Devoir d’indignation


À l’heure où les bombes s’abattent sur Alep, notre indignation peut-elle encore servir à quelque chose ? Nos concitoyens sont à ce point saturés d’images dramatiques qu’il est devenu impossible de mobiliser les consciences. Leur réaction n’est certainement pas d’indifférence, mais d’incompréhension et de désarroi. Pourtant, oui, nous avons le devoir de parler, d’écrire et peut-être de hurler devant le massacre commis par l’infernal tandem Assad-Poutine. Nos protestations n’arrêteront évidemment pas le bras du crime, mais elles peuvent au moins nous permettre de régler un vieux compte avec une vision du monde qui devrait définitivement appartenir au passé. Un compte avec ces restes de pensée binaire et ces résurgences d’esprit de système qui, parfois encore, nous aveuglent. Il faudrait être avec Poutine pour être parfaitement anti-américain. Il faudrait condamner les déclarations de François Hollande à l’ONU parce que c’est François Hollande. Il faudrait excuser ce qui se passe en ce moment à Alep au nom de l’histoire longue du colonialisme et de la longue histoire des crimes occidentaux. Il faudrait trouver mille raisons pour justifier l’intervention russe, au mépris de l’évidence.

Mais qui est ce « nous », muet ou embarrassé, dont je parle ? C’est la gauche critique. Celle de Mélenchon et du PCF, notamment [^1]. La gauche anti-guerre, celle qui a condamné l’invasion américaine en Irak, en 2003, cette monstruosité qui a inauguré un cycle de violences sans fin. Cette gauche qui dénonce si justement le commerce des armes, et stigmatise les liens coupables de la France avec l’Arabie saoudite. Cette gauche qui n’oublie jamais le conflit israélo-palestinien, énorme et originel contentieux entre les puissances occidentales et le monde arabo-musulman.

Devrait-elle, cette gauche, se taire quand l’assassin n’est plus George W. Bush mais Vladimir Poutine ? J’entends bien que la Russie a été humiliée, et comme sortie de l’histoire après l’effondrement de l’URSS. J’entends bien qu’elle se sent menacée à ses frontières par les installations de l’Otan. Je conçois qu’elle veuille sauver ses bases syriennes sur la Méditerranée. Mais rien ne justifie le massacre d’Alep, et notre silence complice. La pluie de bombes larguées au cours du week-end dernier sur la grande ville du nord a fait au moins deux cents morts. Selon l’ONG Save the children, beaucoup sont des enfants, comme près de la moitié des blessés hospitalisés. Suprême raffinement, l’aviation russe utilise des bombes à sous-munitions et un nouveau type de projectiles qui permettent de détruire un immeuble entier en un seul impact, et de pénétrer jusqu’au fond des abris souterrains où les familles trouvent refuge. Les convois sanitaires sont systématiquement ciblés, comme les hôpitaux. On retrouve à Alep la tactique du carpet bombing, dont Vladimir Poutine avait usé en Tchétchénie. Au cours de l’hiver 1999-2000, les bombardements russes avaient ainsi causé la mort de près de 200 000 Tchétchènes. Et Grozny était devenue la ville au monde la plus détruite depuis la Seconde Guerre mondiale. Va-t-on devoir inscrire Alep dans cette funeste lignée ? La violence extrême de la Russie rejoint celle de la famille Assad. Tuer « un million de martyrs » s’il le faut pour garder le pouvoir, avait prévenu un jour Rifa’at, l’oncle de Bachar. Au nom de l’asabiyya, la préservation du clan…

La guerre contre le terrorisme n’est évidemment dans tout cela qu’un très médiocre alibi. Rappelons qu’il y a, en quelque sorte, deux conflits distincts en Syrie. L’un à l’est du pays, mené par la coalition contre Daech. L’autre, à trois cents kilomètres de là, dans ce qu’on appelle la « Syrie utile », celle des grandes villes de l’ouest : Alep, Idlib, Homs, Hama, Damas, Deraa. C’est là que l’insurrection est née et s’est développée à partir de mars 2011. C’est cette Syrie, et cette insurrection, qui est frappée par la Russie et le régime. Ce sont majoritairement les habitants de ces régions qui fuient le pays. L’amalgame entre les deux guerres est au cœur du mensonge poutinien. Ce n’est pas Daech qui est visé à Alep, pour la bonne raison que cette organisation n’y est pas, repoussée qu’elle a été par les rebelles.

