Zainab el Hosni 19 ans torturée et démembrée par la milice de Bachar al Assad


Le corps de Zainab Al-Hosni a été découvert par sa famille le 13 septembre dans un hôpital militaire où ses parents s’étaient rendus pour identifier le corps de son frère Mohammad, lui-même arrêté, et torturé, et mort en détention. Zainab a été décapitée, démembrée et écorchée

Zainab Al-Hosni avait été enlevée par des hommes en civil le 27 juillet, pour faire pression sur son frère Mohammad pour qu’il se rende. Agé de 27 ans, il participait à l’organisation de manifestations à Homs. Après l’arrestation de sa soeur, il a etait  informé qu’elle ne serait libérée que s’il mettait fin à ses activités. Arrêté le 10 septembre, il a été détenu à Homs. Le 13 septembre, sa mère a été convoquée pour récupérer son corps dans un hôpital militaire. Il portait des traces de torture, notamment des traces de coups sur le dos et de brûlures de cigarette, ainsi que des impacts de balles sur les bras, les jambes et le torse. Sa mère a ensuite découvert le corps de sa fille dans le même hôpital mais n’a été autorisée à le récupérer que le 17 septembre après avoir signé un document selon lequel ses enfants avaient été tués par une « bande armée ».

L’immaturité comme origine du mal: étude clinique du cas de Bachar el-Assad


par le docteur Haytham Khoury

Dans ma réponse1 à l’Initiative nationale pour le changement2, qui était basée sur la prémisse que Bachar allait démissionner peu après le début des manifestations, j’ai expliqué que cela n’arriverait pas et que  le combat avec le régime allait prendre plusieurs mois.

J’ai basé mon jugement sur mon évaluation personnelle de la situation en Syrie et aussi sur ma connaissance personnelle de la personnalité de Bachar. Cette personnalité se caractérise principalement par son immaturité et en conséquence par son manque de conscience. La question que beaucoup peuvent se poser est comment l’immaturité personnelle peut conduire une personne à perdre son âme et sa conscience. Ainsi,pour rester au pouvoir, il commet des crimes affreux, et se détruit lui-même ainsi que beaucoup de gens autour de lui.

Une caractéristique importante des personnes matures, c’est qu’elles peuvent comprendre et faire face à des réalités sociales complexes. Ces complexités résultent principalement de la profondeur de la psyché humaine et de la complexité des relations sociales. Ainsi, des personnes mûres peuvent comprendre leurs propres besoins qui leur sont nécessaires pour grandir psychologiquement et s’épanouir.

De plus, elles peuvent comprendre les besoins réels des autres, qui sont importants pour que ces personnes réalisent leur propre potentiel. Ainsi, les personnes matures peuvent satisfaire leurs propres besoins et les besoins des autres d’une manière harmonieuse. Enfin, les personnes matures ont une bonne connaissance des lois qui régissent les relations et les interactions humaines,elles mènent ainsi leur vie de la manière la plus bénéfique pour elles et pour leur entourage.

Elles apprennent ainsi à prendre des décisions et à être conscientes de leur pouvoir.

En effet, en tant qu’êtres humains, nous développons ces capacités dans le laboratoire de la vie à travers nos expériences personnelles  dès les premiers jours de nos vies. Si pour quelque raison que ce soit notre vie n’est pas enrichie par des expériences dont nous tirons les leçons, nous ne pouvons pas acquérir ces capacités.

D’ailleurs, toutes ces capacités déterminent l’état de notre conscience et nous rendent donc en mesure d’établir des principes sûrs pour distinguer le bien du mal. Par conséquent, les gens matures sont caractérisés par une conscience développée, tandis que les gens immatures n’ont pas cette faculté précieuse.

J’ai connu Bachar pendant mes études de médecine. Bachar à cette époque avait l’air gentil et modeste. D’ailleurs, il avait l’air heureux, ou plutôt il avait l’habitude de plaisanter tout le temps. Ce caractère mettait son entourage à l’aise. Cela, parce qu’il n’était pas besoin d’être formel même en étant en présence du fils du président.

Cependant, quand je réfléchis maintenant au comportement de Bachar pendant ses études de médecine, je pouvais voir les premiers signes de son immaturité. En effet, ses relations avec les gens autour de lui étaient superficielles. Il était très entouré , mais il n’avait pas de véritable vrai ami . Il avait pourtant besoin de profondes et vraies relations pour pouvoir mûrir et grandir psychologiquement. Il avait besoin de relations réelles afin de se connaitre et de connaitre les êtres humains autour de lui. En outre, ses plaisanteries étaient une sorte de rigolade superficielle; elles ne venaient pas de situations tirées de la vie réelle, ni ne reflétaient un bon état d’esprit ou de l’intelligence.

En effet, Bachar était déconnecté de sa propre réalité et de celle de son entourage et sa personnalité agréable et amusante n’était qu’une dérobade.

J’ai formulé mon interprétation de la personnalité de Bachar ci-dessus à partir des idées que j’ai acquises en étudiant le parcours de sa présidence et en reliant ces idées aux souvenirs anciens que j’ai gardés de Bachar .

Puisque j’ai assez parlé de mes anciens souvenirs, penchons-nous sur le parcours de sa présidence. Bachar a commencé son mandat avec son célèbre discours d’investiture. Dans ce discours, Bachar a promis beaucoup de réformes. Cependant, dix ans plus tard, il est venu nous dire qu’il n’avait été en mesure de réaliser aucune de ces réformes en raison de circonstances difficiles.

De fait, si Bachar n’a pas été capable de réaliser ces réformes, c’est qu’il a un handicap inhérent à sa personnalité. Ce handicap est précisément son indécision et son sentiment omniprésent d’impuissance.

Un autre événement qui a marqué le début de la présidence de Bashar a été le printemps de Damas. Lorsque Bachar a autorisé les forums de discussion, il a sous-estimé l’amplitude du désir des Syriens pour la liberté d’expression et les échanges intellectuels. Il ne comprenait pas l’effet de plusieurs décennies de répression de la liberté d’expression. Il ne comprenait pas que lui et les gens autour de lui n’avaient pas la perspicacité intellectuelle leur permettant de suivre les idées qui pourraient découler de ces forums. Il se voyait comme un adulte distribuant des bonbons à des enfants, et les enfants devaient être heureux et reconnaissants de ce cadeau. Ainsi, lorsque ces forums ont essaimé et que les « chiens de garde» du régime n’ont pas été en mesure de suivre les idées issues de ces forums, Bachar a ordonné la brusque fermeture de ces forums, et a même envoyé certains participants en prison. Il a semé non seulement la déception, mais aussi la douleur et l’amertume parmi les intellectuels syriens.

