USA : La colère monte contre l’allégeance des politiciens au lobby israélien


jeudi 13 février 2014

Le quotidien Haaretz publie une lettre de Juifs américains qui s’en prennent au nouveau maire de New York pour ses déclarations de paillasson envers l’AIPAC, principal groupe de pression israélien aux Etats-Unis

« Vous n’êtes pas payé pour faire le chien-chien qui répond à la voix de son maître », écrivent 58 citoyens américains dans une lettre ouverte à Bill de Blasio, nouveau maire de New York.

Ce dernier aurait déclaré à l’occasion d’un récent gala à huis clos (presse non admise) de l’AIPAC : « Une partie de mon job consiste à défendre israël » et aurait promis : « La municipalité sera toujours ouverte à l’AIPAC, et si vous me faites signe parce que vous avez besoin de moi à vos côtés, à Washington ou ailleurs, je répondrai présent, avec plaisir ».

Ce à quoi 58 Juifs américains, qui comprennent des rabbins, des philantropes, des militants, journalistes et des écrivains, répondent que « L’AIPAC représente la droite la plus dure et extrémiste en israel et ne parle pas en notre nom »

Texte de la lettre en anglais :

January 29, 2014

An Open Letter to Mayor Bill de Blasio :

We are Jewish residents of New York who read, in the leaked transcript of your private speech to a meeting of AIPAC leaders, the following :

“City Hall will always be open to AIPAC. When you need me to stand by you in Washington or anywhere, I will answer the call and I’ll answer it happily ’cause that’s my job.”

We understand that the job of mayor of New York is a complex one that often calls for your participation on the international stage, and we would not presume to define your job for you. But we do know that the needs and concerns of many of your constituents–U.S. Jews like us among them–are not aligned with those of AIPAC, and that no, your job is not to do AIPAC’s bidding when they call you to do so. AIPAC speaks for Israel’s hard-line government and its right-wing supporters, and for them alone ; it does not speak for us.

Sincerely yours,

Ruth J. Abram

Karen R. Adler

Arlene Alda

Anita Altman

Esther Ann-Asch

Emanuel Ax

Peter Beinart

Andrew Berger

Loren Bevans

Martin I. Bresler

Kenneth David Burrows

Howard Clyman

Rabbi Rachel Cowan

Barbara Deinhardt

Barbara Dobkin

Eugene Eisner

Laurel W. Eisner

Daniel Engelstein

Eve Ensler

Danny Goldberg

Sally Gottesman

Linda Gottlieb

Laurence Greenwald

Jane Hirschmann

Erica Jong

Peter A. Joseph

Alice Kessler-Harris

Rabbi Sharon Kleinbaum

Gil Kulick

Martha Weinman Lear

Bobbie Leigh

Jonathan Leigh

Alan H. Levine

Rabbi Ellen Lippmann

Rabbi J. Rolando Matalon

Marilyn Kleinberg Neimark

Donna Nevel

Kathleen Peratis

Letty Cottin Pogrebin

Bertrand B. Pogrebin

Michael Ratner

Anne Roiphe

Betty Rollin

Al Ruben

Marlene Sanders

James Schamus

Dan Silverman

Beverly Solochek

Carla Singer

Rabbi Felicia Sol

Alisa Solomon

Gloria Steinem

Herbert Teitelbaum

Rebecca Vilkomerson

Rabbi Burton Visotzky

Peter Weiss

Jack Willis

Eugenia Zu

Source : http://www.haaretz.com/jewish-world…

CAPJPO-EuroPalestine

« The lab » : un film dont on essaie d’empêcher la sortie en Europe


Ce film n’est pas encore sorti en Europe : il raconte comment le gouvernement d’Israël utilise la guerre contre les palestiniens pour inventer, utiliser et vendre des armes au monde entier. Cela fait froid dans le dos…

Il pose la question de manière très crue : Israël a t’il intérêt à faire la paix ?

Reportage à Lyon avec son réalisateur, Yotam Feldman qui ne laisse pas indifférent.

Amira Hass : sans changement de politique, « l’Etat d’Israël n’est pas viable »


 

Correspondante du quotidien israélien Ha’Aretz dans les Territoires palestiniens, Amira Hass documente l’occupation au quotidien depuis vingt ans. Courrier international l’a rencontrée aux Tribunes de la presse, en octobre 2013.
  • 21 novembre 2013
Amira Hass aux Tribunes de la presse de Bordeaux, octobre 2013.

En tant que journaliste, considérez-vous que vous avez un rôle à jouer ?

AMIRA HASS : Comme je le dis souvent, je surveille le pouvoir. Dans le contrat non écrit entre le journaliste et le public, la surveillance du pouvoir est une mission primordiale. Je ne sais pas si on peut parler de rôle… Je continue d’espérer qu’en apportant de l’information je permets à certaines personnes en Israël de comprendre à quel point la situation est dangereuse. J’ai un petit rôle à jouer dans le réseau d’Israéliens qui résistent, les dissidents. Ils ne sont pas nombreux, mais pas aussi peu nombreux qu’on le pense.

Diriez-vous que les Israéliens ont une connaissance incomplète de ce qui se passe dans les Territoires palestiniens ?

Certainement.

A qui la faute ? Aux médias, au pouvoir politique, aux gens eux-mêmes ?

Ce sont les gens qui ne veulent pas savoir, c’est clair. Parce qu’il y a de nombreux moyens de savoir, et beaucoup de choses à savoir, mais ils préfèrent ne pas savoir.

