrant le parti d’extrême-droite « Foyer juif » gagnant du terrain sur le parti Likoud de droite, les parvenus politicards israéliens se sont précipités pour publier des appels à la vengeance du sang et à l’ « anéantissement » du Hamas. Ayelet Shaked, star montante du Foyer juif, a publié un appel au génocide des Palestiniens sur Facebook qui a obtenu des milliers de « j’aime » de la part des Israéliens.
Le rabbin Noam Perel, secrétaire général de Bnei Akiva, le plus important mouvement de la jeunesse sioniste religieuse, a placé la barre du fanatisme encore plus haut en appelant à transformer l’armée israélienne en une armée de vengeurs « qui ne s’arrêteront pas à 300 prépuces philistins. » L’appel d’Akiva se rapporte au premier livre de Samuel, dans lequel le personnage biblique de David tue deux cents Philistins et rapporte leurs prépuces comme preuve de ce qu’il a fait.
Sur fond d’incitation de fièvre aiguë, une petite voiture entre dans le quartier retiré de Shuafat, un quartier palestinien de Jérusalem-Est, le 2 juillet. Derrière ses vitres teintées, des jeunes hommes en colère cherchent des garçons arabes.
Après un enlèvement bâclé la veille d’un jeune de 10 ans dans ce même quartier, les hommes empoignent un jeune de 16 ans, dénommé Muhammad Abu Khudair, le jettent dans la voiture et partent à toute vitesse. Abu Khudair est retrouvé mort le lendemain matin, dans les bois de Givat Shaul, à l’ouest et tout près de Jérusalem, avec des brûlures sur 90 % du corps.

Comme il l’avait fait après l’enlèvement des trois adolescents israéliens, le Shin Bet impose le silence sur l’enquête, apparemment dans l’espoir de retarder la publication de l’information qu’Abu khudair a été la victime de l’extrémisme juif. Et comme précédemment, la police va inonder les médias israéliens avec la désinformation, cette fois en insinuant que le jeune assassiné a été tué par des membres de sa propre famille parce qu’il était homosexuel.
The Electronic Intifada a obtenu l’enregistrement de la vidéosurveillance montrant les visages des présumés tueurs d’Abu Khudair, alors qu’ils l’enlèvent. La vidéo a été cachée pendant plusieurs jours au public israélien dans le cadre d’un nouvel ordre de silence du Shin Bet. Quand la police a finalement arrêté les assassins présumés d’Abu Khudair, elle a, curieusement, organisé une conférence de presse commune avec le meurtre d’une jeune femme juive, suggérant sans aucune preuve claire, qu’elle avait été la victime d’un terroriste palestinien.
Le 4 juillet, l’autopsie révèle que les assassins d’Abu Khudair l’ont brûlé vif. Des manifestations et des émeutes se propagent depuis Shuafat à travers Jérusalem-Est et dans les régions du nord d’Israël. Pendant ce temps, les nationalistes juifs s’en vont sur Facebook organiser de nouveaux lynchages.
Netanyahu a fait surface brièvement la veille de la cérémonie du Jour de l’Indépendance au consulat US de Jérusalem. Avec l’ambassadeur US en Israël, Dan Shapiro, assis à ses côtés, le Premier ministre s’est trouvé malgré lui confronté à la frénésie de racisme qu’il avait contribué à inspirer.
S’exprimant en anglais pour être compris de ses hôtes américains, Netanyahu a déclaré, « Assassinats, émeutes, incitations, autodéfense, n’ont aucune place dans notre démocratie. Et ce sont ces valeurs démocratiques qui nous différencient de nos voisins et nous unissent avec les États-Unis. »
À l’extérieur, le chaos ne montrait aucun signe d’apaisement.
Max Blumenthal est journaliste primé et auteur à succès. Son dernier livre : « Goliath : vie et répugnance dans le Grand Israël » (2013, Nation Books).
The Electronic Intifada : http://electronicintifada.net/content/netanyahu-government-knew-teens-were-dead-it-whipped-racist-frenzy/13533
traduction : JPP pour l’AURDIP et les Amis de Jayyous
Gideon Levy : Notre misérable État juif
Par Gideon Levy dans Ha’aretz ce qu’implique un « état juif ».
Et lorsqu’une génération baigne dans cette propagande, la machine s’emballe, même Netanyaou se trouve dépassé…. Le début d’une explosion terrible !
Cette fois l’article est traduit en français
Notre misérable État juif
Maintenant nous savons : dans l’État juif il n’y a de compassion et de sentiments humains que pour les Juifs, des droits uniquement pour le Peuple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs<
Publié dans Haaretz le 06.07.14
Les jeunes de l’État juif attaquent des Palestiniens dans les rues de Jérusalem, exactement comme les jeunes chez les gentils attaquaient les Juifs dans les rues d’Europe. Les Israéliens de l’État juif se déchaînent sur les réseaux sociaux, répandant une haine et un désir de vengeance d’une ampleur diabolique sans précédent. Des inconnus de l’État juif sur une base purement ethnique. Ce sont les enfants de la génération nationaliste et raciste – la descendance de Netanyahou.
Depuis cinq ans maintenant ils n’ont entendu qu’incitations, propos alarmistes et suprématie sur les Arabes de la part du véritable instructeur de cette génération, le premier ministre Benjamin Netanyahou. Pas un mot d’humanité, de compassion ou de traitement égal.
Ils ont grandi dans le contexte de la revendication provocante de reconnaissance d’Israël comme « État juif » et ils ont tiré les conclusions qui s’imposent. Avant même la délimitation de ce que signifie « État juif » – sera-ce un État qui met les tefilin (phylactères), embrasse les mezouzot (des rouleaux de prières enfermés dans de petites boîtes métalliques ou en bois qui sont fixées aux chambranles des portes d’entrée), sanctifie des sortilèges, ferme le jour de Shabbath et observe strictement les lois de la cashrout – les masses ont compris.
La foule a d’emblée intériorisé la véritable signification : un État juif est un État dans lequel il n’y a place que pour les Juifs. Le sort des Africains est d’être envoyé au centre de détention de Holot dans le Néguev et celui des Palestiniens est d’endurer des pogromes. C’est comme ça que ça marche dans un État juif : c’est à cette seule condition qu’il peut être juif.