Une autre grosse erreur que Bachar a commise a été de mélanger les affaires de l’État avec les affaires familiales. L’exemple le plus flagrant de ce népotisme a été le monopole sur le business des téléphones mobiles que Bachar a offert à son cousin (Rami Makhlouf); il a ainsi choqué les hommes d’affaires damascènes en rompant l’accord implicite que Hafez al-Assad avait passé avec eux. Cela l’a aussi conduit à mettre Riad Saif et Maamoun al-Homsi en prison sur de fausses accusations, ce qui a blessé la classe traditionnelle des hommes d’affaires damascènes. Tous les exemples mentionnés ci-dessus reflètent l’incapacité de Bachar à comprendre et gérer des réalités sociales complexes.

Cependant, l’exemple le plus choquant de ses émotions négatives et de sa déconnexion d’avec la réalité a été son premier discours lors de la révolution syrienne, au cours duquel il souriait tout le temps tandis que des gens mouraient dans la rue. Ce sourire indiquait que Bachar avait perdu toute forme de conscience. De plus, ce sourire m’a fait penser à son sourire naïf et immature quand il était jeune et comment il s’est transformé en un sourire idiot et méchant quand il est devenu plus âgé. Cela m’a suggéré l’idée que l’immaturité engendre le mal.

En effet, tous les exemples mentionnés ci-dessus reflètent la façon dont des situations complexes, comme la présidence, peuvent faire voler en éclats les fondements psychologiques des gens immatures et naïfs, les transformant en personnes sans conscience et en chefs impitoyables, amenés à commettre des crimes atroces.

De plus, il y a de quoi nous faire douter de la sagesse du père, Hafez el-Assad, dont le souhait d’éternité l’a amené, malgré les mises en garde contre cette décision, à léguer son trône à un fils incapable, Bachar, lui jetant ainsi une malédiction.

(1) http://haytham-khoury.blogspot.com/2011/09/reponse-linitiative-nationale-pour-le.html

(2) http://www.facebook.com/note.php?note_id=222919367722674

Le régime syrien ne recule pas devant les prises d’otage


La prise d’otages a été utilisée avec un acharnement et une cruauté particulières au cours des derniers mois contre la famille du lieutenant-colonel Huseïn Harmouch.

La prise en otage de citoyens innocents, une pratique couramment utilisée par les moukhabarat au début des années 1980, lorsque le régime de Hafez Al Assad cherchait par tous les moyens à éliminer de la scène locale les derniers survivants des Frères Musulmans, a connu un regain d’actualité à la faveur du mouvement de protestation contre Bachar Al Assad et son pouvoir.

Jamais totalement abandonnée, même après la succession en l’an 2000, elle fait partie de la panoplie des moyens illégitimes auxquels les services syriens n’hésitent jamais à recourir contre les opposants/adversaires/ennemis du régime.

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Harmouch annonçant sa défection

Elle a été utilisée avec un acharnement et une cruauté particulière au cours des derniers mois contre la famille du lieutenant-colonel Huseïn Harmouch. Originaire du gouvernorat d’Idlib, dans le nord de la Syrie, cet officier avait annoncé sa défection des rangs de l’armée syrienne le 9 juin dernier.

Il était apparu dans plusieurs vidéos pour justifier sa décision, dénonçant les ordres de tuer des innocents donnés aux militaires et invitant ses camarades à se ranger au côté du peuple.

Les autorités syriennes sont parvenues, au début du mois de septembre, à le récupérer dans la zone frontalière avec la Turquie, sans qu’on sache encore s’il a été livré par les autorités turques en échange de quelques combattants du PKK, livré par des agents alaouites des services de renseignements turcs ou trahi par le compatriote syrien qui lui avait fourni son logement.

Avant de diffuser ses aveux spontanés à la télévision syrienne, le 15 septembre, le régime de Bachar Al Assad s’était vengé de l’humiliation provoquée par sa fuite en arrêtant et en assassinant plusieurs membres de sa famille, parmi lesquels un enfant, qui n’avaient évidemment rien eu à voir dans la décision de l’officier.

Selon les Comités Locaux de Coordination en Syrie, dès l’annonce de sa défection, les moukhabarat et les chabbiha ont commencé à s’en prendre à ses proches, habitant comme lui le village d’Ablin, dans le Jabal al Zawiyeh, au nord-ouest d’Idlib.

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Le village d’Ablin

La première victime a été son frère, Hasan Harmouch, âgé de 33 ans, qui a été enlevé alors qu’il se rendait à Alep pour y rendre visite à des cousins. Les agents de la sécurité militaire auteurs de ce haut fait l’ont ensuite livré aux moukhabarat de l’armée de l’air, un service réputé en Syrie pour sa cruauté et ses manières expéditives, d’où est d’ailleurs issu l’actuel homme fort de la sécurité d’Etat et du renseignement en Syrie, le général Ali Mamlouk.

Les forces de sécurité ont aussi envahi la maison d’un autre de ses frères, Mohammed. Agé de 74 ans, malade et souffrant de déficit cardiaque, il a été emmené en compagnie de son fils Ahmed (30 ans) et de son gendre Mohannad (34 ans).

Sa femme, blessée à l’épaule et à la jambe par des coups de feu tirés au hasard durant l’opération, a également été kidnappée. Quelques jours plus tard, les dépouilles de Mohammed et de Mohannad ont été remises à leur famille.

Elles portaient des traces de tortures sévères. En revanche, aucune information ne lui a été transmise sur le sort de Ahmed et de sa mère. Un troisième frère, Mahmoud, âgé de 44 ans, est parvenu à fuir hors de Syrie après avoir été blessé à la jambe.

Le 8 septembre, à l’aube, des moukhabarat de différents services sont arrivés dans le village d’Ablin, habillés en civil, à bord de deux camions utilisés pour la distribution de pain. Parvenus devant la maison des Harmouch, où se cachaient plusieurs officiers ayant fait défection et ayant rallié le Mouvement des Officiers Libres Syriens, ils l’ont encerclée.

A 7 heures, des véhicules blindés et deux chars sont à leur tour arrivés sur les lieux. Ils ont bombardé et détruit la maison, faisant 5 prisonniers parmi les militaires qui s’y trouvaient.

D’autres moukhabarat appartenant au service de renseignement de l’armée de terre ont enlevé deux cousins du déserteur : Moussa Harmouch, 22 ans, et son jeune frère Hassan, 12 ans. Leurs cadavres portant des traces de sévices et de tortures ont été restitués à leur famille le jour suivant…

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Huseïn Harmouch passe aux aveux

Les Syriens, atterrés par le raffinement de cruauté des services censés assurer la sécurité de leur pays, préfèreraient que les moukhabarat consacrent leur temps et leurs efforts à déjouer les agressions et attentats commis sur le territoire syrien au cours des années écoulées.

