Un été engagé pour de jeunes Rhodaniens au Moyen-Orient


par leprogrès.fr

Cet été, 120 jeunes Européens, dont une vingtaine de la région lyonnaise, ont découvert, grâce à l’association Génération Palestine, Jérusalem et les territoires palestiniens. Avec une ambition : comprendre le conflit et rencontrer la population civile.

Première étape de leur périple, Jérusalem. Pendant trois jours, ils enchaînent visites et rencontres avec des acteurs politiques et associatifs israéliens et palestiniens. « J’ai surtout été émue par les Refuzniks, ces Israéliens qui vont à l’encontre d’une bonne partie de leur société en refusant de servir l’armée dans les territoires occupés », raconte Leïla, 25 ans.

Les jeunes militants rejoignent ensuite les territoires, dispersés en petits groupes. Direction Naplouse,
Bethléem, Djénine ou Ramallah, souvent dans des camps de réfugiés. Sur place, chaque groupe se consacre à une action en particulier : animation pour enfants, réalisation de films ou cueillette des olives.

De jeunes Palestiniens les accompagnent pendant leur séjour, un moyen pour eux d’échanger avec des étrangers. « Tous parlent anglais », s’étonne Leïla, car les voyages à l’étranger sont presque impossibles pour les Palestiniens. Certains voient même pour la première fois le mur qui sépare la Cisjordanie d’Israël, au côté du groupe d’Européens, tant les déplacements dans les territoires sont compliqués par les check-points.

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La marine israélienne tire sur des bateaux palestiniens avec des pêcheurs et des pacifistes à bord


1er septembre – Free Gaza
Lundi matin, des navires de guerre israéliens tirent sur des bateaux de pêcheurs palestiniens avec à leur bord des pacifistes internationaux de Free Gaza Movement. Communiqué du mouvement.

(JPG) À 9 h 45 ce matin lundi 1er septembre (CEST), nous apprenons que plusieurs navires israéliens ont tiré sur un bateau de pêche palestinien avec six militants pacifistes de « Free Gaza » à bord. Les militants ont appelé depuis le bateau. Au bout du fil, à Chypre, on dit avoir perçu les coups de feu en arrière-plan. Le bateau était parti pêcher à l’aube, les passagers ne sont pas armées et se trouvent dans les eaux de Gaza. […]

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200 Palestiniens prisonniers politiques relâchés par Israël


Israël a commencé à libérer un certain nombre de prisonniers palestiniens avant une prochaine visite dans la région de Condoleezza Rice, la secrétaire d’état américaine.


La mère de Said Atab tient le portrait de son fils, incarcéré depuis 32 ans

On s’attend à ce que presque 200 Palestiniens détenus dans les prisons israéliennes soient libérés et soient en Cisjordanie ce lundi.

Ces libérations sont voulues par Israël pour renforcer la position de Mahmoud Abbas, le président palestinien.

Après les libérations de ce lundi, environ 11 000 Palestiniens resteront incarcérés dans les prisons israéliennes.

Les officiels palestiniens, dont Ashraf al-Ajrami, le ministre des affaires des prisonniers, ont salué les prisonniers alors que ceux-ci montaient à bord des autobus au centre de détention militaire israélien d’Ofer en Cisjordanie occupée.

Les prisonniers devaient être formellement libérés au point de contrôle de Beituniya avant d’être redirigés vers le siège présidentiel d’Abbas dans Ramallah pour une réception officielle.

« Prisonniers politiques »

Nour Odeh d’Al Jazeera, s’exprimant depuis Ramallah, a rapporté que les Palestiniens marquaient l’évènement en dansant et en jouant de la musique alors qu’ils attendaient le convoi d’autobus amenant les prisonniers libérés.

« Les Palestiniens réclament depuis longtemps que les prisons israéliennes soient vidées des prisonniers politiques palestiniens », a-t-elle dit.

