La double dynamique du conflit syrien



LEMONDE.FR | 01.06.11 | 09h12

Si les révolutions en Tunisie et en Egypte se sont jouées en quelques actes dramatiques, relativement simples et décisifs, le cas syrien s’apparente plutôt à un feuilleton alambiqué, dont on ne devine pas le dénouement. Aussi faut-il en suivre attentivement les épisodes, et rester attentifs aux rebondissements.

La violence qui agite le pays repose sur une double trame. D’un côté, il s’agit d’une révolte des provinces négligées par un régime qui en est pourtant issu. Hafez Assad, le père du président actuel, appartenait à une génération d’outsiders provinciaux d’origines très diverses, qui s’est battue pour son ascension sociale, la conquête d’un pouvoir accaparé par une élite quasi-féodale, et la projection de l’Etat vers les périphéries, à travers la provision de services, l’extension du maillage administratif, le déploiement du parti Baath, la mise en œuvre de grands projets de développement, etc.

La génération aujourd’hui au pouvoir a oublié ses origines. Elle a grandi à Damas, s’est mêlée à une élite urbaine qui a fait semblant de l’accepter, et a investi dans un processus de libéralisation qui, en Syrie comme ailleurs, ne profite qu’aux grandes villes au détriment des provinces. Dans ces dernières, l’Etat s’est éclipsé, de même que le parti, laissant les services de sécurité contenir un nombre croissant de problèmes – quand ils n’y contribuaient pas directement, en composant avec les trafiquants, les islamistes et les réseaux de corruption. Un peu partout en Syrie, ce legs éclate désormais au grand jour.

De l’autre côté se joue la revanche du régime policier allawite qui s’était constitué à la faveur de la grande répression du début des années 1980, quand le régime affrontait une insurrection sectaire dominée par les Frères musulmans. Ce régime que Bashar a hérité, il l’a en partie démantelé, écartant les barons des services et tempérant les abus de leurs agents. Les perdants de ce processus font actuellement un retour en force. Bashar, comme auparavant en période de crise, suit le mouvement.

Ce qui se passe sur le terrain est donc bien différent de ce qu’en dit le régime, bien qu’il n’ait pas tort sur tous les plans. Dans le discours officiel, la révolte serait une insurrection à dominante islamiste sponsorisée par l’étranger – semblable au phénomène d’il y a 30 ans. Mais le régime combat ses propres bases sociales bien plus que celles des Frères musulmans – dont les initiatives lancées de l’étranger rencontrent de faibles échos au niveau de la rue. Si fondamentalisme il y a, c’est essentiellement le résultat d’un vide laissé par un parti impotent, un Etat en retrait et un leadership retranché dans la capitale.

Dans les provinces, les Syriens ne voient plus aujourd’hui du régime que son pire visage : des services de sécurité qui ne se contentent pas de réprimer la composante armée du mouvement de protestation, mais tentent de l’écraser dans son ensemble, en recourant abusivement à la force, en multipliant les humiliations, en s’efforçant en somme de restaurer le mûr de la peur. Peine perdue : s’il y une chose que les manifestants ne laisseront pas définir leur avenir, c’est le règne des services. Ce qu’ils veulent, fondamentalement, c’est celui de l’Etat – à savoir une forme de gouvernement leur assurant une représentation politique et une redistribution économique un tant soit peu équitable… et des recours contre la violence de l’appareil sécuritaire.

La majorité silencieuse soutient tacitement le régime par crainte, justement, que sa chute ne précipite aussi l’effondrement de ce qu’il existe d’une structure étatique. C’est le cas d’une portion importante des minorités (qui tremblent à l’idée d’un agenda islamiste hégémonique) des classes moyennes (dont le statut est largement tributaire de l’Etat) et des hommes affaires (qui craignent pour leurs intérêts prosaïques). La révolte des provinces les inquiète et l’opposition en exil ne les rassure pas, appelant au renversement du régime tout en se passant d’articuler la moindre alternative crédible.

Prié de garantir une forme de stabilité, le régime ne s’en comporte pas moins de façon chaotique, que ce soit en matière de répression, de réforme, de dialogue avec l’opposition, ou encore de gestion des conséquences économiques du désordre. Ce faisant, il convainc une part croissante de cette majorité silencieuse de son incapacité à offrir une issue ; en somme, bien que la dichotomie offerte par le pouvoir, « nous ou le chaos », l’ait bien servi au début, de plus en plus de Syriens répondent « quand à subir le chaos, autant se passer de vous ». Ainsi, le régime pose les bases d’une mobilisation qui dépasserait largement le cadre de la révolte des provinces.