Dans l’État juif en cours de constitution, il n’y a même pas de place pour un Arabe qui fait de son mieux pour être un bon Arabe, comme l’écrivain Sayed Kashua. Dans un État juif, la présidente de l’Assemblée de la Knesset, Ruth Calderon (du parti Yesh Atid – inutile de préciser que c’est le « centre » de l’échiquier politique) coupe la parole au député arabe Ahmed Tibi (de la liste arabe unie Ta’al) à peine revenu, bouleversé, d’une visite à la famille de Shoafat, le jeune Arabe qui a été massacré, et le sermonne cyniquement sur le thème qu’il doit aussi faire référence aux trois jeunes Juifs massacrés (alors même qu’il venait de le faire).
Dans un État juif, la Cour Suprême autorise la démolition de la maison de la famille d’un homme suspecté de meurtre avant même qu’il ne soit condamné. Un État juif édicte des lois racistes et nationalistes.
Les media d’un État juif se complaisent sur le meurtre de trois étudiants de yeshiva et ignorent presque complètement le sort de plusieurs jeunes Palestiniens du même âge qui ont été tués par des tirs de l’armée au cours des derniers mois, généralement sans raison.
Personne n’a été puni pour ces actes – dans l’État juif il y a une loi pour les Juifs et une loi pour les Arabes, dont les vies valent peu. Pas un soupçon de respect du droit international ni des conventions internationales. Dans l’État juif, il n’y a de compassion et d’humanité que pour les Juifs, des droits pour le seul Peuple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs.
La nouvelle génération qui grandit sous sa coupe est dangereuse à la fois pour elle-même et pour ce qui l’entoure. Netanyahou est son ministre de l’éducation ; les media militaristes et nationalistes font office de poème pédagogique ; le système d’éducation qui l’emmène à Auschwitz et à Hébron lui sert de guide.
Le sabra (natif d’Israël) d’aujourd’hui est une espèce nouvelle, piquante dehors comme dedans. Il n’a jamais rencontré son homologue palestinien mais il sait tout de lui – le sabra sait qu’il est un animal sauvage, qu’il a seulement l’intention de le tuer, qu’il est un monstre, un terroriste.
Il sait qu’Israël n’a pas de partenaire pour la paix, puisque c’est ce qu’il a entendu un nombre incalculable de fois de la part de Netanyahou, du ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman et du ministre de l’Économie, Naftali Bennett. De la bouche de Yair Lapid il a entendu qu’il y a des « Zoabis » – en référence condescendante à la députée de la Knesset Haneen Zoabi (du parti Balad).
Etre de gauche ou désireux de justice dans l’État juif est considéré comme un délit, la société civile est tenue pour tricheuse, la vraie démocratie pour diabolique. Dans un État juif – dont rêvent non seulement la droite mais le supposé centre gauche incluant Tzipi Livni et Lapid – la démocratie est floue.
Le principal problème de l’État juif ce ne sont pas les skinheads mais les embobineurs moralisateurs, les voyous, l’extrême droite et les colons. Non pas les marginaux mais le courant principal qui est en partie nationaliste et en partie indifférent.
Dans l’État juif, il ne reste rien de l’injonction biblique selon laquelle il faut être juste avec la minorité ou avec l’étranger. Il n’y a plus de ces Juifs qui ont manifesté avec Martin Luther King ou fait de la prison avec Nelson Mandela. L’État juif, qu’Israël veut absolument faire reconnaître par les Palestiniens, doit d’abord se reconnaître lui-même. Au terme de la journée, après une semaine terrible, il semble qu’un État juif ce soit un État raciste, nationaliste, conçu uniquement pour les Juifs
.
source : Juif autrement sur fb Serge Grossvak
original anglais de ha’aretz
Ma sortie du placard sur internet
Cela fait 48 heures que mon Facebook est inondé de messages populistes, racistes, haineux et violents. Je dis quarante-huit heures pour fermer l’œil sur le reste de l’année. J’en ai marre.
J’en ai marre de lire qu’il faut raser Gaza au sol. J’en ai marre de lire que ce sont tous des animaux.
Marre de lire, post après post, que « voilà les gens à qui on à faire, et le monde nous demande de faire la paix? »; marre de voir encore et encore la citation de Golda Meir qui dit que la paix arrivera quand les Arabes aimeront leurs enfants plus qu’ils ne détestent les nôtres. Parce que clairement, ceux d’entre nous qui n’arrêtent pas d’écrire qu’ « un bon Arabe est un Arabe mort » dégoulinent d’amour envers leurs enfants.
J’en ai marre de lire toute la panoplie de commentaires simplistes et victimaires, à commencer par l’omniprésente déclaration que nos trois adolescents ont été tués seulement parce que juifs. Non bordel, non.
Ils ont été tués parce qu’ils se sont retrouvés, victimes innocentes, piégés dans un conflit long et complexe où les deux parties impliquées ne voient que l’ennemi à éliminer derrière un miroir qui ne leur montre que leur propre (et unique) humanité : un conflit où nous, tout comme eux, nous pensons être les seuls êtres humains dignes de ce nom, alors que les autres ce sont les « animaux ».
Oui, il y en a qui détestent les Juifs chez eux et ils sont peut-être même la majorité; mais ce n’est pas seulement pour cette raison que ces trois garçons ont été assassinés. Et soit dit en passant, ce n’est pas un droit que de faire du stop, à 16 ans, dans des territoires où la haine et le conflit transpirent à tout coin de rue; j’en ai marre de lire aussi que c’est chez nous, et que nous avons donc bien le droit d’y faire ce que nous voulons.
J’en ai marre de voir que nous sommes devenus des partisans d’un match de foot de bas étage. Que tout ce qui compte est de battre (dans tous les sens du terme) l’adversaire, car nous appartenons à l’équipe des bons, eux celle des mauvais. Des méchants. Des barbares. Des extrémistes. Eux, ce sont ceux qui distribuent des bonbons et veulent danser sur nos tombes. Eux. Tous. Un peuple (quand on veut bien leur accorder le statut de peuple, car nous n’arrêtons pas de dire qu’ils se sont inventés rien que pour nous emmerder), tout entier, de bétail ayant pris une apparence humaine.
Mais les humains, je n’arrête pas de le lire, les humains c’est nous. Nous! Nous qui demandons à ce que l’armée en détruise encore et encore des maisons palestiniennes, et qui regardons à la télé le feu démembrer leurs appartements comme autrefois on regardait les flammes engloutir les sorcières.
