Cirques, Zoo, les animaux se révoltent


21 septembre 2013  |   Classé dans: >BlogNote,Terre  |

Les animaux « même dressés pendant de longues années conservent leur instinct de prédateur » disent les médias traditionnels pour expliquer les drames survenus dans les zoos et cirques où plusieurs personnes ont récemment trouvés la morts confrontés à une rebellion d’animaux. C’est peut être tout simplement qu’à force de tourner en rond, ils ne supportent plus leur vie en captivité, non ? Et apparament ils se sont passés le message…

Vendredi 13 Septembre 2013, alors que le passage entre sa cage et son enclos est resté ouvert pour des raisons obscures, celui-ci s’est échappé. Batifolant dans l’enclos extérieur, le fauve tombe alors nez-à-nez avec le gardien chargé de nettoyer la zone. Certainement pris de panique, le félin se jette sur l’employé, et lui assène un unique coup de croc, fatal, au niveau de la nuque. L’homme, âgé de 56 ans, s’effondre sous les yeux des visiteurs impuissants. Les secours, eux, ne sont arrivés que trop tard.
Ceci s’ajoute à d’autres faits similaires cette année…
Le 6 Février 2013, un dompteur expérimenté de tigres est décédé après avoir été attaqué par l’un de ses félins en plein spectacle de cirque, dans l’Etat mexicain de Sonora (nord-ouest)

Un dompteur tué par un tigre en plein spectacle ! par entrevue (vidéo)

Début Mars 2013 Une jeune femme de 24 ans qui travaillait bénévolement pour le parc de Cat Haven en Californie a été tuée par un lion.Dianna Hanson, a perdu la vie alors qu’elle se trouvait avec Couscous. Couscous, c’est un lion africain de 160 kilos que visitait régulièrement Dianna. Malgré les tentatives d’un autre employé qui a essayé de distraire l’animal, Dianna a succombé à ses blessures.
Le 9 Septembre, un homme de 84 ans est mort, dans la nuit de dimanche à lundi, après avoir été frappé par un éléphant de cirque à Lizy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne). France 3 Ile-de-France a rencontré des témoins de ce drame rarissime.

Dimanche, en fin d’après-midi, l’éléphant est raccompagné vers son enclos, après un numéro de cirque. Quelques minutes plus tard, il s’en échappe. Le pachyderme fonce alors sur un vieil homme, assis sur un banc, et le projette au sol d’un coup de trompe. L’octogénaire, hospitalisé au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), succombe à ses blessure

Ces faits démontrent le décallage qui existe entre ce que l’homme veut faire des animaux, leur utilisation à des fins de divertissement, et ce que l’animal est réellement. Cela ne devrait il pas relancer le débat sur l’élevage des animaux dans les cirques et zoo ?
Neotrouve appelle à la cessation immédiate de cette mascarade animalière que constitue l’élevage en zoo et cirque et à la libération immédiate de tous les animaux enfermés dans des conditions innacceptables, ainsi que l’abolition de la corrida…

http://www.planet.fr/international-allemagne-un-gardien-de-zoo-tue-par-un-tigre-en-public.458873.29335.html

http://video.planet.fr/insolite-mexique-un-tigre-tue-son-dompteur-en-plein-spectacle.302454.24884.html

http://www.francetvinfo.fr/france/video-un-octogenaire-tue-par-un-elephant-en-seine-et-marne_407829.html

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On les sort de la jungle vietnamienne 40 ans après la fin de la guerre


pubié le 27 août 2013 – 159 lectures
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QUANG NGÃI – Un Vietnamien et son fils qui auraient vécu pendant quarante ans dans la jungle ont été ramenés dans le village qu’ils auraient fui pendant la guerre du Vietnam, a indiqué samedi un responsable s’inquiétant de leur capacité à s’adapter à leur nouvelle vie…

Des images de la télévision locale ont montré Ho Van Thanh, 82 ans, et son fils Ho Van Lang, 42 ans, émaciés et vêtus de pagnes en écorce d’arbre, être emmenés mercredi apparemment contre leur gré, le père porté dans un hamac, le fils les mains attachées devant lui.

Au début des années 1970, Thanh, alors membre d’une guérilla communiste, avait fui son village après la mort de sa mère et de deux de ses enfants lors d’un bombardement américain, emmenant avec lui son fils de deux ans, a expliqué samedi à l’AFP Hoang Anh Ngoc, un responsable local dans la province de Quang Ngai, dans le centre du pays.

Mais les deux hommes qui auraient vécu de fruits et de maïs qu’ils cultivaient, parlent à peine quelques mots de leur dialecte de la minorité ethnique Kor et ils risquent d’avoir du mal à s’adapter, surtout le fils qui n’a connu quasiment que la jungle toute sa vie.

«Le fils a peur de la foule. Il ne parle pas aux étrangers (…) mais il parle un peu à sa famille», a noté Ngoc. Il est hébergé chez des proches mais «évidemment nous avons peur qu’il retourne dans la forêt, nous le surveillons», a-t-il ajouté.

Le père en revanche, épuisé et placé sous traitement dans un hôpital local, est «trop vieux et trop faible pour s’enfuir», a-t-il estimé, notant que les autorités allaient leur construire une maison.

Les deux hommes avaient déjà par le passé été arrachés à la jungle, avant d’y retourner.

Selon le journal en ligne Dan Tri, le plus jeune fils du vieil homme, qui avait seulement trois mois lors du bombardement et qui leur rendait visite tous les ans, avait déjà essayé en 2004 de les ramener chez eux. Mais ils avaient refusé de rester longtemps, «préférant leur vie indépendante à la vie traditionnelle des familles vietnamiennes», a précisé le journal.

Mais les deux hommes avaient été aperçus récemment dans la forêt par des habitants de la région qui les avaient signalés aux autorités. Ils ont été retrouvés «vivant dans une cabane à cinq mètres du sol, et les deux hommes portaient seulement un pagne en écorce d’arbre», avait précisé vendredi le quotidien Tuoi Tre, évoquant la présence d’outils rudimentaires dont certains fabriqués à partir d’obus datant de la guerre.

Après avoir été capturé mercredi, Lang «mâchait des noix de bétel et fumait sans arrêt, regardant tout le monde autour de lui avec un regard vide», avait-il ajouté.

Source : AFP via Libération

Daniel Mermet ou les délices de « l’autogestion joyeuse »


Médias

posté à 19h23, par Olivier Cyran
603 commentaires

Ce n’est jamais un plaisir de « tirer » sur son propre camp. Mais quand l’une des personnalités les plus influentes de l’audiovisuel « de gauche » adopte au quotidien des techniques de management dignes du patronat néolibéral le plus décomplexé, difficile de détourner les yeux. Enquête sur l’animateur un brin schizophrénique de « Là-bas si j’y suis », l’émission culte de France Inter.

Après Jacques Chancel l’année dernière, c’est Daniel Mermet qui vient de recevoir le Grand Prix de la SCAM (Société civile des auteurs multimédias) pour « l’ensemble de son œuvre ». Décernée le 21 juin dernier, cette gratification récompense un journaliste hétérodoxe de 71 ans qui a hissé le reportage radiophonique au rang d’art sonore et battu le pavé des luttes sociales en France et à l’étranger depuis un quart de siècle. Elle distingue aussi l’émission qu’il produit et anime chaque jour sur France Inter, « Là-bas si j’y suis », l’un des rares espaces dans l’empire audiovisuel français à faire écho aux luttes sociales et aux pensées dissidentes. Pour tout ce que la « gauche de gauche » compte en éditeurs, auteurs, artistes ou chercheurs ignorés par les grands médias, « Là-bas si j’y suis » (LBSJS pour les intimes) représente un refuge intellectuel en même temps qu’une fantastique aubaine promotionnelle : il n’y a guère que « chez Mermet » qu’ils peuvent accéder à un public de 610 000 auditeurs en moyenne (chiffres Médiamétrie 2012), réputés fidèles et réceptifs. Mais la remise du hochet de la SCAM – lesté tout de même d’un chèque de 7 000 euros – au baryton de la résistance FM fournit aussi l’occasion d’éclairer une facette plus méconnue du personnage : les pratiques managériales pas toujours très scrupuleuses dont il use avec les plus précaires de ses collaborateurs. L’heure étant venue d’honorer « toute son œuvre », arrêtons-nous un instant sur cette œuvre-là.

L’information ne s’est pas ébruitée hors des couloirs de Radio France, mais LBSJS peut se targuer d’être l’une des très rares émissions du service public où les souffrances au travail ont donné lieu à une enquête interne. C’était le 17 janvier 2012. Ce jour-là, alertés sur le cas de deux reporters à bout de nerfs récemment jetés à la porte par Daniel Mermet, les syndicats de Radio France (Sud, CGT, CFDT, FO, SNJ, CFTC) votent à l’unanimité l’ouverture d’une audition des membres de l’équipe de LBSJS devant le Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). Panique dans les murs étroits du bureau 528, où le maître des lieux tente en urgence de parer au déballage qui s’annonce : envoi de SMS aux syndicalistes, promesses de révélations compromettantes sur les deux importuns qui ont osé, selon leurs termes, «  briser la loi du silence », refus outragé de répondre au syndicat Sud, qui lui a fait parvenir un questionnaire précis sur les contrats, les heures de travail et les procédures d’embauche à LBSJS. Se peut-il que la bonne voix chaude qui défend les opprimés tous les après-midi à 15 heures soit citée à comparaitre devant les élus du personnel comme le serait un patron voyou dans quelque joyeuse république bolivarienne ? Chez Sud, qui mène la fronde, on ne lâche rien : la saisie du CHSCT, c’est l’occasion tant attendue de mettre enfin sur la place publique le «  comportement de petit tyran, les insultes et les méthodes de Daniel Mermet », se réjouit un permanent du syndicat.

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Dessin de Bench

« La plus ubuesque des impostures  »

Les deux témoignages à l’origine de l’enquête ne surprennent pas les syndicalistes ni les habitués de la maison, mais, pour un auditeur confiant dans la soif de justice sociale qui paraît animer le producteur de « Là-bas si j’y suis », ils ont de quoi faire dresser les cheveux sur la tête. Dans sa lettre aux syndicats, Benjamin Fernandez, l’un des deux lanceurs d’alerte, évoque par exemple « la plus crapuleuse des entreprises d’exploitation et la plus ubuesque des impostures qu’il [lui] ait été donné d’expérimenter dans un environnement professionnel ».