Il est plus facile pour nous de critiquer ce qui se passe ailleurs…

Exactement, et d’une certaine façon la presse israélienne est beaucoup plus critique vis-à-vis de l’occupation que ne l’était la presse française à propos de la colonisation en Algérie. La presse israélienne publie beaucoup plus de choses à propos de 1948 et de l’expulsion de quelque 800 000 Palestiniens.

Si l’information est rendue disponible et que, malgré cela, le public ne veut pas savoir, comment faire passer le message ?

A ce stade-ci, ce n’est plus du ressort des journalistes, mais des militants. Tant que les Israéliens profiteront de l’occupation et ne paieront pas un prix pour elle, ils continueront, exactement comme en Afrique du Sud. Chaque pays a son lot d’injustices, et elles ne peuvent être arrêtées, ou amendées un tant soit peu, que si ceux qui ont causé ces injustices en paient le prix.

Quel genre de prix ?

Je ne sais pas, il y a différentes façons de payer un prix. Les Américains ont commencé à comprendre ce qu’était la guerre au Vietnam quand ils ont vu revenir des cercueils, pas avant. C’était un peu différent en Algérie. De Gaulle a eu le mérite de comprendre la gravité de la situation, et de voir qu’à long terme la situation n’était pas viable. Il a vu le « prix » que d’autres ne voyaient pas.

Peut-on dire, de la même façon, que la situation en Israël n’est pas viable à long terme ?

Non, ce n’est pas viable.

D’après vous, quelle serait la solution : une solution à un Etat ? à deux Etats ?

Vous savez, j’ai une longue liste de mots que je déteste. J’ai commencé par détester « Oslo ». Puis « processus de paix ». Puis « paix », « réconciliation », « dialogue »… Parce que tous ces mots ont été vidés de tout sens et ont été sujets à manipulation par les autorités israéliennes – mais aussi américaines, européennes, etc. Pendant que tout le monde parlait de processus de paix, Israël perfectionnait en réalité ses moyens de colonisation et d’occupation.

Maintenant, je dois ajouter à cette liste le mot « solution ». Car il faut commencer par parler des fondamentaux. J’en vois deux. Le premier, c’est que deux peuples vivent dans ce pays. Tous deux doivent l’accepter, et tous deux ont des liens très anciens avec ce pays – peu importe que ce soit depuis trois cents ans, cinq mille ans ou plus.

Le deuxième, c’est le principe d’égalité. Sans ça, il n’y a pas de futur sain pour les deux peuples. Je pense qu’au final les Juifs – ma communauté juive – paieront un prix très lourd si nous ne mettons pas rapidement un terme à cette discrimination. Mais, en même temps, les Palestiniens doivent accepter que nous ne sommes pas des pieds-noirs, que cette comparaison n’est pas valable. Parce que ce qui a amené les Juifs en Palestine n’est pas simplement le colonialisme, et aussi parce que les Juifs ont des liens religieux avec ce pays. Il ne s’agit pas que de colonialisme ou de profit.

 

Amira Hass

« Personne n’a documenté cet enfer [de l’occupation] de façon quotidienne, avec autant de cohérence et de profondeur qu’Amira Hass, journaliste israélienne à Ha’Aretz, qui couvre l’actualité des Territoires palestiniens depuis 1991 et y vit depuis 1993 – d’abord à Gaza pendant trois ans, et depuis à Ramallah. C’est tellement inhabituel. Je veux dire : quel correspondant étranger vit dans les Territoires occupés ? » écrit Abdallah Schleifer, journaliste et expert du Moyen-Orient, sur le site d’Al-Arabiya

. De ce fait, poursuit-il, « aucun autre quotidien du monde arabe n’offre une meilleure couverture qu’Ha’Aretz de la souffrance des Palestiniens ».Vingt ans de travail journalistique dans les Territoires palestiniens ont valu à Amira Hass autant de récompenses (notamment le Prix mondial de la liberté de la presse décerné par l’Unesco en 2003 et, en 2009, le prix Reporters sans frontières) que d’attaques et d’assignations en justice.

http://www.courrierinternational.com/article/2013/11/21/amira-hass-sans-changement-de-politique-l-etat-d-israel-n-est-pas-viable

Le Président Hollande en Israël : honte et colère !


mardi 19 novembre 2013, par Ujfp

Les premières déclarations du Président François Hollande en Israël nous remplissent de honte et de colère. Citons ses paroles : « Vous êtes une grande démocratie car malgré les épreuves que vous avez rencontrées, jamais, je dis bien jamais, vous n’avez cédé sur la démocratie, sur le pluralisme, sur les droits ». Ainsi, faisant fi des textes adoptés parfois par la France elle-même condamnant la négation des droits des Palestiniens, les violations du droit international et du droit international humanitaire, les crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par Israël, le Président Hollande prétend en notre nom qu’Israël a toujours respecté le droit et la démocratie – ce qui n’est vrai, pour l’essentiel, que pour la population juive d’Israël.

Ainsi, le Président, se ralliant à la théorie du choc des civilisations, prétend à la fermeté dans le dossier du nucléaire iranien, alors même qu’il continue de feindre l’ignorance de l’armement nucléaire israélien (des dizaines de têtes nucléaires à Dimona). Ainsi, le Président emmène dans ses bagages des dizaines de patrons pour développer les échanges économiques avec Israël, dont de nombreuses sociétés prospérant grâce au développement illégal de la colonisation. La SNCF vient de signer un important accord économique avec les chemins de fer israéliens.