Nous prétendons être les seuls porteurs d’humanité alors même que l’on déclare, fiers de notre Judéité qui selon nos sages se résume dans l’amour du prochain, que nous sommes tellement meilleurs qu’eux. Car le racisme, quand il vient de nous, est tout à fait humain.
Que ce soit clair, j’aime Israël et le fait même que je doive le spécifier est symptomatique du mal qui nous ronge: si l’on critique, c’est que nous ne sommes rien de plus que des « self-hating Jews », des juifs honteux. J’en ai marre de ça aussi. De la peur de m’exprimer sur cette toile imbibée de préjugés, où supporter Israël signifie se taire sur ses défauts, ses problèmes, ses injustices, ses crimes.
On traite Israël comme on commente la Torah : si quelque chose dans nos Textes n’a pas de sens ou n’est pas juste, il faut partir du présupposé que c’est un fait exprès pour nous révéler quelque message. Car la Torah est juste par définition. De la même manière, même lorsque l’on est confronté à des comportements ou des choix qui sont clairement injustes ou illégaux de la part d’Israël, il faut leur trouver une justification car par nature, Israël a toujours raison et n’agit que pour le bien. Mais Israël c’est nous, et clairement, nous n’avons pas toujours raison.
J’ai pendant longtemps fait partie de ce type de supporteurs d’Israël. Je ne voulais pas m’avouer que parfois Israël aussi se trompe, et que les Juifs aussi savent être racistes, violents et injustes. En fait, je ne voulais pas voir ce que la plupart des Juifs s’attribuent, tout en le niant aux autres: notre humanité. Mais l’humanité, c’est ce qui nous rend faillibles, pas ce qui nous rend parfaits.
Nous naissons tous avec la même prédisposition au bien et au mal; ainsi, les Juifs et les Arabes naissent avec les mêmes instincts, les mêmes besoins et plus tard, les mêmes envies. Les conditions dans lesquelles on évolue sont celles qui déterminent, en grande partie, l’adulte que l’on devient. Et même si chacun a la responsabilité de ses actions, il faut aussi essayer de comprendre le contexte qui nous amène à devenir ce que nous sommes. Cela vaut pour les Palestiniens, les Juifs, et tous les autres.
Nous ne faisons que demander que l’on comprenne notre souffrance, mais nous n’arrivons même pas à voir (encore moins comprendre) celle des autres. Elle existe, et elle n’a pas moins de valeur que la nôtre.
C’est un conflit sale et complexe, ce n’est pas un match de foot. Il est temps de descendre des tribunes et de regarder de plus près « le camp adverse ». Et puis, de nous regarder dans la glace et de nous rendre compte que nous avons bien plus en commun avec eux qu’on ne voulait bien le croire pendant que l’on hurlait, avec tapage, des chants de stade.
Voilà c’est fait. C’est dit, et maintenant je suis prête à me faire traiter de sale gauchiste, de pacifiste utopique, d’ignorante qui n’a rien compris au conflit, et plus si affinité. C’est parce que j’ai eu peur de ce genre de commentaires que je n’ai pas osé m’exprimer sur Facebook jusque maintenant. Mais ça y est, cette première entrée de mon blog représente ma sortie du placard : je suis une juive israélienne, et je ne demande pas vengeance.
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Les heurts s’étendent aux villes arabes de 48 après la mort d’un Palestinien « brûlé vif »

samedi 5 juillet 2014, par
Les troubles se sont étendus samedi à la communauté arabe de 48 après la mort d’un adolescent palestinien, brûlé vif apparemment en représailles au meurtre de trois jeunes Israéliens (colons réservistes, ndlr) , selon des responsables palestiniens.
Dans le même temps, les tirs de roquettes de la bande de Gaza contre le sud d’Israël n’ont pas discontinué, laissant craindre une escalade du conflit avec le Hamas qui contrôle l’enclave palestinienne. Pour la première fois, les heurts entre manifestants en colère et policiers ont gagné des localités arabes du centre et du nord-est d’Israël, dans une région appelée le « Triangle » arabe, notamment à Taybeh, Tira et Qalansawe, selon des témoins. Les manifestants, qui protestaient contre la mort du Palestinien, lançaient des pierres contre les forces de police, placées en état d’alerte, qui les dispersaient à coups de gaz lacrymogènes, a-t-on ajouté. Vingt-cinq Arabes de 48 ont été arrêtés et un officier de police blessé, a précisé la police. En soirée, des affrontements sporadiques ont touché Nazareth, haut lieu chrétien et principale ville arabe d’Israël, Arara et la région d’Oum al-Fahm, selon la police.
Au nombre de 1,4 million de personnes, la minorité arabe de 48 représente 20% de la population en Israël. En butte à des discriminations, notamment en matière d’emploi, elle descend des 160.000 Palestiniens restés sur leur terre après la création de l’Etat d’Israël en 1948.
La police israélienne fait aussi face à des manifestations de colère quotidiennes à Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, depuis la découverte du corps de l’adolescent palestinien mercredi dans la partie occidentale de la ville.
Mohammad Abou Khdeir, 16 ans, a été kidnappé mardi soir dans le quartier de Chouafat à Jérusalem-Est. Son cadavre -entièrement brûlé selon l’avocat de la famille- a été retrouvé près d’une forêt. Selon des responsables et les médias palestiniens, il a été enlevé et tué par des juifs extrémistes en représailles au rapt et au meurtre de trois étudiants israéliens (colons réservistes, ndlr) dans la région d’Hébron en Cisjordanie occupée, attribués par Israël au Hamas qui dément.
La police israélienne a dit « explorer toutes les hypothèses » sans pouvoir déterminer le motif du meurtre du Palestinien pour le moment. Les rapports préliminaires d’autopsie palestiniens, cités par l’agence palestinienne Maan, ont indiqué la présence de fumée dans les poumons du Palestinien, signifiant qu’il était encore en vie lorsque son corps a été brûlé. Le garçon a également été blessé à la tête, mais ce n’est pas la cause de la mort, a précisé le procureur général Mohammad Al-Ouweiwi. « Les brûlures qui couvraient 90% du corps et leurs complications sont la cause directe de son décès ».