Si beaucoup est mensonge dans le discours russe et celui de Bachar Al-Assad, tout ne l’est pas. Au sein de l’insurrection, il est vrai que les jihadistes du Front Al-Nosra, rebaptisé récemment Fateh Al-Cham (Front de la conquête du Cham), ont pris au fil des années de plus en plus d’importance. Ce mouvement, dont les dirigeants ont été complaisamment sortis de prison par Bachar Al-Assad en septembre 2011, s’est renforcé à mesure que le régime durcissait la répression. Il a participé de la militarisation de la guerre civile, servi d’alibi à Damas pour attaquer l’insurrection et massacrer des centaines de milliers de civils. Mais il n’est pas vrai que la rébellion a disparu. Il n’est pas vrai qu’il n’y a pas d’interlocuteurs non jihadistes qui puissent s’inscrire dans une perspective de règlement politique. Il est surtout erroné de croire encore que Bachar Al-Assad est celui qui fait barrage aux jihadistes. Il est, depuis 2011, celui qui les renforce.

[^1] Le PCF a cependant publié lundi un communiqué demandant « un cessez-le-feu immédiat ».

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Syrie: l’habileté de Poutine ne doit pas nous leurrer


Mis en ligne mardi 29 septembre 2015, 15h33

La grande ambition du président russe passe en Syrie par le maintien et même le renforcement d’un dictateur, Bachar el-Assad.

L’édito de Baudouin Loos.

  • Vladimir Poutine © Reporters / Abaca

Il n’y a plus de bonne solution pour la Syrie. Les « grands » de ce monde le savent, qui se contentent d’y protéger vaille que vaille leurs intérêts. La Russie a lancé les initiatives les plus spectaculaires. Envoi de troupes et de matériel militaire dans l’ouest syrien, appel à une vaste coalition internationale contre l’Etat islamique (EI ou Daesh).

Il n’y a aucun doute que ces djihadistes doivent être neutralisés. Et que cela se passera par le recours aux armes, qui a déjà commencé. Les bombardements n’y suffiront pas. On cherche des candidats pour envoyer des troupes au sol. On ne trouvera pas. L’Afghanistan et l’Irak ont les vertus de repoussoirs.

L’habileté de Vladimir Poutine qui consiste à réclamer une coalition antiterroriste ne doit cependant pas nous leurrer. La grande ambition du président russe, celle de restaurer la puissance russe à hauteur de celle de l’Union soviétique, passe en Syrie par le maintien et même le renforcement d’un dictateur, Bachar el-Assad, grand criminel de guerre.

L’intellectuel palestinien Marwan Bishara l’écrivait récemment sur le site d’Al Jazeera : « Le choix a été clair dès le début : sacrifier Assad pour sauver la Syrie ou sacrifier la Syrie pour sauver Assad. »L’Iran, le Hezbollah libanais et la Russie ont fait leur choix. Les intérêts, toujours.

Pourtant, tétanisés par Daesh, les Occidentaux se tâtent à propos d’Assad. Et s’il fallait composer avec lui, finalement et malgré tout ? L’idée fait son chemin. Parce que, va l’argument, un sanglant chaos bien pire encore s’imposerait dans tout le pays s’il disparaissait du paysage.

Le « hic », c’est qu’Assad fait bien plus partie du problème que de la solution, comme l’a dit hier François Hollande à l’ONU. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, l’expliquait dans les colonnes du Monde, le 25 septembre :« Collaborer avec Assad ne fera que pousser l’opposition dans les bras de l’EI (…). Le comportement d’Assad envers sa population est le meilleur recruteur de l’extrémisme »…

En somme, comme le dit le politologue français François Burgat, à l’AFP, « Daesh n’est point la cause mais la conséquence du verrouillage répressif et manipulateur du régime ». Cause et conséquence doivent être traitées, ce qui est plus facile à dire qu’à faire, certes.

Mais l’afflux incessant des réfugiés, qui préoccupe logiquement nos dirigeants, ne tarira de toute façon pas avec l’élimination éventuelle de l’Etat islamique. Ils ne rentreront pas dans une Syrie dont le président prend les civils des zones récalcitrantes pour cibles de bombardements au moyen de barils de TNT largués par hélicoptères.

► Lire notre article: Vladimir Poutine va-t-il relancer Bachar al-Assad?

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Rencontre consultative de Moscou : petits et bas-côtés d’un non-évènement


Pour occuper la place abandonnée par les instances internationales et les Amis de la Syrie, déçus des résultats de leur action hésitante et discontinue en faveur des Syriens révoltés contre « l’Etat de barbarie« , les Russes avaient convoqué pour quatre jours à Moscou, entre le 26 et le 29 janvier, une « rencontre consultative » entre Syriens. Au cours des deux premiers jours, livrés à eux-mêmes, les opposants invités devaient parler entre eux, et, si possible, s’entendre sur un certain nombre d’idées et de principes de nature à sortir leur pays de la crise dans laquelle il se débat depuis près de quatre ans. Ils devaient ensuite échanger, durant les deux autres jours, avec une délégation du régime en place.