Le Président Hollande conforte ainsi la position du gouvernement le plus réactionnaire qu’Israël ait jamais connu dans sa poursuite du vol des terres du peuple palestinien, comme le démontre l’accélération de la colonisation du Nakab/Néguev par le déplacement forcé des Bédouins palestiniens. Il feint d’ignorer le blocus illégal et inhumain imposé à la population de la bande de Gaza. Certes, le Président Hollande – qui passe dans les territoires palestiniens occupés un temps en proportion de l’espace qu’Israël leur concède encore – propose à nouveau au gouvernement Netanyahou de renoncer à la poursuite de la colonisation, mais c’est sans la moindre menace de sanction en cas de refus, et c’est pour demander aussitôt à l’Autorité Palestinienne de nouvelles concessions unilatérales pour relancer un processus de paix qui n’existe que dans les discours.

L’Union Juive Française pour la Paix assure le peuple palestinien de son soutien dans sa lutte difficile pour ses droits et salue sa résistance. Elle contribuera au développement du mouvement de solidarité en France, pour ne pas voir notre pays s’enfoncer dans la complicité avec les crimes commis.

Elle appelle toutes celles et ceux qui sont attaché-e-s aux droits humains à s’engager plus encore dans la campagne pour le boycott de l’Etat d’Israël et de ses institutions, le désinvestissement, et les sanctions, à laquelle le peuple palestinien nous a invité-e-s. La France, ses partis, ses syndicats, ses institutions doivent rejoindre les nombreux partis, syndicats, institutions en Europe qui ont répondu à cet appel. La campagne BDS France doit s’amplifier.

La France ne peut rester plus longtemps complice de l’apartheid israélien.

L’Union juive française pour la paix
lundi 18 novembre 2013

Le poète israélien Natan Zakh a déclaré : « J’ai fui d’un Etat nazi pour me retrouver dans un Etat fasciste »


posté le 17 novembre 2013 par Antar dans Buzz

Le 10 novembre 2013, le journal hébreu Yediot Ahronot a rapporté que le grand poète israélien Natan Zakh a déclaré que le sionisme a échoué à réaliser son objectif. Selon lui, «  l’Etat du lait et du miel  » promis n’est maintenant que mal et corruption. Il a par ailleurs appelé à boycotter les colonies sionistes.

«  Si j’avais su que le sionisme se concrétiserait dans un pays qui vit par l’épée, je serais resté en Europe. J’ai fui d’un Etat nazi pour me retrouver dans un Etat fasciste  », dit-il.

Gaza est toujours sous un affreux blocus, ses roquettes reflètent une résistance légitime, a ajouté le critique littéraire, Lauréat du Prix Bialik (en 1982) et Lauréat du Prix d’Israël (en 1995).

Israël vit «  aujourd’hui comme l’empire romain dans ses derniers jours. Ici, ils nous apprennent la haine et préparent des bombes atomiques, au lieu d’essayer de nous rapprocher de nos voisins dont nous avons volé la terre  », a-t-il conclu.

source

Avec ces Israéliens qui défendent les Palestiniens


loos

En territoire occupé, surtout en « zone C » sous contrôle israélien exclusif, la vie des Palestiniens ressemble à un calvaire. Une poignée d’Israéliens se mobilisent et montrent leur solidarité. Reportage dans le sud de la Cisjordanie.

Sept heures du matin : le rendez-vous était bien matinal ce samedi 2 novembre sur le parking d’un parc public à Jérusalem-Ouest. Un à un, Maria, Tamar, Danny et les autres membres de l’organisation « Taayoush » (Vivre ensemble, en arabe) inscrits pour la journée s’y retrouvent pour d’abord écouter les consignes d’Amiel, le quinquagénaire qui mène la petite troupe.

« Comme d’habitude, explique-t-il, nous irons dans les collines au sud de Hébron et nous irons soutenir les villageois palestiniens en butte au harcèlement des colons. Attention, il faudra jouer au chat et à la souris avec l’armée et la police israéliennes qui peuvent nous arrêter, et faire gaffe aux colons les plus agressifs ; vous serez peut-être amenés à devoir courir pour leur échapper. »

La douzaine de personnes, des Israéliens juifs entre 30 et 60 ans équitablement répartis entre les deux sexes, montent dans un minibus et un 4×4, deux véhicules tout sauf neufs. Direction le sud. Le petit convoi entre rapidement en Cisjordanie occupée, longe Bethléem à gauche, prend à un arrêt de bus deux activistes internationaux, une Américaine de 60 ans et un Français de 21 ans. Une bonne heure de route nous attend.

Dès que les véhicules dépassent Hébron, des jeeps de l’armée israélienne se mettent à nous suivre. Le premier arrêt se situe à proximité de la ville palestinienne de Yatta. Dans une immense oliveraie, une vingtaine de Palestiniens, hommes et femmes, ont commencé la cueillette des olives. Les membres de Taayoush se joignent à eux. Souvent, des colons extrémistes des environs viennent perturber le travail. Aujourd’hui, peut-être grâce à la présence d’Israéliens solidaires, le calme règne.