Selon le ministre palestinien chargé de Jérusalem, Adnane al-Husseini, « le meurtre a été marqué par une opération de défiguration d’un enfant ». Les funérailles de l’adolescent palestinien se sont déroulées en présence de milliers de personnes à Chouafat, le quartier de la famille. La police a arrêté son cousin Tareq Abou Khdeir, âgé de 15 ans et citoyen américain. Il a été interpellé à Chouafat jeudi après avoir été battu par la police et comparaîtra devant un tribunal de Jérusalem dimanche, selon ses parents. Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre des hommes cagoulés, visiblement des policiers, tabasser violemment une personne menottée, à demi inconsciente. La porte-parole de la police, Louba Samri, n’a pu confirmer s’il s’agissait de Tareq Abou Khdeir, mais a précisé que ce dernier faisait partie d’un groupe de six Palestiniens arrêtés jeudi. Il était, selon elle, armé d’une fronde et a attaqué la police.
Dans la bande de Gaza, une vingtaine de projectiles ont été tirés vers des régions frontalières du sud d’Israël, dont l’une en direction de la capitale du Néguev, Bersheeva, qui a été interceptée par le système antimissile Iron Dome. Israël a répliqué en lançant quatre frappes aériennes sur l’enclave palestinienne, sans faire de victime.
Israël a mis en garde le Hamas contre toute escalade de violence, dépêchant des renforts près de Gaza. Le Hamas a, lui, assuré ne pas vouloir une « guerre à Gaza » mais qu’il répondrait à « toute agression », alors que le médiateur égyptien oeuvre pour une trêve.
(05-07-2014 – Avec les agences de presse) Pour vous inscrire à notre liste de diffusion « Assawra » faites la demande à l’adresse : Assawra1-subscribe@yahoogroupes.fr
Ne dites pas propagande, mais Hasbara
Dans le cadre de la Conférence des médias juifs se tenant à Jérusalem fin juin 2014 à l’initiative du gouvernement israélien, une journée d’information en Cisjordanie a été organisée afin de convaincre des journalistes juifs d’Europe et d’Amérique du bienfondé de la colonisation et du statu quo actuel. Une journée très éclairante sur la Hasbara (propagande) chère aux autorités israéliennes.
« Dites la vérité à propos d’Israël et soyez nos meilleurs ambassadeurs », ponctuent les différents intervenants lors des quatre jours pendant lesquels plus de 200 journalistes juifs de diaspora ont pu se rencontrer et recevoir le message que les autorités israéliennes ont voulu leur délivrer.
Et cette vérité se rapporte également à la situation en Cisjordanie, occupée et colonisée par Israël. Pour que les journalistes puissent à leur tour répandre cette vérité dans leurs pays respectifs, rien de mieux qu’une journée entière en Cisjordanie encadrée par des accompagnateurs triés sur le volet.
Elle commence de bonne heure dans le Gush Etzion à Neve Daniel où Shuli Moualem, députée du parti d’extrême droite HaBayit Hayehudi, accueille les journalistes pour expliquer très chaleureusement à quel point la vie est belle et agréable dans les colonies. Et les Palestiniens ? « Nous vivons en harmonie avec eux », répond-elle. « Nous prenons les mêmes routes, fréquentons les mêmes dispensaires médicaux et nous faisons nos courses dans les mêmes magasins et supermarchés ». Elle ne dira pas un mot sur toutes les mesures discriminatoires imposées aux Palestiniens ni sur le mode contestable d’appropriation de la terre par les colons israéliens.
Pour mieux saisir cette « vie harmonieuse », direction le supermarché Rami Lévy du Gush Etzion où « Palestiniens et Israéliens travaillent ensemble et font leurs courses également ensemble ». C’est vrai, dans ce supermarché identique à tous les supermarchés d’Israël et d’Europe, on aperçoit des Palestiniennes voilées poussant leur caddie dans les mêmes rayons que les colons à kippa crochetée, en sandales. La vie y est presque banale, si ce n’est qu’à quelques kilomètres de cet endroit « normal », trois adolescents israéliens étudiant dans une colonie des environs ont été enlevés et depuis lors retrouvés morts, tués par des Palestiniens. C’est d’ailleurs à l’endroit précis de l’enlèvement qu’un député du Likoud, Zeev Elkin, attend les journalistes pour évoquer ce drame et dire tout le mal que lui inspirent les Palestiniens.
Après un rapide déjeuner sur une très belle colline de la région, le président du Conseil régional du Gush Etzion, Davidi Perl, a quant à lui expliqué en quoi la solution « Deux peuples, deux Etats » est un danger pour Israël. « Cette terre nous a été donnée par Dieu », rappelle-t-il, « nous ne pouvons pas la donner aux Arabes ».
Cet homme mince et souriant d’une quarantaine d’années parle calmement, mais son propos est dur, trop dur. A tel point qu’il sape complètement les efforts de propagande mis en place par le gouvernement israélien à l’adresse de ces journalistes juifs : lorsqu’on l’interroge sur les droits qu’il compte accorder aux Palestiniens dans la perspective d’un Etat unique (Eretz Israël), ou sur ce qu’il pense des aspirations nationales des Palestiniens, les réponses données par Davidi Perl choquent même les moins critiques et les plus légitimistes. « Si les Palestiniens veulent un Etat, qu’ils aillent en Jordanie ou dans un des 22 Etats arabes », déclare Perl. Et d’ajouter : « Je ne pense pas qu’ils puissent jouir des mêmes droits que nous. L’idée de voir mes enfants jouer avec des Arabes ne m’enchantent guère. Nous sommes différents, c’est tout ». Une Juive australienne, plutôt mainstream, lui fait alors remarquer qu’on ne peut pas parler comme cela. Un Juif grec est carrément estomaqué par ce qu’il vient d’entendre. Quant au rédacteur en chef de l’hebdomadaire juif d’Amsterdam, il n’en croit pas ses oreilles. Les organisateurs l’ont compris, il faut clôturer cette rencontre qui tourne au vinaigre. Une des accompagnatrices justifie cette interruption soudaine par le retard pris sur l’horaire.