Ils constatent que la lumière n’a jamais été faite, officiellement, sur les nombreuses opérations dont la Syrie a été le théâtre au cours de la première décennie de pouvoir de Bachar Al Assad. Et ils regrettent qu’au lieu de se dédier à leur tâche essentielle, ils passent le plus clair de leur temps à poursuivre et torturer des manifestants pacifiques ou à extirper des « aveux spontanés » à leurs prisonniers, de manière à terroriser l’ensemble de la population en faisant des uns et des autres des exemples.

P.S

20 septembre 2011

Source : http://syrie.blog.lemonde.fr/2011/0…

Malek Jandali: Watani Ana مالك جندلي: وطني أنا


[youtube http://youtu.be/fjqR7H6YumE?]
La mère de Malek Jandali après avoir été passée à tabac  à cause du concert de son fils

Malek Jandali dit : Ceci est ma mère, Lina Droubi après avoir été brutalement attaquée dans notre maison à Homs en Syrie.
Photos de mes  parents, Dr. & Mrs. Jandali, après l’attaque brutale perpétrée par les voyoux du gouvernement syrien pour me punir d’avoir joué « Watani Ana » (je suis ma patrie) et avoir assisté au rassemblement « Liberté pour la Syrie » à  Washington, D.C. صور أهلي الكرام بعد الاعتداء الوحشي من قبل شبيحة النظام السوري عليهم داخل منزلهم بحمص، سوريا للانتقام من أدائي « وطني أنا » في مسيرة الحرية بواشنطن دعماً للشعب السوري الشجاع. Watani Ana:
Le site de ce musicien et compositeur : http://malekjandali.com/

Les déserteurs organisent la lutte


MINOUI,DELPHINE

Page 12 LeSoir

Lundi 19 septembre 2011

Syrie Défection, rébellion et répression au sein de l’armée syrienne

Reportage

Wadi Khaled

(Liban, frontière syrienne)

DE NOTRE CORRESPONDANTE

Il a troqué son uniforme militaire contre une longue tunique blanche. Dans sa maison-refuge de Wadi Khaled, au bord de la rivière qui sépare, au nord, le Liban de la Syrie, Hassan Abdul Karim al Hamad peut enfin parler à visage découvert.

Ce jour-là, l’ex-premier lieutenant syrien, exilé depuis deux mois au pays du cèdre, est en pleine discussion avec d’autres soldats déserteurs. Assis en tailleur autour d’un café turc, ils parlent de « missions nocturnes » de l’autre côté de la frontière. « Je repars toutes les nuits à Homs pour protéger les manifestants et pour encourager d’autres militaires à lâcher le régime », nous confie, en aparté, le lieutenant repenti, aujourd’hui porte-parole de « l’Armée syrienne libre ».

Faut-il y voir l’ébauche d’une rébellion armée contre Bachar el Assad, après six mois de révolte pacifique ? Ces derniers jours, les rumeurs vont bon train sur des cargaisons d’armes qui traverseraient la frontière libanaise en direction de la Syrie. Plusieurs témoins évoquent des combats opposant les forces loyalistes à des militaires insoumis, notamment dans les villes de Homs, Idlib et Deir es Zor. Pour des raisons sécuritaires, Hassan préfère mettre l’accent sur les appels à la défection que son organisation ne cesse de faire circuler.

« Une de nos tactiques consiste en l’enregistrement de vidéos de repentis, postées sur l’Internet et diffusées sur les chaînes satellitaires comme Al Jazira », insiste l’homme à la barbe poivre sel qui officia pendant 29 ans au sein des puissants services de renseignement syriens. Lui-même s’est prêté à l’exercice dès son arrivée, en plein été, au Liban. Face caméra, on le voit présenter sa carte d’identité militaire, avant d’égrener ses griefs contre Damas. « Quand je suis entré dans l’armée, mon objectif était d’assurer la sécurité de mon pays mais la révolution nous a prouvé que le régime nous a trompés avec ses slogans », s’emporte-t-il devant l’objectif, avant d’accuser le pouvoir alaouite de « se faire épauler » par le Hezbollah libanais et les miliciens bassidjis d’Iran pour « tuer son propre peuple ».

Cette ingérence iranienne, condamnée par la communauté internationale, est difficile à vérifier à cause des restrictions imposées à la presse en Syrie. Mais les descriptions offertes par Hassan recoupent d’autres témoignages : « Quelques semaines après le début de la révolte, j’ai eu pour mission de diriger, à Homs, 27 membres du Hezbollah et 23 Iraniens. Ces derniers, connus pour être d’excellents tireurs d’élite, ne parlaient pas l’arabe. Par l’intermédiaire d’un traducteur, je devais leur indiquer les positions à partir desquelles ils devaient viser les protestataires. Au début, ils portaient des uniformes noirs. Puis on leur a donné des tenues militaires », raconte le lieutenant séditieux, dégoûté par ce « recours aux étrangers pour exécuter les basses œuvres ».

Mais c’est contre la « machine à tuer » syrienne dans son intégralité qu’il s’est rebellé en désertant l’armée. « Le déclic, je l’ai eu avec le massacre de la place Se’a Jadida – la place centrale de Homs – à la mi-avril. Les autorités voulaient nous faire croire que les protestataires étaient des « terroristes extrémistes » qu’il fallait éliminer. En fait, c’étaient des civils. Durant cette opération meurtrière, 300 personnes ont été tuées, dont une vingtaine de soldats qui refusèrent de tirer sur la foule. Trop, c’était trop ! », se souvient-il. Commence alors une course contre la mort, de Homs jusqu’aux montagnes du Nord Liban, où il finit par se réfugier.

Depuis l’annonce de sa défection, en juillet, Abdul Karim al Hamad dit avoir convaincu 55 militaires de le rejoindre ici. D’autres ont pris le chemin de la Turquie et de la Jordanie. Selon lui, « des milliers de membres de l’armée, essentiellement des sunnites, ont tombé l’uniforme militaire ». Le phénomène reste difficilement mesurable, la plupart des déserteurs craignant de se déclarer à cause des représailles, comme le récent enlèvement sur le territoire turc du colonel Hossein Harmouch, un des premiers à s’être dissocié de l’armée.

Jeudi soir, ce déserteur, encore endeuillé par l’assassinat de son frère quelques jours plus tôt, est soudainement réapparu à la télévision syrienne pour se livrer à des aveux forcés.