Zone militaire fermée

Moins d’une heure plus tard – il doit être 9 h 30 – notre groupe d’activistes repart, la journée est encore longue. Des nuages obscurcissent l’horizon. A peu de distance, nous arrivons sur les terres du village d’Umm el-Arais, à proximité de Mitzpeh Yair, un « avant-poste », à savoir une colonie juive illégale même au regard du droit israélien (1). Nous empruntons la petite route qui y mène quand un colon, environ 40 ans, lunettes, longue barbe, grosse kippa sur ses cheveux longs, nous barre la route. « C’est Avidal, lâche Amiel, un laïc devenu extrémiste religieux. »

Impossible de passer, des deux côtés le ravin est dissuasif. La Jeep militaire israélienne arrive assez vite, et un sous-officier en sort pour brandir un ordre écrit : « Le coin vient d’être déclaré zone militaire fermée, personne ne peut s’y trouver, veuillez dégager », dit-il poliment, en se gardant bien de signifier l’ordre au colon.

Après une longue marche arrière, il est décidé de passer à travers les collines, mais à pied. Le groupe arrive à destination en quinze bonnes minutes : au bas de la colline où Mitzpeh Yair a été bâti (des caravanes et quelques maisons amovibles de bois) se dressent une douzaine de serres en toile érigées par les colons sur des terres palestiniennes et dont la Cour suprême israélienne a exigé le démantèlement avant le 31 octobre. Elles sont toujours bien là.

Les deux propriétaires palestiniens, des familles Awad et Jabarin, sont arrivés sur les lieux avec des amis, des femmes et une dizaine d’enfants. Quelques colons leur font face, protégés par une vingtaine de soldats, l’arme en bandoulière. Le ton monte rapidement, une bousculade s’ensuit et les deux chefs de famille sont emmenés manu militari, menottes au poignet.

Tamar, du groupe de Taayoush, n’y tient plus : elle se met à haranguer les soldats de toutes ses forces. Ils ont presque tous moins de 20 ans. « C’est plus fort qu’elle, nous dit Amiel, elle ne peut s’empêcher de leur faire la morale, de leur dire qu’ils protègent ceux qui violent le droit international et même israélien ». Son speech passionné dure bien un quart d’heure. « D’habitude, j’arrête après quelques phrases, nous confiera-t-elle ensuite. Mais ici, j’ai observé que quelques-uns de ces jeunes soldats m’écoutaient, alors j’ai continué ! »

Maggy, la militante américaine de Bethléem, se montre audacieuse : elle franchit un barbelé et va brièvement parler à un groupe de colons. « J’ai voulu leur dire leurs torts, raconte-t-elle, mais ils m’ont répliqué que Dieu leur avait donné cette terre ; qu’est-ce qu’on peut répondre à cet argument ? »

Au total, le face-à-face durera plus d’une heure et nécessitera que les soldats israéliens se précipitent pour empêcher que plusieurs colons ne sortent du périmètre des serres pour narguer les familles palestiniennes. Amiel, de son côté, s’est isolé plus loin. Il tente de trouver par téléphone un avocat pour les deux Palestiniens arrêtés.

Quand un officier de la police israélienne surgit, la scène prend fin. « Son nom est Gilad Scheuer, on le connaît, nous souffle-t-on. Pas moyen de discuter avec lui. » Et de fait, très remonté, l’homme au crane rasé sous sa casquette bleu marine intime l’ordre aux Palestiniens et aux activistes israéliens de s’en aller, et les soldats l’aident à nous faire obtempérer.

Scène dérisoire

A bord des deux véhicules, nous nous rendons à Umm el-Kheir, un village bédouin créé en 1948 après l’expulsion de plusieurs familles bédouines du côté de Beer Sheva, dans le Néguev. Là, la colonie juive dite Carmel étouffe la petite communauté locale. « Ils veulent nous empêcher d’aller faire boire nos chèvres à la source sur ces terres que nous avons achetées légalement, explique Mouatassem, un jeune d’une quinzaine d’années dans un anglais fort compréhensible. La colonie veut s’étendre plus encore, alors qu’elle empiète déjà sur nos terres. »

Les soldats israéliens présents à Mitzpeh Yair arrivent sur la scène : le père de Mouatassem, qui possède le troupeau de chèvres, se lance dans un laïus énervé, ponctué de « Allah Akbar ! » (Dieu est grand). Avec sa barbe grise, ses cheveux blancs perdus dans un énorme keffieh, ses vêtements en lambeaux et son bras droit qui brandit un bâton en l’air, il semble avoir perdu la raison. Les soldats en rient et le prennent en photo. La scène est dérisoire.

Après quelques minutes de discussions avec les Bédouins, le groupe repart. Pour une expérience qui se révélera peu banale. Quelques kilomètres plus loin, nous arrivons à A-Tawni, un village très pauvre accroché à flanc de colline. Cinquante maisons, tout au plus. Un lunch composé de shawarmas, sorte de sandwich à la viande et aux légumes, permet de reprendre de l’énergie. Le soleil, à présent, a vaincu les nuages. Les collines de Cisjordanie offrent au regard un spectacle magique.

Enfants caillassés

Nous continuons à pied, en compagnie de deux volontaires italiennes, qui résident sur place depuis quelques semaines. « Nous aidons les enfants du village, explique Teresa, 27 ans. Pour aller à l’école la plus proche, ils doivent prendre ce chemin, qui passe à côté d’un avant-poste illégal, Havat-Maon, où les colons leur lancent des pierres tous les matins. »

La quinzaine de personnes de l’équipée empruntent donc ce chemin cahoteux. Il y a environ une demi-heure de marche jusqu’à l’école. Pas d’enfants avec nous, c’est samedi. « Le harcèlement des enfants a lieu depuis une dizaine d’années, explique Amiel. Un comité de la Knesset a ordonné en 2007 que l’armée les escorte à chaque trajet, ce qu’elle fait sans enthousiasme : parfois elle vient, parfois pas. Il est arrivé que les soldats doivent faire entrer la quinzaine d’enfants dans la Jeep car malgré leur présence des colons déchaînés les caillassaient ! »

Nous arrivons à proximité de Havat-Maon, juché sur le sommet de la colline. En contrebas, au loin, une oliveraie fait pitié avec la moitié de ses arbres coupés, résultat d’une action rageuse des colons contre les paysans palestiniens. Soudain, à travers les arbres sur la colline qui domine, des silhouettes apparaissent, furtives, en courant. Ce sont quelques jeunes colons, tous masqués. Ils sont cinq ou six. Les membres de Taayoush branchent leurs caméras. Soudain, l’un d’eux s’écrie : « Attention aux pierres ! ». Et de fait, les pierres commencent à tomber près de notre groupe, qui n’a d’autre solution que de battre en retraite.