Dans le bus, un représentant de Face of Israël distribue un carnet de cartes publié par le Conseil du Yesha (acronyme de Judée-Samarie), le principal lobby des colons de Cisjordanie. Il s’agit d’une histoire d’Israël en treize cartes qui en dit long sur la neutralité de cette « organisation non gouvernementale (ONG) gouvernementale » ! Un oxymore qu’il répète à plusieurs reprises et sans rire. L’activité de cette ONG d’un genre particulier consiste à « diffuser à travers le monde le narratif israélien » ! En guise de narratif israélien, il est exclusivement question du point de vue des colons.
Le groupe se dirige enfin en zones palestiniennes autonomes, à Rawabi, une ville nouvelle en construction située entre Ramallah et Birzeit. Dans le bus, les accompagnateurs insistent lourdement sur une précaution que les journalistes doivent absolument respecter scrupuleusement : ne pas photographier ni rapporter les propos (en le citant) de Bachar Al Masri, le milliardaire palestinien promoteur de ce projet inédit. « Il s’agit d’une demande palestinienne », précise une des accompagnatrices du ministère israélien des Affaires étrangères. Cela doit être « off the record ». Pourtant, lors de la rencontre avec Bachar Al Masri, la discussion est libre et plutôt décontractée. Pour ce Palestinien à la tête d’un groupe mondial spécialisé dans la construction et les travaux publics, ce projet immobilier n’a pas vocation à normaliser l’occupation israélienne. « Il s’agit de préparer l’avenir de la Palestine indépendante pour que ses citoyens puissent y vivre décemment », insiste Bachar Al Masri. « L’indépendance dans la misère, cela ne m’intéresse pas ». Et contre toute attente, à l’issue de la rencontre, il se laisse prendre en photo, et ce, sans la moindre difficulté ! Pourquoi toutes ces instructions sur l’interdiction de le photographier ? Personne ne le dira.
La journée se termine dans les collines de Samarie à Kokhav HaShakhar, une colonie surplombant la vallée du Jourdain. Le groupe est alors accueilli par Danny Dayan, l’ancien président du Conseil du Yesha et aujourd’hui responsable des relations internationales de ce lobby colon. L’homme est affable et sympathique. Son discours bien rodé ne verse jamais dans le racisme ni la haine des Palestiniens. C’est à nouveau l’occasion d’entendre que la solution « Deux peuples, deux Etats » est une « Fata Morgana » (un mirage). Si « Deux peuples, deux Etats » ne lui convient pas, quelle est donc sa solution ? « Je ne suis pas un responsable politique. Je ne peux pas vous le dire, mais je sais qu’il va falloir faire preuve d’imagination », répond Danny Dayan avec son accent argentin (il est né à Buenos Aires en 1955). Ce dont il est sûr en revanche, c’est qu’Israël ne doit pas céder un pouce de la Cisjordanie aux Palestiniens et qu’avec l’embrasement de l’Irak et de la Syrie, Israël doit conserver les « frontières naturelles » de la vallée du Jourdain.
Cette journée avait un but bien précis : légitimer le statu quo actuel et discréditer la solution des deux Etats que tous les intervenants rencontrés ont critiquée virulemment, à l’exception notoire du promoteur immobilier palestinien. Si les Palestiniens peuvent garantir leur développement économique et même construire une ville nouvelle alors que les colons poursuivent leur existence en Cisjordanie, pourquoi s’embarrasser avec la fin de l’occupation, le démantèlement des colonies et la création d’un Etat palestinien ? Occupation et développement des territoires palestiniens peuvent donc coexister sans problème. Telle est la vérité que les journalistes juifs doivent resservir à leurs lecteurs.
Cette journée d’information n’a convaincu que ceux qui le sont déjà, c’est-à-dire les fervents soutiens de la colonisation de la Cisjordanie. Les autres, et ils étaient hélas moins nombreux dans ce voyage, ont découvert une propagande servie sans la moindre nuance. A cet égard, on ne peut que suggérer de lire le compte rendu de cette journée en Cisjordanie qu’une journaliste israélienne d’Haaretz a rédigé : “Explaining the occupation to polite Jewish journalists”. Elle y décrit le village Potemkine dans lequel le gouvernement israélien a essayé de balader une cinquantaine de journalistes juifs.
Israël : ça ne prend plus !
mardi 1er juillet 2014
Le coup des représailles, ou celui du pauvre petit pays agressé de partout qui ne fait que se défendre, ça ne prend plus. Quant aux Palestiniens, l’occupant israélien doit se le mettre une bonne fois pour toutes dans la tête : ils ne partiront pas, ils ne quitteront pas leurs terres. L’opinion publique n’est pas dupe. La violence, c’est l’occupant, le colonisateur, le violeur de tous les droits, qui en est responsable. Les nouvelles attaques contre les civils palestiniens n’y pourront rien changer. BDS plus que jamais !
Un jeune palestinien de 16 ans assassiné ce matin dans le camps de réfugiés de Jénine, lors d’une attaque par l’armée israélienne. Des bombardements incessants la nuit dernière sur la bande de Gaza, qui ont fait 5 blessés. Deux maisons détruites à Hébron. Quel rapport ? Aucun.
Juste la rage de ne pas réussir à chasser les Palestiniens de leurs terres et de voir que la campagne mondiale de boycott de l’occupant israélien ne cesse de s’amplifier.
L’article publié le 29 juin par le quotidien américain, San Francisco Chronicle, à propos du risque d’investir dans des firmes comme Hewlett Packard qui collaborent avec la colonisation israélienne, est révélateur.
(http://www.sfgate.com/bayarea/artic... )
Les milieux financiers ne cachent plus l’attention qu’ils accordent au développement de la campagne internationale BDS.
On peut lire également dans le « Middle East Monitor » (https://www.middleeastmonitor.com/n…) l’article suivant :
« Les exportations de marchandises produites dans les colonies israéliennes ont chuté de façon significative, comme l’ont révélé les statistiques officielles. Les marchandises destinées à l’Union européenne sont les plus touchées, alors que l’UE continue de faire campagne pour un boycott des colonies. Les responsables israéliens décrivent la situation comme « catastrophique » pour les colonies.
Le boycott économique, culturel, universitaire et le gel des l’investissement dans les colonies se développe dans le monde entier.
L’Institut israélien des exportations et l’Office central des statistiques ont révélé des données ce vendredi qui indiquent que la baisse au cours des quatre premiers mois de 2014 était de 35% par rapport à la même période de l’exercice précédent, ce qui incite le gouvernement israélien à offrir un soutien financier aux colonies et à leurs investisseurs. Selon le ministre des Finances d’Israël, Yair Lapid, plus tôt cette année, le coût annuel pour l’économie est de près de 20 milliards de dollars et la perte de près de 10.000 emplois.