Aussi peu probable soit il, on ne peut pas exclure un autre scénario. L’approche sécuritaire adoptée par Bashar et portée par toute une élite soucieuse de protéger ou promouvoir ses intérêts, est en passe de démontrer son échec patent. Elle permet certes au régime de contenir l’ampleur de la mobilisation, mais ne l’éteindra pas. Elle catalyse la militarisation de certaines de ses franges, qui infligent à l’appareil de sécurité plus de pertes qu’il ne peut tolérer sur la durée. Et elle perpétue une instabilité qui fait perdre au régime ce qui lui reste de soutiens. Or, avec des ennemis nombreux et sans base populaire solide, il ne survivra pas.

Ce fiasco pourrait l’amener à rechercher plus sincèrement une sortie de crise politique, quand les partisans de la ligne dure n’auront plus rien à proposer. Il apparaît aujourd’hui qu’il a toujours été illusoire d’espérer que Bashar prendrait les devants, en se lançant dans une révolution contre son propre entourage. Mais les dynamiques au sein de l’élite pourraient néanmoins changer, en faveur d’éléments plus rationnels et raisonnables qui ont été marginalisés.

La lutte pour que la famille régnante se maintienne dans un climat de corruption, d’incompétence et d’impunité est une bataille qu’elle ne peut que perdre. La seule cause que le pouvoir peut espérer défendre, c’est celle de l’Etat, ce qui exigera de défaire bien des aspects qui font de lui un « régime ». A ce stade, celui-ci a le choix entre se démanteler lui-même par ses erreurs et ses excès, jusqu’à l’implosion, ou se démanteler de façon volontaire et systématique. S’il fait ce second choix, il aura besoin de tous les encouragements que la société internationale peut offrir.

Il y a fort à parier que le régime opte plutôt pour la voie du suicide collectif. Dans ce cas, tout reposera, en dernière analyse, sur la détermination de la société syrienne, qui pour l’instant résiste aux dynamiques d’éclatement dont joue le pouvoir, à l’y pousser sans l’y suivre.

Peter Harling, directeur de projet, basé à Damas, pour l’International Crisis Group

Comment

Dans les geôles de Bachar Al-Assad


LEMONDE | 28.05.11 |

Khaled Sid-Mohand a été libéré mardi matin.

Khaled Sid-Mohand a été libéré mardi matin.Comité de soutien à Khaled Sid-Mohand

Un ami m’avait pourtant prévenu : « Tu as suffisamment de contacts à Damas pour écrire tes articles, tu dois verrouiller ton réseau. » Mais verrouiller son réseau, c’est se condamner à tourner en rond avec les mêmes témoins et les mêmes acteurs de cette révolte commencée trois semaines auparavant. Son avertissement m’est revenu en écho lorsque les agents des services de renseignements syriens sont entrés dans le café Domino pour m’y interpeller. Une demi-heure plus tôt, une jeune femme m’avait appelé sur mon téléphone portable. Elle avait proposé de me remettre des informations. Rendez-vous est donné à 17 h 30, samedi 9 avril, dans un café de la place Bab Touma. Quelques minutes plus tard, je suis enlevé par sept hommes de forte corpulence. Menotté, je suis conduit chez moi où ils effectuent une perquisition.

Celui chargé de me surveiller est charpenté comme un taureau, mais se montre affable, attentionné même : il me fait boire du thé en portant délicatement la tasse à mes lèvres et m’allume une cigarette. Après un interrogatoire désordonné et la saisie de mon matériel informatique, je suis embarqué à bord d’un taxi. On me place la tête entre les genoux, mais je devine en reconnaissant une banderole de propagande déjà aperçue que nous nous dirigeons vers le sud de Damas. Plus précisément, à Kufar Sousseh, quartier général des services de renseignements. Mais je ne le saurai formellement que vingt-quatre jours plus tard, à ma libération.

C’est là que commence mon deuxième interrogatoire dans un vaste bureau au deuxième étage. Il commence par des questions insolites : « Connaissez-vousOussama Ben Laden ? » ; « Avez-vous été reçu à la Maison Blanche au cours de votre séjour aux Etats-Unis ? » On me trouve détendu. Un peu trop.

Deux heures d’interrogatoire plus tard, la porte s’ouvre pour laisser passer un homme que tout le monde salue avec déférence. Il me lance : « Tu vas parler ! Si tu ne parles pas, je te coupe les testicules et t’arrache le coeur avec mes propres mains ! » Une gifle me projette de ma chaise. Il sort et je comprends alors que le feu vert vient d’être donné pour me passer à tabac. Les gifles qui s’abattent sur mon visage me laissent d’abord de marbre, ce qui met mon bourreau hors de lui.