Un kilomètre plus tard, nous sommes en sécurité. Assis un peu groggy, le groupe reprend son souffle. Personne n’a été touché. Un peu d’eau est bienvenue. Quelqu’un tente de plaisanter mais sans succès. Amiel annonce qu’il va porter plainte contre les lanceurs de pierres, puis ajoute : « Aucune chance d’aboutir à une inculpation ». Nous rejoignons bientôt nos véhicules. Le soleil va bientôt commencer à se coucher.

Sur le chemin du retour, deux questions nous taraudent. Comment se fait-il que si peu d’Israéliens participent, comme cette admirable ONG Taayoush, à des actions de solidarité avec les Palestiniens harcelés ? Et, surtout, comment peut-on lancer des pierres tous les matins sur des enfants ? BAUDOUIN LOOS

NB Cet article fait partie d’un reportage qui a été publié sur trois pages dans le journal Le Soir des jeudi 7 et vendredi 8 novembre.

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Bunda’im, un film d’Eran Torbiner



58’, version originale yiddish-hébreu, sous-titres français

La projection sera suivie d’un débat avec le réalisateur

Vendredi 8 novembre à 20h15 à l’UPJB (Union des Progressistes Juifs de Belgique)

Dans ce film exceptionnel, Eran Torbiner donne la parole aux militant-e-s du Bund israélien. Le Bund était l’un des principaux mouvements politiques juifs de la Pologne des années 1930. Après avoir été détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, le Bund vit ses membres se disperser, une partie d’entre eux partant pour Israël.

Depuis Tel-Aviv, ces derniers n’ont jamais cessé d’appartenir à la famille du Bund et d’œuvrer pour leur combat socialiste et yiddishiste.

Que signifie être bundiste en Israël ? Y a-t-il une place en Israël pour un mouvement juif diasporiste, qui récuse la centralité de cet Etat pour les Juifs du monde entier et défend l’égalité entre Juifs et Arabes sur la terre d’Israël-Palestine ? C’est à cette question et à bien d’autres que tente de répondre Eran Torbiner en donnant la parole à ces vétérans de combats qui sont encore les nôtres.

P.A.F. 6 €, 4 € (membres UPJB), 2 € (revenus modestes)

llan Pappe: « Je suis considéré comme un danger en Israël »


loos

Ilan Pappe est un Israélien atypique. Un intellectuel membre de la génération des « nouveaux historiens ». Un battant aussi. Un militant de la cause palestinienne, venu la semaine dernière au Festival des libertés à Bruxelles. Sujets de cet entretien: le mouvement BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) et l’école des “nouveaux historiens” israéliens…

Nous nous étions rencontrés en 1999. Que s’est-il passé pour vous depuis lors ?

Je suis resté à l’Université de Haïfa jusqu’en 2006, cela devenait plus difficile chaque année, surtout à partir de la seconde intifada en 2000. La relation que j’avais avec la communauté académique israélienne et même avec la société israélienne en général, qui avait bougé vers la droite, devenait toujours plus tendue, le clash était inévitable. Quand des menaces de mort ont été proférées à mon égard, j’ai compris que ma situation devenait insupportable. J’ai trouvé une situation intéressante à l’Université d’Exeter, en Angleterre. Je suis en quelque sorte un réfugié cinq étoiles ! Mais je continue à passer beaucoup de temps en Israël, je m’occupe notamment du dossier des Palestiniens israéliens sur lesquels j’ai écrit un livre.

On continue sans doute à ne pas vous aimer dans votre pays ?

Oui, je suis considéré comme un « marginal » très à gauche mais aussi comme un danger car j’appartiens à un groupe qui croît, celui des Israéliens très actifs dans la solidarité avec les Palestiniens, qui trouvent des vertus au mouvement international BDS (boycott, désinvestissement, sanctions contre Israël). On inquiète pas mal de monde car on ne peut nous accuser d’antisémitisme et nous incarnons un symptôme de ce qui se passe en Israël. Je suis aussi engagé dans le mouvement ODS (« One Democratic State »), qui préconise un seul Etat où Israéliens juifs et Palestiniens jouiraient de droits égaux [par opposition à la solution de deux Etats, NDLR]. Vous me direz que nous ne représentons même pas 1% de la population d’Israël, ce qui est vrai. Mais ceux qui se disent d’accord avec la solution des deux Etats, Israël/Palestine côte à côte, ne sont guère plus nombreux en Israël si l’on parle d’un Etat palestinien souverain qui correspondrait aux critères acceptables pour les Palestiniens ! La majorité des Israéliens préfère un Etat démocratique pour eux, pas pour les autres, comme c’est le cas maintenant, avec les Palestiniens reclus dans des ghettos. On en est maintenant à un équilibre démographique entre Juifs et Arabes dans l’espace de la Palestine mandataire mais le côté juif décide de tout, du moindre degré d’autonomie qu’il laisse aux Palestiniens.  S’ils se comportent bien, ils reçoivent un peu plus  d’autonomie. Dans le cas contraire, on les punit, les empêchant de bouger, d’étudier, de travailler. Nous pensons que ce système oppressif injuste ne peut continuer. Quelque part, Israël est autorisé à être un Etat raciste, on tolère cela en raison de la Shoah qui s’est passée en Europe, car on voit les Israéliens – ce qui n’est pourtant plus vrai – comme les victimes de la Shoah, alors cependant que les Palestiniens n’ont rien à voir avec cette tragédie.

