Les Syriens méritent qu’on ne les oublie pas


Edito du Monde | LEMONDE | 23.07.11 | 14h06   •  Mis à jour le 23.07.11 | 14h06

Est-ce une manière de lassitude ? Ou bien l’habitude déjà ? Ou encore la résignation ? Une certaine forme d’impuissance peut-être ? La révolte du peuple syrien contre la dictature de Bachar Al-Assad est entrée dans son cinquième mois. Presque dans l’indifférence.

L’admirable leçon de courage souvent donnée par ces femmes et ces hommes manque de soutien international – politique, médiatique et autre.

Ce n’est plus seulement le vendredi que les Syriens manifestent au péril de leur vie : ce 22 juillet, ils étaient encore des centaines de milliers à être descendus dans la rue. Tous les jours de la semaine connaissent des protestations. Et tout aussi régulièrement, s’allonge le bilan des morts – sûrement pas loin de 2 000 ; celui des emprisonnés et autres « disparus » dépasse la dizaine de milliers.

Armée, chars, milices, bandes de nervis au service du régime sont déployés dans toutes les villes. Les rares témoignages qui nous parviennent décrivent un pays, une population sous occupation militaire.

On sait la difficulté d’exercer des pressions sur ce régime-là. Une ingérence militaire extérieure est exclue – à juste titre. La Syrie n’est pas la Libye. Elle est soutenue à l’ONU par la Russie et la Chine ; elle dispose d’une armée bien équipée par Moscou.

Le régime n’est pas aussi isolé que celui de Mouammar Al-Kadhafi. L’Iran lui accorde une aide économique massive, sans laquelle il aurait bien du mal à survivre. La région est plus stratégique que le Maghreb ; la guerre y ajouterait un élément de déstabilisation supplémentaire, dont le Machrek n’a pas besoin.

Et, pourtant, la chute de la maison Assad est sans doute l’une des clés d’une vraie démocratisation du Proche-Orient.

Que faire, alors ? Les Etats-Unis et l’Europe ont pris des sanctions économiques. Mais, longtemps, ils ont donné le sentiment de craindre – non sans quelque raison – le chaos et la guerre civile si le régime devait s’effondrer. Ils ont espéré que Bachar Al-Assad serait sincère dans ses appels à un dialogue avec les diverses forces qui s’opposent à lui. Ils ont cru que le parti Baas, qui monopolise le pouvoir depuis plus de quarante ans, pouvait se réformer.

Ce temps n’est plus. Les Etats-Unis ont été déçus. Ils ont vu comment le régime faisait tirer sur les rassemblements de l’opposition, y compris les plus pacifiques, ceux au cours desquels les opposants entendaient examiner les offres de dialogue du pouvoir.

A la mi-juillet, la secrétaire d’Etat est sortie de la réserve observée jusqu’alors par Washington. « De notre point de vue, a dit Hillary Clinton, (Bachar Al-Assad) a perdu toute légitimité (…) il n’est pas indispensable. » Le président Barack Obama dit sensiblement la même chose.

Encore faut-il tirer les conséquences de ce discours nouveau. Les Etats-Unis et l’Europe devraient aider une opposition syrienne disparate et divisée à s’organiser. Ils devraient lui assurer un soutien politique et économique.

Les Syriens le méritent plus que jamais.

Entretien avec l’opposant historique syrien, Michel Kilo


« L’option sécuritaire du régime bloque toute possibilité de solution politique »

L’intellectuel Michel Kilo, grande figure de la lutte pour 
la démocratie en Syrie, a été emprisonné à plusieurs reprises. Il a reçu l’Humanité.

Après quatre mois de révolte, 
quel bilan tirez-vous ?

Michel Kilo. Au niveau populaire, les pertes sont énormes. Au niveau politique, l’État a perdu toute présence et s’est transformé en une partie combattant le peuple. Au niveau économique, la Syrie est au bord du gouffre. Au niveau international, et même régional, c’est un pays isolé par ses propres amis. L’option sécuritaire adoptée par le régime bloque toute possibilité de solution politique, y compris dans le cadre d’un dialogue national que le pouvoir a lancé. Mais, plus grave, on est en train de briser la société syrienne, ce qui peut aboutir, même si le régime gagne cette partie, à une véritable destruction de l’État syrien.

 Comment s’organise ce mouvement de protestation ? Pourquoi n’y a-t-il pas une voix qui s’exprime ?