« Ceci une question centrale pour la politique palestinienne et qui est considérée comme une des plus importantes pouvant mobiliser l’opinion publique. »

« C’est un évènement que le président palestinien peut plus ou moins revendiquer, quoique l’Autorité palestinienne ait affirmé que l’identité, l’affilitiation politique et le temps servi par les prisonniers libérés aujourd’hui a été l’unique décision d’Israël, » a encore déclaré Odeh.

Deux des prisonniers palestiniens devant être relâchés ce lundi sont des condamnés à perpétuité, pour lesquels Israël a fait une rare exception à sa politique de ne pas libérer les prisonniers impliquée dans des attaques mortelles.

Said Al-Attaba, âgé de 56 ans, était soumis à une condamnation à perpétuité depuis 1977 après avoir été accusé de la mort d’une femme israélienne, et Mohammed Ibrahim Abu Ali, âgé de 51 ans, et connu sous le nom de « Abu Ali Yatta », était derrière les barreaux depuis 1979 avoir tué un réserviste israélien.

Traduction d’un article d’Al Jazeera net publiée sur info-palestine

Israël libère 198 prisonniers palestiniens, nouvelle visite de Condoleezza Rice


Le plus ancien détenu palestinien en Israël, Saïd Al-Attaba, en prison depuis 1977
Le plus ancien détenu palestinien en Israël, Saïd Al-Attaba, en prison depuis 1977

RAMALLAH (AFP) —

Israël a libéré lundi 198 prisonniers palestiniens, dont deux parmi les plus anciens, dans un geste à l’égard du président Mahmoud Abbas qui les a accueillis en héros à Ramallah.

Ces libérations sont survenues quelques heures avant l’arrivée de la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice pour une nouvelle mission en Israël et chez les Palestiniens, engagés dans de difficiles négociations de paix.

« La libération de ce groupe nous comble de joie mais nous ne serons pas tranquilles avant la libération de tous les prisonniers, les 11.000 qui attendent toujours », a dit M. Abbas en recevant les prisonniers libérés dans la cour de la Mouqataa, son QG à Ramallah en Cisjordanie.

« Il n’y aura pas de paix sans la libération de tous les prisonniers », a-t-il ajouté, en saluant « 198 héros de notre peuple », accueillis par des milliers de personnes.

La plupart des prisonniers libérés, dont deux femmes, appartenant pour la plupart au Fatah, le parti de M. Abbas.

Le plus ancien détenu palestinien en Israël, Saïd Al-Attaba, 56 ans, incarcéré depuis 1977, et Mohammad Ibrahim Abou Ali, alias « Abou Ali Yatta », emprisonné depuis près de 30 ans, font partie des détenus libérés.

SUITE

Les bateaux de Free Gaza ont accosté ce samedi vers approximativement six heures dans le port de Gaza.


Les deux bateaux ont été salués par des centaines de Gazans et journalistes qui ont traversé la plage et se sont empilés dans des bateaux pour accueillir les militants.
(JPG)


Un bateau palestinien part rejoindre le Liberty et le Free Gaza arrivés sains et saufs dans les eaux du port !

Le groupe restera à Gaza pendant au moins dix jours, participant d’abord à une conférence de presse pour traiter de la situation, puis voyageant ensuite dans toute la bande de Gaza pour constater de première main les effets du blocus. Les officiels ont déclaré qu’il était possible que l’équipage puisse rencontrer les responsables politiques locaux, bien qu’aucune décision n’ait été prise.

Au moment où l’équipage pénétrait dans le port, le président palestinien Mahmoud Abbas a appelé les bateaux pour les féliciter de leur voyage et les remercier de leur persévérence.

Le premier ministre du gouvernement de Gaza, Ismail Haniyeh, a donné une conférence de presse et a déclaré que le voyage a réussi en raison de la persévérance de l’esprit palestinien. Il a qualifié le projet Free Gaza de formidable « coup donné au blocus », et il a remercié l’équipage de ses efforts.

Plus tôt ce samedi une réunion du cabinet ministériel israélien avait décidé de ne pas empêcher les bateaux de Free Gaza d’entrer dans le port de Gaza en dépit des menaces précédentes selon lesquelles la force pourrait être employée pour empêcher l’accostage.