Que dites-vous au grand public israélien ?

Aux Israéliens de réfléchir, eux qui s’enorgueillissent de faire partie du monde civilisé et qui s’agacent quand ils voient des sondages mondiaux qui les comparent aux pires pays de la planète. Je constate que l’opinion publique mondiale tend à devenir de plus en plus propalestinienne, sans doute en raison d’internet, des réseaux sociaux qui donnent un accès à l’information, et aussi ces nombreuses visites de jeunes internationaux en solidarité. Les gens savent de plus en plus. Et ce qui est criminel et immoral ne passe plus et ce ne sont pas des néonazis ou des antisémites qui le disent. Sait-on qu’Israël renvoie fréquemment dès leur arrivée à l’aéroport de Tel-Aviv des jeunes qui viennent en solidarité avec les Palestiniens ? Les meilleurs jeunes d’Europe, pas des terroristes ! Cela montre à quel degré de folie Israël en est arrivé.

La campagne BDS est très mal vue en Israël…

On est peu à y prendre part, c’est vrai. Mais il y a pourtant urgence. Des gens comme moi ont essayé de changer Israël de l’intérieur pendant 40 ans, en vain. On a déjà expulsé la moitié des Palestiniens, on a déjà détruit la moitié de leurs villages, de leurs maisons, ils sont en prison en Cisjordanie depuis 1967,  ghettoïsés à Gaza depuis huit ans, il y a urgence !  BDS est un outil pour arrêter Israël dans ce qu’il fait et pour qu’une solution pacifique soit possible. La plupart des Israéliens ne mettent jamais les pieds en Cisjordanie, où la colonisation et l’oppression continuent. Les gens doivent savoir qu’à dix kilomètres de Tel-Aviv des choses horribles se passent. S’ils font partie d’une armée qui commet des crimes, ils sont partie prenante de ce crime. L’idée d’un statu quo qui est confortable est fausse, une troisième intifada, sous une forme que j’ignore, n’est pas du tout impossible. Certains disent que la campagne BDS va radicaliser les Israéliens, je pense exactement le contraire, d’ailleurs nous progressons au sein du monde universitaire, où 120 académiques nous soutiennent désormais, alors que nous étions six au départ. Pour la première fois, les universités israéliennes viennent de publier un rapport qui critique sévèrement le traitement réservé aux universités palestiniennes.

L’école des nouveaux historiens existe-t-elle encore ?

Non. Elle date de la fin des années 80 et du début des années 90. Mais nous n’avons jamais été que quatre ou cinq ! Benny Morris était le plus connu, grâce à son premier livre sur l’expulsion des Palestiniens en 1948. Ironiquement, il a ensuite fait un « U-turn » pour devenir un « vieil historien » partisan de l’épuration ethnique [Benny Morris, depuis 2002 et comme il l’avait alors déclaré au Soir, estime qu’Israël aurait dû « finir le travail » en 1948 et faire partir tous les Arabes sans laisser sur ce qui devenait le territoire de l’Etat qui se créait une petite minorité palestinienne, qui se chiffre maintenant à plus d’un million d’âmes, NDLR].

On vous avait accusé d’admettre, comme dans une interview au “Soir” en 1999, que vous aviez comme historien un agenda politique…

On voit bien avec les événements de 1948 que les historiens ne peuvent être objectifs. Même s’ils se basent sur des faits, ils les interprètent selon leur agenda politique, c’est ce que je vous avais dit en 1999 et qu’on m’avait tant reproché ! L’agenda de Morris, qui était au départ proche de la gauche libérale, est passé de la gauche à la droite et, sans changer les faits sur lesquels il se basait, il a commencé à justifier les expulsions! S’agissant des expulsions de Palestiniens sur lesquelles nous avons beaucoup travaillé, les « nouveaux historiens » israéliens n’ont en réalité rien découvert. Simplement, personne en Occident ne croyait les Palestiniens et leurs historiens qui disaient qu’ils étaient devenus réfugiés en raison d’une expulsion, et ils avaient pourtant raison ! Donc pour Morris comme pour moi, la question n’est pas de savoir ce qui s’est passé mais ce qu’on fait de ce qui s’est passé.

Vous pourriez encore débattre avec Morris ?