Michel Kilo. Il y a deux sortes d’opposition. L’une est celle des partis classiques et, avec eux, les intellectuels qui ont lancé l’idée de l’action civile. L’autre, nouvelle, est celle de la rue qui se lève. Elle n’a pas encore ses symboles, pas encore ses représentants. Mais elle crée ses organisations. Nous, les intellectuels, par nos écrits, nos propositions, nous faisons partie également de cette nouvelle opposition que nous alimentons. Nous sommes en quelque sorte les théoriciens de ces comités, sans pour cela qu’il y ait des échanges quotidiens entre nous.

 Acceptez-vous de dialoguer 
avec le régime ?

Michel Kilo. Pour participer à un dialogue avec le pouvoir, il faut d’abord que celui-ci rompe avec la « solution sécuritaire » et choisisse une voie politique. Il faut que les détenus soient libérés, avoir le droit de manifester et arrêter l’ingérence des services de renseignements dans la vie des gens. La présidence doit s’engager dans ce sens. Le pouvoir n’a pas répondu à nos demandes. Il faut qu’il annonce que les réformes aboutiront à un système parlementaire démocratique et pluraliste. Sans cela, notre participation à un dialogue n’a aucun sens. Nous appelons à un changement de régime mais de façon graduelle. Peu importe l’identité de ceux qui y participent. Cela peut se faire avec Bachar Al Assad. L’important est de créer les conditions qui obligent le président à entamer un véritable changement, avec une phase transitoire. Que le régime disparaisse du jour au lendemain est quelque chose de très difficile.

 N’y a-t-il pas un danger de voir 
les islamistes, particulièrement 
les Frères musulmans, profiter 
de ce mouvement pour imposer leurs idées ?

Michel Kilo. Entre 2000 et 2010, seul le mouvement de la société civile était présent. Les Frères musulmans ont repris ce que nous disions : un État civil, la citoyenneté… La société traditionnelle syrienne est une société musulmane mais pas nécessairement islamiste. Elle peut le devenir si cette option militaire continue à écraser la société. Celle-ci va se défendre par la force et en utilisant l’intégrisme. Nous travaillons avec la jeunesse pour gagner la société traditionnelle. Il y a deux grands courants en Syrie, islamiste et démocratique. Le courant qui l’emportera sera celui qui arrivera à gagner la société civile. C’est un combat.

N’y a-t-il pas une crainte d’ingérences extérieures, 
étant donné la position géopolitique de la Syrie ?

Michel Kilo. La solution sécuritaire ouvre la porte aux ingérences étrangères. Il y a aujourd’hui un conflit ouvert en Syrie qui oppose les Iraniens aux Saoudiens, aux Turcs et à toutes ces puissances régionales. C’est très clair. Les chefs de la diplomatie iranienne et turque se sont rencontrés pour discuter du dossier syrien. Nous avons mis en garde contre de telles ingérences dès le début. Les Syriens sont capables de régler leurs propres problèmes à travers le dialogue. On dit que les États-Unis ont établi un calendrier pour la mise en œuvre des réformes. Il y a des rumeurs sur l’aide logistique de l’Iran aux autorités. Ce qui montre que la Syrie est l’objet d’un conflit international. On dit aussi que l’Iran et la Syrie ont accepté que les forces américaines restent en Irak, en échange d’une diminution des pressions sur Damas. L’idée de la création d’une zone tampon, comme l’a évoquée la Turquie, est aussi une petite porte par laquelle passeraient les grandes ingérences étrangères. Mais cette porte est déjà ouverte.

Entretien réalisé par Pierre Barbancey

Syrie : un million de manifestants. Vraiment ?


anniebannie: cet article dément les informations que nous entendons dans notre presse et sur les différentes chaînes. voir aussi son blog.

18/07/2011 à 11h32 | 996 vues | 0 réactions

La Syrie connait des troubles socio-politiques depuis plusieurs semaines. Les grands médias relatent ces évènements en affirmant qu’il s’agit d’une révolte populaire comparable à celles survenues en Tunisie ou en Égypte. Pour confirmer leurs propos, ils présentent des manifestations qui auraient lieu dans tout le pays et qui souffriraient d’une répression féroce. Par exemple, dans la ville considérée comme l’un des principaux centres de la contestation, Hama, il y aurait eut ce vendredi 500.000 manifestants dans les rues de l’agglomération de … 530.000 habitants (en comptant les villages alentours).Leurs uniques sources viennent d’opposants politiques basés à l’extérieur du pays. Les preuves matérielles ? Des photos floues où on peut distinguer des foules de quelques dizaines d’hommes. La défense des journalistes face à ces failles professionnelles ? La presse ne pourrait pas rentrer dans le pays et Internet serait coupé. Or voici le témoignage de Pierre Piccinin, chercheur belge actuellement sur place : il commente cette dépêche du million de manifestants*.