L’homme tourne autour de moi, un sourire à la bouche et une matraque électrique à la main. Il me questionne sur mes activités et mon identité. Il me frappe avec une telle puissance cette fois-ci qu’il décroche mon bridge dentaire dès la première gifle. Soudain, mon téléphone sonne. Le numéro d’appel indique l’Arabie saoudite.« Qui est-ce ? » Une amie palestinienne partie rendre visite à sa famille.

« Menteur ! hurle-t-il. Tu as des relations avec Bandar Bin Sultan (patron des services de renseignements saoudiens) ! » Gifles. Coups de pied. Toutes mes réponses sont ponctuées d’un « menteur ! », suivi d’un coup et assorti d’une hypothèse paranoïaque. Selon eux, je suis allé en Turquie, non pas pour un reportage sur les élections législatives, mais « pour y rencontrer des officiers américains de l’OTAN ». Je donne des cours de journalisme à l’université des Antonins au Liban, car « j’entretiens des liens avec Samir Geagea (chef des Forces libanaises et antisyrien notoire) ».

Je découvre avec stupéfaction que mes geôliers sont intoxiqués par leur propre propagande. Ne savent-ils pas que l’Arabie saoudite s’est rapprochée de la Syrie, que Damas a soutenu l’invasion militaire saoudienne à Bahreïn ? N’ont-ils pas entendu la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, dépeindre le présidentBachar Al-Assad sous les traits d’« un vrai réformateur » ? Ils me réinstallent sur ma chaise, me bandent les yeux et fixent des fils électriques sur plusieurs endroits de mon corps, parties génitales comprises, et j’attends, terrifié, une décharge électrique qui ne viendra pas. C’était une simulation. Ce que je prenais pour des électrodes n’étaient que les câbles de mon ordinateur.

Ils me signifient que si je veux y goûter, ils ont tout le matériel nécessaire. C’est à ce moment que je décide de révéler le pseudonyme sous lequel je travaille. Je suis maintenant tétanisé à l’idée de révéler sous la torture les noms de tous ceux dont j’avais gagné la confiance afin de recueillir leurs témoignages. Me reste un espoir : être libéré avant qu’ils n’aient lu et traduit mes articles (En Syrie, Khaled SidMohand a notamment collaboré au Monde et à France Culture). Après tout, aucun journaliste étranger n’a été détenu plus de quarante-huit heures.

Je rejoins peu après un groupe de prisonniers syriens qui portent tous les stigmates d’un passage à tabac. Nous sommes alors conduits dans nos cellules respectives, la mienne porte le numéro 22. C’est par ce numéro que je serai désormais identifié.

Je m’endors avant d’être réveillé par des cris. Ce sont ceux du bourreau : un interrogatoire vient de commencer. Les seuls mots que j’arrive à distinguer sont des insultes, ainsi qu’un « qui ? », mais je sais, pour avoir rencontré des détenus avant mon arrestation, que l’objectif de ces séances de torture vise moins à soutirer des informations qu’à punir, humilier et terroriser.

Très vite la voix du bourreau est couverte par les hurlements du détenu qui vont crescendo. Je sens mon rythme cardiaque s’accélérer, je suis tétanisé par la peur. C’est le but recherché. Troisième interrogatoire. Quelques gifles ponctuées d’insultes, et l’on me signifie que je ne disposerai plus d’un interprète.

« Raconte-moi tout.

– Que voulez-vous savoir ?

– Tout ! Depuis le début… depuis ta naissance. »

L’interrogatoire prend fin avec l’entrée d’un homme au visage anguleux qui implore mon interrogateur de me « terminer ». Son visage exprime la haine et la colère. Comment peut-il me détester aussi spontanément ? Je ne peux m’empêcher de penser au contraste saisissant entre la gentillesse et la nonchalance des Damascènes et le concentré de violence et de cruauté gratuites, auquel j’assiste à présent. C’est peut-être une terrifiante illustration du Léviathan, d’Hobbes : pas de violence dans les rues, l’Etat s’en est arrogé le monopole…

Le quatrième interrogatoire a lieu le lendemain, lundi 11 avril – dernière date dont je me souviendrai. L’absence de lumière du jour et de tout repère temporel fait perdre la notion du temps. Mon interrogateur m’accueille avec un sourire contrit et explique que plus personne ne portera la main sur moi. Il me demande de lui traduire les notes que j’avais oublié de détruire et termine son interrogatoire par une « offre d’emploi » : espionner mes amis syriens en échange d’une carte de séjour et d’une accréditation en bonne et due forme.