« Ce régime doit tomber ! », s’emporte Eyad – un nom d’emprunt. Croisé dans un centre de réfugiés de Wadi Khaled, cet ex-conscrit de 23 ans revient de loin. Evadé il y a vingt jours de sa caserne de Homs, il a perdu trois de ses six compagnons déserteurs. « Les forces de sécurité ont mis le feu à la maison d’un des villages où nous nous étions camouflés », dit-il. Les souvenirs remontent à la surface : « Dès la révolution tunisienne, en janvier, on nous a retiré nos téléphones portables. A la caserne, il était interdit de regarder la télévision. Quand la Syrie s’est enflammée, en mars, on nous a déployés dans les rues pour tirer sur la foule. Derrière nous, les forces de sécurité nous surveillaient en permanence. Un jour, un de mes amis soldat a refusé d’obéir. Il a été tué d’une balle dans la tête. Quelques jours plus tard, quand un officier a réalisé que je me contentais de tirer en l’air, j’ai pris la fuite avant qu’il ne me tue ». L’ex-soldat ajoute : « Il ne reste qu’une solution : la lutte armée ! » Mais les déserteurs sont sous-équipés, pas organisés. Ils ne feront pas le poids face aux forces dirigées par Maher al Assad, le frère de Bachar. « A moins que les pays étrangers ne nous fournissent des armes…

La Syrie : Mille merci aux Palestiniens !


le 02/09/2011 13:30:00

Les manifestants palestiniens à Nazareth, Jérusalem, Ram Allah, Haïfa, …retirent au pouvoir syrien sa carte de « défenseur de la cause palestinienne » et ruinent définitivement sa crédibilité et son image de « résistant aux impérialistes/capitalistes, sionistes, etc. » aux yeux du monde entier.

Les manifestants palestiniens ont clairement scandé leur refus des tueries perpétrées contre le peuple syrien en leur nom.

A ce jour, et après 6 mois de répressions sanglantes, le régime syrien continue à bénéficier d’un soutient indéfectible à l’intérieur comme à l’extérieur de la Syrie.

Je ne parlerai pas de ce soutien à l’intérieur de la Syrie. Beaucoup a été dit et écrit à ce propos. Je conseille vivement sur ce sujet, en langue française, différents articles parus sur le site « un œil sur la Syrie », blog hébergé par Le Monde. Ils sont bien documentés et l’analyse révèle une très bonne connaissance (de l’auteur/des auteurs) de la situation sociale, économique syrienne mais également une parfaite connaissance du mécanisme politique du régime syrien qui explique sa longévité mais également les raisons d’un certain soutien à l’intérieur du pays.
Quant à ceux qui le soutiennent à l’extérieur, le panel est large : ca va des Etats qui ont des intérêts manifestes, aux grandes entreprises qui ont des contrats et des investissement en Syrie, (en France Total ,entre autres entreprises), mais aussi des partis politiques d’extrême gauche qui voient dans le régime syrien un opposant farouche à l’Amérique, à Israël, etc., en passant par des individus ignorant la situation et craignant pêle-mêle : l’anarchie, les islamistes, les terroristes, etc.

Mais le plus frappant dans ce panel est un nombre, non négligeable, du mouvement de solidarité avec la cause palestinienne. Ainsi un certain nombre d’intellectuels/ militants ont écrit pour défendre le régime. Je citerai à titre d’exemple Pierre Piccinin (dont l’article ‘vicissitudes et réalités du printemps arabe paru dans la libre Belgique le 15/7/2011.Piccinin) donne sa version de la révolution syrienne.

Sa vision et explication collent point par point à la version officielle du régime (bandes armées salafistes, révolte des communautés opposées au régime par principe communautaire, etc.). Cet article révèle une parfaite méconnaissance du terrain à tel point qu’il confond les noms des régions et des villes !

D’ailleurs sa version des faits correspond tellement bien à la version du régime syrien que la télévision syrienne a traduit son article et présenté son auteur comme un ami clairvoyant !

Quant à ceux qui soutiennent le Hezbollah, qui s’est affronté courageusement aux troupes israéliennes, oublient qu’il ne faut pas confondre les intérêts des dirigeants qui ont décidé de lier leur sort au régime syrien, et qui manque eux vraiment de clairvoyance, et un combat juste du peuple libanais de défendre son territoire.

Les syriens, qui ont accueilli chaleureusement ces libanais fuyants les tirs de l’armée israélienne, ont du mal à avaler la pilule de ce soutien indéfectible de Hezballah au régime (certains parlent même d’un soutien logistique et en hommes dans la répression en syrie) malgré les morts, les torturés, les disparus, les blessés et pour certains handicapés à vie !).

A ceux qui craignent que la chute du régime syrien porterait un coup fatal au mouvement de Hezbollah, on a envie de demander si, après 40 ans sous l’un des régimes les plus répressifs, quiconque a le droit de sacrifier la soif de liberté et de démocratie de tout un peuple sur l’autel de la survie d’un parti, fût-il Hezbollah ?

De plus, c’est une analyse tout à fait erronée. Elle suppose que la future Syrie démocratique va décréter la mort de la cause qui a toujours mobilisé, et continue à mobiliser les syriens, et là je parle du peuple, à savoir la cause palestinienne Une cause qui a accouché des générations de militants syriens pour la Palestine !

En tout cas les palestiniens le savent, eux. J’en veux pour preuve la multiplication des manifestations des palestiniens qui ont dit : « Non : pas en notre nom ». Curieux ! Nous, à l’ujfp, ce slogan nous dit quelque chose !

Après la manifestation de ‘soutien à la révolution syrienne’ sous le slogan : « Rester silencieux est une honte. » à Nazareth le 5 août 2011, un groupe de jeune militants à Haïfa a organisé le 7 août une manifestation sous l’intitulé : «Un salut palestinien à la révolution syrienne », avec un communiqué dans lequel ils déclarent :

…..Nous ne pouvons, nous les fils et filles de la Palestine, que prendre la partie de la lutte des peuples pour leur liberté, leur dignité et leurs droits ; les mêmes nobles objectifs pour lesquels nos luttons depuis la Nakba.

Nous prenons la partie d’une révolution qui restaurera à la Syrie sa gloire et son prestige, sa souveraineté après s’être devenue la propriété d’une famille,…. »

Et la déclaration de conclure:

«Notre peuple palestinien a connu durant des décennies sous l’occupation le gout du fer et du feu, dégusté la répression criminelle, connu des violations du droit à la liberté et de la vie. Par conséquent, la dernière chose qu’on peut laisser faire est de commettre des crimes contre nos frères au nom de la résistance contre Israël, les crimes en notre nom. »

Le jour même a eu lieu également une manifestation à Ramallah. Les manifestants scandaient leur solidarité avec le peuple syrien.

D’autres manifestations ont eu lieu également à Jérusalem.

Le bombardement par l’armée syrienne le 14 août 2011, par terre et par mer, du camp des réfugiés palestiniens al-Raml à Lattaquié : une attaque provoquant l’exode de quelques milliers de personnes, n’a fait que renforcer la solidarité des palestiniens à l’égard de la révolution syrienne et intensifier le nombre de leurs manifestations.