Le régime de Bachar al-Assad regonflé par les Russes (Ali Farzat)

L’objectif non déclaré de l’exercice était, pour les organisateurs, de remettre en course leur poulain, Bachar al-Assad, dont l’incapacité à remporter la victoire sur une « révolution orpheline » avait démontré qu’il n’était guère plus qu’un vulgaire canasson. Il se maintenait toutefois dans la course, dopé aux aides, soutiens et appuis de toutes natures que lui injectaient ceux qui avaient parié sur ses chances et qui se refusaient à perdre leur mise. Pour parvenir à leurs fins, les Russes ont donc mis en œuvre tous les moyens à leur disposition.

Ils ont commencé par écarter les partis politiques, anciens ou nouveaux, et ils ontsélectionné intuitu personae quelques dizaines d’opposants, en veillant à ce que la présence d’authentiques adversaires de Bachar al-Assad dissimule celle d’opposants de circonstance, sans programme ni idées politiques mais présentant bien sous les feux de la rampe, et celle d’arrivistes et de militants de la dernière heure, aussi bien enclins aux surenchères qu’aux concessions. Pour ne pas commettre d’erreur et ne pas mettre en difficulté la délégation du régime en lui donnant pour interlocuteurs des débatteurs coriaces, ils ont retenu les noms que leur avait suggérés leurs amis syriens. Pour mettre à l’épreuve la disposition des heureux élus à entrer dans leur jeu, ils ont également annoncé que la rencontre n’aurait ni programme, ni ordre du jour, et qu’ils n’admettraient aucune précondition de type politique, humanitaire ou autre. Ils se sont finalementabstenus de publier la liste de leurs invités, pour interdire l’évaluation précise du succès de leur entreprise.

Ces manœuvres n’ont pas abusé la Coalition nationale des Forces de la Révolution et de l’Opposition syrienne (CN), qui a annoncé lors de son assemblée générale du début du mois de janvier, qu’elle déclinait l’invitation et n’autoriserait pas ses membres à participer à la rencontre.  Celle-ci ne les concernait pas. Elle n’était pas l’initiative d’un parrain neutre ou d’un honnête courtier mais d’un coresponsable des crimes de Bachar al-Assad, puisque Moscou fournissait au régime des armes qui provoquaient quotidiennement la mort de dizaines de Syriens. Les Russes n’avaient aucun plan pour la Syrie et ils ne souhaitaient que prolonger la présence au pouvoir d’un criminel discrédité par son incapacité et rejeté par son peuple. Celui-ci n’était d’ailleurs pas intéressé par une solution politique. Ce qu’il voulait, c’est polariser l’attention de la communauté internationale sur les groupes islamistes radicaux, dont il avait lui-même contribué à la création et qu’il s’abstenait de combattre sérieusement. Il voulait profiter de la présence en Syrie de l’Etat islamique et du Front de Soutien pour se maintenir indéfiniment en place, au nom du moindre mal et sous le prétexte de la lutte antiterroriste. La décision de Moscou d’augmenter le nombre des invités de la Coalition en le portant de 5 à 9 n’a rien changé à sa décision. Aucun de ses membres, actuels ou anciens, n’a répondu à la convocation.

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La « croisade » que les Russes préparent pour envahir la Syrie


« Diviser pour mieux régner », attiser des violences inter-communautaires et intervenir sous prétexte de protéger les « minorités » religieuses, c’est une stratégie constante de la part de toutes les puissances impérialistes, bien que dans le monde arabe et musulman, nous y sommes plus « habitués » de la part des puissances occidentales. Or voilà que la nouvelle empire russe sous le commandement de Poutine, qui tente en plein jour de mettre en œuvre cette stratégie en Syrie.

Deux nouvelles diffusées ce mercredi 16 octobre viennent clarifier les plans russes :

La première nouvelle provient du site officiel du ministère des affaires étrangères russes (http://fr.ria.ru/world/20131016/199569629.html) affirmant que « près de 50.000 chrétiens syriens [des « orthodoxes » sans aucun doute, ndlr] qui redoutent d’être exterminés par les terroristes soutenus par l’Occident, souhaitent demander un passeport russe ». Ces « chrétiens » ne cherchent nullement à quitter la Syrie pour la Russie, mais ils veulent être « sous la protection de la Russie en cas de menace d’extermination provenant des terroristes ». Ceci va à l’encontre de la pratique « normale » des populations syriennes se sentant « menacées » par les « terroristes ». Le régime du Veau nous a en fait habitué à ce qu’une telle population réclame l’intervention de l’Etat, et la protection de l’armée « arabe syrienne ». Demander la nationalité russe afin d’être protégé montre qu’il n’y a plus ni Etat ni armée en Syrie et c’est manifestement un appel à une intervention militaire russe.