N.B. Ici encore, il ne s’agit nullement de défendre un régime qui n’applique pas le modèle politique occidentale de la démocratie, ni de nier de la présence d’une contestation, mais de montrer la malhonnêteté professionnelle des journalistes occidentaux chargés, consciemment ou pas, de véhiculer la propagande des gouvernements occidentaux non amis avec le régime syrien actuel.

Capture d’écran de la capture d’écran obtenue sur YouTube par le journal Libération pour illustrer le million de manifestants

Photo prise par l’auteur. Sans commentaire.

 

Témoignage :

Je suis actuellement en Syrie, depuis une semaine, en préparation de trois cahiers du CCMO (1), qui seront consacrés, à la rentrée, au « Printemps arabe » et d’un article pour Les Cahiers de l’Orient (2), à paraître en décembre. La Libre Belgique a également publié un billet résumant mes observations de ces derniers jours (3). Vendredi, j’ai quitté Damas, la capitale et me suis rendu à Hama, fief de la révolte islamiste, en passant par Homs.

Les données de cette agence de presse, répercutées par nombre de médias, sont complètement erronées et probablement volontairement exagérées (j’ai circulé dans toutes les zones sensibles du pays, sans jamais être empêché de me rendre là où je le souhaitais).

À Deraa, la contestation est presque éteinte et, mis à part un quartier ou l’autre, où manifestent encore sporadiquement quelques centaines de personnes pendant une heure ou deux, sans même que l’armée intervienne, tout y est très calme.

À Damas, seulement quelques milliers (pas même des « dizaines » de milliers) de manifestants sont sortis ce vendredi, par groupes dispersés dans plusieurs quartiers de la périphérie.

Idem à Homs, où des bandes armées ont provoqué la police (déjà jeudi soir : j’avais été informé de risques de troubles à Homs, jeudi, et m’y étais rendu ; le centre était calme, j’ai suivi le premier camion transportant des militaires que j’ai croisé et suis tombé sur l’échauffourée, qui opposait quelques dizaines de contestataires cagoulés face à une escouade de soldats ; ces derniers ont ouvert le feu et m’ont obligé à quitter les lieux).

J’ai passé tout l’après-midi du vendredi à Hama. C’est la seule ville où la contestation conserve une réelle ampleur (c’est la seule ville où on ne trouve plus un seul portrait de Bashar al-Assad, omniprésent ailleurs, exception faite de la façade du building où se trouve le siège du parti Baath, dans lequel sont retranchés des membres de la sécurité) : les habitants ont fortifié les entrées de la ville pour empêcher l’armée d’y intervenir et manifestent par dizaine de milliers.

Hama est la seule place où j’ai pu prendre des photographies, en grand nombre (ailleurs, la police étant présente lors des troubles, il m’est impossible de sortir mon appareil photo).

Quand je suis entré dans Hama, j’ai immédiatement été pris en chasse par des groupes de jeunes en moto qui m’ont arrêté. J’ai montré mon passeport belge et la situation s’est détendue : ils m’ont escorté partout et donné accès à un immeuble depuis la hauteur duquel j’ai pu prendre des photos de l’ensemble de la manifestation, centrée sur la place Alasi et l’avenue al-Alamhein.

Etant le seul observateur étranger sur place, ils m’ont donné toutes les facilités nécessaires et ont organisé une garde autour de mon véhicule pendant que je me déplaçais à pied parmi les manifestants.

En dépit de la grande sympathie que je puis avoir pour la gentillesse avec laquelle j’ai été reçu à Hama, force est d’admettre que le nombre des protestataires ne dépassait certainement pas les 100.000 personnes, en criant très fort, contrairement aux affirmations de l’AFP qui prétend que Hama a connu la plus grande manifestation du pays, rassemblant 500.000 personnes.

Il est bien sûr difficile de procéder à une estimation. Toutefois, s’il est vrai qu’il s’est agi de la plus grande manifestation dans le pays, en revanche, je puis affirmer, si je tente une estimation plus précise, que le nombre des manifestants doit avoir été de 15.000 à 30.000 personnes au plus.