Ce samedi 11 bateaux, avec entre autres personnes 20 journalistes, avaient quitté la plage de Gaza pour aller à la rencontre des « bateaux pour Gaza », leur arrivée étant programmée pour midi. Mais les bateaux sont revenus vers le rivage après que des coups de semonce aient été tirés aux alentours de trois heures, et les navires devant briser le blocus n’étaient toujours pas en vue.

Les problèmes rencontrés avec l’équipement de navigation et que l’équipage attribue à du brouillage radio envoyé par les israéliens, a retardé l’arrivée des bateaux.

D’abord prévue en début d’après midi, l’heure d’arrivée des bateaux devait se situer entre 17 et 19 heures ce soir.

Les Palestiniens attendaient nombreux les bateaux depuis le matin, bien qu’ils n’étaient pas encore en vue.

À 10 heures du matin heure locale, l’équipage de Free Gaza a publié le communiqué suivant aux organisateurs du projet :

« Les systèmes électroniques qui garantissent notre sécurité à bord des bateaux Free Gaza et Liberty ont été bloqués et brouillés. Les deux bateaux battent pavillons grecs, et sont dans des eaux internationales. Nous sommes les victimes d’une piraterie électronique. Nous sommes actuellement dans le secteur A2 de GMS-P et nous comptons sur notre équipement de communication par satellites pour lancer si nécessaire un appel de détresse.

Nous sommes des citoyens de 17 nations et nous avons comme objectif de briser le siège de Gaza. Nous ne sommes pas des marins expérimentés. Par conséquent, il y a un risque concernant la sécurité des personnes à bord suite à cette situation d’urgence.

Nous naviguons actuellement sur une mer agitée, et nous faisons appel au gouvernement grec et à la communauté internationale pour qu’ils assument leurs responsabilités et protégent les civils à bord de nos deux bateaux qui sont dans des eaux internationales. »

Jamal Al-Khudari, le président du comité populaire contre le blocus et membre du Conseil Législatif Palestinien avait averti Israël de ne pas nuire aux bateaux, lesquels transportent des militants pacifistes de toutes nationalités et des fournitures médicales pour les habitants de Gaza.

Il a déclaré dans une conférence de presse samedi matin que les organisateurs avaient perdu le contact avec les bateaux pendant plusieurs heures à cause des brouillages par les israéliens des fréquences radio utilisées. Les bateaux ont pu reprendre contact avec Gaza plus tard dans la matinée.

Al-Khudari avait demandé aux militants de persévérer en dépit de ces problèmes, et il a ajouté que l’équipage avait trouvé des mines flottant sous l’eau alors qu’elles entraient dans les eaux de Gaza.

« Nous les accueillerons et les honorerons comme des héros, » a conclu Al-Khudari.

23 août 2008 – Ma’an News Agency
Texte repris d’info-palestine qui l’a traduit

Ça y est, ils sont partis


Les deux bateaux qui vont briser le blocus de Gaza ont appareillé.
Ils ont quitté le rivage et sont en mer à l’heure qu’il est.
Ils ont répandu des roses sur la mer à la mémoire des marins US tués par Israël en 1967 sur le SS Liberty et à la mémoire de 14 pêcheurs de Gaza tués de même dans les eaux territoriales de la Bande.


Huweida répand les roses sur la mer

Vous pouvez participer au voyage en direct ici

Bonne route, les amis

Leur site

Le Free Gaza et le SS Liberty cinglent vers Gaza


repris de http://info-palestine.net

samedi 16 août 2008 – 08h:12

Yvonne Ridley – Press TV

Quand vous lirez ceci, nos deux bateaux le Free Gaza et le SS Liberty devraient avoir quitté le vieux port de Chania en Crète, malgré des prévisions du temps pessimistes et l’annonce de tempêtes.

Nos capitaines ont décidé qu’il est temps de quitter le quai pour des raisons de sécurité et nous longeons donc la côte crétoise pour aller embarquer le reste de nos passagers qui nous attendent patiemment à Chypre.