Je ne crois pas. Nous avons été amis, naguère, puis les choses se sont gâtées. Il est devenu très insultant à mon égard. Et puis, quel débat peut-on tenir avec
quelqu’un qui proclame désormais sans sourciller qu’on aurait dû expulser tous les Arabes en 1948 ? En outre, on ne m’accepte plus sur les plateaux de télévision en Israël et on proscrit de me citer dans les écoles. Vous connaissez l’histoire : si
vous n’aimez pas un message, tuez le messager…

BAUDOUIN LOOS

Bio express

nettoyagepappe

Un historien engagé

Ian Pappe, né à Haifa en 1954, dans une famille juive allemande venue en Palestine avant la guerre. Il disait de lui-même qu’il était « l’Israélien le plus détesté en Israël » lorsqu’il y habitait. Il est vrai que son travail, comme historien, lui a valu de solides inimitiés. Parmi les « nouveaux historiens israéliens », cette école qui avait entrepris de traquer et de briser les mythes de l’historiographie officielle, Pappe est considéré comme le plus radical. Il ne nie d’ailleurs pas sa posture « post-sioniste » engagée. Son engagement auprès des militants propalestiniens dans le mouvement BDS (boycott, désinvestissement et sanctions) ainsi que pour la transformation de l’ensemble Israël/Palestine en un Etat pour tous ses citoyens explique également l’hostilité qu’il suscite souvent en Israël.

En français, les Editions La Fabrique ont publié en 2000 et 2004 « La guerre de 1948 en Palestine » et « Les démons de la Nakbah ». Le Seuil a publié en 2008 « Le nettoyage ethnique de la Palestine ». (B.L.)

NB Cet article a été publié dans “Le Soir” du mardi 29 octobre 2013.

Yehuda Shaul, sergent israélien: « Il faut mettre fin à l’occupation »


MONDE | mercredi 16 octobre 2013 à 12h36

Des soldats israéliens ont choisi de rompre le silence et de révéler les comportements de l’armée en Cisjordanie. Après avoir effectué leur service militaire, ils sont pris de remords. Harcèlement de civils, violence gratuite, arrestations d’enfants: les méthodes utilisées pour maintenir le contrôle israélien sur les Territoires palestiniens dépassent les limites qu’ils peuvent admettre. Pour eux, seule la fin de cette occupation pourra sauver Israël de la perte morale vers laquelle le pays se précipite.

Yehuda Shaul est un solide gaillard, qui a fait ses trois années de service dans une unité combattante de l’armée israélienne. Mais après ces trois années, il s’est senti mal. Il s’est rendu compte que l’opinion publique israélienne ignore complètement ce qui se passe dans les Territoires palestiniens et comment l’armée israélienne s’y comporte. Il a fondé une association d’anciens soldats qui veulent témoigner, Breaking the silence. Les éditions Autrement publient aujourd’hui en français leur Livre noir de l’occupation israélienne. Nous avons rencontré Yehuda Shaul.

Quelle est la motivation des soldats pour vous confier leurs témoignages sur ce qu’ils ont vu ou fait dans les Territoires occupés ?

Le jour où j’ai compris ce que j’ai fait comme soldat d’infanterie et commandant en Cisjordanie durant mon service, je n’avais pas le choix. Il y a un moment où vous comprenez que si vous ne dites pas la vérité sur ce qui se passe, personne ne la dira. Et notre société continuera à prendre des décisions politiques sans réellement comprendre ce qui se passe sur le terrain.

L’opinion publique israélienne ignore donc ce qui se passe en Palestine ?

Tout à fait. Mes parents, ma communauté, les gens qui m’ont envoyé dans les Territoires occupés faire ce que j’ai fait n’ont idée de ce qui s’y déroule. C’est pourquoi nous nous appelons « Breaking the silence » (Briser le silence). Nous avons commencé en 2004 avec une expo de photos sur notre période à Hébron. J’y ai servi durant 14 mois comme soldat et comme commandant. Et avec 65 de mes camarades nous avons lancé l’association. La réaction a été énorme dans les médias. Nous avons été invités au parlement. Et 7.000 personnes ont vu l’expo. Ce ne serait pas arrivé si les gens étaient habitués à entendre cette histoire. Mais les gens ignorent les faits. C’est pour cela que notre société ne prend pas la responsabilité de ce qui est fait en son nom. Notre tâche à Breaking the silence, c’est de les forcer à savoir.

Quel genre de faits sont ignorés en Israël ?

Le débat politique tourne autour du conflit avec les Palestiniens. Mais la discussion reste très générale. Ce que nous faisons chaque jour, les gens ne le savent pas. Par exemple, pendant que nous parlons, il y a deux patrouilles militaires à Hébron. Leur mission, c’est de faire sentir leur présence. L’idée des militaires est la suivante: si les Palestiniens ont le sentiment que les soldats sont partout tout le temps, ils auront peur d’attaquer. Pour qu’ils aient ce sentiment, il faut faire sentir sa présence.

Vous faites votre garde de nuit de 22h à 6 h du matin. Huit heures de service. Je suis le sergent, je dirige la patrouille. Je l’ai fait pendant des mois. Vous patrouillez dans les rues de Hébron. Vous entrez dans une maison. Pas une maison suspecte. Vous choisissez une maison au hasard. Vous réveillez la famille. Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Vous fouillez partout. C’est fini, vous retournez en rue, lancer des grenades assourdissantes, frapper aux portes, faire du bruit, courir au coin de la rue, entrer dans une autre maison et réveiller la famille.

Vous passez vos huit heures de service comme cela. Depuis septembre 2000 et la seconde intifada jusqu’aujourd’hui, cela ne s’est pas arrêté une seconde. En langage militaire on appelle ça : « créer le sentiment de persécution ». La plupart des Israéliens ignorent que c’est notre travail au jour le jour. Instaurer ce sentiment de persécution dans toute une population, pour moi, ça dépasse la limite de ce qui peut être fait en mon nom. Et nous demandons aux autres: voulez-vous soutenir un régime pareil ou pas?

Pour vous, toutes les limites morales ont été franchies ?