Journaliste et enseignant, Fernandez travaillait comme professeur de philosophie dans un lycée français de New York lorsque Daniel Mermet, qui l’avait préalablement sollicité pour un reportage à Haïti, lui proposa de rejoindre son équipe à Paris. On l’affecterait pendant quatre mois à des préparations de dossiers, après quoi on lui donnerait les coudées franches pour réaliser ses propres reportages. Aux dires de Fernandez, la promesse d’une rémunération de « 1 800 euros nets pendant six mois » – seuil à partir duquel il pourrait prétendre au gros lot des Assedic du spectacle – faisait partie des verroteries que le producteur lui fit tinter aux oreilles. Devenir reporter à « Là-bas si j’y suis » ? Proposition irrésistible ! Fernandez demande toutefois une clarification : journaliste de presse écrite, c’est un néophyte en reportage radio. « Cela s’apprend », le rassure Mermet. Confiant, il se jette à l’eau. Démissionne de son lycée, s’installe dans une soupente à Paris. À deux reprises durant l’été il rencontre son employeur, pour convenir avec lui des sujets à préparer et obtenir des précisions sur son contrat. « Nous verrons pour ça, ne t’inquiète pas », élude le recruteur. À la rentrée de septembre 20111, le jeune rapatrié frappe gaiement à la porte du bureau 528. À partir de là, Mermet montre un visage moins amical. « Quel contrat ? Ici les journalistes sont payés au résultat », lui annonce-t-il. Fernandez ne touchera que les deux tiers du cachet promis et sur une durée de trois mois seulement. En fait, à l’issue de cette période, il ne sera payé et déclaré que pour un mois et demi. Logique, puisque l’un de ses reportages, pourtant commandé, approuvé et validé par le chef, est passé à la trappe sans la moindre explication, hormis celle-là : « Oui, il est bien, mais je ne suis pas obligé de le diffuser. » Pas diffusé, pas payé, c’est le dicton de la maison.

Le salaire de la peur

À la difficulté de joindre les deux bouts s’ajoutent les délices de « l’autogestion joyeuse », comme l’appelle Mermet devant ses admirateurs : la panoplie des petites amabilités managériales destinées à faire comprendre à l’employé que sa condition le situe quelque part entre le vermisseau à tête plate et le gastéropode sans coquille. « Trois mois de laminage psychologique durant lesquelles il m’ignore impérieusement, regarde avec dédain tous les travaux que je lui propose, rejette avec mépris tous mes sujets, raconte Fernandez. Les séances d’écoute comme de proposition de sujets sont des rituels d’humiliation bien rodés qui concernent tous les reporters : Daniel Mermet écoute distraitement, griffonne sur un papier, soupire, maugrée, peste, fait des remarques désobligeantes, puis renvoie le reporter tourner de nouvelles séquences. Je verrai de nombreuses fois les reporters humiliés et même une collaboratrice fondre en larmes. “Il faut qu’ils en chient, les mener à la baguette”, c’est le credo de direction de son équipe. » Fernandez s’accroche en s’efforçant de ne pas courber l’échine, mais l’exercice se révèle par trop acrobatique. « Cela ne fonctionnera pas, tu dois commencer à chercher autre chose », lui glisse le producteur après l’émission en direct de la Fête de l’Humanité, entre deux verres de rouge et les accolades fraternelles échangées avec ses fans. Deux mois plus tard, ce sera la porte2. « Le feeling n’est pas passé », expliquera le boss en guise de motif de renvoi.

« Daniel Mermet procède en marge de tout droit du travail, en jouant sur l’affectif et sur son image de journaliste engagé à l’inflexible droiture, conclut le reporter dans son courrier aux syndicats. Nul besoin d’être un spécialiste clinicien pour reconnaître chez cet homme une pathologie communément répandue chez les aspirants au pouvoir : les pervers narcissiques jouissent de la séduction qu’ils exercent et de la domination qu’ils infligent, une autre manière d’éprouver du plaisir. Le problème se pose véritablement quand ce complexe est érigé en système de management et s’épanouit sous les oripeaux de la droiture éthique et de l’humanisme flamboyant. Les auditeurs qui, fidèles au credo de l’émission, honnissent les mythologies mystificatrices et les machines de soumission, en tireront, comme moi, et comme les syndicats de Radio France, les justes conclusions. »

Le second témoignage émane de Julien Brygo, un journaliste qui a travaillé un an et demi à LBSJS et réalisé quelques-uns des reportages les plus marquants de la saison 2010-2011 (le voyage de presse à l’usine de Bolloré, les toilettes du palace parisien le Bristol, la réquisition par l’armée des raffineurs grévistes de Grandpuits…). « Quand on arrive chez Mermet, il faut d’abord accepter d’être considéré comme un nouveau-né, ou une sorte de stagiaire privilégié qui doit s’estimer extrêmement chanceux qu’on le regarde et qu’on écoute ses sons. On nous présente l’accession au statut de reporter permanent comme une mission divine parsemée d’embûches, un long chemin censé acter l’entrée dans une “vraie famille”, pendant lequel le reporter doit se donner à fond, prouver qu’il est compatible avec les humeurs du chef et qu’il est bien digne de devenir l’un de ses “petits”. J’ai accepté de ne pas compter mes heures de travail, de travailler chaque jour au bureau et chez moi, de cesser les piges que je faisais ailleurs et d’encaisser les joutes verbales de Mermet. Quand on cherche à pratiquer un journalisme offensif de ce niveau-là, on se persuade que le jeu en vaut la chandelle. » Brygo paie de sa personne. Après avoir travaillé six mois gratuitement, le temps de se former aux exigences spécifiques de l’émission, il accède au « tarif débutant » à la rentrée 2010 (638 euros nets par reportage), avant de goûter au traitement mirobolant des « confirmés » (927 euros nets par reportage, assortis d’un rabais de 50 % sur le second volet d’un reportage en deux parties).

Crime de haute trahison

Brygo va tenter à son tour de décrocher la carotte de l’intermittence du spectacle, agitée sous le nez de chaque nouveau reporter. Mais dix-huit mois de bons et loyaux services et dix reportages diffusés ne lui suffiront pas pour atteindre le seuil fatidique des 507 heures en huit mois. Car le système est d’une pingrerie savamment étudiée. Chez Mermet comme ailleurs dans la maison ronde, le temps de travail est pré-quantifié à 42 heures par reportage diffusé, une plaisanterie quand on sait que l’enquête, la prise de son et le montage prennent au moins trois fois plus de temps. La législation a beau retenir le temps de travail comme critère suprême de la rémunération, le héraut des droits des travailleurs impose à son personnel de ramer sans compter ses heures. Mais Brygo « ne moufte pas ». Malgré le rachitisme de la paie et un climat irrespirable, il ne demande pas mieux que de se « donner à fond » et à temps plein.

Sa motivation paraît porter ses fruits, jusqu’à ce fameux reportage sur les forçats du prospectus. Le sujet consistait à suivre des personnes âgées qui arrondissent leur maigre retraite en distribuant des tracts publicitaires. Dans le cadre de son enquête, Brygo s’invite dans le bureau du président d’Adrexo, l’un des gros de ce marché. Le patron juge-t-il normal de faire courir des précaires du troisième âge pour pas plus de trois ou quatre cents euros par mois, quand lui-même se verse royalement un salaire de… combien, au fait ? À cette question, le patron se rebiffe : « Mon salaire n’est pas le sujet, je ne vous demande pas quel est votre salaire à vous ! » « Mais je peux vous le dire, rétorque le journaliste du tac au tac, je gagne entre 800 et 850 euros par mois. »

En règle générale, Daniel Mermet écoute intégralement chaque sujet avant sa diffusion. Mais l’interview du patron d’Adrexo a été ajoutée sur le tard, de sorte qu’elle a échappé au contrôle préalable de l’animateur. Lequel s’étrangle en découvrant la séquence en direct. À LBSJS, la question des rémunérations est un sujet tabou qui ne doit jamais sortir du bureau 528. L’évoquer dans le cadre d’un reportage, fût-ce à brûle-pourpoint et dans le seul but d’obtenir l’information recherchée3, c’est se rendre coupable de haute trahison. Les équipiers de LBSJS pressentent l’orage qui va éclater lorsqu’à l’issue du sujet, juste avant de lancer le générique de fin, Mermet prend soin de rectifier à l’antenne : « Julien Brygo a déclaré qu’il gagnait 850 euros par mois ; c’était bien avant de rejoindre l’émission “Là-bas si j’y suis”, où tout le monde est grassement payé ! » C’est dit sur le ton de la plaisanterie, mais le taulier ne rigole pas du tout.

« On voit bien les œufs cassés, mais où est l’omelette ? »

Dans les jours qui suivent, Brygo mesure ce qu’il en coûte d’écorner le mythe d’un Mermet follement épris de justice sociale. « Il m’a dit : “C’est inadmissible d’avoir dit dans ton reportage que tu gagnais 850 euros par mois ici.” Il s’est plaint aussi d’avoir reçu plusieurs mails lui reprochant de ne pas bien payer ses reporters, racontera le journaliste. Aux yeux de Mermet, j’ai “fait du chantage sur mes cachets”. Il m’a accusé de vouloir “prendre le pouvoir” et de “saboter” l’émission, alors que je ne faisais que mon boulot. Et pour cause : j’avais accepté dès le début le traitement social réservé aux pigistes. Je suis tombé des nues, je ne m’attendais pas du tout à être conspué de la sorte. »

Dans le long témoignage qu’il livre aux syndicats de Radio France, Brygo relate en détail les charmes de la vie de reporter à LBSJS : le « tarif débutant », le « pas diffusé, pas payé (même si commandé) », les cachets au rabais et à la tête du client, l’ambiance à couper au couteau, l’habile division de l’équipe entre techniciens dotés d’un contrat fixe et reporters anxieux du lendemain, les pratiques de « harcèlement moral », les encouragements à la courtisanerie et à la délation, le rôle de contremaitre dévolu au réalisateur (« auquel le producteur a malicieusement délégué le paiement des piges »), l’obligation de postuler au statut d’intermittent, le refus de décompter les heures de boulot ou de prendre en compte le travail dominical, etc. Le lecteur en sort étourdi.