J’ai produit une analyse plus fine de la situation, sur mon blog (4), où j’ai également publié des photographies de la manifestation, qui appuient, incontestablement, ces informations.

Ainsi, le « million » de manifestants à travers toute la Syrie ne correspond, en réalité, qu’à quelques dizaines de milliers.

J’ai pu avoir accès à Euronews : les images fournies par l’opposition et les blogueurs sont éloquentes ; des plans rapprochés, qui donnent une impression de masse, alors que, dans les faits, les cortèges sont relativement maigres.

Quant au nombre de morts recensés, il est évidemment impossible à vérifier sérieusement, mais mes contacts à Damas et Homs ne me confirment rien de tel. A Hama, les chars sont restés en dehors de la ville et aucun coup de feu n’a été tiré ; aucun mort n’est à déplorer, ni aucune arrestation.

La situation en Syrie, Hama exceptée, est parfaitement sous le contrôle du gouvernement et le climat général (Hama excepté, dont les rues sont jonchées de barricades et des décombres des premiers combats) n’est nullement révolutionnaire.

Pierre PICCININ http://pierre.piccinin-publications…
Professeur d’histoire et de sciences politiques

 

* Dépèche de l’AFP

1 – http://cerclechercheursmoyenorient….

2 – http://www.ser-sa.com/boutique/LesCahiersdelOrient/2

3 – http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/673320/vicissitudes-et-realites.html

4- http://pierre.piccinin-publications…

Sur les troubles en Syrie


Par M’sili

Les événements en cours en Syrie sont un des faits marquants de l’actualité internationale, d’autant plus que ce pays joue un rôle important dans l’échiquier politique régional du proche Orient. Comme en Egypte ou en Tunisie, le pouvoir en place se trouve face à une revendication démocratique aiguisée par des difficultés économiques qui n’ont fait que stimuler le mécontentement..

A ces revendications de nature politique, le gouvernement du président Bachar Assad a opposé une répression brutale exercée par sa police, mais aussi par l’armée qui est allée jusqu’à déployer des forces blindées dans ou autour de certaines villes.

Le bilan des pertes humaines est de fait élevé, plus d’un millier de morts (1400 ?) chez les opposants au régime ou tout simplement des personnes qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment.

Si la violence de la répression est incontestable et inadmissible, ce bilan est cependant à mettre au regard de celui des pertes parmi les forces de sécurité, police ou armée : 348..

Nous sommes donc en présence d’une contestation en réalité multiforme animée par des acteurs différents : des partis et/ou une fraction importante de la société qui posent clairement un défi démocratique au régime baathiste, mais aussi des organisations structurées qui ont engagé dès le départ la lutte armée.

Tout cela sur fond de tensions entre des tenants d’une ligne dure au sein du régime et un président Bachar Assad qui a donné quelques temps le sentiment d’être désorienté voire même surpris par la dureté de la réaction de ses propres services de sécurité.

Il reste que ce qui se passe en ce moment  sur la scène internationale est emblématique du rapport que les puissances occidentales entretiennent avec ce qu’il est convenu d’appeler le « printemps arabe ». Car si nous avons en effet une condamnation apparemment sans appel de la brutalité de la répression exercée par les forces gouvernementales à l’encontre de ceux qui contestent le pouvoir et demandent une démocratisation du système politique, il n’est nullement question de sanctionner lourdement le régime syrien (qui fait de toutes façons déjà l’objet de toute une panoplie de sanctions de la part des Etats Unis)

Vous me direz que Bernard-Botul-Henri Lévy s’est emparé de ce sujet et a même organisé une conférence de solidarité avec l’opposition syrienne en présence de Mlle Fadela Amara, excusez du peu !

Au-delà du fait que cette conférence a été un fiasco compte tenu de la faible représentation des organisations d’opposition les plus influentes, il faut observer que, contrairement au précédent libyen, la clique réunie par  Bernard-Botul –Henri Lévy  (de Jean-François Copée à Bertrand Delanoe, ce dernier qui soutenait la dictature en Tunisie) n’appelle pas à une action militaire de l’OTAN guidée par la Sarkozie contre le régime de Damas.

Si Bernard-Botul-Henri Lévy ne le fait pas, ce n’est pas seulement parce que la Syrie est un morceau plus difficile à avaler militairement que la Libye. C’est tout simplement parce que notre philosophe chevelu sait que l’entité sioniste, qui est l’Etat qui lui tient le plus à cœur, n’a pas trop envie d’un changement de régime à Damas. En effet, Tel Aviv préfère traiter avec le régime baathiste dont il n’a pas grand-chose à craindre qu’avec un gouvernement dirigé par une variante du Hamas, cette dernière étant, dans le scénario cauchemar, élue démocratiquement comme ce fut le cas à Gaza.