Suite à ce drame, et d’après l’agence de presse palestinienne Wafa : « à Gaza……des jeunes se sont regroupés dans la place de ‘Soldat Inconnu’ pour manifester ‘leur solidarité avec le peuple syrien et les camps palestiniens attaqués par l’armée syrienne’. La police a arrêté alors une dizaine pendant plusieurs heures aux locaux de la sécurité …. »

Bien que les officiels palestiniens aient tenu, au début, à une attitude de « neutralité », leur position a évolué. Yasser Abd Rabo a même qualifié l’attaque du camp à Lattaquié de « crime contre l’humanité ».

A signaler également qu’en Syrie et dès le début des manifestations, le camp de refugiés palestiniens « Yarmouk » à Damas est traversé régulièrement par des manifestations contre le régime. Tous les palestiniens en Syrie ne vivant pas dans les camps, il est bien sûr difficile d’évaluer le nombre de palestiniens dans les cortèges de manifestations très nombreuses qui ont lieu tous les jours un peu partout en Syrie.

« Le message de la jeunesse palestinienne, proclame le communiqué de manifestants à Haïfa, est clair : notre cause est innocente de tueries contre nos frères « .

Najwa

Membre du groupe ujfp lyonnais

Union juive française pour la paix (UJFP)

Le 31août 2011

source

A Damas, une psy au cachot


LEMONDE | 15.09.11 | 12h40

L’arrestation de Rafah Nached, le 10 septembre à Damas, a soulevé une vague d’indignation en Syrie et à Paris.

L’arrestation de Rafah Nached, le 10 septembre à Damas, a soulevé une vague d’indignation en Syrie et à Paris.DR

La révolution freudienne ferait-elle peur au régime de Bachar Al-Assad ? Depuis le samedi 10 septembre, la psychanalyste syrienne Rafah Nached croupit dans l’une de ses geôles. Arrêtée à l’aéroport de Damas par les moukhabarrat, la police politique, alors qu’elle s’apprêtait à s’envoler pour Paris afin d’assister à la naissance de son premier petit-enfant, cette femme de renom, qui fut la première psy de Syrie dans les années 1980 et dont le seul engagement connu est celui qu’elle voue à ses patients, a été inculpée, mercredi 14 septembre, « d’activités susceptibles d’entraîner une déstabilisation de l’Etat ».

LA PARANOÏA DU RÉGIME

D’après son mari, qui a pu lui rendre visite à la prison pour femmes de la banlieue de Damas, son état de santé est satisfaisant, en dépit de l’insuffisance cardiaque dont elle souffre. Mais le flou qui entoure le chef d’inculpation et la paranoïa qui s’est emparée du régime, en butte depuis six mois à une contestation qui ne faiblit pas, font craindre une détention à rallonge, dans le seul but d’intimider la communauté intellectuelle syrienne.

Dans le milieu psy de Paris où Rafah Nached a étudié dans les années 1970 et où elle compte de nombreux amis, son arrestation a soulevé une vague d’indignation. Une pétition demandant sa « libération immédiate », mise en ligne sur le site d’information Mediapart, a recueilli en quelques heures le soutien du gratin de la psychanalyse française, freudiens et lacaniens confondus.

Le Quai d’Orsay a également réagi, en stigmatisant « le mépris des droits de l’homme les plus élémentaires » dont font preuve les autorités syriennes. « Incarcérer une femme de 66 ans, qui ne s’inscrivait pas dans le combat politique et dont l’ambition est simplement humanitaire et scientifique, cela dénote de la part du régime Assad un degré d’angoisse sur sa propre survie qui est sans précédent », fait remarquer un proche de la famille.

C’est par un coup de téléphone anxieux, passé de l’aéroport, où elle patientait au contrôle des bagages, que le mari de Nafah Rached a deviné l’arrestation. « Ils procèdent à des contrôles avec nervosité. Ils ont des listes… On m’a pris mon passeport et on est parti avec… » Un blanc s’ensuit, puis des bruits, de l’agitation et ces mots: « Madame… enlevez cela. » La communication s’est aussitôt interrompue.

Le mari, un éminent historien, invité régulier du Collège de France à Paris, le temple du savoir universitaire, mais qui insiste pour que son nom ne soit pas mentionné, s’est alors précipité à l’aéroport. Après avoir vérifié auprès d’Air France que Rafah n’avait pas pris son vol, il a erré d’un bureau à l’autre, comme dans un mauvais film égyptien, à la recherche de bribes d’information sur sa femme.

Au guichet de la police d’abord, puis à la Sécurité, puis à la Sécurité générale, puis au poste de contrôle des douanes, avant d’échouer, au bout de la nuit, dans le bureau du commandant en chef de la police de l’aéroport. Mais, là encore, aucun renseignement. « Nos services n’ont pas enregistré le passage de votre épouse », lui dit-on. La conclusion s’impose : Rafah Nached a été enlevée par les moukhabarrat, le service de sécurité qui ne laisse jamais de trace.

UNE PATRIOTE ÉMÉRITE

Depuis ce jour, la famille tente de comprendre. Pourquoi elle ? Que peut bien reprocher le régime Assad à cette petite femme rondelette, aux yeux pétillants, patriote et cuisinière émérite ?

Le parcours de Rafah Nached, assure son entourage, n’est pas celui d’une opposante. En 1985, quand elle se réinstalle à Damas, après ses années parisiennes, c’est en psychanalyse qu’elle s’engage, pas en politique. Le climat de l’époque est pesant, la guerre civile libanaise fait rage. Le président Hafez Al-Assad, le père de l’actuel chef de l’Etat, tient la société au doigt et à l’œil. Les prisons sont – déjà – remplies de gauchistes et de Frères musulmans. La réponse de Rafah sera clinique. Elle veut implanter dans son pays les théories freudiennes, aussi suspectes soient-elles pour un régime obsédé par le contrôle des consciences. Aider les gens à vivre: ce sera son combat.

Le cabinet qu’elle ouvre, dans son petit appartement d’Al-Adawi, un quartier commerçant de Damas, attire vite les patients. Des enfants, des adultes, des hommes et des femmes. Un panel représentatif de la population syrienne et de ses divisions, confessionnelles comme politiques. « Elle se tenait à bonne distance de l’opposition comme du pouvoir », explique l’une de ses amies françaises.

Année après année, elle repousse les murs du soupçon. Elle devine que ses séminaires ne sont pas seulement remplis d’étudiants. Elle sait que son divan attire aussi les grandes oreilles du régime. Mais elle s’accroche, navigue entre les écueils et sa pratique, fait des émules. Une petite dizaine de psychanalystes, avec lesquels elle a fondé l’Ecole de psychanalyse de Damas, exercent aujourd’hui en Syrie.