« L’une des questions qui revient le plus souvent, quand on expose la réalité sociale de cette émission, c’est : “Si Mermet méprise ses travailleurs, les divise et les interchange sans aucun scrupule, comment faites-vous pour supporter l’énorme contradiction avec ce qu’il dit tous les jours au micro ?”, observe Julien Brygo. Ce qui fait tenir ce système, c’est l’idée selon laquelle cette émission est la seule, la meilleure, la plus critique, la plus subversive, la plus exigeante… C’est en vertu de cette rémunération symbolique que les gens tiennent le coup et subissent en silence les accès de colère du patron, ses insultes, ses chantages à la valise ou ses crises existentielles. Quand le calme revient dans le bureau, après s’être défoulé sur ses “petits”, “Daniel” reprend inlassablement le fil de sa grande narration, de tel ou tel reportage mémorable à Sarajevo ou à Kaboul. Il passe sa vie à se raconter, à sublimer son propre récit, pour, toujours, alimenter sa légende, celle du grand résistant, même en face de gens qui connaissent par cœur la moindre de ses anecdotes. N’importe quelle personne qui a une fois posé les pieds dans son bureau se rend compte que seul le maître a droit à la parole et qu’il y règne un silence de mort. Au long des années, il a fragmenté ses équipes en créant des rivalités factices dont il joue constamment (“tu es meilleur qu’elle, c’est toi qui a fait le reportage le plus modeste et génial”) pour consolider son trône et régner en divisant. Il en résulte un esprit de compétition et de soumission qui ne rend pas l’émission meilleure, au contraire. On dit qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs… Chez Mermet, on voit bien les œufs cassés. Mais où est l’omelette ? »

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Pourtant, tout le monde n’est pas maltraité à « Là-bas si j’y suis ». Les reporters permanents, comme Giv Anquetil, Antoine Chao ou Charlotte Perry, disposent de revenus corrects et d’un statut de « lieutenants du bon dieu » qui les met à l’abri des tourments. Mais ce privilège ne va pas sans contreparties, au premier rang desquelles l’obligation de regarder ailleurs quand un collègue se fait démolir. La solidarité des travailleurs, c’est bon pour l’antenne, pas pour le bureau 528. Certains, comme Antoine Chao, donnent des coups de main aux débutants et tentent parfois d’arrondir les angles. Mais, en cas de conflit, il n’y a plus personne. Plus encore que les conduites autoritaires de Mermet, c’est l’incapacité de l’équipe à faire front contre elles et à soutenir les camarades les plus fragilisés qui signe la déroute de l’émission sur le plan de ses principes politiques.

La foudre de Zeus

Là encore, le témoignage de Julien Brygo livre quantité d’anecdotes édifiantes. On n’en mentionnera qu’une seule. Le soir du 30 juin 2011, le jeune journaliste rejoint l’équipe pour dîner dans un restaurant situé à deux pas du domicile du maître, dans la rue Montorgueil, à Paris. Il s’agit de fêter la saison qui s’achève et de commencer déjà à échanger quelques idées pour la rentrée de septembre. Brygo ne se doute pas que la conviviale bombance sera le théâtre de son « lynchage gastronomique ». À peine servie la tête de veau commandée par le patriarche, celui-ci se met à pester contre les « petits bourgeois qui cherchent à saboter l’émission ». L’ambiance tourne au vinaigre, chacun plonge les yeux dans son assiette. À l’heure du digestif, Mermet pointe l’index sur le « saboteur » maintenant identifié. Les accusations se mettent à crépiter, si farfelues qu’elles laissent Brygo littéralement bouche bée. Le producteur lui fait grief notamment d’avoir invité un soir sous son toit plusieurs de ses collègues de travail et d’avoir tenu à cette occasion des propos critiques sur le fonctionnement de l’émission – un crime de lèse-majesté que les sympathiques convives, une fois de retour au turbin, se sont empressés de rapporter au patron, en chargeant la barque au maximum. Les joies de la vie de bureau… Son mojito dressé en l’air tel la foudre de Zeus dans un péplum fauché, Mermet fait gronder le tonnerre de sa voix radiogénique : « Je t’en veux personnellement, Brygo, d’avoir créé ça dans l’équipe, des revendications salariales, alors que les règles sont claires quand tu entres dans la boîte ! C’est tant du cachet et voilà. Moi qui pensais qu’on était en autogestion joyeuse dans cette équipe, je découvre avec ce que tu as fait que tu t’es livré à des jeux de pouvoir pour prendre le pouvoir dans l’émission. Tu pourras dire que t’as travaillé à “Là-bas si j’y suis”, ça fait bien comme carte de visite, hein ? Tu pourras dire que tu t’es payé un patron de gauche, hein ? »4 Abasourdi, Brygo jette un coup d’œil autour de lui, en quête d’un éventuel soutien contre cette éruption de bontés volcaniques. Mais à la table personne ne bronche. « Je démissionne !, explose Daniel Mermet. Ouais, je démissionne, ras-le bol de bosser avec des bourgeois qui ne pensent qu’au fric ! »

S’ensuit une scène proprement biblique où, comme le racontera Brygo, « toute l’équipe s’agglutine autour du patron pour poser sa main sur son avant-bras et le convaincre de “ne pas faire ça”, de “ne pas démissionner, pas à la veille d’une élection présidentielle”. Sur ce, le patron lève le camp et tout le monde s’en va. Chacun prend son petit sac, son petit manteau, son petit casque et me laisse, jetant des regards noirs à mon endroit ou évitant les miens. Je reste là, seul, sur le trottoir, à 3 heures du matin (mon procès aura duré une grosse heure et demie). Tout ce pour quoi j’avais œuvré depuis plusieurs années venait de s’effondrer. Je réalise que ce repas était mon pot de départ ». Pas un camarade ne l’appellera au téléphone pour lui exprimer un quelconque regret ou témoignage de sympathie.

« Il a fallu que je sauve ma peau »

Pour les syndicats de Radio France, les récits de Fernandez et de Brygo ont d’autant plus de valeur qu’ils sont nominatifs. Depuis la tentative de suicide en 2003 d’une assistante de production de LBSJS5, suivie par le témoignage de deux reporters punis pour avoir refusé de signer une pétition écrite par et en soutien de Daniel Mermet6, aucun collaborateur ne s’était jamais manifesté publiquement pour dénoncer ses conditions de travail. Rien n’a jamais filtré dans la presse ou sur Internet, hormis deux ou trois échos dans des médias alternatifs à diffusion restreinte, comme CQFD et Acrimed. L’expression « loi du silence » peut paraître théâtrale, elle correspond pourtant à une réalité largement vécue. Chacun le sait à Radio France, le personnel de LBSJS connaît un « turn over » » digne d’un Taco Bell du Michigan. On a fait le calcul : entre 2010 et aujourd’hui, l’émission « modeste et géniale » a usé quatre réalisateurs, trois assistants réalisateurs, quatre attachés de production, six « chefs du répondeur » (responsables du tri des messages d’auditeurs diffusés au début de l’émission) et huit reporters. Malgré cette rotation endiablée, rares sont les vétérans qui acceptent de témoigner après leur départ.

Ève7 est de ceux-là. Cette ancienne « cheffe du répondeur », poste « le moins considéré de l’émission », dit-elle, était « payée 700 euros par mois pour un travail proche du temps plein mais déclaré comme un mi-temps. Soit 50 euros bruts pour quatre heures travaillées par jour, alors que le travail prenait souvent une à deux heures de plus ». Elle se souvient « d’un climat de travail très lourd, où chacun se méfiait de l’autre et où la règle, c’était le silence ». « Je trouve terrible, ajoute-t-elle, que la seule émission de reportages longs de Radio France soit aussi destructrice, comme si devenir reporter nécessitait de se sacrifier. À Radio France, on conseille souvent aux jeunes de passer par “l’école Mermet” pour devenir reporters. Mes plus proches collègues m’ont quant à eux déconseillé d’essayer, de peur que je ne me fasse “broyer comme les autres”. J’ai préféré quitter l’émission. »

« Il a fallu que je sauve ma peau, raconte Maurane8, une autre ancienne responsable du répondeur. Mon docteur m’a dit : “Soit vous prenez des cachets pour continuer à ce rythme, soit vous arrêtez.” J’ai arrêté. Auparavant, j’ai eu droit à mon lynchage, moi aussi. C’était à propos d’un message que je n’avais pas eu le temps d’intégrer à la liste. Mermet arrive toujours à la dernière minute et il faut que tout soit prêt en dix secondes, sinon il vous accuse de tirer au flanc. » Si elle refuse de s’exprimer à découvert, comme tant d’autres, c’est, dit-elle, « parce que cette émission est trop importante. C’est la seule qui nous reste dans les grands médias ». Un fond de loyauté indéracinable, couplé à la crainte de fournir des arguments aux ennemis politiques de LBSJS (à commencer par Philippe Val, le patron sarko-socialiste de France Inter, avec lequel Mermet semble partager néanmoins une même conception de la gestion des ressources humaines), explique en partie la réticence des anciens à divulguer les joyeuseries dont ils ont été les témoins ou les victimes. Parfois aussi, ils se découragent à l’idée que personne ne voudra les croire. Comment admettre ou expliquer qu’une émission ancrée dans l’esprit de résistance et la ferveur des mobilisations populaires, disposant d’un réseau de cent soixante-douze « repaires d’auditeurs modestes et géniaux » (AMG) et mobilisant chaque jour sur son répondeur une centaine de messages contre les négriers du capitalisme moderne, fonctionne elle-même comme une essoreuse néolibérale ?

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« Comme certains sont nègres, moi je suis rouge »

« Ça a été trop douloureux pour moi, je ne veux plus en parler, lâche Maurane. Le rythme d’enfer, la pression, le silence dans le bureau… Et puis mon petit lynchage où, en tant que fille d’ouvriers, je me suis fait traiter de “traître à ma classe”. » Le doyen de LBSJS possède en effet cette habitude charmante qui consiste à utiliser l’origine sociale de ses employés en guise d’arme d’intimidation massive. À la manière d’un Bernard Tapie ou d’un Joey Starr, Daniel Mermet ne cesse d’invoquer ses propres origines populaires pour marcher sur la tête des autres. « Comme certains sont nègres, moi je suis rouge », proclame-t-il comme on brandit un bâton de maréchal10.