Les jours et les semaines suivantes sont rythmés par un va-et-vient de prisonniers arrêtés dans des rafles opérées lors de manifestations. C’est ainsi que je comprends que le vent de contestation continue de se propager à d’autres villes et à d’autres quartiers de Damas. Ils sont torturés et relâchés, en moyenne au bout de dix jours. Je tente de compter les jours avec les petits déjeuners, mais je perds le fil.

J’essaie de communiquer avec des détenus, parfois chargés de distribuer les repas, ou d’ouvrir la porte pour aller aux toilettes. Nous disposons alors de quelques secondes pour échanger des informations : « Demain, c’est vendredi, ils doivent vider la prison de tous ses détenus. » Mais l’espoir laisse vite place à la déception. La prison se remplit de nouveaux détenus, tout en gardant les anciens, de sorte que, cette nuit-là, certains sont entassés jusqu’à trois dans des cellules de 2 mètres carrés. Ils sont torturés à tour de rôle, jusqu’à épuisement des bourreaux. J’essaie d’engager la conversation avec d’autres détenus, mais ils sont trop abîmés pour soutenir une conversation.

Je fais la connaissance d’Ali, un conscrit de 21 ans. Il a été arrêté pour avoir voulu assister à la prière du vendredi, ce qui est interdit par le code militaire, particulièrement en ces temps de manifestations. A la veille du jour que je croyais correspondre à la fin de ma deuxième semaine de détention, Ali m’affirme avoir entendu que nous serons libérés dans les vingt-quatre heures. Le lendemain ne tient pas ses promesses, et je sens dans la voix d’Ali beaucoup de tristesse, que je n’ai pas la force d’atténuer.

Un événement insolite vient alors troubler le centre de détention. Après le déjeuner, un sanglot se fait entendre. Le jeune homme dont j’aperçois furtivement le visage n’a pas plus de 20 ans. Il pleure de plus en plus fort, il appelle sa mère et implore Dieu. Alors que les geôliers sont prompts à tabasser les détenus au moindre prétexte, cette fois-ci, ils semblent émus par le jeune homme. Ils se contenteront, plusieurs heures plus tard, de lui demander de pleurer moins fort. Il sanglotera durant trois jours.

Ce soir-là, un nouveau détenu fait une apparition remarquée, car il n’a pas de cellule : il est condamné à rester debout, les yeux bandés, pendant trois jours. Trois jours durant lesquels interrogateurs et bourreaux se relaient pour le faire craquer, sans succès. Je comprends qu’il a été arrêté en possession de CD contenant des informations considérées comme subversives par le régime. Il est originaire du nord du pays et est sans doute venu à Damas dans le but de remettre ces informations à l’un de ces réseaux de cyberactivistes qui servent d’interface entre les insurgés des villes de province et les organisations de défense des droits de l’homme, ainsi que les médias étrangers.

Inquiet de la longueur de ma détention, je décide d’entamer une grève de la faim. L’expérience est pénible, comme un ramadan sans coucher de soleil et sans rupture du jeûne. D’autant que la nourriture n’est pas mauvaise. Mais, à ma grande surprise, alors que nos geôliers se sont montrés soucieux de notre santé – un docteur passait matin et soir avec une valise de médicaments pour soigner les détenus malades -, et qu’ils n’ont pas hésité à recourir à la torture pour casser des grèves de la faim, le gardien ne semble pas préoccupé par mon initiative. Peut-être savait-il déjà que ses supérieurs avaient décidé de me relâcher le lendemain.

C’était le mardi 3 mai, Journée internationale de la liberté de la presse. Dixième anniversaire de ma carrière de journaliste.

Khaled Sid MohandArticle paru dans l’édition du 29.05.11

Bernard-Henri Lévy, épargnez aux Syriens votre soutien!


Par Burhan Ghalioun, écrivain, professeur à la Sorbonne, Subhi Hadidi, écrivain et journaliste, et Farouk Mardam Bey, éditeur.

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puceinvite.jpgA l’initiative de Bernard-Henri Lévy, un texte a été publié dans Le Monde du 25 mai 2011 sous le titre SOS Syrie, qui dénonce les crimes commis par le régime de Bachar al-Assad et appelle à la solidarité avec le peuple syrien dans sa lutte pour la liberté.

Nous jugeons pour le moins indécent que des personnes comme Bernard-Henry Lévy, qui se sont toujours illustrées par leur hostilité aux revendications légitimes du peuple palestinien et par leur coupable complaisance pour la colonisation des territoires occupés, y compris le Golan syrien, tentent de récupérer le mouvement populaire en Syrie au moment où il affronte avec un admirable courage la terrible machine répressive d’un pouvoir aux abois.