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La deuxième nouvelle, diffusée seulement en Arabe semble-t-il (http://anbamoscow.com/aworld/20131014/386442489.html), nous apprend qu’une statue géante du Christ, perchant sur le sommet d’une montagne à 2000 mètre d’altitude dans la région de Seydnaya près de Damas, fut dévoilée ce lundi 14 octobre. Selon cette nouvelle, la statue est visible à l’œil nu de très loin (même depuis les pays voisins !) et il s’agit d’une « œuvre artistique » sous le nom « Je suis venu pour sauver le monde ». On apprend aussi que l’œuvre fut réalisée sous la direction de l’« Académie ecclésiastique de Moscou » !

Il est clair que cette demande de naturalisation massive et la construction de cette statue géante « pour sauver le monde » dans le contexte syrien, visent à provoquer des réactions de violence envers une « minorité » que les Russes cherchent à faire apparaître comme leur agent. Ils auront alors le devoir « humanitaire » et « légal » d’intervenir, même militairement, afin de protéger leurs « concitoyens » fraichement naturalisés, frapper la révolution syrienne et sauver le régime du Veau.

Source : Iyad par courrier

Syrie : Assad a commis « une grave erreur », selon Medvedev


 

Le Monde.fr avec AFP | 27.01.2013 à 16h21

L'ancien président russe Dmitri Medvedev et le président syrien Bachar Al-Assad à Damas, le 11 mai 2010.

Le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, a déclaré, dimanche 27 janvier, que le président syrien Bachar Al-Assad avait commis une « erreur peut-être fatale » en tardant trop à mettre en œuvre des réformes politiques. « Il aurait dû agir beaucoup plus vite et inviter l’opposition pacifique qui était prête à s’asseoir à la table des négociations avec lui », a déclaré M. Medvedev, cité par les agences russes. « Il me semble que ses chances de maintien (au pouvoir) s’amenuisent de jour en jour », a ajouté M. Medvedev au sujet de Bachar Al-Assad.

Le premier ministre russe s’exprimait dans une interview à la chaîne de télévision CNN réalisée en marge du Forum de Davos, en Suisse, dont l’intégralité a été publiée sur le site du gouvernement russe. M. Medvedev a souligné avoir essayé à plusieurs reprises de convaincre en personne M. Assad de dialoguer avec l’opposition, en vain. « A mon avis, les dirigeants syriens ne sont pas prêts à cela. Mais d’un autre côté, il ne faut en aucun cas permettre que l’élite politique soit emportée par un conflit armé », a estimé le chef du gouvernement russe.

« C’EST AU PEUPLE SYRIEN DE DÉCIDER »

Dans cette interview, M. Medvedev a réaffirmé la position de la Russie selon laquelle seul le peuple syrien est habilité à décider du sort du président Assad, dont les Occidentaux réclament le départ. « Je le répète une nouvelle fois : c’est au peuple syrien de décider. Pas à la Russie, pas aux Etats-Unis et ni à n’importe quel autre pays », a ajouté M. Medvedev.

La Russie, un des derniers soutiens du régime syrien auquel elle livre des armes, s’oppose à toute ingérence dans le conflit qui a fait selon l’ONU plus de 60 000 morts depuis le début de la révolution il y a près de deux ans. M. Medvedev a également réaffirmé que Moscou n’œuvrait pas au maintien au pouvoir de M. Assad. « Nous n’avons jamais dit que notre objectif était le maintien du régime politique actuel ou le maintien du président Assad. C’est au peuple syrien de décider », a-t-il insisté.

« NOUS AVONS EU DE BONNES RELATIONS »

La Russie n’a jamais été un allié exclusif de la Syrie ou de Bachar Al-Assad, a observé le premier ministre. « Nous avons eu de bonnes relations avec son père et avec lui, mais il a eu des alliés plus privilégiés parmi les pays européens », a-t-il observé. La semaine dernière, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, avait déclaré que l’éviction du président Assad ne figurait pas dans les accords internationaux et qu’elle était « impossible à mettre en œuvre ».

La Russie, seule grande puissance à entretenir encore des relations étroites avec Damas, a bloqué jusqu’ici avec la Chine tous les projets de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant le président Assad. Samedi, le vice-premier ministre syrien Qadri Jamil avait déclaré à la radio Echo de Moscou que la Russie continuait de livrer des armes à Damas dans le cadre de contrats conclus de longue date.

Lire : Damas reçoit toujours des armes de Moscou