Il se pourrait que le voyage soit difficile, mais sans entrer dans trop de détails, nous courons sans doute plus de risques en restant à l’arrêt.

Par le passé, Israël a utilisé le Mossad et Kidon pour saboter et détruire des opérations pacifiques ayant pour but d’aider les Palestiniens ou de manifester une solidarité à leur égard.

Depuis la Crête, nous nous dirigerons vers Larnaka, à Chypre, pour prendre le reste du groupe et naviguer vers Gaza afin de briser le siège médiéval que lui impose Israël.

Les médias s’intéressent à nouveau au voyage et il y a des journalistes qui veulent se joindre à nous, tandis que d’autres envisagent de louer leurs propres bateaux … tant mieux, plus on sera nombreux, mieux cela vaudra. Ne serait-ce pas merveilleux d’avoir une immense flottille ?

Les médias s’inquiètent toutefois parce qu’Israël a par le passé ouvert le feu sur des journalistes, en a tués ou arrêtés quand ils essayaient de faire connaître la vérité sur l’occupation brutale de la Palestine.

La lecture d’un communiqué de Reporters sans frontières, publié ce matin me l’a rappelé. Le groupe de défense des droits humains condamnait l’annonce par les Forces israéliennes d’occupation (FIO) de l’arrestation d’Ibrahim Hamad, ingénieur du son travaillant pour l’agence de presse palestinienne Ramattan depuis six mois, sans engager de poursuites contre lui et sans le traduire en justice.

Hamad a été arrêté par des soldats israéliens chez lui à Qalandiyah près de la ville de Ramallah en Cisjordanie le 15 juillet. « L’armée israélienne ne peut sous aucun prétexte procéder à l’arrestation de journalistes ou de collaborateurs des médias sans raison », a dit Reporters sans frontières « Si elle reproche quelque chose à un journaliste, elle doit le dire et communiquer les motifs d’une telle arrestation. C’est pourquoi nous demandons la libération immédiate de Hamad”, a déclaré l’organisation.

Contactée par Reporters sans frontières, la direction de Ramattan a vivement condamné l’arrestation et demandé la libération de son employé. Elle a exigé que les autorités israéliennes donnent les raisons de l’arrestation d’Ibrahim Hamad. “Ce n’est pas la première fois que nos employés sont arrêtés par l’armée israélienne”, a indiqué l’agence.

Les Israéliens se vantent de leur démocratie … ces actions ne sont pas celles d’un État démocratique, mais bien celles d’un État brutal qui essaie d’écraser ceux qui se consacrent à dire la vérité sur les horreurs commises par le régime sioniste et sur sa volonté de mener à son terme, délibérément et lentement, le génocide du peuple palestinien.

Dans quelques jours, nous pourrons voir exactement comment les Israéliens réagiront devant un groupe de militants pacifiques qui veulent arriver à Gaza armés uniquement de leur amour et de leur soutien pour leurs frères et sœurs palestiniens.

Si Israël est vraiment une démocratie libre et ouverte, alors sa marine nous laissera passer, le Mossad cessera de tenter de saboter notre voyage et tous les journalistes à bord, moi-même y compris, pourront dire la vérité sur ce qui se passe dans la plus grande prison à ciel ouvert de la terre, appelée Gaza.

Entre temps, je demande instamment aux FIO de libérer notre frère Ibrahim Hamad et de lui permettre de continuer son travail dans les médias.