Aline L. a hésité longtemps avant de parler. « Non par crainte des représailles, nous dit-elle, ni par celle d’écorner l’image d’une émission qui porte des problématiques et des combats qu’on entend peu ailleurs. » Elle n’ignore pas « combien l’image de Daniel Mermet et de “Là-bas si j’y suis” est inébranlable aux yeux de ses auditeurs : on a beau raconter nos souffrances en détail, il y a toujours chez eux l’idée que le problème ne vient que de nous ». L’explication, commune à beaucoup de ses anciens collègues, est épidermique : « J’ai hésité parce que c’est une page que j’ai eu beaucoup de mal à tourner et qu’il m’est encore très douloureux de m’y replonger. »

Elle accepte pourtant de s’y replonger à notre demande. En 2009, Aline travaillait à RFI pour une émission sur la société française. Reporter depuis sept ans, elle commençait à « prendre confiance » dans ses capacités, à suivre ses intuitions et à tracer son chemin, qui croise un jour la route de Daniel Mermet. « Ayant été séduit par l’un de mes sujets sur la fermeture d’une usine en Normandie, il m’a invité par le biais de son réalisateur à venir travailler pour lui, raconte-t-elle. Je savais bien ce qu’on disait des conditions de travail et de son caractère tyrannique : ce n’est pas un secret quand on fréquente de près ou de loin Radio France. Le seul fait que cette émission si connue et si respectée soit en permanence à la recherche de nouveaux journalistes indiquait qu’on s’y éternisait rarement. Mais j’ai été flattée de sa démarche et la première rencontre fut plutôt sympathique. »

Aline pénètre sur la pointe des pieds dans le bureau 528, sans renoncer pour autant à ses autres collaborations et en restant prête à décamper en cas d’intempérie. « J’ai passé les premiers tests avec succès. À cette époque, Daniel était adorable, charmant, drôle, attentif. J’ai proposé un sujet sur la fermeture de l’aciérie de Gandrange, un an après les célèbres promesses de Nicolas Sarkozy. Il m’a donné son feu vert. » Le jour de la diffusion, il lui décerne un chaleureux bravo. « Venant d’un vieux routard comme lui, ce sont des compliments que l’on n’oublie pas. Un collègue m’a dit : “Tu as vraiment de la chance d’être accueillie dans ses conditions-là, je n’ai jamais vu ça. Moi, il m’a fallu deux ans pour obtenir cette considération.” J’ignore pourquoi, mais j’ai pris ça comme un mauvais présage. Je me suis dit que mon tour viendrait. »

« Que dois-je rapporter pour plaire à Daniel ? »

Après les vacances d’été, Aline propose un sujet sur le travail des jeunes en Seine-Saint-Denis. Mermet est partant car, dit-il, « ici on n’arrive pas bien à traiter de ces sujets ». Elle lui rapporte les témoignages, obtenus au terme de longues tentatives d’approche, de quatre jeunes adultes du quartier des 3000 à Aulnay-sous-Bois. « Ils avaient accepté de quitter leur carapace pour se confier un peu à moi, poursuit Aline. Ils m’ont emmené dans un squat, leur tanière, pour évoquer leurs difficultés et le mépris qu’ils avaient pour le métier de leurs pères, ouvriers à l’usine PSA voisine. Mon expérience sur ces terrains de banlieue parisienne me faisait penser que je tenais une pépite. D’ailleurs, à la première écoute, Daniel a hoché la tête, satisfait : “Mais je pense que ça peut être encore mieux… Pourquoi tu n’interrogerais pas leurs pères ?” Je savais parfaitement que les jeunes, après s’être dévoilés ainsi, ne me laisseraient jamais entrer en contact avec leurs parents. Mais Daniel m’a dit d’essayer quand même. »

Au même moment, Aline est retenue ailleurs pour un travail de deux semaines. « Daniel s’est renfrogné à l’idée que je puisse lui préférer un autre employeur. A mon retour, j’ai senti que les choses avaient changé. Je n’ai jamais trouvé les pères, mais j’ai tourné de longues heures avec d’autres jeunes, dans des missions locales. J’avais de la matière. Je remontais une émission. À chaque écoute c’était bien, mais jamais assez. Plus je repartais sur le terrain et moins je savais ce que j’allais y chercher. Je ne suivais plus mon instinct, je me disais seulement : “Que dois-je rapporter pour plaire à Daniel ?”, ce qui est la démarche la moins journalistique au monde. » Septembre, octobre, novembre… Trois mois de suite, Aline travaille sans diffusion, donc sans salaire. Jusqu’au moment où Mermet lui suggère un autre sujet, pioché dans la revue XXI : « Un reportage sur un lieu incroyable à Paris qui héberge des centaines de petits entrepreneurs venus du monde entier. » Dès les premières secondes de l’écoute, l’animateur commence à renâcler. « “Les histoires de sans-papiers, on en a entendu mille, on s’en fout”, me dit-il. Je prends note de couper ce témoignage alors qu’il écoute déjà le second : “C’est trop long, pourquoi t’as pas posé cette question ?” Puis il change d’avis : “Touche à rien, c’est parfait.” Et ainsi de suite, lui soufflant le chaud et le froid, moi ne sachant plus où j’en suis. Je repars tourner plusieurs journées, toujours sans savoir ce que je cherche. Je confie mon égarement à un collègue, qui me dit : “Je vois très bien ce que tu veux dire, en deux ans Daniel m’a fait perdre toute confiance en moi.” Cette phrase m’a hanté pendant des jours. Le peu de confiance que j’avais en moi, je l’avais acquise de façon empirique à force d’effectuer des reportages. Daniel était en train de mettre à terre tout ce que j’avais mis tant d’années à construire. »

En décembre 2009, Aline ne dort plus, devient irascible, se rend au travail « avec la boule au ventre ». Ses collègues l’incitent à tenir bon puisque « tout le monde est passé par là ». Quelques jours avant Noël, elle fait écouter à Mermet ses derniers montages. « Une fois de plus, c’est à la fois bien et pas bien, ça va et ça ne va pas. À bout de nerfs, je finis par fondre en larmes et par lui dire que je ne comprends pas ce qu’il veut. Il me jette mes lancements à la figure11 en m’annonçant avec mépris qu’il ne peut rien pour moi. Je lui fais remarquer que depuis trois mois je travaille pour rien. D’un ton condescendant il me lance : “Mais si c’est que ça on va te les payer tes reportages !” Il y avait cinq ou six reporters dans la pièce, qui est petite… Aucun n’a même levé la tête. Ils ont plongé dans leur ordinateur. Le soir, à une fête, quelqu’un me demande pour qui je travaille. Je réponds que je ne souhaite pas en parler. Croyant que c’est de la modestie, un ami à côté de moi déclare tout fier : “Mais dis-le ! Elle travaille pour Mermet !” J’ai éclaté en sanglots et j’ai quitté la fête. C’est ce soir-là que j’ai pris conscience de l’état dans lequel j’étais. » Le lendemain, Aline se rend une dernière fois au bureau 528 pour monter une ultime version de son reportage. « Je n’ai pas eu le courage de recroiser Daniel Mermet. Je suis sortie de là avec la sensation d’avoir considérablement régressé dans mon travail et en me demandant si j’étais faite pour ce métier que pourtant j’adore. Heureusement, d’autres projets m’ont sauvée. Mais, quatre ans après, je reste profondément marquée par cette année qui fut la plus sombre de ma courte carrière. Je n’ai jamais retrouvé la confiance que j’avais en mon travail avant de rencontrer Mermet. »

Un enterrement de première classe

Bâtie sur la souffrance au travail, l’omerta se nourrit aussi des sympathies que le pacha de LBSJS a nouées à l’intérieur comme à l’extérieur de la maison ronde. Au dehors, il peut compter sur la gratitude des structures politiques et éditoriales de la « gauche de gauche », pour lesquelles son émission représente un relais providentiel. Chez ses collègues de Radio France, les soutiens se font plus mesurés. « Au cours de ses trente cinq années de carrière à France Inter, on n’a jamais vu Mermet mener le moindre combat social dans l’entreprise, s’agace par exemple Alain Le Gouguec, rédacteur en chef de l’émission voisine du bureau 528 et syndiqué Sud. S’il ne se prive pas au micro de se montrer inlassablement solidaire des salariés en lutte, on ne voit rien de tel de sa part quand les lumières du studio sont éteintes et que les conflits atteignent Radio France en interne. Je suis souvent gêné quand je rencontre en privé des auditeurs d’Inter ancrés politiquement à gauche et que je les entends me dire à quel point ils apprécient le bonhomme. Évidemment, je suis d’accord avec eux pour reconnaître que Mermet produit de belles émissions, mais lorsque la dithyrambe fait de lui un saint laïc et républicain, je serre les dents. » Les syndicats ne le portent pas non plus dans leur cœur, comme l’atteste l’ouverture de l’enquête du CHSCT. À en juger par les suites données à cette même enquête, il semble néanmoins que Daniel Mermet dispose de quelques solides appuis dans les étages supérieurs de la radio d’État.

À ce stade, inutile en effet de faire durer le suspense plus longtemps : l’enquête du CHSCT s’est perdue en chemin, ensablée dans les intrigues bureaucratiques. Les élus du personnel ont certes auditionné les membres de l’équipe, à commencer par Daniel Mermet lui-même, outré d’avoir à répondre durant trois heures à des questions que « personne n’avait osé (lui) poser en vingt-cinq ans de carrière », selon un syndicaliste présent. Julien Brygo aussi a été entendu, de même que la plupart des reporters toujours en activité à cette période. Benjamin Fernandez, parti s’installer en Inde, a livré son témoignage par courrier. C’était il y a un an et demi. Depuis, plus rien. Affaire classée. Pas de compte-rendu officiel ou officieux, pas même le moindre tract syndical pour réclamer la publication de l’enquête ou faire savoir qu’elle a eu lieu.

Je te tiens tu me tiens par la barbichette

Que s’est-il passé ? Quelques semaines après la fin des auditions, le président du CHSCT a été soudainement démis de ses fonctions12. L’arrivée de son remplaçant, Christian Mettot, semble avoir refroidi les audaces des élus du personnel. Contacté par Article11, le nouveau patron du CHSCT se mure dans le silence. Selon Julien Brygo, qui l’a interpellé il y a deux mois au sujet de l’enquête, Christian Mettot lui a exposé la doctrine désormais en vigueur : « Mermet respecte le règlement intérieur » et « le dossier est vide malgré les souffrances relatées ». Du côté des syndicats, c’est motus et bouche cousue, y compris chez Sud, qui s’était pourtant engagé à « mettre le paquet » sur cette affaire. « En cas d’intervention pour escamoter l’enquête, on fera éclater les pratiques de Mermet dans un tract intersyndical », nous avait assuré il y a un an un délégué syndical Sud de Radio France. Lequel, aujourd’hui, ne prend même plus la peine de décrocher son téléphone.