Quand la révolution éclate au mois de mars, à Deraa, dans le sud du pays, elle réagit à nouveau en accoucheuse des souffrances. Avec les jésuites de Damas, elle organise des groupes de parole ouverts aux citoyens de toute obédience. Un espace apolitique pour verbaliser ses angoisses face à la violence qui ravage le pays, pour maintenir le fil ténu du dialogue intercommunautaire.

Mais pour les autorités syriennes, la ligne rouge a été franchie. Libérer la parole dans un Etat adepte des chaînes et du bâillon: le paradoxe n’est plus acceptable.

Benjamin Barthe

« Le régime syrien a transformé l’Etat en propriété privée »




BAUDOUIN LOOS
mercredi 14 septembre 2011, 18:17

Les manifestations en Syrie ont commencé il y a six mois. Mais le régime ne désarme pas. L’analyse de Thomas Pierret, politologue belge à l’Université d’Edimbourg

Thomas Pierret connaît bien la Syrie pour y avoir passé trois ans. Selon lui, le régime a « communautarisé » les événements pour apeurer les minorités, et d’abord les Alaouites, dont il est issu. Il se montre par ailleurs plutôt sceptique quant à l’efficacité des sanctions internationales.

Bachar el-Assad avait cru pouvoir déclarer – c’était au Wall Street Journal, le 31 janvier – que son pays resterait stable, parce que lui écoutait la rue. Naïveté ou cynisme ?

Les deux à la fois. Il y avait évidemment une bonne dose de cynisme. Assad n’ignorait pas, pour en être le patron, qu’il pouvait s’appuyer sur l’un des appareils de sécurité les plus impitoyables de la région et, au cas où les choses tourneraient vraiment mal, sur une armée en grande partie confessionnelle, c’est-à-dire alaouite (comme lui). Même si elle restait limitée, la contestation existait en Syrie avant mars 2011, comme en ont attesté les fréquentes arrestations de dissidents depuis l’arrivée au pouvoir d’Assad fils en 2000.

Toutefois, le président syrien avait quelques bonnes raisons de croire qu’il était moins exposé que ses homologues égyptiens et tunisiens, en particulier en raison de sa politique étrangère. Premièrement, celle-ci s’était avéré un franc succès puisque, d’Etat-pariah au moment de son retrait du Liban en 2005, la Syrie était redevenue un acteur influent et respecté de la scène régionale à la fin de la décennie. Deuxièmement, la diplomatie syrienne jouissait d’une authentique popularité sur le plan intérieur, en particulier en ce qui concerne le soutien au Hamas et le rapprochement avec la Turquie d’Erdogan. Face à une Egypte de Moubarak coopérant ostensiblement avec le gouvernement israélien dans l’imposition du blocus de Gaza, la Syrie apparaissait, par contraste, comme le champion du front du refus. Il est toutefois apparu rapidement que, pas plus au Caire qu’à Damas, la priorité des manifestants n’était la politique étrangère, mais bien la fin d’oligarchies despotiques et sclérosées.

De revendications pour plus de libertés, les manifestants sont passés à celle de la chute du régime après avoir constaté la répression inouïe qui s’abattait sur eux ; était-ce à prévoir ?

Les revendications « réformistes » des premiers jours reposaient sur un mélange de wishful thinking (« Bachar est un réformiste, donnons-lui du temps ») et de sagesse politique : au fond d’eux-mêmes, les Syriens avaient une idée du bain de sang qui les attendait, et espéraient en faire l’économie en demandant une transition douce. Le régime a rapidement mis fin à de tels espoirs.

Le régime a cru que de petites ouvertures politiques suffiraient mais ce fut un échec, pourquoi ?

D’une part, parce que la mauvaise foi du régime a été rapidement démontrée par le fait que ses promesses de réformes étaient démenties, sur le terrain, par la poursuite d’une répression sanglante. D’autre part, parce que tout ce que le régime a à proposer est de faire de la Syrie une sorte de Tunisie façon Ben Ali, ou d’Egypte façon Moubarak. Une démocratie de façade, où aucun parti ne serait formellement reconnu comme parti unique ou hégémonique (alors que la constitution actuelle décrit toujours le Baas comme « parti dirigeant l’Etat et la société ») mais où le parti du président (en l’occurrence un Baas relifté) préserverait une suprématie de facto grâce à divers artifices juridiques. Une telle solution aurait été perçue comme un progrès si elle avait été avancée il y a un an, mais elle est devenue inacceptable dans le contexte des révolutions arabes.

Comment jauger l’importance de la révolte ? Est-ce le peuple contre le régime ou est-ce bien plus compliqué ?

C’est une bonne partie du peuple contre le régime, même si ce n’est pas tout le peuple : le régime bénéficie encore du soutien passif ou actif des milieux d’affaires, d’une bonne partie des minorités confessionnelles, et de toute une série d’acteurs sociaux qui sont trop liés au système pour se retourner contre lui. Sur le plan géographique, certains gouvernorats sont encore peu touchés par les manifestations. Il s’agit en particulier de ceux où sont concentrées des minorités (Soueida, une région druze, Tartous, où les Alaouites et les chrétiens sont nombreux) ainsi que de la région d’Alep, où la tension monte néanmoins de semaine en semaine. Quoi qu’il en soit, il faut se garder de considérer les manifestations comme un baromètre exact de l’opposition au régime, dans la mesure où cette opposition est bien plus large que le groupe des individus qui sortent le vendredi pour aller manifester. Plusieurs de mes contacts en Syrie me disent qu’ils souhaitent de tout cœur la chute rapide du régime mais avouent, en toute franchise, que la peur d’être tués ou torturés les dissuade de participer activement à la contestation.

Certains observateurs pensent que ce régime n’est pas réformable en profondeur car cela signifierait la fin des privilèges, de la prédation économique et le risque de devoir rendre des comptes, choses impensables pour les caciques de ce régime, est-ce aussi votre avis ?

Totalement. Le régime syrien est un cas extrême de « patrimonialisation » de l’Etat, un phénomène dont la succession présidentielle héréditaire de 2000 n’est que la manifestation la plus visible. Cette transformation de l’Etat en propriété privée de la famille régnante est également évidente dans le monde des affaires, dont la figure la plus puissante est un cousin du président, Rami Makhlouf, ou dans l’appareil militaro-sécuritaire, dont la hiérarchie est noyautée par la parentèle d’Assad. Le cas le plus connu est celui de Maher al-Assad, frère de Bachar, qui dirige la Garde Présidentielle, mais ce n’est qu’un exemple parmi de nombreux autres. Pas plus tard qu’hier, par exemple le journal libanais pro-syrien Al-Akhbar annonçait la prochaine nomination du général Asef Shawkat, beau-frère du président, comme vice-ministre de la Défense. Un tel système est, par nature, impossible à réformer.