Les gouvernements de l’Espagne et de l’Italie ont mis en garde leurs citoyens vendredi contre le fait de faire des affaires avec les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, Jérusalem-Est et le plateau du Golan, selon le journal israélien Yedioth Aharonot et l’agence de nouvelles Walla. Cela fait suite à un avertissement similaire du gouvernement français.
Un expert économique a déclaré que l’économie israélienne a connu une baisse importante au cours des derniers mois dans des domaines tels que le pouvoir d’achat, l’indice du coût de la vie, le commerce extérieur et même le déficit de la balance commerciale. Seules les statistiques de chômage sont demeurés stables. »
(Traduit par AM-OM pour Capjpo-EuroPalestine)
CAPJPO-EuroPalestine
Honneur aux Israéliens qui résistent ! (Vidéo)
mardi 1er juillet 2014
http://www.europalestine.com/spip.php?article9477
La colonisation tue : 3 colons retrouvés morts
lundi 30 juin 2014
Face à la colère contre l’impunité israélienne, les dirigeants européens font semblant de se fâcher
vendredi 27 juin 2014
La presse israélienne, et une partie du mouvement de solidarité avec la Palestine, font grand cas depuis 48 heures d’un hypothétique sursaut de l’Union Européenne vis-à-vis des crimes israéliens.
Ainsi, les principaux pays de l’Union, France, Italie, Royaume-Uni, Espagne et Allemagne, auraient-ils « mis en garde » leurs ressortissants face aux risques « juridiques et financiers » d’une collaboration économique avec les colonies de Jérusalem-est, de Cisjordanie et du plateau du Golan.
De fait, tous ces pays ont bien publié, ces derniers jours, des notes sur le sujet, rappelant le caractère d’occupation de tous ces territoires –mais cela, c’est le constat officiel des Nations-Unies depuis 1967, et ce n’est donc pas un scoop ! -, et le caractère par conséquent illégal de tout business dans les colonies.
Mais ils se sont bien gardés de toute communication officielle sur le sujet : pas de déclaration ministérielle, pas de communiqué de presse, seulement quelques lignes au 4ème sous-sol des sites internet de leurs ministères des Affaires étrangères respectifs (dans le cas du MAE français, c’est quelque part dans la rubrique « Conseil aux Voyageurs », de leur sous-site en langue anglaise, et on n’a pas trouvé d’équivalent dans la langue de Molière). Et des fuites, discrètes, à des journalistes, pour leur dire d’aller voir, du côté de ce 4ème sous-sol précisément.
Alors, quand des journalistes ont interrogé les diplomates européens sur les conséquences de tels textes, ces derniers, qui avaient anticipé les appels (et avaient chacun sous les yeux son » talking paper », document préparé à l’avance par une institution qui sait qu’elle va être interrogée par des journalistes sur un thème donné), se sont empressés de dire que le texte n’avait aucune portée pratique ni judiciaire.
« Ce n’est ni un boycott ni une sanction. Nous voulons au contraire développer plus que jamais la coopération avec Israël », déclare ainsi à la presse espagnole le porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Madrid.
Quant aux sbires de Fabius, ils insistent auprès de leurs interlocuteurs journalistiques sur le fait que la note n’est assortie d’aucune contrainte. « Un Français qui a une activité financière en direction des colonies ne commet pas d’infraction au regard de la loi française », ose ainsi déclarer –sous couvert d’anonymat, le courage n’étant pas la première des vertus au Quai d’Orsay-, un diplomate français interrogé par le Haaretz.
Il n’en reste pas moins que la production de cette note –et la gestion de celle-ci en termes de communication gouvernementale- est une conséquence du développement, mondial, de la colère contre l’impunité israélienne, et de la campagne internationale BDS.
Mais si l’on s’en tient aux faits, elle ne peut être interprétée que comme un contre-feu, destiné à maintenir en place la soumission complète de nos gouvernants puisqu’aussi bien ils mettent en avant, dans le même temps –les Français, en tout cas- la multiplication des encouragements au gouvernement et à l’armée israéliens (voir par exemple, le programme AMI de soutien aux Français s’enrôlant dans l’armée israélienne)
Le problème, c’est que les dirigeants israéliens, dans la course à l’abîme qui est la leur, n’admettent pas la plus petite critique de la part de leurs serviteurs occidentaux, même quand c’est fait dans l’intérêt de la politique israélienne.
Deux exemples très récents montrent combien les politiciens européens et américains sont des paillassons, et pourquoi les dirigeants israéliens ont alors bien raison de s’essuyer les pieds dessus.
Hier jeudi, le ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman … s’est invité à Paris, où il a exigé une rencontre avec Fabius, dont l’agenda officiel était pourtant surbooké. Et il l’a obtenue, ce qui lui a permis de souffler dans les bronches du titulaire du Quai d’Orsay.
La semaine dernière, aux Etats-Unis, six politiciens du Parti Républicain planchaient, dans le cadre de ce qui s’apparente à un véritable examen de passage, devant les « Juifs Républicains ». Au détours d’un speech pro-Tsahal, pro-colonies, pro-Israël à 200%, l’un d’eux, le gouverneur du New Jersey, a eu le malheur de prononcer les mots « territoires occupés ».
Stupeur de l’assistance, sifflets, et convocation dans la foulée de l’idiot par le parrain du lobby israélien aux Etats-Unis, Sheldon Adelson , le milliardaire qui a fait fortune avec les casinos de Las Vegas. Le pauvre type s’est confondu en excuses, publiques, et Adelson a pardonné : le gouverneur a encore des chances de recevoir son chèque pour sa prochaine campagne électorale.
Omar Sa’ad libéré!
Gardien de prison !