Les raisons de cette capitulation demeurent mystérieuses, mais on peut hasarder une hypothèse. Daniel Mermet a toujours prétendu qu’il n’exerçait aucune fonction décisionnelle à la tête de « Là-bas si j’y suis ». Le taulier, c’est pas moi, c’est France Inter, telle est sa ligne de défense. Il l’a encore martelée le 17 juin dernier, lorsque nous l’avons interrogé par téléphone sur ses qualités de meneur d’hommes : « L’employeur, c’est Radio France, c’est France Inter. J’ai un titre ronflant et stupide qui est “producteur”, mais je suis dans la même situation que tous les membres de l’équipe de LBSJS. C’est France Inter qui décide du budget, du montant des cachets et même des embauches, et même du refus de faire travailler tel ou tel. Moi je suis l’animateur d’une équipe, ça c’est vrai, mais je n’ai pas de pouvoir sur les conditions de travail. D’ailleurs tout le monde le comprend, tout le monde le sait. » Sachant qu’il recrute lui-même ses collaborateurs et qu’il dispose d’une enveloppe de 30 000 euros par mois pour rémunérer ses pigistes comme il l’entend, l’argument du « c’est pas moi » peine à convaincre. S’estime-t-il responsable au moins de la manière dont il traite son personnel ? La question lui paraît « crétine et de mauvaise foi », destinée seulement à « remuer la merde »13. Dans le cas de Brygo et Fernandez, il certifie qu’il s’agit de « deux affaires tout à fait tranquilles et classées ». « Je conçois très bien qu’ils soient en colère, ajoute-t-il, mais les choses se sont passées de manière très régulière avec eux. » Par manque de répartie, on oublie de lui demander à quoi ressemblent ses méthodes lorsqu’elles sont un peu moins « régulières ».

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Non, ce n’est pas un chevalier du Tastevin arborant son camembert d’or. C’est le producteur de « Là-bas si j’y suis » après sa décoration par la Scam (Photo trouvée sur la page facebook d’Hervé le Tellier – DR)

L’argumentation de la « voix des sans-voix » peut paraître saugrenue. Elle recèle pourtant une part de vérité : Daniel Mermet est lui-même un salarié précaire de France Inter. Bien payé et richement doté en droits d’auteur par la SCAM, certes, mais sous contrat à durée déterminée (CDD) depuis un quart de siècle. L’avantage de cette condition, c’est qu’elle lui fournit une parfaite excuse pour précariser ou lessiver ses propres ouailles. Le producteur de LBSJS trône dans la fosse océanique qui s’est creusée au fil des ans entre le service public et le droit du travail. Il le sait et il en joue. Même si la direction de Radio France n’apprécie guère la ligne politique de LBSJS, elle protège Mermet en acceptant d’indemniser ses victimes dans le huis clos de la direction des ressources humaines. Julien Brygo et Benjamin Fernandez ont reçu chacun un chèque de quelques milliers d’euros en dédommagement du « préjudice subi » – histoire qu’ils ne fassent pas de vagues, espère-t-on là-haut.

Quand sonnera l’heure de sa retraite bien méritée, Mermet saura sans doute monnayer au prix fort son propre préjudice. Eu égard à la stature et à l’ancienneté du personnage, une action en justice de sa part coûterait les yeux de la tête à Radio France et mettrait en lumière son système d’illégalité pyramidale. Pour la direction, mieux vaut donc fermer les yeux sur l’étrange épidémie de maltraitances qui décime le bureau 528. Un raisonnement que partage apparemment le nouveau président du CHSCT. Quant aux syndicats, on se demande ce qu’ils fabriquent. Pour retrouver le goût de la lutte, peut-être devraient-ils écouter plus souvent « Là-bas si j’y suis ».


1 Et non septembre 2012 comme il était écrit à la publication de l’article, erreur inattention rectifiée suite au commentaire de Thibaud (Merci !).

2 Edit du 28 juin : ces deux dernières phrases ont été modifiées, pour une question de date.

3 Pour la petite histoire, la déclaration de Julien Brygo s’est révélée gagnante sur le plan journalistique : sidéré par l’impécuniosité de son interlocuteur, le patron d’Adrexo a finalement craché le morceau : « Oui, je gagne 20 000 euros par mois, et alors ? » (« La vie augmente », diffusé à « Là-bas si j’y suis » le 22 mars 2011, à écouter sur le site de Julien Brygo).

4 Tirade rapportée par Julien Brygo dans son courrier aux syndicats.

5 Lire « T’en baves là-bas si j’y suis », CQFD n°7, 15 décembre 2003. Rédigé déjà par Olivier Cyran, ce compte-rendu du message de détresse de Joëlle Levert, alors assistante de Daniel Mermet, continue encore, dix ans plus tard, d’exaspérer l’ombrageux producteur de LBSJS. À en croire des témoignages internes, il ne laisse pas passer une semaine sans vérifier si l’article qui le fâche est toujours en ligne sur Internet. Signe d’une certaine intolérance au petit caillou dans sa chaussure, il a placé CQFD en tête des journaux interdits de citation sur le répondeur de l’émission. Sa vindicte vaut aussi pour le site de critique des médias Acrimed, l’unique organe de presse – avec CQFD et Indymedia Nantes – à s’être fait l’écho du témoignage de Joëlle Levert.

6 Thierry Scharf et Claire Hauter, deux piliers de LBSJS, ont préféré démissionner après que Mermet les eut rétrogradés au rang de simples pigistes. Thierry Scharf explique à Article11 : « Claire et moi avions refusé de signer la lettre de soutien à Daniel Mermet, qu’il avait lui-même écrite pour se défendre des accusations de son assistante Joëlle Levert. Il n’avait pas systématiquement tort, et elle n’avait pas forcément raison sur tout. Mais le fait que Mermet prenne à parti ses reporters pour qu’ils cautionnent son autojustification, alors que Levert venait de tenter de se suicider dans le bureau de LBSJS et que c’est Claire et moi qui l’avions accompagné à l’infirmerie, le procédé nous paraissait un peu gros. Donc on a refusé et c’est là qu’il a commencé à nous prendre en grippe. »

7 Son prénom a été changé à sa demande.

8 Son prénom a été changé à sa demande.

9 Édit 28 juin, 9h40 : l’illustration a été changée. Photo Jbb.

10 Citation tirée d’un entretien complaisant avec Robert Ménard, paru sur six pages dans le mensuel Médias (septembre 2011). Quand le producteur de LBSJS s’est confié à lui, Ménard n’était pas encore un sympathisant déclaré du Front National, mais déjà un réactionnaire vociférant et assoiffé de pétrodollars qataris. Curieusement, cela n’a pas dérangé le « rouge » Mermet.

11 Dans le jargon maison, les lancements désignent les feuilles de papier sur lesquelles les reporters notent les éléments de leur montage avant de le faire écouter au producteur.

12 Suite à son licenciement par la direction de Radio France pour une affaire apparemment sans lien avec l’enquête sur LBSJS (édit le 27 mai).

13 Si Daniel Mermet s’autorise ce langage fleuri, c’est parce que le signataire de ces lignes a brièvement travaillé pour lui en 2001. Ces quatre semaines de collaboration n’auront marqué ni l’histoire de la radio ni celle de l’ex-employé, qui n’en garde que le vague souvenir d’un chef hautain et narcissique. Malgré cela, Mermet croit dur comme fer que son interlocuteur cherche encore, douze ans plus tard, à le persécuter par désir de vengeance.

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Mort du hacker Barnaby Jack, détrousseur de distributeurs


Le Monde.fr | 29.07.2013 à 04h32 • Mis à jour le 29.07.2013 à 07h42

L’un des plus célèbres hackers de ces dernières années, Barnaby Jack, 35 ans, a été retrouvé mort, jeudi 25 juillet, dans son appartement de San Fransisco. Les causes de sa mort n’étaient pas connues dans l’immédiat.

Fer de lance du mouvement des « White hat », l’informaticien de génie s’était fait remarquer en 2010, lors de la célèbre conférence annuelle sur la sécurité informatique, Black Hat, à Las Vegas. Sur scène, il était parvenu à montrer en direct comment vider le contenu de distributeurs automatiques sans débiter aucun compte client. Comble de l’exercice : le hacker avait même montré deux techniques différentes pour cette même opération, l’une impliquant un déplacement physique jusqu’au distributeur, l’autre se faisant depuis un ordinateur à distance. Une technique de piratage qui a depuis été surnommé le « jackpotting ».

Pour parvenir à ce résultat, l’homme, d’origine néo-zélandaise, avait acheté deux distributeurs sur Internet – à 2000 dollars l’unité – qu’il avait installés chez lui. Il en avait alors étudié le fonctionnement pendant près de deux ans.

 

« UN BON GARÇON »

Dans une interview à la chaîne néo-zélandaise TV3, Barnaby Jack expliquait être « un bon garçon » qui avait mené ces recherches « simplement pour prouver la faiblesse des dispositifs électroniques du quotidien ».

 

MATÉRIEL MÉDICAL ET « HOMELAND »

Expert en sécurité des données, Barnaby Jack s’était ensuite particulièrement intéressé aux faiblesses des dispositifs électroniques dans le domaine médical. Le hacker avait ainsi démontré la dangerosité des injecteurs à insuline, qu’il était parvenu à programmer à une distance de 100 mètres de l’appareil pour injecter une dose mortelle au patient. Suite à ces révélations, certaines entreprises spécialisées dans le domaine médical avaient modifié la composition de leur matériel.

Cette année encore, la présence de Barnaby Jack était très attendue à la conférence Black Hat, où il devait présenter ses dernières recherches sur les faiblesses des pacemakers. Inspiré par une scène de la série Homeland, il devait en effet amener la preuve qu’il est possible de tuer quelqu’un en désactivant son pacemaker à une distance de 10 mètres ou moins.

« NOTRE PIRATE BIEN-AIMÉ »

Dans un communiqué, les organisateurs de la conférence ont déploré la mort d’un homme « de légende qui restera irremplaçable ». Le communiqué annonce également qu’un hommage lui sera rendu par la communauté des hackers, en lieu et temps où il était supposé tenir sa conférence.

 » Nous avons perdu mais n’oublierons jamais notre pirate bien-aimé, Barnaby Jack nous a quitté. Il était un maître du hacking et un grand ami « , a écrit pour sa part sur Twitter l’entreprise IOActive, pour laquelle Barnaby Jack était chargé des questions de sécurité.

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Petit recueil de 18 moisissures argumentatives pour concours de mauvaise foi


Petit recueil de 18 moisissures argumentatives à utiliser sans modération lors des concours de mauvaise foi, par Richard Monvoisin, vice-champion de mauvaise foi  2008, et Stanislas Antczak, champion 2007. (Certains sophismes sont davantage détaillés dans l’article Logique – Le monde de sophisme)


Nous avons découpé ces moisissures argumentatives en 3 grandes catégories : les erreurs logiques, les attaques, et les travestissements.