Mercredi, 13 août 2008 – http://FreeGaza.org Traduction : amg
Publié sur http://info-palestine.net

Entretien avec Mahmoud Darwich


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Dans la mémoire de l’Obs
«Je suis malade d’espoir», par Mahmoud Darwich
Par Nouvel Obs

A l’occasion de la publication de «Ne t’excuse pas», un recueil de poèmes, Mahmoud Darwich avait accordé un long entretien au «Nouvel Observateur», qui fut publié dans les pages Débats du numéro 2154 (16 février 2006). Le grand poète, de retour en Palestine, y parle de la folie des intégrismes, des armes de la littérature et de la paix
Intégrismes

Surtout au Moyen-Orient, surtout en Palestine, le poète doit être celui qui doute dans un monde chauffé à blanc de certitudes religieuses. Un vent de folie collective souffle sur ma région, l’affaire des caricatures en est un exemple désespérant.
On assiste à la lutte entre deux intégrismes, deux fondamentalismes rivaux, l’un américain, l’autre islamiste. En tant que poète, suis-je condamné à m’exiler dans une petite chambre pour tenter, plume à la main, d’humaniser le monde?
La poésie est par définition ouverture et affirmation de la diversité des identités. Elle est la voix qui rassemble les êtres humains. Mais aujourd’hui les communautés ne sont agitées que par des passions absurdes et irrationnelles. J’ai peur que la trop fameuse «guerre des civilisations» ne soit bien en train d’avoir lieu. Mais ses protagonistes en sont les intégristes de chaque camp.
L’hégémonie américaine sur le monde, dans sa forme fondamentaliste, entraîne les pauvres et les dominés dans une opposition violente et aveugle, comme si la recherche d’une certaine justice – il n’y a pas de justice absolue – n’avait aujourd’hui plus de sens.
C’est la défaite générale de l’intelligence, le triomphe de la bêtise outrancière, l’adieu à la raison. Oui, la folie est générale. Le discours de haine est beaucoup plus facile à proférer parce qu’il ne flatte que les instincts. Les opprimés en arrivent à croire qu’ils ne s’en sortiront qu’en s’abandonnant à l’hystérie.

La haine est une maladie qui se nourrit de l’obsession de l’ennemi. Le rôle de la poésie, disait Char, est aussi de transformer son ennemi en adversaire. Aujourd’hui, on ne cherche, on ne relève dans l’autre camp que les outrances, les caricatures de l’autre. Dans ce monde bipolaire, il n’y a plus de place pour la paix.
Quand un dirigeant islamiste de troisième ordre profère des menaces, elles sont immédiatement relayées par la Maison-Blanche. Comme si Bush et Ben Laden entretenaient un étrange dialogue à distance et se considéraient comme les seuls interlocuteurs valables. Avec le même discours : celui qui n’est pas avec nous est contre nous.

Empreintes

Dans mes poèmes, et en particulier dans mon dernier recueil, «Ne t’excuse pas», je décris un dialogue, parfois rude, entre mes différents moi. Un Palestinien digne de ce nom doit s’enrichir de toutes les cultures qui l’ont fabriqué – les cultures mésopotamienne, grecque, persane, ottomane, juive, chrétienne et musulmane. Seules les identités multiples sont belles. C’est une chance d’appartenir à un pays irrigué par des cultures très anciennes, qui toutes ont laissé des empreintes. Elles étaient souvent celles de l’occupant, mais aujourd’hui elles sont devenues miennes.

Si je combats le sionisme en tant qu’idéologie et réalité politiques, c’est qu’il est pour moi un exclusivisme. Je ne veux ni ne peux y répondre par un autre exclusivisme arabe, mais par le partage de la diversité. Je suis sûr – contrairement à ce qu’on dit – qu’entre les Juifs et les Palestiniens il n’y a pas d’insurmontables difficultés. Les vrais musulmans savent que l’islam est le prolongement du judaïsme et du christianisme. Nous nous abreuvons tous à la même source.