Je suis libre et vous êtes en captivité
Frères et sœurs, amis et ma famille bien aimée
Le 25 octobre 2013, j’ai envoyé une lettre au Premier ministre et au Ministre de la Défense israéliens, déclarant mon refus d’être mobilisé dans l’armée israélienne, par la loi imposée aux Druzes, pour des raisons de conscience et de patriotisme. Et je refuse de faire partie de cette armée israélienne et de cet organe qui tue et déplace mon peuple palestinien, démolit nos maisons, vole notre terre et j’ai répété mon slogan encore et encore : « Je ne serai pas l’approvisionnement de votre guerre et je ne serai pas soldat dans votre armée. »
Ce message a été diffusé dans le monde et accueilli avec un grand intérêt par les médias, et par un soutien universel ainsi que certaines attaques de certains côtés, et un blackout informatif dans les médias israéliens, avec la détermination des autorités de l’armée israélienne d’ignorer mon humanité, en insistant pour me recruter. Elles m’ont envoyé la date de mon recrutement le 4 décembre 2013.
Et à la date de l’ordre de mobilisation (il y a maintenant 196 jours) vous, mes camarades et partenaires m’avez accompagné, corps et âme, au bureau de recrutement de Tiberias, où j’ai commencé ma bataille de rejet du recrutement dans l’armée israélienne, par une loi imposée aux Druzes, espérant obtenir un certificat d’exemption du service militaire israélien, préférant la prison à prendre les armes contre mon peuple palestinien.
Je n’ai pas été surpris de leur ordre de me mettre en prison, et ils m’ont emprisonné encore et encore, essayant de briser mon esprit et un changement de ma décision, jusqu’à ce qu’ils arrivent à un point où ils ont essayé de me tuer en ne me fournissant pas le traitement médical nécessaire alors que j’en avais un besoin extrême, mais sans effet, et je suis arrivé à l’hôpital à la dernière minute entre la vie et la mort.
J’ai été condamné 7 fois pour une période de 150 jours, et il y a 46 jours entre ma maison et l’hôpital, et chaque fois en me sortant de prison, ils me posaient la même question : Pourquoi refusez-vous de servir dans les FDI ?? Appelée en fin de compte « l’Armée de Défense ».
Ma réponse était toujours la même : « Je refuse parce que je fais intégralement partie du peuple arabe palestinien. Je refuse parce que votre armée est une armée d’occupation. Je refuse parce que j’ai des principes et une conscience. Je fais la paix avec mon instrument musical et je refuse de le remplacer par une arme qui génère la mort, et ne fait pas de différences entre un enfant, une femme, un homme et un vieillard. Alors comment pouvez-vous me demander de tuer, d’occuper et d’arrêter mes gens ? Mon arme est mon instrument musical et ne sera remplacé par aucune autre arme. »
Mes frères et sœurs,
Pendant la période où j’ai été en prison j’ai été contacté et si ému par le grand soutien. J’ai été contacté par des enfants-musiciens qui ont présenté des slogans et des photos, avec leurs instruments musicaux, réclamant ma libération.
J’ai été touché par chaque mot ou article ou commentaire que vous m’avez tous envoyé via les réseaux sociaux/les médias.
J’ai été touché par l’accolade de toutes les forces de la paix et de la démocratie dans le monde et dans notre pays. Emu par les logos et les dessins que je recevais. Emu de voir des enfants, des jeunes et d’autres debout sur la Montagne des prisonniers (nom donné par des manifestants à la colline qui fait face à la prison militaire d’Atlit. Ce nom a été donné lors d’une manifestation réclamant ma libération et la libération de ceux qui refusent de servir pour des raisons de conscience). Ils scandaient contre l’occupation et chantaient pour la joie et la paix.
J’ai aussi été touché par l’honneur que j’ai reçu des Combattants pour la liberté et les prisonniers palestiniens, alors que ce sont eux qui doivent être honorés. Ils sont la lumière et l’intelligence de chaque demande de libération.
J’ai été bouleversé par l’amour de mon peuple dans notre pays assiégé – la Palestine.
J’ai été ému quand j’ai trouvé des étudiants juifs qui appelaient à la liberté et la justice, manifestant en ma faveur et scandant contre l’occupation israélienne.
J’ai été emprisonné et aujourd’hui je connais la signification de mettre quelqu’un en prison sans aucun droit, parce qu’il croit en une juste cause.
Aujourd’hui, je sais ce qu’est la détention administrative. Cette arrestation qui met hors service tous les fondements de la démocratie et de la justice, sinon tout démocrate ou homme de loi devrait répondre : Qu’est-ce que cela signifie de détenir une personne et de renouveler son terme sans montrer de motifs de la détention, sans aucune accusation, et sans avoir le droit de poursuivre ou se défendre lui-même ? N’est–ce pas exactement le travail des systèmes obscurantistes ? N’est pas l’approche de dictatures ?
Aujourd’hui, je me joins à toutes les forces honorables du monde : libérez les captifs administratifs détenus qui font une grève de la faim légendaire, préférant la mort à l’humiliation. Nous ne voulons pas les recevoir comme martyrs. On ne peut pas réaliser la paix si on a un seul combattant pour la liberté en prison, comme il ne peut y avoir de paix alors que la machine qui tue continue à faucher la jeunesse. On ne peut pas réaliser la paix et construire des colonies déployées comme un cancer qui éliminera toute possibilité de vie.
En prison, j’ai eu un certain temps pour lire, et j’ai apprécié la lecture du roman « The time of white horses » (Le temps des chevaux blancs) de l’écrivain bien connu Ibrahim Nasrallah, et la nouvelle « Algshawh » pour un ami de l’oncle Radi Shehadeh, du village Mughar ( ??? for a friend from Mughar village uncle Radi Shehadeh,) qui m’ont appris la réalité de la Palestine et la signification de danser entre les gouttes de pluie, et ce qu’est être un Palestinien par excellence. Ces romans m’ont appris comment tuer le temps de manière utile et m’ont donné de la force.
Mes frères et sœurs,
Je n’aurai pas la place de mentionner tous ceux qui m’ont soutenu et se sont situés à mon côté, mais laissez-moi mentionner en particulier le comité d’initiative arabe druze, mon école et ma maison, dont le plus de refus ont été exprimés depuis plus de 40 ans, sans attendre un mot de remerciements ou quelques minutes sur un grand écran.
Laissez-moi mentionner l’auteur Mohammed Nafa, et les poètes Sameh Al Qasem, et Nayef Salim et Martyrs Assem al-Khatib et feu le Sheikh Farhood Farhood et tous les frères qui se sont mis à refuser de servir dans l’armée israélienne, et j’espère qu’on ne s’arrête pas aux petites choses, mais à travailler à écrire notre honorable histoire, qu’est notre compétition.