CorteX_cerveau_de_CushingA. Erreurs logiques

1.La généralisation abusive
2.Le raisonnement panglossien
3.Le Non sequitur (« qui ne suit pas les prémisses »)
4.L’analogie douteuse
5.L’appel à l’ignorance (ou argumentum ad ignorantiam)
6.Le post hoc ergo propter hoc (ou effet atchoum)

B. Attaques
7.L’attaque personnelle (ou argumentum ad hominem)
Variante 1 : l’empoisonnement du puits
Variante 2 : le Tu quoque (ou toi aussi)
8.Le déshonneur par association (et son cas particulier, le reductio ad hitlerum)
9.La pente savonneuse
10.L’homme de paille (dite technique de l’épouvantail, ou strawman)
11.L’argument du silence (ou argumentum a silentio)
12.Le renversement de la charge de la preuve

C. Travestissements
13.Le faux dilemme
14.La pétition de principe
15.La technique du chiffon rouge (ou red herring, ou hareng fumé)
16.L’argument d’autorité (ou argumentum ad verecundiam)
17.L’appel à la popularité (ou argumentum ad populum)
18.L’appel à la pitié (ou argumentum ad misericordiam)

Télécharger en format pdf ici.

 

A. Erreurs logiques

 

1. La généralisation abusive

Méthode : prendre un échantillon trop petit et en tirer une conclusion générale.

Exemples :

  • Mon voisin est un connard moustachu, donc tous les moustachus sont des cons.
  • Les Chinois sont vachement sympas. J’en connais deux, ils sont trop cools.

 

2. Le raisonnement panglossien

Méthode : raisonner à rebours, vers une cause possible parmi d’autres, vers un scénario préconçu ou vers la position que l’on souhaite prouver.

Exemples :

  • C’est fou, la banane a été créée pour être facile à éplucher.
  • Le monde est trop bien foutu, c’est une preuve de l’existence d’une volonté divine.

 

3. Le Non sequitur (« qui ne suit pas les prémisses »)

Méthode : tirer une conclusion ne suivant pas logiquement les prémisses. Deux types d’argumentaires :

Si A est vraie, alors B est vraie.

Or, B est vraie.

Donc A est vraie.

Si A est vraie, alors B est vraie.

Or, A est fausse.

Donc B est fausse.

Attention : la conclusion peut être finalement juste, mais le raisonnement est faux.

Exemples :

  • Tous les consommateurs d’héroïne ont commencé par le haschisch. Tu fumes du haschisch, donc tu vas finir héroïnomane.
  • Française des Jeux : 100% des gagnants auront tenté leur chance (décomposé, cela donne : tous ceux qui ont gagné ont joué. Donc si tu joues, tu gagnes).
  • On m’a dit « Si tu ne manges pas ta soupe, tu finiras au bagne », or je mange ma soupe, donc je n’irai pas au bagne.

 

4. L’analogie douteuse

Méthode : discréditer une situation en utilisant une situation de référence lui ressemblant de manière lointaine.

Exemples :

  • Vous refusez de débattre avec les créationnistes, vous êtes anti-démocratique.
  • Oui, Mussolini et Pol Pot ont commencé aussi comme ça… (Cette variante se rapproche du déshonneur par association, voir 8).
  • Vous ne me croyez pas, mais Galilée aussi a été condamné et avait raison. (On appelle celui-ci le syndrome de Galilée).

 

5. L’appel à l’ignorance (ou argumentum ad ignorantiam)

Méthode : prétendre que quelque chose est vrai seulement parce qu’il n’a pas été démontré que c’était faux, ou que c’est faux parce qu’il n’a pas été démontré que c’était vrai.

Exemples :

  • Il est impossible de prouver que je n’ai pas été enlevé par des extraterrestres. Donc j’ai été enlevé par des extraterrestres (argument de Raël).
  • Il n’est pas démontré que les ondes wi-fi ne sont pas nocives. Donc elles le sont.

 

6. Le post hoc ergo propter hoc (ou effet atchoum)

Méthode : après cela, donc à cause de cela. Confondre conséquence et postériorité.

  • B est arrivé après A
  • donc B a été causée par A.

Exemple :

  • J’ai bu une tisane, puis mon rhume a disparu ; donc c’est grâce à la tisane.
  • J’ai éternué, et hop, il a plu !

 

B. Attaques

 

7. L’attaque personnelle (ou argumentum ad hominem)

Méthode : attaquer la personne (sur sa moralité, son caractère, sa nationalité, sa religion…) et non ses arguments.

Exemples :

  • Impossible de donner du crédit à Heidegger, vu ses affinités nazies.
  • Comment peut-on adhérer aux positions de Rousseau sur l’éducation, alors qu’il a abandonné ses propres enfants ?

 

Variante 1 : l’empoisonnement du puits

Méthode : sous-entendre qu’il y a un lien entre les traits de caractère d’une personne et les idées ou les arguments qu’elle met en avant.

Exemple :

  • critiquer les positions mystiques, ça ne m’étonne pas de vous, vous avez toujours été sans cœur

 

Variante 2 : le Tu quoque (ou toi aussi1)

Méthode : jeter l’opprobre sur la personne en raison de choses qu’elle a faites ou dites par le passé, en révélant une incohérence de ses actes ou propositions antérieures avec les arguments qu’elle défend.

Exemples :

  • Comment Voltaire peut-il prétendre parler de l’égalité des Hommes alors qu’il avait investi dans le commerce des esclaves ?
  • Comment croire José Bové alors qu’il fume du tabac américain de Virginie2 ?

 

8. Le déshonneur par association (et son cas particulier : le reductio ad hitlerum)

Méthode : comparer l’interlocuteur ou ses positions à une situation ou à un personnage servant de repoussoir.

Exemple :

  • Voyons, si tu adhères à la théorie de Darwin, alors tu cautionnes la « sélection » des espèces, donc le darwinisme social et l’eugénisme, ce qui mène droit aux nazis.
  • Tu critiques la psychanalyse ? Comme Jean-Marie Le Pen !

 

9. La pente savonneuse

Méthode : faire croire que si on adopte la position de l’interlocuteur, les pires conséquences, les pires menaces sont à craindre.

Exemples :

  • Si l’humain descend du singe où va-t-on ? C’en est fini de la morale !
  • Les thérapies cognitives, c’est la porte ouverte au Prozac et à la Ritaline pour les enfants.
  • Si on autorise les préservatifs à l’école, ce sera quoi la prochaine fois? Des flingues ? De la drogue ?

 

10. L’homme de paille (dite technique de l’épouvantail, ou strawman)

Méthode : travestir la position de l’interlocuteur en une autre, plus facile à réfuter ou à ridiculiser.

Exemples :

  • les théoriciens de l’évolution disent que la vie sur Terre est apparue par hasard. N’importe quoi ! Comment un être humain ou un éléphant pourraient apparaître de rien, comme ça ?
  • Les adversaires de l’astrologie prétendent que les astres n’ont pas d’influence sur nous. Allez donc demander aux marins si la Lune n’a pas d’influence sur les marées !

11. L’argument du silence (ou argumentum a silentio)

Méthode : accuser l’interlocuteur d’ignorance d’un sujet parce qu’il ne dit rien dessus.

Exemple :

  • Je vois que vous ne connaissez pas bien la philosophie politique puisque vous passez sous silence les travaux de John Rawls, c’est inadmissible !

 

12. Le renversement de la charge de la preuve

Méthode : demander à l’interlocuteur de prouver que ce qu’on avance est faux.

Exemple :

  • Mais prouvez-moi donc que la politique migratoire actuelle est inefficace..
  • À vous de me démontrer que le monstre du Loch Ness n’existe pas.

 

C. Travestissements

 

13. Le faux dilemme

Méthode : réduire abusivement le problème à deux choix pour conduire à une conclusion forcée.

Exemples :

  • Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous (l’argument dit de George W. Bush).
  • Le sol sous-marin de Bimini a été fait soit par des humains, soit par des gens de l’Atlantide. Mais des humains n’auraient pas pu faire ça, donc c’est forcément des gens de l’Atlantide.
  • La crise : mythe ou réalité ?

 

14. La pétition de principe

Méthode : faire une démonstration contenant déjà l’acceptation de sa conclusion.

Exemples :

  • Les recherches bactériologiques de l’Armée sont nécessaires, sinon comment pourrait-elle nous soigner en cas d’attaque militaire bactériologique ?
  • Jésus est né d’une vierge. Comment cela serait-il possible sans l’intervention divine ?

 

15. La technique du chiffon rouge (ou red herring, ou hareng fumé)

Méthode : déplacer le débat vers une position intenable par l’interlocuteur.

Exemples :

  • Remettre en cause le lobbying industriel sur les nanotechnologies ? Autant revenir à la lampe à huile et à la marine à voile.
  • Et tous ces gens qui font de la réflexologie, ce sont des imbéciles, peut-être ?

 

16. L’argument d’autorité (ou argumentum ad verecundiam)

Méthode : invoquer une personnalité faisant ou semblant faire autorité dans le domaine concerné.

Exemples :

  • Isaac Newton était un génie, et il croyait en Dieu, donc Dieu existe.
  • Si même Nicolas Hulot met du shampoing Ushuaia, c’est que ça doit être sain.

 

17. L’appel à la popularité (ou argumentum ad populum)

Méthode : Invoquer le grand nombre de personnes qui adhèrent à une idée.

Exemples :

  • Des millions de personnes regardent TF1, ça ne peut donc pas être si nul.
  • Des milliers de gens se servent de l’homéopathie, ça prouve bien que ça marche.

 

18. L’appel à la pitié (ou argumentum ad misericordiam)

Méthode : plaider des circonstances atténuantes ou particulières qui suscitent de la sympathie et donc cherchent à endormir les critères d’évaluation de l’interlocuteur.

Exemples :

  • Roman Polanski, il faut le défendre, il a beaucoup souffert. On ne peut pas accuser aussi gravement quelqu’un qui a autant de talent (suite au procès pour viol sur mineure)

  • « Bien sûr, le tordeur de métal Uri Geller a triché, mais sous la pression que lui mettaient les scientifiques, on comprend qu’il en soit venu là. »

1 Clin d’œil à César, poignardé par son fils Brutus. Il aurait alors déclaré « tu quoque, mi fili » (toi aussi, mon fils), ce qui est probablement légendaire car la première mention est rapportée par Suétone, né 113 ans après la mort de César. Il est plus probable qu’il ait dit plutôt quelque chose comme « ouille ».

2 Affirmation gratuite, sans preuve.

 
 

 

*Testé plusieurs fois lors des concours de mauvaise foi d’Ultimate Z, l’université d’été de l’Observatoire Zététique. Le modèle a été ensuite remanié, et utilisé par différents collectifs dans des débats féministes et lors d’un atelier d’économie populaire à Antigone, Grenoble.

source

Se désintoxiquer du numérique


Des « petits shabbats » pour se désintoxiquer du numérique
Sophie Caillat | Journaliste

Accros aux e-mails et aux réseaux sociaux, on a tous envie de débrancher. Quelle est la meilleure manière d’y arriver ?