Selon moi, Bernard-Botul-Henri Lévy n’avait qu’un seul objectif en offrant son pseudo-soutien à l’opposition syrienne : la discréditer auprès d’une partie de l’opinion syrienne et arabe.

C’est en gros le même objectif qu’ont recherché les ambassadeurs des Etats Unis et de France qui se sont rendus à Hama, suscitant le mécontentement parait-il des autorités syriennes.

J’écris « parait-il » parce que le Daily Star de Beyrouth n’y croit pas une seconde et considère que ces diplomates n’ont pu se rendre dans cette agglomération cernée par l’armée syrienne qu’avec un accord sous une forme quelconque du gouvernement de Damas. Et les protestations du gouvernement syrien font bien entendu partie du jeu… Les manifestations d’hostilité des habitants de Damas sont précisément le tout premier résultat escompté. La France pourra se targuer encore une fois d’être visée pour sa défense des droits de l’homme !

Le Daily Star nous rappelle avec raison que ce qui guide l’action des puissances étatiques, n’est rien d’autre que ce qu’on appelle l’intérêt national. Et c’est en fonction de ce qu’elles perçoivent comme étant de leur intérêt, y compris par rapport à des motifs de politique intérieure comme on l’a vu avec Nicolas 1er à la poursuite des lauriers de la gloire,  que les puissances agissent, interviennent militairement ou pas.

Dans ce processus de décision, intervient bien entendu un calcul risque-bénéfice. C’est pour des raisons d’intérêt et parce que le rapport risque-bénéfice paraissait intéressant que la France et d’autres pays membres de l’OTAN ont jugé utile d’intervenir militairement en Libye. On se souviendra par ailleurs, que l’Italie, pays le plus exposé par sa position géographique aux contrecoups d’une intervention militaire et possédant le plus d’intérêts en Libye (et donc ayant le plus à perdre) n’était pas franchement favorable à une action de ce genre.

Dans le cas de la Syrie, personne (sauf peut-être le peuple syrien), n’a intérêt à un changement de régime qui précipiterait le pays et la région dans l’inconnu. Comme on l’a dit, l’entité sioniste se satisfait parfaitement du régime actuel à Damas, les Etats Unis aussi d’ailleurs qui avaient pu apprécier la présence de soldats Syriens lors de la première guerre contre l’Irak, ainsi que les services de Damas en matière de torture.

Par contre, les Etats Unis comme le régime sioniste ont intérêt à une Syrie affaiblie et, surtout, qui prendrait ses distances avec le Hezbollah libanais d’une part, et le régime iranien d’autre part.

Tels sont les objectifs stratégiques que poursuivent les Etats Unis en Syrie et c’est également ce que souhaite les philosophes de la mouvance sioniste comme Bernard-Botul-Henri Lévy.

Par la rédaction du Daily Star, Daily Star (Liban) 9 juillet 2011 traduit de l’anglais par Djazaïri

Un jeu se met en place en Syrie, mais il n’est pas aussi simple qu’on pourrait le penser.

Les Etats Unis, les pays européens et arabes sont tous impliqués, mais le développement le plus remarquable est intervenu cette semaine, quand les ambassadeurs de France et des Etats Unis en Syrie se sont rendus dans la ville de Hama pour montrer leur solidarité avec le soulèvement populaire dans cette ville.

Il serait naïf de penser que les ambassadeurs auraient fait ce déplacement sans s’assurer au préalable d’une certaine forme d’assentiment officiel du gouvernement syrien.

Les pays européens et les Etats Unis ont affirmé de manière répétée leur désapprobation et leur condamnation de la brutale répression de la contestation par le gouvernement mais, pour l’instant, il y a eu beaucoup de fumée sans feu.

Washington a exhorté le président Syrien Bachar Assad à entreprendre des réformes politiques, mais Assad a été en mesure de prétendre qu’il est aussi le champion d’un tel mouvement vers les réformes. Si on en juge par les actions de l’Europe et des USA jusqu’à présent, le régime syrien n’est pas en danger.

Le problème tient au deus poids deux mesures du monde extérieur par rapport aus effusions de sang qui ont marqué le monde arabe ces six derniers mois..