Si la guerre actuelle prend une forme religieuse si détestable, les raisons en sont avant tout politiques et découlent de la longue occupation de la Palestine et du cours chaotique de l’Histoire. Quelques fanatiques musulmans me reprochent d’évoquer parfois Jésus dans mes poèmes parce qu’ils refusent névrotiquement la proximité des religions de la région.
Je ne suis pas croyant, et ma relation à la Bible n’est pas religieuse. Elle est littéraire. Ceux qui me détestent ici disent que mes références à la Bible sont une trahison et une complaisance vis-à-vis de l’autre, l’ennemi. C’est fou. Mais il est difficile, c’est vrai, d’imaginer que celui qui est encerclé, bombardé, emmuré en Palestine puisse goûter aux beautés du Cantique des Cantiques.
Exils

En 1981, en exil à Beyrouth, j’ai créé la revue «Al-Karmel», à la fois ouverte sur la littérature et la poésie palestiniennes et les littératures du monde. On m’a bien sûr reproché de ne pas uniquement célébrer la littérature de mon peuple. Chaque fois, je réponds que toute littérature qui défend une cause noble et juste tout en renouvelant la forme enrichit la littérature palestinienne.

La Palestine a pour moi un sens beaucoup plus large que les Palestiniens veulent bien lui accorder: un sens universel. Aujourd’hui, la revue est installée à Ramallah et à Amman. Nous nous intéressons de plus en plus à ce qui se passe sur le plan culturel et intellectuel en Israël. Débattre avec l’autre, le connaître, c’est la ligne de la revue.

J’ai consacré quelques poèmes à des villes de mon exil: Beyrouth, Damas, Tunis. Le thème central de ce recueil, c’est le retour au pays, en Palestine. Je médite sur deux notions: le chemin et la maison. Avant mon retour, je pensais que la maison était plus belle, plus désirable que le chemin. Aujourd’hui, je trouve que le chemin est plus beau que la maison. Dans ce voyage de l’exil, j’ai salué les villes qui m’ont accueilli et m’ont marqué.

Renaissance

Depuis que j’ai échappé à la mort en 1998 à la suite d’une opération du coeur, je sens que je rajeunis: je suis né une deuxième fois. Auparavant, j’étais obsédé dans mes poèmes par la mort. J’avais oublié de célébrer la vie et la beauté. Le paradoxe aujourd’hui, c’est que j’écris sur la beauté dans un pays où elle a été mutilée, saccagée, et où l’on vit en deçà de la vie. Je tente de compenser ce manque par la beauté que je chante dans mes poèmes. Comme un poète qui recommencerait de zéro, je m’attache à décrire la forme d’un nuage ou d’un cyprès, la fleur d’un amandier. Je me suis placé sous la protection des maîtres de la poésie arabe, mais uniquement des maîtres joyeux. Oui, j’écris en état de joie. Pas pour survivre, simplement pour vivre. Les lecteurs palestiniens qui vivent dans des conditions dramatiques ont accueilli magnifiquement ces poèmes. Lors d’une soirée de lecture à Ramallah, ils ne me réclamaient que des poèmes d’amour. Des femmes se sont mises à danser. Tous voulaient dire que l’occupation n’a pas écrasé leur humanité.

La poésie en Palestine est un combat pour «désoccuper» la langue. On me reproche parfois de ne plus être un poète de la résistance, un militant. Mais la vraie défaite serait que notre langue même soit vaincue par l’occupation.

L’occupant s’attend à ce que nous ne parlions que de notre souffrance. Etre palestinien, ce n’est pas une profession, c’est aussi affirmer qu’un être humain, même dans le malheur, peut aimer l’aube et les amandiers en fleur. Ecrire un poème d’amour sous l’occupation est une forme de résistance. Le rôle de la poésie, c’est aussi de rendre les choses obscures pour qu’elles donnent de la lumière. Elle rend l’invisible visible et le visible invisible. La poésie est l’art du clair-obscur. Une lumière trop crue, trop violente efface tout.

L’espoir est la maladie incurable des Palestiniens. Notre fardeau. Je refuse l’esprit de défaite et m’accroche à l’espoir fou que la vie, l’histoire, la justice ont encore un sens. J’ai choisi d’être malade d’espoir. La poésie est fragile. C’est ce qui en fait sa puissance. Si elle tentait d’affronter les tanks, elle serait écrasée. La poésie a la fragilité de l’herbe. L’herbe paraît si vulnérable, mais il suffit d’un peu d’eau et d’un rayon de soleil pour qu’elle repousse.

Propos recueillis par Gilles Anquetil

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