Des pieds dans l’eau (Will Ockenden/Flickr/CC)

(Du Morvan) En apprenant que la maison d’hôtes où j’avais réservé mes vacances dans le Morvan avait une connexion internet laborieuse, j’ai d’abord failli annuler. « On a un modem, mais il faut dix minutes pour télécharger une photo, on est quasiment en zone blanche », me dit l’apiculteur à qui je loue une chambre. Tentons.

Quatre jours sans Twitter, je risquais de perdre le fil. Debout sur le lit, bras en l’air, nous parvenions à télécharger nos e-mails, parfois à y répondre. Mais il faut bien l’avouer, ce sevrage imposé avait quelque chose de rageant.

A l’espace numérique municipal de la ville la plus proche, pour un euro de l’heure, nous voilà parmi les retraités remplissant leurs déclarations d’impôts en ligne. Quelques minutes volées aux vacances, histoire de régler les urgences « vitales ».

Si la situation avait quelque chose de ridicule, c’est parce que nous ne nous y étions pas préparés. Subie, la déconnexion est d’autant plus pénible que la recherche de la petite barrette en haut à droite de l’écran vire à l’obsession.

Comme au temps de la cabine téléphonique

Une fois qu’on en a pris son parti, tout devient différent. Colette se rappelle ses vacances dans les Vosges : coincée dans une vallée enclavée, avec son bébé et sa maman, elle devait grimper sur la crête pour donner des nouvelles à son mari. Comme au temps de la cabine téléphonique.


Cabine téléphonique à Vézelay dans le Morvan (Sophie Caillat/Rue89)

« J’ai lu “Le Grand Meaulnes”, j’ai réappris à jouer au Scrabble sans dictionnaire. On a dû trouver un consensus sur l’orthographe du won, la monnaie coréenne. Pas évident. »

Anne Duhautbout, coach en développement personnel et professionnel, prévient ses stagiaires :

« Le jour où vous donnez le biberon à votre bébé tout en pianotant sur votre téléphone, c’est STOP. »

Elle constate une addiction à l’outil qui obéit aux mêmes mécanismes que la cigarette. Et suggère de profiter des vacances pour « prendre conscience des besoins non comblés et les combler d’une autre manière, revisiter ce qui nous comble vraiment, quitter le leurre de l’écran ».

La coach met en garde contre des cures de désintoxication trop violentes :

« Si vous êtes trop esclave, vous pouvez vous sentir mal au début. Mieux vaut réserver des plages horaires pour la connexion. L’essentiel est de remettre l’outil à sa place, à notre service. »

« Comme arrêter de fumer »

Lauren, journaliste web, s’est reconnue dans le portrait de l’accro dépeint par Anne Duhautbout. Et elle s’est lancé un défi : ne pas allumer son portable pendant une semaine ; sur une île grecque, avec son compagnon et son bébé, le cadre idoine a priori. Sauf que les trois premiers jours ont été un enfer :

« J’avais une sensation de vide terrible, comme s’il me manquait quelque chose dans la main. C’est comme d’arrêter de fumer en sachant que tu as un paquet et un briquet dans ton sac. Tu te dis : je pourrais l’allumer pour voir, allez, juste cinq minutes.

Ne pas savoir si j’étais mentionnée sur Twitter, ne pas voir si j’avais des cœurs sur Instagram, risquer de louper une info capitale… C’était très dur. Et finalement, je me suis rendu compte que la Terre tournait sans moi. Mon fils était très content, et mon mec, ça lui a fait de vraies vacances. »

Finalement, Lauren a eu plus d’idées que jamais, a lu cinq livres en une semaine et va essayer d’en faire une vraie doctrine de vacances. Surtout, le bénéfice de ce sevrage perdure au retour à Paris : elle coupe son smartphone le soir et le week-end, circonscrit la gestion de sa boîte e-mail à une heure par jour, et étanchéifie un peu mieux sa vie privée et sa vie professionnelle.

« Ma mère a ma ligne fixe, mon mec est avec moi, je vois pas ce qui va arriver de fondamentalement grave », se rassure-t-elle.

Trouver la « slow connexion »


Couverture du livre

Le burn-out numérique, Thierry Crouzet l’a expérimenté. Ce blogueur, gourou des réseaux sociaux, a disparu du Net pendant six mois en 2011… avant de revenir. Pas le même homme. Il en a fait un livre « J’ai débranché » (Fayard) et nous raconte (une fois qu’il a retrouvé son téléphone) :

« Avant, j’avais l’espoir qu’Internet nous aiderait à changer le monde, mais je me suis rendu compte que les réseaux sociaux, c’est comme la télé en pire. Ça nous rend stupides et nous fait perdre du temps. »

Quand il me dit « j’ai été heureux pendant cette période », je lui fais remarquer que ses photos laissent à penser qu’il plane un peu ; il concède : « C’est important de planer. »

Retourné à ses bases, dans le Midi, il a enfin trouvé la « slow connexion », celle qui lui permet de « rester connecter sans se laisser bouffer » :

« J’utilise l’e-mail de façon modérée, plus d’alerte sur mon téléphone ; la plupart du temps je ne l’ai pas avec moi. J’aimerais trouver l’équivalent de la campagne de l’Internet. Pas facile… »

Des « petits shabbats » pour être ensemble

Sans se retirer aussi loin que Thierry Crouzet, on peut opter pour des mini-retraites, au couvent, par exemple. La cohabitation avec les moines vous retirera d’emblée l’envie de garder votre mobile allumé. Même en mode vibreur, impossible d’accéder au silence sans vraiment appuyer sur OFF.

Chacun peut aussi se fabriquer « ses petits shabbats », comme le conseille le rabbin Gabriel Farhi. Les goys aussi ont le droit de s’offrir 24 heures de ressourcement par semaine. Un effort, même pour les rabbins. Gabriel Farhi a avoué à Nolwenn Le Blevennec que les dernières heures du shabbat sont difficiles : « On a quasiment le doigt sur le bouton de l’ordinateur ».

Les resorts de luxe ont eux aussi compris qu’il y avait un marché de la « détox numérique », et proposent aux couples et aux familles de se donner les moyens de vraiment passer leurs vacances ensemble, en laissant leurs appareils à la porte.

Le journal Tech News Daily en a relevé trois :

  • à Saint-Vincent-et-les-Grenadines, confetti des Caraïbes, un hôtel pour milliardaires privé de télé, téléphone et Internet accueille les couples en lune de miel. Ils savent ce qui leur reste à faire au retour de la plage ;
  • un ranch du Montana tente de tirer avantage de son isolement en proposant aux familles de se reconnecter entre elles et à la nature ;
  • à Hawaï, un hôtel suggère de revenir à des temps plus reculés.

Des récupérations marketing qui répondent à une demande : profiter vraiment de la beauté des endroits où l’on va pour ça.

Google Baby – Bébés en kit


Google Baby

Date de publication : 19 avril 2013

Doron, un entrepreneur Israélien high tech, a lancé une nouvelle offre de service: la production de grossesse.
–        La grossesse se fait en Inde (c’est moins cher)
–        Le matériau génétique est sélectionné  par les clients via une interface web
–        le sperme et les ovules s’achètent en ligne
–        les embryons fabriqués sont congelés et expédiés par avion en Inde
–        ils seront implantés dans l’utérus de mères porteuses locales (Inde) c’est moins cher !
–        Les clients se présentent à la fin des 9 mois de grossesse pour récupérer leur bébé.
–        Il suffit d’une carte de crédit pour acheter bébé