Laissez-moi remercier « Profil Hadash » pour son soutien moral et judiciaire et l’avocate Rowan Aghbarieh, qui a fait de grands efforts malgré les obstacles comme l’interdiction de me visiter, ainsi que les avocats du Bureau de l’avocat « Smadar Ben-Natan, » le stagiaire Adi Lerner, et l’avocat « Mikhail Sparad » qu’on a consulté sur différents sujets judiciaires. Et ma gratitude va à “Adalah” et “Amnesty” et toutes les organisations de droits humains qui se sont trouvées à mon côté.
Mes remerciements vont au mouvement « Il y a une limite » et toutes les organisations et partis politiques qui ont manifesté et émis des déclarations pour soutenir ma libération, et une mention spécial va à la Jeunesse communiste et le Front démocratique.
Un merci spécial à tous les médias locaux et internationaux qui ont couvert mon cas.
Je remercie les membres de parlements qui ont soutenu mon cas dans le monde entier et dans notre région.
Et enfin, tout aussi important, merci à ceux qui refusent de servir dans l’armée israélienne, tous ceux qui m’ont précédé et ceux qui étaient avec moi et ceux qui sont venus après moi, dont j’ai appris la signification de la patience et de la lutte.
Merci à tous et j’espère ne pas vous désappointer et que je pourrai vous rendre une partie de votre gentillesse, votre amitié et votre sympathie et générosité.
Omar Saad
source : par courriel
“On cherchait quelqu’un à tuer”: des soldats israéliens rompent le silence
16/06/2014 |

Fait rare, d’ex-militaires de l’armée israélienne, Tsahal, ont raconté leur quotidien dans les territoires occupés palestiniens. Le “Guardian” publie des extraits de ces témoignages de première main.
Qui de mieux placé, pour raconter l’occupation en Palestine, que ceux qui l’exercent au jour le jour ? Le 6 juin dernier, plus de 300 intervenants se sont réunis à Tel-Aviv. Ils ont lu, à voix haute, dix heures de témoignages d’anciens militaires en poste dans les territoires palestiniens, dont certains ont été retranscrits par le Guardian.
Provoquer et humilier
Dans les territoires occupés, où le quotidien des militaires israéliens est fait d’ennui, de fatigue et d’exaspération, les humiliations envers les Palestiniens sont la routine. Tal Wasser, une ex-soldate, se souvient de journées sans fin passées à surveiller un barrage… et des collègues qui, à bout de nerfs, se défoulent parfois sur le “premier Palestinien venu” :
“Si un Palestinien agaçait un soldat, il était enfermé dans une toute petite cellule, raconte-t-elle. Avec toute la pression et le stress du barrage, il était souvent oublié là.”
Ce genre de récit est loin d’être anecdotique. Entre 2006 et 2009, Gil Hillel était en poste à Hébron, ville de Cisjordanie au sud de Jérusalem. Elle garde un souvenir amer de sa première patrouille :
“L’un de mes chefs, le plus expérimenté, a saisi un vieillard palestinien, se souvient-elle. Il l’a entraîné dans une rue, puis l’a roué de coups.”
Face à la scène, Gil est la seule à protester. Son supérieur lui enjoint de se taire. Comme elle insiste, il finit par lâcher, laconique : “C’est lui ou moi“.
Mises l’une à la suite de l’autre, ces chroniques individuelles dressent le portrait d’un Tsahal paranoïaque, qui voit en n’importe quel Palestinien un terroriste en sommeil, refuse de se mêler à l’”ennemi” aux files d’attente des checkpoints, et rase ses maisons, pour le symbole…
Obligation de “rendement”
Certains militaires dénoncent une obligation de rendement, une “prime au résultat” qui les incite à créer le danger de toutes pièces. Ils mentionnent des opérations spéciales, dénommées “Provocation et réaction“, dont le but est d’attiser artificiellement le conflit. C’est ce que rapporte un ancien soldat de la région de Naplouse, la plus grande ville des territoires palestiniens occupés :
“Provocation et réaction”, dit-il “c’est pénétrer un village, faire beaucoup de bruit, attendre qu’on te jette des pierres. Et là, tu les arrêtes, et tu dis : “Ils nous ont jeté des pierres”.
Le sergent Avner Gvaryahu a aussi exercé à Naplouse, entre 2004 et 2007. Il raconte que dans la brigade anti-tanks, son corps d’élite, les soldats étaient classés selon leur “tableau de chasse”.
“J’ai fini par réaliser que si l’un de nous voulait réussir, il fallait lui ramener des morts” [Le message, c’était :] “Vous êtes l’élite, l’armée a investi en vous, maintenant, ramenez-moi des terroristes morts.”
Un ex-sniper de la ville de Jénine raconte avoir tiré sur un Palestinien visiblement inoffensif, sur les ordres d’un supérieur. Dans le rapport des militaires, l’homme devient “un éclaireur”, qui “passait des informations” aux terroristes.
L’autre visage de l’occupation
C’est l’ONG, “Breaking the Silence” (“rompre le silence”), créée par d’ex-soldats israéliens, qui a initié ce projet de lecture publique. Depuis dix ans, elle sillonne l’Etat hébreu pour rencontrer d’ancien militaires et compiler leurs récits. Une opération sur le long terme (elle a déjà donné lieu, notamment, à un livre), qui se positionne clairement contre l’occupation des territoires palestiniens, et représente donc une frange bien circonscrite de l’opinion israélienne.
Son objectif : obtenir une radiographie de l’occupation de la Palestine par ceux qui la vivent au plus près, à hauteur d’homme et loin du discours officiel. C’est ce qu’explique au Guardian Yehuda Shaul, cofondateur de l’ONG et lui-même ex-soldat.
“En lisant pendant dix heures d’affilée, on voulait montrer que les faits décrits par les témoignages que nous avons collectés ne sont pas exceptionnels ; ils sont même plutôt ordinaires.”
Yehuda Shaul insiste : il ne s’agit surtout pas de juger et condamner les soldats à titre individuel. “Breaking The Silence” veut inciter la société israélienne à porter un regard critique sur son armée et sur les actes commis “au nom de la sécurité d’Israël“. Une problématique plus actuelle que jamais : le même jour, le gouvernement israélien annonçait au monde entier une relance massive de la colonisation.
par Laura Aronica