Comment voyez-vous le processus décisionnel à Damas : c’est Bachar qui décide en autocrate ou c’est plus subtil ?

Il a toujours dû tenir compte de l’avis de ses proches, mais le caractère collégial de la prise de décision a sans doute été renforcé par la crise. C’est une tendance caractéristique des périodes de grande violence : l’appareil militaire étant en première ligne dans la défense du régime, ses dirigeants voient nécessairement leur poids politique augmenter. On a souvent évoqué, depuis quelques mois, l’influence croissante, au sein du processus décisionnel, de Maher al-Assad, fer de la lance de la répression. Un phénomène identique avait été observé suite à l’écrasement de l’insurrection islamiste de 1979-1982. Rif’at al-Assad, le frère de Hafez, était alors à la tête de « Brigades de Défense » qui s’étaient chargées de l’essentiel du « sale boulot ». Rif’at aspirait par conséquent à l’établissement d’une sorte de duumvirat avec son frère. Devant le refus de celui-ci, il était allé jusqu’à tenter d’organiser un coup d’Etat en 1984.

Comme les autres révoltes arabes, celle-ci manque-t-elle de chefs ? Que peut-on dire de ces « coordinations » locales, peuvent-elles s’unir ?

L’opposition syrienne ne manque pas de figures remarquables. Le problème est plutôt que ces figures n’ont qu’un contact très limité avec la base, dans la mesure où le système baasiste a empêché toute activité partisane digne de ce nom depuis cinquante ans. Les coordinations locales se sont donc constituées indépendamment de ces grandes figures dissidentes. Leur leadership est en moyenne assez jeune (entre 20 et 40 ans) mais pas nécessairement dénué d’expérience, puisque l’on y trouve des individus qui ont déjà pratiqué certaines formes d’activisme social voire politique. Il y a, depuis plusieurs semaines, des tentatives d’établir une synergie entre ces coordinations locales. Soulignons toutefois qu’au-delà de la transmission des mots d’ordre des manifestations, ces coordinations ont pour l’instant d’autres priorités que de créer une fédération nationale, à commencer, tout simplement, par assurer leur survie et celle de leurs membres face à la répression étatique.

L’attitude des minorités – alaouites, chrétiens, etc. – semble décisive : elles restent du côté du régime, cela peut-il évoluer ?

Les Alaouites ne se retourneront pas contre le régime, qui les a intégrés trop massivement dans l’appareil d’Etat. Dans son dernier rapport, l’International Crisis Group faisait l’hypothèse que les Alaouites servant dans l’appareil militaro-sécuritaire pourraient finir par renoncer à se battre pour assurer la domination de la famille Assad sur Damas et se replier sur leurs régions d’origine, dans la montagne. C’est une éventualité peu probable à court terme, mais pas si le soulèvement perdure et gagne en ampleur. Quant aux chrétiens, ils ont trop peur pour prendre massivement le parti de l’opposition : peur de l’avenir, en particulier d’une montée de l’islamisme, mais aussi peur d’une possible punition de la part du régime s’ils manquaient de loyauté (on pourrait très bien imaginer des attentats contre des églises qui seraient aussitôt imputés à des « islamistes »). Les chrétiens sont vulnérables : ils n’ont ni le nombre des sunnites, ni la puissance de feu des Alaouites. Quant aux autres minorités (druses, ismaéliens), elles ont divers contentieux historiques avec le régime et/ou la communauté alaouite, mais elles continueront sans doute de se cantonner dans une position d’observateurs prudents. Si le régime flanche, elles rallieront sans doute l’opposition sans trop d’états d’âmes.

Des observateurs pensent d’ailleurs que le régime joue la carte de la communautarisation du conflit, pour forcer ses alliés à la loyauté la plus absolue et expliquer la stratégie « C’est nous ou nous serons massacrés »… Vous y croyez ?

C’est indéniable, toute la rhétorique officielle tourne autour de la question communautaire depuis le début des événements. La population a été abreuvée d’informations sur le caractère très confessionnel des manifestants, dépeints uniformément comme des extrémistes sunnites. On a ainsi fait courir la rumeur (jamais démontrée) que ces manifestants scandaient des slogans haineux comme « les Alaouites dans la tombe, les chrétiens à Beyrouth ». Par ailleurs, sans que cela relève d’une stratégie délibérée, le régime a contribué à communautariser le conflit en armant des civils qui, dans les régions mixtes d’un point de vue confessionnel, sont essentiellement alaouites.

L’attitude de la communauté internationale est bien différente que dans le paradigme libyen ; mais une stratégie d’asphyxie économique émerge, peut-elle avoir raison du régime ?

Le régime syrien a une certaine expérience de l’autarcie économique, même s’il s’est davantage ouvert sur l’économie mondiale ces dernières années. Le pays est plus ou moins autosuffisant sur les plans énergétique et alimentaire, ce qui n’est pas négligeable. Toutefois, les sanctions vont rendre difficile, sinon impossible, la politique qui consiste à distribuer des largesses afin d’« acheter » une partie de la population pour l’empêcher de manifester. Depuis la révolution tunisienne, le gouvernement a multiplié des cadeaux (subsides, aides sociales, diminution des taxes, nouveaux projets d’infrastructure) qu’il sera bien incapable de payer. Voyant leurs affaires péricliter, certains hommes d’affaires pourraient également se montrer plus favorables à un changement de régime. En revanche, il me paraît douteux que les sanctions aient un impact direct sur l’appareil répressif lui-même. L’Irak des années 1990 donne une idée de ce que pourrait devenir la Syrie si le régime se maintient : une économie dévastée mais un appareil répressif qui demeure tentaculaire et doit le rester dans la mesure où l’Etat a perdu l’essentiel de ses capacités redistributives.

Vendredi dernier, Mahmoud Ahmadinejad est allé jusqu’à condamner les méthodes musclées des forces de sécurité syriennes, en soulignant, dans une interview accordée à la radio télévision portugaise (RTP) que la répression militaire « n’est jamais la bonne solution ». Damas risque-t-il de perdre son seul allié fidèle ?

Tant que le sort du régime syrien n’est pas fixé (et il ne l’est pas encore), l’Iran ne lâchera pas son principal allié stratégique. En même temps, Téhéran sait que son soutien à Assad la rend impopulaire non seulement en Syrie, mais dans une bonne partie du monde arabe. Les Iraniens souhaiteraient (sans guère y croire) qu’Assad puisse rétablir le calme en mettant en œuvre un programme de réformes. L’évolution de la position iranienne doit aussi sans doute être appréciée à la lumière du jeu de la Turquie. En combinant critique d’Israël et des autocrates arabes, Erdogan se met totalement en phase avec les opinions publiques de la région. Ce faisant, il se met en position idéale pour faire de la Turquie ce que l’Iran rêve d’être, c’est-à-dire la grande puissance non arabe du Proche-Orient. On voit mal comment Téhéran pourrait rattraper son retard sur Ankara de ce point de vue, si ce n’est en jouant la carte de la surenchère anti-israélienne.