Google Baby – Bébés en kit par tchels0o

Note du producteur du film :
Il m’a fallu 3 ans pour concevoir ce film. Au fur et à mesure de son avancement j’ai compris que très peu de gens comprennent que les bébés sont en train de devenir un bien de consommation et qu’à ce titre, la mondialisation de l’économie, avait un profond impact sur cette industrie naissante.
Nous avons filmé aux Etats-Unis, en Israël et en Inde dans la clinique du Dr Patel. Au début du tournage elle avait 70 mères porteuses enceintes, à la fin du film elle en gérait 250.
Je comprends que ces cliniques de mères porteuses puissent choquer mais après avoir passé beaucoup de temps en Inde dans la clinique du Dr Patel, je commence à comprendre son point du vue. Pour elle, c’est la seule façon pour des femmes en milieu rural de changer de vie et d’assurer l’avenir de leurs enfants.
Certes les questions d’éthique soulevées par cette nouvelle industrie sont longues. Par exemple nous n’avons pas mis dans le film l’histoire de la petite Manjhi  dont les «acheteurs » japonais avaient divorcés avant sa naissance. Après une longue bataille juridique, les grands parents japonais l’ont finalement adoptée 3 mois après sa naissance. J’ai essayé de ne pas porter de jugement moral dans ce film. Pour certains, ces procédés sont un miracle pour d’autres une machine infernale…De toute façon les choses vont se corser car je suis persuadé qu’à l’avenir cette forme de reproduction ne sera plus une solution en dernier ressort mais celle de femmes qui veulent éviter une interruption de carrière ou des vergetures.
Je suis horrifié par les aspects mercantiles de cette industrie de la reproduction. En l’absence de règles éthiques et de morales, l ‘économie mondialisée donne la pleine mesure de son efficacité. Pas de barrière légales, profits vertigineux : tous les ingrédients sont là pour que l’industrialisation de la reproduction humaine explose.
« Google Baby »  est un aperçu d’un sujet dont je suis convaincu qu’il va devenir un problème majeur pour le futur de l’humanité.
Explications plus précises
 Google Baby est un voyage à travers trois continents qui raconte l’histoire de l’industrie montante de la production de bébés à l’âge de la mondialisation.
Doron, un entrepreneur israélien doté d’un background high tech propose un nouveau service – la production de grossesses. Le producteur de grossesses (comme il se présente) fournit une solution rentable  à ses clients grâce à sa délocalisation d’éléments de GPA en Inde, qui en abaisse les coûts. Le matériel génétique souhaité est choisi par les clients à partir de leur ordinateur : le sperme et les ovocytes  s’achètent en ligne, des embryons multiples sont produits, congelés, emballés et envoyés en Inde par avion, où ils sont implantés dans les utérus des mères porteuses locales. Les clients n’arrivent qu’à la fin des neuf mois de grossesse pour prendre livraison de leurs bébés.
Aujourd’hui, la technologie a transformé le fait de « faire un bébé » en acte indépendant du sexe. Et la mondialisation la rend abordable. Tout ce dont vous avez besoin est une carte de crédit. Les instructions sont accessibles à tous sur Youtube.
Déclaration du Réalisateur
J’aime bien les tableaux d’affichage. Durant mes études à l’université de Harvard, j’ai remarqué beaucoup d’affichettes, sur les tableaux d’affichage du campus, qui offraient de 50 000 à 70 000 dollars à des jolies jeunes femmes diplômées. La technicité de ce nouveau type d’enfantement, et le fait que la grossesse pouvait être réduite à ses éléments constitutifs, puis recomposée en les mélangeant et en les appariant sur Internet m’ont intrigué.
La recherche et le tournage du documentaire ont pris presque trois ans. A mesure de notre travail, j’ai réalisé de plus en plus clairement à quel point les gens sont totalement ignorants du fait que les bébés sont en train de devenir des marchandises, et il devenait évident que la mondialisation a un immense effet sur le développement du business de la production de bébés. Les coûts locaux et les obstacles légaux sont pris en main par des opérateurs internationaux. Nous avons filmé aux USA, en Israël et en Inde, où nous avons fait trois voyages pour le tournage du documentaire. Quand nous avons commencé à filmer dans la clinique du Dr Patel à Anand, en Inde, elle avait 70 mères porteuses « au travail ». A la fin du tournage, lors de notre dernier séjour, elle avait plus de 250 mères porteuses et d’autres docteurs, à Mumbai, commençaient à offrir les mêmes services. De toute évidence, l’activité se développe très rapidement.
Je comprends ceux qui considèrent la délocalisation de la GPA en Inde, à un coût bien moindre qu’en Occident, comme de l’exploitation. Malgré tout, après avoir passé du temps en Inde, je partage davantage l’avis du Dr Patel et l’agenda féministe qu’elle propose. Le Dr Patel pense que, pour ces femmes rurales de l’Inde, la GPA est presque la seule façon de changer sa vie. Elles transforment leur vie, les vies de leurs familles et de leurs enfants en leur apportant un logement et la possibilité d’une éducation.
Pourtant, cette nouvelle industrie en développement soulève aussi une longue série de questions éthiques. Par exemple, le cas de Manjhi, qui n’a pas été inclus dans le film. Manjhi est une petite fille née d’un couple japonais via une mère porteuse indienne. Entre sa conception et sa naissance en Inde, les parents qui l’avaient commandée ont divorcé. Comme celle qui allait devenir sa mère et le père n’en voulaient plus, ils ont refusé de venir la chercher auprès de se mère porteuse en Inde. La mère porteuse a fait l’objet de pressions de la part des autorités indiennes pour qu’elle adopte le bébé, mais elle ne voulait pas de Manjhi non plus. La clinique a soutenu la mère porteuse devant les tribunaux. Pour finir, la grand-mère paternelle de Manjhi a a accepté de la garder. Manjhi a été emmenée à Tokyo trois mois après sa naissance.
J’ai choisi de ne pas donner de point de vue personnel dans ce film. Les gens ont souvent des opinions très tranchées à ce sujet, et ce qui est perçu comme le salut pour les uns est vu comme diabolique par d’autres. La situation ne va faire que se compliquer, parce que je pense qu’à l’avenir, la GPA ne sera pas employée en dernier recours, mais plutôt comme une alternative pour des femmes qui ne veulent pas de vergetures ou ne souhaitent pas interrompre leur carrière pour une maternité.
L’aspect mercantile de l’industrie de la reproduction m’intrigue autant qu’il m’effraie. A cause de l’absence de règles morales ou d’éthique, l’économie mondiale est exploitée en toute liberté. De cette façon, sans barrières légales à dépasser et avec beaucoup d’argent à gagner, l’industrie de la reproduction humaine est en plein essor. Un business froid et distant uniquement guidé par les principes de l’économie de marché traite, sans le moindre garde-fou, la question la plus délicate qui soit. A travers Google Baby, j’ai tenté de donner un aperçu de ce qui va probablement devenir l’un des problèmes majeurs de l’humanité de demain.
Protagonistes
Dr. Naya Patel est une des spécialistes mondiales de la FIV. Elle a monté une entreprise florissante de ventres indiens pour clients occidentaux. La clinique du Dr Patel a transformé la petit ville d’Anand, dans le nord de l’Inde, en une capitale mondiale de la GPA. Sa clinique est d’un niveau comparable à ceux des meilleures cliniques occidentales et elle supervise des centaines de femmes locales qui portent les embryons de sa clientèle internationale. La GPA est un tabou social en Inde, de telle sorte que les femmes vivent à la clinique pendant toute la durée de leur grossesse. Les familles, dans la plupart des cas, ne sont pas au courant. Le Dr Patel pense que sa clinique offre non seulement une planche de salut à ses clients affligés de difficultés de reproduction, mais aussi, pour des femmes indiennes rurales, une chance  d’améliorer leur situation sociale.
Doron Mamet est un entrepreneur israélien qui a abandonné une position prestigieuse pour devenir ce qu’il appelle un « producteur de bébés ». En ouvrant sa compagnie, Tammuz, Doron Marmet a créé une nouvelle solution dans un marché prospère qui aspire à des produits occidentaux génériques aux prix abordables du marché asiatique. Son agence fournit des services de production de bébés en connectant clients, donneurs, mères porteuses et cliniques à travers le monde.
Dr. Gad Lavy est l’opérateur américain de l’entreprise « Est-Ouest » de GPA de Doron. Il crée des embryons à partir de sperme et d’ovocytes qu’il reçoit dans son centre indépendant de fertilité de Nouvelle-Angleterre, l’une des cliniques de fertilité les plus actives et prospères des USA. Les embryons sélectionnés sont envoyés par avion en Inde pour y être implantés dans les ventres des mères porteuses locales.
Lyne Macklin-Fife est administratrice du programme pour Egg donation Inc, la première entreprise de courtage en ovocytes humains en ligne. Basée en Californie, leur banque de données en ligne contient plus de mille donneuses d’ovocytes venues de tous les états des USA, et dont les profils complets (photos incluses) sont accessibles sur Internet aux acheteurs éventuels ainsi qu’aux médecins.
Katherine Gaylean est une donneuse d’ovocytes très demandée et l’une des principales fournisseuses d’Egg Donation Inc. Les ovocytes de Katherine ont été prélevés trois fois et à chaque fois, le client a reçu plus de vingt ovocytes sains. Elle vit dans le sud du Tennessee avec son mari et leur deux filles. Elle a décidé de donner ses ovocytes à la fois pour aider des gens à réaliser leurs rêves de parentalité et pour financer la maison de ses rêves.
Credits
Produit & Réalisé par Zippi Brand Frank | Cinématographie par Uri Ackerman | Monté par Tal Rabiner | Musique de Karni Postel | Conception Son par Itzik Cohen, Gadi Raz | Second Réalisateur Shai Gal | Co-Producteur Zvi Frank | Cameramen Ronen Mayu, Ronen Schecner | Ingenieurs du Son Idan Shemesh, Ravid Dvir | Montage Online Yoav Raz | Post Production Edit Studios | Montage Son Jungle Sound | Producteur Superviseur Ronny Perry | Channel Manager Guy Lavie | Producteur Exécutif Yona Wiesenthal | Produit avec le soutien de Yes Docu DBS Satellite and Rabinovitch fund, Cinema project | Ventes mondiales Films transit International

Burn-out : quand le travail consume le salarié


Classé dans les risques psychosociaux, le syndrome d’épuisement professionnel commence par une phase de résistance; arrive ensuite la rupture, suivie de l’épuisement.

Le verbe anglais to burn signifie brûler en français. C’est une Américaine, Loretta Bradley, qui, en 1969 et pour la première fois, désigne un stress lié au travail sous le terme de burn-out, traduit depuis par syndrome d’épuisement professionnel. En 1974, un psychanalyste américain, Herbert J. Freudenberger, écrivait: «En tant que praticien, je me suis rendu compte que les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles. Leurs ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur.»

À l’automne dernier, le cabinet Technologia consacrait toute une matinée de réflexion au burn-out. Le Dr Agnès Martineau-Arbes, médecin du travail, a décrit les signes cliniques de la maladie: «Il s’agit d’une spirale ascendante dont les premiers signes apparaissent au bout de six mois de stress professionnel. Il y a d’abord une phase de résistance, puis arrive la rupture, suivie de l’épuisement.» Un épuisement dû à une demande excessive de forces ou d’énergie, d’où la métaphore de la bougie qui, après avoir éclairé pendant des heures, n’offre plus qu’une toute petite flamme. D’où encore l’expression: «Pour être consumé (burn out), il faut avoir été enflammé.»

En introduction à cette matinée, le député UMP Jean-Frédéric Poisson, ancien rapporteur de la mission d’information sur les risques psychosociaux à l’Assemblée nationale, confirmait que «le burn-out n’est pas lié à un tempérament prédisposé; c’est le résultat d’une certaine organisation du travail». Pour le parlementaire, «la seule manière d’avoir une influence sur les entreprises viendra de l’impact sur les cotisations versées quand il sera déclaré comme maladie professionnelle». C’est tout l’enjeu.

UNE BOUGIE QUI S’ÉTEINT

«Le coût du burn-out est supporté par la Sécurité sociale», a expliqué Jean-Claude Delgènes, directeur général de Technologia, qui plaide pour l’inscription du syndrome d’épuisement professionnel dans les accidents du travail-maladies professionnelles (AT-MP), «avec la présomption d’imputabilité qui l’accompagne». Ce serait le 99e tableau et cela permettrait de faire payer à l’employeur ce qui est actuellement supporté par la Sécu: aujourd’hui, la branche AT-MP ne reverse que 80 millions d’euros au titre des répercussions, sur la santé publique, des conditions de travail.

Toutefois, le Dr Martine Keryer s’est interrogée sur l’entrée du burn-out dans les AT-MP: «Bien sûr, a-t-elle reconnu, ce serait une aide importante, notamment pour les CHSCT.» Mais elle doute que cela soit suffisant: «L’entreprise paye mais ne change pas! Cela ne lui coûte pas assez cher.»

Il revenait au fondateur de Technologia d’évoquer le contexte dans lequel se développe le burn-out: trente ans de chômage de masse, une précarité intégrée, même quand elle est «virtuelle», mais aussi de plus en plus de directions fixant des objectifs de moins en moins réalistes. Jean-Claude Delgènes invite donc les salariés à se fixer des limites et… à apprendre à dire «non».

SOURCE / Article paru dans FO Hebdo n°3071

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