Nous considérons ce texte et toute initiative qui serait prise dans l’avenir par SOS Syrie, quelle que soit l’appellation sous laquelle ce groupe pourrait se présenter, comme des manœuvres sordides qui visent à détourner l’opposition démocratique syrienne de ses objectifs et portent atteinte à sa crédibilité devant son peuple.

Nous nous étonnons de voir Michel Rocard, François Hollande et Bertrand Delanoë mêler leurs noms à ceux des intellectuels qui ont applaudi l’invasion américaine de l’Irak et qui ne se sont apparemment pas repentis en constatant ses tragiques conséquences.

Nous pensons exprimer l’opinion de la très grande majorité des démocrate syriens en exil en appelant nos amis syriens, arabes, français, européens, à boycotter SOS Syrie et à s’en démarquer publiquement.

source

Syrie-Algérie: Raison d’état ou déraison d’état ?


René Naba | 20.05.2011 | Paris

La raison d’état s’invoque généralement lorsque l’état perd la raison et les pays arabes n’échappent pas à la règle.

Beaucoup savent gré à l’Algérie et à la Syrie d’avoir su, dans les vicissitudes d’une conjoncture difficile, préserver les intérêts à long terme du monde arabe, sans s’inféoder à une logique de vassalité avilissante, sans hypothéquer ses choix stratégiques, sans aliéner leur souveraineté et leur indépendance.

Beaucoup savent gré à ces deux points d’ancrage du «Front de refus arabe» d’avoir assuré la relève de l’Egypte défaillante, en maintenant vivace la flamme du combat nationaliste et irréductible le refus de l’hégémonie israélo-américain.

Beaucoup savent gré à la Syrie, d’avoir accueilli, au risque de déstabiliser l’équilibre démographique du pays, près de deux millions de réfugiés irakiens, fuyant les exactions de l’armée irakienne et de leurs supplétifs kurdes.

Mais cette position privilégiée ne saurait se vivre en rente de situation. La réforme s’impose, sous peine de dénaturation du projet nationaliste.

Pleinement conscient des menées de la contre révolution téléguidée par l’Arabie saoudite, sans sacrifier à la mode contestataire impulsée par les médias occidentaux, la vérité s‘impose toutefois sans fard.

Quiconque a eu affaire à la bureaucratie tatillonne de ses deux états a pu mesurer instantanément l’état de délabrement de leur administration, l‘omniprésence de leurs services de sécurité, le conformisme de leurs médias, les turpitudes de leurs régimes, leur hermétisme, leur autarcie, leur népotisme, ainsi que leur fort degré de corruption, comparables d’ailleurs en cela aux autres régimes arabes, même les plus proches de la grande démocratie américaine.

Les remous suscités au sein d’«Al Jazira» dans la couverture parcellaire des révolutions arabes, axée depuis peu davantage sur la Libye et la Syrie que sur Bahreïn ou le Sultanat d’Oman, avec la spectaculaire démission d’une des vedettes chaine transfrontière arabe Ghassane Ben Jeddo, en porte témoignage. Mais comparaison n’est pas raison et nul ne saurait se prévaloir des turpitudes d’autrui.

L’honneur de ces deux pays a été d’abroger les lois d’exception, alors que leurs contempteurs occidentaux s’abritent depuis dix ans derrrière les barrières privatives de liberté du «patriot act» et du plan Vigipirate. Mais, soixante ans après les indépendances arabes, «le cœur palpitant de l’arabisme» et l’épopée des Moujadddine et de leur million de martyr ne sauraient suffire pour nourrir les rêves et les ambitions des nouvelles générations.

Le tête à tête stérile, en Algérie, entre le président Abdel Aziz Bouteflika et le corps des officiers supérieurs, ne saurait perdurer sous peine de collapsus du pays. L’armée algérienne se doit être le garant de la pérennité de ce pays, non son propriétaire, son inspirateur, non son prédateur.

Le président algérien, que l’on a connu plus dynamique et imaginatif dans une vie précédente, se doit de retrouver le brio dont il a su faire preuve à la tête de la diplomatie algérienne, en veillant à assurer une transition en douceur du pouvoir, en réussissant la mutation de l’Algérie.
Pour son rendez vous avec l’histoire, Abdel Aziz Bouteflika se doit d’épargner les affres d’une douloureuse guerre de succession à son pays, l’un des rares du Monde arabe à avoir mené une guerre de libération victorieuse contre le colonialisme.
Bachar Al Assad, quant à lui, se devait d’anticiper l’évolution et non la subir, tant est impérieuse l’urgente nécessité des réformes en profondeur de son pays gangréné.