Bachar Al-Assad doublé par des hackers


Telecomix, un collectif de hackers qui s’était fait connaître, lors du Printemps arabe, en aidant les internautes d’Egypte et de Tunisie à contourner la cybercensure, vient de remettre le couvert en Syrie.

par Julie Gommes Le 14 septembre 2011

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Dans la nuit du 4 au 5 septembre, à 2h53, KheOps a « appuyé sur le bouton », comme il le dit modestement, et détourné l’Internet en Syrie. A partir de ce moment-là, les internautes syriens étaient automatiquement redirigés vers un site web expliquant pourquoi, et comment, contourner la censure et protéger ses communications sur le Net : « Il nous fallait imposer notre message. Nous l’afficherions sur leurs écrans, par surprise, et sans qu’il soit possible de l’éviter, et durant un temps suffisamment long pour qu’ils n’aient d’autre choix que de le lire .»

Et ils choisirent quatre fois, cette semaine-là, de passer ainsi par-dessus les murs de la censure syrienne. Ils, ce sont les Telecomix, un collectif de hackers qui s’était déjà illustré, lors du Printemps arabe, en aidant les internautes de Tunisie et d’Egypte à déjouer les cybercenseurs.

Les internautes se connectaient alors sur le canal IRC de Télécomix, ne faisant parfois que passer, certains laissant quelques mots : « ce qui revenait tout le temps, c’est la peur des mukhabarats (NDLR : la sécurité d’État syrienne) et de savoir si on était ou non Israéliens. Autant pour l’intelligence je comprends autant pour le reste… Je ne sais toujours pas pourquoi » s’interroge KheOps, l’un des hackers les plus actifs sur le projet (voir aussi son émouvant témoignage sur Reflets.info). Il fallait rassurer, parfois plus souvent qu’encadrer, conseiller ou sécuriser.

Once upon a time, #OpSyria

Tout n’a pas commencé, toutefois, par une simple pression sur un bouton. C’est l’opacité du régime syrien qui a conduit le groupe Telecomix à s’intéresser au pays :

De manière générale, on ne savait pas ce qu’il se passait en Syrie. Le peu d’images qui filtraient nous apprenaient que ce qui s’y passait était beaucoup plus grave qu’en Egypte. Aujourd’hui, on est 10 à assurer le support technique de tout un pays.

« On a commencé avec une vingtaine de volontaires aux USA, en Europe, dans le monde arabe, » se souvient KheOps. L’idée de départ était de fournir une sorte de boite à outils pour permettre aux révolutionnaires syriens d’améliorer leur anonymat et leur sécurité en ligne. Il fallait écrire, en anglais, d’abord. Réécrire, traduire en arabe, créer les pages, se heurter aux problèmes de ponctuation en arabe, de copier-coller qui parfois ne fonctionnent pas comme escompté… Et bien entendu, le travail technique. Près d’un mois a été nécessaire à une dizaine de personnes pour réaliser ce qui s’est affiché sur les écrans syriens.

Dans la nuit du 11 au 12 août dernier, partent 6000 emails. Destination ? La Syrie. Consignes de sécurité, informations sur le monitoring d’État et bien entendu présentation du groupe Telecomix. Le message, que s’approprient les Syriens, se retrouve très vite sur le groupe Facebook « officiel » de la révolution, des premiers contacts sont établis.

Maintenant, je suis en sécurité grâce à eux. C’est en voyant ce message que je suis allé sur l’IRC. La première fois, ils m’ont tous accueilli et guidé. J’ai beaucoup appris sur la manière dont le gouvernement espionne mes connexions. Je fais confiance à toute cette équipe. Ce sont des personnes spéciales avec un haut degré d’humanité et de responsabilité. Je suis aussi anonyme en ligne, j’ai moins peur de me connecter.

Muhammad, Syrien, n’est pas le seul. Ses nouveaux amis anonymes du web lui donnent aussi des conseils sur l’utilisation de son téléphone, sur les écoutes, des pratiques simples à adopter au quotidien.

Le message qui s’affiche quand on se connecte sur le serveur IRC mis en place par le collectif est explicite : « Public channel: no names, places, personal info » (espace public : pas de noms, pas de lieux, pas de données personnelles). On y croise des hackers, des arabophones venus donner un coup de main. Ils aident aujourd’hui les Syriens à échanger des informations entre eux, faire sortir des images et vidéos du pays, le tout de manière sécurisée.… Sous cette façade se cache un travail titanesque de part et d’autres du mur de la censure.

Aujourd’hui, le groupe d’activistes, rassemblés sous la bannière Telecomix, a pu rentrer en contact avec quelques dizaines de personnes. Méfiant, KheOps prévient : « Rien n’est jamais totalement sûr. On joue au chat et à la souris. » Alors ils sécurisent sans cesse, contournent, accueillent et rassurent sur l’IRC. Tout est fait de manière collective, ce qui semble parfois le surprendre : « On retrouve des gens qui ne se connaissaient pas, de cultures différentes qui travaillent ensemble autour d’un objectif commun, d’un idéal partagé. » Et des vocations naissent. Muhammad sera « journaliste pour parler de la reconstruction du pays » ou… hacker :

Aujourd’hui, j’utilise un email qu’ils ont créé pour moi, ils m’aident à publier des vidéos sur Internet, et surtout ils m’ont donné accès à un espace pour que je puisse y stocker mes données et qu’elles ne restent pas sur mon ordinateur. J’enseigne à mon tour ces techniques à mes amis, je leur ai gravé des CD avec les programmes utiles.

L’inverse est-il possible ? KheOps aurait-il un pied en Syrie ? « Cela fait plus de deux mois que je suis sur l’opération et avec tout ce que je lis, avec les gens avec qui je rentre en contact, avec les connaissances que ça nous apporte… J’ai parfois l’impression d’y être. » L’impression, seulement. Muhammad, que nous avons réussi à joindre, parle de sa ville, dans le centre du pays : « Le calme avant la tempête. Elle est pleine de Shabbiya (ndlr : miliciens proches du régime), on les voit partout. Certains bureaux où j’ai travaillé ont rouvert mais nous ne sommes pas dupes. Une grande campagne d’arrestation d’activistes est en cours. » Un des meilleurs amis de Muhammad a été arrêté le 31 août dernier. Il aurait dû rester, selon ses dires, une semaine en prison « comme tout le monde ». Mardi, il n’était toujours pas réapparu.

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