La communauté internationale n’a pas agi, n’est pas disposée à agir et n’agira pas sur la base des grands principes moraux, mais plutôt sur la base du pur intérêt politique.

Les populations de cette région du monde sont souvent trompées par la rhétorique des officiels étrangers, croyant que de nouvelles évolutions importantes sont peut-être en cours, alors qu’en réalité le véritable message est du genre « business as usual. ».

Les Etats Unis soutiennent de nombreux régimes dans le monde avec un passif en matière de droits de l’homme qui aurait, dans u autre contexte, déclenché la sonnette d’alarme.

Les peuples arabes, et leurs gouvernements, devraient se faire beaucoup de souci lorsqu’ils entendent qu’ils ont le soutien du monde extérieur, ou qu’ils n’ont pas le soutien du monde extérieur.

La situation en Libye ne devrait pas être prise comme un indice de quoi que ce soit de significatif quand on en vient à un pays comme la Syrie. Le départ du dirigeant Libyen Mouammar Kadhafi ne laissera pas un important vide politique régional [je ne serais pas aussi affirmatif vu les graves conséquences pour l’Afrique, NdT], tandis que le départ d’Assad et de son gouvernement aura des répercussions significatives dans les pays voisins, que ce soit en Irak, au Liban ou ailleurs. Pour l’instant, Washington apporte un soutien tacite à Assad, malgré les flashs d’informations qu’on peut entendre de temps en temps. Les Etats Unis ne sont pas en position de faire la démarche risquée consistant à choisir un camp, et ils sont conscients que le gouvernement d’Assad, à sa manière, offre le genre de « sécurité » que Washington et d’autres capitales étrangères sont désireuses d’avoir.

La plus importante leçon de cette semaine est que les peuples arabes qui se lancent dans de courageuses protestations publiques devraient se concentrer sur les conditions intérieures de leurs actions. Ils ne devraient pas compter sur le monde extérieur pour les aider, parce que l’histoire a montré que seuls les intérêts, et rien d’autre, guident ce genre de politiques.

La tension monte entre la France et la Syrie


anniebannie donne raison aux Syriens

lundi 11 juillet 2011, par La Rédaction

La France a « vigoureusement » protesté dimanche auprès de la Syrie après des dégradations faites à son ambassade et à un consulat au lendemain d’une visite de son ambassadeur dans la ville rebelle de Hama (nord), assiégée par les forces syriennes. L’ambassadrice syrienne en France Lamia Shakkour a été convoquée au Quai d’Orsay en raison de « nombreuses dégradations », lors de manifestations samedi, ciblant l’ambassade française à Damas et le consulat d’Alep, a déclaré le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero.
Des « outrages contre les emblèmes de la République » française ont été commis, a-t-il précisé dans un communiqué : « drapeaux français brûlés et nombreuses dégradations (jets de projectiles dans l’enceinte, destruction de véhicules) sans que les forces de l’ordre et de sécurité syriennes se soient le moins du monde mobilisées pour empêcher ces actes inqualifiables ». Ces évènements sont « en totale violation des obligations qui incombent à la République arabe syrienne au titre de la convention de Vienne sur les relations diplomatiques » et « nous tenons les autorités syriennes responsables de la sécurité de nos agents et de nos emprises diplomatiques », a souligné le porte-parole.
Ces manifestations faisaient suite à un déplacement jeudi de l’ambassadeur français en Syrie, Éric Chevallier, à Hama. L’ambassadeur américain Robert Ford s’était, lui aussi, rendu en fin de semaine dans cette ville afin de témoigner du soutien des États-Unis à la population.
Les deux diplomates ont été convoqués dimanche à Damas par le ministère syrien des Affaires étrangères, qui a dénoncé une « ingérence flagrante dans les affaires intérieures syriennes ».
Comme Paris, Washington a aussi signalé des incidents devant son ambassade liés à des jets de tomates, d’oeufs, de morceaux de verre et de pierres.
« Nous avons appris avec stupéfaction que l’ambassadeur de France à Damas s’était vu notifier une protestation contre le fait qu’il se soit rendu à Hama sans autorisation préalable », a ajouté Bernard Valero. « La convention de Vienne sur les relations diplomatiques stipule la totale liberté de déplacement des chefs de mission diplomatique dans leur pays d’accréditation, a fait valoir le porte-parole. C’est dans ce cadre que notre ambassadeur circule à travers la Syrie, comme le fait du reste l’ambassadrice de Syrie en France. Il serait vain de reprocher à l’ambassadeur de France des motifs inavoués : il est dans le plein exercice de ses fonctions. »
Paris a profité de la convocation de l’ambassadrice syrienne pour « redire de la manière la plus solennelle que ce qui s’est produit au cours des derniers mois en Syrie n’est pas acceptable », a aussi affirmé Bernard Valero. « Il n’est pas acceptable qu’un gouvernement déchaîne l’usage des armes contre sa population » et « n’entende pas l’appel de son peuple pour des réformes. Il n’est pas acceptable que la communauté internationale ne se mobilise pas pour que ces appels soient entendus, pour protéger la population civile et aussi au nom de la paix et de la sécurité dans la région », a-t-il aussi dit, en allusion à l’échec jusqu’à présent des Occidentaux à obtenir à l’ONU un soutien de la Russie et de la Chine pour dénoncer la répression en Syrie.