Aucune justification ne saurait tenir lieu d’excuse absolutoire, ni le complexe d’encerclement, réel, dont la Syrie fait l’objet, ni les manœuvres de déstabilisation, répétitives, dont il est la cible de la part de l’aile dure du trône wahhabite, ni les campagnes de dénigrement, effectifs, dont il est l’objet de la part de la presse conservatrice arabe et ses alliés occidentaux.

Nul projet nationaliste, si exaltant soit-il, ne saurait justifier la captation des richesses d’un pays au profit d’une personne, si nécessaire soit il à la protection du pouvoir. Nul projet nationaliste, si glorieux soit il, ne saurait justifier la mise sous observation permanente de son peuple, la mise en coupe réglée son pays. Le cas de Rami Makhlouf, le propre cousin du Président syrien, ne saurait échapper à la règle, de même que ceux des sbires du régime.
Pour avoir trop tardé à engager les réformes, pour avoir bridé les tendances réformistes qui lui étaient prêtées, Bachar Al Assad récolte une tempête populaire à l’effet de réduire à néant sa magistrale maîtrise de la manœuvre diplomatique face à l’offensive israélo-américaine visant à remodeler un «grand moyen orient».
Pour avoir voulu ménager les intérêts de son clan au détriment de ceux de son pays, Bachar Al Assad, risque un discrédit populaire, au risque d’emporter et son clan et son pouvoir.
Onze ans après sa venue au pouvoir, Bachar Al Assad ne saurait rater son nouveau rendez vous avec le printemps arabe. Sous peine de discrédit et d’implosion. Sous peine d’implosion du projet nationaliste, son bien le plus précieux.
La raison d’état s’invoque en phase de désagrégation de l’état et de dysfonctionnement de la société. La fonction première de la Syrie et de l’Algérie n’est pas la répression de leur peuple. La mission historique de ces deux pays est de se maintenir à l’avant-garde du combat pour la sécurisation de l’espace nationale arabe, aux côtés désormais des nouveaux venus à la démocratie, les enfants prodigues de Tunisie et d’Egypte.

La famille Assad

Le clan alaouite au pouvoir en Syrie est articulé autour de l’alliance scellée entre deux familles Al-Assad et Makhlouf, concrétisé par le mariage de Hafez Al-Assad et Anissa Makhlouf.
Rami Makhlouf, cousin du président Bachar, est le fils du général Mohamad Makhlouf, pro consul de la réigon nord de Syrie du temps de la mandature de Hafez al Assad, qui choisit de soutenir le président, lors de la guerre fratricide qui opposa Hafez à son frère cadet Rifa’at, à l’époque chef des troupes spéciales «Saraya ad dif’a » responsable à ce titre de la répression du soulèvement de Hama, en 1982, qui fit plusieurs milliers de morts. Dénommé «Roi de Syrie» Rami Makhlouf est un richissime homme d’affaires. Il incarne, à ce titre, la corruption et le népotisme du régime.
Quant aux autres membres de la fratrie,

L’ainé Bassel, destiné au départ à succéder à son père, a trouvé la mort dans un accident de voiture.

Bouchra, l’unique fille de la famille, est l’épouse de Assef Chawkat, ancien chef des services de sécurité dont les Occidentaux réclamaient la tête en compensation de l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri. Assef Chawkat entretient des relations houleuses avec le frère cadet du président, le colonel Maher, le nouvel homme fort du régime, au point que le benjamin de la fratrie a blessé à l’estomac d’un coup de pistolet en 1999, en plein palais présidentiel. Réputée autoritaire, Bouchra passe pour nourrir une forte intimité à l’égard de l’épouse de Bachar, Asma, fille d’un médecin de la grande bourgeoisie syrienne, ancienne spécialiste des transactions boursières dans un établissement londonien, à la forte présence médiatique.

Le frère cadet du fondateur de la dynastie, Rifa’at Al Assad, ancien vice président de la république, est entré en dissidence fin 1983. Il vit en exil en Espagne. Ses deux fils, Sumar et Ribal, organisent depuis Londres la campagne médiatique contre le régime via la chaine de télévision ANN TV, (Arab Network News). Deux autres cousins Mounzer et Fawwaz Al-Assad, fils de Jamil Al Assad, cousins germains du président, se comportent en chefs de milices dans les montagnes alaouites, berceau de la famille, à l’ouest du pays.

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« Les Syriens ne veulent rien d’autre que la démocratie »


LOOS,BAUDOUIN

(LeSoir Page 15)

Vendredi 13 mai 2011

Un beau roman, un auteur courageux : Khalid Khalifa dit les choses, comme de plus en plus de Syriens…

ENTRETIEN

Le premier livre de Khalid Khalifa traduit en français vient de paraître chez Actes-Sud. La toile de fond des événements décrits dans l’Eloge de la haine est la révolte des Frères musulmans syriens de la fin des années 70 – début des années 80. L’auteur a répondu à nos questions.