Je pense en effet qu’en envoyant nos militaires pour maintenir une occupation sur le peuple palestinien depuis 46 ans, nous avons condamné nos militaires à une réalité où les valeurs morales que nous avons à la maison, dans la société, ne s’appliquent plus. Je me souviens que quand j’allais dormir, je me disais: « Il y a des choses que je ne ferai jamais. Je n’utiliserai jamais des Palestiniens comme boucliers humains. » Une semaine plus tard, en patrouille, vous voyez un paquet suspect sur le bord de la route. Vous prenez le premier Palestinien qui passe et vous lui dites d’aller voir. L’idée est très simple: si c’est une bombe, elle explosera, sinon, on continuera à avancer. C’était la procédure et je l’ai appliquée. Et quand vous retourner dormir vous vous dites: « Mais ça, je ne le ferai jamais. » Et la semaine suivante, vous franchissez une nouvelle limite. Tout ce qui nous reste, c’est de briser le silence et de crier: « Regardez: nous avons été éduqués d’une certaine façon et dans les Territoires, nous faisons le contraire. Que se passe-t-il? »

Que pensez-vous de ces porte-parole et de ces ministres israéliens qui avancent que l’armée israélienne est la plus morale au monde ?

Le problème quand on dit que l’armée israélienne est la plus morale du monde, c’est qu’il n’y a pas d’occupation morale. Les gens ne le comprennent pas, mais ma critique ne vise pas l’armée, elle vise la mission que les militaires sont envoyés faire par la société israélienne. Je ne me suis pas réveillé un matin, à 18 ans, en décidant d’aller m’amuser comme soldat dans les Territoires occupés. J’ai été envoyé là-bas, par mon gouvernement, par ma société. Ce n’est pas une campagne contre l’armée. C’est une campagne pour expliquer ce que l’occupation signifie. Derrière le travail de Breaking the silence, il y a de l’optimisme: il y a une minorité significative en Israël, quand elle est confrontée aux faits, elle brise le silence et prend notre parti. Ils verront que dans l’occupation, il n’y a rien de juif et il ne devrait rien y avoir d’Israélien. Nous ne devrions pas y être impliqués.

Mais ne faut-il pas reconnaître qu’il n’y a pas de guerre propre, qu’il y a toujours des victimes collatérales et qu’Israël doit bien se défendre contre le terrorisme ?

Ce n’est pas une guerre que nous menons, c’est une occupation. J’ai fait un entraînement de six mois comme un soldat d’infanterie et trois mois comme sergent. Je suis entraîné à faire la guerre. Si la Syrie ou l’Égypte attaque Israël, je défendrai mon pays. Je suis prêt. Mais ce que j’ai fait pendant le reste de mon service militaire n’avait rien à voir avec mon entrainement. J’imposais notre loi aux Palestiniens. C’est très différent.

La génération de mes parents, ils ont des histoires à raconter: des batailles contre les Égyptiens, contre les Syriens… Moi, les histoires que je peux raconter, c’est très différent. Je suis entré de force dans des maisons et les enfants faisaient pipi dans leur pantalon de peur… Ce n’est pas la guerre. Ce n’est pas un dommage collatéral. C’est un sale travail, un travail immoral depuis le début. Et si vous lisez le livre que nous publions, vous verrez que l’histoire des soldats israéliens dans les Territoires occupés, les stratégies que nous utilisons, ce n’est pas seulement pour défendre Israël du terrorisme. Ce n’est qu’une petite partie de notre travail. L’essentiel, c’est de maintenir notre contrôle militaire absolu sur les Palestiniens. C’est maintenir un statu quo, ce qui ne signifie pas geler la situation, c’est une campagne continue. Le titre du livre en Hébreu, c’est « L’occupation des Territoires », parce que nous voulions dire que l’occupation ne s’est pas produite en juin 1967 quand Israël a conquis des Territoires. L’occupation israélienne est une campagne offensive et continue d’enracinement de son contrôle militaire. Avec chaque maison que vous construisez dans les Territoires, ils sont réoccupés. Chaque fois que vous faites irruption dans une maison palestinienne en pleine nuit et provoquez un sentiment de persécution, les Territoires sont réoccupés. Chaque point de contrôle volant que vous installez pour perturber un village, c’est une nouvelle occupation. Je suis pas un pacifiste, mais une occupation militaire prolongée sur un autre peuple, je n’en veux pas. C’est la destruction de l’armée, la destruction de notre société et ça détruit la légitimité de l’État d’Israël.

Je suis sûr qu’en Israël, vous êtes vus comme des traîtres. Comment vivez-vous avec ce regard sur vous?

Pour moi, j’ai servi mon pays durant trois ans dans l’armée et depuis 9 ans, je sers mon pays dans Breaking the silence. Pour moi, il n’y a pas de différence, à part le salaire! Je crois que les vrais traîtres sont ceux qui pensent que l’existence d’Israël dépend du fait que les Palestiniens ne seront jamais libres. Les plus grands « délégitimateurs » de l’État d’Israël sont ceux qui veulent nous faire croire que nous sommes complètement indépendants en occupant les Palestiniens pour toujours. Ceux-là détruisent le pays. Avec eux, dans 50 ou 60 ans, Israël n’existera plus de la manière que nous voulons. La seule façon pour Israël d’être une patrie comme je l’aime et comme elle a été créée, c’est que nous arrêtions de commettre des péchés, des actions non-casher, et que nous mettions fin à l’occupation.

Propos recueillis par Daniel Fontaine

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