(Lundi, 11 juillet 2011 – Avec les agences de presse)

anniebannie voudrait qu’ils fassent preuve de la même indignation au sujet du sort des Palestiniens brimés, occupés, spoliés et assassinés par leurs alliés de la seule démocratie au MO. Cela ne veut pas dire qu’elle approuve les arrestations et les massacres perpétrés par le pouvoir syrien.

Syrie : des centaines de milliers de manifestants à Hama, sous haute surveillance


LEMONDE.FR avec AFP | 08.07.11 | 08h06   •  Mis à jour le 08.07.11 | 17h10

Nouveau vendredi de la colère en Syrie, où la contestation gagne en intensité. Plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé, vendredi 8 juillet, à Hama, bastion de la révolte contre le régime de Bachar Al-Assad.

Dans le même temps, des centaines d’habitants ont fui cette ville du nord du pays, où 25 personnes ont été tuées en trois jours par les forces de sécurité. Damas a envoyé ses chars aux environs de la ville en réaction à une manifestation record vendredi dernier, avec un demi-million de personnes. 

L’Observatoire syrien des droits de l’homme chiffre le nombre de personnes à défiler dans les rues de Hama vendredi à plus de 150 000, tandis que la Ligue syrienne des droits de l’homme en a compté plus de 450 000.

Cette dernière organisation a par ailleurs rapporté la mort vendredi de huit manifestants touchés par des tirs des forces de sécurité : cinq à Homs, deux à Damas et un à Dmeir, à l’est de la capitale.

L’AMBASSADEUR AMÉRICAIN SUR PLACE

L’ambassadeur des Etats-Unis à Damas, Robert Ford, a défié le régime en se rendant vendredi à Hama, où il compte rester en vue des manifestations, selon le département d’Etat. Il a pour mission « d’établir le contact » avec l’opposition, selon un haut responsable américain.

Le ministère des affaires étrangères syrien dénonce cette présence, une incitation à « faire monter la tension ». Le ministère de l’intérieur a répliqué lui dans un communiqué : « L’ambassadeur américain a rencontré à Hama des saboteurs […] qui ont érigé des barricades, coupé des routes et empêché les citoyens d’aller à leur travail. L’ambassadeur a incité ces saboteurs à la violence, à manifester et à refuser le dialogue » avec le régime d’Al-Assad.

L’ambassadeur de France en Syrie, Eric Chevallier, se trouvait également à Hama, vendredi, pour manifester « l’engagement de la France aux côtés des victimes, de la population civile », selon le porte-parole du ministère des affaires étrangères français, Bernard Valero.

« NON AU DIALOGUE »

Les militants pro-démocratie se préparaient, vendredi, à une nouvelle mobilisation sous le slogan « Non au dialogue ». « Non au dialogue : quel dialogue alors que le sang a été versé ? Quel dialogue alors que les villes sont assiégées ? Le peuple veut la chute du régime », écrivent les opposants sur leur page Facebook.

Un organisme pour le dialogue national, mis en place par le régime, avait appelé opposants et intellectuels à des consultations pour débattre d’amendements prévus de la Constitution et examiner un projet de loi sur le multipartisme.

« LES TUERIES DOIVENT CESSER »

Les autorités tentent de soumettre Hama (210 kilomètres au nord de Damas), théâtre de manifestations massives contre le pouvoir. Les chars sont toujours postés aux principales entrées de cette ville de 800 000 habitants, sauf à l’entrée nord, mais ce sont les forces de sécurité qui procèdent aux opérations à l’intérieur de ses murs, selon des militants.