Si l’on compare avec les troubles actuels, êtes-vous d’accord pour dire que les islamistes ne sont pas du tout les leaders de la contestation (à l’image, d’ailleurs, des révoltes tunisienne, égyptienne, etc.) ?

L’Eloge de la haine ne parle pas uniquement des Frères musulmans, mais touche au conflit des extrémismes en tous temps et dans n’importe quelle société qui voit s’épanouir ce genre de conflits. Ce qui s’était passé en Syrie n’était pas une révolution à proprement parler, mais l’action d’un parti qui se bat contre un autre parti pour accéder au pouvoir. Les Syriens n’étaient pas avec ce parti et en même temps ils ne défendaient pas les positions communautaristes. Aujourd’hui, ce qui se passe en Syrie est tout à fait différent, car il s’agit d’un soulèvement qui est en train de devenir une révolution où sont engagées les diverses composantes de la société et qui couvre 80 % de l’étendue des villes et des villages. Les Frères musulmans n’y sont pour rien, ce soulèvement est celui d’une jeunesse pluriculturelle qui s’accorde à prôner la démocratie comme objectif primordial. L’islamisation du soulèvement est une lecture orientaliste par excellence à laquelle ont adhéré de nombreux intellectuels arabes et syriens.

En tant que mouvement, les Frères musulmans ont rejoint tardivement la révolution égyptienne, leur participation n’a pas dépassé les 20 %. Pourtant, aujourd’hui, ils tentent de détourner la révolution à leur avantage. Il se pourrait qu’ils y réussissent à court terme, mais pas à long terme, même s’ils renouvellent leurs outils. La démocratie signifie la séparation de la religion et de l’État et c’est l’objectif le plus élevé auquel toutes les révolutions arabes aspirent pour parvenir au but et sortir les Arabes de l’obscurantisme des siècles passés. La communauté internationale se trompe encore une fois en soutenant un islam modéré au détriment de l’idée d’une société civile. Il y a aussi ceux qui pensent que la communauté internationale ne veut pas que les Arabes se développent vraiment.

Le régime de Bachar el-Assad a toujours brandi l’épouvantail de la guerre interne pour valoriser la stabilité qu’il incarne ; cet argument a-t-il encore du poids ?

J’estime qu’il n’y a rien d’autre que la démocratie et l’obtention de tous leurs droits qui pourront satisfaire les Syriens. L’époque actuelle est celle du développement des Arabes encore une fois, malgré les grandes difficultés que vivent les révolutions réussies telles qu’en Egypte et en Tunisie, à cause de la férocité des contre-révolutions et des régimes qui tentent de les démanteler. La démocratie ne signifie pas le chaos, surtout dans une société telle que la société syrienne qui est tout à fait apte au dialogue et à l’ouverture. L’un des grands avantages de la société syrienne c’est sa civilité, malgré les distorsions qu’elle a subies au cours des quarante dernières années.

Pensez-vous que ce régime a encore un avenir, compte tenu des pressions internationales plutôt limitées qu’il subit ?

Les Syriens constatent que la communauté internationale considère ce régime comme une nécessité. Les manifestants n’attendent rien des pressions de la part de la communauté internationale, très lente à bouger après cinquante jours de manifestations au cours desquels les Syriens ont donné plus de mille victimes, des milliers de blessés et pas moins de douze mille prisonniers, selon les statistiques des organismes des droits de l’homme. Aussi, ils sont conscients de mener leur combat, désarmés oui, mais animés par une foi inébranlable dans leur avenir. Nous espérons que le régime accédera à leurs revendications et que le sang s’arrêtera de couler. Nous craignons que le sang ne devienne une malédiction pour les Syriens et espérons qu’il va au contraire mener tout le monde au dialogue pour discuter de la Syrie nouvelle, différente, où personne ne pourra confisquer le pouvoir et la vérité.

Selon certains, le régime confessionnalise les troubles pour raffermir la solidarité entre Alaouites, la minorité de laquelle il provient ; avez-vous les mêmes informations ?

Je ne pense pas que les Alaouites ont envie d’entrer dans une guerre confessionnelle, pas plus que les autres communautés d’ailleurs. Le régime cherche à se maintenir à tout prix, mais le plus important est de savoir ce que veulent les Syriens. J’ajoute que les Alaouites ont payé très cher, il y a eu parmi eux des milliers de prisonniers politiques dans les années quatre-vingt. Les Syriens sont capables de poursuivre la vie commune sans problèmes. Il y a de nombreux partis qui désirent nous pousser vers la guerre civile, mais je suis convaincu qu’ils n’y réussiront pas. Je ne sais rien de ce que vous évoquez, et je ne crois pas que ce soit vrai.