Face à la poursuite de la répression sanglante de la révolte, le patron de l’ONU, Ban Ki-moon, a estimé que « les tueries doivent cesser », alors que le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, a jugé « inacceptable » que le Conseil de sécurité ne puisse condamner la répression du fait de l’opposition de Moscou.

Les faits En Syrie, l’armée encercle Hama et fait au moins dix morts

Amnesty International dénonce des crimes contre l’humanité en Syrie


06 juillet 2011

Lors d’une manifestation de soutien aux contestataires syriens au Liban, le 24 juin, un manifestant brandit le portrait d’un Syrien ayant été tué.

« Les méthodes brutales utilisées lors d’une opération de sécurité dévastatrice syrienne dans la ville de Tell Kalakh, dans l’ouest du pays, s’apparentent à des crimes contre l’humanité […] dès lors qu’elles s’inscrivent dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique contre la population civile », a dénoncé l’organisation Amnesty International dans un rapport publié le 6 juillet.

Les faits sur lesquels l’organisation a enquêté remontent à la mi-mai, lors d’une vaste opération menée par les forces de sécurité et l’armée contre les habitants de cette ville située près de la frontière libanaise. L’opération, qui a débuté le 14 mai, au lendemain d’une manifestation anti-régime, n’aura duré que quelques jours. Selon des militans, elle aurait fait au moins 26 morts, des dizaines de blessés et forcé des milliers d’habitants à fuir au Liban.

suite avec plusieurs videos

Fin de régime dans le huis clos syrien ?


LEMONDE | 04.07.11 | 13h31

Une incroyable guerre d’usure se livre dans le huis clos syrien. Le président Bachar Al-Assad a jeté dans la bataille tous les organes répressifs sur lesquels repose le régime hérité de son père : appareils de sécurité, milices, armée. Un outil qui a fait ses preuves par le passé mais qui bute sur la lame de fond d’une exaspération, d’une colère et d’une détermination que rien ne semble pouvoir enrayer. Le régime est toujours là, mais comme une coquille vide, ramené à son noyau dur : les sinistres « services ».

Chaque vendredi, depuis la mi-mars, les rues grondent contre un pouvoir arc-bouté sur le seul impératif de sa préservation. Vendredi 1er juillet, ils étaient sans doute près d’un demi-million dans les rues de la ville de Hama.

Les centaines de morts depuis le début de ce soulèvement, les dizaines de milliers d’arrestations, les menaces et les tortures semblent incapables de relever le mur de la peur, qui paraissait plus solide en Syrie que partout ailleurs dans le monde arabe.

Sans doute le régime dispose-t-il encore des moyens de résister à son peuple. Il est préservé contre la moindre intervention extérieure. La Ligue arabe reste interdite et muette sur les exactions perpétrées par l’un de ses membres, et la Russie est décidée à préserver, coûte que coûte, l’un de ses rares alliés dans une région où elle souhaite continuer à disposer d’une influence.

Jusqu’à présent, contrairement à la Tunisie, à l’Egypte ou au Yémen, aucun craquement n’a été enregistré au coeur d’un système dominé par un clan appartenant à la communauté ultraminoritaire des alaouites et qui ravive, pour son seul intérêt, les craintes d’affrontements confessionnels entre les différentes familles composant la très complexe mosaïque syrienne.

De même, la dénonciation du régime et de ses pratiques a cristallisé un rejet stupéfiant par son ampleur, mais qui n’a pas donné naissance pour l’instant à une alternative structurée.

C’est la principale faiblesse de cette contestation en même temps que sa force, puisqu’elle mobilise des ressources nouvelles qui ont échappé au quadrillage des services de renseignements. Capable de livrer sans état d’âme une guerre civile contre une insurrection armée, comme à Hama en 1982, le régime syrien est impuissant dans la même ville, près de trente ans plus tard, face à une mobilisation pacifique et citoyenne.

Cette résilience du pouvoir syrien ne semble pourtant pas être l’assurance d’une reprise en main une fois la contestation épuisée. L’épreuve à laquelle il est soumis le laisse incapable de la moindre prise sur les événements, comme l’ont montré les interventions successives, également inutiles, du président Al-Assad. Ce dernier est confronté au dilemme bien connu du dictateur : la réforme impossible parce qu’elle ouvre les vannes à un courant qui finit par tout emporter, ou bien la répression accrue qui renforce l’opposition intérieure et l’isolement international.

Sa capacité de nuisance reste grande, mais il se bat à reculons.

Article paru dans l’édition du 05.07.11

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