Bachar a-t-il la volonté de réformer ou la capacité d’y arriver malgré les freins (corruption, poids de la vieille garde, etc.) ?

Les cartes se sont brouillées au cours des dernières semaines et personne ne peut prédire quoi que ce soit. Mais je pense que les réformes superficielles ou celles à long terme ne peuvent plus convaincre la société. Ce thème est devenu obsolète pour de nombreux Syriens et n’est plus à discuter depuis que le régime a opté pour la solution sécuritaire comme solution unique contre le soulèvement. Notre seul espoir est désormais le dialogue national, le pouvoir est contraint à l’engager et l’opposition doit l’accepter. Je crois que des concessions difficiles de la part du régime pourraient convaincre. La survie du régime ne signifie pas son succès, surtout cette fois-ci, mais signifie un isolement, des plaies qui ne cicatriseront jamais.

Khalid Khalifa sera aux Halles de Schaerbeek le jeudi 19 mai à 20 h 30 dans le cadre du cycle « Mondes arabes ».

Khalid Khalifa

Né en 1964 dans un petit village non loin d’Alep, en Syrie, Khalid Khalifa, d’abord docteur en droit avant de devenir l’auteur de trois romans, scénariste prolixe (cinéma et télévision) et fondateur d’une revue, vit aujourd’hui à Damas.

le livre

Un tabou brisé

Avec l’Eloge de la haine, Khalid Khalifa traite d’un sujet tabou dans la Syrie des Assad : la très sanglante confrontation – il y eut des dizaines de milliers de morts – entre le régime et les Frères musulmans il y a trente ans. Une fresque à la fois familiale et panoramique, intimiste et chorale, d’une Syrie méconnue vue à travers les yeux de la narratrice, une jeune femme qui épouse avec ferveur la thèse religieuse avant d’évoluer. (B. L.)

Éloge de la haine Khaled Khalifa Sindbad/Actes Sud, 420 pages, 24 euros.

Éloge de la haine

Khaled Khalifa

Sindbad/Actes Sud,

420 pages, 24 euros.

Une manif pour la Syrie à Bruxelles


Rassemblement ce samedi 14 mai de 17h30 à 20h devant l’ambassade syrienne de Bruxelles !
(Avenue Franklin-D.- Roosvelt, 3, Bruxelles 1050).

Lors des manifestations qui ont débuté le 15 mars à Deraa en Syrie, les forces de l’ordre ont procédé à de nombreuses violences afin de calmer les protestations. Lors de ces heurts qui perdurent jusqu’à nos jours, il y aurait eu de nombreuses arrestations arbitraires et plus de 800 morts (Human Rights Watch). Les revendications étaient essentiellement de trois ordres : la libération de tous les prisonniers politiques, l’arrêt imédiat des violences à l’égard des manifestants, l’application de la « levée de l’Etat d’urgence » . Malgré les revendications qualifiées de « légitimes » par Boussaïna Chaabane, conseillère du président Bachar Al-Assad, les forces de l’ordre ont continué d’enrayer les manifestations par la violence. Cela, confirme que le régime syrien n’entend pas procéder à des amendements. Maintenant nous réclamons la CHUTE DU GOUVERNEMENT !

Mobilisons-nous afin de soutenir le peuple syrien en quête de liberté, mobilisons-nous afin de condamner les violences et les arrestations arbitraires auxquelles a recours le gouvernement syrien, mobilisons-nous afin de lutter contre la censure médiatique imposée par le gouvernement syrien ! Réclamons la chute du gouvernement syrien !!

Rassemblons-nous ce samedi 14 mai de 17h30 à 20h devant l’ambassade syrienne!

املظاهرة من ٔاجل الحرية لسورية
بسبب التصعيد الخطري الذي يقوم به النظام السوري ضد حراك الشعب السوري السلمي فإن املظاهرة الكربى يف ٔاوربا والتي دعا ٕاليها ٕائتالف دعم الثورة السورية السلمية ستكون يف
مدينة بروكسل يوم السبت
14.05.2011

Avenue Franklin Roosevelt 3
الساعة 17:30 ٕاىل الساعة 20:00
باسم االنسانية ندعو كل ٕانسان يؤمن بالحرية للتضامن مع الشعب السوري يف ثورته السلمية للتحرر من طغيان النظام الدكتاتوري علامً ٔاننا سننضم يف هذه املظاهرة الحاشدة ٕاىل لجنة منارصة الثورة السورية يف بلجيكا لنكون يدا واحدة ضد الطغيان والفساد والقمع

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